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Full text of "Le Naturaliste : journal des échanges et des nouvelles"

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COLLECTION 

OF 

William  Schaus 

© 

PRESENTED 

TOTHE 

National  Muséum 

MCMV 


B  N  T 


LE  NATURALISTE 

*■  *  $ 

REVUE  ILLUSTRÉE 


DES  SCIENCES  NATURELLES 


AVEC  LA  COLLABORATION  DE  MM. 


ALLARD,  membre  de  la  Société  entomologique  de  France. 

ANCEY,  membre  de  la  Société  malacologique  de  France. 

ANDRÉ,  membre  de  la  Société  entomologique  de  France. 

AUSTAUT,  membre  de  la  Société  entomologique  de  France. 

BATAILLON,  préparateur  à  la  Faculté  des  sciences  de.  Lyon. 
r.OCOURT,  conservateur  des  galeries  de  zoologie  du  Muséum  de  Paris. 

BOIS,  aide-naturaliste  au  Muséum  d'histoire  naturelle  de  Paris. 

BONNET  (D’),  attaché  au  laboratoire  de  Botanique  du  Muséum  de  Paris. 
BONNIER  (Gaston),  professeur  à  la  Sorbonne. 

BOULE,  attaché  au  laboratoire  de  paléontologie  du  Muséum  de  Paris. 
BOURSAULT,  géologue. 

BOUVIER,  agrégé  de  l’Université,  docteur  6s  sciences. 

BRONGNIART  (Ch.),  au  Muséum  d’histoire  naturelle  (de  Paris. 

CARLET  (D’),  professeur  à  la  Faculté  dos  sciences  de  Grenoble. 

CHRÉTIEN,  membre  de  la  Société  entomologique  de  France. 

COLOMB,  préparateur  de  Botanique  à  la  Sorbonne. 

COSMOVICI  (D’),  do  Jassy. 

COSTANTIN,  maître  de  conférence  à  l’Ecole  normale  supérieure, 

CUÉNOT,  docteur  ès  sciences. 

DAGUILLON,  agrégé  de  l’Université. 

DANGEARD,  chef  des  travaux  de  botanique  à  la  Faculté  de  Caen. 

DOULIOT,  docteur  ès  sciences., 

DUFOUR,  docteur  ès  sciences. 

FABRE-DOMERGUE,  directeur  du  laboratoire  de  Concarneau. 

FOLIN  (Marquis  de),  membre  de  la  mission  scientifique  du  Travailleur  et  du 
Talisman. 

GADEAU  DE  KERVILLE,  membre  de  la  Société  zoologique  de  France. 

GIARD,  chargé  do  cours  à  la  Sorbonne. 

GIRARD  (Dr),  de  Washington. 

GIROD  (Dr  Paul),  professeur  à  la  Faculté  dos  sciences  de  Clermont-Ferrand. 
GRANGER  (A.),  membre  de  la  Société  linnéenne  de  Bordeaux. 


HARIOT,  attaché) au  Muséum  d’histoire  naturelle  de  Paris. 

IIECKEL  (Dr  Ed.),  professeur  à  la  Faculté  des  sciences  de  Marseille. 

JORET  (H.),  ancien  jardinier  en  chef  du  gouvernement  au  Sénégal. 
JOUSSEAUME  (D'),  ex-président  de  la  Société  zoologique  do  France. 

KŒIILER  (D'),  chargé  de  cours  à  la  Faculté  des  sciences  de  Lyon. 

LECOMTE  (H.),  agrégé  de  l’Université. 

MAGAUD  D’AUBUSSON,  inombre  de  la  Société  zoologique  de  France. 
MALARD,  préparateur  au  Muséum  d’histoire  naturelle  de  Paris. 

MALINVAUD,  secrétaire  général  de  la  Société  botanique  de  France. 
MALLOIZEL,  secrétaire  bibliothécaire  au  Muséum  de  Paris. 

MAURY  ,  membre  de  la  commission  géogra-exploratrice  de  la  République  mexi- 
MENEGAUX,  agrégé  de  l’Université. 

MEUNIER  (Stanislas),  aide-naturaliste  au  Muséum  de  Paris. 

MOCQUARD  (F.),  aide-naturaliste  au  Muséum  de  Paris, 

OUSTALET,  aide-naturaliste  au  Muséum  de  Paris. 

PATOUILLARD,  membre  de  la  Société  botanique  de  France. 

PISSOT  (Emile),  membre  de  la  Société  entomologique  de  France. 

PIZON  (A.),  attaché  au  Muséum  d’histoire  naturelle  de  Paris. 

PLATEAU,  professeur  à  l’Université  do  Gand. 

POUSSARGUES  (E.  de),  préparateur  au  Muséum  d’histoire  naturelle  de  Paris. 
QUATREFAGES  (de),  professeur  au  Muséum  de  Paris. 

RABAUD  (Et.),  membre  de  la  Société  entomologique  do  France. 

RAILLIET,  professeur  à  l’Ecole  vétérinaire  d’Alfort. 

ROUY  ,  ancien  vice-président  de  la  Société  botanique  do  France. 

SAINT-LOUP  (Remy),  préparateur  d'anatomie  à  l'Ecolo  dos  Hautes  Etudes. 
SCIIAECK  (F.  de),  attaché  au  Muséum  d'histoire  naturelle  de  Paris. 
TROUESSARD  (Dr),  ex-directeur  du  Muséum  d’histoire  naturelle  d’Angers. 
VAILLANT,  professeur  au  Muséum  de  Paris. 

XAMBEU  (Cap6.),  membre  de  la  Société  entomologique  do  France. 

ETC.,  ETC. 


Éiuile  DEYROLLE,  Directeur-Gérant.  —  P;mi  GUOIJLT,  Secrétaire  de  la  Rédaction 


13e  Année  —  2°  Série. 


A 1 5  U  N  N  E  M  E  N  T  A  X  X  U  E  L 


PAYABLE  EK  U  N  MANDAT  A  L’ORDRE  DE  DIRECTEUR 

France . 

Algérie . . 

Pays  compris  dans  l’Union  postale . 

Tous  les  autres  pays . 


10 

10 


PARIS 

BUREAUX  DU  JOURNAL 


46,  RUE  DU  BAC,  46 


189  1 


13e  ANNÉE 


2e  Série  —  X‘  O» 


JANVIER  1891 


LE  NATURALISTE 

REVUE  ILLUSTRÉE 

DES  SCIENCES  NATURELLES 


LA  MUSIQUE  DE  LA  NATURE 


Depuis  les  temps  les -plus  reculés  jusqu’à  nos  jours  les 
naturalistes  d'une  part,  les  philologues  de  l’autre  et, 
enfin,  les  musiciens  de  leur  côté,  se  sont  occupés  de 
cette  intéressante  question  de  savoir  s’il  est  possible,  et 
dans  quelle  mesure,  de  noter  les  bruits,  les  sons  produits 
par  divers  animaux,  c’est-à-dire  de  les  inscrire  sur  le 
papier  de  musique. 

Pour  ce  qui  est  des  naturalistes,  déjà  le  grand  Aristote 
fait  mention,  dans  son  Historia  animalhm  de  nombre 
d’observations  sur  la  voix  et  le  chant  de  différents  ani¬ 
maux  (l).  Parmi  les  naturalistes  modernes  qui  se  sont 
appliqués  à  l’étude  de  cette  nature  il  convient  de  citer 
des  noms  les  plus  grands  et  les  plus  célèbres,  comme 
Réaumur  (2),  Swammerdam  (3),  Johann  Muller  (4),  von 
Siebold(a),  et  Hermann  Landau (6).  Reste,  en  dernier  lieu, 
àmentionner  le  savant  docteur  de  l’armée  indienne,  Meyer 
et  le  professeur  bien  connu  de  Moscou,  M.  Zograph,  qui 
se  sont  fait  connaître,  tous  les  deuv,  par  de  remarqua¬ 
bles  travaux  de  ce  genre,  dans  ces  derniers  temps. 

Nous  allons  jeter  un  coup  d’œil  rapide  sur  l’état  actuel 
de  cette  question,  afin  de  pouvoir  procéder  ultérieure¬ 
ment  à  son  étude  dans  chaque  groupe  d’animaux  capa¬ 
bles  de  répandre  autour  d’eux  un  bruit  quelconque 
agréable  ou  désagréable. 

S’il  s’agit  d’un  son  simple,  comme  le  cri  perçant  du 
grillon,  ou  bien  le  son  métallique  du  pelit  crapaud  que 
tout  le  monde  connaît,  au  dos  gris  foncé  et  au  ventre 
couvert  de  taches  noires,  connu  sous  le  nom  de  Bombi- 
nater  igneus,  ces  sons  sont  très  bien  saisis  par  notre 
oreille,  et  il  est  très  facile  de  les  porter  sur  les  lignes  du 
papier  de  musique.  Mais  il  n’en  est  pas  de  même  des 
voix  d’autres  animaux  :  la  plupart  de  ces  derniers  ont 
des  voix  très  compliquées  qu’il  est  difficile  de  noter,  et 
cela  pour  plusieurs  raisons.  D’une  part,  il  est  des  sons, 
par  exemple,  le  croassement  de  la  corneille,  qui  sont  si 
compliqués  que  pour  les  noter  et  reproduire  il  aurait 

(1)  Aristoteles  latine  interpretibus  variis  edidit  academia 
regia  Browsica  1831,  p.  50—314.  Historia  animal iiun. 

(2)  Réaumur.  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  des  insectes. 
Tome  V,  Amsterdam,  1131. 

(3)  Swammerdam.  Bijbel  der  Nature.  L’édition  de  Leyden,  1131. 

(4)  Johann  Muller. Ueber  Fische,  wclch  Fone  von  sich  geben. 
Archiv  fur  Anatomie  and  Physiologie ,  1851. 

(5)  S.  T.  von  Sierolb  ;  Ucbcr  des  Stimm  und  Gchororgane  der 
Orthopteren.  Wiegnann’s.  Archiv  fur  Naturzeschichte,  Ud.  X. 
1844. 

(6)  H.  Landau  Thierstimmen.  Freibourg  in  Breisgau  1  SI 4 . 
Hereràsche  Verlagsbuchandl wg. 


fallu  avoir  des  appareils  acoustiques  très  perfectionnés 
avec  différents  résonnateurs,  d’autre  part,  ces  sons,  pour 
être  produits  par  différents  organes,  reçoivent  un  timbre 
particulier,  dont  la  reproduction  est  excessivement  diffi¬ 
cile  et,  enfin,  à  ce  qu’il  paraît,  notre  oreille  n’est  pas 
susceptible  de  percevoir  tous  les  sons  de  la  nature,  et 
beaucoup  d’entre  eux  restent  inaccessibles  à  notre  orga¬ 
nisme. 

11  est  toutefois  à  remarquer  que  la  complexité  du  son 
n’offre  aucune  difficulté  au  point  de  vue  de  sa  notation 
et  de  sa  reproduction,  étant  donné  la  perfection  de  la 
technique  moderne  dans  l’exécution  des  appareils  acous¬ 
tiques  les  plus  délicats.  Ce  qui  est  beaucoup  plus  difficile, 
c’est  d’imiter  le  timbre  d’un  son  quelconque,  car  ce  tim¬ 
bre  tient  à  la  vibration  simultanée  des  organes  tellement 
variés  que  la  reproduction  de  la  première  paraît  être  im¬ 
possible.  En  effet,  si  nous  prenons  en  considération  ce 
fait  que  le  coassement  de  la  grenouille  est  produit  par  la 
vibration  simultanée  des  ligaments  du  larynx,  de  la  base 
cartilagineuse,  de  la  paroi  interne  de  la  mâchoire  infé¬ 
rieure,  de  la  paroi  du  palais,  des  parois  de  la  partie 
large  de  la  trompe  d’Eustache,  de  la  membrane  du  tym¬ 
pan,  et  enfin  de  deux  vésicules  membraneuses  de  la 
joue,  qui  se  gonflent  chaque  fois  que  la  grenouille  se 
met  à  coasser,  en  prenant  tout  cela  en  considération,  il 
est  facile  de  comprendre  combien  est  difficile  de  repro¬ 
duire  artificiellement  toutes  ces  données  pour  obtenir  un 
son  semblable  à  celui  du  coassement,  et  pour  décom¬ 
poser  ce  son  en  ses  parties  substantielles. 

Que  certains  sons  existant  dans  la  nature  soient  inac¬ 
cessibles  à  notre  organe  de  l’ouïe,  nous  pouvons  nous  en 
convaincre  par  quelques  réflexions  théoriques  et  par 
quelques  recherches  expérimentales.  11  est  facile  d’ad¬ 
mettre  théoriquement  que  les  vibrations  d’un  corps, 
donnant,  à  un  nombre  déterminé  par  seconde,  un  son 
accessible  à  notre  organe  de  l'ouïe,  deviennent  imper¬ 
ceptibles  à  un  nombre  plus  considérable  par  seconde, 
pour  la  simple  raison  que  dans  notre  organe  de  l’ouïe  il 
n'existe  pas  de  terminaisons  nerveuses  qui  seraient  exci¬ 
tées  par  des  vibrations  si  rapides.  D’autre  part,  les  expé¬ 
riences  pratiques  nous  apprennent  que  chez  d’autres 
êtres  l’organe  de  l’ouïe  dispose  de  parties  susceptibles 
de  percevoir  des  sons  beaucoup  plus  hauts  que  ceux  qui 
sont  accessibles  à  notre  organisme. 

Une  expérience  à  ce  sujet  du  savant  professeur  mosco¬ 
vite,  M.  Zograph,  mérite  d’attirer  notre  attention. 

11  y  a  6  ans  le  savant  naturaliste  russe,  s’occupant  de 
la  valeur  physiologique  des  antennes  chez  les  insectes, 
s’est  proposé  de  vérifier  les  remarquables  expériences  du 


6 


LE  NATURALISTE 


docteur  de  l’armée  indienne,  M.  Meyer.  Ce  dernier  avait 
pour  but  de  démontrer  que  les  antennes  servent  d’or¬ 
gane  de  l’ouïe.  Il  opérait  sur  les  moustiques  des  environs 
de  Kalkoutta.  M.  Zograph  a  modifié  l’expérience  de 
M.  Meyer,  en  ce  sens  qu’il  a  fait  usage,  en  dehors  des 
diapasons,  d’un  violon.  On  sait  que  les  antennes,  chez 
les  mâles,  des  cousins,  des  moustiques,  sont  plantées 
de  poils,  à  l’instar  des  rayons  d’une  plume,  de  sorte 
que  les  poils  sont  d’autant  plus  longs  qu’ils  se  rappro¬ 
chent  davantage  de  la  base.  M.  Meyer  écrit  (Il  qu’après 
avoir  fixé  l’insecte  sous  l’objectif  du  microscope  on  fait 
vibrer  un  diapason  en  même  temps  qu’on'observe  l’in¬ 
secte  au  microscope.  Meyer  a  vu  que  suivant  le  son  de 
tel  diapason  ou  de  tel  autre,  sur  les  antennes  de  l’in¬ 
secte  vibraient  tels  poils  ou  tels  autres;  c’est  là,  dureste, 
le  point  par  lequel  Meyer  explique  la  faculté  que  possè¬ 
dent  les  moustiques,  de  percevoir  les  sons  les  plus  variés. 

Quant  à  Zograph,  comme  nous  l’avons  dit  plus  haut,  il 
a  modifié  un  peu  l’expérience  de  M.  Meyer.  Les  expé¬ 
riences  portaient  sur  l’espèce  commune  du  cousin  de 
Moscou,  Culex  pupiens  et  sur  le  Çhironomus  plumusm 
et  Corethra  plumicomis.  Il  a  procédé  de  la  façon  suivante. 
Après  avoir  collé  les  victimes  sur  le  porte-objet  par  de  la 
glycérine,  en  laissant  libres  les  ailes  chez  quelques-unes, 
il  a  fait  vibrer  les  diapasons  en  même  temps  que  le 
violon.  Dès  que  les  sons  se  sont  fait  entendre,  les  poils 
se  sont  mis  à  vibrer,  tantôt  les  uns,  tantôt  les  autres  sui¬ 
vant  le  diapason  ou  le  violon.  Et  comme  le  même  phé¬ 
nomène  s’offrait  sur  tout  le  corps,  le  savant  Zograph 
était  prêt  à  croire  que  les  conclusions  de  Meyer  étaient 
erronées.  Mais  quelques  variations  de  ses  expériences  ont 
fini  par  le  convaincre  que  les  résultats  auxquels  est  arrivé 
Meyer,  étaient  justes  et  exacts.  Le  professeur  a  essayé 
de  couper  les  antennes  aux  insectes  et  d’examiner  ces 
derniersau  microscope  enmême]temps  queles  diapasons 
vibraient  et  que  le  violon  jouait.  Immédiatement  après  la 
première  expérience,  Zograph  avait  vu  que  l’insecte  aux 
antennes  coupées  demeurait  tout  à  fait  indifférent  aux 
mêmes  sons,  lesquels  en  présence  des  antennes  l’ont 
fait  lever  ou  baisser  les  ailes,  remuer  les  pieds,  exprimer, 
en  général,  une  inquiétude.  Quand  Zograph  faisait 
l’expérience  dans  les  conditions  opposées,  c’est-à-dire 
en  respectant  les  antennes  et  en  coupant,  au  contraire, 
les  ailes  ou  les  extrémités,  l’insecte,  en  présence  des 
mêmes  sons,  se  mettait  à  remuer  les  organes  qu’on  lui 
avait  respectés  :  De  telle  sorte  il  a  été  constaté  que  les 
vibrations  des  poils,  chez  les  cousins  et  d’autres  animaux 
appartenant  au  même  groupe,  produisent  des  phéno¬ 
mènes  qui  ne  peuvent  être  expliqués  que  par  les  excita¬ 
tions  des  terminaisons  nerveuses,  et  dans  le  cas  parti¬ 
culier,  très  probablement  ayant  provoqué  des  sensa¬ 
tions  auditives.  Ce  qui  est  particulièrement  intéressant, 
c’est  que  tous  les  sons  ayant  été  accessibles  au  profes¬ 
seur  Zograph  et  à  son  collaborateur  (jouant  du  violon 
pendant  l’expérience)  n’ont  fait  vibrer  que  les  poils  oc¬ 
cupant  les  deux  tiers  inférieurs  de  l’antenne,  tandis  que  le 
tiers  supérieur  demeurait  immobile  malgré  tous  les 
efforts  de  la  partdes  expérimentateurs.  Une  seule  fois  le 
savant  Zograph  a  remarqué  la  vibration  des  poils  du 
tiers  supérieur,  mais  ni  lui,  ni  son  collaborateur  n’ont 
perçu  ee  son  qui  faisait  vibrer  légèrement  les  poils  supé¬ 
rieurs. 

On  voit  donc  combien  il  est  difficile  de  noter  la  musique 


de  la  nature  ;  il  n’en  est  pas  moins  vrai  que  les  expérien¬ 
ces  dans  cette  direction  ne  sont  pas  uniques  :  bien  au 
contraire,  elles  sont  nombreuses  et  surtout  dans  le  pays 
qui  a  donné  à  l’humanité  le  plus  de  naturalistes  réalistes, 
mais  le  moins  de  représentants  des  Beaux-Arls,  Ce 
pays,  c’est  l’Angleterre. 

Comme  nous  l’avons  déjà  fait  remarquer  plus  haut, 
les  sons  simples,  uniques  se  notent,  sans  difficulté,  bien 
que  la  hauteur  soit  considérable.  Ouvrons  au  hasard 
l’admirable  travail  de  Landau,  Thierstimmen  et  voyons 
quels  sont  les  sons  les  plus  hauts  qui  étaient  notés  par 
cet  investigateur  précis.  Nous  trouvons  sur  la  page  14o, 
chez  le  mâle  du  capricorne  musqué,  connue  sous  le  nom 
de  Aromia  moschata  un  son  désigné  en  physique  par  d  " 
ou  par  re'"  (2,141  vibrations  par  seconde)  et  représenté 
par  la  note  se  perdant  dans  les  limites  du  clavier  de 

É  ± 


hiâlc  femelle 

Fig.  1.  —  Capricorne  musqué  (Aromia  moschata), 
d’après  Landau. 

piano  ;  pour  la  femelle  de  ce  même  insecte  nous  trouvons 
a"’  ou  la'"  représenté  par  la  note  moindre  d’une  octave 
par  rapport  à  la  dernière  note  du  clavier  de  piano.  —  Chez 
les  insectes  les  mâles  sont  moins  grands  que  les  femelles 
et  leurs  organes  produisentdes  sonsplus  délicats  et  plus 
haut.  Dans  leur  chœur,  ce  sont  des  dames  qui  ont  la  voix 
de  basse. 

Il  y  a  certains  cas  où  la  décomposition  des  sons  en 
leurs  parties  substantielles  n’offre  pas  de  difficultés  et 
peut  être  atteinte  sans  appareils  ni  adaptations  particu¬ 
liers.  Il  en  est  ainsi,  par  exemple,  chaque  fois  qu’un  son 
composé  est  produit  par  deux  ou  trois  organes  capables 
de  vibrer  (résonner),  indépendamment  l’un  de  l’autre. 
En  pareille  circonstance,  on  met  de  côté  un  des  organes 
en  faisant  résonner  l’autre,  de  telle  sorte  que  nous  arri¬ 
vons  à  avoir  des  sons  isolés  qui  donneront  un  son  com- 


Fig.  2.  —  Cousin  ordinaire.  Bombus  muscorum. 

(Culex  pipions) 

posé  en  les  faisant  résonner  ensemble.  Tels  sont  les 
sons  de  différents  insectes,  qui  sont  produits  par  la  vi¬ 
bration  simultanée  de  l’air  passant  à  travers  les  fentes 
très  étroites,  les  ouvertures  respiratoires  et  par  la  vibra¬ 
tion  renforcée  des  ailes  membraneuses  de  l’insecte. 
Les  sons  de  ce  genre  sont  figurés  par  2  lignes  dont 
1  une,  supérieure,  représente  le  sou  donné  par  l’organe 
vocal  spécial  (la  trachée),  et  l’autre  inférieure  celui  de 
la  vibration  des  ailes  de  l’insecte  volant.  Voilà  ci-contre 
quelques  modèles  de  chants  des  insectes. 

On  voit  donc  que  ces  chants  en  tant  que 


M  Annales  and  Mar/asinc  of  Natural  Ilistory.  1871. 


élodie  et 


LE  NATURALISTE 


harmonie  sont  loin  d’être  ce'  que  nous  entendons  par  la 
vraie  musique,  et  les  motifs  que  les  musiciens  pourraient 


Fig.  î.  — Mouche  domestiqué,  Jfiisen  ifomestictr. 
emprunter  directement  à  la  nature  sont  extrêmement 
rares,  ne  se  rencontrent  guère.  M.  Zograph  a  eu  l’occa¬ 
sion  d’entendre  des  modulations  véritablement  musica¬ 
les  d’un  seul  animal,  de  la  corneille.  d’Australie,  connue 
dans  nos  jardins  zoologiques  sous  le  nom  d’oiseau  flûte, 
Gymnorhina  tibicien.  L’oiseau  flûte  ayant  demeuré  dans 
le  jardin  zoologique  de  Moscou,  d’après  M.  Zograph, 
commençait  ordinairement  ses  chansons  en  sifflant  le 
triton  majeur,  pour  passer  ensuite  aux  notes  essentiel¬ 
lement  musicales  qui  se  prêtaient malàl’oreille  par  suite 
de  leur  inconséquence.  Les  oiseaux  de  l’Amérique  du 
Nord  frappent  aussi  très  souvent  par  leurs  chansons  vé¬ 
ritablement  musicales  et  faciles  à  noter.  Sans  parler  du 
fameux  Mymus  polyglottus  américain  imitant  les  autres 
oiseaux,  de  même  que  de  beaucoup  d’animaux  domesti¬ 
ques,  même  l’homme,  l’Amérique  du  Nord  est  riche  en 
oiseaux  qui  chantent,  peut-être  moins  agréablement  que 


“ 

rTr 

æ _ 

Fig.  5.  —  Le  chant  d’un  petit  oiseau  américain  connu  sous  le 
nom  do  Pyrangua  rubra. 

nos  rossignols,  nos  canaris,  nos  alouettes,  mais  qui 
n’en  sont  pas  moins  intéressants,  attendu  que  leurs 
chants  se  prêtent  très  bien  à  notre  oreille  et  sont  faciles 
à  porter  sur  le  papier  de  musique, 

Certains  naturalistes,  plus  particulièrement  quelques 
linguistes,  partisans  de  Max  Muller,  ont  essayé  d’enregis¬ 
trer  sur  le  papier  de  musique  le  langage  de  l’homme  à 
de  différentes  périodes  de  sa  vie,  à  divers  moments  de  sa 


disposition.  On  peut  trouver  de  très  intéressantes  obser¬ 
vations  sur  l’intonation  de  la  voix  humaine  à  divers 


tino  tino  tino  to  to  to  ta  expressive. 


stît  —  r.  r.  r.  ti.  ti.  tio.  to.  to.  ta. 


tio.  tio.  tio.  tio.  tino.  tié.  tié.  tiê.  fié. 


to  to  to  to  to  to  tio  tio  tio  tio  tio  tio  tio 


tu  tio  tio  tio  i  o  i  tio  tio  tio 
Fig.  6.  —  Le  chant  du  rossignol  d’après  Lequë. 
moments  de  son  existence,  dans  le  livre  de  William  Paul  : 
La  Philosophie  de  la  musique  et  dans  le  savant  article  de 
M.  Weber  sur  la  mélodie  du  langage.  Le  dernier  auteur, 
après  avoir  fait  toute  une  série  d’observations  dans  cette 
direction  nous  donne  les  mélodie  du  langage  ordinaire. 
Nous  allons  citer  une  de  ces  conversations  journalières, 
des  échanges  de  politesse  à  la  rencontre  de  deux  amis. 


Comment  va-t-il  votre  ami?  se  porte-t-il  bien? 


Oui,  merci,  M  va  bien,  et  vous  ? 


Merci,  je  me  porto  bien. 

Fig.  1.  —  Kchango  de  politesse  entre  deux  amis. 

11  résulte  de  tout  ce  que  nous  venons  de  dire  que  la 
transmission  des  sons  de  la  nature  par  des  signes  con¬ 
ventionnels,  par  des  signes  musicaux,  n’est  pas  toujours 
possible.  Voyons,  pour  terminer,  quels  sont  les  animaux 
qui  sont  capables  de  répandre  des  bruits.  Les  animaux 
inférieurs  jusqu’aux  échinodermes  y  compris  sont  tout  û 
fait  muets,  et  ce  n’est  que  des  mollusques  que  commence 
la  série  de  musiciens  de  la  nature.  Les  derniers  sont  très 


LE  NATURALISTE 


rares  chez  les  Crustacés  et  chez  les  Araignées  ;  chez  les 
Myriapodes  il  n’y  en  a  point,  en  revanche  les  insectes  for¬ 
ment,  à  eux  seuls,  la  plus  grande  partie  de  l’orchestre 
de  la  nature.  Les  musiciens  plus  actifs  et  plus  énergi¬ 
ques,  nous  les  voyons  chez  les  vertébrés.  Ici,  certes,  les 
oiseaux  occupent  la  première  place,  les  chanteurs  repré¬ 
sentant  les  instruments  àvent,  et  les  mammifères  ;  quant 
aux  poissons,  bien  qu’ils  soient  considérés  comme 
muets, ils  n’en  prennent  pas  moins  part  dans  le  concerl 
commun  de  la  nature,  de  même  que  les  reptiles  et  les 
amphibiens.  Le  rôle  des  poissons  dans  l’orchestre  de  la 
nature  est  comparé  ajuste  titre  à  celui  du  tambour,  des 
castagnettes  et  d’autres  instruments  rares  dans  l’orches¬ 
tre,  avec  lesquels  les  poissons  ont  de  commun  le  carac¬ 
tère  de  leurs  sons. 

J.  Gutman. 


UTILISATION  DE  LA  RAMIE  EN  SÉRICICULTURE 


Dans  un  précédent  article  (1),  j'ai  parlé  de  l'importance 
industrielle  qu’acquerra  forcément  la  Ramie  dans  notre  pays, 
dès  qu’on  aura  de  bonnes  décortiqueuses.  Mais  depuis  cette 
époque,  le  consul  anglais  à  la  Nouvelle-Orléans  a  donné  con¬ 
naissance  d’un  fait  (V.  New  Garden  Bulletin,  1890),  qui  aura,  s’il 
se  reproduit  partout,  ce  qui  ne  peut  être  douteux,  une  influence 
considérable  sur  le  développement  des  cultures  de  Ramie. 

Certains  sériciculteurs  américains,  par  suite  de  la  maladie 
des  mûriers,  ne  pouvant  se  procurer  des  feuilles  en  quantité 
suffisante  pour  leurs  élevages  de  vers  à  soie,  eurent  l’idée  de 
présenter  à  ces  animaux  des  feuilles  de  Ramie  ( Bœhmeria  nivea). 
Ils  constatèrent  avec  plaisir  que  non  seulement  clics  furent 
rapidement  et  avidement  dévorées,  mais  que  les  vers  ne  parais¬ 
saient  nullement  incommodés  par  ce  changement  de  nourriture. 
Les  cocons  qu’ils  obtinrent  ainsi  différaient  des  cocons  prove¬ 
nant  d’animaux  nourris  avec  des  feuilles  de  mûrier  par  leur 
grosseur  qui  était  plus  considérable  et  par  leur  soie  qui  était  plus 
fine. 

Si  ce  fait  est  confirmé  par  des  essais  probants,  il  y  aura 
donc  un  double  avantage  à  cette  substitution  do  feuilles  pour 
la  nourriture  des  vers  à  soie,  et  la  Ramie  dont  la  culture  est  si 
facile  et  si  peu  coûteuse,  qui  s’accommode  de  tous  les  climats  et 
entre  autres  de  celui  de  la  zone  où  se  trouvent  des  magnaneries, 
sera  appelée  à  rendre  de  grands  services  aux  éleveurs  de  la 
région  méditerranéenne.  En  Italie,  on  s'est  déjà  ému  de  cette 
découverte,  et  les  éleveurs  français  auraient  tout  avantage  à 
contrôler  ce  fait  qui  peut  être  important  pour  l’avenir  de  l’in¬ 
dustrie  séricicole. 

A.  Meneoaux. 


UN  RARE  ÉCHANTILLON  D’OR  CRISTALLISÉ 

Cet  échantillon  a  été  trouvé  à  Summit  (Colombie)  en  1887  ; 
la  mine  de  cristal  d’or  d’où  il  a  été  tiré  est  ce  que  les  mineurs 
appellent  «  mine  de  poche  »  et  la  variété  «  gisements  par 
filons  ».  Le  filon  gît  en  ardoise  noire  et  est  mêlé  à  de  l'oxyde 
rouge  de  fer,  probablement  venant  des  pyrites  ;  la  portion  au¬ 
rifère  varie  de  l’épaisseur  d’une  lame  de  couteau  à  6  pouces, 
le  spécimen  fut  rencontré  à  la  jonction  de  deux  filons.  De 
l’or  brut  avait  été  extrait  à  quelque  distance,  ce  qui  encouragea 
les  mineurs  à  faire  un  tunnel  conduisant  à  la  découverte  du 
filon. 

Le  poids  de  ce  spécimen  est  de  92  onces  7  (troyweight)  (2), 
l’extrême  longueur  7  pouces,  la  largeur  5  pouces  1  1/18, 
l’épaisseur .3  pouces,  la  densité  7.  51368  +;  la  pureté  de  l'or 
814,  de  l’argent  130,  valeur  de  l’or  par  once,  16  dollars  82  cents 
(84  Frs  10  c.). 

En  plus  de  sa  valeur  intrinsèque,  il  a  une  haute  valeur 
scientifique,  et  il  est  à  espérer  qu’on  lui  trouvera  une  place 
honorable  dans  quelque  musée  national,  car  ce  serait  une  in¬ 
culte  à  la  nature  et  une  perte  sérieuse  pour  la  science  de  l’en- 


(1)  Naturaliste  du  1"  mars  1890. 

(2)  L’once  troyweight  est  de  31  gram.  1. 


vover  à  la  fonte.  La  beauté  des  cristaux  dont  il  est  presque 
entièrement  composé  ne  peut  être  bien  appréciée  qu’à  l’aide 
d’un  microscope.  Tandis  qu’à  l’oeil  c’est  un  bel  et  intéressant 
objet,  il  est  simplement  merveilleux  quand  on  l’examine  sous 
un  grossissement  de  20  diamètres  et  qu’on  voit  chaque  détail 
cristallographique.  Beaucoup  des  faces,  lorsqu'on  les  examine 
dans  ces  conditions,  prennent  la  forme  de  panneaux  déprimés, 
une  rare  particularité  de  l’or,  quoique  déjà  notée  auparavant 
par  les  minéralogistes.  Les  cristaux  sont  petits,  en  général,  et 
pas  du  tout  parfaits,  mais  leur  détail  comme  groupe  et  indivi¬ 
dualité  sont  dignes  d’étude  sérieuse  et  soigneuse. 

L’état  des  cristaux  indiquerait  un  dépôt  dans  la  veine  par 
lente  accession  d’un  fluide  tenant  de  l’or  en  solution.  Il  n’est 
pas  possible  qu’un;  tel' spécimen  résulte  simplement  de  fusion 
et  cristallisation  subséquente,  tandis  que  la  masse  se  refroi¬ 
dissait  lentement  (opinion  émise  par  quelques  géologues). 

Récemment,  J. -O.  Whitney  retira  de  la  mine  hydraulique  de 
Scott  rîveren  Siskiyou,un  bel  échantillon  d’or  amalgamé.  Bien 
que  les  spécimens  n’égalent  pas  le  précédent  en  beauté,  il  n’est 
pas  différent  comme  poids  et  comme  valeur,  et  l’étude  qu’on 
peut  en  tirer  n’est  pas  moins  intéressante.  En  examinant  les 
petits'  grains  d’or,  on  les  trouvé  être  simplement  des  masses 
arrondies  d’or  brillant  et  jaune,  sans  la  moindre  trace  de 
cristal,  fil  ou  forme  feuillue,  particulière  au  même  métal  en 
quartz.  (D’après  identifie  American.) 


DIAGNOSES  DE  LÉPIDOPTÈRES  NOUVEAUX 


Cratnsiî»  lnilineata  n.  s.p. 

Taille  ët  port  de  Cratosia  Parallela  Feld.  Dessus  des  supé¬ 
rieures  rouge  brique  uniforme  teinté  de  jaunâtre  à  l'apex,  en¬ 
cadré  tout  autour  de  noir  et  coupé  dans  la  partie  supérieure 
par  un  long  trait  également  noir  qui  n’attoint  pas  le  bord 
externe. 

Dessous  noirâtre,  laissant  voir  on  partie  la  teinte  rouge  supé¬ 
rieure  par  transparence. 

Dessus  et  dessous  des  inférieures  noirâtre  avec  le  centre  plus 
clair. 

Tète,  collier  et  thorax  noirs  ainsi  que  les  derniers  anneaux 
de  l’abdomen.  Ptérygodcs,  dessus  du  corps,  tibias  et  poitrine 
rouge  brique;  reste  des  pattes  et  dessous  de  l'abdomen  noir. 

Cette  espèce  a  une  grande  ressemblance  avec  Parallela  Feld., 
mais  s’en  distingue  aisément  par  le  trait  noir  unique,  l’enca¬ 
drement  et  la  frange  noirs  aux  supérieures,  enfin  le  noir  qui 
envahit  la  partie  inférieure  de  l’abdomen. 

3  2  de  .San-Francisco,  près  Loja,  août  1886. 

P.  Dognin. 


LE  MOUTON  DOMESTIQUE 


Lorsqu’on  cherche  à  établir  la  liste  des  races  de  mou¬ 
tons  actuellement  existantes,  on  court  grand  risque  d’en 
oublier  quelques-unes.  Les  races  formées  par  les  éle¬ 
veurs  sont  extrêmement  nombreuses,  chacun  veut  avoir 
la  sienne,  et  cela  lors  même  que  les  caractères  zoologiques 
n’élèvent  même  pas  les  animaux  au  rang  des  variétés. 

Les  principales  races  cependant  diffèrent  notablement 
les  unes  des  autres.  Si  les  moutons  sont  devenus,  les 
uns  des  animaux  charnus  et  gras  montés  sur  des  pattes 
grêles  et  courtes,  comme  par  exemple  ceux  de  race 
Charmoise,  si  d’autres  comme  la  brebis  belge  des  Polders 
sont  chargés  d'une  laine  fine  et  soyeuse,  abondante  au 
point  de  leur  donner  l’aspect  d’un  jouet  d'enfant,  c’est 
sous  l’influence  de  causes  que  nous  allons  passer  en 
revue . 

Certaines  modifications  de  la  disposition  et  des  pro¬ 
portions  relatives,  soit  dans  la  charpente  squelettique, soit 
dans  la  musculature  soit  enfin  dans  la  forme  générale 
du  corps  et  dans  l’aspect  de  la  toison,  méritent  d’être 
observées  comme  tous  les  phénomènes  biologiques,  sur¬ 
tout  quand  elles  ont  pour  résultat  la  créali  n  d’animaux 
monstrueux  par  rapport  à  l’espèce  type,  normaux  au 


10 


LE  NATURALISTE 


contraire  dans  leur  race  qui  se  propage  identique  à  elle- 
même. 

Les  causes  des  difformités,  et  nous  employons  ce  terme 
dans  son  acception  large,  ces  causes  ne  sont  pas  attri¬ 
buables  uniquement  à  l’intervention  de  l’éleveur.  Il  est 
admis  que  les  échantillons  des  différentes  races  ont  été 
obtenus  par  sélection,  par  croisements,  ou  par  des 
procédés  mixtes  comprenant  à  la  fois  l’une  et  l’autre 
méthode;  en  fait,  d’autres  influences  entrent  en  jeu  et 
nous  en  parlerons  après  avoir  exposé  ce  qu’il  faut 
entendre  par  sélection  et  par  croisement. 

On  fait  de  la  sélection,  lorsqu’on  choisit,  parmi  un 
groupe  quelconque  d’animaux  de  même  espèce, ceux  qui 
présentent  les  caractères  que  l’on  veut  reproduire  chez 
leurs  descendants,  en  choisissant  ensuite  parmi  les  des¬ 
cendants  ceux  chez  qui  les  caractères  préférés  sont  le 
plus  nettement  accentués  et  ainsi  de  suite  dans  chaque 
génération.  L’expérience  a  montré  que  l’on  parvient 
ainsi  à  obtenir  au  bout  d’un  certain  temps  un  ou  plu¬ 
sieurs  couples  d’animaux  dont  les  caractères  acquis  se 
transmettent  indéfiniment  aux  descendants. 

Par  ce  procédé  on  réussit  à  fixer,  c’est  le  terme  con¬ 
sacré,  telle  particularité  individuelle  à  l’origine,  qui 
devient  à  la  fin  le  privilège  de  la  race. 

La  matière  animale  vivante  est  donc  jusqu’à  un  certain 
point  plastique  entre  les  mains  de  l’homme,  qui  pourra 
modeler  des  formes  très  diverses,  mais  à  la  condition 
de  ne  diriger  ses  essais  dans  une  même  suite  d’expé¬ 
riences,  que  vers  un  but  unique  très  défini. 

Daubenton,  le  berger  de  Fiance,  comme  on  l’a  appelé, 
avait  fait  de  nombreux  efforts  pour  enseigner  et  pour 
vulgariser  l’usage  de  cette  méthode  qui  a  rendu  au  point 
de  vue  pratique  de  très  sérieux  services.  On  doit  aussi  à 
Daubenton  d’avoir  fait  expérimenter  la  méthode  du  croi¬ 
sement  sinon  pour  la  première  fois,  du  moins  avec  le 
plus  de  suite. 

On  forme  une  race  par  croisement  en  introduisant 
dans  un  troupeau  des  béliers  ou  des  brebis  appartenant 
à  une  race  étrangère  meilleure  et  dont  les  produits  avec 
la  race  indigène  seront  à  leur  tour  améliorés  soit  par 
sélection  soit  par  de  nouveaux  mélanges  avec  la  race 
étrangère. 

Nous  ne  discuterons  pas  ici  les  avantages  de  l’une  ou 
de  l’autre  méthode,  nous  bornant  à  noter  quelques  faits 
signalés  par  divers  observateurs  et  qui  rentrent  dans  le 
cadre  non  seulement  de  l’économie  agricole  mais  aussi 
de  la  zoologie  générale. 

Si  l’on  considère  que  par  la  seule  sélection  des  éle¬ 
veurs  anglais  sont  arrivés  à  augmenter  d’un  tiers  le 
poids  de  la  chair  sur  leurs  moutons,  que  d’autres  éleveurs 
ont  pu  augmenter  la  longueur  de  la  laine  jusqu’à  obtenir 
des  laines  de  vingt-deux  pouces  de  long  sur  des  brebis 
dont  les  arrières-grand’mères  avaient  des  laines  de 
trois  pouces,  on  se  demandera  s’il  existe  une  limite  à 
l’étendue  des  accroissements  divers  que  l’on  pourrait 
imposer  à  une  race  d’animaux. 

Cette  limite  nous  est  marquée  par  ce  que  nous  sommes 
habitués  à  appeler  la  fixité  de  l’espèce.  Il  nous  manque, 
pour  franchir  cette  barrière,  le  temps  qui  est  nécessaire 
à  toutes  les  évolutions  naturelles  et  aussi  le  pouvoir  de 
modifier  profondément  les  conditions  de  milieu. 

Ces  conditions  de  milieu  sont  loin  d’être  négligeables; 
la  transformation  obtenue  par  l’éleveur  est  puissamment 
actionnée  et  dirigée  par  ces  causes  qui  entravent  ou  favo¬ 
risent  l’action  de  l’homme. 


La  nature  du  sol  et  de  ses  produits,  le  degré  d’humi¬ 
dité  et  la  température  du  climat  sont  d’un  effet  constant 
qui  impose  des  caractères  à  la  race.  Si  des  conditions 
climatériques  nouvelles  sont  peu  éloignées  des  conditions 
habituelles,  l’organisme  peut  s’assouplir  au  nouveau 
régime  et  le  résultat  de  l’adaptation  est  souvent  le  chan¬ 
gement  d’aspect  des  organes;  si  au  contraire  l’effort 
d’adaptation  exigé  dépasse  la  plasticité  organique, l’animal 
meurt  ou  cesse  de  se  reproduire. 

Ceci  permet  de  comprendre  comment  les  perfection¬ 
nements  par  sélection  sont  moins  aléatoires  et  donnent 
des  résultats  plus  fixes  que  le  croisement  qui  suppose  . 
l’acclimatation.  Les  difficultés  et  les  bénéfices  de  cette 
acclimatation  ont,  dans  le  cas  spécial,  été  mis  en  évi¬ 
dence  par  les  essais  d’importation  des  moutons  mérinos 
qui, d’une  part  ont  perdu  de  leurs  qualités  dans  certaines 
régions  et  d’autre  part  ont  acquis,  surtout  en  certains 
points  de  la  France  et  de  la  Saxe,  une  laine  plus  fine 
que  celle  qu’ils  avaient  en  Espagne. 

Des  faits  d’un  autre  ordre  présentent  de  l’intérêt.  Dans 
les  croisements, les  caractères  transmis  aux  descendants 
ne  sont  pas  les  mêmes  si  les  moutons  importés  sont 
mâles  ou  femelles.  L’influence  du  bélier  est  prédomi¬ 
nante  pour  les  modifications  de  la  toison,  de  l’ossature 
et  de  la  musculature  des  parties  antérieures  du  corps  ; 
l’influence  de  la  brebis  se  fait  sentir  sur  la  taille  des 
produits  et  sur  les  dimensions  relatives  de  la  région 
postérieure  du  corps. 

Le  choix  des  béliers  a  donc  été  fait  avec  le  plus 
grand  soin  lorsqu’il  s’est  agi  d’obtenir  des  laines  capa¬ 
bles  de  rivaliser  avec  celles  qui  étaient  importées  de 
Perse.  La  toison  se  compose  de  deux  sortes  de  poils,  les 
uns  constituent  le  jarre,  les  autres  la  laine  proprement 
dite.  Il  fallait  diminuer  la  proportion  du  jarre  et  aug¬ 
menter  la  finesse  de  la  laine. 

La  prédominance  de  la  laine  et  la  délicatesse  des  fila¬ 
ments  ont  pu,  chez  certaines  races,  devenir  telles,  qu'il  a 
suffi  d’un  kilogramme  de  cette  laine  pour  fournir  de 
vingt-cinq  à  trente  mille  mètres  de  fil.  On  cite  même 
un  exemple  où  une  livre  de  laine  a  fourni  trente-huit  lieues 
de  111.  Sans  doute  ce  mouton-là  était  croisé  de  vers-à- 
soie. 

La  classification  méthodique  non  seulement  des  races 
de  moutons  mais  encore  des  espèces  actuellement  con¬ 
nues  n’a  pas  été  faite  jusqu’ici.  Pour  les  races,  comme 
nous  l’avons  dit,  le  dénombrement  donne  un  chiffre  si 
élevé  qu’il  faut  renoncer  à  les  distinguer  toutes  si  l’on 
ne  veut  entreprendre  l’étude  de  l’arbre  généalogique  de 
chaque  troupeau.  Les  archives  manquent  sur  quelques 
points  et  c’est  fort,  heureux.  En  admettant  que  l’on 
dégage  de  ce  chaos  une  vingtaine  de  races  à  peu  près 
nettes,  on  arriverait  à  chercher  les  ancêtres  de  nos 
moutons  dans  trois  directions  et  le  problème  ne  s’arrê¬ 
terait  pas  là.  Le  mérinos  a  certainement  une  grande 
part  de  responsabilité  dans  l’état  actuel  de  la  population 
ovine  en  France.  Il  est  entré  dans  nos  bergeries  à  maintes 
reprises.  Daubenton  l’avait  amené  à  Montbard  où  il  ne 
resta  pas  inactif.  Louis  XVI  lui  fit  à  Rambouillet  une 
place  où  il  demeure  pensionnaire  de  l’Etat.  Plus  tard 
encore  des  traités  avec  l’Espagne  assurèrent  la  propaga¬ 
tion  de  cette  race  d’élite. 

Ceci  admis  il  faut  démêler  l'origine  des  mérinos.  On 
prétend  que  les  Romains  amenèrent  ces  moutons  en 
Espagne  ;  il  est  assez  curieux  de  remarquer,  à  ce  propos, 
que  dès  qu’une  question  se  perd  dans  l’antiquité,  les 


LE  NATURALISTE 


II 


Romains  sauvent  la  situation,  jusqu’au  jour  où  un 
archéologue  ouvre  un  tombeau.  Si  l’archéologue  n’ouvre 
rien,  c’est,  un  géologue  qui  dans  les  mâchoires  d’un 
ours  de  l’âge  de  pierre  trouvera  le  tibia  du  mouton 
demandé.  Laissons  les  mérinos;  le  sang  des  béliers 
anglais  s’est  mêlé  à  celui  de  nos  moutons  ;  •l’enquèle 
doit  se  diriger  sur  l'origine  des  Suffoltlc,  des  Dishloy,  des 
New-Kent;  les  difficultés  sont  les  mêmes. 

Il  reste  enfin  à  chercher  dans  le  pays  même  ;  le  triage 
n’est  pas  facile  encore.  D’autres  importations  ont  été 
faites  ;  les  Hollandais  ont  embarqué  des  moujtons  sur  les 
côtes  de  la  Nouvelle-Guinée  et  nous  en  avons  reçu  sous 
les  noms  de  Ovis  longipes,  Moutons  du  Texel,  Moutons 
de  race  Flandrine.  La  vieille,  race  indigène,  celle  des 
peuples  pasteurs  qui  vivaient  avant  l’histoire  sur  notre 
sol  de  France,  a  enterré  son  secret  assez  profondément; 
elle  a  eu  l’extrême  délicatesse  de  laisser,  à  la  surface  du 
sol,  une  descendance  qui  fournit,  aujourd’hui  comme 
alors,  cette  pièce  anatomique  désignée  vulgairement 
sous  le  nom  de  gigot  de  mouton.  Ce  document  nous 
reste,  c’est  une  consolation  rëlative  pour  cetix  qui  vou¬ 
draient  mieux  connaître  l’aïeul  premier  de  la  race  ovine. 

Remy  Saint-Loup. 

Suites  à  la  Flore  de  France 

DE  GRENIER  ET  GODRON 

(Suite.) 

Erythrœa  capitata  Willdenow  ap.  Cliamisso 
Adnotationes  quœdam  ad  Floram  Berolinensem 
(1815),  p.  9  (append.  éd.  3  Verzeichn.  der  auf  den 
Friedlœndischen  Gütern  cultivirten  Gewœchse,nebst 
einem  Beitrage  zur  Flora  der  Mittelmark ,  aucl. 
F.  Walter);  Rœmcr  et  Schultes  Syst.  regel..  IV, 
p.  168  et  786;  Townsend  in  Journal  of  Linnean 
Soc.,  XVIII  (1881),  p.  402  (On  an  Erylhræa  neic  to 
England,  etc.,  cum  icône)  et  Flora  of  Hampshire , 
p.  213,502;  Babinglon  Manual  o/Brit.  bot.,  éd.  8, 
p.  241  ;  Corbière  InBullet.  Soc.  Linn.  de  Xorman- 
die,  troisième  série,  vol.  X,  p.  170-171  (Une plante 
nouvelle  pour  la  flore  française)  et  in  Mèm.  Soc. 
Sciences  nat.  et  math,  de  Cherbourg,  XXV,  p.  273  ; 
Lloyd  et  Foucaud  Fl.  de  l’ouest,  éd.  4,  p.  229.  — 
Exsicc  :  Witlrock  Erythrœœ  exsicc. .  n°  1 1  ;  Ch.  Ma- 
gnier  Flora  selecta ,  n°  2245.  —  Plante  annuelle 
ou  bisannuelle.  Racine  pivotante,  atteignant  sou¬ 
vent  deux  et  trois  lois  la  longueur  de  la  tige  à  ra¬ 
meaux  peu  nombreux.  Tiges  courtes  (2-10  cen¬ 
timètres)  quelquefois  presque  nulles,  solitaires  ou 
plusieurs  partant  du  collet  de  la  racine,  simples  ou 
rameuses  dès  la  base,  munies  parfois  à  Faisselle  des 
feuilles  de  la  dernière  paire,  quelquefois  aus-i  de 
l’avant-dernière,  de  un  ou  deux  rameaux  aphylles 
terminés  par  un  petit  capitule  de  (leurs  dépassant 
le  glomérule  principal.  Feuilles  radicales  en  roselle 
dense,  sessiles,  glabres,  ovales-oblongues,  minces, 
les  caulinaires  plus  étroites,  plus  ou  moins  décur- 
rentes,  les  dernières  paires  souvent  très  rap¬ 


prochées  du  glomérule floral  et  alors  l'égalant  ou  le 
dépassant.  Fleurs  nombreuses,  sessiles,  en,  glomé¬ 
rule  dense,  munies  chacune  de  2-3  bractées  li¬ 
néaires  inégales.  Divisions  du  calice  étroitement 
linéaires,  égalant  ou  dépassant  le  tube  de  la  corolle 
à  l’anthèse.  Corolle  à  tube  non  resserré  à  la  gorge 
et  égalant  les  lobes  ovules-oblongs,  obtus.  Etamines 
insérées  cl  la  base  du  tube  de  la  corolle  ou,  plus  ra¬ 
rement,  à  insertion  hypogyne  (1).  Capsule  subacu- 
minée  dépassant  sensiblement  le  tube  après  Fan- 
thèse.  —  Juillet-août. 

Hab.  —  Manche  :  pelouses  rases  et  pierreuses  au 
bord  de  la  mer  à  Bretteville  près  Cherbourg  (herb. 
R.,  Corbière),  coteaux  maritimes  à  Carter  et  (Lebel, 
Corbière)  ;  dunes  fixées  à  Créances  près  Lessay 
{herb.  R.,  Corbière). 

Aire  géographique.  —  Allemagne  :  Berlin, 
Munich;  Suède:  iled’Œland-,  Angleterre:  île  de 
Wight,  Sussex  (2). 

VE.  capitata  Willd.  diffère  de  VE.  Centaurium 
Pers.  et  de  sa  var.  capitata  Koch  par  les  fleurs  en 
cyme  serrée  ordinairement  égalée  ou  dépassée  par 
les  feuilles  caulinaires  ultimes,  le  calice  à  divisions 
atteignant  au  moins  la  longueur  du  tube  delaco- 
ro’le  à  l’anthèse,  les  étamines  à  filet  inséré  à  la  base 
du  tube  de  la  corolle  (et  non  à  la  gorge). 

Obs.  —  Cette  plante  singulière  qui,  par  ses  éta¬ 
mines  à  filet  inséré  à  la  base  du  tube,  semblerait 
même  devoir  sortir  du  genre  Erythræa,  ainsi  que  l’a 
fait  remarquer  M.  Townsend,  si  l’on  s’en  tenait  aux 
caractères  attribués  dans  le  aux  Erythræa  : 

a . Stamina  3-4,  corollæ  tubo  superiore  inser- 

ta  »,  doit-elle  être  acceptée  comme  espèce  ?  —  Nous 
ne  le  croyons  pas,  et  elle  constitue  seulement  pour 
nous  une  sous-espèce  de  VE.  Centaurium ,  basée  sur 
le  dimorphisme  du  type,  comme  les  E.  glomerata 
Wittr.,  Morieri  Corb.,  Schuttleicorthiana  Rouy 
(E.  nana  Shuttlew.  in  herb.,  non Hegetsch ;  herb .  R.. 
leg.  Auzaude,  ex  herb.  Huet)  (3)  sont  des  sous-es¬ 
pèces  parallèles  des  A.  littoralis  Fries,  ramosissima 
Pers.  (et  forma  E.  pulchella  Fries)  et  maritima 
Pers.,  caractérisées  par  une  taille  naine,  des  feuilles 
très  rapprochées,  les  fleurs  réunies  en  cyme  com¬ 
pacte  ou  agglomérées,  entourées  par  les  feuilles 
caulinaires  supérieures,  les  divisions  du  calice  plus 
longues  que  le  tube  de  la  corolle,  les  étamines  insé¬ 
rées  à  la  base  ou  vers  le  milieu  du  tube  de  la  co¬ 
rolle.  Ces  sous-espèces  se  rencontrent  toutes  dans 
les  régions  maritimes,  sur  le  littoral.  Ajoutonsque 


(1)  Dans  ce  cas  la  corolle  est  dialypétale  [sec.  Corbière. 

(2)  Les  deux  variétés  :  Willdenowiana  et  sphœrocephalaTowns. 
ne  sont  pas  sulïisamment  distinctes  d’après  MM.  Wittrock  et 

(3;:  (L’E.  Schuttleicorthiana  Rouy  (Chironia  maritima  pumila 
Herb.  Robert)  a  été  découvert  par  Auzandc  à  l’ile  du  Levant 
(iles  d’Hycrcs.)  —  Il  se  sépare  de  l’£.  maritima  Pers.  par  ses 
fleurs  subsessiles  agglomérées  en  capitule,  les  divisions  c a  1  i - 
cinales  un  peu  élargies  plus  longues  que  le  tube  de  la  corolle, 
atteignant  ou  dépassant  la  moitié  du  limbe,  les  'feuilles  supé¬ 
rieures  très  rapprochées  entourant  le  capitule  florifère  et  sou¬ 
vent  plus  grandes  que  les  radicales. 


12 


LE  NATURALISTE 


les  formes  naines  et  capitées  ou  subeapitées,  mais  a 
étamines  insérées  près  de  la  gorge  et  à  divisions  du 
calice  comme  dans  ie  type  des  E.  Centaurium 
(var.  capitata  Koch),  E.  littoralis  (var.  minor 
Waldstedl).  E.  ramosissima  (var.  nana,  Rony  = 
E.  nana  Hegelschw.,  Gliironia  nana  Bast.),  E.  mari- 
tima  (var.  occidentalis  Rony  =  Genliana  maritima 
Thorc,  Chironia  occidentalis  DO.),  établissent  la 
transition  entre  les  sous-espèces  citées  ci-dessus  et 
le  type  pécifique. 

(A  suivre.) 

G.  Roüy. 


A  PROPOS  DE  LA.  MALADIE  DES  BARREAUX 


Dans  le  Naturaliste  du  1er  novembre  dernier,  M.  le  Dr  Girard 
a  consacré  une  note  à  la  grave  affection  qui  a  sévi  cet  été  sur 
les  Barbeaux  de  la  Seine.  .Je  crois  utile  de  présenter  quelques 
observations  au  sujet  de  cotte  note. 

Ce  n’est,  pas  la  première  fois  que  des  épidémies  de  ce  genre 
sont  signalées.  D’après  les  renseignements  que  nous  fournissent 
les  auteurs  allemands,  dès  la  fin  de  l’année  1870,  on  aurait  vu 
dans  la  Moselle,  notamment  à  Trêves,  de  grandes  quantités  de 
Poissons,  et  en  particulier  des  Barbeaux,  flotter  à  la  surface 
de  l’eau  :  toutefois,  personne  ne  parait  avoir  déterminé,  à  cette 
époque,  la  cause  du  mal. 

De  1883  à  1885,  c’est-à-dire  pendant  trois  années  consécu¬ 
tives,  ce  sont  les  Barbeaux  de  la  Meuse  qui  ont  été  attaqués. 
L’épidémie  s’est  accusée  peu  à  peu,  de  manière  à  acquérir  son 
maximum  d’intensité  vers  le  milieu  de  l’année  1884;  elle  s'est 
limitée  à  la  Meuse  même,  dans  le  voisinage  de  Méziéres,  sans 
envahir  les  affluents  :  dans  certains  jours  de  cette  période,  on 
enterrait,  à  Méziéres  seulement,  jusqu’à  100  kilogrammes  de 
Barbeaux;  la  Meuse  était  couverte  de  cadavres. 

A  ce  moment  (1884),  M.  Ladague,  vétérinaire  à  Méziéres, 
qui  étudiait  avec  grand  soin  cette  maladie,  fit  expédier  à  Alfort 
quelques-uns  des  poissons  atteints,  et  nous  reconnûmes,  M.  No- 
card  et  moi,  que  les  tumeurs  dont  ils  étaient  tous  porteurs,  et 
qui  étaient  évidemment  le  point  de  départ  de  troubles  observés, 
avaient  pour  base  des  psorospermies  ou  myxotporidies . 

Quelques  années  plus  tard,  la  maladie  en  question  avait  cessé 
au  voisinage  de  Méziéres,  mais  elle  sévissait  en  aval,  vers  la 
frontière  belge;  puis  elle  fut  signalée  en  Belgique  même,  où 
on  l’attribua,  bien  à  tort,  à  l'action  de  certains  Vers. 

D’autre  part,  on  l’étudia  de  nouveau  dans  la  Moselle,  et  les 
observateurs,  Mégnin  en  France,  H.  Ludwig  on  Allemagne, 
s’accordèrent  à  reconnaître  la  nature  psorospermique  des  tu¬ 
meurs  caractéristiques. 

L’année  dernière  (1889',  elle  sévissait  dans  l'Aisne,  au  voisi¬ 
nage  do  Rctliel,  et  c’est  au  mois  cle  juin  de  cette  année  seu¬ 
lement  qu’elle  est  apparue  dans  la  basse  Marne  (l),pour  gagner 
bientôt  la  Seine.  J’ai  donné  quelques  détails  sur  cette  dernière 
épidémie  dans  le  Bulletin  de  la  Société  centrale  d'agriculture  de 
France. 

Pour  rectifier  les  indications  de  M.  le  Dr  Girard,  il  me  suf¬ 
fira  donc  de  rappeler  les  points  principaux  des  notes  que 
j’ai  publiées  antérieurement  sur  ce  sujet. 

Les  symptômes  de  la  maladie  sont  assez  faciles  a  saisir.  Les 
Barbeaux  atteints  sont  moins  vifs  qu’à  l’état  normal;  ils  ont 
beaucoup  de  peine  à  remonter  les  courants  :  au  lieu  do  se 
tenir,  comme  à  l’ordinaire,  dans  les  points  où  l’eau  a  une  marche 
rapide,  près  des  piles  de  ponts,  par  exemple,  on  les  voit  re¬ 
chercher  les  endroits  calmes.  Finalement,  ils  se  laissent 
prendre  à  la  main  ou  à  l’aide  d’une  simple  épuisette. 

Les  sujets  atteints  sont  de  toute  taille  et  de  tout  poids  ;  les 
adultes  sc  montrent  aussi  souvent  malades  que  les  jeunes 
ou  barbillons.  11  faut  remarquer  toutefois  que  le  corps  est 
souvent  dilaté,  et  que,  par  suite,  le  poids  réel  est  bien  infé¬ 
rieur  à  ce.  que  semblerait  indiquer  l’apparence  extérieure. 


(P  D’après  des  renseignements  qui  m’ont  été  communiqués 
récemment,  on  l’avait  constatée  depuis  plusieurs  années,  dans 
les  départements  de  Soine-et-Marne  et  de  la  Marne. 


La  surface  du  corps  est.  terne;  le  tégument  est  recouvert 
d’une  sorte  de  mucus  huileux,  et  les  poissons  glissent  facile¬ 
ment  des  mains  quand  on  veut  les  saisir.  Le  plus  souvent,  ils 
présentent  des  lésions  extérieures  bien  apparentes,  tumeurs  ou 
ulcères,  ceux-ci  dérivant  de  celles-là.  Les  tumeurs,  hémisphé¬ 
riques  ou  un  peu  allongées,  siègent  principalement  sur  le  ventre 
ou  sur  les  côtés  du  corps;  elles  sont  en  nombre  assez  variable, 
et  leurs  dimensions  varient  également,  depuis  la  grosseur  d’une 
noisette  jusqu’à  celle  d’un  œuf  de  poule.  A  leur  niveau,  les 
écailles  sont  soulevées,  peu  adhérentes  et  finissent  par  se  déta¬ 
cher.  Souvent  alors  la  tumeur  s’ouvre  en  laissant  échapper  une 
matière  puriforme  d’un  gris  jaunâtre;  elle  prend  ainsi  l’aspect 
d’un  ulcère  profond,  à  bords  saillants,  enflammés,  et  d’aspect 
sanguinolent.  Au  fond  de  cet  ulcère,  ainsi  que  dans  la  matière 
qui  s’en  échappe,  on  trouve  des  myriades  de  ces  corps  lenti¬ 
culaires  que  Millier  a  fait  connaître,  en  1841,  sous  le  nom  de 
psorospermies. 

Dans  certains  cas,  à  la  vérité,  les  tumeurs  ne  s’ouvrent  pas  à 
l’extérieur,  ou  même  on  n’en  remarque  point  d’apparentes  ; 
mais  on  trouve  alors  les  kystes  parasitaires  à  l’intérieur,  soit 
dans  les  muscles,  soit  dans  la  cavité  viscérale.  En  tout  cas,  la 
chair  est  jaunâtre,  molle  et  prend  par  la  cuisson  une  saveur 
amère  plus  ou  moins  prononcée. 

Tous  les  poissons  attaqués  ne  sont  pas  nécessairement  des¬ 
tinés  à  périr;  dans  la  Meuse  et  dans  le  Rhin,  on  a  vu  dès  èas 
do  guérison  spontanée;  d’autre  part,  M.  Ladague  a  constaté 
qu’en  ouvrant  les  tumeurs  et  en  les  vidant,  on  prolonge  de 
beaucoup  l’existence  des  sujets;  parfois  même  on  parvient  à 
les  guérir. 

En  somme,  T  «  ampoule  »  qu’a  observée  M.  le  Dr  Girard,  et 
dont  il  décrit  le  contenu  comme  étant  de  «  nature  adipeuse  », 
n’est  autre  chose  qu’un  kyste  parasitaire,  renfermant  une  foule 
de  spores  ou  psorospermies. 

L’étude  de  ces  kystes  a  été  faite  récemment  par  L.  Pfeiffer, 
de  Weimar  (Die  Protozoen  ah  Krankheitserrcger ,  Iéna,  1890),  et  cet 
auteur  a  reconnu  qu’ils  ont,  tant  dans  leur  constitution  propre 
que  dans  leur  siège  et  leur  évolution,  une  grande  analogie  avec 
le  Sporozoaire  des  petits  Ruminants  que  j’ai  décrit  sous  le 
nom  de  • Balbiana  gigantea.  Cependant,  par  la  constitution  des 
spores,  ils  se  rattachent  au  groupe  des  Myxosporidies.  tandis  que 
celui-ci  appartient  aux  Sarcosporidies. 

On  ignore  encore  par  quelle  voie  se.  fait  l’infestation  des 
poissons  (peau,  branchies  ou  voies  digestives).  Quant  aux  con¬ 
ditions  qui  la  favorisent,  on  a  cru  les  trouver  surtout  dans  la 
malpropreté  des  cours  d’eau,  qui  reçoivent  de  plus  en  plus  les 
eaux  vannes  des  usines,  dans  l’établissement  de  barrages  qui 
ralentissent  les  courants,  etc. 

Les  moyens  à  opposer  à  cette  maladie  dépendent  à  peu  près 
exclusivement  de  la  prophylaxie  ;  en  recueillant  des  poissons 
dès  le  début  du  mal,  c’est-à-dire  avant  l’ouverture  des  tumeurs, 
et  en  les  enterrant  à  une  certaine  distance  de  la  rivière,  on 
supprimerait  les  éléments  de  la  contagion,  et  la  maladie  s’étein¬ 
drait  sans  doute  beaucoup  plus  rapidement. 

Il  me  paraît  inutile  de  parler  de  la  consommation  des  pois¬ 
sons  atteints,  au  point  de  vue  de  l’hygiène.  L'aspect  répugnant 
qu’ils  offrent,  du  moins  quand  les  tumeurs  sont  ulcérées,  et  la 
saveur  amère  que  possède  leur  chair  me  portent  à  croire  que 
bien  peu  de  personnes  doivent  se  décider  à  les  manger.  Au 
surplus,  l-ien  ne  permet  de  supposer,  jusqu'à  présent,  que  cette 
consommation  offre  le  moindre  danger. 

A.  Railuet. 


L’HIBERNATION 

( Mammifères ) 

Voici  l’hiver  arrivé  dans  toute  sa  rigueur,  amenant  un 
changement  complet  dans  les  conditions  de  la  vie  :  les 
animaux,  les  plus  humbles  comme  les  plus  élevés  en  or¬ 
ganisation, sont  prévenus  par  leur  instinct, résultat  d’une 
expérience  plusieurs  fois  séculaire,  et  mettent  tout  en 
œuvre  pour  échapper  ou  pour  survivre  au  fro:d  ou  à  la 
faim.  Pour  quelques-uns,  les  Carnassiers  notamment, 
l’hiver  marque  le  summum  de  leur  activité  ;  la  vie, rela¬ 
tivement  facile  durant  la  belle  saison,  devient  dure  à 
l’époque  des  frimas,  lorsque  la  neige  couvre  la  terre  : 
les  individus  isolés  jusque  là  se  rapprochent,  s’associent 


LE  NATURALISTE 


13 


pour  vivre,  tentent  des  expéditions  audacieuses  et  loin¬ 
taines.  «  La  faim  fait  sortir  le  loup  du  bois  »,  dit  la 
sagesse  des  nations,  qui,  pour  cette  fois,  est  d’accord 
avec  la  réalité.  Mais  les  trois  quarts  du  temps,  l’hiver 
amène  un  ralentissement  vital  considérable;  quand  il 
est  long,  comme  dans  les  pays  élevés  ou  dans  les  ré¬ 
gions  septentrionales,  on  peut  dire  sans  paradoxe,  que 
l’animal  emploie  les  quelques  mois  d’été  à  se  préparer 
pour  la  mauvaise  saison,  à  accumuler  suffisamment  de 
matériaux  de  réserve  pour  subsister  durant  la  longue 
période  qui  le  réduit  à  l’inaction. 

Une  étude  générale  de  l’hibernation  serait  des  plus 
intéressantes;  mais,  comme  pour  beaucoup  de  points  de 
physiologie  générale,  on  a  d’abord  étudié  en  grand  dé¬ 
tail  les  Vertébrés,  et  l’on  ne  sait  que  très  peu  de  chose 
pour  les  animaux  plus  inférieurs,  qui  fourniraient  cepen¬ 
dant  des  résultats  du  plus  haut  intérêt. 

Mammifères.  —  On  sait  que  l’un  des  premiers  effets  du 
froid  sur  les  Mammifères  est  la  modification  du  pelage, 
qui,  devient  plus  épais  et  plus  long;  entre  les  poils  ou 
crins  qui  le  composent,  se  forme  une  quantité  considé¬ 
rable  de  duvet  fin,  qui  emprisonne  beaucoup  l’air,  et 
réduit  au  minimum  la  déperdition  de  chaleur.  Naturel¬ 
lement  plus  l’on  remonte  dans  le  Nord,  et  plus  les  mo¬ 
difications  sont  sensibles;  ce  sont  là  des  faits  tellement 
connus  qu’il  n’y  a  pas  lieu  d’insister. 

Ce  qui  est  curieux,  c’est  que  le  même  effet  se  produit 
quelquefois  sous  une  influence  exactement  contraire  : 
tout  le  monde  connaît  les  chèvres  et  les  chats  Angora,  à 
poils  longs  et  soyeux;  ces  races  proviennent  d’Angou- 


Fig.  1.  —  Chèvre  angora. 


rieh  en  Anatolie  (Ancyre  des  anciens),  où  l’hiver  qui 
dure  quelques  mois  à  peine,  est  très  clément;  la  tempé¬ 
rature  estivale  y  est  aussi  fort  élevée.  Cette  hypertrophie 
du  système  pileux  a  probablement  pour  but  d'empêcher 
l’absorption  de  la  chaleur  extérieure,  de  même  que  les 
Arabes  se  couvrent  dans  le  même  but  de  burnous  blancs 
et  épais. 

Non  seulement  le  pelage  s’épaissit,  mais  il  change 
souvent  de  teinte.  L’Ecureuil  commun  ( Sciurus  vulgaris), 
d’un  beau  roux  en  été,  devient  pendant  l’hiver,  dans  les 
pays  du  Nord,  d’un  brun  grisâtre  avec  le  ventre  blanc  ; 
le  Renard  bleu  ( Vulpes  lagopus),  eu  été  couleur  de  terre 
ou  de  rocher,  est  blanc  eu  hiver;  de  même  l’Hermine 


[Mustela  herminea),  dont  le  bout  de  la  queue  reste  cepen¬ 
dant  toujours  noir;  le  lièvre  des  Alpes  ( Lepus  variabilis ) 
devient  aussi  tout  blanc,  sauf  aux  pointes  des  oreilles. 
Ces  changements  de  coloration  ne  sont  pas  si  absolus 


Fig.  2.  —  Le  Renard  bleu. 


ni  si  réguliers  qu’on  le  croit  d’ordinaire;  pendant  l’hi¬ 
ver,  on  tue  en  Islande  des  Renards  bleus  de  toute  teinte, 
les  uns  blancs,  les  autres  gris  cendré; en  été,  y  on  trouve 
parfois  de  jeunes  Renards,  à  peine  âgés  de  quelques 
semaines,  dont  la  robe  est  entièrement  blanche. 

11  est  extrêmement  probable,  au  moins  pour  quelques- 
uns,  que  ces  changements  de  coloration  sont  des  phé¬ 
nomènes  d 'homochromie,  ayant  pour  but  d’harmoniser 
leur  couleur  avec  celle  du-milieu  où  ils  vivent;  le  Renard 
bleu,  l’Hermine,  le  Lièvre  variable,  habitent  des  ré¬ 
gions  souvent  couvertes  de  neige,  où  nombre  d’animaux 
(Oiseaux,  Ours,  etc.),  restent  blancs  pendant  toute  la 
durée  de  l’année.  La  théorie  darwinienne  considère  ces 
phénomènes  d’homochromie,  comme  fixés  par  la  sélec¬ 
tion  naturelle;  les  individus  les  moins  visibles,  par  suite 
de  leur  teinte,  étant  épargnés  de  préférence  aux  autres, 
et  propageant  ainsi  leur  race.  Sans  nier  ce  qu’il  peut  y 
avoir  de  vrai  dans  celte,  hypothèse,  il  est  cependant  pro¬ 
bable  qu’il  y  entre  un  autre  facteur  ;  peut-être,  comme 
dans  beaucoup  de  cas  analogues,  une  réaction  directe  de 
la  couleur  du  milieu  sur  la  couleur  de  l’animal.  D’ailleurs, 
il  s’en  faut  de  beaucoup  que  la  teinte  blanche  coïncide 
avec  l’apparition  des  neiges  ;  elle  apparaît  graduellement, 
plus  ou  moins  tôt  suivant  les  régions;  on  saitqu’en  Angle¬ 
terre,  quelle  que  soit  la  rigueur  de  la  température,  l’Her¬ 
mine  reste  d’un  brun  grisâtre  et  ne  devient  jamais  blan¬ 
che.  On  s’est  peut-être  un  peu  trop  pressé  de  considérer 
toutes  ces  questions  comme  résolues  du  coup  par  l’hypo¬ 
thèse  de  la  sélection  naturelle;  il  faut  reconnaître  d’ail¬ 
leurs  que  dans  ces  dernières  années  celle-ci  a  perdu 
beaucoup  de  terrain,  et  que  l’on  en  revient  de  plus  en 
plus  aux  idées  de  Lamarck,  qui  accordent  un  •  influence 
prépondérante  à  la  réaction  directe  du  milieu  sur  l’ani¬ 
mal.  11  est  aussi  très  probable  que  les  ressemblances 
homochromiques  ne  se  produisent  pas  toutes  par  le  même 
processus,  et  qu’il  faut  les  étudier  séparément  pour 
chaque  groupe. 

Les  Chauves-souris  hibernent  plus  ou  moins  longtemps 
suivant  les  régions  :  à  l’approche  du  froid,  elles  se  re¬ 
tirent  dans  les  cavernes,  les  édifices  en  ruines,  etc.,  et 
s’attachent  aux  saillies  en  se  pressant  les  unes  contre  les 
autres;  chaque  individu  est  suspendu  par  s  -s  pattes  de 
derrière;  souvent  des  espèces  différentes  se  rassemblent 
dans  le  même  gîte  pour  passer  l’hiver.  Lorsqu’on  les 


14 


LE  NATURALISTE 


surprend  dans  leurs  retraites,  elles  sont  fort  engourdies 
et  ne  font  aucun  effort  pour  se  sauver  ;  elles  ne  sortent 
que  lorsque  les  premiers  Insectes  apparaissent  dans  1  air. 
On  a  observé  un  fait  curieux  au  sujet  de  l’évolution  des 
embryons  chez  les 
Chauves-souris  qui 
hibernent  :  le  déve¬ 
loppement  commen¬ 
cé  s’interrompt  tout 
à  fait  pendant  l’hi¬ 
ver,  pour  ne  repren¬ 
dre  qu’à  la  belle  sai¬ 
son. 

Parmi  les  Carnas¬ 
siers,  les  Ours  sont 
à  peu  près  les  seuls 
à  s’engourdir  pen¬ 
dant  les  grands  froids 
et  encore  il  faut  en 
excepter  les  Ours 
blancs  des  régions 
polaires.  Ces  plantigrades  se  creusent  un  trou  dans  la 
terre,  qu'ils  tapissent  de  branches  et  de  feuilles,  ou  se 
logent  dans  le  tronc  d’un  arbre ,  et  s’engourdissent: 
pendant  quelque  temps,  la  période  d’hibernation  étant 
coupée  par  de  courts  réveils.  C’est  à  ce  moment  surtout 
qu’on  les  chasse  dans  beaucoup  de  régions,  notamment 
dans  l’Amérique  du  Nord  :  les  Indiens  reconnaissent 
la  présence  d’un  Ours  dans  un  arbre  ou  une  caverne 
par  la  trace  des  griffes  ou  par  la  légère  vapeur  qui 
s’échappe;  ils  tuent  l’animal,  soit  dans  son  gîte  même, 
soit  après  l’avoir  fait  sortir  en  l’enfumant. 

L.  ClÉNOT. 

(A  suivre.) 


Fig.  3.  —  Molosse  de  Ce 
accrochée  aux  parois  d’un 
verne  (1/2  gr.  pat.). 


LE  COCOTIER  DES  SÉCHELLES 

( Lodoicea  Sechellarum). 


C'est  dans  une  des  îles  des  ;  Séchelles  découverte 
en  1743  par  M.  de  la  Hourdonnaie,  qu’il  appela  île  des 
Palmes,  et  qui  a  été  depuis  nommée  île  Praslin,  que 
croît  ce  magnifique  palmier  dont  l’origine  dans  les 
Indes  a  été  longtemps  inconnue.  Linscot,  Garzias, 
Acorta  et  Clusius  ou  Delecluze  sont  les  premiers  (bota¬ 
nistes  qui  aient  fait  connaître  en  Europe  le  fruit  de 
cette  majestueuse  Borassinée,  sous  le  nom  de  Nux 
medica,  et  du  temps  de  Gaspard  Bauhin,  on  ne  doutait 
plus  que  ce  ne  fut  le  fruit,  d’un  Palmier,  puisque  cet 
auteur  le  désigne  dans  son  Pinax,  page  39,  sous  le 
nom  de  Palma  coccifera  figura  ovali,  mais  on  n’avait,  pas 
encore  d’idéejuste  de  ce  Palmier. 

Cet  arbre  s’élevant  en  plusieur  endroits  de  l’ile  de 
Praslin,  sur  le  bord  de  la  mer,  la  plus  grande  partie  de 
ces  fruits  tombaient  dans  l’eau  au-dessus  de  laquelle  ils 
surnageaient,  puis  les  vents  les  poussant  ainsi  que  les 
courants  dont  la  direction  dans  ces  parages  est  à  l’Est- 
Nord,  les  portent  jusqu’au  rivage  des  Maldives,  la  seule 
partie  où  on  les  trouvait  avant  la  découverte  de  l’ile 
Praslin,  ce  qui  fit  donner  à  ce  fruit  le  nom  de  Cocos  des 
Maldives. 

Avant  qu’on  eut  connu  la  plante  qui  produit  cetle 
noix,  on  avait  supposé  que  c’était  le  fruit  d’un  végé¬ 
tal  marin  qui  se  détachait  lors  de  la  maturité  et  qui 


surnageait  ensuite  au-dessus  des  flots.  Ce  ne  fut 
qu’en  1739  que  ce  beauPalmier  fut  découvert  ;  son  tronc 
ou  stipe  atteint  une  hauteur  de  33  mètres  sur  40  à  90 
centimètres  de  diamètre  ;  il  est  marqué  par  inter¬ 
valles  de  cicatrices  annulaires  provenant  de  la  chute 
des  feuilles.  Les  -pétioles  atteignent  plusieurs  mètres 
de  longueur  et  sont  terminés  par  une  limbe  en  forme 
d’éventail  d’une  longueur  de  3  à  6  mètres  sur  3  à 
4  mètres  de  largeur,  à  contour  général  ovale  rhomboïdal 
et  portant  jusqu’à  cent  folioles.  Le  bois  du  stipe  est  très 
dur,  mais  se  fend  très  facilement,  on  l’emploie  avec 
avantage  pour  faire  des  conduites  d’eau,  des  haies  de 
clôture,  des  palissades  et  des  charpentes  de  pressoirs 
parce  que  sa  durée ‘est  très  longue;  les  jeunes  feuilles 
sont  enveloppées  d’un  revêtement  laineux  ou  plumeux 
d'un  brun  clair  qu’on  ufilise  pour  remplir  les  oreillers, 
les  coussins  et  les  matelas.  Les  indigènes :se  servent  des 
grandes  feuilles  pour  faire  des  chapeaux  ou  couvrir 
leurs  huttes  ;  avec  les  nervures,  on  confectionne  des 
'balais.  Les  spathes  sont  énormes.  Le  fruit  pptune  grosse 
drupe  nommée  ordinairement,  Coco  de  mer,  des  Sé- 
[  chelles  bu  Cul  de  Négresse.  Sous  son  mésocarpe  fibreux 
se  trouve  plus  ou  moins  rarement  deux  ou  trois  noyaux 
bilobés,  didymes,  renfermant  une  graine  à  embryon 
basilaire,  accompagnée  d’un  albumen  charnu.  Les  fruits 
sont  les  Xuces  indices  des  anciens  voyageurs  ;  ils  ont  été 
longtemps  si  rares  et  réputés  si  précieux  qu’on  les  a 
vendus  jusqu’à  10,000  francs.  Ce  fruit  est  comestible,  il 
contient  un  liquide  aussi  agréable  à  boire  que  le  lait  de 
coco  ordinaii’e,  mais  [il  se  rancit  en  quelques  jours,  il 
met  sept  à  huit  ans  à  mûrir;  à  3  ou  4  ans,  il  a  déjà 
atteint  toute  sa  grosseur,  mais  il  est  encore  si  mou 
qu’on  le  coupe  aisément  au  couteau  et  qu’on  le  mange 
dans  cet  état;  on  dit  que  l’albumen  de  la  graine  est  très 
vénéneuse.  La  coque  de  la  noix  sert  à  faire  des  vases, 
des  plats,  et  autres  objets  d’économie  domestique  long¬ 
temps  connus  sous  le  nom  de  vaiselle  de  l’île  de  Praslin  ; 
les  fragments  de  cette  noix  forment  un  excellent  com¬ 
bustible. 

Le  fruit  du  Lodoicea  Sechellarum  a  été  l’objet  d’une 
légende  assez  curieuse  dont  voici  quelques  mots  ;  au¬ 
trefois  les  grands  seigneurs  de  l’Inde  achetaient  ce  pro¬ 
duit  végétal  à  un  prix  très  élevé  ;  ils  en  faisaient  des 
coupes  qu’ils  enrichissaient  d’or  et  d’argent  et  dans  les¬ 
quelles  ils  buvaient  persuadés  que  le  poison  qu’ils  crai¬ 
gnaient  ne  pourraient  leur  nuire  quand  il  a  été  versé  et 
purifié  dans  ces  vases  salutaires.  Le  souverain  des  Mal¬ 
dives  mettait  à  profit  cette  erreur  générale  ;  à  l'exemple 
de  ses  prédécesseurs,  il  se  réservait  la  propriété  exclusive 
de  ce  fruit  qu’il  vendait  excessivement  cher,  il  en 
envoyait  aux  souverains  d’Asie  comme  le  don  le  plus 
précieux  qu’il  pût  leur  faire.  Les  habitants  des  Maldives 
nomment  ce  fruit  Travacarné,  c’est-à-dire  trésor,  dans 
leur  langue. 

Ce  Palmier  habite  une  région  très  restreinte  de  la  mer 
des  Indes  et  l’on  dit  même  qu’aux  Maldives  l’espèce 
disparaîtrait  complètement  (mais  l’administration  plus 
prévoyante  que  les  habitants  de  l’ile  prit  sous  sa  sauve¬ 
garde  ce  Palmier  en  déclarant  ce  ravin,  domaine  de 
l’État)  parce  que  les  indigènes  ont  abattu  une  grande 
quantité  de  ces  végétaux  pour  exploiter  les  fibres  avec 
lesquelles  ils  font  de  très  jolis  travaux  de  vannerie  et  de 
sparterie  qu’ils  vendent  ensuite  aux  Européens. 

Ce  fut  Honnerat  qui  introduisit  cette  Borassinée  à  1  île 
Maurice;  il  serait  intéressant  de  la  répandre  dans 


LE  NATURALISTE 


15 


d'autres  régions 
chaudes  du  globe. 

Ce  Palmier  porte 
divers  noms  indigè¬ 
nes  qui  sont  :  Dyria- 
Kanaril,  Kalappa- 
lawt,  ,Ubodie,  nari 
Kaylum,  Kadil  ta- 
gingai,  Sumatsapoo 
tainkaya;  ses  syno¬ 
nymes  scientifiques 
sont  :  Borassus 

Sonneratii  Guieke  ; 
Calappa  Laut 
Rumph.;  Coccus 
Maldavia  Gorc.; 
Coccus  Maldivicus 
Rumpb.;  Cocos  Mal- 
divica  Gmel.  ;  Lodoi 
e-ea  Callypyge 
Comm.;  Lodoicea 
Maldi  vica  Pers.  ; 
les  noms  français 
sont,  Lodoicée  des 
Séc.helles,  Cocotier 
de  l’ile  de  Praslin, 
des  Maldives,  des 
Séchelles,  Cocos  de 
mer.  Cultivée  en 
pleine  terre  dans 
une  grande  serre 
chaude,  cette  ma¬ 
gnifique  Borassinée 
y  développerait  une 
luxuriante  végéta¬ 
tion. 

De  tous  les  fruits 
de  Palmiers  connus 
jusqu’à  jour,  c’est  le 
Lodoicea  qui  donne 
le  plus  volumineux 
et  les  Geonama 
produisent  les  plus 
petits  ;  ces  derniers 
sont  dans  certaines 
espèces  un  peu  plus 
gros  qu’une  tête 
d’épingle. 

Henri  Jouet. 


CHRONIQUE 


Concours  de  décortication  de  la  Ramie.  —  Dans  sa  séance  du 
27  novembre,  la  Société  [des  agriculteurs  de  France  a  décidé 
qu’un  objet  d’art,  des  médailles  d’or  et  d’argent  seront 
mises  à  la  disposition  du  jury  pour  récompenser  un  procédé 
do  décortication  mécanique  ou  chimique  de  la  ramie  en  vert 
ou  en  sec,  donnant  des  résultats  pratiques  et  économiques.  Les 
inscriptions  seront  reçues  jusqu’au  1er  juin  1891,  au  siège  de  la 
Société  des  agriculteurs  de  France,  21,  avenue  de  l’Opéra.  Le 
concours  aura  lieu  au  commencement  d’octobre  1891  dans  la 


^ECHELLES  (Lodoicea  Secbclbi 


Ecole  préparatoire  de  médecine  et  de  pharmacie  de  Poitiers. 

-  I  n  concours  s’ouvrira,  le  15  juin  1891,  devant  la  Faculté 
mixte  de  médecine  et  de  pharmacie  de  Bordeaux,  pour  l’emploi 
de  suppléant  des  chaires  d’anatomie  et  de  physiologie  à  l’Ecole 
préparatoire  de  médecine  et  de  pharmacio  do  Poitiers. 

Missions  scientifiques.  —  M.  Reummli,  dorivur  en  méde¬ 
cine,  est  charge  d’une  mission  aux  Indes  anglaises  en  vue  d’y 
eticcluer  des  recherches  d’anthropologie  et  d’ethnographie.  — 
M.  le  docteur  A.  Trumet  de  Fontarce,  membre  de  la  société 
d’ Anthropologie,  est  chargé  d’une  mission  en  Tunisie,  en  vue 
de  recherches  anthropologiques. 


plaincyle  Gennevillicrs.  Les  moteurs  et  leur  installation  seront  à  la 
charge  des  concurrents.  La  Société  des  agriculteurs  leur 
fournira  l’approvisionnement  des  matières  destinées  aux  expé¬ 
riences  et  le  charbon  nécessaire  à  la  production  de  la  force 
motrice. 

Legs  Mathieu  Bonrceret  il  l’Académie  do  Médecine.  —  Le 

Secrétaire  perpétuel  de  l’Académie  de  médecine  est  autorisée 
à  accepter,  au  nom  de  cette  Académie,  aux  clauses  et  condi¬ 
tions  imposées,  le  legs  que  lui  a  fait  le  sieur  Mathieu  Bourccrot 
par  un  testament  en  date  du  10  décembre  1885.  I.e  produit 
de  cette  libéralité  sera  placé  en  rentes  3  p.  0/0  sur  l’État 
français,  avec  mention  sur  l’inscription  de  la  destination  des 
arrérages  à  la  fondation  d’un  prix  annuel,  dtiprix  Mathieu  Bour- 


LE  NATURALISTE 


16 


ceret,  qui  sera  décerné  à  l’auteur  du  meilleur  ouvrage  sur  la 
circulation  du  sang. 

Les  primevères  de  Chine.  —  Les  primevères  de  Chine,  qui, 
par  la  sélection,  ont  produit  de  si  beaux  grains,  ne  sont  entrés 
dans  nos  cultures  que  depuis  un  nombre  assez  restreint  d’an¬ 
nées.  C’est  en  1821  seulement  que  le  type  à  fleurs  simples  fleurit 
dans  les  jardins  de  Thomas  Palmer,  en  Angleterre.  Les  fleurs 
doubles  ne  se  sont  montrées  que  plus  tard,  et  c’est  depuis 
quelques  années  que  le  Primvla  sinensis  a  été  rencontré  à  l’état 
nature  par  l’abbé  Delaway,  l’explorateur  distingué  qui  nous  a 
révélé  les  trésors  de  la  flore  de  Yunnam. 


LIVRES  NOUVEAUX 


—  Notre  collaborateur,  M.  Henri Gadcau  de  Kervillc,  a  récem¬ 
ment  publié  le  fasc.  11  de  sa  Faune  de  la  Nornandie  (1),  volume 
de  293  pages  qui  contient  les  Oiseaux  appartenant  aux  ordres 
des  Carnivores,  Omnivores,  Insectivores  et  Granivores,  corres¬ 
pondant  à  ceux  des  Rapaces,  Passereaux  et  Grimpeurs  de  la 
classification  de  Cuvier.  Ce  volume,  où  l’auteur  s’est  efforcé 
d’étre  le  plus  rigoureusement  exact,  comme  il  le  fait  pour  tous 
scs  travaux,  n’est  que  le  second  vingtième  environ  de  l’impor¬ 
tant  ouvrage  sur  la  zoologie  normande  qu’il  a  entrepris  et  qui 
se  composera  de  quatre  à  cinq  mille  pages. 

—  Les  Sens  et  l'instinct  chez  les  animaux  et  principalement  chez  les 

insectes,  avec  136  figures.  —  Tel  est  le  titre  du  nouveau  livre 
que  vient  de  publier  le  grand  naturaliste  anglais  Sir  John  Lub- 
bock,  qui  est  membre  du  Parlement  britannique  en  mémo 
temps  que  de  la  Société  royale  "de  Londres,  et,  de  plus,  l’un 
des  grands  banquiers  de  la  Cité.  Ce  livre,  publié  dans  la  Bi¬ 
bliothèque  scientifique  internationale  dirigée  par  M.  Em.  Alglavc, 
est  le  complément  naturel  du  bel  ouvrage  de  Sir  John  Lub- 
bock  sur  les  Fourmis ,  les  Abeilles  et  les  Guêpes,  publié  dans  la 
même  collection.  —  L’auteur  étudie  successivement  les  cinq 
sens  chez  les  animaux  et  les  instincts  dont  le  développement 
se  rattache  à  ces  sens.  La  principale  originalité  de  ce  livre  ce 
sont  les  nombreuses  expériences  imaginées  par  Sir  John  Lub- 
bock  avec  une  ingéniosité  et  une  patience  sans  égale,  pour 
mettre  en  lumière  l’intelligence  et  les  instincts  moraux  ou  so¬ 
ciaux  des  bêtes  de  tout  ordre.  C’est  ce  qui  rend  la  lecture  de 
ce  livre  aussi  attachante  pour  les  gens  du  monde  que  pour  les 
savants.  (1  vol.  in-8°  avec  136  gravures  dans  le  texte.  Cartonné 
à  l’anglaise.  Prix  6  francs.  Librairie  Félix  Alcan  et  aux  bureaux 
du  journal.)  _ 


BIBLIOGRAPHIE 


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blishing  a  Career  for  the  American  Bison  of  the  Future. 

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Spermatozoen,  züglcich  ein  Beitrag  zur  Lehre  vont  feincren 
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und  Meinungen  von  den  Korallenbauten. 

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1)  Fasc.  I,  Mammifères,  avec  une  planche  en  noir;  Fasc.  11, 
Oiseaux  (Carnivores,  Omnivores,  Insectivores  et  Granivores );  Paris, 
J. -B.  Baillière  et  fils,  1888  et  1890;  et  aux  bureaux  du  journal. 


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Ann.  Magaz.  of  Nat.  Hist.  1890,  pp.  394409. 

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Limacella  confusa.  —  L.  formosensis.  —  L.  chinensts. 

Ann.  Mag.  of  Nat.  Hist.  1890,  pp.  380-390. 

12.  Eppelsheim.  Neuc  Staphylinen  aus  den  Kaukasusliln- 
dern. 

(10  espèces  nouvelles.) 

Viener  Entom.  Zeit.  1890,  pp.  217-229. 

13.  Flach,  H.  Ischioplites  Mollcndorfii  ,n.  sp.  aus  Malupi 
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Vier ner  Entom.  Zeit.  1890,  pp.  238-240. 

14.  Fockeu,  K.  Galles  observées  dans  le  Nord  de  la  France 
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Revue  Biol.  1890,  pp.  34-39. 

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Compt.  Rend.  Soc.  Biol.  1890,  pp.  101-106. 

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Journ.  für  Ornithol.  1890,  pp.  154-156. 

18.  Hartlaub,  G.  Ueber  einige  neue  von  Dr.  Emin  Pascha 
im  Inneren  Ostafrica  entdekte  Arten. 

Nectarinia  foliota.  —  Burnesia  reirhenowi.  —  Bradypteru 
Alfredi.  —  Pratincola  Emmæ. 

Journ.  für  Ornithol.  1890,  pp.  150454. 

19.  Joubin,  L.  Recherches  sur  les  turbellqriés  des  côtes  de 
France  (némertes),  pl.  25-27. 

Ai  ch.  de  Zool.  Expérim.  1890,  pp.  461-496. 

20.  Joyeux-Laffuie,  J.  Etude  monographique  du  Chétop- 
tcrc  ( Chcetopterus  variopedatus,  Reniôr),  suivie  d’une  révi¬ 
sion  des  espèces  du  genre  Chcetopterus  (fin).  Pl.  15-20. 

Arch.  de  Zool.  Expérim.  1890,  pp.  321-360, 

21.  Junghans,  K.  Der  Bienenfrosser,  Merops  apiaster,  in 
Hetsen  nistend. 

Journ.  für  Ornithol.  1890,  jop .  156-157. 

22.  Kastschenko,  N.  Ueber  die  Rcifungsproccss  des  Sela- 
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Zeitsch .  für  Wissensc.  Zool.  1890,  pp.  428-442. 

23.  Lambling  et  Deroide.  Note  sur  le  dosage  des  matières 
albuminoïdes  dans  les  liquides  séreux. 

Revue  Biol.  1890,  pp.  21-23. 

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Arch.  de  Zool.  Expérim.  1890,  pp.  361-408. 

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Journ.  für  Ornithol.  1890,  pp.  16S-232. 

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Journ.  für  Ornithol.  1890,  pp.  165-167. 

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Revue  Biol.  1890,  pp.  24-33. 

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entomologique  des  Flandres. 

4®  centurie.  —  Coléoptères. 

Revue  Biol.  1890,  pp.  1-20. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


PARIS.  — 


UE  CASSETTE, 


l.T  ANNÉE 


2e  Série  —  IV°  S >« 


13  JANVIER  1891 


LA  NAPPE  D’EAU  DE  LA  CRAIE 

AUX  ENVIRONS  DE  LAON 


La  ville  de  Laon  et  ses  environs  sont  assez  bien  par¬ 
tagés  au  point  de  vue  des  nappes  d’eau.  D’Archiac,  dans 
sa  description  géologique  de  l’Aisne  (1),  signalait  dans 
ce  département  onze  niveaux  d'eau  qu’il  avait  numérotés 
en  commençant  par  le  haut.  Les  cinq  premiers,  rencon¬ 
trés  dans  les  couches  supérieures  au  calcaire  grossier, 
n’intéressent  pas  les  environs  immédiats  de  Laon;  c’est 
en  effet  à  la  basé  du  calcaire  nummulitique  que  l’on  voit, 
au  sommet  de  la  colline,  la  sixième  nappe.  La  septième 
et  la  huitième,  retenues  par  les  couches  imperméables 
de  l’argile 
plastique  et 
de  la  glau¬ 
conie  infé¬ 
rieure,  exis¬ 
tent  vers  le 
milieu  et  à 
la  base  du 
coteau. 

,  Ces  diver¬ 
ses  nappes 
ont  un  fai¬ 
ble  débit,  et 
n’alimen  - 
tent  que 
quelques 
sources  et 
puits  très 
peu-impor¬ 
tants.  La 
ville  de 
Laon,  cons¬ 
truite  au 
sommet  et 
sur  les 

I  avec  xi i: 

lianes  d  un 

témoin  tertiaire  isolé  par  érosion,  n’a  eu  pendant 
longtemps  que  ces  eaux  pour  tous  les  usages  domes¬ 
tiques.  On  voit  immédiatement  les  déplorables  condi¬ 
tions  hygiéniques  d’une  pareille  situation.  La  nappe 
supérieure,  existant  à  quelques  mètres  seulement  du 
sommet  de  la  colline,  est  alimentée  par  les  eaux  pluviales 
qui  n’y  arrivent  qu’après  avoir  filtré  dans  le  sol  des  ha¬ 
bitations  où  elles  peuvent  facilement  dissoudre  une  forte 
proportion  de  matières  organiques.  Les  happes  infé¬ 
rieures  ne  reçoivent  que  le  trop-plein  des  sources  supé¬ 
rieures  ainsi  qu’une  partie  des  eaux  résiduaires  de  la  ville. 

La  neuvième  nappe  de  d’Archiac  est  celle  de  la  craie  ; 
son  étude  est  particulièrement  intéressante,  non  seule¬ 
ment  pour  sa  grande  importance  industrielle,  mais  aussi 
à  cause  de  certaines  particularités  qu’elle  présente  au 
point  de  vue  de  l’origine  et  de  la  composition  chimique 
de  l’eau. 

Quand  on  examine  la  carte  géologique  de  cette  région 
(feuilles  de  Laon  et  de  Rethel  au  g-g—g)  on  est  frappé  de  la 
régularité  relative  des  affleurements  tertiaires  qui  sont 
limités  par  une  ligne  moyenne  N.-E.,  S.-O.,  sensible¬ 
ment  parallèle  au  tracé  du  chemin  de  fer  de  La  Fère  à 
Reims  par  Laon. 

(1)  Paris,  1843. 

LE  NATURALISTE,  Paris,  46,  rue  du  Bac. 


Craie  à  Belemnitclla  i 
avec  lits  de  silex. 


Cette  limite  est  nettement  visible  sur  le  terrain,  et  l’as¬ 
cension  de  la  montagne  de  Laon  si  intéressante  et  si 
recommandable  pour  l’étude  des  étages  éocènes  infé¬ 
rieurs,  doit  être  faite  pour  examiner  le  contraste  qui 
existe  entre  le  côté  tertiaire  et  le  côté  crétacé.  Au  sud 
de  la  ville,  l’horizon  est  un  peu  limité,  mais  les  nom¬ 
breuses  collines  boisées  et  verdoyantes  qui  se  projettent 
les  unes  sur  les  autres,  avec  leurs  pentes  d’érosion  assez 
rapides  constituent  un  des  plus  beaux  panoramas  du 
nord  de  la  France.  Au  nord  et  au  nord-est,  au  contraire, 
le  paysage  est  tout  autre  ;  il  n’y  a  plus  de  coteaux  à 
proximité.  Une  large  plaine  crétacée  qui  commence  dès 
la  base  de  la  ville,  s’étend  au  loin  à  plus  de  vingt  kilo¬ 
mètres,  jusqu’à  une  ligne  continue  de  hauteurs  allant 
de  Marie  à 
H  e  t  h  e  1  . 
Seuls,  quel- 
ques  oui- 
tiers  tertiai¬ 
res  comme 
la  b  utte 
d’Aulnois 
et  le  mont 
Fendu  é- 
mergent  à 
faible  dis 
tance. 

Le  con¬ 
tact  dés  cou¬ 
ches  ter¬ 
tiaires  et  de 
la  craie  est 
visible  à 
Vaux  dans 
une  ma  la¬ 
nière  près 
de  la  gare. 
La  figure  ci- 
jointe  mon¬ 
tre  cette 

coupe.  Le  limon  superficiel  est  roux,  argilo-sableux,  un 
peu  calcaire  à  la  base  et  repose  sur  un  lit  ondulé 
d’argile  grise  ;  celui-ci,  replié  sur  lui-même,  emprisonne 
quelquefois  des  fragments  calcaires  qui  grâce  à  la  pro¬ 
tection  de  cette  enveloppe  imperméable  ont  échappé  à 
la  dissolution  des  eaux  météoriques.  On  voit  ensuite  la 
base  de  la  glauconie  inférieure  constituée  ici  par  un 
sable  argileux  très  glauconieux  contenant  quelques  pe¬ 
tits  nodules  de  phosphate  de  chaux;  puis  vient  enfin 
un  lit  d’argile  verdâtre  qui  repose  directement  sur  la 
craie. 

Le  sable  et  l’argile  renferment  des  lits  de  petits  silex 
ovoïdes  à  patine  verte  ou  noire;  la  cassure  est  générale¬ 
ment  brune. 

La  craie  de  Laon  appartient  à  l’étage  de  la  craie  à 
Belemnitella  quadrata,  elle  est  blanche,  sonore,  assez 
fendillée  vers  le  sommet  et  ne  contient  pas  de  silex.  Les 
fossiles  y  sont  très  rares,  on  peut  cependant  trouver 
quelques  dents,  mais  la  beiemnitelle  caractéristique  est 
presque  inconnue  à  Vaux. 

Cet  étage,  dont  l’épaisseur  est  à  Laon  d’environ 
20  mètres,  repose  sur  la  craie  blanche  à  Micraster  coran- 
guinum,  qui  affleure  à  quelques  kilomètres  de  la  ville 
dans  toute  la  plaine,  où  elle  est  recouverte  soit  par  le 


18 


LE  NATURALISTE 


limon  des  plateaux  argilo-calcaire,  très  recherché  pour 
la  culture  de  la  betterave;  soit  par  les  alluvions  an¬ 
ciennes,  calcaires  et  un  peu  sableuses,  qui  constituent 
le  sol  de  la  petite  forêt  de  Samoussy  et  de  quelques 
bouquets  d’arbres  dispersés  ;  soit  enfin  par  les  alluvions 
tourbeuses  exploitées  à  Ardon  et  à  Chivres. 

La  craie  blanche  inférieure  à  Micraster  breviporm  et  la 
craie  marneuse  à  Terebratulina  gracilis  ne  sont  visibles 
qu’à  25  ou  30  kilomètres  vers  l’est. 

Les  divers  étages  de  la  craie  blanche  sont  plus  ou 
moins  fendillés  et  forment  un  ensemble  perméable  faci¬ 
lement  traversé  par  les  eaux  qui  imbibent  toute  la 
masse  jusqu’aux  premières  assises  de  la  craie  marneuse; 
celles-ci  sont  absolument  imperméables  et  servent  ainsi 
de  support  à  une  puissante  nappe  d’eau.  Cette  nappe  était 
depuis  longtemps  utilisée  pour  les  petites  consomma¬ 
tions  ménagères,  mais  c’est  seulement  depuis  une  ving¬ 
taine  d’années  que  l’industrie  a  commencé  à  l’exploiter 
d’une  façon  importante. 

Les  usines  qui  se  sont  groupées  dans  les  faubourgs  au 
pied  de  la  ville  ont  en  effet  besoin  d’une  grande  quantité 
d’eau  ;  tel  est  le  cas  de  nombreuses  sucreries  qui  traitent 
sur  place  les  betteraves  dont  la  culture  est  particulière¬ 
ment  florissante  dans  le  limon  argilo-calcaire  dont  il  a 
été  question  plus  haut. 

Un  très  ancien  forage  avait  cependant  été  entrepris  et 
creusé  jusqu’à  304  mètres  à  la  Neuville-sous-Laon,  dans 
le  but  d’utiliser  non  seulement  cette  nappe,  mais  aussi 
celles  qui  existent  dans  les  couches  sableuses  du  crétacé 
inférieur.  A  cette  époque,  on  voulait  surtout  avoir  de 
l’eau  jaillissante;  ce  résultat  n’ayant  pas  été  atteint,  on 
a  abandonné  complètement  l’entreprise.  Aujourd’hui, 
on  va  facilement  chercher  l’eau  à  de  grandes  'profon¬ 
deurs,  le  niveau  mort  d’une  nappe  n’a  plus  qu’une  impor¬ 
tance  secondaire,  on  s’attache  surtout  à  avoir  en  abon¬ 
dance  une;  eau  de  qualité  convenable.  Dans  la  région 
qui  nous  occupe,  les  puits  ont  d’ailleurs  rarement  plus 
de  1 5  à  20  mètres  de  profondeur. 

Le  niveau  de  la  nappe  de  la  craie  est  naturellement 
variable  suivant  les  saisons,  mais  en  moyenne  son  alti¬ 
tude  est  de  70  mètres.  Le  sol  est  à  Vaux,  près  de  la  gare, 
à  la  cote  85  mètres. 

La  plaine  du  nord-est  est  à  une  altitude  moyenne  de 
72  mètres.  La  partie  supérieure  de  la  nappe  est  donc 
très  près  du  sol  ;  elle  affleure  même  en  certains  points 
et  forme,  outre  les  sources  de  plusieurs  petites  rivières, 
de  vastes  marais  tourbeux  dont  les  principaux  sont 
situés  entre  Sissonne,  Liesse  et  Vesles. 

La  ville  de  Laon  s’alimente  depuis  quelques  années 
aux  sources  de  ce  niveau  vers  le  faubourg  d’Ardon. 

Les  rivières  de  la  région  provenant  de  cette  nappe 
sont  :  La  Souche  qui  vient  de  Sissonne,  traverse  les  ma¬ 
rais  et  rejoint  la  Serre  en  amont  de  Crécy  ;  le  ruisseau 
des  Barentons  qui  sort  des  marais  d’Athies  et  rejoint  la 
Souche  un  peu  avant  la  Serre;  enfin  l’Ardon  qui  com¬ 
mence  au  pied  même  de  la  butte  de  Laon,  se  dirige  vers 
le  sud  et  va  rejoindre  la  Lette  vers  Anizy-le-Chàteau. 

Ces  cours  d’eau  et  principalement  la  Souche,  sont,  sur 
une  grande  partie  de  leur  cours,  de  simples  affleure¬ 
ments  de  la  nappe  générale,  mais  ils  reçoivent  en  outre 
le  trop-plein  des  nappes  tertiaires  des  coteaux  dont  les 
eaux  charrient  des  éléments  argileux  qui  rendent  le  lit 
partiellement  imperméable.  Les  eaux  souterraines  sont 
donc  ainsi  séparées  des  eâux  superficielles.  Cela  explique 
la  différence  que  l’on  trouve  fréquemment  entre  la  com¬ 


position  chimique  des  eaux  de  rivières  et  celles  des 
puits  voisins. 

En  effet,  les  eaux  météoriques  qui  pénètrent  directe¬ 
ment  dans  la  craie  ne  dissolvent  que  du  carbonate  de 
chaux,  tandis  que  celles  qui  n’arrivent  à  la  nappe  qu’a- 
près  avoir  traversé  les  divers  étages  tertiaires  inférieurs 
riches  en  lignites  apportent  avec  elles  une  notable  propor¬ 
tion  de  sulfates.  Il  est  facile  de  voir  par  l’analyse  que  ce 
mélange  est  surtout  appréciable  dans  le  voisinage  des 
affleurements  tertiaires  et  ne  s’étend  pas  très  loin,  grâce 
au  courant  assez  rapide  de  la  nappe  souterraine, 
i  Une  autre  cause  de  variation  dans  la  composition 
chimique  de  l’eau  de  la  craie  de  l’Aisne  vient  de  l’autre 
côté  de  la  plaine,  c’est  à-dire  de  l’est,  où  la  craie  est  fré¬ 
quemment  dolomitisée;  les  eaux  pluviales  dissolvent, 
avec  une  grande  quantité  de  carbonate  de  chaux,  un  peu 
de  carbonate  de  magnésie. 

Ces  variations  dans  la  composition  chimique  des  eaux 
ont  souvent  dans  l’industrie  une  grande  importance. 
Lorsqu'il  est  nécessaire  d’avoir  des  eaux  douces ,  on 
élimine  aisément  les  carbonates,  mais  les  sulfates  ne 
peuvent  être  combattus  que  par  des  procédés  coûteux.  Il 
y  a  donc  des  cas  où  il  est  indispensable  d’éloigner  plus 
ou  moins  une  prise  d’eau  du  lieu  d’utilisation  pour 
échapper  à  l’influence  mauvaise  des  eaux  tertiaires. 

J’ai  eu  précisément  à  examiner  dans  ce  but  les  eaux 
d’un  grand  nombre  de  puits  des  environs  de  Laon.  Je  me 
contenterai  de  citer  quelques  exemples  parmi  les  plus 
caractéristiques. 

A  la  gare,  un  puits  d’une  vingtaine  de  mètres  de  pro¬ 
fondeur  qui  traverse  toute  l’épaisseur  de  la  craie  à 
belemnitella  quadrata  donne  une  eau  contenant  par  litre  : 
0Br  300  de  carbonate  de  chaux  et  0er  160  de  sulfate  de 
chaux.  Il  suffit  de  s’éloigner  d’un  kilomètre  à  l’est,  vers 
la  limite  des  affleurements  tertiaires  pour  que  l’eau  d’un 
puits  de  3  mètres  de  profondeur  ne  contienne  plus  par 
litre  que  0'°r075  de  sulfate  de  chaux,  la  teneur  en  carbo¬ 
nate  de  chaux  restant  sensiblement  la  même;  mais  ici, 
on  a  en  outre  0gt  068  de  carbonate  de  magnésie. 

Comme  exemple  d’eau  de  rivière  n’ayant  pas  la  même 
composition  que  celle  des  puits  voisins,  je  citerai  le 
ruisseau  des  Barentons  qui  contient  des  sulfates  d’origine 
tertiaire  à  une  assez  grande  distance  de  la  limite  de 
ces  terrains.  L’eau  prise  près  de  Chambry  contient  par 
litre  :  0sr240  de  carbonate  de  chaux  et  0?r  110  de  sulfate 
de  chaux.  L’eau  du  puits  d’une  sucrerie  voisine  contient 
à  peu  près  la  même  quantité  de  carbonate  de  chaux  ; 
0gr290  par  litre,  mais  il  n’y  a  plus  ici  que  0sr033  de  sul¬ 
fate  de  chaux. 

Il  serait  facile  de  donner  un  plus  grand  nombre  d’ana¬ 
lyses,  mais  j’ai  seulement  voulu,  en  citant  ces  quelques 
exemples  caractéristiques,  montrer  l’importance  qu’il 
y  a  à  se  rendre  compte  de  l’origine  géologique  des 
nappes  d’eau. 

Je  n’ai  examiné,  dans  cette  note,  que  le  côté  industriel 
du  problème,  mais  dans  les  cas  de  recherches  d’eaux 
potables,  cette  question  d’origine  est  capitale.  L’étude 
géologique  peut,  dans  le  plus  grand  nombre  de  cas, 
faire  soupçonner  les  dangers  d’une  épidémie  bien  avant 
1  analyse  chimique  ou  bactériologique. 

Henri  Boursault. 


LE  NATURALISTE 


19 


UNE  TORTUE  BICÉPHALE 


On  ne  saurait  affirmer  que  les  monstruosités  soient  peu 
communes  dans  la  classe  des  reptiles.  Car,  si  nous  n’en 
connaissons  qu’un  nombre  relativement  restreint,  cela 
peut  tenir  à  ce  que  ces  animaux  n'ont  pas  été  l’objet 
d’observations  assez  suivies  dans  les  milieux  qu’ils  habi¬ 
tent,  et  d’autre  part  à  la  brièveté  de  leur  existence,  qui 
ne  s’étend  guère,  pour  la  plupart  d’entre  eux,  au  delà  de 
la  période  embryonnaire. 

Le  Naturaliste,  dans  son  numéro  du  1er  juillet  (p.  138), 
mentionne  une  jeune  vipère  à  deux  tètes,  rencontrée  dans 
le  parc  de  Windsor.  Un  médecin  de  régiment  qui  en  lit 
l’acquisition  nous  dit,  sans  autres  détails,  que  les  ser¬ 
pents  bicéphales  ne  sont  pas  rares,  mais  qu’ils  ne  vivent 
pas  longtemps.  La  vipère  dont  il  s’agit  n’aurait  vécu, 
selon  lui,  que  quelques  semaines.  Pour  notre  part  nous 
n’avons  rencontré,  dans  le  cours  de  nos  recherches  erpé- 
tologiques  en  Amérique  qu’une  seule  couleuvre  à  deux 
têtes,  portées  sur  un  col  relativement  'court,  pareille¬ 
ment  très  jeune.  Elle  appartenait  au  genre  Ophibolus, 
dont  les  espèces  sont  très  communes  aux  Etats-Unis. 

Nous  recevons  de  l’un  de  nos  amis  d’outre-mer  l’es¬ 
quisse  d’une  tortue  fluviatile,  dont  le  hasard  le  mit  en 
possession  et  présentant  le  même  phénomène.  Elle 
appartient  à  l’espèce  que  la  plupart  des  auteurs  ont 
mentionnée  sous  le  nom  de  Emys  picta,  dont  John 


Une  Tortue  bicéphale. 


Edward  Gray  a  fait  un  sous-genre  appelé  Chrysemys  et 
que  Agassir  a  érigé  en  genre.  C’est  ainsi  que  ce  dernier 
auteur  en  parle  sous  le  nom  de  Chrysemys  picta.  Elle  est 
très  commune  dans  les  eaux  douces  des  États  du  nord  et 
du  centre  des  États-Unis.  On  la  rencontre  jusqu’à  la 
frontière  septentrionale  de  la  Caroline  du  Sud,  d’où  elle 
s’étend  vers  la  région  Nord-Ouest  de  la  Géorgie.  Du  côté 
du  nord,  on  la  retrouve  jusqu’au  Nouveau-Brunswick  de 
la  domination  anglaise. 

A  l’état  normal,  la  carapace  de  Chrysemys  picta  adulte 
est  régulièrement  elliptique,  notablement  plus  longue 
que  large.  Chez  le  sujet  tératologique  dont  nous  repro¬ 
duisons  l’esquisse,  grandeur  nature,  la  largeur  l’emporte 
de  quelques  millimètres  sur  la  longueur,  comme  s’il 
s’agissait  en  cette  circonstance  de  loger  plus  commodé¬ 
ment  deux  individus  juxtaposés. 

Nous  ne  connaissons  pas  le  plastron,  que  notre  ami 
n’a  pas  figuré;  ce  qui  donnerait  à  penser  qu’il  n’offrait 
rien  de  bien  particulier.  Les  écailles  du  pourtour  de  la 
carapace  sont  assez  régulières  ;  celles  des  rangées  laté¬ 
rales  sont  plus  grandes  et  moins  nombreuses  à  droite 


qu’à  gauche  ;  tandis  que  celles  de  la  rangée  médiane,  ou 
dorsale,  présentent  quelques  irrégularités  :  c’est  une 
sorte  d’enchevêtrement  qui  semble  indiquer  un  état 
analogue  dans  les  colonnes  vertébrales  des  deux  fœtus. 

Les  deux  têtes  paraissent  bien  conformées,  mais  l’on 
dirait  que  l’œil  droit  du  fœtus  de  gauche  est  moins  par¬ 
fait  que  celui  du  côté  droit.  Il  n’y  a  que  quatre  membres 
et  une  seule  queue,  visibles  à  l’extérieur,  toutes  d’ap¬ 
parence  normale.  Les  membres  du  côté  gauche  appar¬ 
tiennent  à  l’un  des  fœtus, et  ceux  du  côté  droit  à  l’autre; 
les  quatre  membres  manquant,  deux  droits  et  deux  gau¬ 
ches  sont  sans  doute  à  l’état  atrophique  à  l’intérieur. 

Le  sujet  n’ayant  pas  été  conservé,  l’autopsie  n’en  a 
pas  été  faite.  Il  eût  été  intéressant  d’en  faire  la  dissec¬ 
tion.  Nous  ignorons  si  chaque  tête  avait  une  bouche  bien 
conformée  et  si  l’animal  prenait  sa  nourriture  par  l’une 
des  bouches  ou  par  les  deux  à  la  fois.  C’est  ce  que  ne 
dit  pas  notre  correspondant,  lequel,  ne  s’occupant  pas 
de  sciences,  n’a  pas  compris  l’importance  de  toutes  ces 
questions.  Il  n’a  pas  dû  vivre  longtemps,  sa  taille  ne 
dépassant  que  de  quatre  millimètres  celle  d’un  embryon 
au  moment  de  l’éclosion. 

Dr  C.  Girard 

(  De  Washington  ) . 

LE  TÉMOIGNAGE  DE  SEP 

(Observations  sur  des  chenilles .) 

J’ai  déjà  fait  allusion  plusieurs  fois,  dans  mes  differents 
petits  travaux  sur  les  chenilles,  à  une  Note  sur  les  pattes  mem¬ 
braneuses  des  chenilles  parue  dans  les  Annales  de  la  Société 
entomologique  de  France  en  1808. 

J’ai  tout  lieu  de  croire  que  son  auteur  ne  peut  me  savoir 
aucun  mauvais  gré  de  cette  insistance,  puisque  d’après  les 
appels  fréquents  faits  à  scs  lecteurs,  notamment:  Soc.  Ent.  Fr., 
1872,  p.  Lvi ;  1881,  p.  141  et  1817,  p.  387,  il  les  invite  à  étudier 
de  près  cette  Note  et  à  se  bien  pénétrer  de  son  importance.  Je 
suis  donc  persuadé  d’avoir  répondu  à  son  intention,  sinon  à  son 

En  deux  mots,  voici  ce  dont  il  s'agit  : 

Dans  le  courant  de  l’année  1865,  un  lépidoptériste  parisien, 
élevant  une  ponte  de  Noctuelles,  observa  qu’au  sortir  de  l'œuf 
les  petites  chenilles  marchaient  en  arpentant  delà  même  façon 
que  les  géomètres;  mais  ces  chenilles  avaient  douze  pattes  et 
plus  tard  en  eurent  seize,  c’ctaient  des  Xylomyges  conspicillaris.  En 
1868,  même  remarque  fut  faite  sur  des  chenilles  do  Mamestra 
brassions  :  elles  avaient  douze  pattes  au  sortir  de  l’œuf  et  en 
eurent  seize  dans  la  suite. 

C’est  alors  que,  dans  une  note  spéciale,  ce  lépidoptériste  fit 
part  de  sa  découverte  à  la  Société  entomologique  de  France.  A 
ses  yeux,  le  «  fait  nouveau  »  avait  une  importance  capitale,  sa 
découverte  devait  intéresser  les  «  physiologistes  et  ouvrir  une 
nouvelle  route  d’observation  ». 

J’avoue  que,  dés  que  j’ai  eu  connaissance  de  ce  «  fait  nou¬ 
veau  »,  je  suis  resté  quelque  peu  indifférent,  quelque  peu  incré¬ 
dule  ;  non  que  j’aie  mis  un  seul  instant  en  doute  la  véracité  du 
fait,  mais  je  ne  pouvais  me  persuader  que  sa  constatation  n’ait 
pas  été  faite  beaucoup  plus  tôt. 

Si  les  éducations  de  chenilles  faites  ab  ovo  avaient  pris  nais¬ 
sance  dans  certain  quartier  de  Paris  et  avaient  été  poursuivies 
pour  la  première  fois  en  1865,  nul  doute  que  l’observation  pré¬ 
citée  n’eût  encore  tout  le  mérite  d’une  découverte,  tout  l’at¬ 
trait  d’une  nouveauté  ;  mais  personne  n’ignore  que  ces  sortes 
d’éducation  datent  de  loin  et  que  nombre  d’entomologistes 
les  ont  pratiquées  afin  d’obtenir  par  ce  moyen  soit  des  sujets 
de  toute  fraîcheur,  soit  même  des  variétés  fort  recherchées.  Il 
est  certain  que  les  anciens  lépidoptéristes,  dont  l’esprit  d’obser¬ 
vation  nous  est  attesté  par  les  travaux  qu’ils  nous  ont  laissés, 
ont  dû  avoir  connaissance  de  ce  fait.  11  est  certain  que  l’un 
d’eux,  voulant  clever  des  œufs  de  Noctuelle  et  en  voyant  sortir 
des  chenilles  arpcnleuses,  ne  laissa  pas  d’en  être  très  étonné  ; 
son  premier  soin  fut  de  prendre  un  verre  grossissant,  d’exa- 


20 


LE  NATURALISTE 


miner  ces  petites  chenilles  et  do  noter  aussitôt  les  anomalies 
qu’elles  semblaient  présenter. 

Telles  étaient  les  réflexions  qui  m’étaient  venues  à  l’esprit 
tout  en  faisant  la  part  de  l’exagération,  fort  excusable  d’ailleurs, 
quand  on  croit  avoir  le  premier  observé  et  relaté  ce  qui  jus¬ 
qu’alors  avait  passé  inaperçu. 

Mais  était-ce  bien  le  lieu  d’accorder  tant  d’importance  à  des 
pattes  membraneuses  que  Ton  voit  à  peine  ?  Fallait-il  donner 
d’aussi  vastes  proportions  à  cette  observation  faite  sur  deux 
espèces  de  chenilles  ?  Convenait-il  de  convier  les  physiologistes 
et  les  observateurs  à  une  nouvelle  méthode  d’investigation? 
Pour  un  peu,  l’auteur,  pénétré  de  son  rôle  d’initiateur,  eût 
entonné  le  Novus  rerum  renasçitur  ordo...,  si  c’eut  été  dans  ses 
moyens.  Et  quand,  plus  lard,  un  arbitre  fut  choisi  pour  pro¬ 
noncer  entre  des  contestations  par  trop  vives  et  des  contradic¬ 
tions  bien  amères  suscitées  par  cette  question,  croit-on  que  le 
sujet  méritât  et  cet  excès  d’honneur  et  Gette  indignité? 

Mais  cette  voie,  si  tant  est  qu’il  en  fallût  une  nouvelle,  était 
ouverte  depuis  longtemps. 

J’ai  déjà  dit,  je  crois,  l’effet  que  produisaient  sur  moi  les 
anciens  ouvrages  d’histoire  naturelle  ou  do  lépidoptérologie  : 
Une  série  d’in-octavo  à  consulter  m’inquiète,  des  in-quarto 
m’épouvantent,  des  in-folio  me  font  fuir.  Aussi  je  ne  m’explique 
pas  comment  j'ai  pu  me  résoudre  à  parcourir  les  sept  volumes 
in-quarto  que  Sopp  nous  a  légués.  C’est  un  mystère  pour  moi. 
Cela  ne  veut  pas  dire  que  je  ne  reconnaisse  aucun  mérite  à  cet 
ouvrage,  bien  loin  de  là.  Je  suis  prêt  à  me  ranger  à  l’avis  de 
ceux  qui  le  connaissent  et  à  voir  en  lui,  surtout  dans  ses  deux 
premiers  volumes,  un  véritable  chef-d’œuvre  d’exécution  et 
d’exactitude.  Toutefois,  chez  Sepp,  c’est  moins  le  dessinateur 
habile  qui  m’intéresse,  que  l'observateur  minutieux,  l’entomo¬ 
logiste  consciencieux  qui  me  plaît.  L’insecte  parfait  dans  toute 
sa  splendeur,  dans  sa  rayonnante  beauté,  n’a  pas  eu  seul  le 
don  de  tenter  le  pinceau  de  notre  auteur,  d’entrer  en  lutte  pour 
ainsi  dire,  de  rivaliser  par  l’éclat,  le  brillant  de  son  coloris, 
avec  la  variété  et  la  richesse  d’une  admirable  palette.  Non, 
d’autres  objets  moins  voyants,  moins  glorieux,  ont  été  jugés 
dignes  d’occuper  son  attention  et  Sepp  n’a  pas  cru  au-dessous 
de  son  talent  de  reproduire  avec  la  même  exactitude,  avec  le 
même  fini,  les  chenilles  (chose  horrible  pour  le  vulgaire),  les 
chrysalides,  jusqu’aux  œufs  qu’il  place  à  côté  des  papillons 
dont  il  fait  connaître  ainsi  les  premiers  états.  Je  sais  bien  que 
scs  derniers  volumes,  où  Ton  reconnaît  facilement  la  hâte,  la 
précipitation  avec  lesquelles  ils  ont  été  faits,  laissent  parfois  à 
désirer,  mais  je  parle  des  deux  premiers,  où  l’artiste  habile 
comme  l’entomologiste  scrupuleux  se  révèlent  à  nos  yeux  émer¬ 
veillés. 

Mais,  pour  en  revenir  spécialement  à  la  question  qui  nous 
occupe,  j’ai  été  charmé  de  trouver  dans  cet  ouvrage  d’utiles 
indications  qui  avaient  nécessairement  dû  échapper  à  d’autres 
entomologistes. 

Sepp,  s’appliquant  à  reproduire  les  différents  états  des  lépi¬ 
doptères,  ayant  fait,  autant  qu’il  lui  a  été  possible,  l’éducation 
complète  de  beaucoup  d’espèces  de  lépidoptères,  ayant  exa¬ 
miné  avec  soin  les  diverses  particularités  qui  s’offraient  à  lui, 
et  ayant  consigné  dans  des  notes  ses  observations  nombreuses, 
ayant  notamment  étudié  les  petites  chenilles  au  sortir  de  l’œuf 
qu’il  a  même  figurées  à  cet  âge,  était  particulièrement  à  même 
de  nous  prouver  si,  comme  je  le  disais  plus  haut,  l’anomalie  sup¬ 
posée  que  nous  présentent  des  chenilles  de  noctuelles,  n’ayant 
que  douze  pattes  au  sortir  de  l’œuf,  alors  qu’adultes  elles  peu¬ 
vent  en  avoir  jusqu’à  seize,  avait  été  réellement  connue  des 
anciens  entomologistes  et  si  surtout  elle  avait  été  constatée  et 
mentionnée  par  eux. 

Eh  bien,  cette  découverte,  qui  nous  était  annoncée  en  1868, 
était  connue  et  divulguée  depuis  fort  longtemps  déjà.  Cette 
propriété  de  certaines  noctuelles,  dont  on  citait  bien  deux 
exemples,  avait  été  reconnue  chez  d’assez  nombreuses  espèces. 
Enfin,  ce  Tait  que  Ton  apportait  comme  nouveau  aux  entomolo¬ 
gistes  était  déjà  vieux  de  106  ans  au  moins. 

Comparez  les  dates  :  C’est  le  14  octobre  1868,  que  la  note  sur 
les  pattes  membraneuses  des  chenilles  a  été  lue,  et  voici  ce  que 
dit  Sepp,  tome  1er,  Nacht-Vlinders,  II,  3,  à  propos  de  la  Gortyna 
flavayo;  je  traduis  littéralement  : 

«  Le  18  avril  1762,  les  chenilles  sortirent  des  œufs...  pour 
marcher,  elles  emploient  seulement  douze  pattes,  mais  on  peut 
cependant  avec  une  forte  loupe  découvrir  qu’elles  ont  déjà 
seize  pattes.  » 

Nous  dirions  aujourd’hui  que  la  G.  flavayo  a  douze  pattes  bien 
conformées  et  que  les  deux  premières  paires  de  pattes  ventrales 
sont  rudimentaires. 


Je  fais  remarquer  en  outre  le  mot  déjà  ( reeds )  qui  indique 
bien  que  Ton  savait  alors  que  des  noctuelles  ne  sortent  pas 
de  l’œuf  avec  toutes  leurs  pattes,  mais  les  acquièrent  dans 
la  suite. 

Quatre  planches  plus  loin  (pl.  7),  il  est  question  de  la  CatO‘ 
cala  elocata,  et  voici  ce  que  je  lis  dans  le  texte  : 

«  En  mai  dernier,  sont  écloses  les  chenilles...  proportionnel¬ 
lement  aux  œufs,  elles  sont  d’une  longueur  extraordinaire,  de 
plus  très  fluettes,  elles  ont  l’apparence  de  chenilles  arpenteuses, 
de  celles  que  Ton  nomme  arpenteuses  en  bâton  (Takjes  —  bouts 
de  bois),  comme  elles  aussi,  en  effet,  elles  marchent  avec  douze 
pattes,  quoique  Ton  sache  qu’elles  en  acquièrent  seize  dans  la 
suite.  » 

Pour  ne  pas  allonger  outre  mesure  cet  article,  je  me  borne  à 
ces  deux  citations  qui  suffisent  amplement  à  ma  démonstra¬ 
tion.  Je  donnerai  simplement  le  nom  des  espèces  de  noctuelles 
que  Sepp  a  observées  et  dont  il  a  noté  cette  particularité  dan9 
des  termes  presque  identiques  et  qu’il  est  inutile  de  répéter. 

A  la  planche  15  de  cette  même  partie,  il  est  question  de  la 
Gonoptera  libatrix;  planche  1*8,  c’est  la  Catocala  fraxini  ;  planche  21, 
la  Brot .  mctîculosa  ;  planche  24,  Y Abrostola  urticœ. 

Voilà  pour  le  premier  volume. 

Dans  le  deuxième  volume,  je  trouve,  à  la  cinquième  planche 
la  Mamestra  brassicœ,  une  des  deux  noctuelles  citées  dans. la 
Note  de  1868  :  «  Comme  les  chenilles  arpenteuses,  dit  Sepp,  elle 
marche  avec  douze  pattes  »  ;  plus  loin,  c’est  la  Mam.  persicariœ  ; 
c’est  VAplecta  nebulnsa  dont  un  de  ses  amis,  M.  de  Cocq,  lui  avait 
envoyé  des  œufs.  Sepp  est  reconnaissant  envers  ses  amis  et  cor¬ 
respondants,  il  ne  manque  jamais  à  ce  devoir. 

Dans  les  volumes  suivants,  les  observations  de  Sepp  offrent 
moins  d’exactitude,  elles  sont  moins  détaillées,  le  temps  lui  a 
peut-être  fait  défaut  pour  prendre  des  notes  aussi  complètes 
qu’auparavant. 

Citons  cependant  encore  Cucullia  umbratica  et  Noctu  plecta. 

Voilà  mes  lecteurs  entièrement  édifiés,  je  suppose,  sur  la 
découverte  et  le  fait  nouveau  rapportés  en  1868;  peut-être  me 
demanderont-ils  comment  il  se  fait  qu’on  ne  se  soit  pas  aperçu 
qu’un  vieil  auteur  avait  en  termes  formels  relaté  ce  même  fait 
et,  bien  plus,  laissait  supposer  une  constatation  bien  anté¬ 
rieure  (1)?  Je  n’en  sais  rien  au  juste,  mais  je  crois  bien  que 
toute  la  faute,  si  faute  il  y  a,  retombe  sur  Sepp  lui-même. 

—  Comment!  Sepp  serait  cause  qu’on  a  ignoré...? 

—  Eh  !  oui.  Sepp  était  Hollandais,  il  a  composé  un  ouvrage 
en  langue  hollandaise,  c’était  logique,  c’était  naturel.  Tant  pis 
pour  ceux  qui  ne  sont  pas  Hollandais. 

Eh  quoi!  faire  un  travail  qui  s’adresse  aux  naturalistes  de 
tous  les  pays,  amasser  une  foule  de  remarques,  d’observations 
capables  d’intéresser  les  lépidoptèristes  de  quelque  nation- 
qu’ils  soient,  et  écrire  en  hollandais  !  Comprend-on  cela  ? 

Il  vous  revient  invinciblement  à  la  mémoire  le  cas  de  ces 
Persans  que  Montesquieu  fait  promener  dans  Paris,  vêtus  de 
leur  costume  national  et  qui  font  la  joie  et  l’étonnement  des 
Parisiens  de  son  temps  :  «  Comment  peut-on  être  Persan?  »  se 
demandent-ils.  «  Comment  peut-on  écrire  en  hollandais?  » 
demandons-nous.  Pourquoi  Sepp  n’a-t-il  pas  employé  une 
langue  plus  connue  ?  Que  ne  s’est-il  servi  d’un  idiome  courant, 
intelligible,  à  la  portée  do  tous,  par  exemple,  de  celui  en  usage 
au  faubourg  Saint-. . .  Martin!  A  la  bonne  heure,  voilà  qui  se 
comprend,  voilà  qui  est  admissible,  voilà  qui  est  raisonnable. 
Mais  durant  sept  volumes  in-quarto  entiers  n’user  que  du 
jargon  néerlandais?  On  n’a  pas  idée  de  ça  ! 

Hé  !  hé  !  11  n’a  peut-être  pas  été  tout  à'  fait  inutile  à  Sepp  de 
se  servir  de  sa  langue  maternelle.  Si  Ton  a  pu  mettre  à  profit 
les  belles  images,  les  dessins  admirables  de  ses  deux  premiers 
volumes  surtout,  si  Ton  a  pu  calquer  les  chenilles  et  reproduire 
les  œufs,  il  est  de  nombreux  détails,  il  est  de  précieux  rensei¬ 
gnements,  fruits  de  scs  observations,  de  scs  études  particulières, 
qui  ont  échappé  au  pillage,  grâce  aux  hiéroglyphes  indéchif¬ 
frables  de  son  écriture.  Ce  langage  verrouillé,  cadenassé,  a  été, 
si  Ton  peut  parler  ainsi,  la  sauvegarde  do  sa  propriété.  Acces¬ 
sible  pourtant  aux  chercheurs  infatigables,  c’est  de  l’hébreu  ou 
du  sanscrit,  c’est  lettre  close  pour  ceux  que  le  poète  Horace  a 
nommés  d’un  mot  qu’il  est  inutile  de  rappeler. 


(1)  Il  ne  faudrait  pas  se  figurer  que  chez  nous  seulement  les 
observations  de  Sepp  ont  échappé  aux  lépidoptèristes.  Il  en  a 
été  de  même  ailleurs,  et  on  en  trouvera  la  preuve  dans  une 
curieuse  question  adressée  par  M.  Stainton  à  V  .  Buckler  au 
sujet  de  jeunos  chenilles  de  Tryph.  pronuba.  —  V.  Entomologist 
Monthly  Magazine,  1881,  p.  135. 


LE  NATURALISTE 


En  somme,  si  dans  la  question  qui  fait  le  sujet  de  cet  article, 
on  ne  s’est  pas  aperçu  que  Sepp  avait  devancé  de  beaucoup 
certains  Observateurs,  c’est  qu’il  était  plus  facile  de  copier  ses 
figures  que  de  comprendre  son  texte. 

P.  CjlP.ÉTIEN. 


Brosse  métallique  pour  le  nettoyage  des  Fossiles 


J’emploie,  depuis  longtemps,  pour  nettoyer  mes  fossiles  des 
brosses  métalliques  que  je  recommande  aux  amateurs.  Ces 
brosses  ne  suppriment  pas  celles  en  crin,  ni  les  burins,  ni  les 
marteaux,  etc.,  mais  elles  suppléent  dans  beaucoup  de  cas  à 
tous  ces  instruments,  les  remplacent  souvent  avec  avantage  et 
donnent  des  résultats  des  plus  satisfaisants. 

Les  brosses  dont  il  s’agit  sont  de  deux  sortes  :  les  unes  en  fil 


d’acier  employées  pour  brosser  à  sec  les  fossiles  ;  les  autres  en 
fil  de  cuivre  pour  nettoyer  à  l’eau. 

Ces  dernières  laissent  quelquefois  un  certain  briilant  métal¬ 
lique  sur  le  test  des  fossiles  quand  il  est  rugueux,  mais  il  suffit 
de  frotter  ensuite  avec  une  brosse  en  crin  pour  faire  disparaître  | 
les  traces  du  cuivre. 

11  faut  avoir  soin  de  ne  pas  brosser  continuellement  dans  le 
même  sens,  mais  au  contraire  en  tous  sens.  De  la  sorte  on  ne 
risque  pas  d'entamer  ou  de  rayer  le  test  des  fossiles. 

L’emploi  de  ces  brosses  fera  reconnaître  tous  leurs  avan¬ 
tages  et  en  apprendra  bien  plus  qu’une  longue  notice. 

Que  ceux  qui  veulent  avoir  des  fossiles  proprement  et  promp¬ 
tement  nettoyés  essaient  des  brosses  métalliques  et  ils  n’au¬ 
ront  qu’à  s’en  féliciter. 

Un  amateur  de  géologie. 

Kf.  B.  Ces  brosses  métalliques  pour  le  nettoyage  dos  fossiles 
•sont  construites,  d'après  les  documents  du  signataire  de  cette 
note,  par  la  maison  Emile  Dcyrolle,  46,  rue  du  Bac,  Paris.  Le 
prix  très  peu  élevé  de  ces  petits  instruments  (0  fr.  50  pièce) 
•concourra  certainement  à  répandre  parmi  les  amateurs  ces 
appareils  qu’on  pourrait  presque  qualifier  d’indispensables, 

Suites  à  la  Flore  de  France 

JDE  GRENIER  ET  GODRON 

(Suite.) 

BORRÀGÏNÉES  Juss. 

Echinospernum  defiexum  Lehmann  Planta 
familia  4 sperifoliarum  nuciferæ,  p.  120;  Stunn 
Deutschl.  fl .,  XI,  t.  43;  Hornem.  FL  IJan., 
t.  1568;  Koch  Synopsis  tl.  Germ.  etHelv.,  éd.  2, 
p.  571;  A.  DG.  in  DC.  Prodr.,X,  p.  135;  Rei- 
chenb.  Icon.fl.  Germ.,  XVIII,  t,  1329;  Ces.  Pass. 
e  Gib.  Comp.Jl.  Ital.,  p.  382  ;  Cariot  et  Saint-Lager 
Etude  desjl.,  éd.  8,  p.  606.  —  Plante  bisannuelle, 
de  2-6  décim.,  poilue,  à  racine  grêle,  pivotante. 
Tige  rameuse  vers  le  milieu  oa  souvent  dès  le  tiers 
inférieur;  f rameaux  paniculés,  jlexueux ,  étalés-as- 
cendants.  Feuilles  velues,  à  la  fin  un  peu  rudes  et 


couvertes  de  petits  tubercules  blancs,  oblongues, 
uninervées,  les  inférieures  longuement  atténuées  en 
pétiole.  Fleurs  bleues,  solitaires,  disposées  en  grappes 
lâches  alternes  ou  géminées  ;  pêdicelles  grêles ,  ré¬ 
fléchis,  1-2  fois  plus  longs  que  le  calice  velu  à  di¬ 
visions  oblongues  d’abord  étalées  puis  réfractées. 
Corolle  à  limbe  concave.  Nucules  fauves,  compri¬ 
mées,  un  peu  convexes  extérieurement,  finement 
pubeseentes-chagrinées  sur  les  faces,  à  marge  ailée- 
pectinée  par  la  confluence  à' aiguillons  glochidiés 
disposés  sur  un  seul  rang.  —  Juin-août. 

Hab.  —  Hautes-Alpes  :  Combe  noire  de  Men- 
teyer,au  mont  Seiize près  Gap  (herb.  R.,  Rever- 
chon).  —  Savoie  :  Lans-le-Bourg  dans  les  bois  de 
sapins  de  Fontagnou ;  Bessans  (Saint-Lager)  ;  Bon- 
neval  entre  1800  et  2000  m.  dé  ait.  (A.  Chaberi)  (1). 
j  —  Plante  à  chercher  dans  les  Pyrénées,  notamment 
I  dans  les  Pyrénées  orientales  et  P Ariège. 

Aire  géographique.  —  Norvège  (et  Laponie)  ; 
Suède  septentrionale  et  méridionale',  Allemagne: 

|  Silésie,  Wetsphalie  (et  çà  et  là  mais  probablement 
introduit)  ;  Suisse  :  Berne,  Glaris.  Grisons,  Va¬ 
lais ;  Autriche  :  Bohême,  Basse- Autriche,  Tyrol, 
Styrie,  Hongrie,  Transylvanie-,  Italie;  Lombardie, 
Apennins  de  Modène ;  Espagne  :  Catalogne  (2); 
Russie  :  Finlande  boréale  et  méridionale,  Volhynie', 
Sibérie  altaïque. 

Se  sépare  de  VE.  Lappula  par  sa  tige  rameuse 
vers  le  milieu,  les  pédoncules  longs,  réfléchis  (et 
non  courts,  dressés),  les  nucules  comprimées,  bor¬ 
dées,  à  un  seul  rang  d’aiguillons  (et  non  trigones. 
non  ailées,  à  deux  rangs  d’aiguillons  sur  chaque 
angle  latéral). 

SGROFULARIACÉES  Benih. 

Linaria  petræa  Jordan  Pugillus  plantarum  no- 
I  varum prœsertim  Gallicarum,  p.  130;  Grenier  Fl. 

Jurassique,  p.  561  ;  Gentyin  Revue  de  botanique, 

J  IV,  p.  202;  L.  alpina  var.  erecta  Car.  et  Saint-La- 
|  ger  Etude  des  fl.,  éd.  8.  p.  623,  —  Plante  glabre, 
presque  verte.  Racine  aùbuelle  (ou  bisannüéÜé  ?)•' 
Tigê  divisée  dès  la  base  en  nombreux  rameaux  épais , 
allongés  (1-2  décim.),  simples  ou  rameux  vers  le 
sommet.  Feuilles  étroitement  linéaires,  vertes  ou  à 


(t)  L 'E.  dedexum  avait  déjà  été  signalé  en  Savoie  par  Balbis 
et  par  Hooker. 

(2)  Var.  Pyrenaicum  Rouy  =  E.  Pyrenaicum  Villk.  et  Vayr. 
(ap  Vayreda  A'aeroj  A]>untee  para  la  dora  Catalana,  p.  77,  tab.  4; 
herb.  R.,  leg.  Vayreda).  —  Les  caractères  signalés  par  MM.  Will- 
komm  et  Vayreda  pour  différencier  leur  E.  Pyrenaicum  de 
E.  defiexum  sont  les  suivants  :  Port  différent  (??),  pêdicelles  plus 
longs  et  plus  fins,  aiguillons  des  nucules  beaucoup  (?)  plus 
longs  et  plus  grêles;  feuilles  radicales  plus  étroitement 
oblongues  (?),  les  supérieures  et  les  bractées  acuminées,  taille 
plus  courte;  rameaux  floraux  plus  ouverts  cl  divergents.  — Or, 
tous  ces  caractères  sont  essentiellement  variables  et  nous  pos¬ 
sédons  des  exemplaires  d’E.  dedexum  de  Bohème  ( Teplitz ,  leg. 
Eggert)  qui  sont  presque  identiques  à  VE.  Pyrenaicum,  à  l’ex¬ 
ception  des  aiguillons  des  nucules  qui  sont  un  peu  plus  longs 
et  plus  grêles  et  les  rameaux  un  peu  moins  flexueux.  L 'E.  Pyre¬ 
naicum  est  donc,  tout  au  plue,  une  variété  locale  de  VE .  defiexum. 


LE  NATURALISTE 


22 


peine  glaucescentes,  la  plupart  verticillées  par  3-5, 
souvent  étalées  ou  rétléchies;  verticilles  relative¬ 
ment  écartés.  Fleurs  en  grappes  terminales  d’abord 
presque  capitées  puis  devenant  très  lâches.  Bractées 
linéaires-ténues,  un  peu  plus  courtes  que  le  pédi- 
celle.  Divisions  calicinales  linéaires,  obtusiuscules, 
inégales,  à  peu  près  aussi  longues  que  le  tube 
de  la  corolle,  mais  plus  courtes  que  le  pédi- 
celle.  Corolle  de  2  centim.  (y  compris  l’éperon), 
d'un  violet  foncé  ;  lèvre  supérieure  dressée,  bilo- 
bée,  à  lobes  étroits,  allongés,  presque  rappro¬ 
chés  ;  lèvre  inférieure  à  trois  lobes  ovales,  subar¬ 
rondis,  étalés,  le  moyen  un  peu  réfléchi,  deux  fois 
plus  longs  que  le  palais  à  bosses  acutiuscules,  non 
épaissies,  non  striées,  séparées  par  un  sillon  très 
étroit-,  éperon  droit  ou  à  peine  incurvé,  grêle,  ar¬ 
rondi,  insensiblement  atténué  de  la  base  au  sommet, 
égalant  le  reste  de  la  corolle  ou  un  peu  plus  court. 
Capsule  subglobuleuse,  glabre,  dépassant  le  calice . 
Graines  brunâtres,  suborbiculaires,  marginées.  — 
Juillet-septembre. 

Hab.  —  Yonne  :  coteaux  calcaires  de  Cry  (Gen- 
ly).  —  Côte-d'Or  :  cirque  de  la  Coquille  d’Eta- 
lanteprès  Aignay-le-Duc  (Royer).  —  Doubs  et  J ura  : 
éboulis  sous  les  cimes  de  la  chaîne  du  Jura  (Grenier, 
Genty).  —  Ain:  montagnes  du  Jura:  Reculet 
[herb.  R.,  Guinet),  Colombier,  etc.;  montagnes  du 
Bugey  (Jordan).  —  Haute-Savoie  :  montagnes  du 
Chablais  (Saint-Lager);  rochers  de  la  cascade  d' Ar- 
pennaz,  entre  Magian  et  Sallanches.  (V.  Payot). 

Aire  géographique.  —  Suisse  :  Jura. 

Ce  Linaria  se  sépare  du  L.  apina,  dont  il  n’est 
qu’une  sous-espèce,  par  ses  tiges  ou  rameaux  cau- 
liformes  ascendants,  les  feuilles  vertes  en  verticilles 
plus  écartés,  plus  longues  ainsi  que  les  grappes  fruc¬ 
tifères  plus  lâches,  la  corolle  d'un  violet  pourpre 
plus  foncé,  à  lobes  plus  étroits  et  plus  allongés,  à 
bosses  safranées  non  striées  séparées  par  un  sinus 
plus  étroit,  par  l’éperon  plus  mince,  plus  atténué, 
non  comprimé,  les  graines  plus  petites  et  moins  lar¬ 
gement  marginées. 


L’HIBERNATION 

(Mammifères) 

( Suite  et  fin.) 


Les  exemples  de  beaucoup  les  plus  intéressants  nous 
sont  fournis  par  les  Rongeurs  :  le  cas  de  la  Marmotte  est 
classique,  et  le  mécanisme  de  l’hibernation  et  du  réveil 
sont  maintenant  assez  bien  connus,  grâce  surtout  à  plu¬ 
sieurs  travaux  récents;  c’est  donc  celui  que  nous  pren¬ 
drons  comme  type;  il  est  assez  probable  que  les  autres 
animaux  non  étudiés  présentent  des  phénomènes  sem¬ 
blables. 

La  Marmotte  ( Arctomys  marmotta),  pendant  toute  la 
belle  saison  (cinq  mois  environ),  se  nourrit  avec  avi¬ 


dité  :  elle  mange  énorméirténl  d'herlles  succulentes  et 
arrive  ainsi  au  poids  respectable  d’une  dizaine  de  kilo¬ 
grammes,  tous  ses  tissus  étant  infiltrés  de  graisse.  C’est 
à  ce  moment  que  les  Savoisiens  la  chassent  pour  la 
manger;  elle  constitue  pour  eux  un  mets  des  plus  appré¬ 
ciés,  opinion  que  pour  ma  part  je  partage. complètement. 

Arrivée,  si  je  puis  m’exprimer  ainsi,  à  l’optimum  d’en- 


Fig,  4.  —  La  Marmotte  (Arctomys  marmotta). 

graissement,  la  Marmotte  se  creuse  un  profond  terrier 
qu’elle  tapisse  avec  du  foin,  et  dont  elle  bouche  soigneu¬ 
sement  l’entrée  avec  des  mottes  de  terre.  Elle  tombe 
alors  dans  un  sommeil  léthargique  qui  durera  pendant 
près  de  sept  mois,  coupé  de  courts  et  fréquents  réveils 
dont  nous  étudierons  le  mécanisme  tout  à  l’heure. 

On  sait  que  pendant  cette  période,  la  température  de 
l’animal  baisse  considérablement,  parfois  de  trente  de¬ 
grés;  les  mouvements  du  cœur  sont  presque  impercep¬ 
tibles;  les  mouvements  respiratoires  ont  presque  entiè¬ 
rement  disparu.  D’après  les  résultats  expérimentaux,  la 
Marmotte  endormie  produit  environ  trente  fois  moins 
d’acide  carbonique  qu’à  l’état  de  veille.  En  cet  état,  une 
quantité  d’air  extrêmement  faible  suffit  à  ses  besoins, 
comme  le  prouve  la  célèbre  expérience  de  Régnault  : 
une  Marmotte  engourdie  fut  placée  sous  une  cloche  de 
verre  de  petite  dimension,  dont  les  bords  furent  scellés 
à  la  table  par  du  ciment,  de  manière  à  empêcher  tout 
renouvellement  d’air;  pendant  plusieurs  jours,  l’animal 
resta  dans  le  même  état,  se  contentant  de  la  quantité 
infinitésimale  d’oxygène  contenue  dans  cette  atmosphère 
confinée.  Un  jour,  on  réveilla  la  Marmotte  par  un  coup 
brusque  frappé  sur  la  cloclie  :  elle  manifesta  aussitôt 
une  grande  agitation;  ses  mouvements  respiratoires  se 
multiplièrent,  et  elle  mourut  en  quelques  ins.tants,  as¬ 
phyxiée,  la  dose  d’air  ne  lui  suffisant  plus  une  fois 
réveillée. 

En  effet,  au  moment  où  la  Marmotte  sort  du  sommeil 
hibernal,  les  battements  du  cœur  s’activent  et  les  mou¬ 
vements  respiratoires  deviennent  plus  fréquents;  la  tem¬ 
pérature  s’élève  en  un  court  espace  de  temps  de  +  8°  à 
-f  37°.  L’animal  a  sensiblement  maigri,  la  perte  de  poids 
ne  dépasse  cèpendant  pas  200  à  300  grammes.  Il  se  met 
aussitôt  à  la  recherche  de  nourriture  et  commence  à 
refaire  ses  réserves  pour  l’hiver  prochain. 

Pendant  ces  sept  mois,  le  sommeil  n’est  pas  continu  ; 


LE  NATURALISTE 


23 


la  Marmotte  se  réveille  à  peu  près  de  quinze  jours  en 
quinze  jours  pour  uriner;  elle  se  lève,  encore  toute  en¬ 
dormie,,  va  déposer  ses  excréments  dans  un  coin  de  son 
terrier,  regagne  sa  place  et  retombe  aussitôt  dans  le 
sommeil  le  plus  profond.  Ces  courts  réveils  ont  unique¬ 
ment  pour  but  l’émission  de  l’urine  (Sace)  ;  divers  auteurs, 
et  tout  dernièrement  M.  Raphaël  Dubois,, ont  constaté 
que  les  Marmottes  restaient  parfaitement  indifférentes 
aux  changements  de  pression  de  température  (pourvu 
que  celle-ci  reste  suffisamment  basse),  aussi  bien  qu'aux 
perturbations  magnétiques.  C’est  l’excitation  produite 
parla  réplétion  de  la  vessie,  qui  provoque  par  voie  réflexe 
des  mouvements  respiratoires  plus  nombreux,  et  finale¬ 
ment  réveille  l’animal,  qui  retombe  dans  son  état  de 
torpeur,  aussitôt  après  avoir  évacué  son  urine,  renfer¬ 
mant  probablement  des  ptomaïnes  convulsivantes,  telles 
que  M.  Bouchard  en  a  décrites  ;  le  réflexe  vésical,  ainsi 
qu’il  arrive  souvent  chez  l’homme,  joue  donc  pour  la 
Marmotte  le  rôle  dé  réveille-matin,  suivant  l'expression 
pittoresque  de  M.  U.  Dubois.  Le  savant  physiologiste  a 
eu  l’idée  de  supprimer  ce  réflexe  :  pour  cela  il  a  pratiqué 
sur  des  Marmottes  réveillées  une  fistule  vésicale,  de 
façon  à  ce  que  l'urine  s’écoulant  continuellement  au 
dehors,  ne  puisse  plus  s’accumuler  dans  la  vessie;  il  les 
a  gardées  jusqu’à  guérison  complète  de  l’opération,  puis 
il  les  a  laissée®  s’engourdir  du  sommeil  hibernal.  L’ab¬ 
sence  d’excitant  réflexe  faisant  défaut,  ces  Marmottes  ne 
se  sont  pas  réveillées,  et  ont  passé  sans  transition 
brusque  du  sommeil  à  la  mort. 

Le  Loir  vulgaire  (Myoxus'glis)  présente  des  phéno¬ 
mènes  analogues  à  ceux  de  la  Marmotte  ;  il  dort  d’un 
sommeil  extrêmement  profond  («  dormir  comme  un 
Loir  »  dit  le  proverbe),  qui  ne  dure  pas  moins  de  sept 
mois,  roulé  en  boule  dans  le  creux  des  arbres.  Tous  les 
mois  ou  tous  les  deux  mois,  il  se  réveille  pour  uriner. 

Le  Rat  d’eau  ( Arvicola  amphibius)  s’engourdit  dans  son 
terrier  pendant  toute  la  saison  froide,  ainsi  qu’un  grand 
nombre  de  Muridse. 

Les  Ecureuils  de  nos  bois,  pendant  tout  l’été,  amas¬ 
sent  des  provisions  de  glands,  de  noisettes,  de  faînes 
qu’ils  cachent  dans  des  creux  d’arbres,  et  qui  constituent 
des  réserves  pour  l’époque  où  se  fera  sentir  la  disette. 
Pendant  l’hiver,  ils  restent  engourdis  dans  quelque  trou 
d’arbre  ;  à  leur  réveil  qui  est  assez  précoce,  ils  savent 
fort  bien  retrouver  leurs  cachettes,  même  lorsqu’elles 
sont  recouvertes  par  la  neige.  Les  Spermophiles  présen¬ 
tent  un  instinct  analogue. 

Le  Hamster  commun  (Cricetns  frumentarius)  que  l’on 


Fig.  5.  —  Le  Hamster  (Cricetus  frumentarius). 
trouve  depuis  l’Europe  centrale  jusqu’en  Sibérie,  creuse 
des  galeries  et  des  chambres  souterraines  profondes  où 


il  entasse  pour  l’hiver  des  quantités  très  considérables 
de  grains;  on  a  trouvé  dans  ces  caches  jusqu'à  deux  et 
quatre  hectolitres  de  blé.  Son  sommeil  hibernal  est 
assez  court;  à  son  réveil  il  utilise  les  provisions  qu’il  a 
accumulées  et  qui  lui  servent  probablement  jusqu’à  la 
prochaine  récolte. 

Les  Lagomys,  assez  voisins  de  nos  Lièvres,  qui  habi¬ 
tent  les  plateaux  glacés  du  Nord-Ouest  de  l’Asie,  présen¬ 
tent  un  instinct  encore  plus  compliqué  ;  ils  font  littéra¬ 
lement  du  foin  pour  l’hiver.  A  cet  effet  ils  coupent  des 
herbes  fraîches  qu’ils  étalent  et  font  sécher;  puis  ils  les 
rassemblent  en  petits  tas  qu’ils  abritent  le  long  des 
rochers.  Pendant  l’hiver  le  Lagomys  se  retire  dans  son 
terrier,  mais  ne  s’engourdit  pas;  il  creuse  des  galeries 
souterraines  qui  vont  rejoindre  ses  différents  tas  de  foin, 
dont  il  se  nourrit  pendant  toute  la  mauvaise  saison. 

Les  Castors  amassent  aussi  des  provisions  pour  Phiver; 
mais  même  lorsque  leurs  étangs  sont  gelés,  ils  conser¬ 
vent  tonte  leur  activité. 

Enfin  il  faut  très  probablement  rattacher  à  la  crainte 
du  froid  (peut-être  encore  plus  au  manque  de  nourri- 


Fig.  6.  — Le  Lemming  de  Nerwège  (Myodes  lemmus). 
ture)  les  migrations  si  curieuses  du  Campagnol  des  prés, 
et  surtout  du  Lemming  de  Norwège  ( Myodes  lemmus )  ;  ces 
animaux  se  rassëmblent  par  troupes  innombrables  et 
parcourent  souvent  des  centaines  de  lieues,  suivis  natu¬ 
rellement  par  une  escorte  de  carnassiers  qui  font  bom¬ 
bance  à  leurs  dépens.  Toutefois  la  cause  de  ces  migra¬ 
tions,  assez  irrégulières,  n’est  pas  complètement, 
élucidée. 

En  général  les  Insectivores,  au  moins  la  Taupe  et  les 
Musaraignes,  ne  s’endorment  pas  pendant  les  froids  ;  les 
Hérissons  s’engourdissent  pendant  quelque  temps.  En 
tous  cas  les  phénomènes  qu’ils  présentent  n’ont  pas  la 
généralité  de  ceux  que  nous  avons  constatés  pour  les 
Rongeurs. 

!..  Cuékot. 


LE  COTOXMER  SOYEIA 


Un  de  nos  confrères  américains,  le  identifie  amcrican, 
publie  une  note  intéressante  sur  l’Eriodendron  anfrac- 
tuosum,  ou  Cotonnier  soyeux,  mieux  connu  paD  les 
Américains  sous  le  nom  de  Silk  l'otton  tire.  Nous  repro¬ 
duisons  ci-après  cette  note  et  les  figures  qui  l’accom¬ 
pagnent. 

Le  Sebae  ou  cotonnier  soyeux  (Eriodendron  anfractuo- 
sum)  est  natif  des  Indes  occidentales;  celui  que  nous 
représentons  ici  est  un  superbe  exemplaire  et  même  un 
merveilleux  spécimen  qui  se  trouve  à  Nassau,  chef-lieu 


LE  NATURALISTE 


de  l’ile  de  la  Nouvelle-Providence.  Ses  branches  couvrent 
un  espace  de  cent  soixante-dix  pieds  et  s’étendraient 
encore  plus  loin,  si  on  ne  les  rognait  fréquemment  à 
cause  de  leur  empiètement  sur  une  caserne  de  police  ; 


protégé  des  vents  de  la  mer  et  des  bourrasques;  à  cela 
peut  être  attribuée,  sans  doute,  une  partie  de  ces  parti¬ 
cularités. 

Aux  approches  du  printemps,  une  fois  par  an,  il  pro- 


Fig.  1 .  —  Le  Cotonnier  soyeux  (Eriodendron  an/rvctvoium)  de  Nassau,  chef-lieu  de  l’ile  de  la  Nouvelle-Providence 
(d'après  Scientlfîc  american ). 


Fig.  2.  —  Tronc  et  racines  du  Cotonnier  soyeux  de  Nassau  (d’après  Scientific  american ). 


les  racines,  tel  qu’on  le  voit  sur  le  dessin,  s’étendent  à 
environ  40  pieds  au-dessus  du  sol. 

Quand  on  considère  que,  eu  égard  au  roc  sur  lequel 
pousse  cet  arbre,  ses  racines  ne  peuvent  pénétrer  dans 
le  sol  pour  supporter  ce  colosse,  nous  devons  admirer  la 
prévoyance  de  la  nature  pour  les  immenses  assises  en 
forme  de  racines  qui  supportent  la  masse;  un  cheval 
serait  complètement  caché  à  la  vue  dans  plusieurs  des 
espaces  entre  les  racines.  Le  feuillage  tombe  vers  le 
printemps  et  repousse  à  nouveau  avec  une  rapidité  mer¬ 
veilleuse,  j’ai  vu  cet  arbre,  dit  l’auteur  de  la  note,  dénudé 
complètement  le  samedi  soir  et  couvert  de  feuilles 
vertes  et  épaisses  le  lundi  matin.  Les  immenses  racines 
et  l’extrême  étendue  des  branches  sont  dues  pour  une 
bonne  part  à  la  situation  de  l’arbre,  qui  se  trouve  en 
avant  de  bâtiments  publics  importants  et  qui  est  ainsi 


duit  des  fibres  soyeuses  comme  le  coton,  mais  beaucoup 
plus  fines,  qui  couvrent  le  sol  à  une  grande  distance  de 
l’arbre,  selon  que  le  vent  les  pousse  ;  de  là  le  nom  sous 
lequel  l’arbre  est  connu  populairement. 


Sur  la  classification  et  les  affinités  des  Mollusques 

La  classe  des  Lamellibranches  est  assurément  une  des  plus 
homogènes  du  règne  animal;  l’absence  de  caractères  bien  tran¬ 
chés  n’est  pas  faite  pour  faciliter  la  tâche  de  classificateurs  ; 
aussi  les  subdivisions  proposées  sont-elles  pour  la  plupart  arti¬ 
ficielles.  M.  Ménégaux,  dans  une  thèse  de  doctorat  récemment 
soutenue  à  la  Sorbonne,  et  ayant  pour  objet  des  «  Recherches 
sur  la  circulation  des  Lamellibranches  marins  »  s’est  aussi 
préoccupé  de  cette  'question  importante,  et  le  résultat  de  scs 
recherches  l’a  amené  à  prendre  pour  point  do  départ  la  struc¬ 
ture  de  l’appareil  branchial . 

Lorsque  l’on  écarte  les  deux  valves  do  la  coquille  d’un  Lamcl- 


LE  NATURALISTE 


libranche,  on  voit  de  chaque  côté  du  pied  deux  lames  parallèles 
qui  sont  les  organes  respiratoires  ;  chez  quelques-uns,  il  n’y  en 
a  qu’une  ;  M.  Fischer  considérant  chacune  de  ces  lames  comme 
une  branchie  part  de  là  pour  proposer,  dans  son  manuel  de 
Conchyliologie,  les  deux  groupes  des  Dibranches  et  des  Tétra- 
branches.  Mais  M.  Ménégaux  fait  observer  que  d’une  part  les 
deux  lames  d’un  même  côté  sont  insérées  sur  un  même  sup¬ 
port,  et  d’autre  part  qu’il  n’existe  qu’un  seul  vaisseaii  efférent 
dans  ce  support  ;  il  en  conclut  que  les  deux  lames  constituent 
non  pas  deux,  mais  une  seule  branchie  ;  et  quand  il  existe  une 
seule  lame  d’un  côté,  c’est  que  l’autre  a  avorté  ;  les  termes  Mo¬ 
nobranches  et  Hémibranches  seraient  donc  plus  exacts. 

Même  ainsi  modifiée,  cette  classification  est  loin  d’être  satis¬ 
faisante  ;  il  n’en  est  pas  de  même  de  celle  qui  serait  basée  non 
plus  sur  le  nombre  des  lames,  mais  sur  la  structure  de  ces 
lames  branchiales.  On  sait  en  effet  que  chaque  lame  est  com¬ 
posée  de  deux  feuillets,  le  feuillet  direct  attaché  au  support 
branchial,  et  le  feuillet  réfléchi  parallèle  au  premier  dont  il 
est  la  continuation,  et  que  chaque  feuillet  est  formé  de  nom¬ 
breux  filaments  parallèles  dans  lesquels  circule  le  sang  qui 
vient  respirer. 

Dans  un  premier  ordre,  celui  des  Foliobranches,  comprenant 
les  Nuculidés  et  les  Solémyidês,  M.  Ménégaux  place  les  Lamel¬ 
libranches  dont  les  lames  branchiales  présentent  seulement  le 
feuillet  direct  :  les  filaments  branchiaux  sont  très  aplatis  et 
constituent  des  sortes  de  feuilles  qui  sc  regardent  par  leur  face 
antérieure  et  postérieure. 

Le  deuxième  ordre  réunit  les  Lamellibranches  dont  les  lames 
branchiales  sont  formées  de  filaments  reliés  entre  eux  soit  par 
des  bouquets  de  cils  vibratils  intriqués,  soit  par  des  tubérosités 
d’attache,  de  sorte  que  dans  tous  les  pas  leur  union  est  lâche, 
et  que  les  branchies  sont  facilement  résolubles  en  filaments 
simples.  Ce  groupe  est  celui  des  Filibranches  subdivisé  en  deux 
autres,  suivant  que  les  filaments  sont  tous  semblables  ou  de 
deux  sortes,  les  uns  plus  gros  que  les  autres. 

Le  troisième  ordre  est  celui  qui  renferme  le  plus  grand 
nombre  d’espèces  ;  les  filaments  se  réunissent,  pendant  le  cours 
du  développement  par  des  canalicules  d’anastomose  ;  de  sorte 
que  les  lames  ne  sont  plus  résolubles  en  filaments,  mais  sont, 
de  vraies  lamelles  plus  ou  moins  compactes,  perforées  par  des 
fenêtres.  Cet  ordre,  où  les  coupures  secondaires  sont  à  peine 
possibles,  malgré  le  grand  nombre  des  genres  et  des  espèces 
est  celui  des  Eulamcllibranches.  Il  comprend,  avec  les  Naïades, 
tous  les  Mollusques  de  l’ancien  ordre  des  Siphonés,  moins  les 
Poromyidés  et  les  Cuspidariidés. 

Ces  derniers  constituent  l’ordre  des  Septibranchcs,  chez  les¬ 
quelles  les  lames  branchiales  ayant  perdu  leur  structure  sont 
devenues  une  cloison  musculaire  qui  partage  la  cavité  palléale 
en  deux  chambres. 

Cette  classification,  qui  a  d'ailleurs  beaucoup  de  points  com¬ 
muns  avec  celle  de  Pelsener,  a  le  mérite  de  répartir  les  Lamel¬ 
libranches  d’après  leurs  réelles  affinités.  Elle  repose  sur  une 
base  très  solide,  étant  donné  le  très  grand  nombre  des  genres 
et  des  espèces  étudiés  au  point  de  vue  de  la  circulation  bran¬ 
chiale. 

Elle  a  en  outre  l’avantage  de  grouper  les  animaux  d’après 
leur  ordre  d’apparition  à  la  surface  de  la  terre  ;  car  aujourd’hui 
les  zoologistes  ne  so  bornent  pas  à  réunir  dans  un  même  groupe 
les  animaux  voisins  ;  ils  cherchent  encore  à  établir  leur  filia¬ 
tion  en  s’aidant  des  documents  fournis  par  l’anatomie  compa¬ 
rée,  l’embryologie,  et  la  paléontologie. 

C’est  ainsi  que  l’on  a  été  conduit  à  considérer  les  Nuculidés 
comme  la  souche  des  autres  Lamellibranches  ;  en  effet,  leurs 
branchies  sont  réduites  au  feuillet  direct,  composé  de  filaments 
foliacés  isolables  ;  cette  structure  si  peu  compliquée  n’est  évi¬ 
demment  pas  le  résultat  d’une  rétrogradation,  car  les  Nuculidés 
se  rencontrent  déjà  dans  les  couches  supérieures  du  cambrien, 
avant  tous  les  autres  Lamellibranches  ;  la  branchie  originelle 
pouvait  être  représentée  par  de  simples  tubercules  vasculaires 
qui  en  s’allongeant  ont  donné  les  touilles  branchiales  des  Nucu¬ 
lidés. 

Supposons  que  ces  filaments  s’allongent  encore  et  se  réflé¬ 
chissent  sur  eux-mêmes;  il  se  formera  ainsi  une  branchie  de 
Foliobranchc  ;  c’est  ainsi  que  l’on  passe  des  Nuculidés  aux  Avi- 
culidés  et  aux  Arcadés;  tenant  compte  de  la  différence  de  la 
circulation  branchiale,  et  aussi  des  époques  d’apparition,  on 
peut  considérer  ces  deux  familles  comme  deux  rameaux  distincts 
du  tronc  originel. 

Une  complication  de  plus,  l'apparition  des  canalicules  d’anas  • 
tômosc  entre  les  filaments,  nous  amène  aux  Eulamellibranchcs. 
qui  sont  aussi  les  derniers  apparus  sur  le  globe.  Leurs  bran-  ! 


chies  lamelleuses  sont  plus  complexes  que  les  branchies  fila¬ 
menteuses,  et  évidemment  plus  perfectionnées,  car  l’eau  est  en 
contact  avec  uno  surface  respiratoire  beaucoup  plus  considé¬ 
rable.  En  général,  il  y  a  coexistence  de  cette  branchie  avec  les 
siphons  qui  sont  évidemment  un  appareil  de  perfectionnement 
pour  faciliter  les  échanges  respiratoires. 

Les  Filibranches,  plus  anciens,  sont  au  contraire  dépourvus 
de  siphon.  De  plus,  l’embryologie  nous  montre  les  branchies 
des  Lamellibranches  débutant  toutes  par  l’apparition  successive 
de  bourgeons  qui  s’allongent  en  filaments,  lesquels  se  réunissent 
plus  tard  en  lames. 

La  concordance  remarquable  des  résufftits  fournis  par  ces 
divers  moyens  d’investigation  mérite,  ce  semble,  d’être  prise 
en  très  sérieuse  considération  ;  c’est  pour  avoir  négligé  tous  les 
éléments  d’information  que  Possner,  par  exemple,  considère 
les  Naïadés,  dont  les  plus  anciens  ne  datent  cependant  que  du 
purbeckien,  comme  les  ancêtres  dés  Pectinidés  qui  ont  apparu 
dès  l’époque  silurienne  ;  c’est  d’ailleurs  le  cas  de  tous  les  ani¬ 
maux  d’eau  douce,  presque  toujours  issus  d'animaux  marins, 
l’inverse  étant  tout  à  fait  exceptionnel. 

Nous  pouvons  donc  dire  que  la  classification  dont  il  est  ques¬ 
tion  plus  haut  résume  fidèlement  l’histoire  des  Lamellibranches  ; 
il  nous  reste  un  dernier  point  à  examiner  ;  cette  classe  homo- 
.  gène  est-elle  nettement  séparée  des  autres  classes  de  Mollus¬ 
ques,  ou  au  contraire  existe-t-il  des  formes  présentant  des  par¬ 
ticularités  communes  d’organisation  ? 

Or  les  Gastéropodes  Scutibranches  ou  Distocardes  ont  comme 
les  Lamellibranches  deux  oreillettes  au  cœur  ;  du  ventricule, 
traversé  par  le  rectum,  part  une  aorte  antérieure  et  une  posté¬ 
rieure,  tandis  qu’il  existe  un  seul  tronc  aortique  chez  les  autres 
Gastéropodes  ;  ils  ont  aussi  leurs  reins,  et  présentent  d’autres 
caractères  communs  tirés  des  organes  génitaux  et  de  l’appareil 
digestif;  de  plus,  ce  sont  des  animaux  aussi  anciens  que  les 
Lamellibranches  ;  on  voit  donc  que  ces  deux  groupes  présentent 
une  similitude  d’organisation  tout  à  fait  surprenante  malgré 
les  différences  de  la  coquille.  A  ces  caractères  communs,  il  faut 
ajouter  les  profondes  ressemblances  dos  organes  respiratoires, 
comme  l’a  montré  M.  Ménégaux  ;  chez  les  Foliobranches,  l’ap¬ 
pareil  branchial  se  compose  de  chaque  côté  d’une  branchie  bi- 
pectinée  tout  à  fait  comparable  à  celle  de  l’Haliolidc;  il  en  est 
de  même  chez  les  autres  Lamellibranches  comme  on  s'en  con¬ 
vaincra  en  supposant  le  feuillet  réfléchi  rabattu  dans  le  même 
plan  que  le  feuillet  direct  dont  il  est  la  continuation. 

De  sorte  qu’on  peut  généraliser  et  dire  :  les  deux  lames  bran¬ 
chiales  de  chaque  côté,  qu’on  regardait  jadis  comme  deux  bran¬ 
chies,  forment  au  contraire  un  organe  bipectiné,  homologue 
d’une  branchie  de  Scutibranche  ;  ces  considérations  nous  por¬ 
tent  à  abandonner  la  division  en  Dibranches  et  Tétrabranches. 
La  division  des  Lamellibranches  en  Asiphonés  et  Siphonés, 
actuellement  classique  et  moins  exposée  aux  objections,  car  elle 
concorde  avec  d’autres  caractères  anatomiques  importants,  et 
associe  dans  le  groupe  inférieur  des  Asiphonés,  la  plupart  des 
types  les  plus  anciens,  c’est-à-dire  à  branchies  foliacées  ou  fila¬ 
menteuses,  Mardis  que  les  Siphonés  ont  des  branchies  lamel¬ 
leuses. 

En  résumé,  les  Lamellibranches  et  les  Gastéropodes  ont  une 
origine  commune  ;  ceux-ci  ont  évolué  dans  diverses  directions, 
variables  avec  les  genres  de  vio  auxquels  ils  s’adaptaient,  tan¬ 
dis  que  les  premiers,  sédentaires,  souvent  même  fixés,  n’ont  pas 
subi  d’importantes  transformations. 

A.  Goux. 


DIAGNOSES  D’ACARIENS  NOUVEAUX 

L’étude  des  Galles  acarienncs  ou  Phytococcidies  du  Nord  de 
la  France  faite  récemment  par  MM.  Emile  Balle  (de  Vire)  et 
II.  Fockcu  (de  Lille),  a  fourni  les  espèces  nouvelles  de  Phytop- 
tîdœ  dont  voici  la  diagnose  : 

Pliyllocoptes  Itallei  (Nalepa),  n.  sp. 

Corps  ovoïde,  allongé,  terminé  par  un  lobe  anal  très  peu 
distinct  portant  une  paire  de  poils  flagcllaircs  très  grêles  cl 
une  paire  de  poils  accessoires  très  courts.  Ecusson  thoracique 
semi-circulaire  en  avant,  prolongé  au-dessus  du  rostre  qu’il 
couvre  entièrement  :  rostre  très  fort  et  très  long.  Tubercules 
des  poils  dorsaux  cylindriques,  insérés  près  du  bord  postérieur 
de  l’écusson.  Poils  dorsaux  courts.  Pattes  distinctement  arti¬ 
culées,  minces,  à  pénultième  article  presque  deux  fois  plus 
I  long  que  le  dernier.  Ongles  courts  fortement  recourbés  ;  plu- 


LE  NATURALISTE 


mule  tarsale  très  grêle  à  quatre  (?)  paires  de  rayons.  Région 
dorsale  de  l’abdomen  présentant  27  anneaux  incomplets  : 
région  ventrale  simplement  striée  et  ponctuée.  Poils  abdomi¬ 
naux  de  la  troisième  paire  allongés.  Vulve  de  la  femelle  dis¬ 
tinctement  striée. 

Longueur:  0  mm.  12;  largeur:  0  mm.  048. 

Habitat.  —  Sur  les  feuilles  de  Tilia  grandifolia,  où  elle  vit, 
comme  les  autres  espèces  du  genre  Phyllocoptes,  sans  produire 
de  véritable  galle,  menant  une  vie  vagabonde  et  causant  par  sa 
piqûre,  d'après  le  docteur  von  Schlechtendal  (de  Halle-sur- 
Saalel,  des  taches  brunes  plus  (ou  moins  étendues  ( brouissure  ou 
brunissure  locale). 

Cette  espèce  est  dédiée  M.  E.  Ballé  (de  Vire),  auteur  d  un 
travail  sur  les  Galles  du  Calvados,  qui  l’a  découverte  sur  le 
tilleul. 

Phyllocoptes,  Fockeui  (Nal.  et  Trt),  n.  sp. 

Corps  fusiforme,  ayant  sa  plus  grande  largeur  en  arrière  de 
l’écusson  thoracique,  diminuant  ensuite  jusqu'à,  l’extrémité 
postérieure.  Ecusson  thoracique  distinctement  plissé,  prolongé 
en  avant  et  recouvrant  presque  entièrement  le  rostre.  Tuber¬ 
cules  des  poils  dorsaux  insérés  sur  le  bord  postérieur  de  l’é¬ 
cusson.  Région  dorsale  de  l’abdomen  divisée  en  32  anneaux 
incomplets  ;  région  ventrale  striée  et  ponctuée.  Poils  abdo¬ 
minaux  longs  et  grêles.  Lobe  anal  distinct,  portant  deux  poils 
flagellaires  allongés  et  deux  poils  accessoires.  Pattes  dis¬ 
tinctement  articulées,  minces,  à  pénultième  article  plus  court 
que  le  dernier.  Ongle  long,  terminé  par  une  extrémité  émoussée 
ou  en  forme  de  bouton  ;  plumule  tarsale  très  grcle  à  cinq 
paires  de  rayons.  Vulve  cordiforme  à  valvule  striée. 

Longueur:  (femelle)  0  mm.  18;  largeur:  0mm.  05. 

Longueur:  (mâle)  0  mm.  15;  largeur:  0  mm.  045. 
Habitat.  —  Sur  les  feuilles  du  Prunus  domestica,  ou  l’espèce 
mène  une  vie  vagabonde,  ne  produisant  pas  de  véritables 
galles  comparables  i  celles  du  Phytoptus  similis  (Nalepa). 

L’espèce  est  dédiée  à  M.  H.  Fockeu,  préparateur  à  la  Fa¬ 
culté  de  médecine  de  Lille,  auteur  d’un  travail  sur  les  Galles 
du  Nord  de  la  France. 

Pliytoptus  \alepni  Trt),  n.  sp. 

Corps  vermiforme,  terminé  par  un  lobe  anal  distinct  portant 
une  paire  de  poils  flagellaires  très  longs  et  une  paire  de  poils 
accessoires  longs  et  raides.  Abdomen  annelé,  finement  ponctué. 
Les  poils  latéraux  et  les  poils  abdominaux  de  la  première 
paire  très  longs,  ceux  de  la  troisième  paire  très  courts  et 
grêles.  Ecusson  thoracique  semi-circulaire,  strié.  Tubercules 
des  poils  dorsaux  petits,  insérés  sur  le  bord  postérieur  de 
l’écusson.  Poils  dorsaux  longs  et  grêles.  Rostre  court  et  fort, 
dirigé  en  avant  et  en  bas.  Pattes  courtes  distinctement  arti¬ 
culées  ;  les  deux  derniers  articles  presque  do  même  longueur. 
Poils  extérieurs  du  dernier  article  très  longs.  Ongles  très  longs, 
peu  recourbes  :  plumule  tarsale  distincte,  à  5  paires  de  rayons. 
Vulve  distinctement  striée  (large  de  0  mm.  017). 

Longueur:  (femelle)  0  mm.  17;  largeur  :  0  mm.  03. 

Longueur:  (mâle)  0  mm.  14;  largeur  :  0  mm.  028. 
Habitat.  —  A  la  face  inférieure  des  feuilles  de]  Hippophaë 
rhamnoïdes  s’abritant  sous  les  poils  étoilés  que  portent  ces 
feuilles  et  produisant  à  la  longue  l’étiolement,  le  bombement 
et  l’enroulement  de  la  feuille.  Découverte  par  M.  le  professeur 
A.  Giard,  à  Wimereux  (Pas-de-Calais). 

L’espèce  est  dédiée  à  M.  le  professeur  A.  Nalepa  (de  Linz), 
le  savant  spécialiste,  si  versé  dans  la  connaissance  des  Phy- 
toptidæ. 

Ces  trois  espèces  seront  décrites  et  figurées,  dans  un  pro¬ 
chain  travail  de  M.  Nalepa,  avec  d’autres  espèces  provenant 
également  du  Nord  de  la  Franco  et  qui  font  partie  de  ma  col¬ 
lection. 

Dr  E.  Trouessart. 


RÉCRÉATION  ENTOMOLOGIQUE 


S’il  est  en  entomologie  Une  étude  négligée,  méconnue, 
c’est  sans  contredit  celle  qui  s’occupe  des  mœurs,  des 
habitudes,  des  caractères,  des  particularités  des  insectes. 


Le  temps  et  la  patience  manquent  trop  souvent  quand  il 
faut  étudier  et  suivre  des  heures  entières  l’instinct  et 
les  volontés  d’un  insecte.  Il  semble  au-dessous  de  la 
science  de  faire  pour  des  êtres  si  petits  ce  que  Buffon  a 
fait  pour  les  grandes  espèces  ;  comme  si  les  études  phi¬ 
losophiques  variaient  pour  les  uns  et  pour  les  autres. 
Pourtant  rien  de  plus  agréable,  de  plus  instructif,  de 
plus  merveilleux  que  cette  étude  philosophique  de  l’en¬ 
tomologie. 

Qu’il  nous  soit  permis  de  citer  quelques  fragments 
d’un  discours  prononcé  à  la  Société  entomologique  de 
France  par  M.  Guénée,  en  prenant  possession  du  fau¬ 
teuil  de  la  présidence  à  la  séance  du  14  février  1849. 

«  Souvenons-nous,  dit-il,  que  l’Entomologie,  comme 
«  ses  sœurs,  fournit  un  emploi  honorable  et  moral  à 
«  l’activité  de  l’intelligence  humaine;  qu’elle  ouvre  aux 
«  passions  une  voie  salutaire  de  dérivation  ;  qu’elle 
«  grandit  l’homme  en  élevant  son  esprit  et  qu’elle  l’a- 
«  méliore  e^  .  polissant  ses  mœurs.  Pensons  aux  bles- 
«  sures  du  cœur  qu’elle  a  guéries,  aux  illusions  prêtes  à 
«  s’envoler,  qu’elles  a  retenues,  aux  mécomptes  dont 
«  elle  a  consolé,'  aux  chagrins  légitimes  dont  elle  a 
«  adouci  l’amertume,  aux  jours  tranquilles  dont  elle 
«  sème  la  vie.  Soyons  fiers  du  bonheur  qu’elle  donne  au 
«  pauvre  comme  au  riche,  à  l’homme  que  le  travail  a 
«  fatigué  comme  à  celui  que  l’oisiveté  tourmentait  et 
«  disons-nous  que  toute  source  d’où  coulent  de  pareils 
«  bienfaits,  n’eùt-elle  pas  d’autres  titres  à  la  reconnais- 
«  sance  des  hommes,  mérite  dans  tous  les  temps  d’être 
«  respectée  et  bénie.  » 

Il  est  accepté  sans  conteste,  qu’avec  de  la  patience,  de 
bons  soins,  il  est  possible  d’adoucir  les  mœurs  des  ani¬ 
maux  supérieurs  les  plus  féroces,  et  même  de  leur 
donner  une  certaine  éducation  ;  on  a  reconnu  que  les 
animaux  inférieurs  subissent  également  cette  loi  ;  sans 
nous  arrêter  aux  jongleurs  Indiens,  qui  jouent  avec  les 
serpents  les  plus  venimeux,  nous  avons  vu  le  surveillant 
du  Muséum  d’histoire  naturelle  de  Paris  caresser  les 
serpents  et  autres  pensionnaires  de  sa  ménagerie,  il 
nous  a  paru  que  ces  derniers  y  trouvaient  un  certain 
plaisir.  L’histoire  nous  a  conservé  l’attachement  de  cer¬ 
taines  araignées  pour  les  prisonniers  qui  en  prenaient 
soin.  En  descendant  encore  dans  l’ordre  des  insectes, 
on  a  pu  voir  sur  la  place  publique  des  puces  traînant 
une  voiture  microscopique  et  prenant  leur  nourriture 
sur  le  bras  du  Barnum.  Voulant  descendre  encore  dans 
l’ordre  des  insectes,  nous  avons  essayé  de  donner  des 
soins  à  une  larve  de  Coléoptère  et  nous  avons  réussi  au 
bout  de  quelques  jours  (10  à  15  jours),  non  seulement 
à  être  reconnu,  mais  à  voir  venir  la  larve  prendre  à  la 
main  la  nourriture  présentée. 

Cette  larve  que  nous  demandons  la  permission  de 
vous  présenter  est  Teresias  Serra  Steph.,  on  la  trouve 
assez  communément  sous  les  écorces  de  platane  pendant 
l’hiver,  elle  se  nourrit  sans  aucun  doifle  de  petits 
insectes,  qui  cherchent  sous  l’écorce  un  abri  pour  pas¬ 
ser  la  mauvaise  saison.  Nous  avons  enfermé  cette  larve, 
avec  quelques  fragments  d’écorce,  dans  un  petit  bocal 
recouvert  d’une  toile  métallique,  nous  lui  avons  pré¬ 
senté  des  mouches  mortes  ou  d’autres  petits  insectes; 
les  premiers  jours,  elle  se  tenait  cachée  suivant  tous  nos 
mouvements,  mais  sans  bouger,  et  ne  se  décidait  à 
saisir  sa  proie,  que  lorsque  nous  nous  étions  suffisam¬ 
ment  éloigné;  au  bout  de  quatre  à  cinq  jours,  les  pro¬ 
grès  étaient  visibles,  la  larve  venait  prendre  l’insecte 


LE  NATURALISTE 


aussitôt  la  main  retirée  du  bocal  et  enfin  après  dix  à 
quinze  jours  de  soins,  elle  quittait  sa  retraite,  s’avançait 
et  s’emparait  de  la  mouche  tenue  directement  par  les 
doigts;  plus  tard  il  suffisait  d’enlever  la  toile  métallique, 
pour  voir  la  larve  (se  précipiter  au-devant  de  la  main 
même  lorsqu’elle  était  vide. 

La  larve  de  Teresias  Serra  a  un  aspect  très  singu- 


Lc  Teresias  serra'  (Larve  grossie,  larve  grandeur  naturelle, 
insecte  parfait  grossi). 

lier,  ses  métamorphoses  sont  fort  peu  connues. 

Longueur  o  à  8  millimètres,  coriace  en-dessus  et  d’un 
roux  sale,  avec  le  bord  des  segments  blanchâtres  ;  char¬ 
nue  et  d’un  livide  blanchâtre  en  dessous.  Sa  tête  est 
assez  grosse,  carrée  et  inclinée  en  avant;  l’épistome  est 
assez  grand  et  le  labre'  petit  et  arrondi.  Les  mandibules 
sont  coniques,  roussâtres  à  la  base,  noires  à  l’extrémité. 
Les  palpes  sont  roussâtres  et  coniques,  les  maxillaires 
de  trois  articles,  les  labiaux  de  deux  ;  les  antennes  sont 
de  quatre  articles. 

Le  corps  est  ellipsoïdal  et  formé  de  douze  segments. 
Les  trois  premiers  sont  larges  et  portent  chacun  une 
paire  de  pattes  semi-cornées,  dont  les  tarses  sont  garnis 
de  petits  cils  spiniformes  et  terminés  par  un  ongle  su- 
bulé.  Le  premier  segment  le  plus  long  de  tous.  Les 
quatre  segments  qui  viennent  à  la  suite  sont  très  courts. 
Les  flancs  de  tous  ces  segments  sont  hérissés  de  poils 
fauves,  raides,  d’inégale  longueur,  entremêlés  de 
quelques  autres  beaucoup  plus  longs  et  un  peu  plus 
fins. 

Les  quatres  segments  qui  suivent  le  septième  et  qui 
sont  aussi  très  courts,  portent  des  franges  très  longues 
et  très  touffues  de  poils  raides,  qui  sont  couchés  lorsque 
la  larve  n'a  rien  qui  l’inquiète,  mais  qui,  pour  peu  que 
l’on  provoque  chez  elle  de  l’agitation,  se  dressent 
comme  la  queue  du  paon  et  forment  quatre  larges  pa¬ 
naches  transversaux,  occupant  toute  la  largeur  du  corps 
et  donnant  à  la  larve  un  aspect  étrange. 

Quel  est  le  but  de  cette  organisation  insolite  ?  quel  est 
l’usage  de  ces  poils  tous  constitués  d’une  manière  uni¬ 
forme  et  si  bizarre  dans  sa  régularité?  Pourquoi  se 
dressent-ils  lorsqu’on  touche  la  larve,  ou  que,  décou¬ 
vrant  sa  retraite,  on  l’offusque  par  l’éclat  de  la  lumière  ? 
Veut-elle,  ce  qui  est  probable,  effrayer  l’ennemi  qu’elle 
redoute?  Autant  de  questions  qui  se  présentent  à  l’es¬ 
prit,  et  que  nous  livrons  aux  recherches  des  naturalistes 
comme  dignes  d’intéresser  la  science. 

Le  dessous  du  corps  est  d’un  livide  blanchâtre  ;  on 
remarque  sur  toute  la  surface  inférieure  des  poils  ou 
plutôt  des  soies  fauves,  raides  et  comme  tronquées,  des¬ 
tinées  sans  doute  à  favoriser  les  mouvements  de  la  larve 
qui  glisse  plutôt  qu’elle  ne  marche. 


Nous  avons  fait  reproduire  en  captivité  Teresias  Seira 
plusieurs  années  de  suite,  les  œufs  sont  pondus  sous  les 
écorces  (mises  dans  le  bocal)  au  nombre  de  quarante 
environ,  ils  éclosent  de  quinze  à  vingt  et  un  jours  après  la 
ponte,  qui  a  lieu  fin  juin;  rien  de  plus  curieux  que  ces 
petites  larves  couvertes  de  longs  poils  fauves  et  grosses 
comme  un  grain  de  pavot,  qui  glissent  par  saccades,  au 
lieu  de  marcher.  Nous  avons  noté  cinq  changements  de 
peau  à  des  intervalles  de  temps  irréguliers,  jusqu'au 
do  juin,  époque  de  l’éclosion  de  l’insecte  parfait. 

Lorsque  le  moment  de  la  transformation  est  venu, 
la  larve,  après  s’être  retirée  dans  un  recoin  obscur  et 
tranquille  se  dépouille  de  sa  peau  et  se  trouve  méta¬ 
morphosée  en  une  nymphe  blanche  hérissée  de  spinules 
de  même  couleur  et  membraneuses.  Au  bout  de  trois  ou 
quatre  jours,  la  peau  de  cette  nymphe  se  fend  le  long 
du  dos  pour  donner  passage  à  l’insecte  parfait. 

Celui-ci  est  long  de  4  à  5  millimètres  ovale,  d’un  brun 
noir  luisant,  pubescent  et  ponctué  ;  le  thorax  est  court, 
transversal  et  coupé  postérieurement  en  angle  sphérique 
bien  marqué,  les  pattes  et  les  antennes  sont  d’un  testacé 
brunâtre. 

Nous  nous  trouverions  largement  récompensé  de  nos 
efforts,  si  nous  pouvions  supposer  que  nous  avons  réussi 
à  entraîner,  par  cet  exemple,  quelques  jeunes  lecteurs  à 
essayer  ce  passe-temps  instructif  et  aussi  des  plus  utiles 
pour  combattre  les  ennemis  de  notre  agriculture. 

Decaux, 

Membre  de  la  Société  cntomologique  de  France. 


LIVRE  NOUVEAU 


La  Famille  primitive,  ses  origines  et  son  développement, 

par  C.  N.  Starckf,,  professeur  à  l’Université  de  Copenhague. 

_  La  Bibliothèque  scientifique  internationale,  dirigée  par  M.  Km. 

AMave,  comptait  déjà  un  certain  nombre  de  volumes  relatifs 
à  l’histoire  des  sociétés  humaines,  notamment  ceux  d’Herbert 
Spencer,  de  Bagehot,  de  Roberty,  de  Draper,  de  Joly,  de  Car- 
tailhac,  de  Lubbock,  de,  Quatrefagcs,  etc.  Elle  s’augmente  au¬ 
jourd’hui  d’un  ouvrage  sur  l’une  des  questions  capitales  de  la 
sociologie  :  la  Famille  primitive  et  ses  observations  diverses, 
qui  ont0 abouti  au  régime  actuel  do  la  famille.  Dans  une  pre¬ 
mière  partie,  l’auteur  examine  l’organisation  do  la  famille,  de 
la  propriété  et  de  l’héritage  chez  tous  les  peuples  primitifs  ou 
anciens.  Dans  la  seconde  partie,  il  fait  la  théorie  de  la  famille 
primitive,  de  son  origine  et  de  son  évolution.  Il  étudie  succes¬ 
sivement  la  filiation,  la  polyandrie  et  la  polygamie,  le  ma¬ 
triarcat  et  le  patriarcat,  le  lévirat  et  le  nivogat,  l’hérédité  et  le 
droit  d’aînesse,  lés  formes  différentes  de  famille  dans  les  prin¬ 
cipales  races,  etc.  L’origine  et  le  régime  du  mariage  attirent 
principalement  son  attention;  il  développe  soigneusement  le 
svstcme  do  l’exogamie  et  l’évolution  du  mariage.  11  termine 
enfin  par  la  théorie  du  clan,  de  la  tribu  et  de  la  famille  qui  a 
provoqué,  comme  celle  du  mariage,  bien  des  controverses.  Ce 
livre  est  donc  comme  un  résumé  des  principales  questions  so¬ 
ciales  il  vol.  in-8“,  cartonné  à  l’anglaise. Librairie  Félix  Alcan. 
Prix  :  G  fr.  et  aux  bureaux  du  journal). 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  7  novembre  1890.  -  M.  E.  Lai 

1,0  1,1.  'folios  des  nodosités  dos  léguminonsos,  a  trouvé  chez  eux 
un  mode  de  reproduction  analogue  à  celui  trouvé  par  Mctch- 
nikoff  chez  le  Pasteuria  Ramosa  parasites  des  Daphnies  ;  ces 
organismes  paraissent  devoir  constituer  un  groupe  distinct, 
intermédiaire  entre  les  Bactéries  elles  champignons  filamenteux 
inférieurs,  M.  Em.  L  urent  propose  pour  eux  le  nom  de  Pas- 


28 


LE  NATURALISTE 


teui-iae.écs.  —  M.  Léon  Vaillant  a  observé  chez  le  Chélmo  ros- 
tratus ,  Poisson  rapporté  parM.  Lix  del’Ilc  Thursdav  (détroit  de 
Torrès)  à  l’état  jeune  dos  caractères  transitoires  qui  permettent 
d’étendre  à  ce  genre  les  notions  acquises  pour  d’autres  types 
dans  le  groupe  des  squammipennes.  —  M.  E.  Canu  adresse  à 
l’Académie  du  laboratoire  maritime  de  Vimereux  une  note  sur  le 
dimorphisme  sexuel  des  copépodes  ascidicoles.  —  M.  F.  Guitei. 
adresse  également  du  laboratoire  maritime  de  Roscoff  une  note 
sur  les  différences  sexuelles  dans  un  poisson  du  Genre  Lepado- 
gaster  (Lepodogastcr  bimaculatus).  —  M.  Ch.  Dec.agny  adresse 
à  l’Académie  une  note  sur  les  forces  moléculaires  antagonistes 
qui  se  produisent  dans  le  noyau  cellulaire,  et  sur  la  formation 
de  la  membrane  nucléaire.  —  M.  Henri  Lasse  (en  réponse  aux 
critiques  de  M.  de  Lapparcnt  qui  considère  les  Rideaux  de  la 
Picardie  comme  n’étant  qu’un  simple  résultat  de  la  culture) 
soutient  sa  propre  théorie  dans  laquelle  il  attribue  une  origine 
géologique  au  phénomène  des  Rideaux. 

Séance  du  24  novembre.  —  M.  A.  Sabatier  adresse  à  l’A¬ 
cadémie  une  note  sur  la  spermatogenèse  chez  les  Locustides. 

_ yp  H.  Prouho  après  une  étude  anatomique  de  la  Cyclatella 

annelidicola  (Van  Bencden  et  Hesse)  est  arrivé  à  montrer  que 
les  caractères  de  cette  espèce  commensale  des  clyméniens  sont 
seulement,  spécifiques  et  en  lont  un  véritable  Loxosomc  iLoxo- 
soma  annelidicola  .  —  M.  Villot  montre  que  Ç Heierodera  Scha- 
chlli  parasite  de  la  betterave  ne  pouvant  supporter  qu’une 
température  do  33”C.  maximum  est  sûrement  tué  par  le  passage 
dans  le  tube  digestif  du  mouton  dont  la  température  =  40°C  d’a¬ 
près  Colin.  Un  excellent  nématocidc  recommandé  par  M.  Willot 
pour  la  destruction  de  l’Hctcrodera  schachtii  consiste  dans 
l'emploi  des  eaux  ammoniacales  du  gaz  d’éclairage.  —  M.  A.  La¬ 
croix  adresse  une  noté  sur  une  roche  éruptive  de  l’Ariège  et 
siii-  la  transformation  des  feldspaths  en  Wernerite. 

Séance  du  1"  décembre.  —  M.  G.  de  Saporta  communique  à 
l’Académie  le  résultat  de  ses  recherches  sur  do  nouvelles  flores 
fossiles  observées  en  Portugal  et  marquant  le  passage  entre  les 
systèmes  jurassiques  et  infracrélacé.  —  M.  Ranvier  présente 
une  intéressante  note  de  M.  Et.  Jourdan  sur  un  tissu  épithélial 
fibrillaire  des  annélides.  M.  Et.  Jourdan  si  connu  par  ses  belles 
études  sur  l’histologie  des  invertébrés  a  été  amené  à  observer 
ce  tissu  dans  la  trompe  des  Glycères  en  poursuivant  ses  recher¬ 
ches  sur  les  organes  des  sens  des  annélides.  — M. Chauveau  pré¬ 
sente  une  notede  M.  Alfred  Mallèvre  siir  l’influence  de  l’acide 
acétique  sur  les  échanges  gazeux  respiratoires.  —  M.  René 
Drouin  adresse  une  note  sur  une  nouvelle  méthode  hémato- 
alcalimé trique  et  sur  l’alcalinité  comparée  du  sang  des  Verté¬ 
brés.  —  M.  H.  Viall a-nes  continue  ses  recherches  sur  le  cer¬ 
veau  des  arthropodes,  ses  dernières  recherches  ont  porté  sur 
là  structure  histologique  des  centres  nerveux  du  Limulus  Poly- 
phemus  déjà  si  bien  étudié  au  point  de  vue  anatomique  par 
M.  A.  Milne-Edward.  L'auteur  a  étudié  avec  un  soin  minutieux 
le  Protécerebron  et  le  corps  pédoncule  qui  chezla  limule  atteint 
un  développement  extraordinaire  (jjjb  du  cerveau)  M.  Viallanes 
décrit  ensuite  le  cerveau  postérieur,  les  parties  latérales  du 
collier  nerveux  constituées  par  les  cinq  paires  centres 
ganglionnaires  cimentant  les  cinq  paires  de  pattes  mâchoires 
et  enfin  la  partie  postérieure  du  collier  nerveux  formée  par 
la  soudure  très  intime  de  deux  paires  de  centres  ganglionnaires. 
—  M.  R.  Moniez  adresse  une  note  sur  les  différences  exté¬ 
rieures  que  peuvent  présenter  les  Nematobothrium  à  propos 
d’une  espèce  qu’il  signale  comme  une  nouvelle,  le  M.  Guernei, 
du  Germon.  —  M.  L.  Cuénot  adresse  une  note  sur  le  système 
nerveux  entécocœlien  des  Echinodérmes  qui  en  outre  des  deux 
systèmes  nerveux,  spéciaux  à  la  face  orale  ou  ambulacrairc  du 
corps,  existe  souvent  à  la  face  aboralc  ou  anti-ambulacrairc  et 
est  d’origine  absolument  différente. —  M.  Jean  Demoor  com¬ 
munique  à  l’Académie  le  résultat  de  scs  recherches  expérimen¬ 
tales  sur  la  locomotion  des  Arthropodes.  — M.  E.  Bastit  ré¬ 
sumé  ainsi  ses  recherches  sur  les  influences  comparées  de  la 
lumière  et  de  la  pesanteur  sur  les  tiges  des  mousses.  Dans  l’air 
ou  dans  l’eau,  l’influence  héliotropique  sur  la  croissance  de  la 
tige  des  mousses  surpasse  l’influence  du  Géotropisme  et  la  tige 
sc° dirige  toujours  vers  la  lumière,  quelle  que  soit  la  position  de 
la  source  lumineuse.  —  M.  L.  J.  Léger  a  constaté  la  présence  de 
laticiféres  chez  les  Fumariacées.  —  M.  J.  Seunes  a  constaté  la 
présence  de  Rudistcs  dans  le  flysch  à  orbitolines  de  la  région 
sous-pyrénéenne  du  département  des  Basses-Pyrénées  (vallée 
du  Saison). 

Séance  dn  8  décembre.. —  M.  Ranvier  communique  à  l’Aca¬ 
démie  le  résultat  de  ses  recherches  sur  la  constitution  histolo¬ 
gique  de  la  membrane  du  sac  lymphatique  œsophagien  de  la 
Grenouille.  —  M.  Joanncs  Chatin  trouve  une  remarquable  si¬ 


militude  dans  la  constitution  du  noyau  chez  les  spongiaires  et  chez 
certains  amibes  ou  infusoires.  —  MM.Topsent  et  Trouessart 
décrivent  un  nouvel  acarièn  découvert  par  M.  Topsent  àLuc-sur- 
Mer,  le  Nanorchestes  amphibies  représente  un  nouveau  genre  et  une 
nouvelle  espèce  d’acarien  sauteur.  —  M.  Albert  Gaudry présente 
une  note  de  M.  Ch.  Depéret  et  Leenhardt  sur  l’âge  des  sables 
et  argiles  bigarrés  du  Sud-Est;  cet  horizon  (Horizon  de  Mérindol  ) 
existe  àla  fois  dans  le  bassin  d’Apt  et  dans  celui  de  la  Durance; 
il  appartient  au  niveau  de  l'étage  de  Vitololes,  c’est-à-dire  à 
l’Eocène  inférieur  et  est  entièrement  distinct  de  l’horizon  des  sa¬ 
bles  et  argiles  bigarrés,  crétacés  du  bassin  d’Apt. 

Séance  du  15  décembre.  —  M.  Eugène  Canu  adresse  à 
l’Académie  le  résultat  de  recherches  qu’il  a  entreprises  au  labo¬ 
ratoire  maritime  de  Wimereux  (Pas-de-Calais)  sur  le  déve¬ 
loppement  des  copépodes  ascidicoles.  —  M.  Léon  Guignard 
communique  à  l’Académie  le  résultat  de  ses  recherches  sur  la 
localisation  des  principes  actifs  dans  la  graine  des  crucifères. 
—  M.  L.  Mangin  ayant  étudié  la  structure  des  péronosporées 
conclut  do  ses  recherches  que  la  présence  constante  de  callose 
dans  le  mycélium  dosPéronosporés  permet  de  reconnaître  avec 
une  grande  netteté  les  moindres  traces  de  ces  parasites  dans 
les  plantes  qui  leur  servent  d’hôtes  et.  de  préciser  les  relations 
qui  s’établissent  entre  ces  dernières  et  le  parasite.  —  M.  Pril- 
i.ieux  rappelle  à  l’Académie  qu'il  a  en  1889  communiqué  à  la 
Société  de  Botanique  des  observations  anatomiques  sur  les 
tubercules  des  racines  de  légumineuses  entièrement  d’accord 
avec  les  faits  signalés  dernièrement  à  l’Académie  par  M.  Em. 
Laurent. 

A.  E.  Malard 


BIBLIOGRAPHIE 


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Pedaria  tuberculigera.  —  P.  Taylori.  —  P ■  Jachoni.  — 
P.  criberrima.  —  P.  alternons.  —  P.  puncticollis. 

Ann.  Mag.  of  Nat.  Hist.  1890,  pp.  374-380. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Emile  DEYROLLE. 

PARIS.  —  IMPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13»  ANNÉE 


2°  Série  —  1*°  94 


FÉVRIER  1891 


LES  SOI-DISANT  DÉPÔTS  MOHA INIQUES 

DE  E'ÉPOQUE  QUATERNAIRE 


On  trouve  sur  les  plateaux  et  dans  les  vallées  des  pays 
qui  furent  recouverts  par  les  glaciers  quaternaires,  des 
dépôts  d’eau  douce  à  stratification  confuse,  qui  sont  par¬ 
ticulièrement  caractérisés  par  la  présence  dans  leur 
masse  de  gros  blocs  anguleux.  Ces  blocs,  dont  la  nature 
pétrologique  est  bien  différente  de  celle  des  terrains  sur 
lesquels  ils  reposent,  viennent  évidemment  de  fort  loin  ; 
et  il  s’agit  de  rechercher  quel  a  été  leur  mode  de  trans¬ 
port. 

A  l’époque  où  l’on  se  plaisait  à  ne  voir  dans  l’histoire 
de  la  terre  que  cataclysmes  et  ruines,  et  à  tout  expliquer 
parles  causes  les  plus  violentes, on  ne  manqua  pas  d’at¬ 
tribuer  le  transport  de  ces  blocs,  d’un  volume  souvent 
fort  consi¬ 
dérable,  à 
des  cou¬ 
rants  impé¬ 
tueux,  dont 
les  vagues 
i  mm  en  ses 
auraient 
couvert  non 
seulement 
les  vallées 
des  Alpes, 
mais  même 
les  plateaux 
qui  domi¬ 
nent  ces 
vallées  . 

Mais  la  ré¬ 
flexion  et 
une  étude 
plus  atten¬ 
tive  des  ca¬ 
ractères  pê- 
trographi  - 
ques  de  ces 
dépôts  vin¬ 
rent  ensui¬ 
te  obliger  les  géologues  d’abandonner  leur  hypothèse. 
On  renonça  à  chercher  la  source  inépuisable  qui  en¬ 
tretenait  d’aussi  fantastiques  Courants.  On  ne  peut 
expliquer  comment  des  cours  d’eau  capables  d’entraîner 
des  blocs  aussi  volumineux  auraient  pu  laisser  déposer 
les  graviers  et  l’argile  qui  s’y  trouvent  associés.  Et  puis, 
si  les  blocs  ont  pu  être  roulés  sur  un  aussi  long  par¬ 
cours,  comment  se  fait-il  qu’ils  aient  conservé  leurs 
formes  anguleuses  et  leurs  vives  arêtes?  11  fallait  se  ré¬ 
soudre  à  chercher  une  autre  explication,  qui  tint 
compte  de  toutes  les  conditions  du  problème. 

L’observation  des  phénomènes  de  l’époque  actuelle, 
qui  sert  de  base  à  la  science  moderne,  pouvait  seule 
fournir  une  réponse  satisfaisante  à  cette  question  diffi¬ 
cile.  Il  a  existé  en  effet,  il  existe  encore  de  nos  jours 
des  agents  naturels  capables  de  transporter  au  loin  d'é¬ 
normes  quartiers  de  roche  sans  leur  faire  subir  la 
moindre  altération;  nous  voulons  parler  des  glaciers.  Ces 
fleuves  de  glace,  dont  on  connaît  maintenant  la  struc¬ 
ture,  le  mode  de  formation  et  de  progression, cheminent 
lentement,  mais  avec  une  force  irrésistible,  au  fond  des 


Fig.  1.  —  Bloc  erratique  strié  par  L 
(D’après  une  photographie  de 


plus  hautes  vallées  des  Alpes,  qu’ils  comblent  en  partie. 
Grâce  à  la  dureté  de  la  glace  et  au  mouvement  molécu¬ 
laire  qui  anime  toute  sa  niasse,  aucun  corps  étranger  n’y 
peut  pénétrer  sans  être  aussitôt  rejeté  ;  mais  les  débris 
de  toute  sorte,  provenant  des  cimes  voisines  et  qui 
tombent  à  la  surface  de  la  glace,  se  déplacent  avec  elle 
sans  exécuter  par  eux-mêmes  aucune  espèce  de  mouve¬ 
ment.  On  a  donné  le  nom  de  blocs  erratiques  à  ces  quar¬ 
tiers  de  roche  de  toute  nature,  de  volumes  divers  et  de 
formes  irrégulières,  qui  cheminent  ainsi,  très  lentement, 
à  la  vérité,  mais  aussi  sûrement  que  pourraient  le  faire 
des  moellons  chargés  sur  un  chariot.  L’analogie  com¬ 
plète  de  ces  blocs  erratiques  avec  les  blocs  anguleux  qui 
caractérisent  les  dépôts  quaternaires  en  question  est 
trop  évidente  pour  laisser  aucun  doute  sur  leur  commu¬ 
nauté  d’origine  ;  et  il  est  naturel  de  supposer  que  le 
transport  des  uns  et  des  autres  s’est  effectué  sous  l’em¬ 
pire  des 
mêmes  for¬ 
ces  et  des 
mêmes  lois. 
Les  résul¬ 
tats  ne  dif¬ 
fèrent  que 
par  leurs 
propor  - 
tions  ,  et 
celles-ci 
ne  d é p e n- 
dentque  du 
temps  et  de 
certaines 
conditi  o  ns 
spéciales 
dans  le  dé- 
taildesquel- 
les  nous  ne 
pouvons  en¬ 
trer  ici  (1). 
Tous  les 
géologues 
sont,  main¬ 
tenant,  par- 
faitement 

d’accord  sur  ce  point;  la  chose  est  jugée,  et  ce  serait 
perdre  son  temps  que  de  prétendre  la  l'emettre  en 
question. 

Mais  les  glaciéristes  ne  se  sont  pas  bornés  à  expliquer 
par  les  glaciers  le  transport  des  blocs  erratiques,  anciens 
ou  récents;  il  ont  prétendu  retrouver  intacts,  dans  l’état 
actuel  de  la  terre,  tous  les  dépôts  erratiques  de  l’époque 
quaternaire  ;  et  ils  n’ont  pas  hésité  â  considérer  comme 
d’anciennes  moraines  tous  les  dépôts  quaternaires  conte¬ 
nant  des  blocs  erratiques.  C’est  une  manière  de  voir 
contre  laquelle  je  me  suis  prononcé  depuis  long¬ 
temps  (2).  Nous  avons  des  preuves  incontestables  que 
les  plateaux  et  les  vallées  autrefois  recouverls  par  les 
glaciers  quaternaires  ont  été,  depuis  cette  époque,  occu¬ 
pés  par  de  puissants  cours  d’eau  et  ont  subi,  à  plusieurs 
reprises,  de  profondes  érosions.  Ceci  admis,  et  on  ne 


15  novembre  1888). 

(2)  Vovezma  Note  sur  le  i 
ternaires  (L’Échange.  n®»  14 


M.  le 


LE  NATURALISTE ,  Paris,  46,  rue  du  Bac. 


30 


LE  NATURALISTE 


peut  moins  faire  que  de  l’admettre,  je  ne  vois  pas  com¬ 
ment  les  moraines  des  glaciers  quaternaires  auraient 
échappé  à  toutes  ces  causes  de  remaniement  et  de  dés- 


Fis.  2.  —  «  Erdmannli-Stein  »,  prés  Wofalen  (Suisse).  : 

(D’après  une  photographie  de  M.  le  professe 


Lindwald.  (D 


loc  erratique 
3 graphie  de  M.  le  pro 


atérales  »  et  de 
ème  complètc- 
loit  se  faire  de 
■s.  Leur  retrait. 


truction.  Les  expressions  de  «  mo 
1 1  moraines  frontales  »  me  parais 
ment  incompatibles  avec  l’idée  qt 
la  rétrogradation  des  glaciers  quaternaires.  Leur  reti 
de  même  que  leur  progression,  ne  s’est  pas  eflectué  en 
un  jour.  Les  masses  énormes  de  glace  qui  encombraient 
nos  vallées  et  recouvraient  les  pentes  de  nos  montagnes 
n’ont  pu  fondre  en  une  nuit;  et  ce  serait  se  faire  une 


étrange  illusion  que  de  s’imaginer  que  le  glacier  qua¬ 
ternaire  qui  couvrait  le  plateau  de  la  Bresse  s’est  trouvé 
subitement  relégué  sur  les  sommités  des  Alpes.  Les  gla¬ 
ciers]  quaternaires  se  sont 
retirés  comme  ils  s’étaient 
avancés,  à  pas  lents  et  sans 
discontinuité.  Les  dépôts 
erratiques  qu’ils  ont  laissés 
derrière  eux  ne  pouvaient 
donc  affecter  la  forme  de 
moraines,  latérales  ou  fron¬ 
tales,  mais  bien  celle  d’une 
couche  continue  de  boue,  de 
graviers  et  de  blocs  errati¬ 
ques.  Ces  débris  de  toute 
sorte,  abandonnés  dans  le 
fond  des  vallées,  sur  les 
plateaux  et  sur  les  pentes 
des  montagnes,  furent  dès 
lors  soumis  à  l’action  des 
agents  atmosphériques  et. 
aussitôt  désagrégés  par  les 
nappes  d’eau  provenant  'de 
la  fonte  de  la  glace  (1).  Les 
eaux,  en  s’infiltrant  dans  la 
boue  glaciaire,  la  délayè¬ 
rent  et  opérèrent  le  triage 
de  ses  divers  éléments.  Les 
parties  les  plus  fines,  ar¬ 
gileuses  ou  sableuses,  fu¬ 
rent  entraînées  les  premiè¬ 
res,  puis  ce  fut  le  tour  des 
éléments  plus  grossiers. 
Beaucoup  de  blocs  errati¬ 
ques,  déposés  sur  les  pen¬ 
tes,  durent  suivre  le  mou¬ 
vement  de  la  boue  glaciaire 
qui  les  supportait,  et  rouler 
avec  elle  au  fond  des  val¬ 
lées.  Quant  à  ceux  qui  fu¬ 
rent  abandonnés  par  le  gla¬ 
cier  sur  les  plateaux  ou 
dans  le  fond  des  vallées  ;  ils 
ont  dù  rester  à  la  place 
même  où  on  les  observe 
encore  aujourd’hui. 

,  L’origine  lluviatile  ou  la¬ 
custre  des  dépôts  d’eau  dou¬ 
ce  qui  contiennent  les  blocs 
erratiques  remaniés  nous 
est  attestée  par  les  énormes 
galets  qui  accompagnent 
d’ordinaire  les  blocs  angu¬ 
leux.  Ces  galets,  de  forme 
très  irrégulière  et  de  gros¬ 
seurs  très  diverses,  ont  la 
même  origine  que  les  blocs 
anguleux  et  n’en  différaient  primitivement  que  par  leur 
moindre  volume,  qui  a  permis  aux  eaux  de  les  rouler. 


ics  èrratiques  de  granit. 
Mulhbcrg.) 


de  granit  du  Gothard,  dans 
fesscur  Muhlberg.) 


dépôts  i 


tiques  quat 


remaniement  que-  lorsqu’ils  se  trouvaient  dans  des  conditions 
et  purement  locales.  Les  lambeaux  de  ces  do- 
srve  cncoro  dans  leur  état  primitif  affectent  la 
lenticulaires,  qui  remplissent  des  poches  ou  eu 
creusées  par  les  glaciers  dans  des  ochcs  dures. 


LE  NATURALISTE 


31 


Ils  ont  été  d’autant  mieux  arrondis  qu’ils  se  trouvaient  I 
plus  petits.  On  le  voit,  ces  soi-disant  dépôts  morai- 
niques  de  l’époque  quaternaire  sont,  en  réalité,  de  véri¬ 
tables  alluvions,  qui  appartiennent  à  l’époque  post-gla¬ 
ciaire. 

Les  alluvions  post-glaciaires  à  blocs  erratiques  rema¬ 
niés  sont  principalement  développées  sur  les  plateaux, 
où  elles  représentent  les  atterrissements  d’anciens  lacs, 
dont  les  sources  se  sont  taries.  Elles  ont  comblé  jadis 
les  ravins  des  Alpes,  et  forment  encore  des  monticules, 
plus  ou  moins  élevés,  qui  dominent  les  torrents.  Les 
cônes  de  déjection  des  torrents  de  l’époque  actuelle  sont 
presque  toujours  flanqués  de  terrasses  formées  d’allu- 
vions  anciennes.  Ces  terrasses,  qui  présentent  ordinai¬ 
rement  deux  faces  escarpées,  dont  l’une  est  parallèle  à 
l’axe  du  torrent  et  l’autre  parallèle  à  l’axe  de  la 
vallée,  ont  été  taillées  par  les  érosions  modernes 
dans  les  cônes  de  déjection  des  torrents  de  l’époque 
post-glaciaire.  Ces  mêmes  érosions  ont  fait  disparaître, 
dans  la  plupart  des  vallées,  les  alluvions  post- 
glaciaires  à  blocs  erratiques  remaniés  ;  mais  celles- 
ci  ont  résisté  aux  érosions  toutes  les  fois  qu’elles  ont  été 
protégées  par  quelque  saillie  de  roche  dure,  et  l’on  en 
observe  encore  de  nombreux  lambeaux  échelonnés,  à 
diverses  hauteurs,  sur  le  bord  de  nos  rivières.  Les  cours 
d’eau  de  l’époque  moderne,  qui  ont  remanié  les  allu¬ 
vions  post-glaciaires  et  en  ont  dispersé  les  éléments 
constituants,  n’ont  pu  entraîner  ni  les  blocs  anguleux 
ni  les  galets  les  plus  volumineux  ;  et  ceux-ci,  après  leur 
isolement,  sent  restés  à  la  place  même  où  ils  s’étaient 
arrêtés.  On  les  trouve  à  la  surface  des  plateaux  et  des 
terrasses  post-glaciaires,  et  même  dans  les  plaines  les 
mieux  cultivées.  Ils  nous  montrent  que  ces  dernières  ont 
été,  elles  aussi,  autrefois  recouvertes  par  les  alluvions 
post-glaciaires.  Ils  nous  fournissent  ainsi  de  précieuses 
indications  pour  la  reconstitution  idéale  de  ces  alluvions, 
qui  représentent  incontestablement  une  des  phases  les 
plus  intéressantes  de  l’histoire  de  la  terre. 

A.  Villot. 

L’HIBERNATION 

(OISEAUX,  REPTILES,  BATRACIENS) 

Oiseaux.  —  Les  Oiseaux  échappent  surtout  au  froid  par 
leurs  migrations;  les  espèces  des  régions  polaires  arri¬ 
vent  dans  nos  pays  ;  celles  de  nos  pays  s’en  vont  dans  le 
Midi.  Les  espèces  qui  restent  conservent  pendant  tout 
l’hiver  une  certaine  activité  ;  il  n’en  est  que  très  peu  qui 
restent  blotties  dans  leurs  retraites.  Les  Cailles,  les 
Hirondelles,  etc.,  sont  Surtout  célèbres  par  leurs  longs 
voyages  ;  elles  n’attendent  pas  l’abaissement  de  la  tempé¬ 
rature,  elles  le  préviennent:  aussi,  lorsque  leur  départ 
est  précoce,  on  en  conclut  habituellement  qu’il  y  aura  un 
hiver  rigoureux  ;  cette  prévision,  notons-le  en  passant, - 
est  loin  d'être  toujours  vérifiée.  Les  Cailles,  malgré  leur 
lourde  apparence,  vont  jusqu’en  Afrique  et  en  Asie- 
Mineure;  les  Hirondelles,  dans  les  pays  qui  bordent  la 
Méditerranée;  il  en  est,  paraît-il,  qui  poussent  jusqu’au 
Sénégal. 

Ces  longs  voyages  sont  extrêmement  pénibles  pour  ces 
animaux,  et  un  grand  nombre  périssent  de  fatigue  pen¬ 
dant  la  route;  lorsqu’ils  arrivent  à  destination,  ils  sont 


tellement  exténués  qu’ils  fournissent  une  proie  facile  aux 
chasseurs  et  aux  oiseaux  carnassiers.  Dans  le  Rous¬ 
sillon,  c’est  surtout  à  leur  retour  au  printemps,  qu’onles 
chasse  au  filet;  sur  les  flancs  des  collines,  on  dresse  de 
longs  filets  verticaux,  dont  l’extrémité  est  tenue  en  main 
par  un  guetteur  :  les  oiseaux  qui  longent  le  bord  de  la 
mer  vont  donner  tête  baissée  dans  les  mailles;  le  chas¬ 
seur  abaisse  le  filet  et  s’empare  des  malheureux  captifs, 
qui  subiront  un  engraissement  spécial  avant  d’être 
livrés  à  la  consommation. 

Sauriens.  —  Dans  nos  régions,  les  Lézards  et  les  Ser¬ 
pents  passent  tout  l’hiver  engourdis,  blottis  au  fond  des 
retraites  les  plus  profondes  qu’ils  puissent  trouver  ;  ils 
n’en  sortent  qu’au  printemps,  très  amaigris  et  encore  si 
lents  que  leur  capture  est  facile.  Les  Tortues  terrestres 
(Testudo  græca),  que  l’on  élève  souvent  dans  les  jardins, 
se  creusent  une  sorte  de  terrier  peu  profond,  où  elles  se 
réfugient  pendant  toute  la  saison  froide.  L’hibernation  est 
loin  d’être  aussi  impérieuse  pour  ces  animaux  que  pour 
les'  Mammifères;  lorsqu’on  les  maintient  à  une  tempé¬ 
rature  convenable,  avec  une  nourriture  suffisante,  ils 
l’estent  parfaitement  actifs  pendant  toute  l’année. 

Batraciens.  —  Tous  nos  Batraciens  hivernent;  ils  se 
retirent  sur  le  bord  des  mares,  dans  des  trous  plus  ou 
moins  profonds,  ou  dans  les  bois,  sous  des  amas  de 
feuilles  mortes  et  y  restent  jusqu’au  retour  du  prin¬ 
temps.  C’est  à  des  Batraciens  ainsi  hibernés  dans  des 
vieux  murs,  des  ruinep,  etc.,  que  se  rapportent  toutes  les 
légendes  des  crapauds  et  des  Salamandres  vivant  depuis 
des  années,  enfermés  dans  des  pierres  ;  cette  croyance 
est  enracinée  solidement  dans  la  plupart  de  nos  cam¬ 
pagnes;  pour  ma  part,  j’en  ai  souvent  entendu  citer  des 
cas  prétendus  authentiques  ;  tout  ce  que  j’ai  pu  en  voir, 
c’est  la  pierre  ou  l’animal,  mais  jamais  les  deux  en¬ 
semble. 

Comme  chez  tous  les  animaux  engourdis,  la  respira¬ 
tion  pulmonaire  devient  presque  nulle  ;  la  respiration 
cutanée  suffit  amplement  aux  besoins  de  l’hématose. 
Les  Batraciens  présentent  un  organe  spécial  de  réserve, 
qu’on  appelle  le  corps  adipeux  surrénal  :  il  est  placé 
auprès  du  rein  ou  des  organes  génitaux,  et  a  une  forme 
plus  ou  "moins  ramifiée.  Pendant  l’été,  les  Batraciens 
mangent  avec  avidité,  et  une  bonne  partie  des  matières 
assimilées  s'accumule  sous  forme  de  globules  graisseux 
dans  cette  glande  de  réserve,  qui  devient  alors  d’un  beau 
jaune  orangé,  et  prend  un  grand  développement.  Pen¬ 
dant  toute  la  période  d’hibernation,  c’est  sur  cette 
graisse  que  vit  l’animal  ;  c’est  aussi  à  ses  dépens  que  se 
forme  la  masse  considérable  des  organes  génitaux,  qui 
arrivent  à  maturité  avant  que  le  Batracien  ait  pu  re¬ 
prendre  de  la  nourriture.  Si  cet  organe  n’est  pas  suffi¬ 
samment  bourré  de  graisse,  les  glandes  génitales  ne 
peuvent  arriver  à  maturité,  et  souvent  même  les  Batra¬ 
ciens  meurent  pendant  la  période  d’hibernation,  consi¬ 
dérablement  amaigris. 

L.  Cuénot. 


U  LARVE  ET  LA  HYIIIPHE  DU  PRIONE  TANNEUR 

( Prionus  coriarius) 


Pendant  les  belles  soirées  de  l’été,  il  n’est  pas  rare  de  voir 
voler  à  la  tombée  de  la  nuit  un  gros  coléoptère  de  la  famillo 
des  Longicornes,  auquel  ses  antennes  dentelées  en  scie,  sur¬ 
tout  chez  le  mâle,  ont  fait  donner  le  nom  de  Prionus  (de  itpiuv, 
scie). 


LE  NATURALISTE 


Ce  bel  insecte  qui  est  caractérisé  par  trois  épines  de  chaque 
côté  du  corselet,  par  sa  tète  forte  armée  de  mandibules  ro¬ 
bustes,  mais  inermes,  et  par  ses  antennes  conformées  comme 
il  est  dit  ci-dessus,  se  trouve  encore  assez  communément  dans 
les  bois  des  environs  do  Paris  pendant  tout  le  mois  de  juillet  ; 
cependant,  lorsque  l’année  a  été  froide  ou  pluvieuse,  il  ne  com¬ 
mence  à  apparaître  qu’au  commencement  du  mois  d’août. 

Ainsi  que  l’indique  le  dessin  ci-joint,  il  existe  entre  les  deux 
sexes  une  différence  assez  notable  qui  réside  particulièrement 
dans  la  forme  des  antennes  et  dans  la  grandeur  du  corps  qui 
est  toujours  plus  considérable  chez  la  femelle  que  chez  le  mâle, 
car,  s’il  est  vrai  que  l’on  trouve  parfois  des  individus  de  ce 
dernier  sexe  aussi  grands  que  celui  que  j’ai  figuré,  il  arrive 
bien  plus  fréquemment  que  l’on  en  trouve  qui  sont  moitié  plus 
petits. 

De  plus  les  antennes  possèdent  douze  articles  chez  le  mâle  et 
onze  chez  la  femelle. 

Les  mâles,  qui  sont  ceux  qui  éclosent  en  premier,  volent 
assez  souvent,  mais  jamais  bien  haut,  tandis  que  les  femelles 
restent  la  plupart,  du  temps  immobiles  contre  le  tronc  des  vieux 
arbres  ou  cachées  dans  l’herbe.  Le  Prionus  eoriarius  court,  très 
rapidement  en  agitant  vivement  ses  antennes  et  sa  tète  dont  le 
frottement  contre  lé  bord  antérieur  du  corselet  produit  un  cer¬ 
tain  bruit  assez  fréquent  chez  les  longicornes,  mais  très  fort 
chez  l’insecte  qui  nous  occupe. 

Il  arrive  assez  souvent  que  les  mâles  se  disputent  violemment 
la  possession  des  femelles.  Aussi  n’est-ce  pas  rare  de  trouver 
bon  nombre  de  ces  insectes  ayant  les  pattes  ou  les  antennes 
coupées  et  je  conseille  à  ceux  des  naturalistes  qui  ont  la  bonne, 
fortune  de  trouver  à  la  fois  plusieurs  de  ces  coléoptères,  de  ne 
pas  les  enfermer  ensemble  dans  un  même  flacon  sous  peine  de 
les  retrouver  en  fort  mauvais  état. 

A  l’aide  de  la  tarière  puissante  dont  son  abdomen  est  armé, 
la  femelle  perfore  les  vieilles  souches  d’arbres  ou  les  écorces 
des  troncs  morts  et  y  dépose  ses  œufs,  lesquels  donnent  nais¬ 
sance  à  des  larves  douées  de  mandibules  robustes  qui  font 
dans  la  souche  où  elles  se  trouvent  des  galeries  fort  longues, 
cylindriques  et  où  la  sciure  se  trouve  accumulée  après  le  pas¬ 
sage  de  l’animal. 

La  larve.  —  «  Cette  larve;-  dit  Mulsant,  a  la  tète  d’un  brun 
«  châtain;  l’anneau  prothoraciquo  couleur  de  safran;  le  reste 
«  du  corps  blanchâtre.  Du  quatrième  au  dixième  segment,  elle 
<(  est  chargée  de  larges  mamelons.  Les  deux  derniers  anneaux 
«  sont  étroits,  lisses,  allongés.  »  Comme  toutes  les  larves  ligni- 
vores,  elle  est  presque  noirâtre  pendant  le  jeune  âge  en  raison 
de  ce  que  l’on  peut  aisément  apercevoir  les  éléments  nutritifs 
au  travers  des  tissus  et  de  la  peau  très  fine  qui  les  recouvre. 
Mais,  au  fur  et  à  mesure  que  la  larve  avance  en  âge,  les  tissus 
adipeux  se  développent  et  la  larve  devient  de  plus  en  plus 
blanche,  de  telle  sorte  qu’à  la  fin  de  la  croissance',  lorsque  la 
métamorphose  en  nymphe  approche,  elle  est  bien  dodue  et.  en¬ 
tièrement  d’un  beau  blanc  d’ivoire  ;  c’est  alors  qu’elle  acquiert 
cette  apparence  appétissante  dont  j’ai  parlé  dans  le  n°  66  du 
Naturaliste  en  parlant  des  Larves  comestibles  de  Coléoptères. 

Je  n’insisterai  pas  davantage  sur  la  larve  du  Prionus  coria- 
rius  qui  a  été  très  complètement  décrite  par  plusieurs  auteurs, 
notamment  par  Rœscl,  Latreillc  et  Westwoocl  et  dont  j’ai  déjà 
dit  quelques  mots  dans  l’article  que  je  viens  de  citer. 

Par  contre,  j’appellerai  l’attention  sur  sa  manière  de  vivre. 
Ainsi  que  je  l’ai  dit  plus  haut,  c’est  généralement,  sinon  tou¬ 
jours,  dans  les  souches  mortes  ou  dans  les  troncs  pourris  ou 
déjà  malades  que  cette  larve  nait  et  se  développe,  observation 
qui  s’applique  à  la  plupart  des  Larves  lignivores  de  Coléoptères 
et  sur  laquelle  j’ai  insisté  en  parlant  de  la  larve  et  de  la 
nymphe  du  Lucanus  cervus. 

Perris  a  parfaitement  développé  cette  thèse  dans  son  livre  sur 
les  Larves  de  Coléoptères  afin  de  prouver  que,  contrairement  à 
l’opinion  émise  par  Ratzeburg  et  d’autres  naturalistes,  il  ne 
faut  pas  voir  uniquement  des  déprédateurs  parmi  les  insectes 
lignivores. 

C’est  la  même  idée  que  Mulsant  a  émise,  lorsque,  dans  son 
introduction  à  l’histoire  naturelle  des  Longicornes  de  France, 
il  dit  que  :  «  Quand  la  nature  veut  hâter  la  chute  d’un  tronc 
«  mort  ou  décrépit,  ou  rendre  promptement  à  la  terre  qu'ils 
«  doivent  fertiliser  les  restes  inutiles  d’un  arbre  abattu,  elle 
«  convie  à  cette  oeuvre  une  foule  de  ces  vers  rongeurs.  » 

Lorsque  la  larve  du  Prionus  eoriarius  est  arrivée  à  toute  sa 
taille,  elle  quitte  la  souche  où  elle  a  vécu,  s’installe  dans  le 
voisinage  prés  de  la  surface  du  sol  et  là  se  construit  une  coque 
très  épaisse.  Pour  construire  cette  demeure,  elle  utilise  les  ma¬ 
tériaux  ligneux  qui  sont  autour  d’elle,  les  enchevêtre  et  on  forme 


un  réseau  très  solide  dont  elle  comble  les  interstices  avec  de  la 
terre  bien  tassée  qui  donne  à  cotte  coque  une  grande  résis¬ 
tance. 

Les  représentants  exotiques  du  groupe  des  priones  font  des 
coques  analogues  cl  le  Muséum  de  Paris  en  possède  un  certain 
nombre  faites  par  un  grand  prionien  de  l’Amérique  méridio¬ 
nale,  V Acanthophore  serraticorne. 

C.’est  dans  cette  demeure  que  la  Larve  se  transforme  en 
nymphe,  après  avoir  passé,  pendant  une  durée  que  je  n’ai  pu 
étudier,  par  cet  état  intermédiaire  que  j’ai  signalé  chez  la  larve 
de  l’Aromia  moschata  et  qui  existe  toujours,  bien  qu’à  des  de¬ 
grés  divers,  chez  les  larves  de  Coléoptères. 

La  figure  ci-jointe  donne  une  idée  suffisamment  nette  de  la 


nymphe  de  Prionus  eoriarius  pour  qu’il  soit  superflu  d’en 
donner  une  description  détaillée  ;  toutefois,  je  crois  devoir  si¬ 
gnaler  que  la  partie  dorsale  des  segments  abdominaux  présente 
des  mamelons  analogues  à  ceux  qui  existaient  chez  la  larve.  Je 
n’ai  pu  conserver  la  nymphe  que  j’avais  trouvée  car  je  l’avais 
blessée  en  voulant  la  sortir  de  sa  coque  ;  je;  n’ai  donc  pu  l’élever 
et  voir  combien  elle  passe  detemps  sous  cet  état  intermédiaire, 
mais  il  me  parait  certain  qu’ello  met  au  moins  un  mois  pour 
parvenir  à  l’état  d’insecte  parfait,  s’il  faut  en  juger  par  la  nymphe 
du  Dorcus  qui  est  pourtant  beaucoup  plus  petite  et  qui  ne 
donne  naissance  à  l’insecte  qu’au  bout  d’un  mois.  Ce  qu’il  y  a 
de  certain  c’est  que  ce  sont  les  ély très  qui  se  colorent  et  se  dur¬ 
cissent  eu  dernier;  c’est  ainsi  quo  j’ai  trouvé  dans  sa  coque,  où 
il  était  mort  avant  d’avoir  pu  en  sortir,  un  Prionus  dont  tout 
le  corps  avait  acquis  sa  couleur  naturelle,  mais  dont  les  élytres 
étaient  encore  d’un  brun  jaunâtre  très  clair;  il  est  assez  fré¬ 
quent  d’ailleurs  de  trouver  des  individus  à  l'état  parfait  dont  les 

habituelle  au  Prionus  eoriarius. 


LE  NATURALISTE 


La  larve  de  cet  insecte  vit  dans  le  chêne,  mais  on  la  trouve 
également  dans  d’autres  arbres,  notamment  dans  le  cerisier.  Il 
n’est,  en  effet,  pas  rare  que  les  larves  lignivores  de  Coléop¬ 
tères  se  nourrissent  d’arbres  d’essences  différentes  ;  c’est  ainsi 
que  Perris,  dans  son  admirable  travail  sur  les  larves  de  Co¬ 
léoptères,  en  signale  un  grand  nombre  qui,  se  nourrissant  habi¬ 
tuellement  du  bois  de  châtaignier,  se  développent  également 
bien  dans  le  chêne,  dans  le  hêtre  et  dans  d’autres  arbres. 

Seulement,  ce  sont  presque  toujours  des  arbres  botanique¬ 
ment  voisins  que  les  femelles  choisissent  pour  déposer  leurs 
œufs;  aussi  n’ai-je  pas  été  peu  surpris  de  trouver  au  Bois  de 
Boulogne  la  larve  du  Prionus  coriarius  dans  une  souche  de  pin. 
Il  n’y  avait  pas  à  s’y  méprendre.  Une  grosse  souche  coupée  à  ras 
du  sol  était  littéralement  réduite  en  poussière.  Tout  l’intérieur 
était  rempli  de  sciure  et  de  fragments  de  bois  perforés  par  de 
larges  galeries  au  centre  desquelles  je  trouvai  plusieurs  grandes 
larves  de  longicornes  ressemblant,  à  s’y  méprendre,  à  celles  de 
Prionus  que  j’avais  trouvées  dans  des  souches  de  chênes. 

Examen  fait  de  ces  larves,  je  reconnus  que  je  ne  m’étais  pas 
trompé  et,  comme  le  fait  me  parut  intéressant,  je  le  signalai  à 
une  des  séances  de  la  Société  d’Entomologie. 

Mes  collègues  m’exprimèrent  leur  étonnement  de  cette  trou¬ 
vaille,  mais  d’une  .manière  fort  courtoise  et  qui  ne  rappelle  en 
rien  la  fameuse  bataille  des  Notiophiles  à  laquelle  faisait  ré¬ 
cemment  allusion  dans  le  Naturaliste  un  conteur  spirituel,  qui 
s’est  contenté  de  signer  :  «  Un  abonné.  » 

Je  répondis  que  l’Ergates  faber ,  à  part  les  deux  ou  trois  fois 
qu’il  a  été  signalé  à  Fontainebleau,  étant  exclusivement  méri¬ 
dional,  je  ne  croyais  pas  qu’il  pût  y  avoir  au  Bois  de  Boulogne 
d’autre  Longicorne  que  le  Prionus  pouvant  avoir  une  larve  de 
de  cette  taille  vivant  dans  le  pin. 

L’incident  fut  clos  et  ma  note  parut  au  bulletin;  toutefois, 
comme  j’avais  l’intention  de  vérifier  jusqu’au  bout  mon  asser¬ 
tion,  je  retournai  au  même  endroit  à  l’époque  que  je  savais  être 
celle  de  l’éclosion  du  Prionus. 

Mes  prévisions  furent  entièrement  justifiées,  car  je  trouvai 
encore  dans  d’autres  souches  de  pins  plusieurs  larves,  plusieurs 
Prionus  à  l’état  parfait  et  enfin  une  belle  nymphe  de  femelle 
toute  installée  dans  sa  coque. 

Il  m'a  paru  intéressant  de  rappeler  ce  fait  qui  n'avait,  d’ail¬ 
leurs,  pas  échappé  à  Ratzeburg,  car  il  est  curieux  de  voir  le 
Prionus  coriarius ,  qui  vit  habituellement  dans  le  chêne,  devenir 
parasite  du  Pin  maritime  dans  des  régions  où  1  ’Ergates  faber, 
parasite  naturel  de  ce  dernier  arbre,  ne  saurait  vivre. 

11  y  a  là  un  cas  d’adaptation  qui  mérite  d’être  signalé  et  dont 
l’insecte  n’a  l’air  de  souffrir  en  aucune  façon,  car  les  exemplaires 
que  j’ai  eus  entre  les  mains  étaient  nombreux,  en  fort  bon  état 
et  tout  aussi  bien  développés  que  ceux  que  j’avais  recueillis  sur 
des  chênes. 

Louis  Planet. 


PRÉPARATION  DES  POISSONS 


Empaillage  des  poissons.  —  Ce  procédé  pour 
la  conservation  des  poissons  peut  être  employé  pour  les 
moyennes  et  les  grosses  espèces,  mais  il  demande  une 
certaine  habileté;  les  poissons  ne  sont  généralement  pas 
difficiles  à  dépouiller  de  leur  peau  ;  voici  comment  on 
procède  pour  toutes  les  espèces  à  corps  rond  : 

On  pratique  une  incision  sous  le  ventre  et  on  la  pro¬ 
longe  jusqu’à  la  queue;  on  saisit  ensuite  les  bords 
de  la  peau  que  l’on  soulève,  et  avec  un  scalpel  on 
dissèque  celle-ci  avec  soin,  on  prenant  bien  garde  de  ne 
pas  enlever  la  mince  membrane  argentée  qui  donne  à 
ces  animaux  le  brillant  dont  ils  sont  ornés  .On  coupe  les 
nageoires  à  leur  articulation  avec  le  corps  et  on  dégage 
la  peau  soit  en  appuyant  sur  la  chair  avec  le  manche  du 
scalpel,  soit  avec  les  doigts  ;  on  découvre  ainsi  le  dos 
et  enfin  le  tronçon  de  la  queue  que  l’on  coupe  et  déta¬ 
che  de  son  extrémité,  c’est-à-dire  de  la  nageoire  qui  le 
termine.  On  revient  ensuite  au  tronçon  du  côté  de  la  tète 
et  on  l’écorche  de  même,  sans  renverser  ni  retourner  la 


peau,  mais  simplementen  la  faisant  Tomber  sur  les  côtés. 
Si  on  agissait  autrement,  on  détacherait  les  écailles. 
Parvenu  à  la  tête,  on  la  coupe  entre  la  boite  du  crâne  et 
la  première  vertèbre  du  corps.  On  ne  l’écorche  pas,  l’o¬ 
pération  serait  extrêmement  difficile,  mais  on  la  vide  par 
le  trou  occipital  et  par  les  opercules  des  branchies;  on 
retire  toutes  les  chairs,  les  yeux,  le  cerveau,  les  bran¬ 
chies,  la  langue,  etc _ on  achève  de  nettoyer  complète¬ 

ment  les  nageoires  en  raclant  avec  la  lame  du  scalpel 
les  chairs  encore  adhérentes  aux  os  ;  puis  on  enduit  avec 
un  pinceau  l’intérieur  de  la  peau  au  moyen  d’une  bonne 
couche  de  préservatif.  Pour  les  •  grosses  espèces,  à 
derme  épais  et  rugueux,  on  peut  remplacer  le  préserva¬ 
tif  par  un  mélange  de  cendre  et  de  chaux  pulvérisée 
dont  on  frotte  la  peau  à  l’intérieur. 

On  achève  l’empaillage  en  préparant  d’abord  deux 
morceaux  de  fil  de  fer  recuit  ayant  chacun  une  longueur 
égale  4  celle  du  Poisson.  Le  premier  sera  recourbé  en 
arc  de  manière  à  suivre  à  peu  près  la  courbure  du  dos  ; 
il  sera  aiguisé  à  ses  deux  extrémités  :  l’antérieure  péné¬ 
trera  au  travers  du  crâne  et  sortira  en  dehors,  on  peut 
encore  la  faire  sortir  par  la  bouche;  l’autre  extrémité 
traversera  la  queue.  Le  second  fil  de  fer,  formant  une 
courbure  dont  la  concavité  regardera  celle  du  premier, 
sera  disposé  avec  celui-ci  sur  un  plan  vertical.  Pour  le 
fixer  on  devra  le  tordre  autour  du  premier  tout  près 
de  la  tête  et  à  l’autre  extrémité  près  de  la  queue  qu’il 
ne  doit  pas  traverser  (fig.  1).  On  prépare  ensuite 


de  l’étoupe  coupée  en  petits  morceaux  afin  de  pouvoir  la 
tasser  plus  également  ;  on  remplit  la  peau  en  évitant  de 
trop  la  serrer,  on  remplit  également  tous  les  vides  et  on 
recoud  les  bords  de  l’incision  l’un  contre  l’autre.  On  se 
sert  pour  cela  d’un  fil  proportionné  à  la  grandeur  du 
Poisson  et  à  la  force  de  sa  peau.  On  doit  faire  cette  opé¬ 
ration  avec  de  grandes  précautions,  la  peau  de  quelques 
espèces  étant  très  mince  et  se  déchirant  facilement. 
Après  avoir  fait  un  nœud  à  l’extrémité  du  fil,  on  passe 
d’abord  l’aiguille  de  dedans  en  dehors  en  piquant  an 
point  où  l’incision  a  été  pratiquée;  on  descend  ensuite 
en  cousant  en  lacet  mais  en  passant  à  chaque  point  l’ai¬ 
guille  de  dedans  en  dehors  et  l’on  continue  ainsi  jusqu’à 
ce  que  l’ouverture  soit  complètement  fermée  ;  on  arrête 
alors  le  fil  avec  un  nœud. 

On  étale  ensuite  les  nageoires  et  la  queue  en  les  cou¬ 
sant  sur  des  morceaux  de  carton  ou  en  les  maintenant 
entre  deux  plaques  de  liège  ;  cette  opération  terminée, 
on  lave  les  écailles  et  on  les  essuie  avec  un  linge  sec.  Le 
poisson  ainsi  préparé  est  placé  sur  un  socle  où  on  le 
laisse  sécher  à  l’abri  de  la  lumière.  Pour  hâter  la  dessic¬ 
cation  on  passe  chaque  jour  sur  la  pièce  une  couche 
d’essence  de  tébérenthine  qui  a  la  propriété  de  conser¬ 
ver  une  partie  des  couleurs  et  de  hâter  la  dessic- 


34 


LE  NATURALISTE 


cation.  On  donne  au  sujet  une  attitude  naturelle. 
On  place  ensuite  les  yeux- artificiels  dans  les  cavités 
qui  ont  été  préalablement  bourrées,  et  on  fixe  ces 
yeux  avec  de  la  gomme.  Il  est  inutile  de  dire  que  l’on 
devra  toujours  choisir  ceux  dont  la  couleur  se  rapproche 
le  plus  de  celle  de  l’animal  lorsqu’il  était  vivant. 

Lorsque  la  préparation  est  parfaitement  sèche,  on  la 
débarrasse  des  pièces  destinées  à  étaler  les  nageoires 
et  la  queue  et  on  la  peint  avec  un  vernis  transpa¬ 
rent.  Certaines  espèces  ont  des  couleurs  brillantes  ou 
des  teintes  très  tranchées  qui  s’effacent  pendant  la  des¬ 
siccation  ;  on  peut  restituer  ces  teintes  en  les  peignant 
avec  des  couleurs  à  l’essence  ;  dans  ce  cas  on  ne  devra 
les  vernir  qu’après  cette  opération.  On  agit  de  même 
quand  on  doit  rendre  aux  branchies  la  couleur  qu’elles 
avaient  perdues. 

Quelques  naturalistes  ont  indiqué  divers  procédés 
pour  dépouiller  les  poissons  sans  fendre  la  peau,  en  re¬ 
tournant  le  sujet  par  l’ouverture  des  ouïes  et  en  extrayant 
le  contenu  par  cette  ouverture.  On  remplit  ensuite  la 
peau  de  sable  fin  qu’on  fait  écouler. par  la  bouche  après 
la  dessiccation.  Nous  n’avons  pas  besoin  de  faire  remar¬ 
quer  combien  cette  méthode  est  défectueuse  et  combien 
il  est  difficile  de  retourner  un  poisson  écailleux  sans  en¬ 
lever  ses  écailles.. 

Les  Poissons  à  corps  plat,  comme  les  Raies,  les  Soles, 
se  dépouillent  comme  les  autres  ;  on  peut  faire  l’incision 
longitudinale  sur  le  milieu  de  la  colonne  vertébrale, 
mais  pour  soutenir  la  peau  il  est  nécessaire  d’introduire 
une  feuille  de  carton  découpée  sur  le  contour  du  corps 
de  l’animal  ou  une  plaque  de  liège  sculptée  sur  la  forme 
du  corps;  on  bourre  ensuite  des  deux  côtés  en  tâchant 
d’imiter  la  forme  de  celui-ci.  Dans  ce  cas  l’emploi  du  lil 
de  fera  l’intérieur  sera  inutile. 

Les  Poissons  anç/uillif ormes  se  dépouillent  de  la  ma¬ 
nière  suivante  :  on  pratiquera  sur  le  ventre  une  incision 
longitudinale  dont  la  longueur  sera  du  double  de  la  lar¬ 
geur  du  corps  de  l’animal  ;  on  dégagera  la  peau  de  cha¬ 
que  côté  et  jusque  sur  le  dos,  puis  on  coupera  le  corps 
en  deux  portions  en  cet  endroit;  on  saisira  ensuite  l’un 
des  tronçons  et  on  dépouillera  jusqu’à  l’extrémité,  de 
manière  à  obtenir  un  fourreau  continu  ;  on  agira  de 
même  pour  l’autre  tronçon.  Il  ne  s’agira  plus  que.de 
retourner  la  peau  dans  son  véritable  sens  et  de  recoudre 
avec'soin  l’ouverture  du  ventre.  Après  avoir  passé  inté¬ 
rieurement  un  préservatif  sur  la  peau,  on  la  remplit  avec 
du  son  que  l’on  introduit  par  la  bouche  et  l’on  passe 
également  par  celle-ci,  dans  tout  le  milieu  du  corps,  un 
fil  de  fer  égal  à  la  longueur  du  Poisson. 

La  préparation  des  grandes  espèces  exige  quelques 
soins  particuliers:  après  avoir  passé  les  fils  de  fer 
comme  nous  l’avons  dit,  on  bourre  le  corps  en  employant 
du  foin  ou  de  la  mousse  selon  la  grosseur  de  l’animal. 
Ainsi  préparé,  on  le  place  sur  une  planche  et  l'on  étend 
les  nageoires.  S’il  a  des  nageoires  ventrales,  ‘il  faut  alors 
faire  à  la  planche  une  ouverture  à  travers  laquelle  on  les 
fait  passer  pour  les  étendre  et,  dans  ce  cas,  la  planche 
est  supportée  par  deux  traverses  placées  à  chaque  extré¬ 
mité.  On  étend  les  nageoires  entre  deux  petits  morceaux' 
de  bois  qui  les  maintiennent  dans  la  position  qu'on  veut 
leur  donner  et  on  les  fixe  à  la  planche.  On  agit  de  même 
pour  la  queue.  Si  les  ouïes  doivent  être  fermées,  on  colle 
dessus  des  bandes  de  papier  avec  un  peu  de  gomme  ara¬ 
bique;  si,  au  contraire,  elles  doivent  rester  ouvertes,  on 
en  fait  alors  d’artificielles  que  l’on  colle  et  que  l’on  as¬ 


sujettit  avec  des  bandes  de  papier  pour  les  maintenir 
dans  une  position  naturelle.  Si  la  bouche  doitrester  ou¬ 
verte  on  la  maintient  dans  cette  position  au  moyen  d’é¬ 
toupe  et,  si  elle  est  garnie  de  barbillons,  on  fixe  ces  der¬ 
niers  en  place  avec  des  épingles. 

Certains  Poissons,  les  Lophobranch.es  et  les  Plecto- 
(jnatlies,  n’exigent  qu’une  préparation  très  simple,  ces 
animaux  se  dessèchent  facilement,  il  suffit  de  les 
exposer  dans  un  courant  d’air  ou  dans  un  endroit  par¬ 
faitement  sec  et  ils  auront  en  peu  de  temps  un  degré  de 
dessiccation  qui  permettra  de  les  placer  dans  la  collec¬ 
tion  . 

Nous  avons  dit  que  les  Poissons  devaient  être  placés 
sur  un  socle.  Le.  socle  doit  être  en  bois,  de  forme 
allongée  et  proportionnée  à  la  longueur  du  corps. 
Le  Poisson  ne  doit  pas  être  posé  directement  sur  la 
planche,  mais  élevé  à  une  certaine  hauteur.  Pour  les 
grandes  espèces  on  peut  faire  confectionner  des  broches 
en  fer,  aiguisées  aux  deux  bouts  et  entourées  d’un  petit 
rebord  placé  un  peu  au-dessous  de  la  pointe  la  plus 
aiguë  ;  on  enfonce  celle-ci  jusqu’au  rebord  sous  le  ventre 
du  Poisson,  tandis  que  l’autre  pointe  fixera  solidement 
la  broche  perpendiculairement  sur  le  socle.  Les  broches 
seront  vernies  en  noir;  on  pourra  en  employer  deux  pour 
les  Poissons  de  forme  allongée  et  même  davantage  pour 
ceux  qui  sont  très  volumineux.  Les  socles  sont  peints 
en  blanc  avec  de  la  craie  délayée  dans  la  colle  ;  ils  sont 
munis  d’une  étiquette  portant  le  nom  de  l’espèce  et  les 
autres  indications. 


LE  PAPYRUS 


Le  Cyperus  Papyrus  I,.  (Cyperus  antiquorum  W.)  ou 
Souchet  à  papier  est  une  plante  vivace  très  importante 
et  la  plus  anciennement  connue.  Cette  Cypéracée 
gigantesque  s’élève  à  la  hauteur  de  deux  à  trois  mètres; 
elle  croît  au  bord  des  eaux,  dans  les  marais  en  Calabre, 
en  Italie,  en  Sicile,  en  Égypte,  en  Afrique  ainsi  que  dans 
toutes  les  parties  chaudes  du  globe  où  on  l’introduit. 

C’est  avec  cette  plante  que  les  anciens  Égyptiens 
fabriquaient  autrefois  le  Papyrus.  Pour  faire  le  Papyrus 
avec  ce  végétal,  on  prenait  la  partie  la  plus  grosse  de  la 
tige  que  l’on  ouvrait  en  enlevant  la  moelle  du  milieu  et 
on  étalait  ensuite  l’écorce  large  d’une  vingtaine  de  cen¬ 
timètres  que  l’on  pressait  et  après  l’avoir  polie  avec  de 
l’agate  ou  de  l’ivoire,  on  l’enduisait  d’huile  de  cèdre 
pour  la  préserver  de  la  corruption.  On  collait  ensuite 
deux  feuilles  l’une  sur  l’autre  en  ayant  soin  de  les  pla¬ 
cer  de  manière  que  les  fibres  se  croisassent  afin  de  leur 
donner  une  suffisante  consistance.  Cette  opération  ter¬ 
minée,  on  réunissait  plusieurs  feuilles  ensemble  de 
façon  à  en  faire  des  rouleaux  de  toutes  longueurs  que 
l’on  déroulait  devanlsoi  quand  on  voulait  les  lire;  on  en 
possède  des  spécimens  qui  ont  vingt  mètres  de  lon¬ 
gueur  et  des  fragments  qui  remontent  au  xvin0  siècle 
avant  l’ère  chrétienne.  On  a  trouvé  dans  les  jarres  d’ar¬ 
gile  hermétiquement  scellées  et  déposées  dans  les  tom¬ 
beaux  et  écrits  sur  des  papyrus  d’Égypte  des  rituels  ou 
livres  de  prières  pour  les  morts,  des  registres  de  comp- 


LE  NATURALISTE 


35 


paysage  d’Egypte  avec  de’gt-ands  Palmiers  aux  pieds  desquels  poussent  dos  Cyperus  papyrus  (d’après  une  photographie) . 


36 


LE  NATURALISTE 


labilité,  des  simples,  lettres,  des  dossiers  de  procès  et 
principalement  des  contrats  passés  entre  particuliers 
pour  achats  et  ventes  ou  autres  conventions  civiles. 
Quelques-uns  de  ces  contrats  en  caractères  égyptiens 
remontent  au  temps  antérieur  à  Moïse  et  n’ont  pas 
moins  de  3,300  ans;  ils  sont  bien  conservés,  grâce  à  la 
salubrité  des  lieux  où  ils  ont  été  déposés  et  surtout  à  la 
bonne  préparation  de  ce  papier.  En  Égypte,  les  vieux 
papyrus  étaient  employés  à  faire  des  semelles  très  solides 
qu’on  obtenait  en  cousant  plusieurs  feuilles  ensemble; 
on  possède  encore  aujourd’hui  de  ces  chaussures  qui  ne 
sont  pas  les  moins  curieuses  et  les  moins  utiles  de  nos 
monuments  archéologiques.  Son  écorce  servait  aussi 
à  faire  des  voiles,  des  nattes,  des  couvertures,  des  cordes 
et  l’on  en  tressait  des  chapeaux.  Il  y  avait  plusieurs 
sortes  de  Papyrus.  Le  plus  fin  et  le  plus  beau  était  le 
Papyrus  royal  ;  ensuite  venait  le  papyrus  hiératique  qui 
servait  aux  écritures  et  aux  livres  qui  intéressent  la  reli¬ 
gion.  Saint  Gérôme  dit  que  de  son  temps  l’usage  du 
Papyrus  était  général,  aussi  avait-on  grevé  cette  produc¬ 
tion  et  cette  industrie  d’impôts  considérables;  son  em¬ 
ploi  était  si  grevé  d’impôts  sous  les  Romains  que  Cas- 
siodore  félicita  dans  une  épître  le  genre  humain  tout 
entier  sur  la  diminution  de  l’impôt  décrétée  par  Théo- 
doric  sur  cette  utile  production. 

On  possède  dans  les  musées,  écrites  sur  papyrus,  des 
chartes  de  rois  de  France,  d’empereurs  et  de  papes,  des 
livres  en  grec  ou  en  latin  remontant  au  temps  de  la  pre¬ 
mière  monarchie  française. 

Pour  écrire  sur  le  Papyrus  on  employait  le  pinceau  ou 
le  roseau  et  des  encres  de  diverses  couleurs  ;  l’encre 
noire  était  généralement  la  plus  usitée. 

Les  rayons  de  l'ombelle  servaient  à  faire  des  couronnes 
pour  les  dieux.  Quand  Agésilas  visita  l’Égypte,  il  fut  si 
charmé  des  guirlandes  tressées  avec  les  fleurs  du  Papy¬ 
rus  dont  le  roi  d’Égypte  lui  fit  présent  qu’il  voulut  em¬ 
porter  en  Grèce  quelques-uns  de  ces  végétaux. 

Aujourd’hui,  cette  plante  ne  sert  plus  que  pour  l’orne¬ 
ment  des  bassins.  Sous  le  climat  de  Paris  elle  est  cultivée 
en  plein  air  pendant  l’été,  mais  il  faut  la  rentrer  en  serre 
chaude  l’hiver.  On  multiplie  ce  Cyperus  par  la  division 
des  touffes.  En  1883,  j’ai  introduit  au  Sénégal  cette 
plante  où  elle  a  trouvé  un  climat  favorable  pour  se  déve¬ 
lopper. 

Henri  Joret. 


DIAGNOSES  D’UN  LÉPIDOPTÈRE  NOUVEAU 


Eacles  Eminens  n.  sp.,  90  et  92  millimètres 

Cette  espèce  a  une. certaine  ressemblance  avec  l 'Eacles  Impé¬ 
rial is  Drury,  mais  elle  s’en  distingue  par  une  taille  plus  petite, 
la  forme  des  ailes  plus  arrondie,  la  bande  des  inférieures  plus 
centrale,  enfin  le  coloris  plus  foncé  des  dessins. 

Le  fond  des  ailes  est  jaune  ;  aux  supérieures,  la  base,  la  côte 
et  la  partie  comprise  entre  la  bande  et  le  bord  externe  sont 
pour  la  plus  grande  partie  colorées  de  rouge  brun;  le  reste  de 
l’aile  est  strié  de  la  même  couleur.  Deux  points  cellulaires  à 
côté  d'une  tache  jaune. 

Aux  inférieures,  la  partie  comprise  entre  la  bande  et  le  bord 
est  également  rouge  brun  avec  une  éclaircie  jaune  à  l’angle 
anal.  Au-dessus  de  la  bande  se  trouve  le  point  cellulaire, 
blanc  dans  une  tache  rouge  brun.  A  la  base,  quelques  longs 
poils  bruns.  Aux  deux  ailes,  la  bande  a  extérieurement  des 
reflets  violacés. 

En  dessous,  le  jaune  domine,  strié  de  brun  et  accompagné  de 
nombreux  poils  lilas;  la  bande  réparait  plus  pâle  à  chaquo  aile 


et  les  trois  points  cellulaires,  bruns,  à  centre  blanc,  sont  bien 
indiqués  ainsi  qu’une  tache -brune  vers  le  '  milieu  du  bord 
externe. 

Tète  et  collier  jaunes,  pattes  lilas,  garnies  de  poils  épais 
jaunes;  thorax  brun  rouge,  abdomen  jaune,  annelé  de  rougeâtre 
sur  le  dessus. 

Franges  brun-  rouge  aux  supérieures,  jaune  coupé  do  brun 
aux  inférieures. 

2  cf  de  San-Francisco  près  Loja,  août  1886. 

P.  Dognin. 


SUR  UN  JEUNE  CHIEN  MONSTRUEUX 

DU  GENRE  TRIOCÉPHALE 


Le  genre  Triocéphale,  de  la  famille  des  Otocéphaliens, 
se  compose  de  monstres  unitaires  autosites  qui  ne  pos¬ 
sèdent  pas  de  bouche,  pas  de  nez  et  pas  d’yeux,  dont  les 
mâchoires  soiit  atrophiées  et  dont  les  oreilles  sont  rap¬ 
prochées  ou  réunies  sous  la  tête. 


Fig.  1.  —  Jeune  Chien  monstrueux  du  genre  triocéphale,  1/2  de 
grandeur  naturelle.  (Musée  d’histoire  naturelle  d’Elbcuf.) 
D’après  une  photographie  de  l’auteur. 


Ge  genre  de  monstruosité  n’est  pas  très  rare  chez  dif¬ 
férents  animaux  domestiques;  toutefois,  comme  un  cer- 


Fig.  2. —  Tèto  et  partie  de  la  colonne  vertébrale  du  même,  vues 
de  côté,  grandeur  naturelle.  (Musée  d’histoire  naturelle  d’El¬ 
bcuf.)  D’après  une  photographie  do  l’auteur, 
lainnombre  des  lecteurs  de  ce  journal  scientifique  n'ont 
sans  doute  pas  eu  l’occasion  d’examiner  attentivement 
un  monstre  de  ce  genre,  j’ai  pensé  qu’ils  regarderaient 
avec  intérêt  les  deux  figures  ci-jointes,  représentant 
un  jeune  Chien  Triocéphale,  empaillé,  de  couleur  noire 
et  blanche,  et  sa  tête  avec  une  partie  de  la  colonne  ver- 


LE  NATURALISTE 


tébrale.  Ces  deux  pièces  fort  intéressantes  appartien¬ 
nent  au  Musée  d’Histoire  naturelle  d’Elbeuf;  j’ai  pu  en 
faire  l’examen  et  des  photographies,  grâce  à  l’obligeance 
du  très  laborieux  et  très  habile  conservateur  de  ce  Musée, 
M.  Pierre  Noury. 

Je  ne  veux  entrer  ici  dans  aucun  détail  tératologique, 
et  me  contenterai  de  dire  que  la  répartition  du  noir  et 
du  blanc,  dans  le  pelage  de  ce  monstre,  n’est  que  par¬ 
tiellement  symétrique. 

On  a  constaté  la  Triocéphalie  chez  le  Chien,  le  Chat, 
le  Cochon  et  le  Mouton,  mais  j’ignore  si  ce  genre  de 
monstruosité  a  été  observé  dans  l’espèce  humaine,  de¬ 
puis  la  publication  du  Traité  de  Tératologie  d’Isidore 
Geoffroy-Saint-Hilaire,  où  cet  illustre  naturaliste  fait 
savoir  qu’il  n’en  connaît  aucun  exemple  certain  (11. 

J’ajouterai  que  les  Triocéphales,  par  suite  de  l'orga¬ 
nisation  toute  spéciale  de  leur  tête,  sont  dans  l’impos¬ 
sibilité  de  vivre  après  la  naissance. 


d’ajouter  quelques  caractères  nouveaux  à  ceux  qui  servent  à 
définir  les  trois  tribus  indigènes  de  la  famille  des  Composées  : 
les  Chicoracées  ou  Liguliflores,  —  les  Corymbifères  ou  Radiées 


Fig.  I.  —  Coupe  transversale  d’une  bractée  de  Tragopogon. 
es,  épiderme  supérieur;  ei,  épiderme  inférieur;  pl,  paren¬ 
chyme  lacuneux ; pd,  parenchyme  dense  arrondi;  paq,  paren¬ 
chyme  aqueux. 

—  les  Cynarocéphales  ou  Tubuliflores.  Le  parenchyme  aqueux 
hypodermique  qui  double  les  faces  inférieures  des  bractées  chez 
les  Chicoracées  (iig.  1),  est  rare  chez  les  Corymbifères,  nul  chez  les 
Cynarocéphales.  Chez  ces  dernières,  l’hypoderme  est  cependant 
très  développé;  mais  il  est  entièrement  formé  par  du  scléren- 
chyme  (fig.  2),  rare  chez  les  Chicoracées,  plus  commun  chez  les 


Henri  Gadead  de  Kerville. 


THESES 


DE  LA  FACULTÉ  DES  SCIENCES  DE  PARIS 


Recherches  anatomiques  et  physiologiques  sur  les 

bractées  de  l’involucre  des  Composées  (2  ,  par 

M.  Lucien  Daniel. 

L’objet  principal  du  travail  de  M.  Daniel  est  l’étude  anato¬ 
mique  des  bractées  de  l’involucre  dans  les  Composées  de  la 
flore  do  France  et  l’application  de  celte  étude  à  la  classifica- 

Frappé  de  l’homogénéité  remarquable  que  présente,  dans  ses 
caractères  essentiels,  la  famille  des  Composées,  et  de  l’incerti¬ 
tude  qu'apporte  à  l’établissement  des  genres  ou  même  des 
tribus  l’examen  des  caractères  morphologiques  secondaires,  — 
tels  que  la  nature  do  l’aigrette,  l’état  du  réceptacle,  la  forme 
du  fruit,  etc.,  —  l’auteur  s’est  demandé  si,  à  défaut  de  l’ana¬ 
tomie  très  uniforme  des  organes  végétatifs,  celle  des  bractées 
de  l’involucre  n’offrirait  pas  des  variations  intéressantes,  sus¬ 
ceptibles  de  fournir  de  bons  caractères  taxinomiques. 

L’appareil  de  soutien,  le  stéréome  (pour  l'appeler  par  son 
nom),  très  réduit  dans  la  feuille  des  Composées,  est  au  con¬ 
traire  très  développé  dans  les  bractées,  où  il  est  représenté 
soit  par  du  collenchyme,  soit  par  du  parenchyme  scléreux, 
soit  encore  par  du  sclérenchyme.  Il  y  affecte  d’ailleurs  trois 
dispositions,  souvent  distinctes,  parfois  aussi  diversement  com¬ 
binées  :  il  peut  être  hypodermique,  fasciculaire  (cordons  annexés 
aux  faisceaux  libéro-ligneux) ,  ou  médian  (il  est  alors  indépen¬ 
dant  de  l’appareil  tégumentairo  et  -  de  l’appareil  conducteur, 
c’est-à-dire  plongé  en  plein  parenchyme). 

C’est  au  stéréome  que  M.  Daniel  a  demandé,  avec  succès,  la 
solution  du  problème  qu’il  s’était  posé. 

Les  bractées  do  l’involucrc  des  Composées,  étant  des  feuilles 
modifiées,  présentent  une  gaine,  un  pétiole  et  un  limbe  dont  les 
dimensions  respectives  dépendent  du  rang  de  la  bractée  que 
l’on  considère  :  la  gaine,  rudimentaire  dans  les  bractées  externes, 
est  au  contraire  très  grande  dans  celles  du  centre;  son  déve¬ 
loppement  est  en  raison  inverse  de  celui  du  limbe.  Or  c’est  dans 
la  gaine  que  le  stéréome  est  le  plus  riche.  Comme  le  stéréome 
fournissait  à  l’auteur  son  principal  caractère  do  classification, 
il  a  été  amené,  pour  ses  comparaisons,  à  choisir  dans  des  capi¬ 
tules  complètement  développés  les  bractées  internes  les  plus 
épaisses,  et  à  prendre  la  base  comme  niveau  invariable  de  ses 
coupes. 

La  disposition  générale  du  stéréome  a  d’abord  permis 


(1)  Histoire  générale  et  particulière  des  Anomalies  de  Inorganisa¬ 
tion  chez  V Homme  et  les  Animaux  ou  Traité  de  Tératologie ,  Paris, 
J.-B.  Baillière,  t.  II,  1836,  p.  132. 

(2)  Publiées  dans  les  Annales  des  sciences  naturelles,  1890. 


a.  _  Coupe  transversale  d’une  bractée  d 'Echinops  sphœro- 

cephalus.  es,  épiderme  supérieur  ;  pl,  parenchyme  lacuneux  ; 
pd,  parenchyme  dense  arrondi;  sel,  sclérenchyme;  ei,  épi¬ 
derme  inférieur. 


Corymbifères.  On  voit  que  l’élude  du  stéréome  de  l’involucre 
conduit  à  considérer  la  tribu  des  Corymbifères,  dont  les  carac¬ 
tères  o-énéraux  sont  assez  vagues,  comme  intermédiaire  entre  les 


deux  autres. 

Dans  chacune  des 
permet  aussi  de  défi] 
tableaux  suivants  : 


stéréome  fibreux 


stéréome  non 
fibreux  formé  par 
des  -cellules . 


trois  tribus,  la  disposition  du  stéréome 
air  les  sous-tribus,  comme  l’indiquent  les 


(  hypodermique .  A  Crépidées 

(  médian .  B  Byosiridées 

(  de  deux  formes .  C  Picridées 

f  toutes  semblables .  D  Lactucées 


!  formé  par  /  entièrement  hypodermique, 
bande  en-  ) 
de  scléren-  1 


e  formé  d’ilots  de  parenchyme  scléreux 
sclérenchyme . 

ie  nul  ou  formé  do  parenchyme  aqueux.. 


A  Gnitphalièes 
B  Antkémidées 

D  Tussilaginées 


bande  hvpodcrmique  supérieure  rudimentaire  ou 
non  fibreuse . 


§  j  bande  hypodermique  supérieure  formée  par  du 

Dans  chacune  des  sous-tribus,  l’auteur  a  pu  également  déli¬ 
miter  des  genres  douteux,  justifier  ou  infirmer  des  rapproche¬ 
ments  basés  exclusivement  sur  la  morphologie  externe. 

M.  Daniel  consacre  une  seconde  partie  de  son  mémoire  à 
l’étude  générale  des  transformations  qui  conduisent  de  la  struc¬ 
ture  do  la  feuille  normale  des  Composées  à  celle  de  la  bractée 
de  l’involucre;  l’examen  de  l’involucre  de  Carduus  nutans  lui  a 
fourni  pour  cette  étude  une  série  très  complète  de  formes  de 
passage,  et  lui  a  permis  d’établir  les  conclusions  suivantes, 
confirmées  par  une  foule  d’autres  observations  dont  l’énumé¬ 
ration  serait  fort  longue  : 

La  transformation  do  la  feuille  en  bractée  de  l’involucrc  est 
graduelle. 

La  structure  hétérogène  normale  (tissus  palissadique  a  la 
face  supérieure,  lacuneux  à  la  face  inférieure)  qui  se  rencontre 
dans  la  feuille,  sc  modifie  insensiblement  et  fait  place  û  une 
structure  homogène  (palissadique  ou  lacuneuse);  bientôt,  les 


Cartluées 


Centaurées 


38 


LE  NATURALISTE 


modifications  se  poursuivant  dans  le  même  sens,  la  structure 
homogène  est  à  son  tour  remplacée  par  une  structure  hétéro¬ 
gène  renversée  :  on  observe  souvent  des  palissades  à  la  face 


Fig.  3.  —  Coupe  d’une  bractée  de  l’involiicre  d ’Helianthus  tube- 
rostts,  montrant  la  structure  hétérogène  renversée,  es,  épi¬ 
derme  supérieur  ;  ei,  épiderme  inférieur  ;  paq ,  parenchyme 
aqueux  ;  pl,  parenchyme  lacuneux  ;  pp,  parenchyme  en  palis¬ 
sade  ;  es,  canal  sécréteur. 

inférieure,  un  tissu  lacuneux  à  la  face  supérieure;  tout  au  moins 
la  chlorophylle  est  surtout  localisée  à  la  face  inférieure  (fig.  3). 
La  transformation  commence  au  niveau  du  faisceau  libéro- 
ligneux  médian  de  l’organe  et  se  continue  ensuite  plus  lente¬ 
ment  sur  les  parties  latérales.  Telle  est  la  principale  modifica¬ 
tion  que  révèle  l'étude  anatomique  des  bractées  ;  l’auteur  l’in¬ 
terprète  fort  justement  comme  un  effet  de  l’orientation  ;  l’étude 
de  la  disposition  des  diverses  bractées  dans  l’involucre  jeune 
lui  montre  que  si  la  chlorophylle  se  localise  dans  la  bractée  au 
voisinage  de  la  face  morphologiquement  inférieure,  c’est  que 
cette  face,  au  moins  au  début  de  son  développement,  était 
tournée  vers  la  lumière. 

D’autres  modifications,  moins  essentielles,  accompagnent  la 
transformation  de  la  feuille  en  bractée  de  l’involucre  :  il  se  fait, 
par  exemple,  une  réduction  dans  le  nombre  dos  canaux  sécré¬ 
teurs,  dont  la  disposition  est,  d’ailleurs,  généralement  diffé¬ 
rente  dans  les  deux  organes.  Les  laticifères  peuvent  se  trans¬ 
former  en  sclérenchyme.  Les  nervures  deviennent  moins  sail¬ 
lantes  et  disparaissent  dans  le  parenchyme  de  la  bractée.  Le 
stéréomc  fasciculaire,  quand  la  feuille  en  contient,  se  réduit 
et  disparait  ;  en  même  temps  apparaît  le  stéréomc  médian,  qui 
finalement  sc  transforme  en  stéréome, hypodermique. 

Mais  c’est  sur  l’épiderme  et  les  stomates,  avec  la  distribution 
de  la  chlorophylle,  que  portent  surtout  les  transformations 
importantes.  L’épiderme  inférieur  de  la  bractée  porte  souvent 
des  papilles  qui  manquent  à  celui  de  la  feuille  végétative.  La 
forme  des  cellules  dé  l’épiderme  bi’actéal  est  d’autant  plus 
allongée,  leurs  membranes  sont  d’autant  moins  sinueuses,  1cm’ 
épaisseur  et  leur  largeur  d’autant  moindres  que  la  région 
recouverte  par  l’épiderme  est  moins  éclairée.  L’épaisseur 
totale  des  membranes  et  celle  de  la  cuticule  sont  plus  grandes  à 
l’épiderme  supérieur,  qui  peut  prendre  l’aspect  d’un  scléren¬ 
chyme,  surtout  au  niveau  des  grosses  nervures  ;  le  paren¬ 
chyme  supérieur  subit  un  allongement  et  des  modifica¬ 
tions  correspondant  à  ceux  de  î’épidcrnje  qui  le  recouvre. 
Le  nombre  des  stomates,  en  général  plus  abondants  à  la  face 
inférieure,  diminue  en  même  temps  que  l’éclairement  ;  ils  dis¬ 
paraissent  même  complètement  dans  les  régions  placées  à 
l’obscurité  ;  ce  fait  mérite  d’être  remarqué,  il  montre  en  effet 
que  le  renversement  des  parenchymes  et  de  la  chlorophylle 
n’est,  pas  accompagné  par  un  renversement  des  stomates,  dont 
la  répartition  sur  les  deux  faces  paraît  acquise. 

Dans  cette  seconde  partie  de  son  travail,  M.  Daniel  a  voulu 
poursuivre  plus  loin  encore  l’étude  des  modifications  de  la 
feuille  :  il  a  suivi  pas  à  pas  la  dégradation  que  subit  cet  organe 
depuis  la  bractée  mère  des  fleurs  les  plus  développées  jusqu’aux 
paillettes  et  aux  soies  les  plus  rudimentaires  que  présente  le  ré¬ 
ceptacle  du  capitule  (V.  fig.  4).  Cette  recherche,  qui  ne  pouvait 
être  que  féconde  en  résultats,  lui  a  montré  que  la  dégradation 


porte  à  la  fois  sur  le  mésophylle,  qui  passe  presque  partout  à 
la  structure  homogène,  diminue  beaucoup  d’épaisseur  et  peut 


Fig.  4.  —  Diverses  formes  delà  coupe  de  la  soie  du  réceptacle 

de  l’Artichaut.  —  On  y  observe  une  dégradation  progressive 

de  la  structure. 

même  disparaître  totalement  (Centaurea,  Echinops),  —  sur  la 
chlorophylle,  qui  s’y.  rencontre  très  rarement,  —  sur  les  élé¬ 
ments  libéro -ligneux,  très  réduits  ou  nuis,  —  sur  le  stéréome, 
qui  finit  aussi  par  disparaître,  —  sur  les  canaux  secréteurs, 
qui  généralement  ne  se  différencient  pas. 

A  cette'  étude  anatomique,  que  le  lecteur  peut  juger  très 
complète,  du  capitule  des  Composées,  l’auteur  a  joint  quelques 
considérations  physiologiques  :  c’est  la  partie  la  plus  courte, 
mais  non  la  moins  intéressante,  de  son  travail. 

On  pouvait  se  demander  si  la  couche,  souvent  fort  épaisse, 
de  sclérenchyme  que  doivent  traverser  les  radiations  lumineuses 
pour  atteindre  le  parenchyme  chlorophyllien  de  la  face  infé¬ 
rieure  d’une  bractée  n’apporte  pas  quelque  modification  aux 
phénomènes  d’assimilation;  en  un  mot,  si  le  sclérenchyme  est 
transparent  pour  l’assimilation.  Quelques  expériences,  faites  à 
l’aide  de  l’appareil  à  analyses  de  MM.  Bonnier  et  Mangin,  ont 
donné  une  réponse  affirmative  :  le  passage  de  la  lumière  à 
travers  le  sclérenchyme  n’introduit  aucun  trouble  dans  l’assi¬ 
milation  chlorophyllienne. 

On  sait  que,  dans  les  racines  de  beaucoup  de  Composées 
(Aunéc,  Topinambour,  etc.),  l’amidon  est  remplacé  par  une 
autre  substance,  de  même  constitution  chimique,  l'inuline, 
soluble  dans  l’eau,  insoluble  dans  l’alcool  qui  la  précipite  en 
sphérocristaux.  Découverte  èn  1804  par  M.  V.  Rose,  cette  subs¬ 
tance  est  généralement  considérée  comme  jouant  un  rôle  de 
réserve.  M.  Daniel  l’a  retrouvée  dans  les  capitules  d’un  grand 
nombre  de  Composées,  en  particulier  do  toutes  les  Cynaro- 
céphales,  principalement  de  l’Artichaut,  de  la  Bardanc,  de 
diverses  Centaurées,  etc.  11  a  observé  qu’elle  est  surtout  abon¬ 
dante  dans  les  parties  peu  éclairées  des  capitules,  ce  qui  le 
porte  à  croire  que  Yobscurité  favorise  l’élaboration  de  l’inuline. 
Comparant  ensuite  des  capitules  d’ Artichaut  de  divers  âges  (de 
très  jeunes  capitules,  d’autres  en  fleurs,  et  enfin  ceux  où  les 
bractées  commencent  à  se  flétrir  et  où  les  graines  sont  à  peu 
près  mûres),  il  a  pu  constater  que  l’inuline,  rare  dans  les  capi¬ 
tules  très  jeunes,  s’accumule  de  plus  en  plus  à  mesure  qu’ils 
se  développent,  pour  atteindre  son  maximum  au  moment  où 
ils  sont  bons  à  la  consommation,  c’est-à-dire  quand  les  fleurs 
et  les  fruits  vont  se  former;  plus  tard  l’inuline  abandonne 
successivement  les  bractées,  le  réceptacle,  les  fruits  même, 
pour  émigrer  en  quelque  sorte  dans  les  graines  arrivées  a 
maturité.  Ces  observations  prouvent  que  l’inuline  du  capitule 
des  Composées  est,  non  pas  un  produit  d’élimination,  mais 
une  réserve  de  courte  durée ,  entièrement  utilisée,  pour  le  dévelop 
pcment  de  l’ovaire  et  pour  celui  de  l’embryon. 

On  voit  quelle  ample  moisson  de  faits  renferme  la  thèse  de 
M.  Daniel.  Désireux  do  lever  tous  les  doutes  au  sujet  de  son 
interprétation  physiologique  du  renversement  des  parenchymes 
dans  les  bractées  de  l’involucre  des  Composées,  il  a  examiné 
de  plus  les  involucros  des  Ambrosiacées ,  Dipsacées ,  Campanulacees , 
Plombaginées ,  Ômbellifères,  etc.,  assez  analogues  à  ceux  des  Com¬ 
posées,  —  les  spathes  do  nombreuses  Monocotylédonécs,  — 
des  calices  — des  gaines  d'1  feuilles  végétatives,  etc.  L’ana¬ 
tomie  de  tous  ces  organes  a  pleinement  confirmé  sa  manière 
de  voir,  et  lui  permet  de  donner  à  son  important  mémoire  cette 
conclusion  très  générale  :  La  structure  de  la  feuille ,  homogène  à 
son  début ,  se  différencie  suivant  la  direction  et  l’intensité  des  rayons 
lumineux  qu’elle  reçoit  au  moment  de  sa  différenciation. 

A.  D. 


LE  NATURALISTE 


39 


CHRONIQUE 


Destruction  de  l’Anthonomus  pomornm.  —  M.  A.  Léveillé  a 
communiqué  à  la  dernière  séance  de  la  Société  cntomologique 
de  France  un  procédé  de  destruction  de  Anthonomus  Pomorum  L. 
qui  a  donné  des  résultats  excellents  à  un  agriculteur  distingué 
de  Seine-et-Oisc,  M.  Jules  Poupinel.  Ce  procédé  consiste  à 
faire  des  fumigations  de  soufre  dans  les  Pommiers,  en  mai,  à 
l'époque  où  nait  le  Charançon,  avant  l’épanouissement  des 
fleurs;  car  l’on  sait  que  la  femelle  de  l’Anthonomo,  à  cette 
époque,  perce  les  boutons  à  fleurs  pour  y  déposer  un  oîuf,  dont 
la  larve  détruira  la  fleur  avant  son  épanouissement  et  la  stérili¬ 
sera.  Ces  fumigations  se  font  avec,  un  brûleur  quelconque, 
même  avec  un  vieux  seau  do  fer-blanc  hors  d’usage  qu’on  pro¬ 
mène  entre  toutes  les  branches  de  l’arbre.  11  sullit  de  1  kilo  do 
soufre  en  canon  (0  fr.  50)  par.  gros  arbre  et  il  faut  un  quart 
d’heure  environ  pour  pratiquer  la  fumigation  d’un  très  gros 
Pommier.  M.  Jules  Poupinel,  cette  année,  a  constaté  que  tous 
les  arbres  ainsi  fumigés  étaient  couverts  de  fruits,  et  que  ceux 
laissés,  de  distance  en  distance,  sans  traitement,  comme  té¬ 
moins,  n'avaient  pas  une  pomme . 

Nécrologie.  —  M.  Ed.  André;  un  de  nos  distingués  colla¬ 
borateurs,  vient  de  mourir  ;  nos  lecteurs  ont  pu  appré¬ 
cier  en  lui  un  entomologiste,  consommé.  Il  avait  entrepris  de¬ 
puis  de  longues  années  une  publication  très  importante  :  Le 
Species  des  Hyménoptères  d’Europe  et  d’Algérie  ;  une  trentaine  de 
fascicules  étaient  déjà  parus.  Sa  mort  suspend  cet  important 
travail.  Espérons  que  cette  suspension  ne  sera  que  de  courte 
durée,  et  qu’un  entomologiste  courageux,  ou  qu’un  groupe 
d’entomologistes;  voudra  bien  entreprendre  la  .continuation  de 
cette  publication  devenue,  indispensable. 

Les  distributions  de  graines  et  de  plantes  du  Muséum  de 
Paris.  —  Le  Muséum  persévère  à  suivre  l'excellenle  voie  dans 
laquelle  il  est  entré.  Le  service  de  la  culture  vient  de  faire  pa¬ 
raître  le  catalogue  des  graines  et  plantes  vivantes  offertes  aux 
établissements  d’instruction  publique.  Il  comprend  des  graines 
pour  jardins  botaniques,  pour  l’ornementation;  des  plantes 
vivantes,  arbres  et  arbustes,  bulbes  et  rhizomes,  greffons 
d'arbres  fruitiers. 

Société  des  sciences  naturelles  de  l’Ouest  de  la  France.  —  La 

commission  de  surveillance  et  le  directeur-conservateur  du 
Muséum  (L’Histoire  naturelle  de  Nantes,  encouragés  par  un 
groupe  nombreux  d’amis  des  sciences  des  différents  départe¬ 
ments  de  l’Ouest,  ont  pris  l’initiative  de  fonder  à  Nantes  une 
Société  des  Sciences  naturelles  de  l’Ouest,  cle  la  France,  établie 
sur  des  bases  plus  larges  mais  analogues  à  celles  des  Sociétés 
qui  se  sont  formées  à  Strasbourg  en  1872,  à  Lyon  en  1878  et 
qui  ont  déjà  produit  d’importants  résultats. 

Elle  fait  appel  à  tous  ceux  qui  s'intéressent  au  progrès  de  la 
science  et  qui  considèrent  comme  utile  de  centraliser,  dans  un 
bulletin  spécial,  les  travaux  des  sciences  naturelles  qui  se  pu¬ 
blient  sur  la  région.  Ces  travaux,  qui  deviennent  chaque  jour 
plus  nombreux,  sont  disséminés  dans  un  grand  nombre  de  pu¬ 
blications  françaises,  parfois  même  étrangères,  et,  chose  re¬ 
grettable,  restent  le  plus  souvent  ignorés  des  personnes  qu’ils 
pourraient  intéresser. 

S’adresser  pour  tous  renseignements  à  M.  le  Dr  Louis  Bu¬ 
reau,  au  Muséum  de  Nantes. 


LIVRES  NOUVEAUX 


Tableaux  analytiques  pour  déterminer  les  coléoptères  d’Europe,  tra¬ 
duits  de  l’allemand.  —  I.  Nècrophages,  par  Ed.  Ileitter,  un  vol. 
iii-8°  de  116  pages,  3  fr.  50  (I). 

En  dépit  des  essais  tentés  à  plusieurs  reprises  par  des  ento¬ 
mologistes  de  talent,  tous  les  ouvrages  se  proposant  de  doter 
la  France  d’une  Faune  des  coléoptères  sont  toujours  restés 
inachevés,  souvent  à  peine  commencés  et  toujours  bien  loin  du 
but  à  atteindre.  L’Histoire  naturelle  des  coléoptères  de  France ,  par 
Mulsant,  est  ce  que  nous  avons  de  mieux  en  ce  genre  :  mais, 
outre  que  la  plupart  des  fascicules  sont  épuisés  et  presque 


(1)  En  vente  aux  bureaux  du  journal,  chez  M.  Ernest  Olivier, 
10,  cours  de  la  préfecture,  à  Moulins  (Allier);  chez  M.  Crois- 
sandcau,  15,  rue  du  Bourdon-Blanc,  à  Orléans  (Loir'*»). 


introuvables,  cet  ouvrage  atteint  un  prix  très  élevé,  bien.  que 
ne  décrivant  que  les  insectes  qui  se  trouvent  .i.-m-  U  limites 
politiques  de  la  France.  Nos  voisins  sont  plus  avancés  que 
nous  sous.ee  rapport  :  M.  Ed.  Reitter,  le  savant  entomologiste 
autrichien,  a  entrepris  une  Faune  des  coléoptères  d’Europe,  'dis- 
poséc  Cil  tableaux  dichotomiques  permettant  d’arriver  faci- 
1 1 ■  " 1 1 ■ 1 1 1  .,  la  détermination  des  espères,  Cu  grand  nombre  de 
familles  ont  déjà  été  traitées  et  l’ouvrage  est  en lionne  voie 
d’achèvement.  Malheureusement,  le  texte  allemand  est  un 
obstacle  à  sa  propagation  en  France,  où  l’intelligence  des 
langues  étrangères  est  si  peu  répandue. 

Avec  la  collaboration  de  quelques  collègues,  M.  Ernest  Oli¬ 
vier  a  entrepris  la  traduction  de  ces  tableaux.  Cette  publica¬ 
tion  étant  faite  en  dehors  de  toute  idée  de  spéculation,  chacun 
des  fascicules  pourra  être  livré  à  son  prix  de  revient,  c’est- 
à-dire  très,  bon  marché. 

Les  Nècrophages  sont  terminés  et  tes  autres  familles  de.  In 
tribu  des  Clavicornes  sont  sous  presse  et  paraîtront  rapide¬ 
ment.  Tous  les  entomologistes  feront  certainement  bon  accueil 
à  cette  publication,  qui  vient  combler  une  lacune  si  regret¬ 
table. 

Novitates  Lepidopterologicæ.  —  Sous  ce  titre,  MM.  P.  Mabille 
et  Vuillot  viennent  de  commencer  à  publier  une  série  de  des¬ 
criptions  de  Lépidoptères  nouveaux,  rares  ou  non  encore 
figurés.  Chaque  espèce  décrite  est  représentée  dans  des 
planches  coloriées,  tirées  avec  le  plus  grand  luxe  par  les  soins 
de  nos  meilleurs  iconographes,  peintres,  graveurs  et  culo- 
ristes. 

Cet  uuvrage,  qui  s’occupera  aussi  bien  des  diurnes  que  des 
kétérocéres  et  niicrolépidoptères,  sera  absolument  indispen¬ 
sable  à  tous  les  lépidoptéristes  pour  la  détermination  des 
espèces  douteuses;  c’est  le  complément  naturel  des  grands 
ouvrages  d’Hübner,  de  Cramer,  d’Hewitson,  etc.  Jusqu’ici  la 
France  s’était  laissée  distancer  pour  les  iconographies  de 
Papillons;  les  Novitates  Lepidopterologicæ  combleront  cette 
lacune,  en  formant,  avec  le  temps,  un  recueil  absolument 
unique  de  figures  inédites,  d’une  valeur  incomparable. 

Nous  avons  sous  les  yeux  les  deux  premiers  fascicules  de 
cet  important  ouvrage;  la  beauté  remarquable,  l’exactitude  et 
la  finesse  des  planches,  ainsi  que  son  prix  des  plus  modérés 
(3  francs  par  planche  coloriée),  assurent  à  ses  auteurs  de 
nombreux  souscripteurs.  Du  reste,  on  compte  déjà  parmi  eux 
les  principaux  lépidoptéristes  de  France,  d’Angleterre  et 
d’Allemagne,  ainsi  que  les  musées  d’histoire  naturelle  de3 
principales  villes  d’Europe  ;  la  liste  de  leurs  noms  paraîtra  à 
la  fin  du  premier  volume  des  Novitates . 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 

Séance  du  22  décembre  1890.—  M.  Ad.  Chatin  étudie  4  espèces 
de  truffes  souvent  confondues  avec  la  véritable  truffe  des  Gour¬ 
mets  (Tuber  melanosporum  ou  T.  cibarium),  ces  truffes  sont 
1°  La  truffe  de  Bourgogne,  Champagne  (T.  uncinatum),  ainsi 
nommée  du  caractère  particulier  de  ses  spores  qui  hérissent  des 
papilles  courbées  en  crochet  au  lieu  d’étre  droites.  2°  La  truffe 
blanche  d’hiver  (Caillette  des  Provençaux,  T.  hiemalbum  .  .7"  La 
truffe  Fourmi,  Truffe  Punaise,  Rougeotte,  Truffo  pudendo, 
fidèle  alliée  de  la  trutle  de  Périgord  ( Tuber  brumale ).  4°  Aces 
espèces  l’auteur  en  ajoute  une  quatrième  le  Tuber  montanum 
récolté  dans  les  montagnes  des  environs  de  Corps.  —  M.  le 
Dr  Clos  signale  à  l’Académie  le  singulier  cas  de  germination  des 
graines  d’une  Cactée  dans  leur  péricarpe  (Pereskia).  La  struc¬ 
ture  des  graines  de  cette  Cactée  la  place  dans  le  groupe  des 
Opuntic.es  comme  l’avaient  déjà  prévu  de  Candolle,  Salin  Dyck, 
Bentham  et  Hooker.  —  M.  L.  Guinard  a  eu  l’occasion  d’expéri¬ 
menter  l’action  de  la  morphine  sur  le  chat  et  a  pu  constater 
que  chez  cet  animal  l’action  anesthésique  est  toujours  précédée 
et  souvent  empêchée  par  une  autre  action  convulsivanto  et 
excitante,  c’est  aussi  ce  que  M.  A.  Milne- Edwards  dit  avoir 
observé  sur  d’autres  félins  de  la  ménagerie  du  Muséum  ^Lions; 
Tigres).  —  Suivant  des  observations  faites  à  Wimeroux  par 
M.  Jules  Bonnier,  il  résulterait  que  le  dimorphisme  des  mâles  chez 
les  Crustacés  (Orchostia.  Batliyporcia)  provient  d’une  adaptation 
particulière  du  sexe  mâle  en  vue  de  l’acrouplement;  fait  alors 
absolument  comparable  aux  changements  de  plumage  chez  les 
oiseaux.  — -  M.  de  Lacaze-Duthicrs  présente  une  note  de 
31.  A.  Malaquin  sur  la  reproduction  des  Autolgteœ  au  moyen  de 


40 


LE  NATURALISTE 


stolons  —  M.  J.  Ferez  donne  le  résultat  de  ses  études  sur  la 
faune  apidologique  du  Sud-Est  de  la  France  comprenant  près 
de  500  especes  réparties  en  43  genres.  —  M.  A.  Romieux  adresse 
à  l’Académie  une  note  sur  les  relations  entre  la  déformation 
actuelle  de  la  croûte  terrestre  et  les  densités  moyennes  des  ter¬ 
res  et  des  mers.  —  M.  Rolland  adresse  à  l’Académie  une  note 
sur  l'histoire  géologique  du  Sahara;  cette  note  accompagnée 
d’une  carte  publiée  dans  les  Comptes  rendus  montre  que,  d  une 
manière  générale,  toute  l’Afrique  du  Nord,  tout  l'Atlas  et  tout  le 
Sahara,  de  l’Atlantique  à  la  Mer  Rouge,  font  partie  ou  à  peu 
près  du  continent  africain  depuis  la  fin  du  miocène  moyen.  — 
Dom  Pedro  Augustode  Saxe-Cobourg-Gotha  signale  al’Académie  la 
présence  delà  millérite  de  Morro-Velho.  -  M.  F.  Connard 
donne  les  caractères  d’une  espèce  minérale  nouvelle  l’Olïretite, 

—  il.  A.  Lacroix  adressé  une  note  sur  les  enclaves  de  trachyte 
de  Menet  (Cantal)  sur  leurs  modifications  et  leur  origine.  — 
if.  E.  Durègne  a  pu  distinguer  deux  âges  dans  la  formation  des 
dunes  de  Bourgogne;  ces  dunes  de  deux  âges  différents  diffèrent, 
également  d’orientation. 

Séance  du  29  décembre.  —  Prix  décernés,  1890.  Anatomie 
F.T  Zoologie.  Prix  Savigny  :  M.  le  Dr  Jousseaume ,  notre  colla¬ 
borateur,  qui  a  fait  de  1887  à  1888  trois  explorations  successives 
dans  la  mer  Rouge,  et  a  publié  plusieurs  mémoires  importants, 
obtient  le  prix  ainsi  que  le  R.  P.  Camboué,  missionnaire  a  Ma¬ 
dagascar,  qui  depuis  huit  ans  s’occupe  avec  zèle  de,  la  faune 
invertébrée  de  cette  ile.  Ou  sait  que  le  prix  Savigny  n’avait  pas 
été  décerné  depuis  10  ans.— Prix  Serre.  Ce  prix  est  décerné  à 
if. Camille  Dureste  pourses  travaux  de  tératogénie  expérimentale. 

—  Prix  Delalande-Guérineau.  Ce  prix  est  décerné  à  if.  le 
if'  Venteau  pour  son  étude  des  îles  Canaries.  —  Botanique. 
Prix  Demazières.  Le  prix  est  décerné  à  M.  Maurice  Gomont 
pour  un  mémoire  intitulé  :  Étude  monographique  sur  les  Oscil- 
lariées.  —  Prix  Montagne..  Deux  prix  sont  décernés  l’un  à 
M.  Paul  Rariot  pour  scs  travaux  sur  les  algues  du  cap  Horn  et 
sur  celles  de  Miquelon  ;  l’autre  à  if.  h  Dr  Albert  Billet,  pour 
son  ouvrage  intitulé  :  Contribution  à  Vêtude  de  la  morphologie  et 
du  développement  des  Bactériacés.  —  Géologie.  Prix  Vaillant. 
Étude  des  refoulements  qui  ont  plissé  l’écorce  terrestre,  rôle 
des  déplacements  horizontaux  ;  le  prix  est  décerné  à  M.  Marcel 
Bertrand.  —  Prix  Fontannes.  Le  prix  est  décerné  à  M.  Ch. 
Deperet  pour  ses  beaux  travaux  sur  la  faune  des  vertébérés  du 
Pliocène  du  Sud-Est. 

A.  E.  Malard. 


BIBLIOGRAPHIE 


45.  Zykow,  W.  Notice  sur  les  spongillides  des  environs  de 
Moscou. 

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05.  Halacsy,  E.  Neue  Brombeerformen  aus  Oesterreieh. 

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Jahrl.  wissensch.  Bot.  1890,  pp.  415-443. 

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Bot.  Centralblatt.  1890,  pp.  305-308. 

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Journ.  of  Bot.  1890,  pp.  356-361. 

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Ber.  Deutsch.  Bot.  Gesellsc.  1890,  pp.  243-250. 

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Ann.  of  Bot.  1890,  pp.  303-326. 

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80.  Richter,P.  Ueber  Missbildungen  an  don  Bluthenkopfen 
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Ber.  Deutsch.  Bot.  Gesellsc.  1890,  pp.  231-233. 

84.  Ridley,  H.-N.  On  the  method  of  fertilization  in  Bulbo- 
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Ann.  of  Bot.  1890,  pp.  327-336. 

82.  Saposchnikoff,  W.  Bildung  und  AVanderung  der 
Kohlenkydrate  in  den  Laubblàttern. 

Ber.  Deutsch.  Bot.  Gesellsc.  1890,  pp.  233-242. 

83.  Terracciano,  A.  Specie  rare  o  critichc  di  Generanii 
italiani. 

Malpighia.  1890,  pp.  193-238. 

84.  Thode,  J.  Die  Kiistenvegetation  von  Britisch-Kaffrarien 
und  ihr  Vcrhaltnis  zu  den  Nachbarfloren. 

Botan.  Jahrbiicher.  1890,  pp.  589-607. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Emile  DEYROLLE. 


PARIS.  —  IMPR.  P.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13e  ANNÉE 


2°  Série  —  IV-  o:> 


lo  FÉVRIER  1891 


LES  CHAMEAUX 


On  ne  pense  guère  au  chameau  sans  se  figurer  une 
grande  bête  laide,  bossue,  d’aspect  assez  malpropre, 
disgracieuse  d’allure,  en  un  mot  peu -séduisante.  La 
reconnaissanc  e 
instinctive  qui 
devrait,  par  une 
intuition  hérédi¬ 
taire,  nous  é- 
mouvoir  à  la  vue 
du  «  Vaisseau  du 
désert  »,  nous 
fait  totalement 
défaut,  et  nous 
oublions  que  les 
amateurs  de  mé- 
tapliores  au  -, 
raient  pu  dési¬ 
gner  le  chameau 
comme  le  «  Ber¬ 
ceau  de  l’huma¬ 
nité  ».  L’origine 
du  chameau  se 
perd  dans  les 


gendes  des  pre¬ 
miers  âges,  les 
premiers  hu¬ 
mains  ontdû  l'as¬ 
servir  et  sans 
doute  en  ces 
temps  lointains 
comme  de  nos 
jours,  les  fils  des 
nomades  sont 
nés  sur  le  dos 
d’un  chameau. 

I,  'hypothèse 
n’est  point  fan¬ 
taisiste,  les  Mau¬ 
res  nomades  mo¬ 
dernes  font  voya¬ 
ger,  à  travers  le 
Saharah  occiden¬ 
tal,  leursfemmes 
dans  d’énormes 
corbeilles  por¬ 
tées  par  les  cha¬ 
meaux.  Au  doux 
balancement  de 
ce  berceau  qui 
marche  avec  la  Le  Chameau  à  une 

caravane,  le  pe¬ 
tit  Maure  vient  au  monde;  on  salue  sa  naissance  par 
trois  coups  de  fusil  et. la  caravane  marche  encore. 

Chez  ces  peuples  de  mœurs  primitives,  qui  nous 
donnent  le  spectacle  de  certaines  existences  aux  temps 
préhistoriques,  le  chameau  est  non  seulement  la  bêle 
de  somme  précieuse,  indispensable,  mais  il  fournit  en¬ 
core,  la  nourriture,  le  vêtement,  l’abri  et  jusqu’à  des 
produits  utilisés  par  les  élégantes  et  les  petits-maîtres 
de  la  tribu  nomade.  Le  jeune  chameau  rôti  constitue  un 
délicieux  régal,  sa  chair  est  blanche  et  tendre  ;  le  lait 

LE  NATURALISTE,  Paris,  46,  rue  du  Bac. 


des  chamelles  sert  de  boisson  ou  bien  on  le  transforme 
en  beurre  ;  le  cuir  de  la  bête  sert  à  faire  les  barattes  et 
les  outres,  les  poils  sont  employés  pour  tisser  des  étoffes 
dont  la  tente  est  formée.  Pour  la  toilette,  faut-il  le  dire, 
les  Maures  nomades  utilisent  toute  l’eau  que  leurs  mon¬ 
tures  peuvent  donner  pendant  les  haltes  au  campement. 

L’eau  de  puits  ou 
de  source  est 
rare,  aussi  doit- 
on  récolter  dans 
des  vases  de  bois, 
qui  gardent  un 
doux  parfum 
d’a 

la  _ 

de  toilette.  Le 
beurre  de  cha¬ 
melle  sert  de 
pommade  pour 
les  cheveux  qu’il 
agglutine  et 
maintient  en¬ 
semble  d'une 
seule  pièce  ;  la 
coquetterie  est 
satisfaite. 

Tous  les  peu¬ 
ples  primitifs 
doivent  -  ils  au 
chameau  une  é- 
gale  reconnais¬ 
sance,  tous  ont- 
ils  même  connu 
ce  précieux  au¬ 
xiliaire?  Il  faut 
l’admettre  ,  si 
l’on  s’accorde 
pour  faire  partir 
de  l’Asie  la  pre¬ 
mière  invasion 
humaine  à  la 
surface  de  l’an¬ 
cien  monde,  et 
pour  tenir  comp¬ 
te  desdocuments 
qui,  dans  la  pé¬ 
riode  historique, 
sont  relatifs  à 


\i-i 


grandi! 


\  ■  i .  ■ 


il  au 


ni. , n- 


distinguant  le  chameau  de  Bactriane  à  deux  bosses  du 
chameau  aune  seule  bosse  ou  dromadaire,  certains  au¬ 
teurs  ont  pensé  que  les  origines  pouvaient  être  considérées 
comme  multiples. 

Le  Camelus  Bactrianus  est  un  chameau  à  deux  bosses. 
Plus  fortement  charpenté  que  le  dromadaire,  un  peu 
plus  bas  sur  jambes,  il  présente  une  séparation  des  deux 
bosses  plus  nette  et  plus  profonde  que  ne  l’indique  le 
dessin  du  xvn°  siècle  que  nous  reproduisons  à  titre  de 
curiosité.  La  bosse  antérieure  est  assise  sur  les  épines 


42 


LE  NATURALISTE 


dorsales,  à  partir  de  la  troisième  et  jusqu’à  la  neuvième 
vertèbre  dorsale,  la  bosse  postérieure  comprend  les 
deuxième  et  les  quatrième  vertèbres  lombaires. 

Les  bosses  sont  constituées  par  des  masses  graisseuses 
bien  développées  quand  l’animal  est  jeune,  non  fatigué 
et  bien  nourri,  mais  qui  s’atrophient  à  la  suite  des  tra¬ 
vaux' pénibles,  des  longs  voyages,  quand  la  nourriture 
est  rare.  D’abord,  assez  élastiques  pour  se  balancer  légè¬ 
rement  d’un  côté  à  l’autre  pendant,  la  marche  de  l’ani¬ 
mal,  elles  finissent  par  retomber  sur  le  côté  comme  une 
poche  vide  et  fiasque. 

Le  pelage  est  généralement  d’un  brun  foncé,  il  devient 
d’une  couleur  plus  rousse  en  été.  Des  poils  laineux  plus 
longs  forment  comme  une  crinière  sur  le  cou,  ornent  le 


ils  s’enfuient  à  toute  vitesse,  malgré  les  efforts  de  leurs 
conducteurs.  Ceux  d’Asie  sont  quelquefois  attaqués  par 
les  loups;  ils  sont  alors  très  maladroits  à  se  défendre,  et 
au  lieu  ;de  ruer  et  de  mordre  comme  ils  font  quelque¬ 
fois,  ils  se  bornent  à  ruer  et  à  cracher. 

Les  chameaux  de  Bactriane  se  trouvent  en  Tartarie,  en 
Mongolie,  en  Chine  et  en  Perse;  les  caravanes  voyagent 
dans  toutes  ces  contrées,  allant  de  l’Inde  à  la  Sibérie,  de 
la  Russie  à  la  Chine.  Non  seulement  on  les  emploie  pour 
les  transports  commerciaux,  mais  on  les  utilise  encore, 
et  déjà  dans  l’antiquité,  pour  l’art  militaire.  En  Perse, 
notamment,  les  chameaux  sont  enrégimentés  et  équipés 
en  conséquence.  Si  les  plus  beaux  de  ces  animaux  appar¬ 
tiennent  aux  princes  et  aux  riches  marchands,  d’autres 


Le  Chameau  â  deux  bosses,  d’après  une  vieille  gravure  du  xvnc  siècle. 


sommet  du  crâne  et  une  partie  du  poitrail,  des  bosses  et 
de  la  queue.  Ce  sont  ces  animaux  qui,  en  files  intermi¬ 
nables,  viennent  de  l’Asie  en  Syrie,  offrant  un  contraste 
saisissant  avec  les  maigres  et  glabres  dromadaires  de 
l’Afrique.  Le  Chameau  de  Bactriane  rend  aux  Asiatiques 
les  mêmes  services  que  le  chameau  dromadaire  rend  aux 
Africains;  ce  dernier,  cependant,  subit  la  souffrance 
dans  les  sables  brûlants,  l’autre  traverse  les  tourmentes 
de  neige  des  régions  glacées  du  Plateau  central.  On  le 
protège  un  peu  à  l’aide  d’épaisses  couvertures,  mais  la 
pitance  est  souvent  bien  maigre.  Il  aime  à  manger  le 
Badaigana  des  Mongols,  le  Poireau,  l’Absinthe,  le  Saxoul. 
Quand  la  faim  est  pressante,  il  se  contente  de  vieille 
paille,  de  débris  d’os,  de  cuir  de  harnais.  On  en  a  vu  se 
nourrir  de  poisson  et  de  viande.  Pour  digérer  ces  ali¬ 
ments  variés,  le  chameau  semble  exiger  quelques  assai¬ 
sonnements,  il  recherche  avidement  les  efflorescences 
de  sel  et  de  salpêtre  que  les  Mongols  nomment  Gadsckyr, 
et  s’il  en  est  privé  quelque  temps,  il  ne  tarde  pas  à 
dépérir. 

Le  caractère  des  chameaux  ne  diffère  pas  sensible¬ 
ment  de  celui  des  dromadaires.  Ce  sont  des  animaux 
d’une  intelligence  médiocre,  souvent  ombrageux,  s’effa¬ 
rouchant  à  la  vue  d’un  objet  insolite;  pris  de  panique, 


sont  la  monture  des  derviches  mendiants  et  des  diseurs 
de  bonne  aventure. 

Le  dromadaire,  Camelus  dromeclarius,  habite  actuel¬ 
lement  l’Afrique,  mais  de  nombreux  essais  d’acclima¬ 
tation,  souvent  heureux,  ont  été  faits  dans  différentes 
directions.  En  Europe;  une  chamellerie  fut  fondée  en 
1622  par  Ferdinand  de  Médicis  à  Drossore,  près  de  Pise. 
Là  vivent  ordinairement  une  centaine  de  dromadaires, 
dont  quelques-uns  sont  expédiés  dans  les  principales 
ménageries.  En  Espagne,  le  chameau  s’acclimate  assez 
bien  ;  on  en  peut  voir  quelques  individus  qui  sont  élevés 
au  jardin  royal  d’Arranjuez. 

11  y  a  environ  un  siècle,  une  importation  de  droma¬ 
daires  des  Canaries  fut  faite  en  Bolivie  pour  l’essai  d’un 
service  de  transports  entre  Cobija  et  Calama,  et  plus 
loin  vers  le  Nord,  mais  ces  dromadaires  souffrirent  de  lîi 
nature  du  sol.  Le  sable  à  grains  anguleux  et  les  pierres 
pointues  leur  déchiraient  les  pieds  et  les  rendaient  inca¬ 
pables  d’aucun  trajet  de  longue  durée.  On  sait,  en  effet, 
que  l’ossature  du  pied  du  chameau,  très  grêle,  relati¬ 
vement  au  volume  de  l’organe  dont  l’extrémité  est  indi¬ 
quée  par  deux  ongles  silués  en  avant,  est  protégée  en 
dessus  par  une  masse  large  et  épaisse,  d’un  tissu  cellu¬ 
laire  adipeux  qui  constitue  la  plante  du  pied.  Cette 


LE  NATURALISTE 


43 


semelle,  admirablement  constituée  pour  la  marche  dan 
les  sables  fins,  est  facilement  déchirée  par  le  sol  rocail¬ 
leux.  Toutefois,  le  climat  de  la  partie  centrale  de  l’Amé¬ 
rique  du  Sud  ne  semble  pas  néfaste  pour  le  dromadaire 
qui,  parqué  sur  une  terre  convenable,  se  reproduit  et 
s’élève  bien.  On  le  trouve  aussi  au  Texas  et  à  Cuba. 

D’autres  importations  de  dromadaires  ont  été  faites, 
il  réussit  en  Australie.  Cependant,  la  région  où  sa  pré¬ 
sence  domine  est  l’Afrique  nord-orientale. 

Les  Arabes  en  connaissent  une  vingtaine  d’espèces,  ou 
plus  exactement  de  variétés  ;  la  couleur  des  dromadaires 
est  assez  voisine  de  celle  du  sable,  mais  quelques  indi¬ 
vidus  sont  bruns,  d’autres  gris,  d’autres  noirs.  Ces  der¬ 
niers  sont  extrêmement,  rares,  parce  que  la  plupart  du 
temps,  les  propriétaires  les  font  abattre  dès  qu’ils  sont 
bons  à  manger.  Les  dromadaires  à  pelage  moucheté 
sont  rares  pour  la  même  raison;  on  ne  laisse  croître  que 
c  eux  qui  ont  les  extrémités  de  couleur  très  claire.  Il  est 
certain  que  cette  ^élection  a  d.ù,  dans  la  suite  des  temps, 
faire  disparaître  des  animaux  qui  auraient,  constitué  des 
races  qualifiables.  Peut-être  même  certains  dromadaires 
comme  le  chameau-léopard,  que  les  auteurs  anciens  ont 
distingué  de  la  girafe  et  dont  le  pelage  était  zébré,  a-t-il 
diparu  de  cette  façon. 

Les  dromadaires  employés  par  les  Arabes  peuvent  être 
classés  en  deux  groupes.  Les  uns  sont  des  bêtes  de 
selle,  qui  servent  pour  le  voyage  et  que  l’on  charge  peu. 
Les  Hecljins  ou  chameaux  de  pèlerins,  moins  rapides, 
moins  entraînés  que  les  Méharis ,  ont  une  allure  moyenne 
de  trente  à  quarante  kilomètres  par  jour.  Les  meilleurs 
peuvent  aller  du  Caire  à  Alexandrie,  c’est-à-dire  fran¬ 
chir  une  distance  d’environ  vingt-cinq  milles  en  douze 
heures,  d’une  seule  traite.  Ordinairement,  ils  marchent 
pendant  seize  heures  par  jour,  un  repos  est  laissé  vers 
midi. 

Les  dromadaires  du  second  groupe  sont  des  animaux 
de  charge  et  de  trait,  capables  de  porter  en  moyenne 
cent  cinquante  kilos.  On  peut  les  charger  davantage  pour 
un  court  trajet.  Leur  valeur  marchande  est  de  beaucoup 
inférieure  à  celle  des  Hecljins.  Tandis  que  ces  derniers 
se  payent  de  deux  cent  cinquante  à  quatre  cents  francs, 
les  autres  ne  valent  que  cent  ou  cent  cinquante  francs. 

Le  caractère  de  ces  animaux  s’assouplit  par  l’éduca¬ 
tion  ;  timides,  en  général,  stupides,  avec  des  accès  de 
colère  qui  les  rendent  dangereux,  ils  prennent,  dans  les 
villes,  l'habitude  d’une  plus  complète  obéissance  que 
lorsqu’ils  sont  seulement  au  service  des  caravanes,  et 
perdent  la  fâcheuse  habitude  de  se  servir  des  canines 
qu’ils  portent  aussi  bien  à  la  mâchoire  supérieure  qu'à 
la  mâchoire  inférieure.  La  distribution  de  ces  canines 
est  spéciale  aux  Camélidés.  Les  traits  généraux  de  l’or¬ 
ganisation  sont  les  mêmes  chez  les  chameaux  de  Bac- 
triane  et  chez  les  dromadaires.  L’un  est  plus  spéciale¬ 
ment  groupé  en  Asie,  l’autre  plus  spécialement  en 
Afrique.  Les  uns  et  les  autres  se  rencontrent  dans  les 
régions  limitrophes  de  ces  deux  continents,  et  si  on 
compare  les  animaux  de  la  région  nord-orientale  à  ceux 
de  la  zone  intertropicale,  on  est  tenté  de  considérer  le 
dromadaire  d’Afrique  comme  un  type  dégénéré  du  Came- 
lidé  d’Asie.  Les  chameaux  qui,  de  l’Asie  tempérée, 
viennent  à  Smyrne  en  caravanes,  qui  arrivent  de  la 
vallée  de  l’Euphrate  par  Alep,  de  l’Arménie  par  Asium- 
Kara-Husar,  de  l’Asie  centrale  par  Diarbekir  sont  des 
animaux  de  grande  taille,  plus  forts  et  plus  robustes 
que  ceux  de  la  Syrie  et  de  l’Algérie.  Au  lieu  de  présenter 


un  pelage  ras  et  usé,  ils  portent  de  longs  poils  soyeux. 
On  pourrait  objecter  que  l’on  a  coutume  en  Afrique  de 
passer  à  la  flamme  le  corps  du  dromadaire,  de  l’enduire 
de  graisse  et  d’huile  rance  pour  éloigner  les  mouches, 
et  de  lui  donner  ainsi  un  aspect  désagréable,  mais  l’as¬ 
pect  n’est  guère  plus  séduisant  quand  ces  pratiques  sont 
négligées. 

Si  l’on  admet  la  parenté  des  deux  variétés,  la  discus¬ 
sion  reste  ouverte  sur  un  autre  point.  Les  importations 
ont-elles  été  faites  de  l’Afrique  vers  l’Orient,  ou  bien 
le  chameau  d’Asie  a-t-il  peuplé  d'une  descendance  mo¬ 
difiée  la  région  intertropicale  de  l’Occident  ’  La  ques¬ 
tion,  qui  paraît  simple  au  premier  abord,  ne  laisse  pas 
que  d’être  embarrassante  si  l’on  tient  compte  non  seu¬ 
lement  des  documents  historiques,  mais  encore  des 
restes  paléontologiques  actuellement  découverts. 

Les  importations  dont  l’archéologie  et  l’histoire  an¬ 
cienne  offrent  des  témoignages  peuvent  avoir  été  précé¬ 
dées  de  mouvements  en  sens  inverses  et,  tel  territoire 
qui  au  début  des  époques  historiques  était  inhabitable 
pour  les  Chameaux,  avait  pu  être  plus  anciennement 
couvert  de  ces  mêmes  animaux,  de  telle  sorte  que  l’on 
ne  peut  prouver  l’introduction  de  l’espèce  Chameau  en 
Afrique,  on  constatant  que  les  habitants  du  Nord-Est 
africain  ne  connaissaient  pas  le  dromadaire  au  commen¬ 
cement  de  l’ère  vulgaire. 

Si  on  tient  compte  de  l'antiquité  du  peuple  Hébreu, 
de  la  connaissance  qu’il  avait  du  Chameau,  on  aura  cepen¬ 
dant  le  droit  de  penser  que  les  Hébreux  ont  pu  amener 
l’animal  de  l’Asie  en  Egypte.  Les  Hébreux  connaissaient 
le  Chameau  sous  le  nom  de  Gamel,  qui  désigne  aussi  la 
lettre  G  de  l’alphabet  hébraïque  analogue  au  gamma  des 
Grecs.  Les  Gamarantes  ne  possédaient  en  fait  de  rumi¬ 
nant  domestique  employé  aux  travaux  agricoles  d’autre 
bête  de  somme  que  le  bœuf,  les  figures  de  leurs  monu¬ 
ments  l’attestent. 

Il  faut  aussi  remarquer  que  nulle  part  en  Afrique  on 
ne  trouve  de  Chameaux  sauvages  qui  pourraient  être 
rencontrés  si  l’espèce  était  indigène.  Au  contraire,  dans 
les  hauts  plateaux  de  l’Asie  centrale,  s’il  faut  en  croire 
l'explorateur  Pjewalski,  on  trouverait  des  animaux  à  l’é¬ 
tat  sauvage  sur  les  bords  du  lac  Lob-noor.  Enfin  les  restes 
fossiles  du  Camelus  Sivalensis,  que  l’on  doit,  dans  l’état 
actuel  de  nos  connaissances,  considérer  comme  le  plus 
ancien  représentant  du  type  bactrien,  ont  été  trouvés 
dans  les  hauteurs  de  Sivalick  dans  l’ Himalaya.  Il  était 
plus  grand  que  les  individus  actuels  de  l’espèce  Camelus 
bactrianus. 

Il  semble  d’après  les  considérations  que  la  thèse  de  la 
migration  de  l’Asie  en  Afrique  soit  la  plus  soutenable, 
mais  d’autres  objections  plus  sérieuses  peuvent  être 
faites  et  nous  obligent  à  reconnaître  que  de  nouvelles 
découvertes  pourraient  modifier  ces  vues.  L’Amérique  en 
effet  ne  possède  pas  actuellement  de  Chameaux  indi¬ 
gènes,  quelques  individus  importés  y  vivent  comme  nous 
l’avons  dit,  et  cependant  l’examen  des  couches  géolo¬ 
giques  prouve  que  les  camélidés  ont  habité  le  nouveau 
monde.  Le  Pliocène  américain  donne  les  restes  d’un  Pro- 
tocamelus,  d’un  Homocamelus,  en  même  temps  que  ceux 
d’animaux  voisins  des  Lamas  ou  des  tiirales.  Les  pam¬ 
pas  de  l’Amérique  du  Sud  ont  fourni  des  vestiges  de 
Camélidés  à  long  cou.  D’où  sont  venus  <  es  . . -ame¬ 

ndes,  quelle  parenté  ont-ils  avec  le  Chameau  et  le  Dro¬ 
madaire  du  Jardin  d’acclimatation  de  Paris,  avec  ceux 
qui  voyagent  au  Maroc,  avec  ceux  qui  vivent  en  Chine? 


44 


LE  NATURALISTE 


Nous  attendrons  encore  un  peu  pour  répondre  à  ces 
questions,  et  cette  patience  sera  sage. 

Remy  Saint-Loup. 

LES  PHONOLITHES  DE  LA  HAUTE-LOIRE 


Les  phonolilhes  sont  des  roches  grisâtres  ou  verdâtres, 
compactes,  à  structure  feuilletée.  Elles  se  divisent  sou¬ 
vent  en  plaques  régulières,  aussi  minces  que  des  ar¬ 
doises  et  qu’on  appelle  Ictuzes  dans  les  régions  de  la 
France  où  l’on  trouve  ces  roches,  c’est-à-dire  en  Au¬ 
vergne  et  dans  le  Velay  (Haute-Loire).  Ces  plaques  ren¬ 
dent  au  marteau  un  son  clair  qui  a  valu  à  la  roche  son 
nom  de  phonolithe  (pierre  sonore). 

J’ai  étudié  en  1880  la  région  phonolithique  du  Velay 
et  je  me  propose  de  résumer  ici  le  résultat  de  mes  re¬ 
cherches. 

Les  phonolithes  du  Velay  couvrent  une  bande  de  ter¬ 
rain  d’environ  80  kilomètres  de  longueur  sur  4  à  0  de 
largeur.  Il  s’étend  depuis  le  Mezenc  jusqu'aux  monts 
Miaune  et  de  la  Madeleine  au  N.  de  la  Loire. 

La  montagne  de  la  Madeleine  se  trouve  près  de  Re- 
tournac.  Elle  s’élève  à  876  mètres  au-dessus  du  niveau 
de  la  mer,  l’altitude  de  la  ville  duPuy  étant  seulement 
de  625  mètres.  La  forme  est  celle  d’une  table  .reposant 
sur  une  base  assez  large  et  plane  ;  les  flancs  sont  pres¬ 
que  verticaux.  Cette  montagne  est  constituée  par  des 
prismes  verticaux  divisés  transversalement.  La  roche, 
d’une  teinte  claire,  est  en  partie  décomposée.  Sur  les 
pentes  de  la  montagne  se  trouve  un  hameau  :  le  Pédible, 
d’où  un  chemin  conduit  au  sommet  qui  porte  une  cha¬ 
pelle. 

Au  N'.-E.  du  Puy,  à  une  faible  distance  deChaspinhac,  se 
trouve  la  montagne  de  Mercosur,  entourée  par  le  village 
de  ce  nom.  On  l’appelle  aussi  le  pic  Saint-André  (792 
mètres).  La  forme  est  celle  d’un  tronc  de  cône,  à  pentes 
raides.  Elle  repose  sur  les  marnes  tertiaires.  Sa  couleur 
d’un  gris  clair  permet  de  la  reconnaître  de  loin.  Cette 
teinte  blanchâtre  est  due  â  ce  que  la  roche  est  en  partie 
décomposée.  La  montagne  présente  de  nombreuses 
fentes  transversales;  les  pentes  sont  couvertes  de  débris 
dus  aux  intempéries.  Des  plantations  s’étendent  jusque 
vers  le  sommet,  que  couronnent  des  ruines  informes, 
restes,  paraît-il,  d’une  ancienne  chapelle. 

En  allant  du  Puy  â  Issingeaux  par  la  grande  route,  on 
pénètre  à  partir  de  Saint-Hostien  dans  le  «  pays  phonoli¬ 
thique». Tout  près  du  village  se  trouve  le  mont  Pidgier  de 
forme  conique  (1023  mètres).  La  route  conduit  ensuite 
au  village  de  Pertuis  auprès  duquel  on  trouve  plusieurs 
sommets  phonolitliiques.  A  gauche  de  la  route  se  dresse 
le  Loségal  (1130  mètres),  ainsi  désigné  sur  la  carte  mais 
appelé  les  Eygaux  par  les  habitants  du  pays,  Jaurence 
(1189  mètres)  et  le  mont  Gros  (1178  mètres).  A  droite  on 
trouve  le  Pucic  du  Pertuis  (1100  mètres). 

Le  Loségal,  le  mont  Gros  et  Jaurence  sont  très  voisins 
l’un  de  l’autre  et  des  plantations  de  sapins  les  entou¬ 
rent.  Le  Loségal  présente  une  belle  phonolithe  brillante, 
d’un  gris  foncé  se  divisant  en  feuillets  très’minces.  On 
l’exploite  sous  le  nom  de  lauzes  pour  l’employer  en  guise 
d’ardoises. 

C’est  au  Mezenc  surtout  qu’il  faut  aller  étudier  les 
phonolithes.  En  sortant  du  village  des  Estables  le  Me¬ 
zenc  se  dresse  au-dessus  d’une  pente  douce  couverte 


de  prairies.  La  montagne  présente  deux  sommets  sépa¬ 
rés  par  une  partie  plus  basse.  Le  sommet  qu’on  voit  à  sa 
droite  est  le  plus  élevé  (1754  mètres).  A  gauche  du  Me¬ 
zenc  se  dresse  le  mont  Alambre  de  forme  mamelonnée 
et  qui  paraît  à  première  vue  plus  élevé  que  le  Mezenc  â 
cause  de  sa  proximité.  Si  l’on  tourne  le  dos  au  Mezenc, 
on  voit  s’élever  au-dessus  des  Estahles  le  rocher  Tourte 
(1836)  formé  de  prismes  verticaux  divisés  transversale¬ 
ment,  ce  qui  figure  assez  bien  l’apparence  de  galettes 
empilées. 

Le  Mezenc  fournit  diverses  variétés  de  phonolilhes  :  il 
y  a  des  phonolilhes  compactes,  d’autres  se  divisent  facile¬ 
ment  en  feuillets  très  minces  (lauzes),  d’autres  sont 
mouchetées.  Elles  présentent  des  taches  foncées  et  bril¬ 
lantes  sur  un  fond  plus  clair  et  plus  terne,  ce  qui  est  dù 
à  une  altération  superficielle  et  inégale  de  la  masse. 

Les  phonolithes  du  Velay  sont  très  réfractaires  à  l’ac¬ 
tion  des  acides.  Une  plaque  mince  a  été  placée  par  moi 
pendant  sixjours  dans  l’acide  chlorhydrique  â  froid,  puis 
trois  jours  dans  l’acide  chauffé  à  40“  sans  subir  la 
moindre  altération.  La  roche  n’a  fini  par  s'attaquer 
qu’une  fois  finement  pulvérisée. 

Les  plaques  minces  observées  au  microscope  dans  la 
lumière  polarisée  présentent  de  grands  cristaux  de  sa- 
nidine  soit  isolés,  soit  en  macles.  Us  sont  fréquemment 
zonés,  c’est-à-dire  qu’ils  sont  formés  de  couches  concen¬ 
triques.  Outre  la  sanidine  il  y  a  aussi  quelques  cristaux 
de  plagioclase.  Ce  qui  domine  avec  la  sanidine,  c’est 
l’augite.  Elle  est  d’un  vert-clair  qui  est  caractéristique 
chez  les  phonolithes.  Elle  appartient  probablement  à  la 
variété  appelée  ægyrine  qui  a  été  extraite  par  M.  Mann 
de  plusieurs  phonolithes,  en  particulier  de  celles  du  Hé- 
gau  (Allemagne).  C’est  unpyroxène  riche  en  soude  et  en 
potasse.  L’augite  de  phonolithes  du  Velay  est  souvent 
ouralitisée,  c’est-à-dire  transformée  en  hornblende;  elle 
prend  alors  une  teinte  brune.  Le  minéral  contient  aussi 
des  inclusions  de  fer  oxydulé. 

La  pâte  de  phonolithes  est  composée  de  microlithes 
de  sanidine,  d’augite  et  de  fer  oxydulé,  ceux  d’augite 
formant  des  accumulations  et  irrégulières. 

Comme  minéral  accessoire  on  trouve  aussi  quelques 
cristaux  de  sphène  qu’on  reconnaît  à  leurs  formes  poin¬ 
tues,  leur  forte  biréfringence,  ainsi  qu’à  leur  relief  et  à 
leur  aspect  chagriné.  Le  sphène  fait  partie  des  cristaux 
du  premier  temps  de  consolidation.  Je  l’ai  trouvé  dans  la 
phonolithe  de  la  Madeleine  et  dans  celle  du  Mezenc- 

La  néphéline, si  abondante  dans  certaines  plionoluass, 
est  rare  au  contraire  dans  celles  du  Velay.  On  en  cl  - 
tingue  cependant  les  rectangles  et  les  hexagones  gris- 
clair  dans  les  lauzes  du  Mezenc,  où  ils  forment  réseau 
avec  les  microlithes  d’augite.  D’ailleurs  M.  Bourgeois  a 
trouvé  dans  l'escarpement  phonolithique  de  Jacassy,  sur 
la  pente  du  Mezenc,  de  nombreux  cristaux  de  néphéline 
atteignant  T  millimètre  de  longueur.  La  néphéline  est 
également  assez  abondante  dans  les  phonolilhes  de 
Jaurence  et  du  mont  Gros. 

La  noséanc  est  commune  dans  les  phonolithes  d’Alle¬ 
magne  et  des  Canaries;  elle  se  présente  en  grands  cris¬ 
taux  hexagonaux  remplis  d’inclusions  noires  très  fines 
disposées  suivant  les  clivages.  Elle  est  rare  dans  les  pho¬ 
nolithes  du  Velay;  je  l’ai  trouvée  dans  la  roche  de  Mer- 
cœur. 

En  résumé,  les  phonolithes  de  la  Haute-Loire  sont  es¬ 
sentiellement  feldspatliiques.  Les  éléments  les  plus  im¬ 
portants  sont,  après  la  sanidine,  l’augite  et  le  fer  oxydulé  ; 


LE  NATURALISTE 


le  sphène,  la  noséanc,  la  néphéline  sont  tout  à  fait  ac¬ 
cessoires.  L’attaque  par  les  acides  est  lente  et  difficile. 
J’ai  pu  comparer,  grâce  à  l’obligeance  de  M.  Fouqué,  ces 
phonolithes  à  celles  de  la  Bohême,  qui  ont  été  décrites 
par  Boricky.  Les  roches  du  Velay  peuvent  être  placées  à 
côté  de  la  Sanidinphonolithe  de  ce  pétrographe. 

Fernand  I’riem, 
Agrégé  * 


SUR,  UN  CAS  DE  PARASITISME 

CHEZ  UNE  ASCIDIE  COMPOSÉE 


de  Batryllus  violaceus,  j’ai  trouvé 
un  petit  Crustacé  qui  était  venu  se  loger  dans  la 
cavité  branchiale  de  l’un  des  individus  de  la  colonie.  On  sait 
que  dans  le  cas  de  semblables  associations,  les  doux  individus 
peuvent  vivre  dans  une  indépendance  complète,  l’un  fournissant 
simplement  un  refuge  à  l’autre  ;  ou  bien  leurs  rapports  sont 
beaucoup  plus  intimes  :  l’un  dos  associés  pénètre  plus  ou  moins 
profondément  dans  les  tissus  de  l’autre,  les  désorganise,  se 
nourrit  à  ses  dépens,  en  un  mot  sc  comporte  en  véritable 
parasite. 

Il  m’a  paru  intéressant  d’observer  quelles  étaient  les  rela¬ 
tions  du  Crustacé  avec  le  Botrylle  qui  l’abritait.  Avais-je 
affaire  à  un  véritable  parasite  ou  à  un  simple  commensal  ?  Et 
dans  le  premier  cas,  jusqu’à  quel  degré  était  poussé  le  parasi¬ 
tisme'’  Les  séries  découpés  que  j’avais  à  ma  disposition  se 
prêtaient  d’ailleurs  très  bien  à  cette  étude. 

Le  Crustacé  occupait  la  presque  totalité  de  la  chambre  bran¬ 
chiale,  sa  face  dorsale  parallèle  à  la  face  dorsale  de  l’Ascidie, 
ses  appendices  étendus  sur  toute  la  région  endostylaire. 
Une  telle  orientation  du  parasite  chez  son  hôte  est  à  remarquer  : 
son  ouverture  buccale  placée  au-devant  de  l’cndostylc,  il  n’a¬ 
vait  qu'à  choisir  ce  qui  était  à  sa  convenance  dans  les  parti¬ 
cules  alimentaires  transportées  par  les  cils  de  ce  sillon  jusqu'à 
l’ouverture  de  l’œsophage  de  l’Ascidie.  Cette  position  était 
assurément  celle  qui  lui  permettait  de  pourvoir  le  plus  facile¬ 
ment  à  sa  subsistance. 

M.  Giard  avait  déjà  remarqué  cotte  orientation  constante  des 
petits  Crustacés  qui  vivent  dans  le  sac  branchial  des  Ascidies. 
Mais  grâce  aux  coupes  minces  pratiquées  dans  la  colonie  de 
Botrylles,  j’ai  pu  pousser  mes  observations  plus  loin  que  ne  le 
permet  un  simple  examen  par  transparence,  et  établir  que  ri¬ 
de  l’Ascidie  serait  fatalement  devenu  pour  clic  un 


certain  nombre  de 

s  l’anatomie  du  Botrylle. 

Les  parois  du  sac  branchial  étaient  refoulées  contre  celles 
du  corps  ;  dans  la  région  ventrale,  ces  parois  étaient  complète¬ 
ment  soudées  les  unes  aux  autres,  déterminant  ainsi  la  dispari¬ 
tion  d’une  partie  de  la  cavité  péri-branchiale  et  de  toutes  les 
fentes  situées  à  ce  niveau.  La  comparaison  avec  un  individu 
normal  appartenant  à  la  même  colonie  m’a  permis  d’établir  que 
cinq  rangées  de  fentes,  de  chaque  côté  de  l’rhdostyln,  avaient 
été  ainsi  oblitérées  sur  presque  toute  la  longueur  de  la  bran- 
chic.  D’ailleurs,  l’emplacement  primitif  des  fentes  disparues 
restait  indiqué  par  les  cellules  de  leurs  bords  latéraux,  qui 
avaient  conservé  leur  taille  et  leur  forme  caractéristiques. 

Cos  premières  modifications  résultaient  de  ce  que  certains 
appendices  du  Crustacé,  considérablement  développés,  s’é¬ 
taient  appliqués  contre  les  parois  de  la  branchie  et  les  avaient 
i  toutefois  sans  les  perforer  ;  de  sorte 
passage  de  l’eau  avait  été 
interrompu  par  suite  de  la  disparition  à  ce  ni¬ 
veau  de  la  cavité  péri-branchiale. 

L’cndostylc  lui-méme  n’avait  pas  été  épargné. 

Au  niveau  de  la  région  moyenne  de  la  branchie,  le  sillon  en¬ 
dostylaire  avait  été  rejeté  latéralement  et  sa  place  occupée  par  un 
volumineux  appendice  du  parasite.  En  même  temps  qu’il  était 
changé  de  position,  l’endostyle  était  également  modifié  dans  sa 
structure,  scs  cellules  étaient  considérablement  réduites  dans 
leur  longueur  et  toutes  semblables,  son  sillon  bien  moins  pro¬ 
fond,  parfois  même  à  peine  indiqué  ;  on  n’y  observait  plus  les 
cinq  bandes  de  cellules  étroites  qui  caractérisent  l’endostyle 


donc  manifestement  subi  u 
atrophie  s’étend  d’ailleurs  sur 


atrophie 


faible 


étendue  ;  je  ne  l’ai  observé  que  sur  une  vingtaine  de 


du  Crustacé  est  fortement  appliqué 
branchie;  au  delà,  les  cellules  de  l’ern 


gtame  ac  coupes 
là  où  l’appendice 


éprennent  peu  à 

peu  leurs  dimensions  et  leurs  formes  normales,  mais  le  sillon 
reste  toujours  rejeté  latéralement. 

Quant  à  la  région  dorsale  de  la  branchie,  elle  ne  présente 
aucune  modification.  De  ce  côté,  il  existe  un  certain  intervalle 
entre  ces  parois  et  délies  du  parasite,  l’eau  peut  y  circuler 
librement  ;  il  est  à  noter  toutefois  que  les  cils  vibralilcs  des 
fentes  branchiales  y  ont  pris  un  développement  plus  considé¬ 
rable,  apportant  ainsi,  par  l’exagération  de  leur  fonction,  une 
compensation  à  la  diminution  du  nombre  des  fentes  de  la  ré¬ 
gion  ventrale. 

Les  parties  qui  suivent  le  sac  branchial,  œsophage,  estomac 
et  intestin  terminal,  ont  subi  à  leur  tour  un  léger  contre-coup 
des  modifications  apportées  à  l’appareil  respiratoire. 

On  sait  que  le  tube  digestif  des  Botrylles  remonte  sous  la 
chambre  branchiale,  puis  se  recourbe  de  nouveau  pour  aller 
s’ouvrir  dans  le  cloaque,  diamétralement  opposé  à  l’ouverture 
buccale  ;  il  forme  ainsi  une  double  anse,  soutenue  par  une 
membrane  analogue  à  un  véritable  mésentère. 

Or,  chez  l’individu  dont  nous  nous  occupons,  la  deuxième 
anse  intestinale,  contiguë  à  la  portion  ventrale  de  la  branchie, 
a  été  repoussée  elle-même  dans  le  mouvement  d’extension  de 
celle-ci  et  s'est  appliquée  exactement  à  son  tour  contre  les 
parois  du  corps.  D’ailleurs,  la  structure  des  différentes  parties 
de  l’intestin  ne  présentait  aucune  anomalie  ;  ce  simple  déplace¬ 
ment  ne  parait  donc  pas  l’avoir  troublé  dans  ses  fonctions. 

En  résumé,  le  parasite  n’a  apporté  de  modifications  un  peu 
que  dans  la  portion  ventrale  du  sac  branchial  ;  la 
exercée  par  ces  membres  a  fait  disparaître  la  cavité 
péri-branchiale  sur  une  certaine  étendue,  à  droite  et  à  gauche 
de  l'endostyle  et  les  fentes  branchiales  de  cette  même  région  se 
sont  oblitérées;  celles-ci  reparaissent  à  l’extrémité  voisine  de 
l’œsophage,  où  on  les  observe  en  petit  nombre  et  très  rappro¬ 
chées  les  unes  des  autres.  L’endostyle  rejeté  latéralement  a 
été  modifié  dans  sa  structure  sur  une  certaine  étendue. 

Comme  on  le  voit,  le  Botrylle  n’a  donc  pas  été  profondément 
atteint  dans  son  organisation  ;  la  branchie  était  ouverte  .i 
l’extérieur,  le  cloaque  de  même,  la  structure  de  son  appareil 
digestif  parfaitement  normale.  Tout  indique  donc  qu’il  était 
bien  vivant  au  moment  où  il  a  été  recueilli,  aussi  bien  que  ses 
voisins  de  la  même  colonie.  Jusqu’à  présent,  il  s’était  fort  bien 
accommodé  de  son  commensal,  l’un  et  l’autre  puisant  séparé¬ 
ment  leur  nourriture  à  la  même  source,  c’est-à-dire  dans  l’eau 
de  la  cavité  branchiale. 

Depuis  combien  de  temps  durait  cette  cohabitation  ? 

Etant  donnée  d'une  part  l’étroitesse  de  l’ouverture  branchiale 
externe  et  de  l’autre  la  taille  considérable  du  Crustacé,  il  est 
évident,  a  priori,  que  ce  dernier  est  venu  se  réfugier  chez  le 
Botrylle  dans  son  extrême  jeunesse,  peut-être  même  encore  à 
l’état  d’œuf.  Cette  dernière  hypothèse  est  pour  moi  la  certitude. 
En  effet,  le  parasite,  qui  est  une  femelle,  a  été  surpris  au 
moment  de  sa  ponte,  j’ai  observé,  en  outre  de  ses  deux  ovaires 
assez  volumineux,  un  certain  nombre  d’œufs  qui  en  avaient  été 
rejetés  et  s’étaient  logés  au  fond  de  la  chambre  branchiale  ; 
leur  diamètre  était  sensiblement  celui  de  l’ouverture  do  la  bran¬ 
chie,  mais  supérieur  à  la  largeur  des  fentes.  Il  est  donc  de 
toute  évidence  que  le  Crustacé,  encore  à  l’état  d’œuf,  a  été 
amené  dans  la  cavité  respiratoire  par  l’eau  qui  y  pénétrait  et 
que  l’étroitesse  des  fentes  branchiales  n'a  pu  lui  livrer  passage 


Dans  cet  asile  que  le  hasard  lui  avait  donné,  l’œuf  s’est  déve¬ 
loppé  libreméâl.  S’est-il  développé  normalement  ?  Je  ne  saurais 
le  dire.  Il  faudrait  pour  cela  que  j’aie  pu  déterminer  au  moins 
à  quel  genre  de  Crustacé  j’ai  eu  affaire  et  il  n’est  pas  facile  de 
reconstituer  exactement  ces  appendices  au  moyen  de 
minces  :  Je  ne  l’ai  pas  essayé,  bien  qu’il  eut  été  . 
intéressant  de  rechercher,  comme  je  l’ai  fait  pour  le.  Botrylle, 
dans  quelle  mesure  ses  nouvelles  conditions  d’existence 
avaient  influé  sur  son  organisation.  Ce  que  j’ai  observé,  c’est 
que  le  Crustacé  vivait  tout  à  fait  indépendant  dans  la  branchie 
de  l’Ascidie,  avec  ses  organes  propres.  11  est  à  prévoir  néan¬ 
moins  qu'ils  n’auraient  pas  vécu  encore  longtemps  en  bonne 
intelligence,  la  lutte  était  même  déjà  entamée.'  En  effet,  le  Crus¬ 
tacé  développé  au  point  de  remplir  tout  le  sac  branchial,  scs 
appendices  refoulant  déjà  les  parois  de  ce  sac  dans  la  région 
ventrale  et  à  la  veille  de  pénétrer  dans  ces  parois  mêmes, 
c’était  bien  le  commencement  du  combat,  provoqué  par  les 
exigences  duc" 


46 


LE  NATURALISTE 


L’Ascidie  ne  paraissait  pas  en  avoir  beaucoup  souffert  jusqu’à 
présent,  il  lui  restait  un  nombre  suffisant  de  fentes  branchiales. 
Mais  les  modifications  qu’elle  avait  subies,  si  légères  qu’elles 
fussent,  suffisaient  à  dénoter  sa  faiblesse  vis-à-vis  son  adver¬ 
saire  ;  trop  étroite  désormais  pour  le  contenir,  elle  n’aurait  pas 
tardé  à  succomber  sous  les  coups  de  son  commensal,  longtemps 
inoffensif,  devenu  fatalement  son 


LES  PHOSPHATIÈRES  D'HARDIVILLERS ,  Oise 


J’ai  dirigé  l’une  des  dernières  excursions  géologiques 
u  Muséum  dans  une  localité  tout  spécialement  intéres- 
mte  :  Hârdivillers,  où  l’on  a  découvert  de  précieux  gise- 


Fig.  1.  —  Vue  d’e 

une  photographie  prise  par  M.  H.  Boursault 
du  Muséum  d’histoire  naturelle. 

ments  de  chaux  phosphatée  fort  analogues  à  ceux  de 
Beauval,  près  de  Doullens  (Somme)  dont  on  a  eu  la  des¬ 
cription  ici  même  il  y  a  quelques  années.  L’un  de  mes 
compagnons,  déjà  bien  connu  de  nos  lecteurs,  M.  H.  Bour¬ 
sault,  a  pris  au  cours  de  l’excursion  plusieurs  belles  pho¬ 
tographies  d’après  lesquelles  ont  été  gravées  les  illustra¬ 
tions  qui  accompagnent  cet  article. 

Comme  on  le  voit  par  la  figure  1  qui  est  une  vue  d’en¬ 
semble,  l’exploitation  a  des  dimensions  considérables  : 


la  tranchée  a  14  mètres  de  profondeur  et  le  développe¬ 
ment  des  travaux  dépasse  plusieurs  kilomètres.  Le  sol 
est  constitué  par  la  craie  blanche  et  les  fossiles  qu’on  y 
recueille,  parmi  lesquels  prédomine  la  Belemnitella  qua- 
drata,  montre  qu’on  est  à  l’horizon  géologique  auquel 
Alcide  d’Orbigny  donnait  le  nom  de  terrain  sénonien. 
C’est  sensiblement  le  même  niveau  qu’à  Beauval  qui  est 
plus  ancien  que  la  craie,  également  phosphatée,  exploi¬ 
tée  autour  de  Mons  en  Belgique  et  spécialement  à  Mesvin 
et  à  Ciply  depuis  les  beaux  travaux  de  M.  Cornet,  le  géo¬ 
logue  belge  bien  connu. 

A  Hârdivillers  le  phosphate  de  chaux,  qui  est  exploité 
très  activement  et  qui  produit  des  bénéfices  énormes, 
affecte  une  allure  qui  se  trouve  être  identique  dans  ses 
traits  génér'aux  avec  la  manière  d’être  de  la  même  subs¬ 
tance  àj Beauval  et  en  Belgique,  où  j’ai 
eu  la  bonne  fortune  de  faire  une  ex¬ 
cursion  il  y  a  quelques  années  en 
■compagnie  de  M.  Cornet. 

Dans  l’Oise  comme  en  Picardie,  com¬ 
me  aux  environs  de  Mons,  et  bien  que 
la  surface  du  sol  soit  sensiblement 
horizontale,  la  craie,  recouverte  par 
des  dépôts  plus  récents,  est  ravinée 
profondément  et  c’est  dans  des  poches 
irrégulièrement  distribuées  que  le 
phosphate,  sableux  et  jaunâtre,  est  ac¬ 
cumulé. 

Les  poches,  dont  un  type  est  re¬ 
présenté  dans  la  figure  2,  sont  de  di¬ 
mensions  diverses  depuis  quelques 
décimètres  jusqu’à  plusieurs  mètres. 
Leur  forme  varie  également.  Dans  une 
exploitation  on  en  a  trouvé  deux,  en 
cônes  renversés  de  3  à  4  mètres  de 
diamètre,  séparées  seulement  par  20  à 
25  centimètres  de  craie. 

La  partie  interne  des  poches  est  po¬ 
lie  comme  celle  des  marmites  et  de 
beaucoup  de  puits  naturels  ;  témoi¬ 
gnant  ainsi  d’une  dissolution  lente  de 
la  roche  calcaire  par  un  liquide  corro¬ 
sif  qui  ne  pouvait  être  d’ailleurs  que  de 
l’eau  chargée  d’acide  carbonique. 

Les  matériaux  qui  remplissent  les 
cavités  de  la  craie  y  sont  strictement 
ordonnés  :  sur  la  roche  secondaire  est 
disposé  un  revêtement  parfois  fort 
épais  de  phosphate  de  chaux.  A  l’inté¬ 
rieur  de  la  gaine  phosphatée,  dont  la 
surface  supérieure  quoique  moins  ac¬ 
cidentée  est  déprimée  en  cuvette  com- 

d’Hardivillers  (Oise).  -  D’après  me  celle  d,e  la  C'aie’  SC  t'°“Ve  de 
!  cours  do  l’excursion  publique  ''argile.  Celle-ci  coloree  par  le  fer  ren¬ 
ferme  parfois  à  son  contact  avec  le 
sable  de  phosphorite,  une  quantité  de 
phosphate  pouvant  aller,  m’a-t-on  dit,  jusqu’à  30  0/0.  On 
y  voit  aussi  des  mouches  d’acerdèse  (oxyde  hydraté  de 
manganèse)  faisant  ressortir  très  nettement  la  forme  de 
la  surface  de  fonction.  Cette  argile  qui  rappelle  la  litho- 
inarge  et  qu'on  ne  distinguerait  pas  du  remplissage  de 
portion  étroite  de  tous  les  puits  naturels,  constitue  à 
son  tour  comme  une  cuvette,  moins  concave  que  les 
précédentes,  emboîtée  dans  le  phosphate  qui  est  lui- 
même  emboîté  dans  la  craie.  Par-dessus  se  montre  la 


LE  NATURALISTE 


il 


vraie  argile  à  silex  ou  bief  (le  Picardie,  qui,  comme  on 
l’a  dit  plus  haut,  a  nivelé  à  peu  près  les  irrégularités  des 
masses  sous-jacentes  et  qui  supporte  les  limons  superfi¬ 
ciels  et  la  terre  végétale. 

En  certains  points  l’épaisseur  superposée  à  la  craie, 
dans  l’axe  des  puits,  atteint  14  m.  50. 

On  croit  d’après  cette  constitution  qu’une  coupe  hori- 


masses  considérables  de  poissons  morts  dont  la  substance 
organique  et  azotée  s’incorpore  dans  les  limons. 

J’ajouterai  que  l’examen  microscopique  des  grains 
phosphatés  montre  que  ceux-ci  ont  certainement  passé 
par  l’état  de  dissolution  dans  la  masse  même  de  la  roche  : 
A  Giply  en  effet,  et  beaucoup  plus  encore  à  Beauval  et  à 
Hardivillers,  ces  grains (fig.  3)  reproduisent  fréquemment 


zontale  menée  à  une  hauteur  convena¬ 
ble  dans  le  dépôt  donnera,  à  l’intérieur 
de  la  paroi  crayeuse,  une  manche  de 
phosphate,  enveloppant  comme  un  axe 
argileux.  C’est  rigoureusement  ce  que 
fournit  l’examen  des  poches  des  envi¬ 
rons  de  Mons.  J’ai  dit  que  l’argile  peut, 
vers  sa  partie  marginale,  contenir  une 
proportion  notable  de  phosphate:  la 
craie  excavée  est  toute  remplie  de  pe¬ 
tits  grains  de  même  nature  et  à  cet 
égard  elle  se  .  rapproche  de  la  craie 
brune  de  Ciply  quoique  avec  moins  de 
richesse,  à  en  juger  du  moins  par  les 
échantillons  que  j’ai  recueillis  dans  les 
diverses  localités.  Mais  tandis  que  l’ar¬ 
gile  a  acquis  le  phosphate  en  se  dépo¬ 
sant,  la  craie  au  contraire  est  la  source 
même  du  minéral  aujourd’hui  exploité. 

Il  est  parfaitement  certain  en  effet 
que  le  phosphate  est  accumulé  dans 
les  puits  de  la  craie  au  fur  et  à  me¬ 
sure  du  creusement  de  ceux-ci  sous 
l’influence  des  agents  de  corrosion. 

Cette  origine,  par  voie  de  dénudation 
subaérienne  est  identique  à  celle  qu’il 
faut  attribuer  aussi  à  l’argile  à  silex 
et  ne  suppose  aucune  réaction  diffé¬ 
rente  de  celles  dont  nous  sommes  té¬ 
moins  tous  les  jours. 

A  cet  égard  il  semble  bien,  établi 
que  les  masses  crayeuses  non  phos¬ 
phatées  et  riches  en  silex  d’où  dérive 
le  bief  étaient  à  Beauval  originairement 
superposées  aux  couches  crayeuses 
phosphatées.  La  dénudation  par  infiltra¬ 
tion  descendante  d’eaux  carboniquées 
s’est  d’abord  exercée  à  leurs  dépens; 
puis  les  couches  phosphatées  ont  été 
attaquées  à  leur  tour  ' et  le  phosphate 
est  resté  en  résidu  après  la  destruction 
du  calcaire,  comme  précédent  l’argile 
à  silex.  Et  c’est  comme  conséquence 
de  cette  corrosion  successive  que  se 
comprend  le  glissement  du  cylindre  argileux  dans  l’axe 
des  puits  à  phosphate  :  comme  se  comprend  celui  des 
lits  de  cailloux  diluviens  dans  l’axe  des  puits  naturels 
du  calcaire  grossier  d’Ivry. 

Reste  à  savoir  comment  le  phosphate  a  été  amené  dans 
le  craie.  Dans  une  publication  remarquée  (1),  M.  Cornet 
a  émis  l’idée  que  le  phosphate  renfermé  dans  la  craie 
brune  de  Ciply  est  d’origine  organique  «  comme  le 
prouve,  ajoute-t-il,  la  forte  proportion  de  matière  orga¬ 
nique  azotée  qu’il  renferme  ».  Et  l’éminent  géologue  cite 
à  l’appui  de  cette  opinion  le  fait  actuel  de  l’accumula¬ 
tion  périodique  sur  la  côte  méridionale  de  l’Arabie  do 


Fig.  2.  —  Vue  du 
-,  Hardivillers.  — ■'  11 


o/  the  Geo 


t'y  of  , 


ic  poche  de  sable  phosphaté  pénétrant  dans  la  ci 
apres  une  photographie  prise  par  M.  H.  Boursault  durant  une 
ue  du  Muséum  d’histoire  naturelle. 

les  formes  les  plus  caractéristiques  des  produits  concrê- 
tionnés  et  en  particulier  des  silex  :  ce  sont  souvent  des 
globules  presque  parfaits,  à  surface  lisse,  parfois  gémi¬ 
nés  ou  accouplés  deux  à  deux  ou  en  plus  grand  nombre 
en  forme  de  gourdes,  parfois  pourvus  d’une  petite  queue 
comme  des  larmes  où  l’on  pourrait  être  tenté  de  voir  des 
tests  de  foraminifères. 

D’ailleurs  le  phosphate  d’Hardivillers  et  de  Beauval 
diffère  de  celui  de  Mons  par  l’absence  presque  complète 
de  fragments  de  coquilles  très  nombreuses  au  contraire 
dans  le  dernier.  Je  n’ai  pu  pousser  très  loin  l’étude  stra- 
tigraphique,  mais  il  est  évident  que  la  craie  phosphatée  de 
Picardie  est  notablement  plus  ancienne  que  la  craie  phos¬ 
phatée  de  Belgique.  Celle-ci,  d’après  M.  Cornet,  est  plus 


48 


LE  NATURALISTE 


récente  que  la  craie  de  Spiennes  reposant  elle-même  sur 
la  craie  de  Nouvelles  qu’il  synchronise  avec  nos  couches 
de  Meudon.  Or  à  Beauval  abonde  Belemnitella  quadrata 
c’est-à-dire  un  fossile  antérieur  à  B.  mucronata  et  qui  ne 
se  montre  qu’au  niveau  de  Beynes.  Du  reste  tandis  que 


Fig.  3.  —  Grains  phosphatés  d’Hardivillers  vu  au  microscope. 
Grossissement  de  60  diamètres. 


la  craie  de  Ciply  est  toute  pétrie  de  fossiles,  celle  de 
Beauval  n’en  montre  qu’en  nombre  très  restreint. 

Le  gisement  des  phosphates  de  la  Somme  paraît  jus¬ 
qu’ici  peu  étendu  en  surface  (1).  C’est  à  Orville,  où  la 
substance  précieuse  est  à  50  centimètres  du  sol  que  la 
première  trouvaille  a  été  faite;  Terramesnil  et  Candâs  en 
possèdent  aussi.  Le  tout  est  réparti  sur  une  zone  allon¬ 
gée  de  l’est  à  l’ouest  sur  une  dizaine  de  kilomètres  et 
en  mesurant  3  ou  4  du  nord  au  sud.  Mais  il  est  possible 
que  de  nouvelles  découvertes  viennent  étendre  la  surface 
exploitable. 

L’étude  des  gisements  phosphatés  de  Mesvin-Ciply,  de 
Beauval  et  d’Hardivillers  conduit  à  se  faire  une  opinion 
sur  leur  mode  de  formation. 

M.  de  Mercey  a  émis  (2),  quant  à  l’origine  et  au  mode  de 
formation  du  minéral  exploité,  une  manière  de  voir  qui 
semble  ne  pas  cadrer  avec  les  faits  d’observation.  Elle 
consiste  à  croire  que  «  les  couches  ont  d’abord  rempli 
«  tout  le  bassin  en  se  déposant  à  l’état  de  craie  phos- 
«  phatée  »  et  que  le  phosphate  y  a  été  apporté  par  des 
sources  minérales  «  sous-marines  littorales  »  qui  dans 
leur  dernier  fonctionnement  ont  creusé  de  bas  en  haut 
dans  la  craie  des  excavations  coniques. 

L’étude  très  détaillée  de  Beauval,  rapprochée  de  celle 
de  plusieurs  autres  localités  où  des  conditions  analogues 
sont  réalisées,  m’a  conduit  à  considérer  le  phosphate 
de  chaux  comme  dù  à  des  circonstances  tout  à  fait  diffé¬ 
rentes. 

Une  fois  qu’on  a  constaté  la  présence  dans  la  craie  de 
petits  granules  phosphatés  identiques  à  ceux  dont  la  réu¬ 
nion  constitue  le  sable  exploité,  il  y  a  lieu  évidemment 


I  Voyez  I'"  intéressantes  études  de  M.  Lasne  sur  ces  gise¬ 
ments  et  sur  la  composition  du  phosphate  qui  fournit  à  l’ana¬ 
lyse  les  mêmes  résultats  que  l’apatite. 

(2)  Comptes  rendus,  t.  CV,  p.  1135. 


de  rechercher  comment  s’estfaite  leur  concentration  dans 
les  poches  de  la  craie.  A  cet  égard,  M.  de  Mercey  préfère 
a  1  opinion  d’après  laquelle  les  amas  dont  il  s’agit  résul¬ 
tent  d’une  dénudation  de  la  roche  encaissante  (1),  une 
objection  dont  j’avoue  ne  pas  ainsi  saisir  l’importance  : 
«  A  Mesvin-Ciply,  dit-il,  le  dépôt  recouvrant  immédia¬ 
tement  le  phosphate  riche  était  du  sable  landénien  ;  à 
Beauval,  c’était  du  bief  à  silex  oligorène.  Il  eût  fallu 
attribuer  une  même  action  à  chacun  de  ces  dépôts  si 
différents  et  il  n’était  pas  possible  de  faire  intervenir 
une  altération  quaternaire.  » 

Cependant  une  notion  qui  semble  absolument  indiscu¬ 
table,  c’est  que  le  sable  de  phosphate  représente  un 
résidu  de  dissolution  de  la  craie  :  qu’on  prenne  de  la 
craie  de  Ciply  ou  de  la  craie  de  Beauval,  il  sera  facile, 
par  l’eau  très  faiblement  aiguisée  d’acide  chlorhydrique 
ou  même  avec  de  l’eau  de  seltz,  d’en  séparer  des  grains 
identiques  à  ceux  que  recherchent  les  exploitants. 

C’est  un  résultat  analogue  comme  on  voit  à  celui  qui 
permet  de  fabriquer  artificiellement  de  l’argile  à  silex 
avec  de  la  craie  de  Meudon  ou  de  Beynes  et  la  ressem¬ 
blance  est  même  si  forte  qu’on  peut  voir  à  Beauval  dans 
le  sable  phosphaté  le  résultat  de  l’action  même  qui,  un 
peu  auparavant,  aux  dépens  d’assises  supérieures,  main¬ 
tenant  complètement  privées  d’éléments  calcaires,  avait 
déterminé  la  production  du  bief  lui-même.  De  sorte  que 
l’on  pourrait  mettre  en  face  l’une  de  l’autre  deux  coupes 
figurant  l’état  du  sol,  la  première  antérieurement  à  cette 
dénudation  lente,  et  la  seconde  dans  son  état  actuel.  ' 
La  première  donnerait  : 


2°  Grande  épaisseur  de  craie  argileuse  avec  silex. 

1°  Craie  à  Belemnitella  quadrata  renfermant  de  très 
petits  grains  phosphatés. 


La  seconde  : 


C.  Faible  épaisseur  d’argile  à  silex  représentant  le 
résidu  de  la  dissolution  de  la  formation  2°  de  la 
coupe  précédent. 


B.  Lit  de  grains  phosphatés  représentant  le  résidu  de 
la  dissolution  des  parties  supérieures  de  la  forma¬ 
tion  1“. 


A.  Craie  identique  à  1°  de  la  première  coupe  mais 
ravinée  à  sa  partie  supérieure  et  creusée  de  poches 
doublées  des  assises  B  et  C  qui  y  ont  pénétré 
concentriquement  par  glissement. 


Et  pour  le  dire  en  passant,  c’est' un  exemple  du  ser¬ 
vice  que  l’examen  des  couches  relativement  insolubles 
faisant  partie  des  terrains  stratifiés  peut  rendre  au  géo¬ 
logue  en  lui  révélant  la  nature  continentale  de  certains 
dépôts  et  l'existence  antérieure  de  masses  partiellement 
solubles  et  maintenant  disparues.  Les  applications  de 
ces  remarques  seront,  certainement  nombreuses  et 
fécondes. 

On  pourrait  penser,  et  on  a  dit  quelquefois,  que  la 


fl)  Au  conu-airc  cette  opinion  est  admise  par  plusieurs  géo 
logucs  et  spécialement  par  M.  Albert  Bor  dans  son  intéres¬ 
sante  note  sur  les  phosphates  de  Beauval  présentée,  en  1817,  à  la 
Société  industrielle  d’Amiens. 


LE  NATURALISTE 


49 


dénudation  souterraine  dont  il  s’agit,  tout  à  fait  distincte 
de  l’apport  même  du  phosphate,  résulte  d’eaux  émanant 
de  la  profondeur;  on  a  même  été  jusqu’à  donner  à  ce 
liquide  une  allure  tourbillonnante.  Ici  encore  l’observa¬ 
tion  et  l’expérimentation  peuvent  être  substituées  aux 
suppositions  et  fournir  des  données  positives. 

(A  suivre.)  Stanislas  Meunier. 


LES  MICROBES  1 

Le  vent  est  aux  microbes!  on  en  voit  partout.  Il  n'est 
pas  une  des  affections  dont  souffre  la  pauvre  humanité, 
qui  ne  reconnaisse,  à  tort  ou  à  raison  pour  cause,  un  mi¬ 
crobe.  La  rage,  la  fièvre  intermittente,  le  choléra,  la 
pneumonie,  le  tétanos,  etc.,  sont  d’origine  microbienne. 
Aussi  la  nouvelle  édition  de  l’ouvrage  du  Dr  Troussard 
sera-t-elle  certainement  la  bienvenue. 

Le  mot  Microbe,  qui  n’est  peut-être  pas  d’une  correc¬ 
tion  parfaite  —  car  les  êtres  auxquelles  on  l’attribue  sont 
caractérisés  par  une  puissance  de  vie  vraiment  extraordi¬ 
naire  —  proposé  par  l’illustre  Sédillot,  a  tout  au  moins  le 
mérite  de  ne  rien  préjuger  quant  à  la  nature  animale  ou 
végétale  des  productions  auxquelles  il  s'applique.  On  y 
fait  rentrer  en  effet  des  Bactériacées  tout  aussi  bien 
que  des  Sporozoaires. 

L’auteur,  après  avoir  consacré  quelques  pages  à  des 
généralités  sur  les  champignons,  étudie  plus  particuliè¬ 
rement  les  espèces,  encore  peu  connues  dans  leur  évolu¬ 
tion,  qui  vivent  en  parasites  sur  la  peau  et  les  muqueuses 
de  l’homme  et  des  animaux.  Eu  premier  lieu  viennent  les 
Teignes,  maladies  éminemment  contagieuses,  grâce  à  la 
facilité  de  dissémination  des  spores  des  champignons 
qui  en  sont  la  cause.  La  teigne  faveuse  attribuée  à  l’.lcào- 
rion  Schœnleinii,  la  Teigne  tondante  ( Trichophyton  tonsu- 
rans),  fort  voisines  l’une  de  l’autre,  paraissent  appartenir 
à  la  même  classe  que  les  Oidium,  c’est-à-dire  à  des  formes 
de  champignons  plus  élevés  en  organisation  dont  le  dé¬ 
veloppement  n’a  pas  encore  été  suivi.  Le  Microsporon 
furfur,  la  crasse  parasitaire,  rapportée  au  nouveau  genre 
Malassezia  dans  un  traité  de  botanique,  qui  en  bien  des 
points  ne  paraît  pas  s’étre  tenu  au  courant  de  la  science 
actuelle,  se  différencierait  des  champignons  delà  pelade 
et  de  l’alopécie  par  la  présence  d’un  mycélium  qui  man¬ 
querait  dans  les  deux  autres.  Le  Muguet  que  MM.  Linos- 
sier  et  Roux  ont  récemment  étudié  par  le  procédé  des 
cultures,  semblerait  d’après  ces  observateurs  différent 
des  Saccharomyces  dans  lesquels  on  le  faisait  rentrer. 
Mais  de  ce  fait  qu’ils  n’ont  pas  vu  les  spores  endogènes, 
s’en  suit-il  infailliblement  que  ces  dernières  doivent  man- 

Les  principaux  ferments  sont  examinés  au  point  de  vue 
de  leur  nature  et  de  leurs  effets  qui  ne  sont  réellement 
connus  que  depuis  les  admirables  travaux  de  Pasteur 
dont  les  premiers  datent  de  1857.  Les  fermentations  ont 
lieu  sous  l’influence  d’agents  physiques  ou  chimiques  qui 
n’agissent  généralement  qu’avec  lenteur  tandis  qu’elles 
se  produisent  rapidement  au  contact  des  levures.  Les 
levures  appartiennent  au  genre  Saccharomyces,  de  l’ordre 
des  ascomycètes.  Le  Saccharomyces  ellîpsoideus  le  plus 
ordinaire  des  ferments  du  vin,  n’est  pas  le  seul  qui 


1)  Les  Microbes,  les  ferments  et  les  moisissures  par  le  Dr  E.  1.. 
Trouessard  (Biblioihèque  scientifique  internationale).  Paris, 
F.  Alcan,  1  vol.  in-S,  2ti  p.  132  f.  2"  édition. 


agisse  dans  la  fermentation  alcolique;  on  y  trouve  en¬ 
core  le  S.  Pastorianus  qui  n’en  diffère  que  par  la  forme 
de  ses  cellules,  le  S.  conglomérats.  Le  S.  apiculatus  pa¬ 
raît  très  répandu  dans  la  nature  sur  toutes  les  espèces 
de  fruits,  on  l’observe  dans  les  moûts  de  fruits  en  fer¬ 
mentation  et  dans  les  bières  de  Belgique.  Ces  levures 
passent  l’hiver  à  l’état  de  spores  dormantes  (du  moins 
le  S.  apiculatus)  et  Brefeld  les  a  retrouvées  dans  les 
excréments  des  herbivores. 

La  levure  de  Bière  ne  mérite  pas  moins  de  fixer  l’at¬ 
tention  :  c’est  le  type  des  levures,  celle  qu’on  a  le  mieux 
étudiée.  Celles  du  pain  paraissent  nombreuses.  Outre  le 
S.  Minor,  Peters  en  a  signalé  une  autre  encore  innom¬ 
mée,  trois  bactéries  et  deux  bacilles  dont  l’action  n’a  pas 
encore  été  bien  mise  en  lumière. 

Les  Microbes  Bactéries  sont  actuellement,  pour  la 
plupart  des  botanistes,  considérés  comme  des  algues. 
Leur  structure  les  rapproche  des  Phycochromacées,  des 
Qscillariées  particulièrement  auxquelles  elles  se  relient 
étroitement.  On  connaît  maintenant  des  Bactériacées 
colorées  en  vert  ce.  qui  les  rapproche  encore  des  autres 
algues  bleues  dont  elles  ne  se  distinguent  réellement 
que  par  leurs  spores  endogènes.  La  question  du  mouve¬ 
ment  des  Bactériacées  a  Soulevé  bien  des  discussions  : 
on  l’a  attribué  à  la  présence  de  cils  analogues  à  ceux 
des  zoospores,  qui  formeraient  un  organe  propulseur. 
Des  observations  bien  faites  ont  démontré  qu’il  n’en  est 
rien  et  que  le  prétendu  flagellum  est  formé  tout  simple¬ 
ment  par  la  membrane  de  la  cloison  moyenne,  gélifiée, 
qui  s’étire  et  se  rétracte  au  moment  de  la  séparation  des 
cellules.  Leur  mode  de  locomotion  ne  présente  aucun 
rapport  non  plus  avec  celui  des  flagellés  et  des  infu¬ 
soires.  Quant  à  l’hypothèse  de  M.  Zopf,  d’après  laquelle 
une  même  espèce  d’algue  se  présenterait  tantôt  sous 
forme  d’un  végétal  vivant  librement  grâce  à  son  proto- 
plasma  pourvu  de  chlorophylle,  tantôt  en  parasite  inco¬ 
lore  fonctionnant  aux  dépens  de  matières  antérieure¬ 
ment  élaborées,  il  est  inutile  de  s’y  arrêter. 

Les  Bactériacées  ont  été  réparties  en  un  certain  nom¬ 
bre  de  genres;  mais  leur  polymorphisme  doit  faire  consi¬ 
dérer  ces  genres  comme  étant  la  plupart  provisoires  ou 
artificiels.  Bien  des  formes  doivent  passer  des  Bacierium 
aux  Bacillus  et  inversement. 

Les  fermentations  produites  par  des  Bactériacées  sont 
nombreuses.  Celle  du  vinaigre  est  une  des  plus  ancienne¬ 
ment  connues  et  des  mieux  étudiées.  La  fermentation 
lactique  est  due  à  une  Bactérie;  celle  du  lait  de  jument 
qui  produit  le  Képhir  à  un  Dispora;  celle  de  l’urine  à  un 
Micrococcus;  celle  du  beurre  à  un  Bacille  qui  est  devenu 
pour  certains  bactériologistes  le  type  du  genre  Clostridium 
et  qu’on  peut  considérer  comme  le  meilleur  représen¬ 
tant  des  Bactériacées  anaérobies. 

Les  eaux  sulfureuses  renferment  des  Beggiatoa  et  de 
nombreux  microbes  qui  ont  été  bien  étudiés  (quoique 
un  peu  trop  distingués  génériquement)  par  M.  Wino- 
gradzky  ;  les  Crenothrix  recherchent  au  contraire  les 
eaux  chargées  de  sels  de  fer. 

i  Les  Bactériacées  chromogènes  et  photogènes  sont  inté¬ 
ressantes  à  étudier  dans  leurs  effets,  mais  ce  sont  les  pa¬ 
thogènes  qui  présentent  une  importance  capitale  au  point 
de  vue  de  la  conservation  de  la  vie.  C’est  dans  ce  groupe 
que  les  plus  merveilleuses  découvertes  ont  été  faites  : 
l’inoculation  cl  l’atténuation  des  virus.  Le  Bacille  du 
charbon  portera  à  la  postérité  le  nom  de  Pasteur  aussi 
bien  que  les  inoculations  antirabiques,  la  vaccination 


50 


LE  NATURALISTE 


contre  le  choléra  de'  poules,  le  rouget  des  porcs,  la  fiè¬ 
vre  typhoïde  des  chevaux  et  ses  beaux  travaux  relatifs 
aux  maladies  des*  vers  à  soie. 

Les  Microbes  spéciaux  à  l’homme  sont  fort  nombreux 
et  chaque  jour  on  en  voit  étudier  et  décrire  de  nouveaux  : 
le  microbe  desmaladiesde  la  bouche  (Leptothrix  buccalis ), 
celui  de  la  salive  de  l’homme  sain,  de  la  carie  dentaire, 
des  fièvres  paludéennes,  de  la  fièvre  récurrente  et  de  la 
fièvre  jaune,  de  la  fièvre  typhoïde,  du  choléra,  des  fiè¬ 
vres  éruptives,  du  croup,  de  l’inlluenza,  de  la  phtisie, 
de  la  pneumonie,  de  l’érysipèle  et  du  tétanos,  de  la 
sueur  des  pieds,  etc.,  sont  successivement  passés  en 
revues,  avec  assez  de  détails  pour  que  le  lecteur  puisse 
se  rendre  un  compte  suffisant  de  leur  nature,  de  leur 
action,  du  traitement  qu’il  faut  leur  opposer. 

Dans  la  plupart  des  cas,  les  Bactériacées  pathogènes 
agissent  surtout  par  les  Ptomaïnes  qu’elles  sécrètent  dans 
l’intérieur  du  corps;  dans  d’autre  cas,  elles  se  compor¬ 
tent  comme  des  parasites  qui  se  nourrissent  et  se  multi¬ 
plient  aux  dépens  des  liquides  et  des  gaz  de  l’économie. 
Ces  microbes  ne  sont  pas  non  plus  spécifiques,  des  espè¬ 
ces  différentes  pouvant  engendrer  des  affections  caracté¬ 
risées  par  des  symptômes  et  des  lésions  identiques. 

Il  a  fallu,  dès  la  première  heure,  se  prémunir  contre  la 
nocivité  des  microbes  :  de  la  sont  nés  le  pansement 
occlusif  d’Alphonse  Cuérin,  le  pansement  aseptique  de 
Lister,  et  les  améliorations  apportées  à  l’hygiène  des 
ceux  potables.  Les  filtres  ordinaires  d’abord,  les  filtres 
à  microbes  plus  tard  sont  entrés  de  plus  en  plus  dans  la 
pratique  journalière  et  ont  rendu  d’inappréciables  ser¬ 
vices. 

L’étude  minutieuse  des  Bactériacées  ne  peut  être  faite 
avec  fruit  qu’avec  des  matériaux  purs  et  par  l’intermé¬ 
diaire  de  réactifs  micro-chimiques  qui  permettent  de 
mieux  distinguer  leurs  parties  constituantes.  Cette  étude 
a  donné  naissance  a  une  technique  spéciale  qui  ne  peut 
s’acquérir  que  par  une  pratique  assidue  et  prolongée. 
Les  cultures  se  font  soit  dans  dès  liquides  stérilisés,  soit 
sur  des  milieux  solides  tels  que  la  gélatine,  les  œufs,  les 
tranches  de  pomme  de  terre  ou  de  carotte.  Les  priacipes 
colorants  sont  fournis  par  le  carmin  boraté,  l’hémato- 
xyline  et  la  série  des  couleurs  d’aniline.  Des  cultures 
successives  ont  établi  la  possibilité  de  l’atténuation  des 
virus  et  leur  transformation  en  vaccin  au  moyen  de  pro¬ 
cédés  variables  .  avec  chaque  espèce  de  Bactériacée  : 
tantôt  sous  l’influence  de  la  chaleur,  tantôt  sous  l’action 
prolongée  de  l’oxygène  de  l’air,  ou  bien  comme  pour  le 
virus  de  la  rage  en  le  faisant  passer  successivement  par 
le  cerveau  d’un  lapin  et  d’un  singe,  etc. 

Les  Bactériacées,  nous  l’avons  dit,  sont  polymorphes 
et  les  genres  établis  doivent  en  grande  partie  être  regar¬ 
dés  comme  provisoires.  Il  ne  faudrait  cependant  pas 
aller  trop  loin  et  faire  pour  elles  ce  que  M.  Cocardas 
avait  proposé  pour  les  champignons  en  établissant  son 
type  Penicilium  ferment,  ou  bien  encore  se  rallier  aux 
idées  singulières  de  M.  Zopf,  établissant  le  passage  des 
différents  genre  de  Cyanophycées  les  uns  aux  autres  après 
culture  dans  de  l’eau...  d’égout. 

Des  objections  se  sont  élevées  contre  la  théorie  micro¬ 
bienne  de  l'origine  des  maladies,  mais  elles  ont  dû, 
quand  elles  ont  été  faites  de  bonne  foi,  s'effacer  devant 
la  réalité  des  faits.  Les  médecins  l’on  surtout  combattue, 
car  «  à  toutes  les  époques  la  médecine  a  tenu  à  ses 
vieilles  traditions  et  n’a  renoncé  qu’avec  peine  à  voir 
dans  la  maladie  quelque  chose  de  mystérieux  comme  au 


temps  de  l’antique  théurgie  dont  les  devins  et  les  sor¬ 
ciers  modernes  sont  le  dernier  reste».  Dans  l’intéressant 
ouvrage  dont  M.  le  Dr  Trouessard  vient  de  nous  donner 
une  seconde  édition,  on  trouvera  esquissés  les  grands 
traits  de  la  biologie  microbienne.  Nous  sommes  heureux 
d’assurer  à  l’auteur  un  légitime  succès  et  nous  l’en  féli¬ 
citons  de  grand  cœur. 

P.  Hariot. 


PRÉPARATION  IlES  POISSONS 

( Suite  et  fin.) 


Demi-poissons  à  plat.  —  L’empaillage  des 
Poissons  présentant  certaines  difficultés,  on  emploie 
pour  leur  conservation  un  procédé  beaucoup  plus  simple 
et  à  la  portée  de  tout  le  monde  : 

On  ne  conserve  qu’un  côté  de  l’animal,  celui  le  plus 
brillant  et  le  plus  complet  au  point  de  vue  des  écailles 
et  des  nageoires,  l’autre  partie  est  enlevée  complètement 
de  même  que  toute  la  chair  et  les  organes  qui  adhérent 
au  côté  à  conserver;  il  reste  donc  après  l’opération  la 
pioitié  de  la  peau;  on  l’applique  sur  un  liège  retenu  tout 
autour  avec  des  épingles  et  pour  lui  conserver  la  forme, 
on  bourre  entre  la  peau  et  le  liège  de  la  sciure  de  bois 
ou  de  la  rapure  de  liège  ;  il  faut  avoir  soin  de  soutenir 
les  nageoires  avec  des  épingles  fixées  sur  le  liège,  les 
pectorales  peuvent  être  appliquées  le  long  du  corps  avec 
une  bandelette  de  toile. 

Lorsque  la  dessiccation  est  complète,  on  retire  le  Pois¬ 
son  et  on  l’applique  sur  un  carton  ou  une  planchette 
mince  avec  un  peu  de  colle,  tout  autour  de  la  peau. 

Collection  <le  Poissons,  —  Cette  collection 
exige  des  vitrines  pour  placer  les  sujets  empaillés  ;  ruais 
les  gros  Poissons  ne  peuvent  être,  sans  frais  énormes, 
installés  dans  des  armoires  vitrées;  il  est  d’usage  de  les 
suspendre  au  plafond  de  l’appartement  ou  de  les  placer 
sur  le  haut  des  vitrines.  Quant  à  ceux  qui  sont  renfermés 
dans  des  bocaux  d’alcool,  il  suffit  de  ranger  ces  flacons 
sur  les  étagères,  l’étiquette  devra  être  placée  de  manière 
à  ne  pas  masquer  le  contenu  ;  on  devra  aussi  visiter  fré¬ 
quemment  les  flacons  afin  de  s’assurer  qu’ils  ne  se  vident 
pas  par  l’évaporation  de  l’alcool. 

Pour  la  détermination  et  la  classification  de  cette  col¬ 
lection  on  peut  consulter  : 

1°  L’ouvrage  de  M.  Emile  Moreau  :  Histoire  naturelle  des 
Poissons  de  France  (1). 

2°  Celui  de  MM.  H.  Gervais  et  Boulart  :  les  Poissons,  (2). 

Emballage  et  expédition  de  Poissons.  — 

Les  Poissons  placés  hors  de  leur  élément  meurent  rapi¬ 
dement  asphyxiés.  Lorsqu’on  a  recueilli  des  sujets  que 
l’on  ne  peut  préparer  immédiatement,  on  peut  néan¬ 
moins  les  conserver  quelque  temps  en  vie  hors  de  l’eau  : 
«  Il  suffit  de  mettre,  en  été,  dans  la  bouche  du  Poisson 
un  morceau  de  pain  trempé  dans  de  la  bière  ou  du  vin 
et  l’envelopper  légèrement  dans  de  l'herbe  fraîche  ou  de 
la  mousse  imbibée  de  la  même  liqueur;  en  hiver,  rem¬ 
placer  le  vin  par  de  l’eau-de-vie  et  empaqueter  dans  de 
la  paille  ou  du  foin;  la  liqueur  spirilueuse  e  étourdi  le 
Poisson  ;  on  a  conservé  des  Carpes  et  des  Tanches  en  vie 
pendant  15  à  18  jours  et  des  Brochets  pendant  une  dou- 

(1)  K.  Moreau,  Histoire  naturelle  des  Poissons  de  France. 

(2)  U.  Gervais  et  B.  Boularl,  Les  Poissons,  3  vol. 


LE  NATURALISTE 


51 


zaine  de  jours.  On  leur  rend  la  vie  en  les  enveloppant 
dans  un  linge  que  l'on  humecte  graduellement  après  leur 
avoir  ôté  le  morceau  de  pain  et  en  les  mettant  dans  l’eau 
fraîche.  »  (Capus.) 

Lorsque  veut  conserver  des  Poissons  pendant  peu  de 
temps,  soit  pour  les  emporter,  soit  pour  les  adresser  à 
des  correspondants,  on  peut  les  emballer  dans  des 
herbes  fraîches,  mais  non  humides.  Les  Orties  sont  em¬ 
ployées  de  préférence. 

Albert  Granger. 


L’HIBERNATION 

(INVERTÉBRÉS) 


Les  Invertébrés  aquatiques,  marins  ou  d’eau  douce, 
éprouvent  des  variations  de  température  moins  brus¬ 
ques  et  moins  étendues  que  sur  terre  ;  toutefois,  comme 
il  leur  est  difticile  et  souvent  impossible  de  se  nourrir, 
ils  n’en  présentent  pas  moins  comme  les  animaux  ter¬ 
restres,  un  hivernage  plus  ou  moins  long,  dont  les  con¬ 
ditions  sont  malheureusement  peu  connues.  Nombre 
d’animaux  disparaissent  de  nos  plages  pendant  l’hiver 
ou  présentent  des  migrations  avant  cette  époque.  A  un 
certain  moment,  il  est  impossible  en  Bretagne  de  trouver 
des  Haliotides,  ces  élégants  Gastéropodes  à  coquille 
nacrée;  celte  particularité  a  même  donné  naissance  à 
une  scie  célèbre  dans  les  stations  zoologiques  :  on  insinue 
à  un  novice  qu’il  serait  bon  de  se  renseigner  auprès  des 
marins,  sur  le  jour  du  départ  des  Haliotides,  pour  pou¬ 
voir  se  procurer  à  temps  ces  animaux:  généralement  la 
réponse  éclaire  le  débutant,  et  il  lui  en  reste  au  moins  le 
souvenir  d’un  fait  biologique  intéressant.  Un  grand 
nombre  d’Opisthobranches,  les  Eolis,  les  Aplysia  dispa¬ 
raissent  aussi  de  la  plage  à  un  certain  moment;  les  Mol- 
gules  parmi  les  Tuniciers,  présentent  la  même  particu¬ 
larité  à  l’époque  des  vents  d’Est,  àRoscoff  et  à  Portrieux. 
(M.  de  Lacaze-Duthiers.)  On  ne  sait  pas  d’une  façon 
exacte  qu’elle  est  l’influence  prépondérante  dans  ces 
déplacements  :  il  est  probable  qu’ils  sont  surtout  en 
rapport  avec  la  reproduction,  au  moins  pour  la  majo¬ 
rité  d’entre  eux. 

Tuniciers.  —  Parmi  les  Tuniciers,  il  en  est  qui  hiver¬ 
nent  réellement;  M.  Giard  a  signalé  le  fait  pour  diverses 
Ascidies  composées,  Didemnum,  Aplidi itm , M orchellwm,^ te . 
Le  Morchellïum  argus ,  pendant  l’été,  est  une  magni¬ 
fique  colonie  d’un  beau  rouge  orangé,  comprenant  un 
grand  nombre  d’individus  en  reproduction;  vers  le  mois 
d’octobre  (Roscoff)  il  change  complètement  d’aspect  :  les 
individus  de  la  colonie  périssent  peu  àpeu  par  les  bords; 
les  bourgeons  s’arrêtent  dans  leur  développement  à 
l’intérieur  delà  tunique  cellulosique,  et  comme  chez  les 
plantes,  passent  à  l’état  de  bourgeons  dormants  ;  ce  sont 
eux  qui,  aux  beaux  jours,  sont  chargés  de  reformera 
nouveau  la  colonie.  Un  autre  phénomène  dont  la  cause 
est  moins  connue,  également  en  rapport  avec  l’hiver¬ 
nage,  c’est  le  développement  exagéré  des  spiculés  cal¬ 
caire  :  ces  corpuscules,  de  forme  très  élégante,  se  mul¬ 
tiplient  considérablement  dans  la  tunique,  au  moment 
où  les  individus  s’affaiblissent,  et  forment,  des  taches 
blanches  sur  le  fond  coloré  de  la  colonie.  Cette  produc¬ 
tion  exagérée  des  spiculés  est  peut-être  en  rapport  avec 
une  fonction  de  réserve,  non  élucidée  jusqu’ici. 


Insectes.  —  Les  Insectes  résistent  à  l’hiver  sous  '  trois 
formes  différentes  :  tantôt  ce  sont  les  adultes  qui  hiber¬ 
nent,  tantôt  les  larves  ou  les  chrysalides  ;  mais  le  plus 
souvent  ce  sont  les  œufs  qui  sont  chargés  de  renouveler 
l’espèce  au  retour  du  printemps. 

Les  Insectes  adultes  et  les  Chenilles  qui  passent  l’hiver 
entrent  en  hibernation  vers  +  3°  ou  -}-  4°  ;  leur  respira¬ 
tion  est  nulle  ou  très  faible  ;  pendant  ce  temps  ils  vivent 
sur  les  réserves  accumulées  dans  le  corps  adipeux.  Un 
grand  nombre  de  Chenilles  se  réfugient  dans  les  fentes 
des  arbres,  sous  les  feuilles  mortes  ou  dans  la  terre;  aux 
premiers  rayons  de  soleil,  elles  quittent  leur  retraite  et 
se  mettent  à  manger  les  plantes  qu’elles  rencontrent; 
à  ce  moment,  il  en  périt  un  grand  nombre,  quand  la  vé¬ 
gétation  n’est  pas  suffisamment  avancée  pour  suffire  à 
leur  nourriture.  La  résistance  que  les  Insectes  présentent 
au  froid  est  extraordinaire  ;  les  chenilles  des  Chélonides 
de  Laponie  supportent  un  hiver  long  et  rigoureux  ;  des 
chenilles  de  Leucania  ont  pu  être  gelées  (Boisduval,  Ross) 
au  point  de  se  briser  comme  des  morceaux  de  glace,  et 
néanmoins  elles  ont  donné  des  chrysalides  et  des  papil¬ 
lons  ;  des  chenilles  de  la  Pyrale  de  la  vigne,  gelées  jus¬ 
qu’à  six  fois  consécutives,  ont  survécu,  etc.  On  voit  donc 
qu’il  ne  faut  pas  compter  sur  les  hivers  rigoureux  pour 
la  destruction  des  Insectes  nuisibles. 

Les  Abeilles  sont  plus  sensibles;  dès  qu’il  fait  environ 
+  8°,  elles  ne  sortent  plus  de  la  ruche.  Quand  la  tempé¬ 
rature  s’abaisse,  elles  se  rassemblent  toutes  les  unes 
sur  les  autres,  en  formant  un  peloton  serré  qui  conserve 
très  bien  la  chaleur;  Dubost  cite  une  ruche  dont  la  tem¬ 
pérature  était  de —  5°,  tandis  qu’à  l’intérieur  du  peloton 
le  thermomètre  marquait  -j-  20°.  Les  abeilles  périssent 
en  grand  nombre  lorsqu’elles  sortent  trop  tôt  de.  leur 
torpeur  pour  aller  butiner,  et  qu’elles  sont  surprises  par 
le  mauvais  temps. 

Enfin,  il  y  a  beaucoup  d’insectes  qui  éclosent  en  plein 
hiver  ou  qui  conservent  pendant  cette  saison  la  même 
activité  qu’en  été  (Dytiques,  Cousins,  Tipules,  etc.);  les 
Podurelles  ne  se  plaisent  que  dans  la  neige  des  régions 
glacées. 

Les  chrysalides  présentent  une  résistance  très  consi¬ 
dérable  ;  celles  qui  sont  nues,  c’est-à-dire  non  entou¬ 
rées  d’un  cocon,  supportent  jusqu’à  —  20°  (chrysalide 
de  Picris  brassieæ );  le  Colias  des  montagnes  est  encore 
plus  vigoureux. 

Enfin,  la  résistance  des  œufs  qui  hivernent  est  encore 
plus  grande.  :  tes  œufs  du  Phylloxéra,  de  Liparis  dispar, 
Bombyx  neustria,  Orgya  antigua,  de  VAttacus  Ya-Ma-Maï 
du  Japon,  etc.,  supportent  les  froids  les  plus  intenses 
et  les  plus  prolongés  ;  c’est  ce  qui  explique  pourquoi  la 
Sibérie,  malgré  ses  longs  hivers,  a,  pendant  son  court 
été  brûlant,  une  riche  faune  de  Lépidoptères. 

(.4  suivre.)  L.  CuÉXOT. 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 

Séance  du  5  janvier  1891.  -  JA  .1.  Letellier  montre  que  le> 

ul; miles  de  Kcbrr  el  de  Grobbcn  dos  mollusques  acéphales 
sécrètent  do  [l’acide  hippurique,  ce  qui  explique  la  réaction 
acide  que  Kowalevsky  avait  observée  dans  l’élimination  du 
carmin  ammoniacal  par  ces  glandes. 

JA  A.  Joubin,  ayant  étudié  le  mode  de  développement  des 
chromatophores,  des  céphalopodes  octopodes,  arrive  à  cette 
conclusion  qu’ils  sont  formés  d’une  partie  essentielle,  la  cellule 


52 


LE  NATURALISTE 


ectodermique  colorée,  et  de  parties  accessoires  mésodermiques, 
ressemblant  primitivement  à  des  fibres  musculaires  et  devenant 
plus  tard  conjonctives.  «  Quant  à  la  terminaison  nerveuse 
propre  à  chaque  chromatophore,  on  peut,  suivant  M.  L.  Joubtn, 
la  mettre  en  évidence  sur  l’animal  vivant  au  moyen  d’une 
préparation  spéciale  au  bleu  de  méthylène.  On  voit  alors  avec 
la  plus  grande  netteté  le  réseau  nerveux  cutané  des  chromato- 
phores,  dont  chaque  fibre  se  termine  par  un  léger  renflement 
appliqué  centre  la  cellule  chromatique,  mais  qui  ne  paraît  point 
y  pénétrer.  » 

M.  R.  Montez  croit  pouvoir  établir  l’identité  de  l’Atlantonema 
rio-ida  (V.  Siebold),  parasite  de  différents  coléoptères  copro- 
phages,  avec  l’anguillula  brevispina.  Cette  espèce  serait  donc 
hermaphrodite  et  protandrique  à  l’état  de  parasitisme  et  sous 
forme  d’individus  aux  sexes  séparés  à  l’état  libre. 

M.  A.  de  Grossouvre  a  reconnu  dans  la  craie  de  Villedieu  trois 
niveaux  fossilifères  caractérisés  par  trois  faunes  d’ammonites. 

1°'a  la  base;  le  niveau  à  Am.  Haberfellneri  (petrocoriensis) , 
■Vm  Tricarinatus,  Am.  Bajuvaricus,  Am.  Moureti. 

2«  Au  milieu, le  niveau  à  Am.  Serrato-Marginatus  (Bourgeoisi). 

3°  Au  sommet  le  niveau  à  Am.  Syrtalis  avec  ses  variétés 
(Am.  Orbignyi,  Am.  Rib'ouri,  Am.  Guadaloupæ).  En  outre 
pour  la  position  de  la  craie  de  Villedieu  au  lieu  d’étre  infé-  ; 
rieurc  au  M.  Cèr-testndinariûm  elle  lui  serait  supérieure  et 
représenterait  les  assises  à  M.  Coranguinum. 

M.  Kilian  rend  compte  de  ses  études  sur  la  constitution 
fèologique  des  chaînes  alpines  entre  Mousticrs  _  (Savoie)  et 
Barcelonnette  (Basses-Alpes).  (Schistes  gris  lustrés,  houilles, 
permien,  trias.)  Il  est  amené  à  conclure  que  les  gypse,  car- 
o-neules  inférieurs  et  supérieurs  et  calcaires  de  ce  dernier  ter¬ 
rain  ne. sont  que  des  modifications  diverses  d’un  seul  et  même 
ensemble. 

Séance  (la  12  janvier  1891.  —  il.  Faye,  dans  une  note  sur 
l’hypothèse  du  sphéroïde  et  sur  la  formation  de  la  croûte  ter¬ 
restre  attribue  les  soulèvements  et  les  dislocations  de  1  écorce 
terrestre  à  la  différence  de  température  entre  les  continents  et 
les  mers;  différence  qu’il  formule  par  la  loi  suivante  «  a  toutes 
les  époques,  le  refroidissement  du  globe  terrestre  va  plus  vite 
et  plus  profondément  sous  les  mers  que  sous  les  continents  ... 

M.  S.  Jourdain  adresse  une  note  sur  l’intoxication  par  lus 
moules  ;  il  pense  que  la  mytilotoxyne  n’est  pas  plus  abondante 
dans  les  moules  à  l’époque  du  frai  qu’à  toute  autre  époque. 

M.  P.  Lesage  adresse  une  note  sur  la  physiologie  de  la  ra- 
cine  et  M.  A.  Lothelicr  une  note  sur  l’influence  de  l’éclairc- 
ment  sur  la  production  des  piquants  des  plantes. 

il/.  Ch.  Yelain  a  reconnu  dans  les  sables  diamantifères 
recueillis  dans  la  Laponie  Russe  (vallée  de  Pasvig)  les  clé¬ 
ments  des  roches  éruptives  (granités  et  pegmaUtes)  et  des 
Roches  gneissiques  de  la  Région.  Il  place  le  point  de  départ 
de  ce  minéral  dans  les  pegmatites  où  M.  Chaper  a  eu  l’occasion 
de  l’observer  en  place  dans  l’Hindoustan. 

A.  E.  Ma. lard. 


CHRONIQUE 


Soutenantes  de  thèses  pour  le  doctorat  ès  sciences  natu¬ 
relles.  —  M.  Georges  Roché  a  soutenu  devant  la  Faculté  des 
sciences  de  Paris  deux  thèses  sur  les  sujets  suivants  : 
|re  thèse.  Contributions  à  l’étude  de  l'anatomie  comparée  des  réser¬ 
voirs  aériens  d'origine  pulmonaire  chez  les  oiseaux.  —  2e  Thesk. 


tions  données  par 


cul  té 


Bactrriacie 


iochkt  du  bassin  de  Paris.  M.  Roché  a  été  déclaré  u.gno  u  «•«- 
tenir  le  grade  de  docteur  ès  sciences  physiques.  —  M.  Arthus, 
préparateur  de  physiologie  à  la  Faculté  des  sciences  de  Paris, 
a  soutenu  devant  ladite  Faculté  doux  thèses  sur  les  sujets 
suivants:  lre  thèse.  Recherches  sur  la  coagulation  du  sang.— 
Oc  thèse.  Propositions  données  par  la  Faculté.  M.  Arthus  a  été 
déclaré  digne  d’obtenir  le  grade  de  docteur.  —  M.  Maurice 
Thouvenin,  professeur  à  l’École  de  médecine  et  de  phar¬ 
macie  de  Besancon,  a  soutenu  devant  la  Faculté  des  sciences 
de  Paris  deux  thèses  sur  les  sujets  suivants  :  1  “  thesk. 
Recherches  sur  la  structure  des  saxifragacées.  —  2e  THESE.  Pro¬ 
positions  données  par  la  Faculté  :  Zoologie  :  Organisation  et 
développement  des  spongiaires.  Géologie  :  Structure _  et  composition 
géologique  du  Jura.  M.  Thouvenin  a  été  déclaré  di 
'le  grade  do  docteur  ès  sciences  naturelles.  —  M. 
docteur  en  médecine,  lauréat  de  la  Faculté  de  médecine, 
soutenu  devant  la  Faculté  des  sciences  de  Paris  deux  thèse 


d’obtc 


sur  les  sujets  suivants  :  P  e  thèse.  Recherches  sur  le  dévelop¬ 
pement  de  la  rate  chez  les  poissons.  —  2°  thèse.  Propositions 
données  par  la  Faculté  :  Botanique  :  Les  tissus  lignifiés.  Géo¬ 
logie  :  L’éocène  dans  le  bassin  de  Paris.  M.  Laguçsse  a  été 
déclaré  digne  d’obtenir  le  grade  de  docteur  ès  sciences  natu¬ 
relles. 

Iuseetes  nuisibles  aux  végétaux  d’origine  étrangère.  — 

M.  L.  Demaisons  a  communiqué  la  note  suivante  à  une  des 
dernières  séances  de  la  Société  entomologique  de  France  : 

«  Les  végétaux  d’origine  étrangère,  cultivés  dans  nos  jar¬ 
dins,  tels  que  le  Noyer,  le  Catalpa,  etc.,  sont  souvent  épargnés 
par  les  Insectes  indigènes,  et  n’ont  point  à  souffrir  de  leurs 
ravages.  Mais  celte  règle  est  loin  d’élrc  générale  et  elle  pré¬ 
sente  de  nombreuses  exceptions.  Les  horticulteurs  connaissent 
les  dégâts  causés  aux  feuilles  dos  Cinéraires  et  des  Pélargo- 
niums  par  la  chenille  de  Phlogophora  meticulosa  L.,  j'ai  eu  fré¬ 
quemment  l’occasion  de  les  constater  à  Reims,  dans  une  serre 
tempérée,  même  pendant  les  mois  d’hiver  où  l’activité  de  cette 
larve  ne  semblait  nullement  se  ralentir.  J’ai  observé  aussi  à 
Reims,  durant  plusieurs  années  de  suite,  les  chenilles  de  trois 
espèces  de  Lépidoptères,  un  Bombyx,  Liparis dispar  L.,  une  Noc¬ 
tuelle,  Acronycta  psi  L,,  et  une  Teigne,  Carcina  quercana  F.,  vi¬ 
vant  aux  dépens  de  deuxpicds.dç, Néfliers  du  Japon  ( Eriobothrya 
japonica),  provenant  de  semis  et  cultivés  en  caisses.  Les  feuilles 
de  cet  arbre  sont  épaisses  et  coriaces,  et  il  est  assez  étonnant 
que  nos  chenilles  en  aient  fait  si  volontiers  leur  nourriture, 
•l'ai  vu  également  des  chenilles  de  Bombyx  quercus,  en  captivité, 
manger  de  ces  feuilles  ;  mais  elles  ne  manifestaient  point  pour 
elles  un  goût  bien  prononcé,  et  semblaient  leur  préférer  celles 
du  Pommier  et  des  autres  arbres  qui  leur  fournissent  habituel¬ 
lement  leur  pâture.  » 

Mission  scientifique.  —  M.  Flamand,  préparateur  de  miné¬ 
ralogie  à  l’École  supérieure  des  sciences  d’Alger,  est  chargé 
d’une  mission  géologique  et  minéralogique  dans  le  Sud  et  l’Ex- 
trème-Sud  de  l’Algérie. 

L'entomologie  agricole.  —  Cette  fois-ci,  c’est  de  l’Australie 
que  nous  vient  la  lumière.  Le  gouvernement  de  la  Nouvelle- 
Galles  du  Sud  vient  de  créer  au  ministère  de  l’agriculture  un 
laboratoire  d’entomologie  qui  a  pour  mission  d’étudier  les 
insectes  qui  peuvent  présenter  quelque  intérêt  au  point  de  vue 
de  l’agriculture.  Apres  les  Etats-Unis,  l’Australie!  Quand  donc 
l’Europe  se  décidera-t-elle  à  entrer  dans  ce  mouvement'? 

(Jardin.) 


BIBLIOGRAPHIE 


£5.  Thouvenin,  M.  Recherches  sur  la  structure  dès  Saxi¬ 
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myceten,  pl.  XVII. 

Ber.  Deutsch.  Bot.  Gesellsc.  1890,  pp.  295-303. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DE\  ROLLE. 

PARIS.  —  IMPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


IIP  ANNÉE 


2°  Série  —  X”  SMî 


r  MARS  1891 


Histoire  des  Acariens  des  Végétaux.  Leur  Anatomie 


Le  nombre  des  parasites  s’attaquant  aux  végétaux  cul¬ 
tivés  augmente  de  jour  en  jour,  et  leur  diffusion  très 
rapide  est  due  soit  à  la  facilité  des  communications  qui 
favorise  tant  les  importations  exotiques,  soit  dans  cer¬ 
tains  cas  à  l’équilibre  qui  a  été  rompu  par  suite  de  la 
prédominance  exclusive  de  certains  végétaux  et  aux 
soins  culturaux  qui  tendent  de  plus  en  plus  à  éloigner 
certaines  plantes  du  type  sauvage,  plus  robuste  et  mieux 
armé  pour  résister.  Ainsi  la  vigne  jouit  d’une  préférence 
marquée  de  la  part  des  insectes  (et  certains  cépages 
en  particulier),  car  les  soins  dont  on  l’entoure  lui 
font  pousser  des  bourgeons  et  des  feuilles  à  tissu  mou, 
gorgés  de  sucs,  dont  les  insectes  sont  friands  et  qui  n'y 
sont  mélangés  à  aucun  alcaloïde  ou  acide  capable  de  les 
écarter, 

11  ne  faudrait  pas  croire  que  les  animaux  qui  s’atta¬ 
quent  aux  végétaux  cultivés  ou  non,  appartiennent  exclu¬ 
sivement  à  la  classe  des  Insectes.  Ce  sont  les  plus  nom¬ 
breux  ;  mais  certains  Nématodes  (Anguillules)  peuvent 
occasionner  des  dégâts  considérables;  certains  Arach¬ 
nides,  à  l’état  larvaire  ou  à  l’état  adulte,  sont  phyto¬ 
phages.  Ces  derniers  appartiennent  tous  à  l'ordre  si 
connu  des  Acariens,  et  même  à  une  seule  famille,  celle 
des  Tétranycidés. 

L’ordre  des  Acariens  renferme  un  très  grand  nombre 
d’espèces  parasites  sur  des  animaux  ou  sur  des  végé¬ 
taux,  et  malgré  leur  petitesse,  ces  êtres  n’avaient  pas 
échappé  à  l’observation  des  anciens  naturalistes.  Aris¬ 
tote  en  parle  le  premier  et  leur  a  même  imposé  le  nom 
sous  lequel  nous  les  connaissons.  Mais  depuis  que,  dans  j 
ces  dernières  années,  les  études  acarologiques  ont  été 
mises  en  honneur  par  des  travaux  remarquables,  de  I 
grands  changements  ont  été  introduits  dans  ce  groupe 
où  la  plus  grande  confusion  a  longtemps  régné  ;  les 
espèces  y  étaient  très  douteuses  malgré  l’habileté  des  an¬ 
ciens  observateurs  et  ceci  tenait  surtout  aux  moyens  im¬ 
parfaits  dont  ils  disposaient.  Des  larves  nombreuses 
avaient  été  décrites  comme  des  espèces  et  les  formes  adul¬ 
tes  tout  à  fait  omises.  Les  métamorphoses  des  Acariens, 
élucidées  dans  certains  cas,  laissent  encore  hea  ucoup  à 
désirer  et  ce  n’est  que  lorsqu’on  aura  fait  des  mono¬ 
graphies  séparées  qu’on  pourra  enfin  généraliser  et  avoir 
des  Précises  sur  la  biologie  de  ces  êtres.  Il  est  vrai 
d’ajouter  que  la  pénurie  de  documents  précis  tend  à  dimi-  | 
nuer  chaque  jour  et  que  grâce  à  la  connaissance  plus 
approfondie  des  métamorphoses  on  a  été  amené  à  rappro¬ 
cher  des  espèces  qui  semblaient  très  éloignées  et  à  con¬ 
sidérer  comme  formes  larvaires  d’anciennes  espèces 
dont  la  diagnose  était  basée  sur  une  connaissance  insuf¬ 
fisante  de  leurs  transformations  successives.  Pourtant 
la  lumière  est  loin  d’être  faite  partout  et  beaucoup  de 
cas  particuliers  appellent  de  nouvelles  recherches. 

Les  anciennes  espèces,  créées  uniquement,  en  tenant  I 
compte  du  végétal  nourricier  ne  pouvaient  subsister,  car 
il  est  bien  démontré  maintenant  que  ces  Acariens  vivent 
sur  les  végétaux  qui  se  trouvent  à  leur  portée  et  que 
chaque  espèce  d’Acarien  n’affecte  pas  spécialement  telle 
ou  telle  espèce  déterminée  de  végétal. 

Déjà  Réaumur,  en  1737,  signale  des  vers  blancs, jau¬ 
nâtres  à  la  base  de  chaque  Galle  en  clou  des  feuilles  du 
Tilleul.  Ces  vers,  dit-il,  deviennent  «  des  insectes  extrê- 

LE  NATURALISTE,  Paris,  46,  rue;du  Bac. 


moment  petits  qu'on  ne  peut  apercevoir  qu’à  l’aide  d'une 
très  forte  loupe  ».  Puis  on  cessa  de  s’occuper  de  ces  pro¬ 
duits  pathologiques,  et  les  idées  de  Réaumur,  qui  étaient 
les  bonnes,  furent  abandonnées,  en  sorte  que  pendant 
longtemps  on  attribua  à  ces  formations  une  orimne  vé¬ 
gétale. 

C’est  Schrader  qui  vers  la  fin  du  xvm*  siècle  dési- 
gna  les  galles  de  la  vigne  sous  le  nom  d 'Erineum  ritis  et 
bien  que  l’illustre  mycologue  Fries  (1813),  les  sépa¬ 
rant  de  celles  de  l’Aune,  du  Tilleul,  en  ait  faille  genre 
Phyllerium,  c’est  le  premier  nom  qui  a  prévalu.  Il  faul 
arriver  jusqu'à  1833  pour  trouver  un  nouveau  travail  sur 
cette  question.  Turpin,  en  étudiant  le  développement’des 
galles  corniculées  du  Tilleul,  rencontra  dans  ces  «ailes 
un  animal  se  rapportant  à  celui  décrit  par  Réaumur  et 
dont  «  la  forme  définitive  a  4  pattes  »  et  qu’il  nomma 
avec  Landois.  le  Sarcopte  du  Tilleul.  Pour  Diigès  l’année 
suivante  cet  animal  devait  se  placer  dans  les  Trombi- 
diens,  à  côté  des  Tétranyques,  et  il  admettait  que  c’est  une 
larve  à  4  pieds,  dont  l’adulte,  court,  blanc,  agile,  possède 
8  pattes  comme  les  Acariens.  Siebold  (1830)  appelle  les 
Knneum  des  excroissances  chevelues  et  crée  le  nom 
d 'Enophyes  pour  désigner  les  larves,  inconnues  dans  leur 
état  adulte.  Dujardin,  la  même  année,  attaque  celte  ma¬ 
nière  de  voir.  Pour  lui  ce  sont  des  adultes  et  il  propose 
pour  eux  le  nom  de  Phytoptus  (mite  des  plantes)  afin 
d’indiquer  qu’ils  sont  véritablement  et  exclusivement 
parasites  des  végétaux.  11  s’appuyait  pour  cela  sur  la  pré¬ 
sence  d’œufs  dans  ces, animaux,  car  les  faits  de  parthé¬ 
nogenèse  et  de  reproduction  ovipare  par  les  larves  n’é¬ 
taient  pas  encore  connus. 

l’ajouterai  que  dansles  Krineumdécouverts  (ceux de  la 
vigne,  par  exemple),  on  trouve  souvent  des  larves  de 
l.amases;  mais  ces  larves  sont  incapables  de  se  créer 
une  demeure  propre  et  elles  trouvent  dans  les  produc¬ 
tions  des  Phytoptus  un  abri  commode  dont  elles  se  hâtent 
de  profiter;  mais  elles  y  sont  à  titre  d’étrangères. 

Les  nombreuses  recherches  des  Ecologistes  ne  s’arrè- 
!""!  pas  la  surtout  pour  les  parasites  d.-  la  vigne,  quoi 
que  le  nombre  des  observations  dont  il  puisse  être 
question  ne  soit  pas  très  grand. 

Landois  a  vu  (1860)  dans  l’Acarien  de  la  vigne  un  ani¬ 
mal  des  plus  compliqués.  Son  travail  est  erroné  car  il 
admet  que  les  Phytoptus  tétrapodes  possèdent  en  outre 
deux  paires  de  pattes  rudimentaires;  ce  sont  donc  des 
adultes  (voir  la  figure  donnée  par.Claus  dans  sa  Zoo- 
logie,  p.  774).  Il  s’attribue  même  la  découverte  du  Phy- 
loplus  auquel  il  dit  donner  le  nom  de  P  vit.ii  Quant 
à  Thomas  (1869)  il  n’étudie  guère  que  la  morphologie 
des  Erineum  ;  il  ne  recherche  pas  le  nom  de  l’animal 
qui  les  produit,  c’est  le  Phytoptus,  dont  l’espèce  qu’il 
semble  croire  unique,  attaque  au  moins  70  plantes  et  il 
propose  de  changer  son  nom  en  celui  de  Phylocoptes  qui 
■<  définit  l’état  pathologique  des  végétaux  et  entraîne 
avec  lui  la  connaissance  de  l’Acarien  ». 

En  187.».  Donnadieu  (f)  dans  un  travail  assez  considé- 
rable  adopte  les  idées  de  Dugès  et  le  nom  proposé  par 
Thomas,  et  il  considère  le  Phytoptus  tétrapode  comme 
une  forme  larvaire  d’un  Tétranyque  gallicole,  le  Phytoco » 
tes  eptdermi.  e 


Briosi,  dans  un  bon  travail  paru  la 
n’avoir  pu  retrouver  ni  la  forme  à  8  pat 


LE  NATURALISTE 


54 


ni  les  pattes  rudimentaires  vues  par  Landois.  Il  pense 
que  l’observateur  allemand  a  été  trompé  par  la  valve 
génitale  plus  ou  moins  bilobée. 

Soraner  et  Frank,  dans  des  recherches  récentes  sur  les 
maladies  des  plantes,  adoptent  sur  ce  sujet  les  idées  et 
conclusions  de  Landois,  tout  en  ajoutant  qu’à  côté  des 
animaux  tétrapodes,  on  trouve  toujours  des  Acariens  à 
8  pattes. 

On  voit  donc  que  dans  l’état  actuel  de  nos  connaissan¬ 
ces,  il  serait  prématuré  de  trancher  la  question.  Il  faut 
de  nouvelles  expériences  comparatives  sérieuses  et  bien 
conduites  avant  de  pouvoir  se  prononcer. 

Ces  Acariens  tétrapodes  sont  microscopiques;  ils  sont 
à  peine  visibles  à  l’œil  nu  sur  une  feuille  de  papier  blanc  ; 
aidé  d’une  bonne  loupe,  on  voit  que  ce  sont  des  animaux 
blancs,  bruns  par  transparence,  verruqueux  et  de  gran¬ 
deur  variable,  dont  les  plus  grands  peuvent  avoir 
200  [j.  de  longueur  et  00  n  de  largeur,  en  ajoutant  à  la 
longueur  du  corps  celle  des  pattes  étendues  en  avant. 

Le  corps  presque  cylindrique  est  trié  transversalement 
de  50  à  60  fins  replis  qui  rappellent  les  anneaux  d’une 
sangsue;  mais  la  tête  courte  et  lisse  ne  semble  constituée 
que  par  une  trompe  conique  dans  laquelle  sont  placées 
trois  lamelles,  dures,  Unes,  brunes,  formant  l’armure 
buccale  (fig.  1  et  2).  Ces  lamelles  glissent  l’une  sur  l’autre 


Fig.  1.  —  Vue  ventrale  du  Pliytopte.  og  operculo  génital. 
Fig.  2.  —  Vue  de  profil  du  Phytopte. 


comme  des  ciseaux,  et  sont  inclinées  vers  la  face  ventrale. 
Il  est  plus  difficile  de  préciser  la  structure  de  la  trompe. 
On  peut  affirmer  pourtant  qu’elle  se  compose  de  deux 
palpes  naissant  à  la  base  des  pattes  antérieures.  Us  sont 
coniques  et  biarliculés;  le  segment  ultime  est  creusé 
d’une  gouttière  du  côté  interne,  et  muni  à  la  pointe  d’un 
appendice  conique  court  portant  une  soie  peu  allongée. 
Les  deux  palpes  sont  très  près  l’une  de  l’autre,  étendues  en 
avant  par-dessus  les  pièces  buccales,  pendant  que  le 
corps  se  prolonge  en  un  rostre  triangulaire  et  atteint  les 
palpes.  De  profil,  le  corps  est  légèrement  arqué  sur  la 


face  ventrale,  ce  qui  laisse  fort  bien  voir  le  rostre  termi¬ 
nal  (fig.  2). 

A  leur  base  les  mandibules  sont  renflées.  Assez  grosses, 
elles  sont  d’une  seule  pièce  et  portent  un  prolongement 
qui  peut  se  renverser  en  arrière. 

Les  pattes  de  ces  Acariens  tétrapodes  ne  sont  formées 
que  de  6  articles.  Dans  tous  les  Acariens  octopodes  on 
trouve  un  7e  article.  Les  pattes  sont  de  même  longueur, 
incolores,  transparentes,  insérées  sur  la  face  ventrale  du 
corps  et  sur  la  moitié  antérieure.  Les  racines  en  sont  très 
peu  ebitineuses.  On  ne  trouve  pour  supporter  les  mem¬ 
bres  ni  les  plaques  des  Gamases,  ni  les  arcs  chitineux  des 
Tyroglyphes  et  des  Sarcoptes.  Les  téguments  sont  simple¬ 
ment  un  peu  moins  flexibles  en  sorte  que  le  premier 
article  n’est  pas  toujours  nettement  limité.  Les  six  seg¬ 
ments  sont  aplatis  latéralement,  et  légèrement  dentés 
sur  la  face  inférieure.  Dans  les  mouvements,  on  ne  distin¬ 
gue  que  trois  parties  la  hanche  avec  la  cuisse,  le  tibia  et 
le  tarse.  L’articulation  entre  la  cuisse  et  le  tibia  est  la 
plus  mobile  ;  grâce  à  elle  la  patte  peut  exécuter  tous  ses 
mouvements,  qui  se  font  dans  un  plan  vertical. 

Toutes  les  pattes  se  terminent  de  la  même  façon,  par 
une  pointe  renflée  à  son  extrémité,  non  mobile  et  qui 
protège  un  tarse  digité  ou  plutôt  formé  par  un  stylet 
barbelé  comme  une  plume  et  éminemment  propre  à  assu¬ 
rer  la  solidité  de  la  marche  au  milieu  des  poils  de  galles. 

Malgré  la  disposition  peu  avantageuse  de  sespattes,  les 
mouvements  de  l’animal  sont  vifs  et  sa  marche  rapide.  Il 
progresse  en  se  servant  soit  du  bipède  antérieur,  puis  du 
bipède  postérieur,  soit  dans  quelques  cas  du  bipède  laté¬ 


ral. 

L’abdomen  allongé  est  supporté  par  un  disque  anal 
excavé  qui  forme  ventouse  et  au  centre  duquel  s’ouvre 
l’anus  terminal. 

Le  corps  porte  des  soies  en  nombre  variable  ;  elles  sont 
rigides,  divergentes,  élastiques  et  naissent  de  saillies  co¬ 
niques  du  corps.  Elles  sont  distribuées  par  paires  ;  on  les 
appelle  suivant  leur  position  :  soies  génitales,  ventrales, 
pariétales  ou  dorsales.  Les  membres  en  portent  aussi  un 
certain  nombre  aux  articulations.  Toutes  ont  évidemment 
pour  rôle  de  protéger  l’animal  contre  les  chocs  du  dehors. 


Deux  glandes,  situées  en 
avant  vers  le  rostre  et  dont 
le  canal  excréteur  vient 
s'ouvrir  dans  la  bouche, 
produisentun  liquide  ana¬ 
logue  à  celui  qu’on  trou¬ 
ve  chez  les  Gallinsectes.  Il 
a  une  grande  importance 
chez  les  Phtjtoptus,  surtout 
chez  les  femelles,  car  in¬ 
troduit  dans  la  blessure, 
il  amène  la  prolifération 
des  cellules  végétales.  Don- 
nadieu  affirme  même  que 
les  mâchoires  sont  canali- 
culées  à  cet  effet. 

D'après  Soraner  cette 
forme  cylindrique  est  la 
plus  fréquente,  mais  il  a 
rencontré  dans  les  galles 
du  poirier  (fig.  3),  à  des 
époques  variables  ,  une 
deuxième  forme  plus  large 
au  premier  tiers  et  pres- 


Fig.  3.  —  Feuille  de  poirier 
contaminée. 


LE  NATURALISTE 


oa 


que  ovale.  Il  regarde  cette  forme  comme  le  mâle  adulte. 
Les  soies  y  existent  toujours,  mais  le  nombre  et  l’ar¬ 
rangement  ne  sont  pas  les  mêmes  que  sur  la  forme  fe¬ 
melle. 

Les  plus  longs  animaux  avaient  environ  0  mm.  16  en  ne 
tenant  pas  compte  de  la  longueur  des  pattes  qui  est  de 
0.045  mm.  La  plus  grande  largeur  du  corps  est  de 
0  mm.070,  c’est-à-dire  à  peu  près  les  2/5  de  la  longueur 
tandis  que  dans  la  forme  cylindrique,  elle  est  à  peine  le 
quart.  Le  nombre  des  anneaux  est  à  peu  près  le  même, 
mais  chacun  est  formé  par  une  rangée  de  verrues  hé¬ 
misphériques  très  rapprochées.  La  striation  moins  com¬ 
plète  semble  délimiter  un  céphalothorax  qui  se  prolonge 
par  un  rostre  moins  net  dans  la  forme  cylindrique. 

La  petitesse  de  ces  animaux  n’a  pas  permis  de  faire 
une  étude  complète  de  leur  organisation  intérieure,  je 
n’insisterai  donc  pas  sur  les  détails  anatomiques.  Le  tube 
digestif  élargi  pour  former  un  estomac,  au  niveau  des 
organes  génitaux,  puis  replié  une  fois  sur  lui-même,  est 
plissé  longitudinalement.  Donnadieu  affirme  que  les 
matières  alimentaires  végétales  s’amassent  contre  les 
parois  de  l’estomac,  qu’elles  y  sont  modifiées,  puis 
qu’elles  viennent  circuler  sous  la  forme  de  globules  sphé¬ 
riques,  dans  les  organes  de  la  locomotion,  sans  qu’il 
veuille  conclure  à  l’existence  d’une  membrane  qui  les 
séparerait  des  muscles  en  formant  une  sorte  de  tube. 

On  n’y  a  pas  vu  le  moindre  trace  de  vaisseau  dorsal 
ainsi  que  d’appareil  respiratoire.  Comme  la  vitalité  de 
ces  Acariens  tétrapodes  est  extrême,  qu’ils  remuent  en¬ 
core  après  une  immersion  de  48  heures  dans  l’eau, 
qu’on  lésa  vus  pondre  après  un  séjour  de  24 heures  dans 
la  glycérine,  Landois  admet  que  leur  respiration  n’est 
ni  trachéenne,  ni  cutanée,  mais  intestinale. 

Les  organes  génitaux  existent  dans  les  Acariens  tétra¬ 
podes.  La  position  de  ces  appareils  est  la  même  dans 
toutes  les  formes  et  dans  toutes  les  espèces.  Ils  sont  pla¬ 
cés  immédiatement  en  arrière  de  l’insertion  de  la  seconde 
paire  de  pattes  et  ils  apparaissent  à  l’extérieur  sous  la 
forme  d’un  opercule  fixé  aux  téguments  par  en  haut, 
libre  et  arrondi  en  bas,  mais  échancré  dans  la  forme 
mâle  décrite  par  Soraner  (fig.  1  et  2). 

Des  œufss’aperçoiventdans  l'intérieurdu  corps;ils  sont 
renfermés  dans  un  ovaire  tubulaire  qui  se  dirige  d’ar¬ 
rière  en  avant.  Ils  s’échappent  par  un  orifice  en  bou¬ 
tonnière,  et  sont  enduits  d’une  substance  glutineuse  à 
l’aide  de  laquelle  ils  adhèrent  aux  poils  de  la  galle. 

Mk.négaix. 


LES  PHOSPHATIÈRES  D’HARDIVILLERS,  Oise 

(Suite  et  fin.) 

Il  y  a  quelque  temps,  en  effet,  j’ai  montré,  par  des 
des  spécimens  que  je  conserve  au  Muséum  et  dont  le 
Naturaliste  a  publié  le  portrait,  que  la  forme  des  exca¬ 
vations  qu’on  peut  creuser  verticalement  dans  le  cal¬ 
caire  par  un  filet  d’eau  acidulée  varie  essentiellement 
suivant  qu’on  opère  de  haut  en  bas  ou  de  bas  en  haut. 
Dans  les  deux  cas  il  est  vrai,  c’est  une  cavité  conique 
que  l’on  produit;  mais  si  l’eau  corrosive  est  ascendante, 
le  pointe  du  cône  est  dirigée  en  haut  ;  dans  l’autre  con¬ 
dition  elle  est  en  bas. 

C’est  celle-ci  et  rien  qu’elle  qui  se  présente  à  Hardi vil- 


lers  et  à  Beauval,  comme  à  Ciply  et  dans  ces  diverses 
localités  il  faut  reconnaître  que  la  corrosion  s’est  faite 
de  haut  en  bas.  Le  sens  général  de  la  forme  conique  pour¬ 
rait  être  prévu,  le  dissolvant  perdant  de  son  énergie  à 
mesure  qu’il  agit,  c'est-à-dire  à  mesure  qu’il  s'éloigne  de 
sa  source  :  la  profondeur  dans  un  cas,  l’atmosphère  dans 
l’autre  (1). 

Quant  à  la  différence  que  peut  apporter  à  l’exercice  de 
la  dénudation  souterraine  de  la  craie  le  fait  de  son 
recouvrement  par  des  matières  diverses,  sableuses  à 
Ciply  et  argileuses  à  Beauval,  elle  est  beaucoup  plus 
apparente  que  réelle  et  l’expérience  m’a  montré  que  les 
choses  se  passent  dans  les  deux  cas  tout  à  fait  de  la 
même  manière  quoique  avec  des  rapidités  inégales.  Le 
bief  ou  argile  à  silex  n’est  jamais  absolument  imper¬ 
méable,  et  sa  face  inférieure  par  l’humidité  qu’elle  retient 
agit  sur  la  craie  à  peu  près  comme  l’eau  elle-même. 
Cette  corrosion  est  d’ailleurs  un  phénomène  qui  per¬ 
siste  tant  que  le  terrain  est  au-dessous  du  bassin  des 
mers  :  elle  n’est  pas  nécessairement  quaternaire  comme 
on  a  eu  trop  souvent  tendance  à  le  supposer;  dans  des 
localités  comme  Hardivillers  et  Beauval,  elle  a  vraisem¬ 
blablement  commencé  dès  l’époque  tertiaire  et  elle  se 
continue  aujourd’hui  sans  interruption.  C’est  elle  encore 
qui  a  donné  lieu  à  cette  apparence  de  dualité  que  possède  si 
bien  le  lœss  dans  une  foule  de  régions  qu’on  a  parfois  voulu 
y  voirie  résultat  de  deux  phénomènes  géologiques  succes¬ 
sifs  (2);  c’est  elle  encore  qui  a  déterminé  les  singuliers 
accidents  dont  M.  Boursault  a  donné  précédemment  la 
description  à  nos  lecteurs  (3)  et  qui  se  révèle  de  tous  les 
côtés  par  des  effets  variés. 

Il  importe  d’ailleurs  de  remarquer  qu’à  la  considéra¬ 
tion  de  la  dénudation  subaérienne  doit  s’ajouter  fréquem¬ 
ment  celle  d’une  dénudation  souterraine  qui  peut  se  dé¬ 
velopper  aussi  bien  sous  un  manteau  limoneux  imper¬ 
méable  que  sous  une  couche  de  sable  pourvu  qu’une 
alimentation  aqueuse  latérale  soit  possible  à  la  surface 
de  contact.  Cette  remarque  s’applique  directement  à  la 
corrosion  lente  et  continue  de  la  craie  phosphatée  recou¬ 
verte  de  bief  comme  c’est  le  cas  à  Beauval  et  à  Hardivillers. 

Un  dernier  point  à  considérer  dans  cet  aperçu  rapide 
concerne  l’origine  duphosphatede  chaux  :  ce  qui  semble 
tout  naturel  parce  que  c’est  l’explication  banale  mise  au 
service  de  tous  les  problèmes  de  minéralisation,  c’est  de 
supposer  des  sources  phosphatées  qui  sont  venues  soudre 
dans  la  mer  même  où  se  reposait  la  craie  :  mais  cette 
I  opinion  ne  peut  résister  à  l’examen  des  faits.  11  est  évi¬ 
dent  que  la  première  chose  à  faire  ici,  bien  qu’elle 
semble  avoir  été  négligée  d’une  manière  complète,  était 
de  soumettre  la  roche  phosphatée  à  une  étude  micros¬ 
copique  (4). 

Des  lames  minces,  taillées  dans  la  craie  deCiply-Mesvin 
’  comme  dans  celle  d’Hardivillers  et  de  Beauval,  montrent 
tout  d’abord  que  le  phosphate  constitue  pour  la  plus 
grande  partie  des  grains  arrondis,  parfois  sphéroïdes  ou 


(1)  Dans  une  récente  et  importante  publication  (Mém.  Soc.  Jng. 
civils ,  1887)  M.  H.  Lasne  se  range  à  cette  manière  de  voir. 

i2)  V.  Delanour,  Bull,  de  la  Société  géologique  de  France, 
2°  sér . ,  t.  XXIV,  p.  160,  1887. 

3)  Le  Naturaliste  du  lor  décembre  1887,  p.  214. 

(U  Depuis  mes  recherches,  des  études  analogues  aux  miennes 
ont  été  publiées;  M.  Olry  dans  son  beau  livre  sur  le  Phosphate 
de  chaux  (1889,  Masson,  éditeur)  a  bien  voulu  consigner  la 
confirmation  qu’elles  procurent  il  mon  travail  (V.  par  exemple 


36 


LE  NATURALISTE 


ovoïdes.  De  ces  grains  il  faut  faire  deuxparts,  les  uns  étant 
constitués  par  du  phosphate  presque  jusqu’à  leur  centre, 
les  autres  (V.  la  figure  4)  n’ayant  qu’un  revêtement  phos- 


Pig.  4.  —.Coupe  mince  d’un  nodule  phosphaté  d'Hardivillers 
examiné  au  microscope  dans  la  lumière  polarisée.  Grossisse¬ 
ment  de  300  diamètres. 


Ions  apporter  notre  pierre  au  monument  commun,  et  pour 
cela,  faire  connaître,  dans  un  travail  aussi  consciencieux  que 
possible,  les  rapports  qui  existent  entre  la  Flore  de  la  France 
et  la  Flore  si  variée  du  pays  des  Rajahs. 

Pour  nous  guider  dans  cette  élude  comparative,  nous  avons 
eu  recours,  d’une  part,  aux  nombreux  catalogues  des  plantes 
de  l’Inde,  et  plus  spécialement  aux  Flores  de  MM.  Drury  et 
Hoolcer,  cette  dernière  encore  en  cours  de  publication,  et 
d’autre  part,  à  diverses  Flores  de  France,  en  particulier  à  celle 
de  MM.  Gillet  et  Magne.  Nous  avons,  quand  nous  l’avons  pu, 
contrôlé  les  assertions  des  divers  auteurs,  par  des  obser¬ 
vations  nombreuses  et  personnelles. 

On  remarquera  tout  d’abord,  dès  le  début  de  cette  étude,  que 
les  plantes  de  la  Flore  française  représentées  dans  l’Inde  sc 
rencontrent  presque  toujours  sur  les  montagnes,  généralement 
à  de  considérables  altitudes,  et  le  plus  souvent  dans  le  Nord 
de  la  Péninsule.  On  pourra  aussi  avoir  été  frappé  de  ce  fait, 
que  beaucoup  d’espèces  communes  aux  deux  pays  présentent 
dans  celui-ci  (l’Inde),  d’assez  nombreuses  variétés.  Nous  revien¬ 
drons,  d’ailleurs,  sur  ces  considérations,  quand  nous  tirerons 
les  conclusions  de  notre  travail. 


phaté  autour  d’un  noyau  crayeux.  Dans  le  premier  cas 
ils  sont  formés  de  couches  concentriques  et  c’est  dans  la 
roche  belge  qu’ils  sont  le  plus  nombreux  :  ils  donnent 
alors  entre  les  nichols  croisés  la  craie  noire  tournante. 
Dans  les  deux  cas  il  me  semble  qu’on  ne  peut  s’empêcher 
de  reconnaître  que  les  grains  phosphatés  sont  postérieurs 
au dépôtdela craie  quilesempàteet  qu’ils  résultent  d’une 
concentration  déterminée  par  l’affinité  capillaire  d’une 
substance  répartie  tout  d’abord  d’une  manière  uniforme 
âu  sein  de  la  masse  sédimentaire.  C’est  donc  l’histoire 
même  de  la  constitution  des  noyaux  siliceux  ou  silex 
dans  la  profondeur  de  la  roche  crayeuse  et  l’analogie  est 
augmentée  encore  par  ce  fait  que  la  concentration  du 
phosphate  comme  celle  de  l’acide  silicique  s’estfréquem- 
ment  opérée  autour  des  corps  organisés.  En  un  très 
grand  nombre  de  points,  le  test  de  foraminifères  ou  de 
mollusques  est  en  tout  ou  en  partie  converti  en  phos¬ 
phate  de  chaux. 

Ce  résultat,  qui  ne  paraît  pas  pouvoir  être  contesté, 
a  certainement  une  importance  décisive  pour  l’explication 
de  l’existence  même  de  l’amas  phosphaté,  car  il  écarte 
l’intervention  de  toute  cause  violente  :  il  n’y  a  en  effet 
pas  là  de  source  chimiquement  active,  déposant  le  phos¬ 
phate  à  la  suite  de  double  décomposition  ou  de  précipi¬ 
tation  énergique,  car  la  craie,  à  part  les  poches  et  la  sur¬ 
face  supérieure, ne  présente  aucune  corrosion  et  les  déli¬ 
néaments  les  plus  délicats  y  sont  conservés. 

Pour  résumer  ce  point,  on  peut  dire  qu’il  n’est  évi¬ 
demment  pas  légitime  de  faire  pour  te  phosphate  d’autre 
hypothèse  générale  que  pour  la  silice.  Ces  deux  substan¬ 
ces  sont  solubles  sensiblement  dans  les  mêmes  conditions 
et  leur  concrétion  s’est  évidemment  faite  de  la  même 
façon  sous  l’influence  de  la  même  attraction  capillaire  ; 
celle-ci  émanait  souvent  de  corps  organisés  qui  ont  été 
minéralisés  avec  des  circonstances  identiques. 

Stanislas  Meunier. 


La  Flore  de  l’Inde  dans  ses  rapports  avec  la  Flore 

DE  FRANCE 


De  nos  jours,  les  esprits  se  tournent  do  plus  en  plus  vers  la 
géographie  botanique.  Le  congrès  botanique  tenu  à  Paris  en 
1889  et  les  travaux  récents  des  savants  en  sont  d’irréfragables 
témoins.  L’entente  préconisée  naguère,  et  sans  doute  établie 
depuis  entre  les  différentes  Sociétés  et  Musées  botaniques,  aura, 
nous  l’espérons,  d’heureux  résultats.  En  attendant,  nous  vou- 


RENONCULACÉES 

Dans  cette  famille,  les  genres,  suivants  appartenant  à  la 
Flore  de  France  sont  représentés  aux  Indes  :  Clematis, 
Anémone.  Callianthemum,  Trollius,  Pœonia.  Toutefois,  ils  ne 
fournissent  aucune  espèce  commune  aux  doux  pays.  Le  genre 
Clematis  est  représenté  en  général  dans  l’Himalaya  tempéré, 
et  çà  et  là  dans  les  montagnes  de  la  Péninsule,  par  exemple, 
dans  les  Nilgiris  et  les  monts  Khasias,  qui  passent  à  bon  droit 
pour  avoir  la  Flore  la  plus  riche  de  l’Inde.  On  se  souvient 
que  le  genre  Clematis  a  été  signalé  par  l’expédition  de  Stanley, 
comme  existant  sur  le  Rouvcnzori.  Le  genre  Anémone  se  ren¬ 
contre  ordinairement  dans  l’Himalaya.  Toutefois,  quelques-unes 
de  ses  espèces  se  trouvent  sur  d’autres  hautes  montagnes  de 
l’Inde,  au-dessus  de  1500  mètres  d’altitude.  Le  genre  Callian¬ 
themum  habite  les  chaînes  les  plus  centrales  de  l’Himalayâ,  du 
Cachemir  au  Sikhim,  à  une  altitude  qui  varie  de  2,700  à 
3,900  mètres.  Le  genre  Trollius  habite  la  région  alpine  de  l’Hi- 
malaya,  du  Cumaon  au  Cacbemir.  On  le  trouve  aussi  au  Népol 
et  au  Sikkim,  de  3,300  à  5,100  mètres.  Enfin  le  genre  Pœonia, 
lui  aussi,  est  l’hôte  des  Himalaya.  Il  y  croit  de  1,500  à 
3,000  mètres. 


Thalictrum  alpinum  L. 

—  minus  L. 

Adonis  œstivalis  L. 
Ranuncuius  aquatilis  L. 

—  falcatus  L. 

—  lingua  L. 

—  chœrophyllos  L. 

—  sceleratus  L. 
muricatus  L. 


Ranuncuius  arvensis  L. 

glacialis  L. 
Caltba  palustris  L. 
Isopyrum  thalictroïdcs  L. 
Aquilegia  vulgaris  L. 
Delphinium  clatum  L. 
Aconitum  Lycotonum  L. 

— ■  Napollus  L. 

Actœa  spicata  L. 


ESPÈCES  COMMUNES 


Thalictrum,  alpinum  L.  —  Cette  espèce  se  trouve  en  France, 
aux  Alpes  et  aux  Pyrénées.  Dans  l’Inde,  on  la  rencontre  dans 
la  région  alpine  de  l’Himalaya  au  Thibet  occidental.  Quant  à 
sa  distribution  générale,  elle  croit  dans  les  régions  arctiques. 
Dans  l’Himalaya,  on  la  trouve  à  une  altitude  de  3,000  à 
3,000  mètres.  La  iongucur  du  pédoncule  de  l’achaine  varie  à  la 
fois  dans  les  spécimens  appartenant  soit  à  la  Flore  de  France, 
soit  à  la  Flore  de  l'Inde. 

Thalictrum  minus  L.  —  Cctto  espèce,  qui  appartient  à  la  flore 
de  Paris,  croît  en  France  dans  les  bois.  On  la  trouve  aux  Indes, 
dans  les  vallées  profondes  et  centrales  de  l’Himalaya  tempéré. 
On  la  rencontre  aussi  au  Thibet  occidental.  Altitude  :  2,700  à 
3,600  mètres.  Distribution  générale  :  Europe,  Nord  de  l’Asie, 
Abyssinie,  Sud  de  l’Afrique.  Toutes  les  formes  indiennes  de 
cette  espèce  sont,  suivant  M.  Hooker,  très  variables  quant  à 
leur  feuillage,  mais  constantes  quant  à  leurs  fleurs.  Voici  les 
principales  variétés  de  cette  plante  dans  l’Inde. 

Thalictrum,  minus  vulgare.  —  Commune  en  Europe,  cotte  forme 
est  moins  répandue  ici  que  les  suivantes  :  Thaï .  min.  fœtidum 
et  majus.  Le  feuillage  de  cette  dernière  variété  ressemble  sou¬ 
vent  entièrement  à  celui  du  Thalictrum  / lavum . 

Adonis  œstivalis  L. —  Assez  commune  en  France,  dans  les  champs 
et  les  moissons,  cette  plante  appartient  à  la  Flore  parisienne. 
On  la  rencontre  aux  Indes,  dans  l’Himalaya  occidental,  depuis 
le  Cumaon  jusqu’au  Cachemir.  Elle  croit  dans  les  champs  do 
blé.  On  la  trouve  aussi  à  Ifazara  et  à  Pcshawar. 

Distribution  générale  :  Europe  et  Asie  tempérée. 


LE  NATURALISTE 


Ranunculus  aquatilis  L.  —  Egalement  du  domaine  de  la  Flore 
des  environs  de  Paris,  cette  espèce  qui  se  trouve  en  France 
dans  les  rivières,  ruisseaux,  mares  et  marais  habite  dans  l’Inde, 
l’Himalaya  occidental  du  Cumaou  à  l’Indus.  Elle  se  rencontre 
aussi  dans  le  Thibet  occidental  et  oriental,  dans  les  plaines  du 
Panjab  et  s’étend  au  sud  jusqu’à  Dehli  et  Saharunpore.  Toute¬ 
fois,  elle  ne  so  trouve  dans  l’Inde  qu’à  l’état  de  variété.  Ran. 
aq.  tricophgllus ,  et  de  plus  est  dépourvue  de  feuilles  nageantes. 

Distribution  générale  :  Régions  tempérées  des  deux  hémis¬ 
phères. 

Ranunculus  falcatus  L.  —  Cette  espèce,  qui  correspond  au  Cera- 
tccephalus  falcatus  de  Persoon,  est  particulière  au  midi  et  à  l’est 
de  la  France.  Elle  habite  l’Himalaya  tempéré  :  on  la  rencontre 
à  partir  de  Kisthwar,  en  se  dirigeant  vers  l’ouest.  On  la  trouve 
aussi  dans  le  Panjab  et  dans  les  lieux  herbeux,  à  Peshawar. 

Distribution  générale  :  Sud-Est  de  l’Europe  et  Asie  occi¬ 
dentale. 

Ranunculus  Lingua  L.  —  Plante  de  la  Flore  de  Paris,  habite 
en  France  les  étangs  et  les  fossés.  Aux  Indes,  croît  dans  l’Hi¬ 
malaya  occidental  et  dans  les  étangs  du  Cachemir. 

Distribution  générale  :  Régions  tempérées  de  l'hémisphère 
nord. 

Ranunculus  chterophyllos.  —  L’espèce  parisienne  croit  en  France 
dans  les  lieux  secs  et  couverts.  Habite  l’ouest  du  Thibet  et  les 
montagnes  de  Hasora  (3,600  m.). 

Distribution  générale  :  Sud  de  l’Europe,  Asie  Mineure,  Perse. 

Ranunculus  seeleratus  L.  —  Plante  parisienne  habitant  les  ma¬ 
rais  et  les  fossés.  Habite  les  bords  des  rivières  dans  le  Bengale 
et  dans  le  nord  de  l’Inde.  On  la  trouve  aussi  dans  les  marais 
de  Peshawar  et  dans  les  vallées  chaudes  de  l’Himalaya.  On  ne 
l’a  pas  rencontrée  jusqu’ici  au  Sud  de  la  Nerbadda. 

Distribution  générale  :  Zone  tempérée  de  l’hémisphère  nord. 

[A  suivre.) 

Hector  Léveiu-é. 


La  Chlorophylle  normale  existe-t-elle  chez  les  animaux? 


Dans  un  premier  article,  j’ai  montré  que  les  corpuscules  verts 
que  l’on  trouve  chez  un  grand  nombre  d’animaux  sont  des 
algues  voisines  du  Palmella  hyalina;  depuis  la  rédaction  de  cet 
article,  j’ai  eu  l’occasion  de  voir,  par  une  analyse  succincte,  que 
le  professeur  Famintzinde  Saint-Pétersbourg  venait  de  repren¬ 
dre  l’étude  de  ce  même  sujet  :  il  arrive  aussi  à  considérer  ces 
corpuscules  verts  comme  des  algues  :  bien  que  ce  travail  ne 
soit  pas  encore  publié,  on  peut  dire  que  la  question  est  défini¬ 
tivement  résolue. 

Aujourd’hui,  je  m’occuperai  de  savoir  s’il  existe  réellement 
des  animaux  colorés  en  vert,  non  par  une  algue  parasite,  mais 
à  la  façon  des  plantes,  par  des  chloroleucitcs.  Au  risque  d’aller  à 
l’encontre  d’idées  reçues,  je  n’hésite  pas  à  dire  que  jusqu’ici 
l’existence  de  véritables  chloroleucitcs  chez  les  animaux  est 
tout  à  fait  problématique.  En,  efiet,  en  ce  qui  concerne  des 
animaux  bien  caractérisés,  deux  observations  seulement  peu¬ 
vent  être  opposées  :  l’une  vient  de  Miss  Jessie  A.  Sn  Hit  qui 


attribue  à  la  Vorticella  chlorostigina  tic  la  chlorophylle  diffuse 
dans  un  protoplasma  très  transparent  :  il  en  serait  de  même, 
d’après  M.  E.  Ray  Lankester,  dans  une  Vorticelle;  ces  obser¬ 
vations,  dans  l’état  actuel  de  la  science,  affectent  un  tel  état 
d’exception  qu’elles  auraient  grand  besoin  d’ètre  confirmées  : 
d’un  autre  côté,  cette  chlorophylle,  dilfuse  dans  le  protoplasma, 
ne  nous  dit  rien  qui  vaille;  ce  n’est  lias  là  un  chloroleucitc  : 
elle  provient  plutôt  d’une  décomposition  d’aliments  ingérés. 

Il  y  a  d’autres  êtres,  colorés  en  vert  par  des  chloroleucitcs 
véritables  :  ce  sont  les  Euglenre,  les  Chlamylomonudinœ,  etc.? 
pour  la  plupart  des  zoologistes,  ce  sont  de  véritables  animaux; 
si  nous  démontrons  leur  nature  végétale,  nous  aurons  prouvé 
que  la  chlorophylle  normale,  que  les  chloroleucitcs  sont  des 
attributs  du  règne  végétal,  car  on  ne. saurait  vraiment  nous 
opposer  les  deux  exceptions  signalées  ci-dessus. 

Qui  n’a  vu,  à  la  surface  des  mares,  des  flaques  d’eau,  des 
rigolets,  un  nuage  vert  qui  peut  se  déplacer  avec  la  direction 
des  rayons  du  soleil  ?  Ce  nuage  est  constitué  par  une  quantité 
de  zoospores;  selon  la  disposition  des  lieux,  la  nature  de  l’eau, 
du  terrain,  ces  zoospores  appartiennent  à  de  nombreux  genres, 
d’ailleurs  liés  entre  eux  par  une  étroite  parenté  (fig.  1)  ce  sont 
les  Chlorogonium,  AA',  et  les  Cercidium  allongés  en  navette,  les 
Phacotus,  B,  aplatis  en  lentille,  les  Cklamydomonas  oviformes  C, 
les  Pithiscus,  P,  renflés  en  tonnelet,  etc.  tout  cela  grouille,  four¬ 
mille,  s’agite  ;  pourrait-on  douter,  un  seul  instant,  de  leur 
nature  animale?  Eh  oui,  pour  d’excellentes  raisons  ! 

Nous  allons  comparer  ces  êtres,  à  tous  les  stades  de  leur  vie, 
à  des  plantes  bien  caractérisées,  telles  que  le  Botrydium,  les 
Conferves,  les  Cladophores  et  la  conclusion  viendra  d’clle- 

Prcnons  d’abord  le  stade  zoospore  de  l’un  des  prétendus  ani¬ 
maux  verts  de  tout  à  l’heure  ;  tous  se  ressemblent  étroitement 
dans  leur  structure  ;  en  décrivant  l’un  d’eux,  le  Cklamydomonas 
Uorieri  (fig.  2)  par  exemple,  nous  connaîtrons  tous  les  autres. 

La  zoospore  a  une  forme  ovale  A  :  à  la  partie  antérieure 
sont  insérés  deux  longs  flegellums  ;  ces  flagellums  lui  servent 
à  progresser  rapidement  dans  l’eau  :  le  corps  est  entouré  d’une 
membrane  de  cellulose.  D  ans  le  protoplasma  on  distingue  deux 
régions  :  l’une,  antérieure,  afl’ectant  la  forme  d’une  chambre 
vacuolairc;  on  l’a  considérée  parfois  comme  un  leucite  d’une 
forme  particulière,  un  liydroleucite  ;  la  présence  au  milieu  de 
cette  chambre  vacuolaire  du  noyau  de  la  cellule  n’est  pas  de 
nature  à  appuyer  cette  opinion  :  on  ne  saurait  davantage  yvoir 
une  cavité  digestive,  puisque  la  membrane  cellulosique  est 
continue . 

Sous  la  membrane,  se  trouve  un  chloroleucitc  en  forme  de 
cloche  ;  c’est  du  protoplasma  plus  dense,  imprégné  de  chloro¬ 
phylle  :  à  sa  partie  postérieure,  il  renferme  l’a  mylosphère  (Van 
Tieghem)  :  c’est  un  petit  globule  réfringent  (pyrénoïde)  entouré 
d’une  couche  d’amidon.  A  noter  encore  la  présence  au  niveau 
de  l’amylosphère  ou  un  peu  au-dessus  d’un  point  rouge  qui  est 
considéré  comme  l’œil,  puis,  plus  haut,  à  la  base  des  llagel- 
lums  d’une  vacuole  contractile. 

Telle  est  la  structure  de  ce  prétendu  animal  :  on  peut  déjà 
s’étonner  qu’il  fabrique  de  l’amidon,  mais  peu  nous  importe 
pourl’instant. 

Abandonnons  dans  une  soucoupe  de  porcelaine,  le  Botrydium 


Fi  g  l .  —  t  )phnjdhitn  versatile  coloré  en  vert  par  les  Zoochlorclles  :  celles-ci  ;  >ar  1  phèi  s  ombrées. 

—  Fig.  2.  Paramaecium  Bursaria.  Id.  - —  Fig.  3.  En  haut  et  à  gauche.  Zoochlorelle  avec  son  noyau;  à  côté  division  en  deux  et 
en  quatre  do  l’algue,  germination  du  kyste  par  rupture  de  la  membrane. —  Fig.  i.  Les  chloroleucitcs  dans  une  cclllulc  végétale 

—  Fig.  o.  Palmella  hyalina.  Colonie  gélatineuse  formée  de  cellules  ressemblant  exactement  aux  Zoochlorellles  comme  grosseur 

ci  comme  structure.  —  Fig.  6.  Chloroleucitc  en  ruban  d’un  Spirogyra.  —  Fig.  7.  Lu  rh-h*  iv.-c  s.-s  Z..urhl"relles.  — 

Fig.  8.. Colonie  gélatineuse  d’Ophrydium  versatile.  —  Fig.  9.  Disposition  des  individus  dans  cette  rolonie. 


LE  NATURALISTE 


.'>8 


ou  encore  des  algues  lilamenteuses,  des  Conferves  :  ou  verra 
bientôt  que  la  plupart  dos  cellules  ,se  sont  vidées  :  elles  ont 
donné  naissance  à  un  essaim  de  zoospores  qui  maintenant 
forment  une  couche  verte  mobile  sur  les  bords  de  la  soucoupe  ; 
or  ce  qu’il  y  a  de  plus  curieux,  c’est  que  ces  zoospores  végé¬ 
tales  incontestablement  ne  différent  en  rien  de  celles  des 
Chlamydomonas:  elles  se  déplacent,  s’agitent,  vont  et  viennent 
avec  la  plus  grande  activité  ;  mêlées  aux  premières,  le  micro- 
graphe  le  plus  exercé  ne  saurait  les  distinguer  :  elles  ont  des 
flagellums,  un  point  oculiformc,  une  chambre  antérieure 
claire,  un  ou  plusieurs  chlorolcucites,  des  amylosphcres,  un 
noyau. 

La  structure  de  nos  prétendus  animaux  verts,  leurs  mouve¬ 
ments  sont  donc  identiquement  les  mêmes  que  ceux  de  zoos- 
porcs  regardées  par  tous  comme  des  algues  :  voilà  un  premier 
point. 

Passons  maintenant  au  développement  :  la  zoosporo  de 
Clamydomonas  tout  en  continuant  à  se  mouvoir,  divise  son 
contenu  en  deux  ou  quatre  zoospores  filles  (fig.  2,  B.  C),  qui, 
a  un  moment  donné,  deviennent  libres  :  elles  s’échappent  au 
travers  de  la  membrane  et  se  meuvent  dans  le  liquide; 
d’autres  fois,  la  zoospore  se  fixe,  perd  ses  cils,  divise  son  pro- 
loplasma  en  deux  ou  en  quatre,  quelquefois  huit  cellules  qui 
peuvent  se  transformer  en  zoospores  ;  en  un  mot,  là  cellule  de 
Chamydvmonàs  devient  Un  sporange  soit  mobile,  soit  fixé. 

Dans  le  Botrydium  granulation  (fig.  3),  petite  algue  unieellu- 
laire  que. l’on  trouve  sur  le  bord  des  fossés,  les  choses  se  pas¬ 
sent  de  la  même  façon  ;  la  zoospore  se  fixe  ;  elle  développe 
dans  le  sol  des  ramifications  dichotomes,  A,  et  elle  se  renfle  à 
l’air  libre  en  ampoule  qui  deviendra  le  sporange.  Pour  observer 
la  formation  des  zoospores,  il  faut  de  toute  nécessité  faire  scs 
observations  le  soir  ou  même  pendant  la  nuit  ;  c’est  le  seul  mo¬ 
ment  favorable.  On  voit  le  protoplasma  se  sectionner  en  nom¬ 
breuses  portions  polygonales  :  chacune  de  ces  portions  s’indi¬ 
vidualise  en  une  zoospore  ;  la  membrane  du  sporange  s’épaisit, 
devient  gélatineuse  :  elle  présente  en  un  point  une  ouverture  par 
laquelle  s’échappent  les  zoospores  ;  en  un  mot  la  cellule  du  Bo¬ 
trydium  s’est  transformée  comme  celle  du  Chlamydomonas  en  un 
sporange. 

On  est  en  droit  de  conclure  que  la  reproduction  asexuelle 
tendant  à  la  dissémination  de  l’espèce  est  identiquement  la 
même  chez  nos  prétendus  animaux  verts  et  chez  les  algues  : 
voilà  un  second  point  : 

Il  ne  nous  reste  plus  à  étudier  et  à  comparer  que  la  repro¬ 
duction  sexuelle. 

Chez  les  Chlamydomonas  (fig.  2,  D.  J.),  à  un  certain  moment 
la  cellule,  au  lieu  de  donner  des  zoospores  ordinaires,  produit 
des  zoospores  douées  de  sexualité  ou  gamètes  ;  ces  gamètes  se 
recherchent;  on  les  voit  s’accoupler  par  deux,  E.  K.;  elles 
entremêlent  d’abord  leurs  flagellums,  se  happent  par  leur 
extrémité  antérieure  et  elles  se  fusionnent  peu  à  peu  complète¬ 
ment  en  une  petite  cellule  ronde  qui  est  l'œuf  ou  oospore 
comme  on  voudra  l’appeler;  dans  cet  œuf,  G.  H.,  lès  deux  ga¬ 
mètes  sont  intimement  fondues  :  les  protoplasmas  mélangés,  les 
deux  noyaux  réunis  en  un  seul  !  Cet  œuf  grossit,  s’entoure  d’une 
forte  membrane  G.  H.  qui  lui  permet  de  résister  à  la  dessicca¬ 
tion  et  au  manque  de  nourriture,  à  toutes  les  conditions  défavo¬ 
rables;  plus  tard,  il  germe  soit  en  donnant  des  zoospores,'  soit 
en  produisant  des  cellules  immobiles  I. 

On  dirait  que  la  reproduction  sexuelle  du  Botrydium  granula¬ 
tion  et  aussi  celle  de  beaucoup  d’autres  algues  est  calquée  sur 
celle  des  Chlamydomonas',  en  effet,  on  y  trouve  des  gamètes  qui 
se  réunissent  également  deux  par  deux  pour  constituer  l’œuf 
ou  oospore  (fig.  3,  C.  D.)  ;  ces  gamètes  ne  sauraient  être  distin¬ 
guées  des  premières  et  leur  fusion  a  lieu  de  la  même  manière  ; 
elles  entremêlent  leurs  flagellums  et  les  deux  protoplasmas  se 
mêlent  graduellement. 

Donc,  la  reproduction  sexuelle  a  lieu  chez  les  prétendus  ani¬ 
maux  verts  exactement  comme  chez  les  algues. 

Pourquoi  a-l-on  si  longtemps  considéré  les  Chlorogouium,  les 
Phacotus,  les  Chlamydomonas ,  etc.,  comme  des  animaux  verts, 
comme  des  Flagellés?  Cela  lient  à  plusieurs  raisons;  d’abord 
beaucoup  de  ces  êtres  n’avaient  été  étudiés  que  par  des  zoolo¬ 
gistes  peu  familiarisés  avec  l’étude  des  algues  ;  ensuite,  dans 
cette  étude,  on  s’était  borné  à  la  phase  zoospore,  c’est-à-dire 
à  la  période  d’activité.  Maintenant  que  nous  connaissons  mieux 
ces  êtres,  nous  pouvons  nous  faire  une  idée  plus  exacte  de  leur 
place  dans  la  classification  et  du  même  coup,  nous  faisons  un 
grand  pas  dans  la  voie  des  généralisations  en  établissant  l’absence 
de  chlorophylle  normale  chez  les  animaux. 

On  est  en  droit  de  nous  demander,  il  est  vrai,  en  quoi  nous 


faisons  constituer  la  distinction  des  animaux  et  des  végétaux  ; 
nous  n’avons  nullement  l’intention  d’esquiver  la  réponse  ;  encore 
devons-nous  l’amener  par  quelques  études  préliminaires. 

P.  A.  Dangeard. 


LES  CACATOES  ROSALBINS 

DU  JARDIN  DES  PLANTES  DE  PARIS 


Depuis  quelques  semaines,  la  volière  attenant  au  bâtiment 
des  Singes,  du  Muséum  de  Paris,  qui  donne  asile  à  ces  ani¬ 
maux  durant  la  belle  saison,  est  occupée  par  des  Oiseaux.  Ainsi, 
l’hiver  dernier,  les  Vautours  l’habitaient  à  pareille  époque. 
Cette  année,  ce  sont  des  Perroquets  de  moyenne  taille,  des 
Cacatoès  originaires  d’Australie  qui  y  prennent  leurs  ébats. 

Au  nombre  d’une  vingtaine,  les  Cacatoès  rosalbins  ( Cacatua 
roseicapilla  Wagl.)  semblent  se  plaire  beaucoup  dans  cette  vaste 
demeure.  Ces  Oiseaux  ont  -la  tête  d’un  blanc  rosé,  le  dos,  le 
croupion  et -la  queue  d’un  gris  ardoisé;  les  ailes  sont  brunes, 
.a  gorge,  les  côtés  du  cou,  la  poitrine  et  le  ventre  sont  d’un 
ose  assez  vif,  plus  pâle  aux- sous-caudales.  Le  bec  est  blanc,  et 
les  pattes  sont  d’un  brun  grisâtre. 

Si  l’on  voyait  leurs  prédécesseurs,  les  Rapaces,  se  tenir  per¬ 
chés,  rester  longtemps  immobiles,  et  parfois  seulement  étendre 
leurs  immenses  ailes  comme  s’ils  étaient  trop  paresseux  pour 
s’en  servir,  nos  Perroquets,  au  contraire,  sont  sans  cesse  on 
mouvement,  et  leurs  cris  bruyants  font,  par  moments,  un  ta¬ 
page  infernal.  Parfois,  on  les  aperçoit,  trois  ou  quatre  en¬ 
semble;  voler  autour  de  la  grande  cage,  se  poursuivre  dans 
l’air  ;  le  vol  qui  est  très  soutenu  ressemble  à  celui  du  Ramier  ; 
tuais  les  ailes  étant  plus  courtes,  leur  battement  est  plus  sac¬ 
cadé. 

Par  moments  ces  Oiseaux  planent,  mais  d’est  avec  moins  de 
souplesse  qu’ils  virent  sur  place. 

Un  petit  groupe  s’abat  sur  le  sol  pour  manger  le  blé  qu’on 
a  distribué.  En  marchant,  les  Cacatoès  rosalbins  ont  un  peu  la 
tournure  des  Pigeons,  en  ce  sens  que,  comme  eux,  ils  se  ba¬ 
lancent  de  côté  en  avançant  pour  picorer  les  grains;  j’ai  vu 
qu’en  les  tenant  dans  leur  bec,  ils  s’aident  parfois  des  griffes 
pour  les  briser  et  les  avaler.  D’autres  restent  à  distance,  isolés, 
un  va  s’abreuver  dans  le  jet  d’eau  du  milieu  de  la  volière,  un 
autre  déchiqueté  l’écorce  d’un  tronc  d’arbre  qu’il  emporte 
triomphant  sur  la  galerie  circulaire  ;  là,  en  haut  dans  le  fond, 
sont  installés  dix  nichoirs  qui  servent  aux  Oiseaux  d’abri  pour  y 
passer  la  nuit. 

Le  continent  australien  est,  comme  nous  l’avons  vu,’la  patrie 
des  Cacatoès  rosalbins,  et  c’est  au  milieu  du  vert  feuillage  des 
Acacias,  des  Arbres  à  gomme,  que  l’on  voit  ressortir  leur  beau 
plumage,  aux  couleurs  si  douces. 

Ces  Oiseaux  abondent  surtout  au  centre,  le  long  de  la  rivière 
Namoi,  et  ils  s'étendent  aux  Montagnes  Bleues  et  à  la  côte 
septentrionale. 

Ils  vivent  là,  en  bandes  innombrables  qui  parcourent  les 
forêts  et  les  plaines;  les  moissons  sont  souvent,  parait-il,  dé¬ 
vastées  par  eux.  Les  Cacatuidés  se  nourrissent  de  fruits,  de 
bulbes,  de  champignons,  mais  de  préférence  de  céréales.  Le  nid 
de  l’espèce  dont  je  viens  de  parler  est  établi  fréquemment 
dans  les  troncs  des  gros  Eucalyptus. 

Nous  savons  que  les  Oiseaux  de  ce  genre  supportent  facile¬ 
ment  la  captivité. 

Il  est  intéressant  de  constater  à  Paris,  que  leur  petite  société 
d’un  si  agréable  aspect  a  supporté  aisément  les  rigueurs  de 
cet  hiver,  tandis  que  l’extrême  froid  a  été  si  funeste  à  beaucoup 
de  grands  animaux  du  Jardin  des  Plantes. 

F.  de  Schaeck. 


Recherches  et  Préparation  des  Batraciens 

Les  Batraciens  se  rapprochent  des  Poissons  par  leurs 
caractères  anatomiques.  Les  Naturalistes  n’ont,  en  gé¬ 
néral,  aucun  penchant  pôur  l’étude  cependant  si  inté¬ 
ressante  de  ce  groupe.  Le  dégoût  qu’inspirent  la  plupart 
des  Batraciens,  les  préjugés  encore  si  nombreux  qui 
régnent  sur  ces  animaux  sont  les  causes  qui  font  délaisser 
cette  étude. 


LE  NATURALISTE 


Avant  de  donner  à  ceux  qui  s’intéressent  à  celte  classe 
d'animaux  quelques  indications  sur  leur  recherche , 
nous  nous  faisons  un  devoir  de  prémunir  les  débutants 
contre  les  préjugés  si  exagérés  relatifs  au  venin  des  Ba¬ 
traciens.  Nous  empruntons  à  un  Herpétologiste  expéri¬ 
menté,  M.  Lataste,  les  renseignements  qu’il  a  publiés  à 
ce  sujet (1)  : 

«  Je  ne  m’amuserai  pas  à  combattre  l’opinion  du  vul¬ 
gaire  qui  croit  ces  animaux  susceptibles  de  mordre  ou 
de  lancer  un  liquide  empoisonné  contre  les  gens  qui  les 
approchent  de  trop  près.  Les  os  des  mâchoires,  très 
faibles  et  mus  par  des  muscles  très  peu  puissants,  sont 
incapables  d’exercer  une  pression  douloureuse  sur  une 
partie  quelconque  de  notre  corps,  et  leurs  dents,  quand 
ils  en  ont,  sont  trop  petites  pour  percer  notre  épiderme. 
Quant  au  liquide  qn’ils  éjaculent  lorsqu’on  les  effraie 
ou  qu’on  les  tourmente,  c’est  de  l’eau  à  peu  près  pure, 
tenue  en  réserve  dans  la  vessie  pour  les  besoins  de  l’éco¬ 
nomie  et  dont  ils  se  débarrassent  pour  s’alléger  et  mieux 
fuir.  Mais  des  pores  innombrables  qui  criblent  leurs 
téguments  s’écoule  un  liquide  visqueux  et  toxique,  ainsi 
que  l’ont  démontré  un  grand  nombre  d’expériences.  La 
dose  est  trop  faible  pour  produire  un  effet  sensible  sur 
un  être  aussi  volumineux  que  l’homme,  qu’un  épiderme 
assez  réfractaire  à  l’absorption  protège  d’ailleurs  effica¬ 
cement.  Tout  au  plus  a-t-on  observé  quelquefois  une 
légère  irritation  de  la  muqueuse  des  yeux,  quand  les 
doigts  imprégnés  dans  ce  suc  avaient  été  portés  par 
mégarde  sur  cette  partie.  Mais  les  petits  animaux  ne 
jouissent  pas  de  la  même  immunité  que  nous  à  cet 
égard.  Il  ne  faut  pas  croire  que  le  Crapaud  soit  seul  vé- 
nimeux  ;  tous  les  Batraciens  anoures  et  urodèles ,  la 
Crenouille  verte,  la  gentille  Rainette  elle-même,  le  sont 
à  divers  degrés.  » 

En  résumé,  le  Naturaliste  n’a  rien  à  redoute 
des  Batraciens,  dont  l’action  n’est  dangereuse 
que  pour  les  petits  animaux,  et  si,  en  cours 
d’excursion,  on  place  dans  un  même  sac  des 
Crapauds  etdes Grenouilles,  on  constate  qu’au 
bout  de  peu  de  temps  ces  dernières  sont  tou¬ 
tes  empoisonnées  par  l’absorption  du  venin 
des  Crapauds.  Quant  au  chasseur,  la  seule 
précaution  qu’il  doit  prendre  consiste  à  évi¬ 
ter,  lorsqu’on  capture  ces  animaux,  de  por¬ 
ter  ensuite  les  doigts  aux  paupières.  Il  est. 
toujours  prudent,  au  retourd’une  excursion, 
de  se  laver  les  mains  dans  de  l’eau  vinaigrée 
ou  phéniquée. 

Recherche  des  Batraciens  |,a 

chasse  de  ces  animaux  peut  se  faire  par  di¬ 
vers  procédés  :  on  se  sert  d’un  troubleau  à 
mailles  fines  pour  les  capturer  dans  l’eau 
ou  dans  les  prés  et  autres  endroits  humides 
qu’ils  fréquentent  ;  dans  ce  cas  on  les  re¬ 
couvre  avec  le  troubleau  et  on  les  saisit  avec 
la  main;  si  on  éprouve  quelque  répugnance, 
on  peut  revêtir  la  main  d’un  gant  de  peau  et 
employer  une  pince  pour  les  saisir.  On  les 
prend  aussi  à  la  ligne,  amorcée  d'un  objet 
quelconque  ;  d’une  mouche,  d’une  sauterelle 
et  de  préférence  d’un  morceau  dé  drap 
se  voie  de  plus  loin  :  la  peau  même 


du  venin 


est  un  très  bon'appât  pour  attirer  les  autres.  Enfin  on 
les  chasse  aussi  à  l’arbalète  ou  avec  une  lance  dont  on 
peut  approcher  la  pointe  à  quelques  centimètres  de 
leur  corps,  ces  animaux  étant  peu  défiants. 

Quand  on  a  capturé  des  Batraciens,  on  les  emporte 
soit  dans  un  flacon  rempli  d’eau,  soit  dans  un  sac  d’ex¬ 
cursion  et  de  préférence  dans  une  boite  à  herboriser  où 
on  les  dépose  dans  la  mousse  ou  de  l’herbe  humide. 

La  meilleure  saison  pour  la  chasse  des  Batraciens  est 
le  printemps  ;  à  partir  du  mois  de  mars  ou  d’avril  on  les 
trouve  dans  les  étangs,  les  mares,  les  fossés,  les  prés 
humides,  les  bois  ombragés,  les  fentes  des  vieux  murs, 
sur  les  arbustes,  etc...  Beaucoup  d’espèces  se  cachent 
pendant  le  jour  et  ne  sortent  que  le  soir. 

Lorsqu’on  chasse  dans  les  eaux  stagnantes  on  peut 
capturer  non  seulement  les  sujets  des  deux  sexes,  mais 
en  même  temps  les  jeunes  dans  leurs  différentes  phases 
de  développement.  Les  'Fêtards  des  Batraciens  sont  très 
intéressants  à  étudier  et  on  peut  se  livrer  à  cette  étude 
au  moyen  d’un  Aquarium. 

Batraciens  anoures.  —  Ces  Batraciens  vivent 
dans  des  conditions  très  variées  :  les  Rainettes  se  tiennent 
pendant  le  jour  sur  les  arbres  où  elles  demeurent  im¬ 
mobiles  sur  les  feuilles  ;  à  la  fin  de  l’automne,  elles 
regagnent  l’eau  et  sont  faciles  à  capturer  la  nuit,  à  l’aide 
d’un  petit  troubleau,  dans  les  mares  où  leurs  chants 
décèlent  leur  présence.  Les  Grenouilles  vertes  sont  aqua¬ 
tiques  ;  elles  se  prennent  ordinairement  à  la  ligne.  La 
Grenouille  agile  ( Rana  agilis)  se  trouve  en  abondance  dans 
les  prairies  et  les  bois  humides  en  compagnie  de  la  Grc 
nouille  rousse.  Les  Pelodytes  doivent  être  recherchés,  pen¬ 
dant  les  belles  nuits  d’été,  au  pied  des  murs  ou  le  long 
des  petits  ruisseaux.  Les  Alytes  sont  très  communs  en 
France  ;  ils  vivent  en  colonies  dans  les  vieilles  carrières, 
dans  les  talus  ou  le  long  des  murailles  qui  bordent  les 


(t;  Lataste.  £smi  d'une  faune  herpétologique  de  là  Gironde. 
Actes  de  la  Société  Linnéenne  de  Bordeaux,  t..  XXX. 


’ig.  1.  —  Rainette  verte  llyla  vieillis). 

chemins.  On  peut  en  recueillir  un  grand  nombre  en  les 
cherchant  le  soir,  avec  une  lanterne  dans  les  lieux  où 
ils  chantent.  Les  Pelobatcs  habitent  les  dunes  de  notre 
littoral  où  ils  restent  enfouis  tout  le  jour  pour  ne  sortir 
que  la  nuit.  Le  Sonneur  igné  ( Bombinator  igneus )  fréquente 


LE  NATURALISTE 


00 


commun  (Bufo  oulgans). 


Fig.  0.  —  Crapaud  calamite  ( Htif'o  calamità ). 


Fig.  8.  —  Crapaud 


61 


LE  NATURALISTE 


les  eaux  stagnantes  et  croupissantes  de  peu  de  profon¬ 
deur.  Les  Crapauds  ne  sortent  guère  |que  le  soir  ou  quand 
le  temps  est  doux  et  pluvieux  ;  ils  se  creusent  quelque¬ 
fois  des  trous  peu  profonds  ou  s’emparent  de  la  galerie 
d’un  mulot  ou  d’une  taupe.  On  les  trouve  aussi  sous  les 
pierres,  les  tas  d’immondices,  dans  le  voisinage  des  fu¬ 
miers.  Le  Crapaud  calamite  est  presque  exclusivement  noc¬ 
turne  ;  dans  le  Nord  de  la  France  il  est  commun  dans 
les  dunes  où  il  s’enfouit  dans  le  sable. 

Les  œufs  de  ces  Batraciens  dôiventêtre  aussi  recueillis 
et  placés  dans  des  vases  d’eau  fraîche  jusqu’à  l’éclosion. 
Pour  ce  genre  de  recherches  on  peut  consulter  le  Calen¬ 
drier  herpélologique  pour  la  chasse  des  Batraciens  anoures 
par  M.  Héron-Royer  (1). 

Batraciens  urodèles.  —  Ces  animaux  sont,  aqua¬ 
tiques  et  terrestres  ;  on  peut  les  trouver  dans  des  con¬ 
ditions  très  variées,  mais  le  choix  des  sujets  est  impor¬ 
tant  pour  le  naturaliste  :  on  sait  que  ces  Batraciens 
subissent  des  mues  fréquentes  et  qu’ils  ont  la  faculté  de 


Fig.  10.  —  Salamandre  terrestre  (. Salamandra  maculo.su). 
refaire  certaines  parties  de  leur  corps  qu’ils  ont  perdues  ; 
il  ne  faut,  autant  que  possible,  choisir  que  des  sujets 
ne  présentant  aucun  de  ces  cas  accidentels. 

Les  Salamandres  doivent  être  recherchées  dans  les 
vieilles  carrières,  sous  les  pierres,  à  proximité  des  bois. 

Les  Tritons  marbrés  se  rencontrent  surtout  au  mois  de 
mars  dans  les  fontaines,  les  fossés,  les  réservoirs  d’eau 


pluviale.  Durant  le  reste  de  l’année  on  les  trouve,  en 
compagnie  des  Salamandres  dans  les  lieux  humides  et 
obscurs,  dans  les  décombres,  sous  les  pierres  et  les 
vieilles  souches. 


Fig.  12.  —  Triton  palmé  (' triton  patinai  us). 


Le  Triton  palmé,  commun  aux  environs  de  Paris, 
habite  les  eaux  courantes  ou  croupissantes. 

On  doit  recueillir  les  Têtards  de  tous  ces  Batraciens 
dont  on  étudiera  les  mœurs  dans  l’Aquarium. 

(A  suivre.) 


NÉCROLOGIE 


L’histoire  naturelle  vient  de  faire  une  perte  cruelle  en  la  per¬ 
sonne  du  docteur  S.  M.  Souverbic,  conservateur  du  Muséum  de 
Bordeaux,  décédé  le  1er  février  à  l’àge  de  soixante-seize  ans.  Né 
en  1815,  à  New-York,  de  parents  français,  Souverbie  montra 
dés  l’enfance  un  goût  très  prononcé  pour  l’étude  des  sciences 
naturelles.  Reçu  docteur  en  médecine  à  Montpellier  en  1842,  il 
renonça  à  cette  carrière  pour  se  consacrer  entièrement  à  l’his- 
toire  naturelle  et  succéda  en  1853  à  M.  Burguet  dans  les  fonc¬ 
tions  de  conservateur  du  Muséum  de  Bordeaux.  Pendant  trente- 
huit  ans,  Souverbie  a  travaillé  sans  relâche,  d’abord  à  l’installa¬ 
tion  du  Muséum  dans  le  local  qu’il  occupe  actuellement,  puis  à 
l’augmentation  incessante  des  collections.  11  est  resté  sur  la 
brèche  jusqu’au  dernier  jour  ei  n’a  quitte  S"ii  cher  Muséum  que 
pour  s’aliter,  atteint  d’une  maladie  qu’il  avait  contractée  pen¬ 
dant  les  grands  froids  et  qui  devait  l’emporter  en  quelques 
jours. 

Savant  autant  que  modeste,  il  a  pu  paraître  froid  et  réservé 
à  ceux  qui  ne  le  connaissaient  pas,  mais  ceux  qui,  comme  nous, 
ont  vécu  dans  son  intimité,  savent  que  sous  des  dehors  un  peu 
brusques  Souverbie  cachait  un  excellent  cœur.  Membre  de  la 
Société  Linnéenne  de  Bordeaux,  il  n’y  comptait  que  des  amis 
et  c’est  dans  les  excursions  faites  tant  de  fois  ensemble  que 
nous  pouvions  apprécier  sa  gaîté  et  l’aménité  de  son  caractère. 

Grâce  à  ses  efforts  persévérants,  il  a  fait  du  Muséum  de  Bor¬ 
deaux  un  des  premiers  établissements  de  ce  genre  que  nous 
possédions  en  France  ;  les  collections  conchyliologiques  prin¬ 
cipalement,  pour  lesquelles  il  avait  une  véritable  passion,  cons¬ 
tituent  la  partie  la  plus  remarquable  de  son  œuvre.  La  magni¬ 
fique  collection  de  coquilles  de  la  Nouvelle-Calédonie,  qui  fut 
donnée  au  Muséum  par  deux  missionnaires,  MM.  Lambert  et 
Montrouzier,  est  sans  rivale  aujourd’hui  et  a  fourni  au  docteur 
Souverbie  les  matériaux  pour  un  important  travail  qu’il  a  publié 
dans  le  Journal  de  Conchyliologie  sous  le  titre  :  Descriptions  d’es¬ 
pèces  nouvelles  de  l’Archipel  Calédonien.  Tandis  que  son  collabora¬ 
teur  feu  Gassies  décrivait  les  espèces  terrestres  nouvelles  pro¬ 
venant  de  la  Nouvelle-Calédonie,  Souverbie  entreprenait  la  des¬ 
cription  des  espèces  marines,  dont  plusieurs  n'ont  de  repré¬ 
sentants  qu'au  Muséum  de  Bordeaux. 

Enfin  il  a  su,  par  ses  recherches  incessantes,  augmenter  les 
collections  minéralogiques  et  paléontologiques  de  son  Musée 
qui  possède,  grâce  à  scs  acquisitions,  des  sujets  extrémemcnl 
rares,  principalement  parmi  les  grands  Cétacés. 

Nous  no  doutons  pas  que  la  mort  de  ce  savant,  aussi  mo¬ 
deste  que  consciencieux,  ne  soit  vivement  regrettée  par  tous 
les  amis  de  l’histoire  naturelle. 


DIAGNOSES  D’UN  LÉPIDOPTÈRE  NOUVEAU 


(iasiua  Perseæ,  n.  sp. 

57  millimètres.  Fond  des  quatre  ailes  jaunâtre  avec  les  ner¬ 
vures  bien  dessinées;  les  supérieures  sont  traversées  par  une 
première  bande  noire  simple  tout  près  de  la  base,  puis  un  peu 
plus  loin  par  une  double  bande,  en  partie  interrompue,  formant 
avec  la  première  comme  une  sorte  de  V.  Une  série  de  traits 
allongés  subterminaux  en  forme  de  coins  se  voit  dans  les  quatre 
ailes  entre  chaque  nervure.  (Entre  quelques-unes  des  nervures 
ces  traits  paraissent  comme  oblitérés.) 

Tète  jaunâtre,  thorax  garni  do  poils  noirs  aux  épaulettes  jau¬ 
nâtres  au  centre,  abdomen  noir  annelé  de  poils  plus  clairs, 
anus  jaunâtre,  pattes  noires  garnies  de  poils  gris. 

Cette  espèce  so  place  entre  Citri  de  Sepp  (Surinaamschc 
Ylinders,  |il.  12  dont  elle  se  distingue  aisément  par  l’absenre 
de  toute  tache  rose  et  la  différence  des  dessins  et  Nuda  de 
Cramer  (Pap.  exot.  IV,  pl.  306,  fig.  B)  plus  petite  qu’elle  et  ne 


(1)  Feuille  des  jeunes  naturalistes  8°  année,  p.  42-73-88-101. 


G2 


LE  NATURALISTE 


possédant  pas  aux  quatre  ailes  la  rangée  subterminalo  de  traits 
si  caractéristique  dans  Persete. 

Une  Q  éclose  d'un  cocon  trouvé  dans  la  ferme  du  séminaire 
de  Loja  au  pied  d'un  avocatier  (Laurus  Persea  de  Linné).  Ce 
cocon  de  25  millimètres  environ  est  plus  long  que  large,  arrondi, 
gris  roux  et  très  dur.  Pour  éclore,  la  chrysalide  est  sortie  à 
moitié  du  cocon.  Le  papillon  est  né  le  29  mars  1890. 

P.  Dognin. 


LA  COLLECTION  ENTOMOLOGIQUE 

DE  FEU  L’ABBÉ  DE  MARSEUL 

M.  le  professeur  Emile  Blanchard  a  adressé  récemment  au 
directeur  du  Muséum  de  Paris  un  rapport  sur  le  don  fait  au 
Muséum  d’Histoire  Naturelle  de  la  collection  entomologique  de 
M.  l’abbé  de  Marscul. 

C’est  ce  rapport  que  nous  reproduisons  ci-  après  presque  en 
totalité  : 

«  En  1887,  mon  ami  le  Dr  Sichel,  qui  avait  formé  une  très 
remarquable  collection  de  l’ordre  de-  hyménoptères,  me  remet¬ 
tait  çette  collection  pour  l’installer  dans  mon  laboratoire.  Dix 
ans  plus  tard,  M.  Joseph  Girardel  qui  longtemps  avait  vécu  à 
Vienne  (Autriche)  était  venu  sc  fixer  à  Paris.  11  possédait  une 
collection  très  intéressante  et  très  particulière  d’insectes  para¬ 
sites,  de  producteurs  de  galles,  dont  il  avait  fait  une  étude  ap¬ 
profondie.  Des  relations  très  amicales  s’étant  nouées  entre 
M.  Giraud  et  moi,  M.  Giraud  estima  qu’il  ne  pourrait  avoir 
pour  sa  collection  un  conservateur  plus  vigilant  que  moi,  et  le 
Muséum  entra  en  possession  de  la  collection. 

«  Aujourd’hui,  c’est  une  collection  considérable  d'un  tout 
autre  genre  qui  nous  est  offerte.  M.  l’abbé  de  Marseul,  vivant  à 
Paris  dans  une  entière  indépendance,  sc  livrait  d’une  manière 
suivie  à  des  études  sur  les  insectes  de  l’ordre  des  Coléoptères. 
Je  n’avais  jamais  entretenu  avec  lui  des  relations  particulières, 
mais,  s’étant  loué  de  l’accueil  qu'il  recevait  dans  mon  laboratoire, 
lorsqu’il  venait  chercher  des  consultations,  il  décida  qu’à  sa 
mort,  son  neveu,  M.  de  Marseul,  percepteur  à  Tergnier  (Aisne), 
ferait  don  de  sa  collection  au  Muséum. 

«  Au  jour  de  la  réception,  la  collection  de  Marseul  était  at¬ 
taquée  en  certaines  parties  par  les  insectes  destructeurs  (les 
Anthrènes).  Le  premier  soin  a  dû  être  de  bien  expurger  la  col¬ 
lection  des  bêtes  nuisibles  afin  de  la  préserver  et  d’empêcher 
ainsi  toute  contamination.  D’après  le  dénombrement  qui  a  été 
fait  tout  d’abord,  la  collection  de  Marseul  renferme  environ 
24,000  espèces  représentées  par  92,000  individus.  M.  l’abbé  de 
Marseul  est  l’auteur  de  la  monographie  d’une  famille,  les  His- 
térides,  or,  les  représentants  de  cette  famille.  1,181  espèces 
(4,899  individus)  sont  les  sujets  mêmes  qui  ont  servi  aux  des¬ 
criptions  de  l’auteur.  Ce  sont  donc,  suivant  l’expression  consa¬ 
crée,  les  types.  L’intérêt  de  posséder  des  types  est  immense 
pour  un  établissement  tel  que  le  Muséum  d’Histoire  Naturelle. 
On  sait,  en  effet,  que  dans  la  plupart  des  circonstances  il  est  à 
peu  près  impossible  d’assurer  l’exacte  détermination  des  es¬ 
pèces  d’après  la  simple  lecture  des  descriptions  Nous  avons 
encore  eu  la  satisfaction  de  rencontrer  dans  la  collection  de 
Marscul  nombre  de  types  d’une  famille  de  Coléoptères  (les  Mé- 
lasomes)  étudiée  par  un  entomologiste  de  Marseille  M  Solier. 

«  On  verra  par  ce  court  aperçu  que  si  mes  constantes  préoc¬ 
cupations  ont  été  de  faire  de  la  collection  entomologique-du 
Muséum  de  Paris  une  collection  incomparable,  le  succès  a  bien 
répondu  à  mes  efforts.  J’ajouterai  que  la  bibliothèque  spéciale 
de  M.  l’abbé  de  Marseul  jointe  à  la  collection  a  été,  selon  les 
vues  du  donateur,  installée  dans  le  même  local.  » 


LIVRE  NOUVEAU 


Traité  scientifique  et  industriel  de  la  ramie  (1),  par  M.  Félicien 
Michottc.  —  La  question  de  la  ramie  est  à  l’ordre  du  jour  de¬ 
puis  de  nombreuses  années.  Aucun  travail  d’ensemble  sur  ce 
sujet  n’a  jamais  été  publié.  Les  différentes  publications  faites 
étaient  très  souvent  une  réédition,  les  unes  des  autres,  ne  con¬ 
tenant  aucuns  renseignements  autres  que  ceux  déjà  connus  et 
ne  présentant  le  travail  et  la  question  de  ramie  que  sous  le  jour 
sous  lequel  elles  étaient  destinées  à  la  faire  voir. 


Dans  le  présent  ouvrage,  l’auteur  a  tenu  à  faire  un  travail 
scientifique,  posant,  à  tous  les  points  de  vue,  culture,  travail  et 
industrie,  la  question  à  son  véritable  point  et  à  la  débarrasser 
des  exagérations  aussi  excessives  que  peu  désintéressées,  sous 
lesquelles  la  ramie  a  presque  toujours  été  présentée. 

L’ouvrage  comprend  trois  parties  : 

La  première  contient  l’historique  de  la  question  et  celui  des 
publications  faites  tant  en  France  qu’à  l’étranger. 

La  première  partie  est  l’étude  botanique  de  la  ramie,  de  ses 
différentes  espèces  et  de  sa  composition,  elle  est  suivie  du  rap¬ 
port  Desaitre. 

La  seconde  partie  est  l’étude  de  la  culture  dans  les  cinq  par¬ 
ties  du  monde  ;  cette  étude  est  faite  pays  par  pays  avec  tous 
les  documents  à  l’appui;  une  très  large  place  est  faite  à  nos 
colonies  et  à  la  culture  en  France;  elle  est  terminée  par  un  ré¬ 
sumé  dans  lequel  l’auteur  n’est  nullement  partisan  de  cette  cul¬ 
ture  en  France  ;  un  planisphère  avec  des  courbes  graphiques 
déterminant  le  nombre  de  coupes  que  l’on  peut  faire  dans 
chaque  contrée  y  est  joint. 

La  seconde  partie  comprend  le  travail  de  la  plante,  dans  le¬ 
quel  les  différents  modes  de  décortication,  en  vert,  en  sec,  mé¬ 
caniques,  manuels  çu  chimiques,  sont  étudiés  et  commentés; 
cette  étude  est  absolument  nouvelle  et  elle  pose  le  travail  de  la 
ramie  sous  son  véritable  jour  industriel  et  pratique  et  l’auteur 
ne  craint  pas  d’y  décrire  les  caractères  spéciaux  que  doit  pré¬ 
senter  une  machine. 

La  troisième  partie  est  une  monographie  très  étudiée  et  très 
complète  de  toutes  les  machines  parues,  même  les  plus  ré¬ 
centes,  étude  accompagnée  de  soixante-cinq  figures  de  ma¬ 
chines,  coupes  et  élévation. 

Cet  ouvrage  est  remarquable  non  seulement  par  le  sujet 
traité,  mais  encore  par  le  travail  et  le  soin  mis  par  son  auteur 
dans  la  recherche  de  la  vérité,  aussi  bien  scientifique  que  pra¬ 
tique  et  il  justifie  complètement  son  titre. 


CHRONIQUE 


Palmiers  monstres  (Indes-Orientales).  —  Je  signale  de  nou¬ 
veau  aux  lecteurs  du  Naturaliste  l’existence  de  cinq  Sorassus 
fiabellif orrais  monstres.  L’un  se  trouve  dans  la  ligne  d’aloès  qui 
borde  la  voie  ferrée  à  un  mille  au  nord  de  Tindivanam,  deux 
autres  dont  l’un  ne  compte  pas  moins  do  vingt-six  branches 
dont  quatorze  en  vie,  croissent  à  Majankâraney,  près  Achara- 
pakam,  un  autre  se  rencontre  à  Acharapakam  mémo.  Enfin  un 
cinquième,  à  vingt  et  une  branches,  se  voit  à  Sadirakouppam  à 
deux  milles  au  sud-est  de  Wandcwash. 

De  plus,  un  sixième  Borassus  est  en  voie  de  devenir  branchu, 
tout  près  des  deux  qui  sc  trouvent  à  Majankâraney.  Bien  que 
je  n’aie  pu  le  faire  disséquer,  c’est  à  lui  que  je  dois  l’expli¬ 
cation  que  je  regarde  comme  très  probable  de  ces  monstruo¬ 
sités.  Je  donnerai  prochainement  cette  explication  en  même 
temps  que  le  dessin  de  deux  ou  trois  de  ces  palmiers  extraor¬ 
dinaires.  H.  Léveillé. 

A  propos  des  états  imparfaits  ou  larvaires  de  l’Urania 
ripheus,  Drury(l).  —  Le  Naturaliste  donnait  naguère  un  extrait 
du  compte  rendu  des  séances  de  la  Société  entomologique  de 
France  où  la  découverte  de  VUrania  ripheus  m’était  attribuée. 
Ce  n’est  pas  à  moi,  mais  à  M.  Benoni  Perrot  que  revient,  sinon 
toute,  du  moins  la  plus  large  part  dans  cette  découverte. 

Commè  je  l’ai  dit  dans  quelques  notes  que  j’ai  déjà  publiées 
au  sujet  de  VUrania  ripheus  (2),  obligé  de  quitter  le  littoral  do 
Madagascar  pour  me  rendre  dans  la  province  centrale  d’Imérina. 
je  recommandai  tout  particulièrement  à  MM.  Edouard  et  Be¬ 
noni  Perrot,  de  Tamatave,  la  recherche  des  états  imparfaits  ou 
larvaires  do  l’insecte.  C’est  une  chenille  rencontrée  fortuitement 
par  M.  Benoni  Perrot  qui,  mise  dans  la  cago  à  métamorphoses, 
lui  donna,  contre  toute  attente,  un  papillon  ex  larvâ.  J’ai  sim¬ 
plement  donné  le  premier  une  description  vraie  des  états  lar¬ 
vaires.  Cuique  suum. 

J’ai  cherché  depuis,  mais  inutilement,  la  chenille  de  VUrania 
ripheus  sur  nos  hauteurs  centrales  de  l’ile.  J’ai  seulement  cons¬ 
taté  que  l’œuf  est  sphérique  et  à  côtes,  et  que  le  papillon,  qui 
volerait  toute  l’année  dans  les  régions  chaudes  et  peu  élevées 


A)  Numéro  du  1"  avril  1889.  Chronique. 

(2)  Cosmos.  Numéro  188;  nouvelle  série.  Revue  des  Sciences  natu¬ 
relles  appliquées.  Numéro  du  5  mai  1889. 


(1)  1  vol.,  10  francs. 


LE  NATURALISTE 


du  littoral,  ne  se  rencontre  guère  dans  la  région  haute  et  tem¬ 
pérée  de  Tananarive  que  de  janvier  à  juin,  mois  de  la  saison 
chaude  en  Imérie.  Paul  Camboué. 

Travaux  pratiques  d'anatomie  générale.  —  Des  leçons  pra¬ 
tiques  de  dissection  appliquées  à  l’étude  de  l’organisation  des 
animaux  sont  faites  le  mercredi  et  le  samedi  de  10  heures  à 
midi  au  laboratoire  d’anatomie  comparée  de  M.  le  professeur 
G.  Pouchet,  SS,  rue  de  Buffon,  par  M.  Remÿ  Saint-Loup,  doc¬ 
teur  ès  sciences,  attaché  à  l’Ecole  des  Hautes-Etudes. 

Le  rôle  des  vers  de  terre  dans  la  cnltare.  —  On  se  rap¬ 
pelle  le  bruit  soulevé,  il  y  a  quelques  années,  autour  du  livre 
de  Darwin,  relatif  au  rôle  joué  par  les  vers  dans  la  formation 
de  la  terre  végétale.  De  nouvelles  et  patientes  recherches  ont 
prouvé  que  les  idées  exprimées  par  l’illustre  naturaliste,  au  lieu 
d'être  exagérées,  restaient  plutôt  au-dessous  de  la  vérité.  Le  ver 
de  terre  est  un  merveilleux  agent  de  fertilisation  en  ramenant 
à  la  surface  du  sol,  par  ses  déjections,  le  sous-sol;  c’est  un 
laboureur  perpétuel  et  inconscient.  Tous  les  vingt-sept  ans 
environ,  on  peut  estimer  que  chaque  parcelle  du  sol,  jusqu’à 
60  centimètres  de  profondeur,  est  de  nouveau  soumise  aux 
influences  atmosphériques.  D’une  manière  générale,  on  peut 
évaluer  le  nombre  des  vers  de  terre  à  133,000  par  hectare,  et 
le  volume  de  leurs  déjections  fertilisantes  à  62,000  tonnes  par 
1,500  mètres  carrés.  La  destruction  d’un  ver  devient  presque 
un  crime! 

(Jardin.) 

Les  criquets  en  Algérie.  —  M.  J.  Künckel  d’Herculais  a 
adressé  dernièrement  à  la  Société  entomologique  de  France  la 
note  suivante  sur  les  Criquets  pèlerins  de  l’Extréme-Sud  de 
l’Algérie. 

Les  dépêches  transmises  par  l’autorité  militaire  annoncent 
que  de  nombreux  vols  de  Criquets  pèlerins  ( Acridium  pere - 
grinum  Oliv.)  commencent  à  envahir  l’Extrême-Sud  algérien. 
Du  15  au  22  décembre  1890,  des  vols,  venant  du  sud-ouest, 
c’est-à-dire  de.  l’Aougucrout  et  des  pays  voisins,  où  ils.  ont 
commis  de  grands  ravages,  se  sont  abattus  sur  le  territoire  du 
çeççlqde  Ghardaia,  dans  la. région  du  Sud-Est,  .comprise  entre 
les  postes  d’El-Goléa  et  de  Ouargla,  ainsi  qu’au  sud  de  Tou- 
gourt  et  d’El-Oued.  Depuis  lors,  les  uns  se  sont  avancés  vers 
Ouargla,  qu’ils  ont  déjà  dépassé,  d’autres  se-sont  dirigés  .vers 
le  Nord,  en  suivant  l’Oued-R’ir,  en  passant  au-dessus  de  l'oasis 
de  Tamerna,  ou  bien  ont  pris  la  direction  de  l’Est  pour  passer 
en  Tunisie  et  en  Tripolitaine  ;  ils  sont  déjà  signalés  à  Nafta 
(Tunisie). 

Les  plantes  du  voyage  de  Bonvalot.  —  Le  tour  de  force 
réalisé  par  Bonvalot  et  le  prince  Henri  d’Orléans  aura  son 
bon  côté  pour  les  botanistes  et  les  amateurs  de  plantes  nou¬ 
velles.  MM.  Bureau  et  Franchet  viennent  de  faire  connaître 
déjà  quelques-unes  des  espèces  rapportées  des  contrées  visi¬ 
tées  par  les  hardis  explorateurs.  Nous  y  remarquons  une  nou¬ 
velle  clématite  ligneuse,  le  Meconopsis  Uenrici,  très  belle 
Papavéracée,  des  Sil.ene,  des  Astragales  et  une  Spirée,  le 
Spiræa  thibetica ,  élégante  espèce  qui  rappelle  par  son  feuillage 
le  Spiræa  prunifolia  du  Japon,  dont  les  grappes  sont  plus 
allongées  et  les  fleurs  environ  deux  fois  plus  grandes. 

(P.  Hariot.) 

Soutenances  de  thèses  pour  le  doctorat  ès  sciences  natu¬ 
relles.  —  M.  Lahille,  préparateur  à  la  Faculté  des  sciences  de 
Toulouse,  a  soutenu,  devant  la  Faculté  des  sciences  de  Paris, 
deux  thèses  sur  les  sujets  suivants  :  lrp  thèse  :  liecherches 
sur  1rs  tuniciêrs  ; —  2e  thèse  ;  propositions  données  par  la 
Faculté  :  Zoologie.  Les  Insectes,  de  leurs  relations  zoologiques. 
Botanique.  Les  Gymnospermes.  —  Géologie.  Les  Terrains 
primaires  dans  l’Ouest  de  la  France.  M.  Lahille  a  été  déclaré 
digne  d’obtenir  le  grade  de  docteur  ès  sciences  naturelles.  — 
M.  Garcin,  préparateur  de  botanique  à  la  Faculté  des  sciences 
de  Lyon,  pharmacien  de  lrc  classe,  a  soutenu,  devant  la  Faculté 
des  sciences  de  Paris,  deux  thèses  sur  les  sujets  suivants  : 
lp°  thèse  :  liecherches  sur  l'histogénèse  des  péricarpes  charnus. 
—  2e thèse:  propositions  données  par  la  Faculté  :  Zoologie  : 
Lois  relatives  à  la  constitution  chimique  des  milieux  nutritifs. 
Iidle  de  la  matière  sucrée  et  de  ses  succédanés.  —  Géologie  : 
Phénomènes  éruptifs  de  l’époque  tertiaire.  M.  Garcin  a  été 
déclaré  digne  d’obtenir  le  grade  de  docteur  ès  sciences  natu¬ 
relles.  _ 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 

Séance  du  19  janvier.  —  M.  Daubrée  communique  à  l’Aca¬ 
démie  le  résultat  des, expériences  qu’il  a  faites  sur  les  actions 


mécaniques  exercées  sur  les  roches  par  des  gaz  à  hautes  tem¬ 
pératures,  doués  de  très  fortes  pressions  et  animés  de  mouve¬ 
ments  très  rapides.  Le  savant  professeur  croit  pouvoir  expliquer 
par  ces  expériences  la  perforation  et  le  striage  des  roches,  leur 
concassement,  le  transport  de  leurs  débris  et  leur  apparente 
plasticité.  —  M.  Ad.  Chalin,  a  étendu  aux  terfâs  ou  truffes  d’A¬ 
frique  les  recherches  de  chimie  et  de  botanique  auxquelles  il 
s’était  livré  sur  les  truffes  de  France.  Suivant  M.  Chatin  le  ter¬ 
fâs  des  Arabes  appartient  au  moins  à  quatre  tubéracées  bien 
distinctes,  et  il  est  probable  que  de  nouvelles  recherches  vien¬ 
dront  encore  ajouter  à  ce  nombre.  Ces  tubéracées  sont  :  1°  Le 
Terfezia  Leonis  (Tulasne).  2°  Le  Terfezia  Boudieri  (n.  sp.).  3°  La 
variété  d’Arabie  du  Terfezia  Boudieri.  4°  Enfin  le  Tirmania 
africana  (n.  g.  n.  sp.)  ou  gros  terfâs  blanc  d’Algérie.  M.  Chatin 
signale  encore  en  Algérie  la  présence  d'un  faux  terfâs  appar¬ 
tenant  au  genre  Hyménogaster  (U.  Trabuti.  n.  sp.).  —  M.  Ch. 
Naudin,  en  faisant  hommage  à  l’Académie  de  son  mémoire 
sur  les  Eucalyptus  introduits  en  Europe,  signale  à  l’Académie 
l’avantage  immense  qu’il  y  aurait  pour  tous  les  pays  de  l’Eu¬ 
rope  méridionale  à  faire  de  vastes  plantations  do  ces  arbres. 
M.  Naudin  a  pu  réunir  et  étudier  à  la  villa  Thuret,  près  An¬ 
tibes,  plus  de  80  espèces  d’Eucalyptus.  —  MM.  G.  • Pouchet  et 
II.  Beauregard  présentent  à  l'Académie  une  note  sur  les  varia¬ 
tions  du  bassin  chez  le  Cachalot.  L’os  ischion  peut  présenter 
dans  celte  espèce  quatre  formes  differentes.  —  .1/.  P.  Fischer 
ayant  étudié  les  caractères  de  la  faune  conchyliologique  terrestre 
et  f.uviatile  récemment  éteinte  du  Sahara  d’après  des  coquilles 
sub-fossiles  rapportées  par  M.  Z.  Dybowski  d’El-Goléah ,  eu 
conclut  qu’il  existait  alors  de  vastes  étangs  ou  marécages  ayant 
une  assez  grande  dispersion  dans  toute  cette  région  saha¬ 
rienne.  —  M.  Milne- Edwards  présente  une  note  de  M.  A.  Pizon 
sur  la  blastogénèse  chez  les  larves  à’Astellium  spongiforme.  Sui¬ 
vant  l’auteur  le  nombre  des  ascidiozoïdes  au  moment  de  leur 
éclosion  serait  bien  de  deux  dans  cette  espèce  connue  chez  le 
Diplosoma  Rayneri  observé  par  Mac  Donald  et  non  de  trois 
comme  Giard  Ta  indiqué  pour  cette  espèce.  —  M.  Banvier  pré¬ 
sente  une  note  do  M.  Thélohan  sur  deux  sporozoaires  nouveaux, 
parasites  des  muscles  des  poissons  ( Cottus  scorpius  et  Callio- 
nymus  lyra).  —  M.  Orly  propose  une  nouvelle  manière  d'inter¬ 
préter  les  sondages  du  bassin  houillcr  du  Boulonnais  et  pré¬ 
sente  une  coupe  permettant  d’interpréter  le  bassin  du  Boulon¬ 
nais  comme  un  prolongement  du  bassin  du  Pas-de-Calais.  La 
faille  de  ferques  jouant  alors  le  rôle  du  cran  de  retour  d’Anzin. 

Séance  du  26  janvier.  —  M.  A.  Milne-Edwards  communique 
à  l’Académie  le  résultat  de  ses  observations  sur  l’influence  des 
grands  froids  de  l’hiver  sur  quelques-uns  des  animaux  de  la 
ménagerie  du  Muséum  de  Paris.  Après  avoir  signalé  des  perles 
dues  en  grande  partie  à  l’installation  défectueuse  des  construc¬ 
tions  datant  du  commencement  du  siècle,  M.  Milne-Edwards 
mentionne  des  animaux  dont  l'endurance  a  dépassé  les  prévi¬ 
sions..  M.  Milne-Edwards  va  donc  chercher  à  introduire  ces 
espèces  dans  nos  forêts  où  suivant  toute  probabilité  elles  se 
plairont.  Des  cerfs  de  Sika  du  Japon,  des  cerfs  porcins,  des 
cervulcs  de  Reeves,  des  antilopes  cervicapres,  vont  être  ainsi 
installés  dans  des  réserves  encloses  de  Saint-Germain  et  de 
Marly  avec  l  autorisation  de  M.  le  président  de  la  République. 
M.  Milne-Edwards  promet  de  tenir  l’Académie  au  courant  du 
résultat  de  ces  expériences.  —  M.  Milne-Edwards  présente  une 
note  de  M.  Louis  Boule  sur  le  développement  dos  fibres  mus¬ 
culaires  chez  les  crustacés  isopodes  ( Porcellio ).  —  M.  V.  Wil¬ 
lem  rend  compte  à  l’Académie  d’expériences  qu’il  a  entreprises 
sur  la  vision  des  Gastéropodes  pulmonés.  —  .1/.  Emile  Mer  in¬ 
dique  l’influence  de  quelques  causes  internes  sur  la  présence 
de  l'amidon  dans  les  fouilles.  —  M.  Dangeard  adresse  à  l'Aca- 
cadémie  une  note  sur  les  Bactériacés  vertes  et  leurs  affinités. 

A.  E.  Ma  lard. 


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G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


E  CASSETTE,  17. 


13e  ANNÉE 


2e  SÉRIE  —  s»r 


la  MARS  1891 


LES  DEN  DRITES 


leur  origine  à 
de  manganèse 


Tout  le  monde  connaît  ces  délicates  arborisations  que 
l’on  rencontre  dans  les  fissures  d’un  grand  nombre  de 
roches,  et  qui  doivent,  comme  on  le  sait, 
de  minces  dépôts  cristallins,  de  fer  ou 
hydroxydés. 

Notre  but  n’est  pas  d’entreprendre  l'explication  des 
phénomènes  physiques  et  chimiques  qui  favorisent  ou  dé¬ 
terminent  la  production  de  ces  dépôts,  mais  seulement 
de  montrer,  par  un  exemple  choisi  dans  les  brèches  pé- 
trosiliceuses  de  Voutré,  les  formes  bizarres  et  remar¬ 
quables  que  peuvent  affecter  parfois  les  formations  den¬ 
dritiques. 

Les  Coëvrons  for-  ~  _ _ „ 

ment  une  petil*1  r 

chaiin'  de  i •< >  1 1 i 1 1 •  .  ,  | 

oi ientéesdu  nord-esl  *J 

au  sud-iuifst,  à  che¬ 
val  sur  la  limite  géo¬ 
graphique  des  dé¬ 
partements  de  la  Sar- 
the  et  de  la  Mayen¬ 
ne  ;  elles  sont  cons¬ 
tituées  «  par  un  pli 
synclinal  dont  les 
lianes  ont  disparu 
par  érosion  (1  )  >  et 
dontles  assises,  frac¬ 
turées  dans  tous  les 
sens,  ont  été  pro¬ 
fondément  modifiées 
par  le  passage  de  ro¬ 
ches  éruptives  con¬ 
temporaines.  Ici  les 
phénomènes  méta¬ 
morphiques  ont  sur¬ 
tout  exercé  leur  ac¬ 
tion  sur  li 


briennes,  qui  ont  été 
transformées  en  pé- 
trosilex  et  en  brè¬ 
ches  porphyroïdes. 

Depuis  plus  de 
trente  années,  une 
industrie  prospère 
exploite  ces  roches,  qu 
les  convertit  en 
plupart,  à  T 


La  découverte  de  cette  empreinte  causa  une  grande 
émotion  dans  le  pays,  et  nos  campagnes  superstitieuses 
y  voulurent  voir,  malgré  tout,  une  manifestation  divine. 

Exposée  d’abord  à  Voutré,  où  pendant  plus  d’un  mois, 
les  visiteurs  vinrent  en  foule  —  de  plus  de  15  lieues  à  la 
ronde  —  la  considérer  avec  vénération,  la  pierre  mysté¬ 
rieuse  fut  ensuite  dessinée  et  la  reproduction  lithogra¬ 
phique,  exécutée  au  Mans  dans  les  ateliers  de  M.  Ed. 
Monnoyer,  fut  vendue  par  milliers  dans  les  départe¬ 
ments  de  la  Sarthe,  de  l’Orne  et  de  la  Mayenne. 

Comme  on  le  voit  la  figure  représente  grossièrement  le 
corps  d’un  homme  enveloppé  d’un  long  manteau.  Des 
taches  noires  s’observent  à  la  place  des  yeux,  du  nez  et 
de  la  bouche. 

Bien  oubliée  de- 

-  puis  l’époque  de  sa 

découverte,  la  den- 
!  diil"  Vi.nl ré  ■  - 1 

I  i ••'!••••  p** h  .  Hiinii.', 

!  ''i  JO  . .  l'.i- 

■  \  <  1 1 1  +  ■  1 1 .  •  ail  élé  -  i  - 1 1 . 1 

1  lée  par  aucun  jour- 

\  nal  scientifique  ; 

'  pourtant  elle  mérite* 

rail  bien  de  prendre 
place  à  côté  de 
tous  ces  exemples 
remarquables  qu’on 
est  convenu  d’appe- 


de  la  nature  ». 

Au  reste  les  Den- 
drites  ne  sont  pas 
rares  dans  les  Coë¬ 
vrons,  elles  s’y  pré¬ 
sentent  le  plus  sou¬ 
vent,  en  plaques  ir¬ 
régulières,  en  sal¬ 
mis,  en  arborescen¬ 
ces  rappelant  par 
leur  délicatesse,  l’é¬ 
légante  frondaison 
des  Fougères  et  des 
Lycopodes. 

Constant  Hc 


do  Voutré  (Mayenne). 


possèdent  une  grande  dureté,  et 
ou  en  pavé  destinés,  pour  la 
t  et  au  pavage  des  rues  de  la  ca¬ 
pitale.  Cette  industrie,  qui  a  fait  en  grande  partie  la  ri¬ 
chesse  et  le  renom  commercial  de  Voutré,  se  perfectionne 
tous  les  jours  dans  ses  moyens  mécaniques  et  écono¬ 
miques,  grâce  à  l’intelligence  et  à  l’activité  du  proprié¬ 


QUELQUES  REMARQUES  SUR  LES  ROTIFÈRES 


Parmi  les  animaux  microscopiques  qu’on  peut  trouver  faci¬ 
lement,  en  grand  nombre  et  au  gré  du  naturaliste,  sont,  sans 
contredit,  les  Rotifères.  11  suffit  de  puiser  l’eau  des  gouttières 


taire  M.  Em.  Barrier. 

■  C’est  dans  l’une  des  nombreuses  carrières  qui  déchirent 
à  plus  de  30  mètres  de  profondeur  les  flancs  des  Coëvrons, 
que  fut  mise  au  jour,  le  1er  octobre  1863,  la  curieuse 
dendrite  dont  la  figure  ci-contre  est  une  reproduction 
fidèle. 


(1)  D.  P.  Œlilcrt.  —  Sur  la  Constitution  du  Silurien  dans  la 
partie  orientale  du  département  de  la  Mavenne  (Comptes  rendus 
de  l’Academie  des  sciences,  1889). 


les  mêmes  genres,  espèces,  mélangés  avec  bien  d’autres, 
comme  avec  des  Actinurus,  Oecistes,  Colurus,  Monostyla,  Hyda- 
tina,  Notolea,  Notomata,  Anurea,  Triartbra,  Pterodina,  etc.  C’est 
d’ailleurs  le  cas  pour  Jassv  'Roumanie  . 

Si  nous  trouvons  des  Rotifères  dans  l.  s  eaux  des  pluies, 
cela  est  facile  à  expliquer.  Pendant  les  grandes  sécheresses,  la 
vase  des  bords  des  eaux,  reste  à  découvert,  sèche,  se  fendille, 
et  la  boüè,  réduite  en  poussière,  est  enlevée  par  les  vents  et 


CS 


ir  les  toits  dos  maisons.  La  pluie  tom- 
l’çntraine  dans  les  gouttières,  où  elle 


se  dépose.  Les. Rotifères,  restés  à  sec,  ne  se  désorganisent  pas 


LE  NATURALISTE,  Paris,  46,  rue  du  Bac. 


LE  NATURALISTE 


tifl 


et  mélangés  à  la  poussière,  sont  transportés  avec  celle-ci,  de 
sorte  qu’étant  humectés,  ils  se  réveillent,  se  multiplient,  et 
c’est  ainsi  que  nous  les  trouvons  dans  nos  citernes  et  dans  tout 
bassin  recevant  les  eaux  des  pluies. 

Les  vents  transportent  de  mémo  les  œufs  de  ces  animaux, 
lesquels  résistent  tout  aussi  bien  à  la  désorganisation,  une 

Je  viens  de  citer,  les  Philodina,  Rotifer,  Hydatina  et  Brachio- 
ntts,  comme  trouvés  à  Jassy  dans  les  eaux  des  pluies  et  jamais 
des  Actinurus  et  autres,  qui  pullulent  pourtant  dans  les  rivières 
des  environs  de  la  ville.  Si  nous  nous  demandons  pourquoi 
ce  choix,  dans  le  transport  des  Rotifércs,  nous  trouverons  la 
réponse  dans  ,  le  fait  que  les  genres  cités  aiment  générale¬ 
ment  à  se  fixer  sur  la  vase,  à  peu  de  profondeur,  formant  des 
amas,  ayant  une  vie  plus  ou  moins  sédentaire,  tandis  que 
les  autres  genres  sont  errants  ou  se  fixent  sur  des  algues  et 
loin  des  rivages.  Les  Philodina  et  les  Rotifer  peuvent  donc  être 
saisis  par  l’abaissement  du  niveau  des  eaux,  en  d’autres  mots, 
rester  à  découvert.  Et  cela  est  si  vrai,  que  les  Brachionus ,  Hy¬ 
datina,  qui  ont  plutôt  une  vie  errante  que  sédentaire,  se 
trouvent  plus  rarement  dans  les  eaux  des  pluies  que  \csPki- 
lodina.  Maintenant,  si,  pendant  les  grandes  chaleurs,  il  arrive 
que  les  rivières  mêmes  sèchent,  il  se  peut  fort  bien  que  les 
vents  enlèvent  d’autres  genres  que  ceux  que  j’indique  et  les 
dispersent  dans  les  champs,  prairies,  bassins  et  que  nous  nous 
trouvions  à  un  moment  donné  envahis  par  ces  animaux  micros¬ 
copiques. 

Particularité  assez  curieuse  :  ce  n’est  que  dans  le  bout  nord- 
est  de  la  gouttière  qui  longe  le  côté  Est  de  ma  maison  (Jassy) 
que  je  trouve  en  masse  les  Philodina  roseola  et  n’importe  à 
quel  moment  de  l’année  et  pas  ailleurs. 

II 

Les  Rotifères,  dessinés  ou  vus  au  microscope,  se  montrent  à 
nous  sous  différentes  formes  et  on  leur  décrit  une  extrémité 
céphalique  avec  un  appareil  rotateur. 

Je  tiens  à  attirer  l’attention  des  observateurs  sur  cette  extré¬ 
mité  des  Rotifères  et  sur  leur  mode  de  locomotion. 

Les  Rotifères  ont  en  effet,  non  une  simple  extrémité  cépha¬ 
lique,  mais  bien  une  tète,  qui  n’a  pas  été  vue,  ou  du  moins, 
non  reconnue  par,  les  naturalistes,  tète  assez  prononcée  chez 
les  Philodina.  Rotifer,  Actinurus  ;  en  un  mot,  chez  les  Bdel- 
loïdes,  suivant  la  classification  do  l’ouvrage  de  Hudson  (The 
Rotifera  or  whecl-animalcules.  By.  C.T.  Hudson,  LL.  D.  Can- 
tab.  assisted  by  P. H.  Gosse.  —  London,  1886),  dans  lequel 
nous  trouvons  la  tète,  mentionnée  simplement  sous  le  nom  de 
colonne  frontale.  Chez  les  Brachionus,  et  les  Hydatina,  qui  ont 
servis  comme  types  à  MM.  Vogt  et  Yung  (Traité  d’anatomie 
comparée  pratique  I  vol.  p.  425)  pour  leur  monographie,  il  est 
bien  plus  difficile  à  saisir  la  tête,  du  milieu  des  éminences  de 
leur  apparoil  rotateur,  ce  qui  fait  qu’elle  n’a  pas  été  du  tout 
mentionnée. 

Pour  ces  derniers  savants,  la  tête  des  Philodinidcs,  serait 
une  partie  protractile  de  l’appareil  rotateur,  et  considérée 
comme  une  trompe. 

11  y  a  bien  une  ouverture  buccale  et  pour  les  naturalistes 
elle  se  trouverait  sur  le  devant  d’un  entonnoir  limité  par  l’ap¬ 
pareil  rotateur.  En  réalité,  cette  ouverture  se  trouve  toujours 
en  arrière  de  Vappareil  rotateur  et  sur  la  face  ventrale  de  la 
tête,  organe  plus  ou  moins  proéminent  et  plus  ou  moins  protrac- 
ile. 

111 

Pour  nous  faire  une  bonne  idée  de  l’organisation  et  du  rôle 
véritable  de  l’appareil  rotateur  des  Rotifères,  il  est  bon  de 
nous  rapporter  à  ce  que  j’ai  vu  chez  les  Insectes  qui  se  dévelop¬ 
pent  dans  les  eaux  douces. 

Parmi  ces  Arthropodes,  il  y  en  a  un  certain  nombre  qui  pondent 
leurs  œufs  dans  des  sacs  gélatineux  à  un  goulot  plus  ou  moins 
lon,r,  en  tout  semblable  à  ceux  des  pontes  des  Arénicoles,  Ophé- 
ies  et  autres  vers  polychoètes,  sacs  qui  tombent  au  fond  des 
eaux  doiices  où  ils  se  fixent  dans  la  vase.  Les  Chironomus  (Dip¬ 
tères)  sont  dans  ce  cas  et,  fait  très  important,  les  œufs,  après 
segmentations  prennent  une  forme  embryonnaire  en  tout  semblable 
à  celle  des  vers  ci-dessus  mentionnés.  (Voyez  lig.  15,  18,  19,  20. 
PI.  XXV.  Vol.  VIII.  Archives  de  Zoologie  expérimentale  et 
générale.  H.  de  Lacazo  Duthiors.)  Ensuite,  une  forme  larvaire, 
ayant  une  extrémité  céphalique  avec  l’organisation  rie  celle  ries 
Rotifères,  savoir’:  une  tète  portant  sur  sa  face  ventrale  une 

rétractiles,  garnis  d’une  couronne  do  soies,  grâce  auxquels  la 
larve  se  cramponne  même  aux  parois  des  bocaux,  tout  en 


s’aidant  de  leur  bouche.  En  repos,  l’animal  rentre  ces  organes 
dans  le  premier  anneau,  en  les  retournant  Comme  on  retour¬ 
nerait  une  paire  de  gants.  La  larve  se  meut  donc,  à  l'aide  de 
ces  organes  attachés  sous  la  gorge,  soit  pour  changer  de  place, 
soit  pour  aller  chercher  sa  nourriture. 

(A  suivre.) 

Dr  Léon  G.  Cosmovici. 

Professeur  à  l’Université  de  Jassy  (Roumanie). 


LES  VÉGÉTAUX  DANS  l’ ALIMENTATION 

EN  GRÈCE 

Le  professeur  de  Heldreioli,  d’Athènes,  vient  de  publier 
sur  les  Plantes  utiles  de  la  Grèce  un  ouvrage  fort  intéres¬ 
sant,  qui  nous  montre  que  les  Grecs,  semblables  en  cela 
aux  Japonais  et  aux  Chinois,  semblent  faire  flèche  de 
tous  bois,  quand  il  s’agit  de  leur  nourriture.  Il  n’est  pas, 
à  proprement  parler,  de  plantes,  même  parmi  celles  qui 
sont  réputéeS' suspectes  ou  dangereuses;  qui  ne  soient 
utilisées. 

Le  peuple  grec  semble  surtout  avide  de  salades.  Toutes 
les  Composées  de  la  flore  hellénique  y  passent  plus  ou 
moins.  Citons-en  quelques-unes  au  hasard.  C’est  tout 
d’abord  1  eCichorium  divaricatum  Schousbœ,  qui  remplace 
dans  la  région  hellénique,  ainsi  que  dans  une  grande 
partie  du  bassin  de  la  Méditerranée,  la  Chicorée  sauvage 
de  l’Europe  centrale  et  d’où  paraît  issue  V Endive  de  nos 
cultures.  On  peut  encore  en  rapprocher  le  Picridium  vul- 
gare  Desf.,  qui  sert  également  comme  salade  en  Itali.e  et 
dans  le  midi  de  la  France.  Puis  viennent  de  nombreuses 
espèces  appartenant  aux  genres  :  Tolpis,  Podospermum, 
Scorzonera,  Crépis,  Chondrilla  etc.  11  n’est  pas  jusqu’au 
Laiteron  dont  on  ne  mange  les  feuilles  et  au  Chrysan- 
themum  coronarium  que  l’on  n’utilise  comme  condiment 
en  Grèce  aussi  bien  qu’au  Japon. 

Les  herbes  cuites  paraissent  être  d’un  grand  secours 
et  tenir  une  place  importante,  pendant  les  périodes  de 
jeûnes  répétés  qu’impose  l’église  grecque.  L’Épinard  y 
paraît  sous  les  espèces  de  la  Mauve  —  un  souvenir  de 
l'époque  romaine  —  la  Mauve  chère  à  Horace  et  aux 
Latins  de  la  grande  époque,  de  la  Morelle  noire  que  la 
pharmacie  est  seule  à  employer  en  Europe,  de  la  Bour¬ 
rache,  des  Oseilles  sauvages  et  des  Amarantes.  Toutes  ces 
fadeurs  ne  nous  disent  rien  qui  vaille.  Conçoit-on  même 
l’insipide  Épinard  sans  les  assaisonnements  d'une  cuisine 
raffinée  ! 

Les  végétaux  confits  au  vinaigre  ou  réduits  au  rôle  de 
condiments  ne  doivent  pas  être  non  plus  passés  sous 
silence.  Les  jeunes  pousses,  les  boutons  et  les  fruits 
jeunes  du  Câprier  sont  d’un  usage  fréquent  tout  aussi 
bien  que  le  Crithmiim  maritimum,  que  les  gens  du  lit¬ 
toral  océanique  mangent  en  salades  ;  les  jeunes  feuilles 
du  Fenouil,  le  Soandix  peigne  de  Vénus  qui,  selon  toutes 
probabilités,  doit  présenter  quelques  points  de  ressem¬ 
blance  avec  le  Cerfeuil.  Ces  Ombellifères  influent-elles 
sur  le  caractère  de  ceux  qui  les  consomment...  en  Arca¬ 
die?  C’est  dans  ce  groupe  de  plantes  qu’il  faut  placer 
un  des  condiments  privilégiés  du  peuple  grec,  les  bulbes 
d’une  Liliacée,  le  Leopoldia  Holzmanni  de  Held.  Il  est  peu 
d’espèces  nuisibles  aussi  fréquemment  répandues  dans 
les  champs,  les  moissons  et  les  vignes.  Sous  ce  rapport  elle 
est  dignement  comparable  à  sa  congénère  le  Muscari  co- 
mosum,  si  abondant  sur  tous  les  points  de  la  France.  Sur 
les  marchés  d’Athènes  la  Léopoldie  se  vend  à  raison  de 


LE  NATURALISTE 


67 


20  centimes  les  1.2Ü0  kilogrammes. La  préparation  en  est 
facile  et  ne  demande  pas  un  bien  grand  talent  culinaire. 
On  fait  bouillir  les  bulbes  dans  l’eau  après  les  avoir 
nettoyés  (ou  nettoyées.,  ad  libitum!)  et  on  les  place  dans 
le  vinaigre  avec  du  sel.  On  peut  les  manger  tels  quels 
mais  on  préfère  les  assaisonner  avec  de  l’huile  d’olive 
et  du  jus  de  citron.  Pourquoi,  en  présence  de  ce  succès 
du  Leopoldia,  ne  pas  utiliser  le  Muscari  qui  nous  encom¬ 
bre  ?  «  Il  serait  agréable,  comme  le  disent  MM.  Paillieux 
et  Bois,  de  se  débarrasser  d’un  ennemi  en  le  mangeant.  » 

Nous  n’en  avons  pas  fini  avec  les  aliments  crus  tirés 
de  la  flore  hellénique  :  les  germes  et  les  graines  de  bon 
nombre  de  Légumineuses  des  genres  Lathyrus,  Vicia, 
Lotus  et  Astragalus;  les  réceptacles  des  Cynara  Cardun- 
culus,  des  Onopordon  remplacent  les  Artichauts  et  tout  le 
monde  en  fait  ses  délices.  Les  racines  des  Scorzonera, 
les  oignons  des  Crocus  et  des  Alliutn,  les  galles  produites 
par  ,1a  piqûre  d’un  insecte  sur  les  tiges  encore  jeunes 
du  Salvia  pomifcra,  tout  est  matière  à  nopccs  et  festins. 
L’Asperge  ne  serait  pas  déplacée  en  aussi  bonne  compa¬ 
gnie,  aussi  trouvons-nous  le  légume  d’Argenteuil  sous  la 
forme  des  asparacjus  acutifolius,  aphyllus  et  horridus  faisant 
florès  sur  le  marché  d’Athènes.  Si  la  digestion  par  hasard 
en  est  lourde,  on  a  sous  la  main  l’infusion  théiforme 
confectionnée  avec  de  l 'Origan,  du  Thymbra,  des  sarriettes 
et  des  sauges. 

Il  reste  bien  une  petite  place  pour  la  gourmandise.  On 
y  est  poussé,  presque  malgré  soi,  par  la  présence  des 
marchands  albanais,  qui  vous  engagent  à  grands  cris  à 
goûter  d’une  boisson  où  le  miel  s’allie  —  dans  une 
union  plus  ou  moins  légitime  —  avec  la  farine  de  Salep. 
Le  miel  est  d’un  prix  trop  élevé  —  on  pourrait  le  croire 
—  aussi  le  remplace-t-on  fréquemment  par  une  infusion 
de  figues  sèches.  Le  Salep,  dans  la  médecine  des  signes, 
passait  pour  un  merveilleux  aphrodisiaque  capable  de 
ranimer  à  tout  jamais  les  propriétés  viriles.  Puisse-t-il 
rendre  au  petit  peuple  grec  sa  vaillance  et  ses  vertus 
d’autrefois! 

Peut-être  en  France  arriverons-nous  à  goûter  quelques- 
uns  de  ces  légumes  orientaux,  nous  en  avons  pour  ga¬ 
rants  nos  fidèles  expérimentateurs  d’habitude  MM.  Bois 
et  Paillieux,  qui  voudront  bien  certainement  ajouter 
quelques  curiosités  à  celles  que  renferme  déjà  le  Potager 
d'un  curieux. 

P.  Hahiot. 


DIAGNOSES  DE  MICRO-LÉPIDOPTÈRES  NOUVEAUX 


Aglossa  maceralis,  n.  sp. 

Envcrg.  :  ÿ,  16-m.  Ç,2Ü»-.  -  Ailes  supérieures  d’un 
gris  jaunâtre  clair,  soyeuses,  parsemées  d’atomes  d’un  roux 
ferrugineux.  Lignes  ordinaires  confuses  ;  seule,  la  coudée  est 
plus  distincte,  sinuée  d’un  brun  ferrugineux  et  appuyée  exté¬ 
rieurement  de  plus  clair.  Frange  pâle,  précédée  d’une  ligne 
ferrugineuse  entrecoupée,  formant  une  série  de  points.  Côte 
d’un  jaune  plus  coloré  avec  de  larges  taches  d’un  brun  ferru¬ 
gineux  (4  à  5). 

Ailes  inférieures  d’un  gris  clair,  teinté  de  ferrugineux  vers  le 
bord  externe. 

Dessous  blanchâtre,  très  soyeux,  avec  la  côte  teintée  de  fer¬ 
rugineux  jusqu’à  la  naissance  de  la  coudée,  puis  jaunâtre. 

Antennes,  tète,  palpes,  jaunâtres,  un  peu  teintées  de  ferrugi¬ 
neux.  Les  pattes  ont  une  teinte  plus  pâle  et  ne  sont  pas  anne- 
lécs  de  brun  comme  dans  les  autres  espèces.  Abdomen  gris. 

Deux  exemplaires  provenant  de  Beyrouth  (Syrie). 

Après  Siynicoslalis,  Stgr. 


Enverg.  :  17  à  lSnlm, 


tinct 


grecque 
la  côte  e 


unes  bruns,  traversées  pai¬ 
es  :  i’extrabasilairc  brisée. 


descendant  au  bord  interne  presque  en  ligne  droite 
subparallèlc  au  bord  externe. Taches  du  disque  brunes,  un  peu 
confuses,  la  réniforme  plus  accentuée  ;  ombres  médiane  et  sub- 
tcrminalc  très  faiblement  indiquées.  Frange  brun  foncé,  pré¬ 
cédée  de  six  points  internervuraux  de 
maculée  de  noirâtre  à  la  nais 
du  disque  et  près  de  l’apex. 

Ailes  inférieures  gris  clair  et  soyeux,  assombri  au  bord  et  à 
l’angle  externes  ainsi  que  la  frange,  sans  lignes  distinctes,  la 
liquées  , 


î  des  lignes,  en  face  des  taches 


Dessous  des  ailes  supérieures  brunâtre,  excepté  a  partie  voi¬ 
sine  du  bord  interne,  qui  est  gris  clair;  dessous  dos  inférieures 
grisâtre,  plus  foncé  vers  le  bord  supérieur;  franges  précédées 


Corps  grisâtre. 

Voisin  de  Dulcinalis  Tr., 

Deux  exemplaires  (1  ÿ,  ; 

Lardy,  14  juin  1890),  trouvés  à  cent  kilomètres  de  < 
do  l’autre  et  à  un  an  d’intervalle  ! 


.,  surtout  pour  la  coupe  dos  ailes 
â  Chantilly,  19  juin  1889,  et  1 


?/» 


L'HIVER  DE  1891  ET  LES  MERLES 


Vers  la  fin  de  décembre  1890,  la  neige  couvrait  la  terre  de¬ 
puis  trois  semaines  :  elle  était  peu  épaisse,  mais  sa  longue 
durée  et  la  rigueur  de  la  température  avaient  déjà  suffi  pour 
affamer  le  peuple  ailé  des  oiseaux.  De  la  fenêtre  de  ma  chambre 
où  j’étais  retenu  par  la  maladie,  j’aperçois  dans  mon  jardin 
deux  Merles  qu’attirent  les  fruits  rouges ,  tranchant  sur  la 
blancheur  de  la  neige,  d’un  superbe  sorbier  des  oiseaux,  planté 
à  l’extrémité  du  jardin,  sur  le  bord  de  la  rue.  Les  malheureux 
Merles  n'ont  pas  longtemps  fréquenté  l’arbre,  que  l’un  d’eux, 
ou  peut-être  tous  les  deux,  tombent  frappés  d’un  coup  de  feu 
tiré  par  quelque  voisin  dont  ils  ont  attiré  le  regard  et  en  même 
temps  excité  la  convoitise.  Deux  jours  après,  deux  autres 
Merles  reparurent  et  furent  se  régaler  des  sorbes  qui  les  avaient 
attirés.  Je  fis  alors  prévenir  mes  voisins  d’avoir  à  s’abstenir 
de  tirer  sur  les  Merles  qui  fréquentaient  mon  jardin,  que  je 
les  prenais  sous  ma  protection,  et  que  je  n’hésiterais  pas  à 
faire  punir  ceux  qui  contreviendraient,  en  les  tuant,  à  la  loi  sut 
la  police  de  la  chasse.  Pour  être  plus  sur  que  mes  Merles  ne 
seraient  pas  dérangés,  je  fis  cueillir  des  sorbes,  que  je  fis  placet 
dans  une  autre  partie  du  jardin  sur  un  arbre  où  se  posaient 
les  Merles  avant  de  se  rendre  sur  le  sorbier  et  qui  se  trouvait 
à  une  quarantaine  de  mètres  d’une  des  fenêtres  de  ma  chambre. 
Je  me  créais  ainsi  un  petit  observatoire,  qui  allait  me  per¬ 
mettre  de  diminuer  l’ennui  de  ma  réclusion  forcée.  Une  demi- 
heure  après  les  Merles  savouraient  les  sorbes  que  je  leur  avais 
fait  préparer.  Le  lendemain  matin  quatre  Merles  prenaient 
part  au  festin  :  deux  pies  même  traversent  le  jardin,  mais  ne 
s’approchent  pas.  Je  fais  renouveler  la  provision  des  sorbes  et 
quelques  instants  après  les  convives  étaient  au  nombre  de  six. 
Il  se  produisit  alors  une  chose  que  je  n’avais  pas  prévue  :  tant 
il  est  vrai  que  cher,  les  Merles,  comme  cher,  les  hommes,  la  paix 
ne  peut  durer  longtemps  dans  les  sociétés.  L’un  des  Merles, 
qui  me  parait  un  peu  plus  gros  que  les  autres,  prétend  s’arroger 
le  droit  exclusif  à  la  pitance  que  j’ai  fait  disposer  pour  tous. 
Dès  qu’un  autre  s’approche,  soit  sur  l’arbre,  soit  à  terre  où  j’en 
ai  fait  répandre,  des  sorbes  convoitées,  il  s’élance,  soit  à  pied, 
soit  au  vol,  le  bec  tendu  en  avant  et  menaçant,  témoignant  par 


à  pied,  soit  au  vol,  poursuivi  par  le 
de  celui-ci  quelque  autre  Merle  s’ap- 
mais  avant  qu’il  ait  eu  le 


;  qu’il  < 

:  ainsi 

:  est  mis  en  fuite, 
champ  laissé  libre  un  moment,  ou  que  plusieurs  t 
sibles  et  voisins  de  la  défaite  individuelle  de  chai 


cherchent 


LE  NATURALISTE 


à  intervenir  ensemble,  pour  mettre  ce  trouble-fête  à  la  raison. 
Lassés  d’attendre  leur  tour,  quelques-uns  vont  visiter  le  sorbier 
lui-méme,  mais  dérangés  sans  doute  par  les  passants  de  la  rue, 
ils  reviennent  presque  aussitôt,  tâcher  de  prendre  leur  part  des 
sorbes  placées  à  leur  intention.  Ce  manège  dura  ainsi  jusque 
vers  4  h.  40  minutes  du  soir.  La  nuit  alors  étant  venue,  les 
Merles  furent  se  coucher  dans  les  lierres  et  sapins  du  voisi¬ 
nage.  Il  est  probable  que  chacun  d’eux  avait  fini  par  trouver 
moyen  de  dîner,  car  il  ne  restait  presque  plus  de  sorbes . 

Le  lendemain,  8  janvier,  vers  huit  heures  du  matin,  les 
Merles  sont  à  leur  poste  d’observation  :  je  leur  fais  placer  des 
sorbes  non  seulement  aux  mêmes  endroits  que  les  jours  précé¬ 
dents,  mais  aussi  dans  une  corbeille  de  rosiers  placée  à  une 
vingtaine  de  mètres  de  ma  fenêtre  :  ces  sorbes  sont  disposées 
tant  sur  les  arbustes  qu’à  terre  autour  de  la  corbeille.  Toute 
la  journée  je  vois  les  Merles  aller  et  venir  ramassant  de  çà,  de 
là  quelque  grain,  mais  s’éloignant  vivement  dès  qu’ils  me  voient 
à  ma  fenêtre  :  comme  ils  sont  très  rapprochés  de  moi,  ilsvoient 
très  bien  ce  qui  se  passe  dans  ma  chambre,  ils  s’enfuient  s’ils 
me  voient  soulever  le  rideau,  ou  si  celui-ci  est  soulevé,  dès  que 
je  m’approche  trop  de  la  fenêtre.  La  nourriture  leur  ayant  été 
dispensée  généreusement,  je  ne  les  vois  plus  guère  se  pour¬ 
suivre  comme  hier  :  il  y  a  bien  encore  quelques  velléités  de 
querelles,  mais  elles  ne  s’accentuent  pas.  Comme  ils  ont  pu 
probablement  se  régaler  plus  facilement  qu’hier,  ils  se  retirent 
plus  tôt  ;  à  quatre  heures  et  quelques  minutes,  je  n’en  vois 
plus,  des  sept  ou  huit  qui  ont  fréquenté  le  jardin  pendant  la 
journée. 

Les  choses  se  passent  de  même  pendant  les  jours  suivants, 
mais,  pour  venir  dans  le  jardin,  les  Merles  font  probablement 
quelques  stations  sur  les  arbres  du  voisinage  et  attirent  l’atten¬ 
tion  de  quelque  chasseur  en  quête  d’un  gibier  quelconque. 
J’entends  en  effet  quelques  coups  de  feu,  et  le  10  janvier  on 
ramasse  dans  le  jardin  un  pauvre  Merle  mourant  blessé  d’un 
coup  de  fusil  et  qui  expire  peu  après.  Le  pauvre  oiseau  est 
d’une  maigreur  affreuse  :  il  aurait  fait  sans  doute  un  triste  plat, 
rien  qui  vaille.  Mais  le  chasseur  est  comme  le  pêcheur  de  la 
fable,  tout  fait  nombre  :  rien  qui  vaille,  eh  bien!  soit. 

Merle,  mon  bel  ami,  qui  faites  le  prêcheur, 

Vous  irez  dans  la  poêle. 

L’estomac  du  Merle  était  vide,  peut-être  n’avait-il  pas  eu  le 
temps  d’arriver  jusqu’aux  provisions  de  sorbes  ! 

Et  voilà  comment  les  oiseaux  disparaissent  à  la  grande  joie 
de  nos  ennemis  les  Insectes  nuisibles,  qui,  eux,  croissent  et 
multiplient. 

Cependant  les  Merles  continuent  à  venir  chercher  leur  nour¬ 
riture  et  même  à  se  familiariser  quelque  peu  :  ce  même  jour, 
il  y  en  a,  en  même  temps,  sept  perchés  au  soleil  sur  l’arblv  : 
deux  sont  pressés  côte  à  côte  comme  pour  se  réchauffer  mu¬ 
tuellement  :  le  thermomètre  marque  6°5  au-  dessous  de  zéro  à 
l'ombre. 

Mais  voici  bien  une  autre  fête  :  un  oiseau  de  proie  apparaît 
à  son  tour,  que  la  faim  en  ces  lieux  attirait.  Il  s’élance  sur  un 
Merle  au  vol,  qui  s’approchait  de  la  corbeille  de  rosiers  ;  ma 
présence  le  sauve.  Le  forban  m’aperçoit  à  ma  fenêtre  et  fait 
volte-face.  Chose  singulière,  je  ne  le  revis  plus,  ni  ce  jour  ni 
plus  tard.  C’était  le  jour  aux  surprises  :  dans  l’après-midi,  un 
vol  de  sept  ou  huit  Ramiers  s’abat  au  fond  du  jardin,  sur  un 
plan  de  choux  de  Bruxelles  gelés,  qu’ils  livrent  néanmoins 
consciencieusement  au  pillage.  Enfin  deux  ou  trois  oiseaux  gris, 
un  peu  plus  gros  que  les  Merles,  se  mêlent  à  eux  pour  manger 
les  sorbes  ;  mais  ils  sont  encore  plus  méfiants  et  je  ne  les  vois 
pas  d’assez  près  pour  les  déterminer  :  je  crois  que  ce  sont  des 
grosses  Grives,  que  l’on  connaît  dans  le  pays  sous  le  nom  de 
Tias-tias,  en  raison  du  cri  qu’elles  font  entendre  en  volant  :  la 
Draine  ou  la  Litorne. 

Ces  oiseaux  ne  viennent  que  pendant  deux  ou  trois  jours  : 
le  12  janvier  je  ne  les  vois  plus  :  mais  j’ai  eu  en  même  temps 
dix  Merles,  pâturant  dans  la  corbeille  de  rosiers  :  ils  restent  en 
partie  jusqu’à  cinq  heures  du  soir.  Comme  il  s’est  établi  entre 
eux  quelques  luttes,  il  est  probable  que  quelques-uns  n’ont  pu 
trouver  leur  part  qu’après  le  départ  des  plus  forts  ou  des  plus 
hargneux. 

Le  14,  dans  la  matinée,  j'entends  deux  ou  trois  coups  de  feu 
dans  le  voisinage  :  aussi  les  Merles  sont  moins  nombreux.  La 
neige  a  recommencé  à  tomber,  elle  est  bien  plus  épaisse  :  j’en 
profite,  pour  tenter  do  familiariser  encore  plus  les  Merles  qui 
restent.  Je  fais  balayer  la  neige  tout  près  de  ma  fenêtre,  qui  est 
au  rez-de-chaussée,  et  je  fais  répandre  les  sorbes  jusqu’à  un 
mètre  du  mur.  Bien  qu’il  en  reste  dans  la  corbeille  de  rosiers, 


j’ai  le  plaisir  de  voir  les  oiseaux  s’approcher  jusqu’à  deux 
mètres  de  moi.  En  tenant  mon  rideau  fermé  je  peux  les  observer 
sans  qu’ils  s'envolent  ;  je  parviens  même  à  le  soulever  un  peu 
sans  les  trop  effrayer  :  néanmoins,  leur  queue  est  animée  d’un 
mouvement  fréquent  et  saccadé,  l’oeil  est  constamment  au  guet, 
et  après  chaque  coup  de  bec  donné  sur  les  sorbes,  un  coup 
d’œil  aussi  est  lancé  dans  ma  direction. 

Le  17,  je  ne  vois  plus  que  trois  ou  quatre  Merles  et  parmi 
eux,  un  qui  donne  la  chasse  aux  autres  et  veut  les  empêcher 
de  manger  :  la  scène  des  premiers  jours  se  renouvelle,  et  de 
même  chacun  est  successivement  chassé,  sans  opposer  de  résis¬ 
tance  :  et  chose  remarquable  sept  ou  huit  Pinsons,  et  une  Li¬ 
notte,  attirés  par  du  chènevis  que  j’ai  fait  mêler  aux  sorbes,  ne 
sont  nullement  inquiétés,  et  s’en  vont  sautillant  et  picorant  sans 
que  les  Merles  paraissent  les  apercevoir.  Le  froid  est  devenu 
très  vif,  22°5  au-dessous  de  zéro  et  la  neige  continue  à  tomber  : 
les  Merles  enflent  leurs  plumes  et  se  soutiennent  ainsi  plus 
facilement  sur  la  neige,  dans  laquelle  leurs  pattes  pénètrent  tout 
entières.  J’observe  alors  une  singulière  manœuvre  de  ces  oi¬ 
seaux.  Les  sorbes  sont  sans  doute  un  peu  gelées  et  difficiles  à 
détacher  de  la  neige  durcie.  Le  Merle  alors  s’élance  le  bec  tendu 
en  avant  ainsi  que  les  pattes  et  frappe  de  tout  son  poids  le 
grain  qu’il  s’agit  de  conquérir  et  le  mouvement  se  répète  fré¬ 
quent  et  renouvelé  presque  à  chaque  seconde.  La  récolte 
semble  plus  difficile  à  faire,  je  vois  souvent  la  sorbe  tomber 
du  bec  de  l’oiseau  :  le  froid  est  excessif,  22°5  au-dessous  de  zéro 
pendant  la  nuit,  et  peut-être  il  fait  perdre  aux  pauvres  oiseaux 
leur  adresse  habituelle  ;  ils  paraissent  se  tenir  avec  peine  sur 
leurs  pattes.  Leur  nombre  n’est  plus  que  quatre.  Comment 
ont-ils  été  réduits  ainsi  ?  Probablement  quelques-uns  ont  été 
tués;  peut-être  quelques-uns  sont-ils  aussi  morts  de  froid  du 
de  faim.  On  vient  de  me  rapporter  qu’on  a  trouvé  sur  la  route 
doux  Corbeaux  morts  au  pied  d’un  arbre,  serrés  l'un  contre 
l’autre.  Peut-être  aussi  l’oiseau  de  proie,  que  cependant  je  n’ai 
plus  revu,  est-il  parvenu  à  en  prendre. 

Quoi  qu’il  en  soit,  les  quatre  survivants  continuent  à  venir 
jusqu’au  dégel  ramasser  les  sorbes  et  restent  jusqu’à  cinq 
heures  du  soir  chaque  jour  et  sont  là  dès  le  matin. 

Enfin,  la  température  se  détend  un  peu  et  le  21  janvier  le 
dégel  commence  :  la  neige  a  recouvert  les  sorbes,  mais  les 
Merles  savent  les  trouver  en  la  grattant  avec  leur  bec  et  leurs 
pattes.  Le  22,  le  dégel  s’accentue,  la  terre  commence  à  appa¬ 
raître  par  places  :  je  continue  à  faire  répandre  des  sorbes  et 
du  chènevis,  que  trois  ou  quatre  Merles  et  six  ou  sept  Pinsons, 
viennent  encore  ramasser  pendant  quelques  jours.  Le  25,  il  no 
reste  que  très  peu  de  neige  dans  les  endroits  où  elle  s’était  ac¬ 
cumulée,  les  oiseaux  reparaissent  encore  par  instants  dans  les 
endroits  où  ils  ont  trouvé  la  nourriture  dans  les  rudes  jours 
d’épreuve  par  où  ils  viennent  de  passer  :  ils  paraissent  trouver 
déjà  quelque  chose  dans  les  bosquets  où  ils  se  tiennent  une 
partie  du  jour.  Le  27,  je  vois  voltiger  quelques  moucherons  et 
des  tipules  au  soleil.  Enfin,  le  28,  je  n’aperçois  plus  de  Merles 
au  jardin  :  ils  ont  sans  doute  repris  leurs  habitudes  et  ils  trou¬ 
vent  à  se  nourrir  loin  des  hommes,  dont  ils  ont  appris  à  re¬ 
douter  le  voisinage. 

Le  10  février  le  thermomètre  est  descendu  à  10  degrés.  Deux 
Merles  reviennent  visiter  la  corbeille  de  rosiers,  mais  n’y  trou¬ 
vant  pas  de  table  servie,  ils  s’éloignent.  J’y  fais  replacer  quel¬ 
ques  sorbes  ;  mais  ils  ne  reviennent  pas.  Le  17  février  encore 
grand  froid,  le  matin  j’aperçois  encore  deux  Merles  :  je  n’en 
ai  plus  vu  depuis. 

E.  Pissot. 


NOUVEL  APPAREIL 

Pour  capturer  les  cerfs  des  ménageries  afin  de  leur  couper  les  bois 

En  captivité  les  cerfs  sont  généralement  méchants 
pour  le  gardien  qui  les  soigne  et  même  pour  leurs  con¬ 
génères,  aussi  est-on  forcé  de  leur  couper  les  bois  lorsque 
ceux-ci  sont  dépouillés  de  leur  velours. 

La  grande  difficulté  consiste  à  prendre  l’animal  et  à 
s’en  rendre  maître;  cette  opération,  qui  se  fait  généra¬ 
lement  au  moment  du  rut,  est  périlleuse  surtout  quand 
on  a  affaire  à  un  sujet  de  grande  espèce,  qui  joint  à  une 


LE  NATURALISTE 


(>!) 


force  extraordinaire  une 
méchanceté  dont  on  n’a 
guère  l’idée. 

Jusqu’à  présent  ont  s'est 
contenté  de  prendre  à 
l’aide  d’une  corde  le  cerf 
dont  on  veut  couper  les 
bois;  ce  n’est  pas  facile, 
l’animal  ne  se  laisse  pas 
toujours  coiffer  du  pre¬ 
mier  coup  et  la  corde  ne 
s’enroule  souvent  que  sur 
un  andouiller  ;  quand  l’o¬ 
pération  est  manquée,  il 
faut  attendre  au  lende¬ 
main  et  parfois  recom¬ 
mencer  plusieurs  jours  de 
suite. 

J’àî  donc  pensé  à  faire 
un  appareil  pratique  pour 
prendre  (dans  lesménage- 
ries,  bien  entendu)  les  a- 
nimaux  à  cornes  et  les 
bêtes  à  bois.  Cet  appareil 
est  en  fer  premier  choix, 
c’est  unevéritable  tenaille 
dans  laquelle  on  saisit  un 
des  bois  du  cerf  et  qui  se 
ferme  d’autant  plus  que 
l’animai  tiré  davantage  sur 
la  corde. 

Pour  se  servir  de  l’ap¬ 
pareil,  le  fixer  au  bout 
de  son  manche,  en  véri¬ 
fier  le  fonctionnement  en 
tirant  sur  la  corde,  l’ou¬ 
vrir  de  toute  sa  grandeur, 
l’amener  doucement  au¬ 
près  du  bois  ou  de  la  corne 
afin  de  fermer  le  mors  et 
retirer  le  manche. 

L’animal  ainsi  amarré 
ne  peut  s’échapper,  il  n’y 
a  plus  qu’à  tirer  sur  la 
corde  pour  l’amener  où 
l’on  veut  afin  de  lui  scier 
les  bois  Oh  de  lui  embou- 
ler  les  cornes. 

E.  Sauvinet, 
Aide-naturaliste 
au  Muséum  de  Paris. 


Fig.  1.  —  Capture  d'un  Cerf  à  la  ménagerie  du  Muséum  de  Paris. 


Recherche  et  Préparation  des  Batraciens 

(Suite.) 

Préparation  «les  Batraciens.  —  Au  retour 
d’excursion,  le  premier  soin  du  naturaliste  doit  être  de 
tuer  les  animaux  qu’il  a  capturés  ;  les  Batraciens 
peuvent  être  tués  au  moyen  de  l’éther  ou  de  l’alcool  ; 
l’éther  est  préférable  parce  qu’il  agit  d’une  manière 
plus  rapide  ;  pour  augmenter  son  action  délétère,  on  y 
ajoute  de  l’arseuic. 

Deux  procédés  sont  employés  pour  la  conservation  des 
Batraciens. 


1°  La  conservation  par  voie  humide. 

2°  L’empaillage. 

Conservation  par  voie  humide.  —  Ces  ani¬ 
maux  se  prêtant  fort  mal  à  l’empaillage,  on  préfère 
généralement  les  conserver  par  voie  humide  :  On  com¬ 
mence  par  les  laver  soigneusement  dans  l’eau  et  par 
extraire  les  objets  volumineux  qu’ils  peuvent  avoir  dans 
les  intestins,  ce  qu’on  reconnaît  à  un  bourrelet  plus  ou 
moins  gros  formé  par  les  corps  étrangers  qu’ils  ont 
avalés.  On  les  place  ensuite  dans  des  llacons  remplis 
d’alcool  réduit  avec  de  l'eau  distillée  jusqu’à  ce  qu’il  ne 
pèse  plus  que  40  à  45  degrés  centigrades. 

«  Le  liquide  plus  concentré,  dit  M.  Lataste,  les  mo- 


70 


LE  NATURALISTE 


miefîerait  et  les  rendrait  méconnaissables  ;  du  reste,  il 
agit  rapidement  à  travers  leur  peau  nue.  Après  un  cer¬ 
tain  temps  de  séjour  dans  les  flacons,  un  animal  s  est 
parfaitement  bien  imprégné  de  la  liqueur  préservatrice 
et  il  peut  se  conserver  indéfînimem  sans  altération. 
Mais,  dans  les  débuts,  il  aura  fallu  plusieurs  fois  chan¬ 
ger  ou  filtrer  son  bain. 

La  grande  difficulté  c’est  le  bouchage  des  flacons. 
L’alcool  dissout  les  cires,  les  corps  gras,  attaque  le 
liège,  le  caoutchouc.  Pour  un  Musée  ou  une  collection 
qu’on  ne  doit  jamais  remuer  de  place,  on  peut  prendre 
des  vases  en  forme  d’éprouvette  et  les  couvrir  avec  une 
rondelle  de  verre  usée  à  l’émeri,  ainsi  que  l’ouverture 
du  flacon.  On  peut  même  se  dispenser  de  cette  dernière 
précaution  et  mastiquer  avec  de  la  cire  à  modeler,  inso¬ 
luble  dans  l’alcool,  la  très  petite  fissure  qui  sépare  le 
flacon  de  son  couvercle,  ou  même  simplement  envelop¬ 
per  la  rondelle  et  le  haut  de  l’éprouvette  avec  plusieurs 
doubles  de  feuilles  minces  d’étain,  collées  sur  le  joint 
avec  une  dissolution  épaisse  de  gomme  arabique  et 
couvrir  le  tout  d’un  parchemin  mouillé  et  tendu. 

Mais  pour  une  petite  collection,  destinée  à  changer 
souvent  de  local,  ce  procédé  ne  vaut  rien.  Il  faut  forcé¬ 
ment  user  de  bouchons  de  liège  qu’il  sera  convenable  de 
couvrir  d’une  feuille  métallique.  On  choisira  alors  des 
flacons  dont  le  goulot  soit  aussi  étroit  que  possible, 
afin  de  diminuer  la  surface  d’évaporation  et  l’on  aura 
soin,  de  temps  en  temps,  de  réparer  les  pertes  de 
chaque  flacon  par  de  nouvelles  additions  d’alcool.  Les 
flacons  à  conserves,  à  bouchons  de  verre,  rendraient  de 
grands  services  s’ils  avaient  une  forme  convenable,  car, 
avec  de  la  cire  à  modeler,  on  peut  compléter  le  bouchage 
et  le  rendre  à  peu  près  hermétique. 

Quand  on  met  un  animal  en  flacon,  il  faut  avoir  soin 
de  noter,  avec  la  date  et  le  lieu  de  capture,  les  couleurs 
de  l’iris  et  même  de  la  robe,  car  l’alcool  les  altère  très 
vite.  On  conservera  cependant  beaucoup  de  teintes  et  de 
nuances  si  l’on  tient  les  flacons  dans  un  lieu  obscur. 

(A  suivre.)  _ 


LES  LIONS 


On  a  tant  écrit  sur  les  Lions  qu’il  est  bien  difficile  de 
traiter  sans  redites  soit  de  leurs  mœurs,  soit  de  leur 
distribution  géographique,  soit  même  de  leur  structure 
anatomique.  Cependant  les  relations  qui  ont  trait  à  ces 
animaux  sont  éparses  dans  de  si  nombreux  ouvrages, 
qu’il  peut  être  utile  de  réunir  en  quelques  lignes  les 
principales  observations  intéressantes.  D’un  autre  côté 
les  légendes  fabuleuses,  les  descriptions  fantaisistes  cô¬ 
toient  souvent  des  comptes  rendus  peu  consciencieux, 
les  opinions  des  voyageurs  et  des  naturalistes  ont  pu  se 
former  sur  des  documents  insuffisants  et  l’histoire  du 
Lion,  bien  que  chargée  déjà  de  nombreuses  anecdotes,  est 
encore  sur  certains  points  assez  obscure.  On  trouve  des 
Lions  dans  l’ancien  et  dans  le  nouveau  monde.  Dans  les 
temps  modernes,  personne  ne  conteste  leur  existence  en 
Asie  et  en  Afrique,  mais  quelques  savants  se  refusent  à 
reconnaître  le  Lion  d’Amérique,  le  Couguar  ou  Puma 
pour  un  vrai  lion  ;  d’autres  n’admettent  pas  l’existence  du 
Lion  en  Europe  dans  les  temps  anciens  historiques  ni 
dans  les  temps  géologiques.  Sans  entreprendre  la  dis¬ 
cussion  des  opinions,  nous  essayerons  d’exposer  ce  oùe 


l’on  sait  sur  les  vrais  Lions  modernes  ou  des  temps  pas¬ 
sés,  et  spécialement  sur  les  Lions  d’Asie,  dont  les  voya¬ 
geurs  ont  moins  parlé  que  de  ceux  d’Afrique. 

Il  existe  actuellement  des  Lions  en  Asie,  au  moins  dans 
le  sud-ouest.  Sur  les  bords  de  l’Euphrate,  en  diverses  lo¬ 
calités  ils  ont  été  signalés  parles  explorateurs.  Canton¬ 
nés  dans  les  oasis  qui  avoisinent  Balis,  les  Lions  se  por¬ 
tent  dans  la  direction  d’Alep  vers  l’ouest;  ils  se 
rencontrent  encore  par  groupes  de  quelques  individus 
dans  les  montagnes  de  Syrie,  notamment  au  Thabor,  où 
les  pèlerins  qui  vont  à  Nazareth  l’ont  entendu  rugir.  Plus 
loin  encore  vers  le  sud,  à  Deir,  sur  la  rive  droite  du  Nil, 
Omar  Pacha  montra  à  Mme  de  Gersdorff  la  place  où 
deux  chameaux  lui  avaient  été  enlevés  la  veille  au  soir 
par  les  Lions.  Dans  ces  régions  les  Lions  ne  sont  pas  gé¬ 
néralement  dangereux  pour  les  hommes.  Il  suffit  dans  la 
nuit  d’allumer  des  feux  autour  du  campement  des  cara- 
vanes.pour  tenir  les  félins  en  respect.  Dans  le  jour  les 
lions  semblent  redouter  les  buffles,  et  ce  fait  est  remar¬ 
quable,  si  on  le  rapproche  de  certaines  anecdotes  tirées 
de  Livingstone  et  d’autres  voyageurs  qui  ont  remarqué 
que  les  Lions  d’Afrique  n’attaquent  les  bœufs  qu’avec  hé¬ 
sitation.  Les  Affuddis  connaissent  si  bien  le  respect  du 
Lion  pour  le  buffle,  que  lorsqu’ils  donnent  la  chasse  au 
fauve  ils  emmènent  avec  .eux  leurs  bestiaux,  cherchent 
seulement  à  blesser  le  Lion  et  le  laissent  achever  par  les 
bêtes  à  cornes.  D'ailleurs,  lorsque  les  buffles  sont  en  li¬ 
berté,  ils  ne  redoutent  pas  de  s’enfoncer  dans  les  épais 
fourrés  de  tamarix  qui  servent  de  refuge  au  Lion. 

Les  Lions  de  Palestine  sont  de  taille  moindre  que  ceux 
d’Afrique  et  même  que  ceux  de  la  Babylonie. 

Leur  robe  n'est  pas  très  foncée,  leur  crinière  très  peu 
développée;  ce  sont  des  animaux  moins  puissants  et 
moins  redoutables  que  ceux  qui  habitent  les  bords  du 
Tigre  ;  ces  derniers  ont  les  formes  plus  épaisses  et  la  robe 
de  couleur  plus  sombre.  Les  passagers  du  vapeur  qui  fait 
le  service  de  Basra  à  Bagdad  ont  pu,  dans  les  sept  der¬ 
nières  années,  tuer  au  rivage  trois  Lions  adultes.  Ces 
Lions  étaient  aussi  sans  crinière.  On  prétend  que  lors¬ 
qu’ils  sont  capturés  jeunes  ils  s’apprivoisent  facilement 
et  que  les  Pachas  font  souvent  cadeau  de  jeunes  lions  aux 
personnes  qu’ils  veulent  honorer. 

Quand  on  s’éloigne  vers  l’orient  jusqu’en  Afghanistan, 
on  trouve  une  variété  plus  petite  de  Lions  relativement 
faibles  et  timides  ;  encore  dans  les  montagnes  qui  avoi¬ 
sinent  la  belle  plaine  de  Caboul  et  plus  au  nord  aux 
sources  de  l’indus  et  presque  dans  l’État  de  Pamir,  l’es¬ 
pèce  est  représentée  par  de  petits  individus.  Les  station¬ 
nements  sont  plus  abondants  dans  la  région  montagneuse 
située  entre  le  Sir-Daria  et  l’Amou-Daria.  Sans  doute 
dans  ces  contrées  les  fauves  sont  attirés  parles  nombreux 
moutons  sauvages  qui  se  tiennent  habituellement  dans 
les  hauteurs  et  descendent  cependant  pour  se  nourrir 
dans  les  plateaux  moins  élevés. 

On  ne  sait  pas  au  juste  jusqu’à  quel  point  s’étend  dans 
la  partie  orientale  du  Tibet  le  domaine  des  Lions,  mais 
on  croit  qu’ils  ne  dépassent  guère  le  Tengri. 

Les  bergers  de  Cuth,  de  Cuzerate,  de  Bombay  se  plai¬ 
gnent  souvent  des  fauves  dangereux  qui  viennent  rava¬ 
ger  leurs  troupeaux  et  pour  éloigner  ces  ennemis  ils  met¬ 
tent  de  temps  en  temps  le  feu  aux  grandes  herbes.  Ces 
fauves,  appelés  quelquefois  chameau  tigre  ou  tigre  de 
chameau,  ont  été  considérés  comme  appartenant  à  l’es¬ 
pèce  Lion  ;  ils  sont  courts  de  jambe  et  sans  crinière,  mais 
on  ne  sait  pas  grand’chose  de  leurs  mœurs. 


LE  NATURALISTE 


Le  Lion  de  l’Atlas  (Afrique;. 


LE  NATURALISTE 


Telles  sont  les  notions  que  nous  possédons  aujour¬ 
d’hui  sur  la  distribution  moderne  des  Lions  d’Asie.  Les 
relations  de  l’antiquité  et  celles  qui  sont  fournies  par  le 
moyen  âge  les  placent  en  Arménie  et  en  Cappadoce.  Cer¬ 
tains  auteurs  ont  décrit  le  pays  situé  entre  l’Euphrate  et 
le  Tigre  comme  couvert  de  forêts  de  palmiers,  au  milieu 
desquelles  les  Lions  auraient  vécu  en  grand  nombre. 
Dans  cette  région  étaient  capturés  les  fauves  que  les  rois 
entretenaient  dans  d’immenses  jardins-ménageries  et 
aussi  cette  multitude  de  Lions  qui  étaient  tués  dans  les 
cirques.  Il  est  certain  que  la  prodigieuse  consommation 
qui  fut  faite  pour  les  combats  du  cirque  dut  contribuer 
à  affaiblir  le  nombre  de  ces  animaux  dans  les  régions  où 
les  chasseurs  les  poursuivaient.  L’antique  domaine  des 


domaine  assez  au  nord  dans  l'Europe.  Les  chants  des 
Niebelungen  apprennent  que  Siegfried  tua  un  Lion  dans 
les  Vosges.  D’ailleurs  les  noms  d’un  certain  nombre  de 
villes  ont  peut-être  été  adoptés  en  souvenir  de  ces 
fauves,  tels  sont  les  noms  de  Léonberg,  Lôwenberg 
(Montagne  des  Lions),  Lôwenstein  (Pierre  des  Lions), 
Lowen  et  même  Lion. 

Les  restes  fossiles  témoignent  d’ailleurs  d’une  ma¬ 
nière  beaucoup  plus  décisive.  Le  felis  spelea  était  un 
vrai  Lion,  plus  robuste  et  plus  grand  que  son  représen¬ 
tant  actuel,  mais  des  ossemenls  ont  été  découverts  qui 
constituaient  le  squelette  d’individus  de  modeste  taille. 

Les  Lions  d’Afrique  sont  ceux  que  les  récits  des 
explorateurs  nous  ont  le  mieux  fait  connaître.  De  nos 


La  Lionne  de  l’Atlas  (Afrique). 


fauves  devait,  s’étendre  de  la  limite  orientale  de  l’Inde 
jusqu’en  Europe  à  travers  l’Asie  et  la  Perse.  Les  localités 
qui  figurent,  aujourd’hui  les  repaires  échelonnés  des 
Lions  sont  les  derniers  îlots  du  territoire  immense  et 
continu  qui  était  leur  royaume. 

Ce  territoire  avait-il  vers  le  nord  une  étendue  consi¬ 
dérable?  On  ne  peut  répondre  à  cette  question  en  don¬ 
nant  la  limite  exacte  de  cette  frontière  nord,  mais  il  faut 
croire  que  dans  les  temps  reculés  les  grands  félins  pou¬ 
vaient  vivre  dans  des  climats  froids.  Alexandre  le  Grand 
tua  un  lion  au  nord  de  l’Oxus.  Plus  récemment,  en  123o, 
Hulaghu,  le  fondateur  de  la  dynastie  mongole,  tua,  entre 
l'Oxus  et  la  ville  de  Balk,  tandis  que  la  glace  recouvrait 
le  sol  et  que  la  neige  se  soulevait  en  tourmentes,  non 
moins  de  dix  Lions  dans  une  seule  chasse.  S’il  faut 
ajouter  foi  aux  légendes,  les  Lions  auraient  étendu  leur 


jours  ils  ont  encore  de  nombreux  cantonnements  sur  le 
territoire  africain,  mais  à  mesure  que  ce  continent  sera 
envahi  par  les  Européens,  le  domaine  des  grands  fauves, 
déjà  morcelé  comme  en  Asie,  disparaîtra  comme  en 
Europe  dans  l’antiquité. 

L’explorateur  qui  a  le  mieux  observé  les  Lions  est  sans 
contredit  Livingstone,  mais  tandis  que  la  plupart  des  gens 
considèrent  le  roi  des  animaux  comme  un  animal  ma¬ 
gnifique,  noble,  imposant,  terrible  et  magnanime, 
Livingstone  semble  avoir  pris  plaisir  à  le  décrire  comme 
un  misérable  dogue.  Il  semble  plus  raisonnable  de 
garder  une  appréciation  moyenne.  Quelques  Lions  sont 
de  mine  piteuse,  la  plupart  sont  de  superbes  et  très 
respectables  bêtes,  et  qui  ont  rarement,  malgré  Living¬ 
stone,  la  figure  d’une  vieille  femme  en  bonnet  de  nuit. 

Tout  le  monde  connaît  la  couleur  de  ces  animaux, elle 


LE  NATURALISTE 


73 


varie  du  fauve  clair  au  fauve  brun.  Parfois  l’extrémité 
des  poils  de  la  crinière  est  noire  et  cette  particularité  a 
fait  croire  à  l’existence  des  Lions  noirs. 

Dans  le  Sud  africain  on  peut  les  rencontrer  en  plein 
jour,  mais  ils  n’attaquent  ni  au  jour  ni  au  clair  de  lune, 
excepté  s’ils  ont  des  petits.  Leur  attaque  est  alors 
extrêmement  rapide.  Dans  la  nuit,  au  contraire,  ils  ne 
s’approchent  qu’avec  précaution  et  en  silence  ;la  moin¬ 
dre  apparence  de  piège  suffit  pour  les  arrêter  et  les 
faire  reculer  avant  les  derniers  bonds. 

Lorsque  le  Lion  se  jette  sur  un  animal,  il  l’attaque  le 
plus  souvent  par  le  flanc,  et  c’est  aussi  parle  flanc  de  la 
victime  qu’il  commence  son  repas.  Il  s’endort  quand  il 
est  repu,  et  dans  ce  cas  les  chasseurs  en  viennent  à 
bout  facilement.  On  ne  rencontre  jamais  les  Lions  en 
troupes,  mais  ils  sont  généralement  sept  ou  huit  dans  la 
même  région  et  chassent  ensemble.  Il  est  à  supposer 
que  chacun  de  ces  groupes  est  formé  des  membres  d’une 
même  famille. 

Nous  avons  fait  remarquer  que  les  Lions  d’Asie  redou¬ 
taient  les  buffles;  plusieurs  récits  prouvent  que  les  bœufs 
inspirent  aux  Lions  d’Afrique  un  respect  relatif.  Wright 
raconte  ce  qui  suit  :  Deux  Lions  vinrent  une  nuit  jusqu’à 
trois  mètres  d’un  bœuf  attaché  à  un  wagon  et  pous¬ 
sèrent  quelques  rugissements, mais  sans  oser  bondir;  une 
autre  fois,  deux  des  nôtres,  inconscients  du  danger,  s’é¬ 
taient  endormis  près  d’un  buisson  à  Mashue.  Le  feu 
était  allumé  à  leurs  pieds  ;  un  Lion  vint  à  trois  mètres 
du  feu  et  alors  commença  à  rugir  à  la  vue  du  bœuf  de 
trait  qui  était  à  l’entrave  non  loin  du  buisson.  Toute  la 
nuit  le  Lion  rôda  en  rugissant,  mais  n’osa  profiter  de  l’oc¬ 
casion  de  faire  un  bon  repas. 

A  l’égard  des  autres  animaux  de  petite  taille,  le  lion  est 
moins  respectueux.  Il  redoute  l’éléphant  adulte,  mais 
attaque  quelquefois  les  jeunes  isolés.  11  se  jette,  paraît-il, 
sur  le  rhinocéros  chaque  fois  qu’il  le  rencontre.  Les 
serpents  lui  font  grand’peur,  aussi  les  Maures  menacés 
par  des  Lions  détachent-ils  leur  longue  ceinture,  qu’ils 
font  tournoyer  et  onduler  pour  imiter  les  mouvements 
et  la  forme  du  serpent. 

Le  procédé  est  simple  et  ingénieux,  la  méthode  de 
Samson  qui  prit  une  mâchoire  d’âne  pour  mettre  en 
déroute  les  Philestins  était  géniale  aussi,  mais  on  ne 
peut  guère  conseiller  ces  expériences  qu’en  face  de  Lions 
ou  de  Philistins  de  bonne  volonté. 

Les  divers  renseignements  que  nous  donnons  ici  sont 
tirés  d’un  certain  nombre  d’ouvrages  étrangers.  Nous 
avons  évité  de  répéter  les  récits  de  chasse  merveilleux, 
remplis  de  péripéties  dramatiques  et  quelquefois  d’in¬ 
ventions  ingénieuses,  parce  que  ces  histoires  sont 
écrites  dans  toutes  les  langues  et  dans  tous  les  livres  de 
voyages.  Ce  qui  est  moins  connu,  c’est  la  répartition 
géographique  des  grands  fauves,  ce  qui  est  encore  à 
l’étude,  c’est  l’exacte  délimitation  de  leur  domaine  dans 
l'antiquité  et  même  dans  les  temps  géologiques.  Ces 
questions  méritent  d’attirer  l'attention,  elles  touchent  à 
l’élude  de  la  répartition  primitive  des  animaux  dont  les 
bêtes  féroces  font  leur  nourriture,  et  aussi  à  l’histoire  de 
l’envahissement  humain  à  la  surface  du  globe,  envahis¬ 
sement  qui  n’a  pu  se  faire  sans  de  terribles  combats 
avec  le  roi  des  animaux.  Les  singes  avaient  la  ressource 
de  grimper  sur  les  arbres;  les  premiers  hommes  sans 
doute  se  sont  humiliés  plus  d’une  fois  à  suivre  leur 
exemple. 

Remy  Saint-Loup. 


RECHERCHES 

SUR  LA  CIRCULATION  DES  LAMELLIBRANCHES 
MARINS 

par  M.  Auguste  Ménégaux, 

Agrégé  de  sciences  naturelles,  professeur  au  lycée 
de  Besançon 


Plein  d’idées  originales  et  d'observations  nouvelles,  le  tra¬ 
vail  de  M.  Ménégaux  embrasse  un  champ  de  recherches  très 
étendu  dont  quelques  rares  parties  seulement  avaient  été 
explorées  jusqu’ici.  Au  lieu  de  reprendre  les  études  mono¬ 
graphiques  déjà  plusieurs  fois  faites  sur  la  Moule,  la  Pienne, 
l’Anodonte  et  le  Taret,  l'auteur  s'est  placé  à  un  point  de 
vue  complètement  nouveau  pour  le  sujet,  en  ce  sens  qu’il 
a  étudié  l’anatomie  comparée  de  la  circulation  dans  le  groupe 
en  apparence  homogène,  et  cependant  très  varié,  des  Mol¬ 
lusques  Lamellibranches.  Le  sujet  était  complexe,  mais 
aucun  des  points  importants  n’a  été  omis;  étude  du  système 
artériel,  circulation  et  structure  des  branchies  ;  rôle  du  sang 
dans  la  turgescence  des  organes  et  notamment  du  pied,  telles 
sont  les  parties  que  M.  Ménégaux  a  embrassées  dans  ses 
recherches,  apportant  pour  chacune  d’elles  un  contingent 
d’aperçus  nouveaux,  souvent  de  la  plus  haute  importance. 

1°  Circulation  artérielle  et  cœur.  —  L’étude  du  cœur  des 
Lamellibranches  a  conduit  M.  Ménégaux  à  une  conclusion  très 
différente  de  celle  adoptée  jusqu’ici.  On  sait  que,  chez  ces 
Mollusques,  le  coeur  a  deux  oreillettes,  et  presque  toujours  un 
ventricule  traversé  par  le  rectum .  Milne-Edwards  avait  montré 
que,  dans  l’Area  Noe,  les  deux  ventricules  se  dédoublent  et  que 
le  rectum  se  trouve  compris  dans  le  losange  formé  en  avant 
par  les  deux  racines  ventriculaires  de  l’aorte  antérieure  et  en 
arriére  par  les  deux  racines  ventriculaires  de  l’aorte  posté¬ 
rieure.  Depuis,  on  admit  que  la  disposition  de  l’Arche  était 
primitive  et  que  la  disposition  normale  des  autres  Lamelli¬ 
branches  provenait  de  la  fusion  des  deux  ventricules  autour 
du  rectum.  M.  Ménégaux  n’est  pas  de  cet  avis.  La  disposition 
du  cœur  de  l’Arche  de  Noé,  dit-il,  «  est  produite  par  le  dé¬ 
veloppement  extraordinaire  des  rétracteurs  postérieurs  du 
byssus,  qui  refoulent  les  ventricules  latéralement,  car  elle  n’est 
pas  constante  dans  le  genre  Area.  A  mesure  que  la  largeur  de 
l’animal  diminue,  la  centralisation  s’accentue  ;  les  racines  aor¬ 
tiques  se  rapprochent  déjà  beaucoup  dans  l’Area  barbata,  puis 
se  fusionnent  dans  l'Area  scapha,  dont  le  ventricule  est  très 
allongé  transversalement.  Les  deux  poches  péricardiques,  en¬ 
core  distinctes  dans  TA.  barbata,  communiquent  en  arrière  du 
ventricule,  ainsi  que  les  oreillettes,  dans  l’A.  scapha  ». 

M.  Ménégaux  croit  que  les  Nucules,  aussi  anciennes  géologi¬ 
quement  qne  les  Arches,  et  d’ailleurs  tout  à  fait  primitives  par 
la  forme  de  leurs  branchies,  présentent,  au  contraire,  un  des 
premiers  stades  évolutifs  du  cœur  des  Lamellibranches.  M.  Mé¬ 
négaux  a  montré  que  les  Nucules,  comme  les  Huîtres,  les 
Anomies  et  les  Tarets  ont  le  ventricule  indépendant  du  rectum, 
et  il  est  porté  à  conclure  que  la  disposition  des  Nucules  «  re¬ 
présente  la  forme  primitive  et  que  seul,  le  développement  des 
rétracteurs  postérieurs  a  forcé  le  cœur  à  se  diviser  et  les  deux 
moitiés  à  se  transporter  sur  les  côtés  •>.  Cette  conclusion  nous 
paraît  excessive  et  trouble  singulièrement  les  idées  actuellement 
admises  sur  les  rapports  phylogénétiques  des  Lamellibranches 
et  des  Gastéropodes  ;  mais  comme  elle  est  le  résultat  d’études 
sérieuses  et  approfondies,  nous  tenons  à  la  mettre  en  relief  en 
raison  même  de  son  originalité;  elle  nous  paraît  forcée  aujour¬ 
d’hui,  mais  qui  sait?  demain  elle  sera  peut-être  l’expression  de 

M.  Ménégaux  a  également  mis  en  évidence  la  communication 
des  oreillettes  au-dessous  et  en  arrière  du  ventricule  dans  les 
Bivalves,  dont  le  pied  est  bien  développé  ;  enfin, il  a  pu  observer 
un  endothélium  très  net  dans  le  péricarde,  à  l’intérieur  et  à 
l’extérieur  des  diverses  parties  du  cœur,  et  dans  de  nombreux 

La  distribution  et  les  rapports  des  artères  sont  étudiés 
avec  beaucoup  de  précision.  «  Le  ventricule,  dit-il,  donne 
toujours  deux  troncs,  un  antérieur  au-dessus  du  rectum,  et  un 
postérieur  au-dessous,  ou  bien  un  tronc  unique  placé  au-dessus, 
résultant  de  la  soudure  des  deux  précédents.  »  Il  a  observé 
cette  dernière  disposition  dans  l’Huitrc  ordinaire,  la  Vulscllc, 
le  Taret  et  la  Moule  ;  l’Huître  portugaise,  toutefois,  possède 
une  aorte  unique  passant  au-dessous  de  l’intestin.  M.  Ménégaux 
donne  la  raison  de  l’anomalie  présentée  par  les  Lamellibranches 
ayant  uno  aorte  unique,  et  il  montre  que  ces  anomalies  corres- 


74 


LE  NATURALISTE 


pondent  exactement  à  l’état  normal  du  système  aortique  chez 
les  Gastéropodes. 

Branchies.  —  M.  Ménégaux  a  étudié  avec  le  plus  grand  soin 
es  variations  progressives  très  compliquées  de  la  branchie  des 
Lamellibranches,  et  il  propose  même  de  grouper  ces  mollusques 
en  Fûliobranches.  Filibranches,  Eulamellibranches  et  Septibranches, 
suivant  que  les  branchies  sont  simples,  foliacées  et  sans  por¬ 
tion  réfléchie  —  filamenteuses  et  munies  de  filaments  isolables 
—  lamelleuses  et  fenestrées  —  ou  enfin  transformées  en  cloi¬ 
sons  musculaires.  Le  groupe  des  Septibranches,  proposé  par 
Pelseneer,  est  accepté  par  M.  Ménégaux. 

C’est  dans  le  groupe  des  Foliobranches  (Nucules,  Leda, 
Yoldia,  etc.)  que  M.  Ménégaux  a  recueilli  ses  plus  belles  obser¬ 
vations  sur  les  branchies,  concurremment  avec  M.  Pelseneer. 
Avec  ce  dernier  savant,  il  considère  les  branchies  foliées 
comme  réalisant  le  type  branchial  primitif  des  Lamellibranches 
et  il  ajoute  que  ces  branchies  foliées  doivent  être  interprétées 
Comme  des  branchies  normales  de  Lamellibranches  dont  le 
feuillet  réfléchi  ne  se  serait  pas  encore  développé.  Foliacées 
et  dépourvues  de  feuillet  réfléchi,  les  deux  branchies  de 
chaque  côté,  d’une  Nuculc  ou  d’une  Leda,  sont  réunies  sur 
le  tronc  commun  du  vaisseau  afférent  et  constituent  de  chaque 
côte  du  corps  une  branchie  simple,  mais  à  deux  rangées  de 
lamelles.  «  L’appareil  branchial  d'un  côté  provient  donc,  dit  l'au¬ 
teur,  dans  les  Pélécypodes  inférieurs,  de  deux  rangées  de  tubé¬ 
rosités  développées  sur  un  axe  longitudinal  ;  il  représente  une 
branchie  bipectinée  de  Prosobrancke,  dont  les  filaments,  allongés 
dans  certains  cas,  se  seraient  repliés  pour  former  un  feuillet 
réfléchi.  D’ailleurs,  les  Nuculidés  possèdent  de  chaque  côté  une 
vraie  branchie  d ’Haliotiode.  «  D’où  l’on  conclut,  par  compa¬ 
raison  avec  les  autres  animaux  du  même  groupe,  qu’il  n’y  a, 
en  réalité,  chez  tous  les  Lamellibranches,  qu’une  branchie  bi¬ 
pectinée  de  chaque  côté,  dont  les  vaisseaux  afférents  se  com¬ 
pliquent  toutefois,  à  mesure  qu’on  se  rapproche  des  types 
supérieurs. 

Système  veineux  et  turgescence.  —  Après  avoir  étudié  ce  qu’il 
appelle  les  capillaires  artériels  et  les  capillaires  lacunaires, 
l’auteur  a  étendu  scs  observations  sur  le  rôle  du  système  cir¬ 
culatoire  dans  la  turgescence.  Portant  ses  recherches  sur  les 
relations  lacunaires  du  pied  et  des  reins,  il  a  trouvé  que  les 
lacunes  de  ces  derniers  organes  communiquent  avec  les  lacunes 
pédieuses  chez  tous  les  Pélécypodes  dont  le  pied  est  bien 
développé.  Cet  orifice  bojano-pédieux,  connu  seulement  dans 
l’Anodonte,  est  muni  d’un  plancher  qui  peut  se  contracter  ou 
se  distendre  à  volonté  ;  dans  le  premier  cas,  le  sang  des  artères 
s’accumule  dans  le  pied  et  le  rend  turgide;  dans  le  second,  le 
sang  peut  revenir  du  pied  dans  les  lacunes  du  corps  et  dans 
celle  du  manteau.  La  turgescence  des  siphons  a  également 
fait  l’objet  des  recherches  de  M.  Ménégaux,  et  il  a  montré 
qu’elle  était  due  principalement  à  l’afflux  du  sang  de  l’aorte 
postérieure  qui,  chez  les  Siphonés  seulement,  présente  deux 
valvules  sur  son  trajet,  à  partir  du  ventricule. 

Pour  terminer  cette  courte  esquisse,  où  nous  n’avons  fait 
qu’effleurer  une  partie  des  questions  les  plus  importantes,  nous 
dirons  quelques  mots  de  la  classification  des  Lamellibranches, 
d'après  la  structure  et  la  disposition  des  branchies.  M.  Fischer 
est  entré  dernièrement  dans  cette  voie  en  divisant  la  classe  en 
deux  ordres,  les  Dibranches  et  les  Tétrabranches,  d’après  le  grou¬ 
pement  des  lamelles  ou  des  filaments  branchiaux  de  chaque 
côté  du  corps.  M.  Ménégaux  propose,  comme  nous  l’avons  vu, 
une  division  absolument  différente.  Si  l'on  se  rappelle  que  les 
divers  systèmes  de  classification  proposés  pour  ce  groupe 
(symétrie  des  valves,  nombre  des  muscles,  etc.)  ont  été  suc¬ 
cessivement  abandonnés  par  les  zoologistes,  on  se  demande 
si  un  groupement  en  ordres  est  possible  dans  cette  classe  et 
si  on  ne  sera  pas  obligé  de  se  contenter  pour  elle,  comme 
pour  le  groupe  des  Foraminifères,  d’une  division  en  familles 
qui  seraient  groupées  en  séries,  d’apres  leurs  affinités  natu¬ 
relles.  Quoi  qu’il  en  soit,  les  recherches  sur  la  structure  des 
branchies  auront  toujours  une  grande  importance  pour  la 
détermination  des  affinités,  et  c’est  à  ce  point  de  vue  qu’on 
doit  se  placer  si  l’on  veut  apprécier  l’intérêt  des  éludes  de 
M.  Ménégaux.  _ X. 


FORMATION  DES  RADICELLES 

Sur  une  jeune  tige  de  Màcre  nous  apercevons  aux 
nœuds  des  racines  dont  la  longueur  ne  dépasse  guère 
une  dizaine  de  centimètres  et  qui,  au  lieu  de  s’allonger 


indéfiniment  pour  atteindre  le  fond  de  l’eau  et  s’implan¬ 
ter  dans  le  sol,  restent  courtes  au  contraire  et  se  rami¬ 
fient  abondamment.  Ces  racines  sont  vertes  comme  des 
feuilles,  leurs  cellules  contiennent  des  grains  de  chlo¬ 
rophylle.  Elles  n’ont  donc  pas  les  fonctions  de  digestion 
et  d’absorption  qui  sont  généralement  dévolues  à  leurs 
congénères  ;  ce  sont,  au  contraire,  des  organes  assimila¬ 
teurs  du  carbone,  capables  de  décomposer  l’acide  carbo¬ 
nique,  d’émettre  de  l’oxygène  sous  l’influence  des  rayons 
du  soleil  et  de  fixer  le  carbone  à  l’état  d’hydrate  de 
carbone  dans  l’intérieur  de  la  plante  ;  ces  racines,  en  un 
mot,  ont  la  fonction  chlorophyllienne.  Leur  rôle  physio¬ 
logique,  leur  couleur  surtout  les  a  fait  prendre  longtemps 
pour  des  feuilles  submergées,  on  les  cite  même  dans  les 
ouvrages  anciens  comme  un  exemple  des  modifications 
qu’une  feuille  aquatique  peut  subir  dans  sa  forme  en 
faisant  remarquer  que  les  feuilles  aériennes  ont  un  limbe 
largement  étalé,  tandis  que  les,  feuilles  aquatiques  sem¬ 
blent  ici  réduites  àleurs nervures. Sans  doute  beaucoup  de 
feuilles  submergées  sont  très  ramifiées,  très  découpées, 
les  exemples  n’en  sont  pas  rares,  mais  tel  n’est  point 
le  cas  dans  la  Màcre  nageante  comme  l’a  montré  déjà 
M.  Barnéoud  en  1848.  Les  feuilles  aquatiques  de  la 
Màcre  existent  aux  nœuds  d’où  sortent  les  racines  vertes; 
elles  sont  sessiles,  transparentes,  extrêmement  minces  et 
dentelées  sur  les  bords.  Les  nœuds  plus  âgés  en  sem¬ 
blent  dépourvus  ;  c’est  que  la  feuille  est  tombée,  l’on 
en  voit  d’ailleurs  la  cicatrice. 

Considérons  donc  ces  jeunes  racines  qui  se  couvrent 
rapidement  de  radicelles.  Celles-ci  sont  disposées  en 
quatre  séries  longitudinales.  On  peut  voir  à  de  petites 
bosses  que  présente  la  partie  jeune  de  la  racine  que  des 
radicelles  très  courtes  sont  encore  logées  dans  son 
écorce .  C’est  en  ces  points  qu’il  faut  couper  soit  trans¬ 
versalement,  soit  longitudinalement, jusqu’à  ce  qu’on  soit 
assez  heureux  pour  pratiquer  une  section  bien  parallèle 
à  l’axe  de  la  jeune  radicelle.  En  faisant  les  coupes  au 
voisinage  du  sommet  on  coupe  des  radicelles  de  plus  en 
plus  jeunes.  La  figure  ci-jointe  montre  les  divers  états 


LE  NATURALISTE 


75 


d’une  radicelle  de  Màcre  en  voie  de  développement .  C’est 
en  face  d’un  vaisseau  du  bois,  dans  le  péricycle,  aux 
dépens  de  la  cellule  qui  est  entre  le  vaisseau  et  l’endo¬ 
derme,  que  la  radicelle  prend  naissance.  Cette  cellule, 
ainsi  que  les  voisines,  s’accroît  radialement  et  soulève 
d’abord  légèrement  l’endoderme,  qui  aplatit  un  peu  les 
cellules  d’écorce  qui  le  recouvrent  ;  mais  négligeons 
pour  le  moment  les  phénomènes  qui  se  passent  dans 


Coupe  longitudinale  d’une  jeune  radicelle  de  Trapa 


l’écorce  quand  une  radicelle  la  traverse,  nous  y  revien¬ 
drons  plus  tard  ;  occupons-nous  (les  cellules  du  péri¬ 
cycle  qui  grandissent  toujours  revêtues  par  l’endoderme 
qui  grandit  en  même  temps  qu’elles  et  enveloppe  comme 
le  ferait  un  doigt  de  gant  la  jeune  radicelle.  L’endoderme 
ici  forme  une  poche  dont  nous  verrons  le  rôle.  La  cel¬ 
lule  du  péricycle  qui  est  en  face  du  bois  s’allonge, 
s’étale  latéralement  en  éventail,  puis  se  cloisonne  per¬ 
pendiculairement  à  la  direction  de  son  allongement. 
Tout  ce  qui  se  formera  en  dedans  de  cette  première 
cloison  appartient  au  cylindre  centra)  ;  la  cellule  qui 
touche  actuellement  le  bois  est  la  cellule  initiale,  la  cel¬ 
lule  primordiale,  la  cellule  terminale  du  cylindre  cen¬ 
tral.  Une  deuxième  cloison  se  forme  dans  la  cellule  qui 
touche  l’endoderme  et  la  découpe  en  deux  initiales, 
une  pour  l’écorce  et  une  pour  la  coiffe  (qui  sert  égale¬ 
ment  à  l’assise  pilifère). 

Des  deux  cellules  du  péricycle  situées  entre  le  vais¬ 
seau  du  bois  et  l’endoderme,  il  en  est  une  qui  prend  une 
importance  prépondérante,  et  qui  s’accroît  non  seule¬ 
ment  en  longueur, mais  encore  en  largeur  à  la  façon  d’un 
cône  dont  le  sommet  toucherait  le  vaisseau  du  bois  et 
dont  la  base,  surmontée  d’une  surface  bombée,  irait  en 
s’élargissant  :  c’est  dans  ce  cône  que  se  découpent 
progressivement  toutes  les  cellules  de  là  racine,  comme 
nous  venons  de  le  voir.  Bientôt  le  sommet  de  la  radicelle 
prend  exactement  le  même  aspect  que  celui  d’une  racine 
adulte.  Les  cellules  terminales  seules  continuent  à 
s’accroître,  tandis  que  les  cellules  internes, qui  ont  bien¬ 
tôt  acquis  leur  dimension  définitive, restent  stationnaires 
et  se  différencient  sur  place.  Les  cellules  corticales  les 
plus  voisines  du  cylindre  central  prennent  les  plisse¬ 
ments  caractéristiques  de  l’endoderme  et  certaines  cel¬ 
lules  du  cylindre  central  se  différencient  en  vaisseaux  ou 
en  tubes  criblés,  les  autres  formant  du  péricycle,  de  la 
moelle,  ou  des  rayons  médullaires. 

La  radicelle  qui  grandit  s’allonge  généralement  tout 
d’abord  perpendiculairement  à  l’axe  de  la  racine  qui  la 
porte  ;  rarement  oblique  dès  le  début,  elle  ne  tarde  pas 
à  s’incliner  un  peu  vers  le  sol,  et  notamment  dans  la 
M:\cre  elle  traverse  l’écorce  obliquement.  Cette  traversée 
de  l’écorce  offre  un  intérêt  tout  spécial.  La  radicelle 


naissante  est  emprisonnée  dans  un  tissu  plus  ou  moins 
dense  formé  par  les  cellules  corticales  qui  la  séparent  de 
l'extérieur.  L’endoderme,  nous  l’avons  vu,  s’accroît  d’a¬ 
bord  autour  de  la  radicelle  et  lui  forme  une  poche  qui  se 
rompt  plus  tard  à  la  base  de  sorte  que  la  racine  grandit 
ayant  sa  coiffe  surmontée  d’un  bonnet  constitué  par  cette 
poche  endodermique.  Quant  aux  autres  cellules  corti¬ 
cales,  elles  disparaissent  sans  laisser  de  trace  :  au  fur  et 


à  mesure  que  la  radicelle  qui  grandit  les  touche,  elles 
sont  dissoutes  par  elle.  La  radicelle  grandit  dans  le  corps 
de  la  plante  exactement  comme  elle  grandit  plus  tard 
dans  le  sol  en  digérant  et  en  absorbant  les  aliments  qui 
se  trouvent  sur  sa  route.  Cette  action  digestive  est  opérée 
par  la  poche  dans  le  cas  présent.,  mais  serait  tout  aussi 


bien  effectuée  par  la  radicelle  seule  si  elle  n’avait  pas  de 
poche  autour  de  son  sommet.  Les  cellules  de  l’écorce 
perdent  d’abord  leur  contenu,  s’aplatissent;  leurs  parois 
de  cellulose  arrivent  au  contact,  mais  la  paroi  elle-même 
est  dissoute  et  la  cellule  disparaît  entièrement  ;  la  radi¬ 
celle  en  passant  a  creusé  un  trou  dans  l’écorce  ;  il  lui 
est  parfois  difficile  de  digérer  l'assise  subéreuse  :  dans  ce 
cas  elle  la  brise  suivant  une  fente  longitudinale.  Tels  sont 
les  points  les  plus  intéressants  de  la  formation  des  radi- 


76 


LE  NATURALISTE 


celles.  La  radicelle  est  un  organe  endogène  (c’est-à-dire 
d’origine  profonde),  formé  aux  dépens  d’une  cellule  du 
péricycle  situé  en  face  d’un  vaisseau  du  bois.  Cette  cel¬ 
lule  se  divise  en  trois,  la  radicelle  possède  trois  ini¬ 
tiales  et  traverse,  en  la  digérant,  l’écorce  de  la  racine. 

H.  Douliot. 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 

Séance  du  2  février.  —  M.  A.  Giard,  en  réponse  à  la  note 
de  M.  Pizon  sur  la  blastogénèse  chez  les  larves  à’Astellium 
spongiforme ,  fait  observer  qu’il  peut  rester  quelque  doute  sur 
l’identité  de  l’espèce  observée  par  M.  Pizon  à  Saint-Yaast-la- 
Hougue  et  celle  qu’il  a  lui-mème  étudiée  et  figurée.  D'ailleurs, 
M.  Giard  pense  que  les  différences  entre  ses  propres  obser¬ 
vations  et  celles  de  M.  Pizon  sont  ducs  à  des  phénomènes  de 
Pœcilogonie.  M.  A.  Giard  donne  le  nom  de  Pœcilogonie  à  cette 
particularité  que  possèdent  certains  animaux  d’offrir  des  pro¬ 
cessus  embryologiques  plus  ou  moins  condenses,  suivant  les 
conditions  étiologiques  où  vivent  les  parents  et  les  réserves 
nutritives  accumulées  dans  l’œuf.  Aurélia  aurita  (L.); 
Ophiothrix  fragilis  (Muller);  Palæmonetes  varions  (Leach)  ; 
Masco  corvina  sont  de  bons  exemples  d’espèces  pœcilogoncs. 

—  M.  U.  Fischer  a  étudié,  au  point  de  vue  anatomique,  le  mol¬ 
lusque  qu’il  a  récemment  décrit  sous  le  nom  de  Corambe  testu- 
dinaria.  L'auteur  décrit  successivement  l’extérieur  de  l’animal, 
son  appareil  digestif,  son  système  nerveux,  ses  organes  géni¬ 
taux  et  son  appareil  circulatoire  ;  il  donne  quelques  détails  sur 
la  structure  histologique  de  plusieurs  de  ces  organes.  Suivant 
M.  H.  Fischer,  le  Corambe  doit  être  placé  dans  une  famille 
spéciale  qui  a  beaucoup  d’affinités  avec  les  Authobranches  et 
se  rapproche  aussi  des  Phyllididæ.  Ce  résultat  que  Bergls  avait 
soupçonné  par  l’étude  des  caractères  extérieurs,  se  trouve  bien 
établi  par  les  faits  anatomiques.  —  M.  J.  Kunclcel  d’Herculais 
signale  à  l’Académie  de  nombreux  vols  de  criquets  nomades  ou 
pèlerins  [Acridium  peregrinum  Oliv.)  dans  l’Extrême-Sud  algé¬ 
rien.  Il  est  intéressant  de  constater  que,  de  nos  jours,  il  existe 
encore  dans  le  même  pays  dos  populations  acridophages.  Les 
sauterelles  séchées  deviennent  ainsi  un  article  important  de 
négoce  sur  les  marchés  de  Tougourtet  de  Témacin.  —  .1/.  11.  De¬ 
vaux  communique  à  l’Académie  le  résultat  de  ses  recherches 
sur  la  respiration  des  cellules  à  l’intérieur  des  tissus  massifs. 

—  M.  Eugène  Bastit  communique  le  résultat  de  recherches  qu’il 
a  entreprises  sur  l’influence  de  l’état  hygrométrique  de  l’air  sur 
la  position  et  les  fonctions  des  feuilles  chez  les  Mousses.  — 
M.  A.  de  Lapparent  explique  la  formation  des  argiles  à  silex 
du  bassin  de  Paris  par  l’action  d’émanations  d’acide  carbonique, 
de  moflfettes,  par  exemple,  cherchant  à  se  faire  jour  à  travers 
le  substratum  crayeux  du  bassin  de  Paris.  L’argile  plastique 
les  a  arrêtées  dans  leur  action,  alors  elles  ont  employé  leur 
activité  à  dissoudre  la  craie  au  contact,  en  suivant  de  préfé¬ 
rence  les  lignes  de  fissures.  Les  silex  seuls  subsistent,  les  ar¬ 
giles,  tantôt  bariolées,  tantôt  grises  ou  noires  qui  les  recouvrent, 
descendent  peu  à  peu  dans  les  poches  en  s’y  modifiant  plus  ou 
moins  et  forment  alors  la  gangue  des  silex.  Cette  formation 
des  argiles  à  silex  serait  donc  ainsi  postérieure  à  la  formation 
de  l’argile  plastique. 

Séance  du  9  février.  —  M.  A.  Chobault  ayant  étudié  les 
mœurs  et  les  métamorphoses  de  1  ’Emenardia  flabellata  F.,  se 
croit  autorisé  à  poser  les  deux  conclusions  suivantes  :  Par  leur 
dimorphisme  larvaire  et  leur  endoparasitisme  transitoire  ou 
persistant,  les  Rhipiphoridcs  font  le  passage  des  vésicants  aux 
Strepsitères  ou  Stylopides.  Les  Emenardia  sont  parasites  des 
guêpes  solitaires  (Odynerus,  Eumenes),  àpeu  près  de  la  manière 
que  le  Rhipiphorus  paradoxus  à  l’égard  de  certaines  guêpes 
sociales  (Vespa  germa  niât  et  1.  viilgaris).  —  W.  Fr.  Hui  tel 
adresse  à  l'Académie  le  résultat  d’observations  qu’il  a  faites  sur 
le  développement  des  nageoires  paires  du  Cyclopterus  lumpus. 

_ M.  Stanislas  Meunier  signale  la  présence  d’une  nouvelle 

Cycadée  fossile  ( Cycadospadix  Virez  n.  sp.)  dans  le  corallien 
supérieur  de  Verdun  (Meuse).  —  En  réponse  à  la  note  de 
M.  Olry,  qui  considère  le  bassin  houiller  du  Boulonnais  comme 
pouvant  appartenir  au  bassin  de  Dinant  et  qui  pense  qu’il  fau¬ 
drait  chercher  au  nord  et  au  nord-est  le  prolongement  du 
grand  bassin  houiller  du  nord  de  la  France,  M.  Gosselet  répond 
qu’il  est  convaincu  que  les  sondages  que  l’on  forait  dans  l’in¬ 
tention  de  trouver  la  houille  au  nord  du  bassin’  du  Boulonnais 


n’aboutiraient  qu’à  un  échec.  Il  paraît  absolument  certain  que 
le  bassin  du  Boulonnais,  est  le  prolongement  du  bassin.de 
Namur.  M.  Gosselet.  l’a  prouvé  dès  1860;  et  les  études  qu’il  a 
faites  depuis  cette  époque. ntont  fait  que  le  confirmer  dans  cette 
opinion.  — M.  J.  Sennes  signale  la  présence  du  dévonien  supé¬ 
rieur  dans  la  vallée  d’Ossau  (Basscs-Pyrénces).  • 

Séance  du  16  février.  —  M.  Sirodot  présente  à  l’Académie 
le  résultat  de  ses  études  sur  les  éléphants  du  Mont  Dol  (Ille-et- 
Vilaine).  Le  nombre  des  éléphants  dont  les  débris  ont  été 
extraits  de  ce  gisement  quaternaire  si  riche  n’est  pas  inférieur 
à  cent.  Comme  forme  typique,  c’est  1  ’Elephas  primigenius  qui 
domine,  mais  avec  de  telles  variations,  que  bon  nombre  d’échan¬ 
tillons  auraient  été  classés  comme  Elejdtas  antiquus  et  même 
Elephas  indicus,  s’ils  avaient  été  trouvés  isolément.  —  .1/.  Pizon, 
en  réponse  à  la  note  de  M.  Giard,  fait  observer  que  les  Astel- 
lium  et  les  Pseudodidemnum  ont  des  embryons  qui,  à  l’éclosion, 
ne  diffèrent  pas  de  ceux  du  Diplosoma  Rayneri  (Mac  Donald), 
et  que  les  phénomènes  de  Pœcilogonie  sont  encore  à  trouver 
chez  le  Ascidies  composées. 

A.-Eug.  Malard. 


ERRATUM 


Par  suite  d’une  erreur  de  clichage,  les  figures  qui  accompa¬ 
gnaient,  dans  le  dernier  numéro,  l’article  de  M.  P.  A.  Dan- 
geard,  La  Chorophylle  normale  existe-t-elle  chez  les  animaux  ] 
ne  se  rapportaient  pas  à  cet  article.  Nos  lecteurs  se  sont  évi¬ 
demment  aperçu  de  cette  erreur  et  nous  avons  même  reçu  un 
très  grand  nombre  de  lettres  signalant  le  fait.  Nous  publie¬ 
rons  dans  le  prochain  numéro  les  figures  qui  devaient  accom¬ 
pagner  ledit  article,  les  exigences  de  la  gravure  ne  nous  per¬ 
mettant  pas  de  le  faire  dans  le  présent  numéro. 


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G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Emile  DEYROLLE. 


PR.  F.  LEVÉ,  HUE  CASSETTE,  17. 


13e  ANNÉE 


2°  Série  —  I\'°  08 


AVRIL  1891 


LES  RACES  DE  L  INDE 


Si  jamais  un  pays  a  présenté  et  présente  encore,  à 
ceux  qui  s’occupent  d’ethnographie,  de  nombreuses  races 
à  étudier  et  d’intéressants  problèmes  à  résoudre,  c’est 
bien  l’Inde.  Dans  une  série  d’articles,  nous  nous  pro¬ 
posons  de  faire  passer  un  bon  nombre  de  ces  races 
sous  les  yeux  du  lecteur.  Il  ne  sera  pas  inutile,  pour 
mieux  faire  comprendre  ce  qui  va  suivre,  de  résumer 
brièvement  l’histoire  de  la  succession  des  races  dans 
l’Inde.  Le  peuple  indien  se  compose  d’une  infinité  de 
tribus  et  de  races  venues  dans  l’Inde  à  des  époques  va¬ 
riées.  La  fusion  entre  ces  tribus  et  ces  races  n’a  pas  eu 
lieu.  C’est  là  la  principale  source  des  castes. 

L’Inde  était  originairement  peuplée  par  des  tribus  de 
race  cliamique.  Ces  tribus  furent  subjuguées  quand  eut 
lieu  l’invasion  touranienne 
qui  les  réduisit  en  escla¬ 
vage.  Plus  tard  nous  trou¬ 
vons  les  Arvas  qui  s'empa¬ 
rent  de  l’Inde  et  s’assimi¬ 
lent  les  tribus  qui  les  ont 
précédés  dans  l’Inde.  La 
presque  totalité  des  peu¬ 
ples  habitant  la  péninsule 
entre  dans  le  vaste  système 
brahmanique.  A  partir  de 
ce  moment  jusqu’à  la  lutte 
qu’amène  l’apparition  de 
Boudha  et  la  diffusion  de  sa 
doctrine,  l’Inde  est  tran¬ 
quille.  Plus  tard  viendra 
l’invasion  mongole  et  la 
fondation  de  l’empire  de  ce 
nom  qui  tombera  définitive¬ 
ment  sous  les  coups  des 
Anglais  en  1857  et  fera 
place  enfin  à  l’empire  Indo- 
Britannique,  résultat  de  la 
victoire  des  Anglais  sur 
leurs  compétiteurs  euro¬ 
péens  et  sur  les  derniers, 
mais  souvent  glorieux,  par¬ 
tisans  de  l’indépendance. 

Les  races  chamites  de 
l’Inde  tirent  leur  origine  de 
Chus,  fils  de  Cham.  La  race 
la  plus  directeissuedeChus 
est  celle  des  Durds  qui  habitent  les  rives  de  l’Indus  au 
sommet  des  monts  Himalaya.  Une  autre  race  cha- 
mite  était  mêlée  jadis  à  l’agglomération  de  peuple  con¬ 
nue  sous  le  nom  général  de  Scythes  ;  plus  tard  une  fa¬ 
mille  de  cette  race  celle  des  Visvamitras  futmême  admise 
au  nombre  des  Bralimes  ou  Aryas. 

Voici  quelles  sont  actuellement  dans  l'Inde  les  tribus 
et  castes  encore  existantes  qui  tirent  leur  origine  de  Chus 
fils  de  Cham  : 

Ce  sont  :  les  Parias  du  pays  tamoul,  les  Malas  du  Té- 
lingana,  les  Holias  du  Canara,  les  Polyars  et  les 
Chemars  du  Maleyalam  et  de  l’Hindoustan,  les  Dhéras 
du  Guzarate,  les  Battaduras  du  Tuluva,  les  Doms  de 
l’Hindoustan,  les  Dombarus  du  Maïssour,  les  Khush  du 
Bengale,  les  Pasis  et  en  général  toutes  les  peuplades 

LE  NATURALISTE,  Paris,  46,  rae  du  Bac. 


auxquelles  les  livres  sanscrits  donnent  le  nom  de  Chan- 
dalas  ou  de  Mlecchas. 

Les  Races  touraniennes  qui,  selon  l’opinion  la  plus 
probable,  tirent  leur  origine  de  Japhetpar  Magog,  ou  chez 
lesquelles  du  moins  l’élément  japhétique  dominait,  em¬ 
ploient  les  idiomes  suivants  :  le  Tamoul  qui  se  parle 
dans  l’immense  plaine  du  Carnatic,  le  Telinga  usité  de¬ 
puis  Palicate  au  sud  jusqu’à  Chicacole  au  Nord  et  dans 
une  partie  des  royaumes  de  Maïssour  et  du  Nizan,  le 
Canara  qui  domine  dans  le  royaume  de  Maïssour,  le 
Maleyalam  que  l’on  parle  sur  la  côte  malabare,  le  Tulu 
employé  aux  environs  de  Mangalore,  le  Toda  ou  idiome 
des  Todas  ou  Toders  des  Nilgiris,  le  Kola  parlé  par  les 
Kotars  des  mêmes  montagnes,  le  Gond  dialecte  qui  a 
cours  dans  le  Gondwana  (Inde  centrale),  le  Kôle  qu’em¬ 
ploient  les  anciens  aborigènes  du  même  nom.  le  Khu, 
idiome  d’un  peuple  ainsi  nommé,  enfin  le  Brahni  dans 
lequel  s’expriment  les  montagnards  de  Kélat  dans  le 
Béloutchistan. 

L’ensemble  de  ces  diver¬ 
ses  langues  forme  le  groupe 
des  dialectes  Dravidiens. 

Les  historiens  anciens 
reconnaissaient  comme 
peuplades  d'origine  scythi- 
que  ou  touranienne,  les 
Sakyos,  les  Jats,  les  Cache- 
miriens,  les  Tagores  et  les 
habitants  du  grand  et  du  pe¬ 
tit  Tiiibet.  Certaines  tribus 
aryennes  appartenaient  mê¬ 
me  à  la  grande  confédéra¬ 
tion  des  Scythes. 

C’est  ce  qui  explique,  en 
y  ajoutant  les  mélanges  qui 
se  sont  produits  dans  l’Inde 
même,  les  différences  de 
couleur,  de  physionomie 
<[ue  l’on  trouve  entre  les  tri¬ 
bus  comprises  sous  le  nom 
générique  de  Sudras.  Il  faut 
encore  y  joindre  les  influen¬ 
ces  de  climat  et  de  milieu. 

Plusieurs  tribus  se  sont 
assimilées  entièrement  à  la 
race  des  Aryas  en  particu¬ 
lier  les  anciens  Sudras  con¬ 
tre  lesquels  durent  combat¬ 
tre  les  Aryas  dans  les  plai¬ 
nes  de  l’indus.  Il  en  est  d’au¬ 
tres  qui  no  se  sont  pas  encore  entièrement  soumises 
aux  mœurs  et  coutumes  brahmaniques.  Il  nous  reste 
à  les  énumérer.  Ces  tribus  touraniennes  peuvent  se 
subdiviser  en  tribus  d’origine  mongole  ou  thibétaine, 
en  Pulindas,  en  tribus  civilisées  et  sauvages  du  Dékan, 
en  Tribus  du  Guzarate  et  en  populations  du  Concau  et 
de  la  côte  malabare.  Les  tribus  d’origine  mongole  ou 
thibétaine  sont  :  les  aborigènes  du  Sirmour,  les  abori¬ 
gènes  du  Konawar,  les  Népalais,  les  Bhutaniens,  les 
Garrows,  les  Kêrats,  les  _Abors,  les  Mishmis,  les  Nagas, 
les  Paharias,  les  Khassyas,  les  Cacharis,  les  Khukis,  etc. 
Toutes  ces  peuplades  habitent  le  versant  méridional  de 
l’Himalaya  et  des  montagnes  qui  séparent  l’Inde  de  la 
Chine  et  de  la  Birmanie. 

Les  Pulindas  renferment  les  Rôles,  les  Gonds,  les  Bhills. 


Fig.  1.  —  Brahme  du  !Sud  de  l’Inde  (reproduction  directe, 
d’après  une  photographie). 


78 


LE  NATURALISTE 


Les  tribus  civilisées  et  sauvages  du  Dékan  compren¬ 
nent  les  Pallis,  les  Védars,  les  Irulars,  les  Kurumbars,  les 
Maley-Arasars,  les  Ivodars,  les  Todas,  les  Kuragars,  les 
Badagas,  les  Lambadis,  les  Pakkanatis,  les  Kuruma- 
rus,  etc. 

Les  tribus  du  Guzarate  sont  :  les  Grassyas,  les  Kumbys, 
les  Danjas,  les  Kattyas,  les  Charous,  les  Bhatts,  les 
Dliéras,  les  Parsis. 

Enfin  voici  les  populations  du  Concau  et  de  la  côte 
nialabare  :  Tuluvas,  Parsis,  Nairs,  Tayars,  Polyars. 
Nayadis. 

A  ces  tribus  il  faut  ajouter 
les  Musulmans  connus  sous 
le  nom  de  Maplays  qui  habi¬ 
tent  le  littoral  sur  la  côte 
malabare  et  des  populations 
d’origine  sémitique,  je  veux 
parler  des  Juifs  blancs  et 
des  Juifs  noirs. 

Quant  à  la  race  aryenne 
ou  brahmanique  qui  a  donné 
à  l’Inde  son  «  faciès  »  ac¬ 
tuel,  elle  descend  de  Japhet 
par  Madaï.  Sa  langue  est  le 
sanscrit  qu’elle  a  aban¬ 
donné  peu  à  peu  pour  le 
langage  des  peuples  con¬ 
quis. 

Les  Aryas  se  divisaient 
naguère  en  trois  grandes 
branches  ou  divisions  so¬ 
ciales  :  les  Brahmes,  les 
Ksatryas  et  les  Vaissyas. 

Ces  trois. classes  ne  sub¬ 
sistent  plus  dans  leur 
reté  originaire. 

Ceux  qui  en  font  partie 
ont  le  droit  de  porterie  cor¬ 
don  sacré.  Les  brahmes  qui 
forment  la  classe  la  mieux 
conservée  ne  sont  pas  ce¬ 
pendant  absolument  purs. 

A  certaines  époques  il  se 
sont  unis  par  des  alliances 
à  d’autres  castes  et  même 
à  des  races  étrangères. 

Les  Brahmes  sont  les  prê¬ 
tres  nés  de  la  religion  brah¬ 
manique.  C’est  la  caste  pri¬ 
vilégiée  et  noble  par  excel¬ 
lence.  La  distinction  des  castes  ne  fut  admise  chez  les 
Aryas  qu’à  l’époque  où  les  lois  de  Manu  furent  publiées. 
Les  Ksatryas  ou  guerriers  comprennent  aujourd’hui  des 
peuples  qui  ont  été  élevés  à  ce  rang  après  coup.  Les 
Rajputés  furent  reconnus  comme  Ksatryas  par  les 
Brahmes  à  l’époque  où  le  boudhisme  victorieux  força 
une  colonie  de  ceux-ci  à  chercher  un  refuge  au  mont 
’  Abou.  Presque  de  nos  jours  les  Marattes  sont  venus 
augmenter  le  nombre  des  Ksatryas. 

Après  la  seconde  classe  des  Ksatryas,  venait  la  troi¬ 
sième  celle  des  Vaissyas,  laboureurs,  pasteurs  ou  mar¬ 
chands.  11  est  fort  douteux  qu’il  en  existe  encore  au¬ 
jourd’hui. 

Au-dessous  de  ces  trois  grandes  classes  que  compre. 
naitlarace  aryane  se  trouvaient  les  Sudras.  C’étaient  les 


esclaves,  les  serviteurs,  en  d’autres  termes  les  peuples 
subjugués  dans  la  guerre.  Ils  pouvaient  espérer  d’entrer 
par  la  conversion  dans  l’organisation  brahmanique. 
Enfin  au-dessous  de  toutes  ces  castes  et  hors  de  toute 
caste  se  trouvaient  et  se  trouvent  encore  les  parias. 

Actuellement  les  Brahmes  comprennent  deux  grandes 
divisions  :  les  Gaüras  du  Nord  et  les  Bravidas  du  Sud. 
Chacune  de  ces  divisions  se  divise  à  son  tour  en  cinq 
branches  dont  chacune  se  subdivise  encore.  On  divise 
encore  les  brahmes  en  neuf  familles  principales  qui  se 
partagent  à  leur  tour  en  quarante-cinq  branches  qui  of¬ 
frent  encore  d’autres  subdi¬ 
visions. 

Nous  parlerons  plus  tard 
des  Védas  dans  lesquels  le 
nom  de  Brahma  ne  se  ren¬ 
contre  pas  encore,  puis  des 
Brahmanas,  des  Sutras  ou 
Traditions  sacrées,  de  la 
Trinité  indienne  :  Brahma, 
Vishnu  et  Siva,  Irinité  dont 
le  premier  dieu  a  disparu 
dans  le  culte  actuel  pour 
faire  place  à  Vishnu  et  à 
Siva.  Puis  nous  traiterons 
des  poèmes  épiques  :  le 
Mahabharatla  et  le  Ra- 
mayana,  du  Sakuntala  dra¬ 
me  de  Kalidasa  et  des  Pu- 
anciens  écrits  phi¬ 
losophiques  et  religieux 
écrits  en  vers. 

Nous  commencerons  par 
étudier  une  à  une  les  diver- 
peuplades  de  l’Inde 
sans  suivre  d’ordre  bien 
précis.  Le  lecteur  n’aura 
qu’à  se  reporter  à  la  divi¬ 
sion  des  races  données  plus 
haut.  Nous  commençons 
cependant  par  les  premiers 
rejetons  de  Chain  que  nous 
ayons  signalé,  c’est-à-dire 
par  les  Parias.  Nous  avons 
figuré  ici  un  Paria  des  envi¬ 
ron  de  Tindivanam.  Cet  in¬ 
dividu  nommé  Aroulandou 
habiteNalliancoulom.il  est 
âgé  de  cent  quatre  ans.  Or, 
nul  ne  l’ignore,  les  cente¬ 
naires  sont  extrêmement  rares  dans  l’Inde  où  l’homme 
atteint  au  plus  de  70  à  80  ans. 

D’ailleurs,  comme  la  plupart  des  indigènes  ignorent 
leur  âge,  plusieurs  se  font  faussement  passer  pour  cen¬ 
tenaires.  On  doit  donc  ne  se  fier  au  dire  des  gens  du 
pays  qu’autant  qu’ils  peuvent  citer  un  événement  qui 
permette  de  fixer  d’une  façon  certaine  la  date  de  leur 
naissance.  Or,  il  en  est  ainsi  pour  notre  centenaire.  C’est 
un  contemporain  de  Tippoo-Sahib  le  grand  adversaire 
des  Anglais  dans  l’Inde. 

Il  a  vu  le  grand  sultan  et  se  souvient  encore  du  chant 
de  guerre  de  ses  soldats.  Appartenant  à  une  famille  de 
«  coudre- carren  >•  palefreniers,  il  a  suivi  l’armée  de 
Tippoo  à  travers  l’Inde,  et  il  raconte  volontiers  qu’il 
plantait  encore  enfant  les  piquets  des  tentes  pour  éta- 


LE  NATURALISTE 


79 


blir  le  campement.  Il  a  assité  à  une  grande  partie  des 
batailles  du  dernier  tenant  de  l’indépendance,  notam¬ 
ment  à  celle  de  Seringapatam,dans  laquelle  la  prise  du 
fort  de  ce  nom  coûta  à  Tippoo-Sahib  la  couronne  et  la 
vie. 

Hector  Léveillé. 


SUR  UNE  PLUIE  SINGULIÈRE  OBSERVÉE  A  DIARBÉKIR 

EN  ASIE  MINEURE 

M.  l'abbé  Maze,  directeur  du  Cosmos,  a  bien  voulu  me 
demander  récemment  mon  avis  sur  un  singulier  échan¬ 
tillon  que  M.  F.  René  de  Champagne,  directeur  de 
l’école  française  à  Diarbékir  (Turquie  d’Asie),  lui  avait 
adressé  avec  une  lettre  où  on  lisait  ce  qui  suit  sous  la 
date  du  23  juin  1890  : 

«  J’ai  à  vous  signaler  un  phénomène  qui  a  précédé, 
non  loin  d’ici,  l’éclipse  du  17  juin  très  visible  et  dont  les 
mollahs  ont  eu  peur,  faisant,  crier  miséricorde  par  chaque 
muezzin  sur  les  minarets.  Ce  n’est  pas  du  sang  qu’il  a 
plu  en  Mésopotamie  comme  en  Calabre,  mais  c’est  une 
substance  farineuse  qui  nous  est  arrivée  avec  les  der¬ 
nières  grêles  de  la  fin  de  mai.  Les  morceaux  fort  nom¬ 
breux  de  ladite  substance,  qui  ont  été  trouvés  dans  beau¬ 
coup  de  campagnes  dépendant  de  Mardine,  ont  la  forme 
extérieure  de  mûres  quoique  le  mûrier  se  cultive  loin  de 
là,  dans  la  petite  Arménie.  Ils  sont  durs,  ont  l'extérieur 
plus  ou  moins  foncé  et  l’intérieur  bien  blanc.  On  les  fait 
moudre  pour  les  mélanger  à  la  farine  de  blé  !  Déjà  les 
Kurdes  appellent  blé  céleste  cette  manne  d’un  nouveau 
genre.  Cela  se  conserve  très  facilement.  J’en  ai  mangé, 
son  goût  plaît  à  plusieurs.  On  se  met  à  la  vendre  sur  le 
marché  de  la  ville  précitée.  » 

La  figure  1  représente,  avec  un  grossissement  de  cinq 


Fig.  t.  —  Un  des  grains  de  la  pluie  de  Diarbékir,  grossi 
S  fois  en  diamètre.  Tout  le  lobo  inférieur,  voisin  de  la  let¬ 
tre  B,  consiste  en  une  pierraille  gréseuse  rosâtre. 

fois  en  diamètre  ou  de  vingt-cinq  fois  en  surface,  l’as¬ 
pect  d’un  des  grains  de  cette  singulière  averse.  On  voit 
qu’il  s’agit  d’un  corps  tuberculeux  tout  mamelonné  pré¬ 
sentant  des  circonvolutions  très  nombreuses.  La  couleur 
est  le  jaune  orange  très  clair,  mais  les  cassures  laissent 
voir  un  intérieur  parfaitement  blanc. 

Ces  objets  sont  assez  durs  et  fragiles,  mais  il  suffit  de 


les  maintenir  dans  l’eau  pendant  quelques  heures  pour 
les  voir  se  ramollir  et  prendre  la  consistance  gélatineuse 
de  beaucoup  d’algues  et  de  lichens.  Dans  cet  état  il'  est 
aisé  de  séparer  un  épiderme  très  mince  de  la  masse 
générale  qui  en  est  enveloppée,  et  dès  ce  moment  il  est 
clair  qu’on  a  affaire  à  un  végétal. 

D’ailleurs  une  coupe  mince,  observée  au  microscope, 
lève  tous  les  doutes  à  cet  égard.  La  figure  2  montre  qu’on 


Fig.  2. _ Coupe  en  travers  du  Lecanora  de  Diarbékir  au  gros¬ 

sissement  de  40  diamètres.  On  distingue  l’épiderme,  la  zone 
des  gonidies  et  le  tissu  feutré  de  la  trame. 

y  voit  nettement  la  structure  caractéristique  des  lichens, 
c’est-à-dire  une  masse  générale  à  tissu  feutré  correspon¬ 
dant  à  l’hyphe,  et  une  zone  extérieure  où  des  points 
clairs  régulièrement  disposés  signalent  les  gonidies  ou 
algues  nourricières. 

Cet  objet  singulier  est  du  reste  loin  d’être  nouveau  :  il 
s’agit  du  curieux  lichen  errant,  catalogué  par  les  bota¬ 
nistes  sous  le  nom  de  Lecanora  esculenta;  mais  bien  qu’il 
soit  très  connu,  il  se  trouve  que  l’un  des  échantillons  que 
m’a  donnés  M.  l’abbé  Maze  ajoute  une  notion  nouvelle  à 
celles  qu’on  possédait  déjà. 

Voici  d’abord  ce  que  dit  Decaisne  de  ce  Lecanora  (1). 

«  Ce  lichen  qui  a  été  observé  en  Algérie  se  rencontre 
fréquemment  dans  les  montagnes  les  plus  arides  du  dé¬ 
sert  de  la  Tartarie,  dont  le  sol  est  calcaire  et  gypseux  et 
git  sur  le  sol  parmi  les  cailloux  dont  on  ne  le  distingue 
qu’avec  des  yeux  exercés.  On  en  trouve  aussi  d  abon¬ 
dantes  quantités  dans  le  désert  des  Kirghizes  au  sud  de 
la  rivière  Jaik  et  à  la  base  des  collines  gypseuses  qui 
ceignent  les  lacs  salés.  Le  voyageur  Parrot  a  rapporte 
des  échantillons  de  ce  lichen  qui,  au  commencement 
de  1828,  tomba  comme  de  la  pluie  en  plusieurs  contrées 
de  la  Perse  :  on  lui  assura  que  le  sol  en  avait  été  cou¬ 
vert  à  une  hauteur  de  deux  décimètres  ;  que  les  bestiaux 
en  avaient  mangé  avec  avidité  ;  que  les  indigènes  1  a- 
vaient  recueilli  comme  tombé  du  ciel  et  en  avaient  fait  du 
pain.  Le  naturaliste  Pallas  et  le  professeur  Eversmann 
qui  l’ont  observé  sur  les  lieux  n’ont  jamais  rencontré  un 
seul  échantillon  qui  fût  fixé  à  un  support  quelconque  ;  ils 
en  ont  recueilli  qui  étaient  de  la  grosseur  d’une  tète 
d’épingle  et  ne  tenaient  à  aucun  corps.  Eversmann  conjec¬ 
ture  que  ce  lichen  avait  dans  le  principe  germé  autour 
d’un  grain  de  sable  qu’il  avait  ensuite  englobé;  mais 
l’observation  n’ayant  pas  confirmé  cette  hypothèse,  il  a 
été  porté  à  admettre  que  le  premier  germe  de  ce  lichen 


il)  Botanique,  p.  694. 


80 


LE  NATURALISTE 


s’étend  originairement  dans  tous  les  sens  et  ne  puise  sa 
nourriture  qu’au  sein  de  l’air  ambiant.  » 

Or,  et  ceci  me  paraît  digne  d’être  mentionné,  l’un  des 
plus  volumineux  parmi  les  lecanoras  que  j’ai  reçus, 
celui  qui  est  représenté  figure  d,  est  sûrement  fixé  à  un 
petit  fragment  de  nature  quartzeuse  rayant  facilement 
le  verre  et  sur  lequel  le  cryptogame  a  évidemment 
germé. 

Il  est  plus  que  probable  que  ce  fragment  rocheux  est 
tombé  de  l’atmosphère  en  même  temps  que  les  lichens, 
et  le  fait  peut  modifier  l’opinion  d’après  laquelle  la 
plante  se  développerait  en  l’air  et  tomberait  par  le  fait 
de  l’alourdissement  consécutif  de  sa  croissance.  La  pré¬ 
sence  des  pierrailles  doit  faire  admettre  que  le  Lecanora 
s’est  développé  sur  le  sol  et  qu’il  a  été  charrié  dans  le 
haut  de  l’atmosphère  par  quelque  vent  ascendant  en  re¬ 
lation  avec  des  trombes. 

Stanislas  Meunier. 


L’HIBERNATION 


Les  articles  de  M.  L.  Guénot  sur  l’hibernation,  publiés  dans 
le  Naturaliste  au  mois  de  janvier  1891,  me  remettent  en  mé¬ 
moire  une  observation  d'hibernation  que  j’ai  faite,  il  y  a 
quelques  années,  sur  un  rongeur,  et  qui  me  semble  présenter 
quelqu’intérêt,  au  moins  comme  contribution  à  l’étude  de  cette 
question. 

•  Le  12  octobre  1884,  un  de  mes  ouvriers,  que  j’étais  allé  visiter 
au  bois  où  il  travaillait,  me  remit  une  sorte  do  petite  Souris 
qu’il  venait  de  trouver  endormie  à  terre  sous  la  mousse.  Ce 
petit  animal  que  je  ne  connaissais  pas  était  roulé  en  boule,  la 
queue  enveloppant  tout  le  corps,  comme  le  ferait  une  ficelle 
autour  d’un  petit  paquet.  Le  garde  que  je  rencontrai  me  dit 
que  c’était  ce  que  les  forestiers  appellent,  dans  le  pays,  la  petite 
souris  rouge,  qu’il  en  voyait  souvent  pendant  l'été,  dans  les 
bois,  courir  sur  les  branches  des  arbres,  dont  elles  mangent  les 
fruits,  et  où  elles  font  un  nid  de  mousse. 

Rentré  chez  moi  je  déterminai  ma  trouvaille  et  je  vis  que  j’a¬ 
vais  affaire  au  Muscardin,  Myoxurus  avellanarius .1  C’est  un 
rongeur  voisin  du  Loir,  d’un  pelage  gris  fauve,  à  oreilles 
courtes,  à  museau  effilé  et  à  queue  légèrement  velue  :  sa  taille 
est  un  peu  supérieure  à  celle  de  la  Souris. 

Bien  que  paraissant  profondément  endormi,  mon  Muscardin 
poussait  un  petit  cri  à  chaque  attouchement  que  je  lui  faisais 
subir.  On  remarquait,  du  reste,  très  bien  l’acte  respiratoire. 
Placé  sur  ma  cheminée  dans  une  boite,  je  le  trouvai  deux  jours 
après  éveillé  et  très  vif.  Je  le  transportai  dans  une  pièce  plus 
froide,  dans  une  boîte  où  je  mis  un  nid  de  mousse  et  quelques 
provisions,  noix,  pain,  lard.  Le  lendemain  il  était  rendormi  et 
poussant  toujours  ses  petits  cris  chaque  fois  que  je  le  touchais. 
Le  21  décembre  je  le  visite  de  nouveau,  il  est  endormi  roulé  en 
boule  sur  son  nid  de  mousse  et  pousse  son  petit  cri.  II  s’est 
éveillé  dans  l’intervalle,  car  il  a  cherché  à  percer  une  noix  et 
paraît  avoir  un  peu  goûté  au  lard. 

Je  l’observe  ainsi  pendant  tout  l’hiver;  lorsque  la  tempéra¬ 
ture  est  douce  il  s’éveille  et  mange  un  peu  de  pain,  puis  se 
rendort.  Au  mois  de  mars  la  température  devient  assez  rude, 
mon  Muscardin  se  rendort,  mais  au  mois  d’avril  je  le  trouve 
mort  sans  s’étre  déroulé,  de  sorte  qu’il  parait  être  mort  en  dor¬ 
mant. 

Depuis,  j’ai  observé  le  Muscardin  mangeant  des  raisins  sur 
les  treilles  dans  mon  jardin  :  j’en  ai  notamment  observé  pen¬ 
dant  quoique  temps,  un  le  4  novembre  occupé  à  manger  un 
grain  de  raisin,  laissé  en  dehors  du  sac  où  la  grappe  avait  été 
placée  ;  lorsqu’il  m’aperçut  il  ne  parut  pas  très  effrayé,  s’éloi¬ 
gna  un  peu,  et  se  cacha  derrière  une  branche.  Mais  comme  je 
m’approchai  pour  l’observer  de  plus  près,  il  s’échappa  en  cou¬ 
rant  très  rapidement  sur  les  branches . 

Ce  petit  animal  ne  vit  donc  pas  exclusivement  dans  les  bois, 
et  pourrait,  comme  son  congénère  le  Loir,  causer  des  dommages 
dans  les  jardins. 

E.  PlSSOTk 


DEUX  ESPÈCES  NOUVELLES  DE  PLANAIRES 
AMÉRICAINES 

Hydrolimax  Itrnnens,  n.  sp.  —  C’est  la  seconde  espèce  du 
genre;  la  première  a  été  décrite  par  Haldeman  en  1841,  sous 
le  nom  de  H.  griseus.  Toutes  deux  vivent  dans  les  eaux  douces 
de  la  Pensylvanic  ;  cette  dernière,  dans  les  rivières  Shuylkill  et 
Delaware,  en  aval  de  Philadelphie  ;  l’autre,  dans  un  petit  ruis¬ 
seau  sortant  du  parc  Fairmount  de  la  même  ville. 

H.  bruneus  a  été  découverte  en  1857  par  le  Dr  Leidy,  auquel 
nous  devons  les  documents  au  moyen  desquels  nous  carac¬ 
térisons  cette  espèce.  Elle  mesure  19  millimètres  en  longueur 
et  3  millimètres  en  largeur.  Le  corps  est  allongé,  très  aplati, 
spatuliforme,  obtusément  tronqué  en  avant  avec  la  région  cé¬ 
phalique  quelque  peu  étalée,  tandis  que  la  région  postérieure 
se  termine  en  une  courbe  elliptique,  pour  ne  pas  dire  en  angle 
aigu.  Une  paire  d’ocelles  d’un  noir  intense  s’aperçoit  à  la  base 
de  la  tête,  qui  est  d’une  teinte  brunâtre  claire,  en  opposition 
avec  la  couleur  d’un  brun  noirâtre  uniforme  sur  le  reste  du 
corps . 

Pliagocata  coronata,  n.  sp.  —  C’est  pareillement  la 
deuxième  espèce  du  genre,  la  première  ayant  été  décrite  en 
1840  par  Haldeman,  qui  la  nomma  Planaria  gracilis.  Quelques 
années  plus  tard,  Leidy  en  fit,  avec  raison,  le  type  d’un  nou¬ 
veau  sous-genre  sous  le  nom  de  Phagocata.  L’espèce  est  très 
répandue  aux  Etats-Unis,  depuis  le  Massachussetts  jusqu’en 
Pensylvanie,  tandis  que  Ph.  coronata  habite  plus  à  l’ouest, 
ayant  été  observée  en  nombre,  par  le  Dr  Leidy  dans  un  ruis¬ 
seau  des  environs  du  Fort  Bridger  (Wyoming). 

Son  aspect  extérieur  rappelle  celui  de  P.  gracilis  à  l’excep¬ 
tion  do  sa  coloration  moins  foncée.  Mais  tandis  que  cette  der¬ 
nière  ne  possède  qu’une  paire  d’ocelles,  P.  coronata  en  montre 
une  quantité  considérable,  disposés  on  traînée  sériaire  sur  le 
pourtour  de  la  tète  et  les  côtés  du  cou  en  forme  de  diadème. 
Ils  sont  toutefois  moins  nombreux  chez  les  jeunes  que  chez  les 
adultes.  Sa  longueur  est  de  4  à  8  millimètres  et  sa  largeur 
de  2/3  à  1  millimètre. 

Une  teinte  fuligineuse  uniforme  recouvre  tout  le  corps,  plus 
foncée  le  long  de  la  ligne  dorsale  que  vers  les  bords. 

Dr  C.  Girard 
(de  Washington). 


Recherche  et  Préparation  des  Batraciens 

(Suite  et  fin.) 


Empaillage.  — ■  Nous  avons  dit  que  les  Batraciens 
se  prêtaient  mal  à  l’empaillage  et  que  leur  préparation 
ne  réussit  pas  toujours.  Pour  ceux  qui  préfèrent  ce  mode 
de  conservation  nous  indiquons  les  procédés  que  l’on 
emploie  ordinairement. 

On  pratique  dans  le  ventre  une  fente  longitudinale 
depuis  la  gorge  jusqu’à  l’anus  ;  avec  le  manche  du  scalpel, 
on  dégage  la  peau  des  deux  côtés  et  principalement  vers 
le  dos;  on  fait  sortir  la  partie  supérieure  des  cuisses  et 
on  sépare  le  fémur  du  tibia.  Après  avoir  dépouillé  l’ab¬ 
domen,  on  refoule  la  peau  vers  la  partie  supérieure  du 
tronc  et  on  coupe  chaque  humérus  à  son  articulation 
avec  l’omoplate.  On  sépare  ensuite  la  tête  du  tronc  et  on 
nettoie  les  membres  et  les  os.  La  peau  ne  doit  être  déta¬ 
chée  de  la  tête  que  jusqu’à  l’extrémité  du  museau.  On 
enlève  la  langue,  les  yeux,  etc...,  et  on  remplit  les  orbites 
de  coton  haché  ;  le  museau  et  les  mâchoires  sont  garnis 
d’étoupe  et  après  avoir  refoulé  doucement  le  crâne  de 
bas  en  haut,  tandis  qu’on  tire  la  peau  en  sens  inverse, 
on  retourne  la  tête.  On  étend,  à  l’aide  d’un  pinceau,  une 
couche  de  préservatif  dans  tout  l’interieur,  on  bourre  le 
corps  avec  de  l’étoupe  finement  hachée,  sans  trop  la 
comprimer,  de  manière  à  conserver  à  l’animal  ses  formes 
naturelles. 


LE  NATURALISTE 


81 


On  coupe  cinq  fils  de  fer  d’une  grosseur  et  d’une  lon¬ 
gueur  proportionnées  à  la  taille  et  au  volume  de  l’échan¬ 
tillon,  deux  de  ces  fils  seront  pour  les  pattes  de  devant, 
deux  autres  pour  celles  de  derrière.  Le  cinquième  fil  est 
courbé  en  anneau  à  une  de  ses  extrémités,  tandis  que 
l’autre  est  introduite  dans  le  sommet  de  la  tète  ;  on 


Armature  en  fil  de  fer  pour  le  montage  d’une  Grenouille. 

réunit  les  fils  de  fer  des  jambes  et  on  les  fait  passer 
dans  l’anneau  de  la  traverse  du  milieu;  on  y  réunit 
également  les  fils  de  fer  des  pattes  antérieures  et  à  l’aide 
d’une  pince,  on  assujettit  ce  squelette  artificiel  en  tordant 
le  tout  ensemble;  puis  on  achève  de  bourrer  et  on  coud 
la  peau  (Capus).  La  couture  doit  être  faite  à  points  très 
rapprochés  ;  on  peut  la  dissimuler  en  collant  dessus  une 
bande  de  papier  fin,  sur  laquelle  on  passe  ensuite  une 
couche  de  la  couleur  du  ventre  de  l’animal. 

Quelques  préparateurs  emploient  une  méthode  plus 
expéditive  qui  consiste  à  dépouiller  l’animal  sans  faire 
d’incision  dans  la  peau  et  à  extraire  par  la  bouche,  le 
corps  en  un  seul  tronçon,  mois  cette  méthode  offre  de 
grands  inconvénients  pour  les  Batraciens  et  n’est  géné¬ 
ralement  pas  employée. 

Si  on  prépare  un  Batracien  urodèle  [Salamandre, Triton), 
on  emploie  le  procédé  que  nous  avons  indiqué  ;  on  ajoute 
simplement  un  sixième  fil  de  fer  que  l’on  passe  dans  la 
queue  pour  la  soutenir. 

Il  ne  reste  plus  qu’à  fixer  l’animal  sur  un  socle  en 
bois;  on  y  pratique  quatre  trous  suivant  l’écartement 
des  jambes  et  on  y  fait  passer  les  quatre  fils  de  fer 
que  l’on  fixe  sous  le  socle  en  les  recourbant;  on  donne 
au  sujet  une  attitude  naturelle,  la  bouche  devra  être 
bourrée  légèrement  avec  du  coton  et  maintenue  fermée 
à  l’aide  de  petites  épingles;  les  yeux  artificiels,  que  Ton 
devra  toujours  choisir  de  la  couleur  de  ceux  du  sujet, 
seront  fixés  dans  les  orbites  avec  un  peu  de  gomme  ;  puis, 
après  avoir  laissé  sécher  l’animal,  on  passera  sur  tout 
son  corps  une  couche  de  vernis  à  l’alcool. 

Collection  de  Batraciens.  —  Cette  collection 
exige  des  vitrines  pour  y  placer  les  sujets  empaillés  et 
des  étagères  pour  le  rangement  des  flacons  contenant 
les  animaux  dans  l’alcool.  On  peut  joindre  à  chaque 
espèces  les  têtards  et  œufs  qui  lui  appartiennent.  On 
doit  visiter  fréquemment  les  flacons  afin  de  remplir  les 
vides  produits  par  l’évaporation  de  l’alcool. 


Pour  la  classification  et  la  détermination  des  espèces 
on  peut  consulter  l’ouvrage  de  Duméril  et  Bibron  : 
Erpétologie  générale  ou  histoire  naturelle  complète  des  Rep¬ 
tiles. 

Emballage  et  expédition.  —  Lorsqu’on  veut 
expédier  des  Batraciens  à  un  correspondant,  il  n'existe 
guère  d’autre  moyen  que  celui  de  l’envoi  comme  échan¬ 
tillon  par  la  poste  ;  on  est  quelquefois  exposé,  dans  ce 
cas,  à  voir  son  colis  refusé  par  tel  ou  tel  bureau  de  poste  ; 
mais  on  doit  bien  se  persuader  qu’on  n’est  pas  en  con¬ 
travention  tant  que  le  contenu  n’est  pas  de  nature  à 
détériorer  les  correspondances  et  il  est  très  rare  de  voir 
ces  envois  refusés  par  la  poste.  Les  animaux  doivent 
être  placés  dans  de  la  mousse,  dans  des  herbes  fraîches, 
et  s’ils  sont  vivants  on  peut  ménager  dans  un  coin  de  la 
boîte  une  petite  ouverture  couverte  en  toile  métallique. 
Lorsque  les  animaux  ont  été  placés  dans  l’alcool  avant 
d’être  expédiés,  il  faut  les  éponger  avec  soin  et,  au  besoin, 
les  couler  dans  une  enveloppe  souple  et  imperméable. 

Les  larves  de  Batraciens  peuvent  être  expédiées  soit 
dans  un  flacon  à  moitié  plein  d’eau  ét  bouché,  soit  dans 
une  boîte  en  fer-blanc  contenant  des  éponges  ou  des 
étoupes  bien  humectées. 

Les  Tortues  (chéloniens)  ne  réclament  aucun  soin  par¬ 
ticulier,  même  pour  un  trajet  de  plus  de  quinze  jours. 

Albert  Graxgeb. 


LE  CRABE  DES  COCOTIERS 

OU  BIRGUS  LARRON 


La  multiplicité  des  historiens  est-elle  profitable  ou 
nuisible  à  la  véracité  de  l’histoire  ?  Elle  est  plutôt  nui¬ 
sible,  répondront  les  esprits  chagrins;  et  ils  pourraient 
appuyer  leur  sophisme  en  comparant  les  récits  contra¬ 
dictoires  qu’on  a  fait,  très  nombreux,  sur  le  Birgus 
larron. 

Depuis  Rumphius,  qui  le  range  au  nombre  des  curio¬ 
sités  d’Amboine  et  relate  compendieusement  ses  faits  et 
gestes,  le  Birgus  a  souvent  attiré  l’attention  des  voya¬ 
geurs  et  donné  naissance  à  mille  narrations  diverses.  Il 
a  même  changé  d’état  civil  plusieurs  fois  ;  Rumphius  lui 
attribue  le  nom  de  Crabe  à  bourse  ( Cancer  crementatus ) 
parce  que  son  abdomen  renflé  ressemble  à  une  bourse  at¬ 
tachée  au  thorax;  Herbst,Fabricius  etLeach  lui  ont  donné 
le  nom  de  crabe,  de  pagure  et  de  Birgus  voleur  (Cancer 
latro  Herb.,  Paginais  latro  Fabr.,  Birgus  latro  Leach),  parce 
qu’il  ferait  main  basse  sur  ce  qui  lui  plaît  et  dépouillerait 
sans  scrupule  les  arbres  de  leurs  fruits  ;  enfin  Latreille  a 
donné  à  tort  le  nom  de  Birgus  laticauda  à  des  spécimens 
pourvus  d’un  abdomen  plus  large  et  considérés  aujour¬ 
d’hui  comme  des  jeunes  du  Birgus  larron.  Dans  le  lan¬ 
gage  ordinaire  on  connaît  surtout  l’animal  qui  nous 
occupe  sous  le  nom  de  Crabe  des  cocotiers  bien  que  ce  ne 
soit  pas  un  crabe  et  qu’il  ne  soit  pas  démontré  qu  il 
ait  une  préférence  spéciale  pour  le  palmier  qui  produit 
la  noix  de  coco. 

Le  Birgus  larron  n’est  rien  autre  chose  qu’un  Ber¬ 
nard  Termite  adapté  4  la  vie  terrestre,  au  même  titre 
que  les  curieux  crustacés  du  genre  Cénobite.  Il  a 
comme  ces  derniers  des  branchies  très  réduites,  de  très 
longues  antennules  et  des  antennes  externes  dépourvues 
I  de  palpe  basilaire  ;  mais  il  en  diffère  par  la  carapace 
;  très  élargie  au  niveau  des  régions  branchiales  et  par  la 


82 


LE  NATURALISTE 


symétrie  de  l’abdomen,  qui  est  court,  large  et  protégé  en 
dessus  par  de  larges  boucliers,  calcaires. 

C’est  la  largeur  de  la  carapace,  au  niveau  des  régions 
branchiales,  qui  donne  au  Birgus  larron  son  apparence 
de  crabe  ;  c’est  elle  aussi  qui  permet  à  l’animal  de 
mener  son  existence  aérienne.  Elle  n’est  point  faite,  à 
co,up  sûr,  pour  protéger  les  branchies  très  réduites  de 
l’animal  et  l’on  a  remarqué  depuis  longtemps  qu'elle 
devait  jouer  un  rôle  dans  la  respiration  de  l’animal.  La 
peau  qui  la  tapisse  en  dessous,  au  lieu  d’être  unie  ou 
simplement  pubescente,  comme  dans  les  autres  crusta¬ 
cés,  se  recouvre  de  prolongements  ramifiés  et  arbores¬ 
cents,  dans  lesquels  pénètre  le  liquide  sanguin  do  l’ani¬ 
mal.  Geoffroy  Saint-Hilaire  avait  attribué  à  ces  arbores¬ 
cences  un  rôle  direct  dans  la  respiration  en  les  considé¬ 
rant  a  priori  comme  un  organe  d’hématose;  mais  les 


Le  Crabe  des  Cocotiers  ( Birgus  lalro )■ 


zoologistes  n’acceptèrent  pas  cette  opinion  et  se  bornè¬ 
rent  à  regarder  l’ensemble  des  végétations  comme  une 
masse  spongieuse  chargée  de  retenir  l'eàu  et  de  la  distri¬ 
buer  peu  à  peu  aux  branchies. 

Depuis,  le  professeur  Semper  (1) 'a réfuté  celte  concep¬ 
tion  fausse  et  justifié,  par  des  observations  anatomiques 
précises,  l’exactitude  dés  vues  de  Geoffroy-Saint-Hilaire. 
Les  arborescences  vasculaires  sont  parcourues  par  du 
sang  veineux  amené  du  grand  sinus  antérieur  du  corps; 
le  sang  se  vivifie  dans  ces  organes  et  descend  ensuite 
dans  un  grand  vaisseau  efférent  qui  court  sur  la  partie 
inférieure  de  la  carapace,"  parallèlement  au  bord  libre 
de  cette  dernière,  et  débouche  ensuite  dans  le  péricarde. 
En  réalité, Ta  membrane  qui  tapisse  la  carapace  au  ni¬ 
veau  des  régions  branchiales  joue  le  rôle  d’un  poumon, 
et  le  sang  qui  revient  au  cœur  par  le  péricarde  s’est  lié- 
matosé  à  deux  sources  différentes,  dans  les  branchies  et 
dans  les  poumons  de  l’animal.  Ainsi  s’explique  la  grande 
réduction  des  branchies  et  le  puissant  développement 
de  la  carapace  au-dessus  de  ces  dernières. 


Pour  peu  qu’on  connaisse  les  lois  de  l’adaptation  on 
sera  porté  à  croire  que  le  poumon  ne  s’est  pas  formé  de 
toutes  pièces  dans  le  Birgus  larron,  mais  qu’il  s’est  dé¬ 
veloppé  aux  dépens  d’un  système  déjà  préexistant  dans 
les  autres  animaux  du  même  groupe,  non  adaptés  à  la 
vie  terrestre.  Chez  tous  lès  Crustacés  aquatiques,  en  effet, 
macroures  ou  brachyures,  une  partie  du  sang  veineux  tra¬ 
verse  la  membrane  qui  tapisse  la  carapace  au  niveau  des 
régions  branchiales,  s’y  revivifie  au  contact  de  l'air  et 
revient  directement  au  péricarde  par  deux  vaisseaux  situés 
symétriquement,  l’un  à  droite,  l’autre  à  gauche,  àlamême 
place  que  dans  le  Birgus  larron  (1).  Les  différences  entre 
ce  dernier  et  les  espèces  aquatiques  sont  toutes  dues  à 
l’adaptation;  dans  les  Crabes  terrestres  communément 
appelés  tourlourous  la  quantité  de  sang  veineux  qui  revient 
au  cœur  par  cette  voie  est  très  grande,  les  branchies  sont 
relativement  réduites,  mais  il  n’existe  pas  encore  d’ar¬ 
borescence  sur  la  membrane  du  céphalothorax. 

Si,  des  faits  positifs  fournis  par  l’anatomie,  on  passe  aux 
récits,  donnés  par  les  différents  auteurs,  de  l’habitat  de 
l'animal,  on  se  heurte  à  des  divergences  considérables.  On 
sait  bien  que  ce  Crustacé  a  une  extension  géographique 
très  grande,  et  qu’il  habite  la  plupart  des  îles  de  l’O¬ 
céan  pacifique  et  de  la  mer  des  Indes,  mais  on  est 
beaucoup  moins  bien  fixé  sur  ses  habitudes  terrestres. 

«  Ce  Crustacé  a  toujours  été  rencontré  dans  l’intérieur 
des  terres,  dit  M.  Lucas  dans  une  note  relativement  ré¬ 
cente.  et  je  ne  sache  pas  qu’il  ait  été  pris  sur  le  littoral 
ou  dans  les  rochers  baignés  par  la  mer.  A  cause  du  mi¬ 
lieu  dans  lequel  il  a  été  trouvé,  on  peut  dire  qu'il'est 
plutôt  terrestre  que  marin  (2).  »  D’après  Dana  il  habite  à 
quelque  distance  du  bord  de  la  mer,  d’après  Rumphius  il 
recherche  les  rochers  au  voisinage  desquels  croissent  les 
cocotiers,  fuit  l'eau  et  meurt  rapidement  dès  qu’on  l’y 
submerge. 

M.  Lister  (3)  n’est  pas  précisément  du  même  avis,  et 
c’est  un  témoin  oculaire.  «  Ces  Crustacés,  dit-il,  sont 
abondants  sur  toute  l’étendue  de  l’ile  (île  Christinas). 
Comme  nous  étions  assis  à  déjeuner  au  milieu  des  buis¬ 
sons,  trois  ou  quatre  d’entre  eux  s’en  vinrent,  de  divers 
côtés,  dans  notre  direction;  ils  avançaient  avec  précau¬ 
tion,  dressant  leurs  longs  pédoncules  oculaires  et  battant 
l’air  de  leurs  antennes  curieusement  articulées...  J’en 
aperçus  un  dans  une  llaque  d’eau,  à  mer  basse,  près  du 
rivage.  11  faisait  apparemment  provision  d’eau  dans  sa 
chambre  branchiale.  Ses  mouvements  étaient  semblables 
à  ceux  qu’on  fait  en  mangeant;  l’extrémité  d’une  des 
grandes  pinces  était  plongée  dans  l’eau  et  se  relevait  vers 
la  bouche  où  elle  était  touchée  par  un  des  palpes  et  l’hu¬ 
midité  était  mise  en  réserve  pendant  que  la  pince  s’abais¬ 
sait  pour  puiser  à  nouveau.  » 

Nous  ne  croyons  pas  que  l’animal  se  livre  à  une  ma¬ 
nœuvre  si  compliquée  pour  introduire  de  l’eau  dans  sa 
chambre  branchiale,  car  il  ne  semble  pas  que  celle-ci 
ait  besoin  d’en  renfermer  une  grande  quantité;  mais  il 
n’est  pas  moins  certain  que  le  fait  rapporté  par  Lister, 
d’un  Birgus  se  trouvant  dans  l’eau,  correspond  parfaite¬ 
ment  avec  la  vraisemblance.  L’on  ne  saurait  admettre 
avec  Rumphius,  en  effet,  que  l’animal  s’asphyxie  rapide- 

(1)  Iî.  L. Bouvier.  Sur  le  cercle  circulatoire  de  la  carapace  chez 
les  Crustacés  décapodes,  Comptes  rendus. Acad. des  «cien  ce», 1889  • 

(2)  H.  Lucas.  Note  sur  les  mœurs  et  l’habitat  du  Birgus  | Ul¬ 
tra.  Ann.  soc.  ent.  (6).  T.  p.  XXXIX,  p.  XL. 


(1)  C.  Semper.  Uebcr  die  Lunge  von  Birgus  latro.  Zeitsch. 
Wiss.  zool. ,  t.XXX,  1878,282. 


LE  NATURALISTE 


ititt 


84 


LE  NATURALISTE 


ment  dans  l’eau  ;  le  Birgus  larron  est  très  certainement 
un  animal  essentiellement  terrestre,  mais  il  est  de  toute 
évidence  qu’un  séjour  peu  prolongé  dans  l’eau  facilite 
aussi  bien  la  respiration  pulmonaire  que  la  respiration 
branchiale.  Du  reste  Quoy  et  Gaimard,  deux  excellents 
naturalistes,  ont  observé  qu’aux  îles  Mariannes  le  Birgus 
«  se  tient  sous  les  rochers  des  bords  de  la  mer  ». 

Il  est  probable  que  ces  habitudes  sont  susceptibles  de 
varier  dans  des  limites  étendues.  «  Les  Birgus,  dit 
Dana  (1),  vivent  dans  les  cavités  delà  terre.  Quand  on  ap¬ 
proche  de  leur  trou,  ils  sortent  lentement  comme  s’ils 
cherchaient  une  proie  ;  leurs  mouvements  sont  lents  et, 
quoique  de  grande  taille,  ils  sont  très  timides.  Ils  mar¬ 
chent  à  reculons  ou  en  avant,  mais  ordinairement  en 
avant.  »  Streets  (2)  donne  des  détails  plus  précis  :  «  Ils 
vivent  dans  les  cavités  de  la  terre,  dit-il,  et  ils  garnissent 
le  fond  de  leurs  terriers  avec  les  fibres  fines  de  la  noix 
de  coco.  Les  indigènes  imprudents,  quand  ils  cherchent  à 
enlever  le  crabe  de  son  lit  moelleux,  ont  parfois  les  doigts 
pris  dans  l’étâu  de  ses  pinces.  Il  est  intéressant  dé  savoir 
que,  dans  une  telle  conjoncture,  une  légère  titillation 
sur  les  parties  molles  inférieures  lui  fait  immédiatement 
lâcher  prise.  »  Cette  dernière  observation  est  également 
relevée  par  Herbst. 

Ce  qui  est  certain  c’est  que  jamais  le  Birgus  larron  ne 
loge  son  abdomen  dans  les  coquilles,  à  la  manière  des 
Paguriens  aquatiques  etdes  Paguriens  terrestres  du  genre 
Cénobite;  leur  abdomen  court  et  symétrique  ne  se  prête¬ 
rait  pas  à  ce  genre  d’abri  ;  il  est  protégé  d’ailleurs  parles 
fortes  plaques  calcaires  dont  nous  avons  parlé  au  début 
de  cet  article  et  qui  manquent  ou  sont  très  réduites  dans 
les  autres  pagures. 

Les  Birgus  larron  sont  les  plus  grands  de  tous  les 
paguridés  connus  ;  beaucoup  dépassent,  les  pinces  éten¬ 
dues,  50  centimètres  de  longueur  et  atteignent  parfois 
20  centimètres  de  largeur  au  céphalothorax.  Leurs  pin¬ 
ces  sont  énormes,  très  puissantes  et  donnent  à  l’animal 
une  force  considérable  qui  n’est  contestée  par  personne. 
Rumphius  prétend  qu’il  peut  soulever  un  gros  quadru¬ 
pède,  Quoy  et  Gaimard  rappellent,  de  leur  côté,  que 
«  lorsqu’il  saisit  un  bâton,  son  corps  étant  bien  fixé,  un 
enfant  peu  s’y  suspendre  ».  Malgré  leur  puissance  muscu¬ 
laire,  se  sont  des  animaux  très  timides  et  parfaitement 
inoffensifs  ;  quand  on  les  approche,  ils  lèvent  une  de 
leurs  pattes  etlalaissent  retomber;  mais  cette  démonstra¬ 
tion  agressive  dissimule  mal  leur  inquiétude.  Toutefois, 
disent  Quoy  et  Gaimard,  «  il  faut  avoir  le  soin  de  ne  pas 
en  mettre  plusieurs  ensemble,  parce  que  les  plus  gros 
brisent  les  plus  faibles;  ô’est  ce  qui  arriva  pour  deux 
qu’on  nous  avait  donnés.  Se  mangent-ils  entre  eux?  nous 
le  croyons  sans  pouvoir  l’affirmer.  » 

Le  régime  carnassier  ne  paraît  pas  être  habituel  à 
ces  animaux,  si  tant  est  qu’ils  ne  dédaignent  pas  la  chair. 

"  Mon  frère,  dit  Willemœs-Suhm  (3),  en  éleva  un 
assez  longtemps  à  la  maison  et  il  le  nourrissait  de  fruits 
et  de  légumes.  »  On  s’accorde  à  reconnaître  au  Birgus 
larron  un  goût  prononcé  pour  la  noix  de  coco.  D’après 
Herbst,  on  utilise  ce  penchant  pour  l’attraper  :  «  On 
attache  une  noix  à  un  bâton,  on  l’introduit  dans  le  trou 
et  on  la  retire  ensuite  avec  l’animal  qui  la  tient  forte¬ 


(1)  Dana.  Crustacés  p.  415.  U.  S.  Expi.  Exp. 

(2)  Streets.  Nat.  Hist.  Hawaï.,  p.  1)8. 

(3)  Willemœs-Suhm.  Von  der  Challenger  Expédition;  Briefe 
an  C.  Th.  E.  v.  Siobold,  V;  Zeitsch.  miss.  Zool.,  t.  XXVI,  181(1. 


ment  dans  ses  pinces.  »  Le  même  ajoute  qu’on  l’engrais¬ 
sait  autrefois  avec  l'amande  du  même  fruit,  avant  de 
l’apporter  au  marché  de  Batavia.  A.  Günther  l’appelle  «le 
grand  crabe  mangeur  de  noix  de  cocos  ». 

Si  les  derniers  auteurs  reconnaissent  le  goûtprononcé  de 
l’animal  pour  la  noix  de  coco,  ils  ne  s’entendent  pas  du 
tout  pour  expliquer  la  manière  dont  il  se  la  procure  et 
dont  il  peut  en  tirer  l’amande. 

Les  auteurs  et  les  voyageurs  ne  sont  pas  très  expli¬ 
cites  sur  le  dernier  point  et  se  contentent  pour  la  plu¬ 
part  de  dire  que  l’animal  brise  la  noix.  Mais  la  noix  de 
coco  a  une  coque  épaisse,  très  dure  et  l’on  se  demande 
comment  notre  crustacé,  même  avec  une  grande  force, 
peut  venir  à  bout  de  ce  travail.  «  Je  n’ai  jamais  pu  voir, 
dit  Bourne,  un  Birgus  ouvrant  une  noix  de  coco;  j’ai  mis 
souvent  l’animal  dans  un  baquet  avec  sa  noix,  dans  le 
but  de  me  procurer  ce  spectacle,  mais  il  ne  veut  pas 
manger  en  captivité.  »  Streets  n’est  pas  plus  explicite  : 
Les  Birgus  «  mangent  les  noix  après  qu’elles  sont  tom¬ 
bées  sur  le  sol,  dit-il,  ils  enlèvent  d’abord  l’écorce  et 
brisent  ensuite  la  coque  par  l’extrémité  où  sont  percés 
les  trous.  »  La  noix  de  coco,  on  lésait,  est  percée  de  trois 
trous  à  l’une  de  ses  extrémités;  mais  cela  ne  nous  indi¬ 
que  guère  comment  la  coque  est  brisée.  Des  observateurs, 
peut-être  pleins  d’imagination,  ont  tourné  la  difficulté  en 
supposant  que  l’animal  saisit  la  noix  à  pleine  pince  et  la 
brise  à  coups  redoublés  contre  un  rocher.  Notre  gravure, 
empruntée  à  un  ouvrage  de  vulgarisation,  montre  un 
Birgus  en  train  de  préparer  son  dîner  par  cette  méthode  ; 
mais  nous  ne  garantissons  pas  l’authenticité  du  fait.  ■ 

Autre  difficulté,  l’animal  prend-il  les  noix  à  terre, 
comme  le  pense  Streets,  ou  va-t-il  les  chercher  sur  l’ar¬ 
bre?  Cette  dernière  opinion  est  encore  de  beaucoup  la 
plus  répandue  ;  elle  est  appuyée  sur  l’autorité  de  nom¬ 
breux  voyageurs.  Mais  les  notes  discordantes  ne  font  pas 
défaut  et  viennent  pour  la  plupart  de  témoins  oculaires 
contemporains  et  prompts  à  mater  leur  imagination. 
«  Certaines  personnes,  dit  Bourne,  ont  douté  que  ces  cra¬ 
bes  soient  capables  de  grimper  sur  les  palmiers,  mais  j’ai 
pu  observer  le  fait  et  j’en  ai  même  vu  un  monter  sur  la  tige 
élancée  du  bois  de  fer  et  arriver  à  une  branche  transver¬ 
sale  le  long  de  laquelle  il  continua  de  grimper,  le  dos 
tourné  vers  le  bas,  à  la  manière  du  Paresseux.  Le  Birgus, 
cependant,  ne  doitpas  grimper  sur  les  palmiers  dans  le  but 
de  leur  enlever  leur  noix  de  coco,  mais  seulement  pour 
trouver  un  abri  parmi  les  touffes  épaisses  des  feuilles  du 
sommet.  »  Nous  pouvons  imaginer  la  manière  dont  il  se 
livre  à  cet  exercice;  quand  le  tronc  ou  les  branches  sont 
faibles,  il  peut  les  embrasser  avec  les  pattes  rugueuses 
de  trois  premières  paires;  quand  l’arbre  atteint  une  plus 
grande  taille  on  peut  admettre  qu’il  s’accroche  aux  aspé¬ 
rités  de  l’écorce  par  les  saillies  épineuses  et  surtout  par 
les  extrémités  aiguës  des  doigts  des  deux  paires  de  pattes 
ambulatoires. 

Après  avoir  relaté  les  opinions  contradictoires  qui  pré¬ 
cèdent  nous  ne  surprendrons  pas  nos  lecteurs  en  disant 
qu’on  ignore  complètement  le  mode  de  reproduction  de 
ces  animaux.  Deux  hypothèses  opposées  sont  en  présence: 

«  Il  est  à  supposer,  dit  Lucas,  que  la  femelle  pond  ses 
œufs  dans  la  mer  et  ce  n’est  qu’à  l’état  de  larve  que  ce 
crustacé  devient  pélagien;  on  doit  penser  aussi  que 
c’est  seulement  sous  cette  forme  qu’il  est  transporté  par 


(1)  G.  C.  Bourne.  General  observation  on  the  Fauna  of  Diego 
Garcia,  Chagos  group.  Pr.  zool.  soc.  188G,  p.  333. 


LE  NATURALISTE 


8"> 


la  mer  et  les  courants,  et  c’est  ce  qui  explique  la  pré¬ 
sence  de  cette  espèce  dans  les  diverses  parties  du  monde 
que  j’ai  signalées.  »  Cette  hypothèse  est  plausible,  car 
comment  admettre  qu’un  animal  à  évolution  terrestre 
ait  pu  ce  répandre  dans  toutes  les  îles  indo-pacifiques,  si 
éloignées  les  unes  des  autres?  Par  malheur,  en  voici  une 
autre  qui  ne  l’est  pas  moins.  «  Un  très  intelligent  pêcheur 
de  Zamboanga,  raconte  Willemœs-Suhm,  m’a  dit  que  le 
crustacé  portait  ses  œufs  sous  la  queue  au  mois  de  mai  et 
il  affirmait  que  les  jeunes,  à  l'éclosion,  ressemblent,  pour 
la  forme,  complètement  à  l’adultè.  Cela  me  paraît  très 
vraisemblable,  si  l’on  s'en  rapporte  à  ce  que  nous  savons 
des  Gécarcins  et  des  Telph  uses.  »  Nous  avouerons  volon¬ 
tiers  que  la  première  hypothèse  nous  paraît  de  beaucoup 
la  plus  satisfaisante. 

La  coloration  du  Birgus  larron  peut  varier  dans 
des  limites  assez  considérables.  «  C’est,  disent  Quoy  et 
Caimard,  un  mélange  de  bleu  rougeâtre  plus  clair  sur 
le  corps,  plus  foncé  aux  pattes,  qui  sont  tachées  en  des¬ 
sus  et  plus  fortement  en  dessous  de  bleu  violet.  Les 
contours  sont  un  peu  rougeâtres.  »  Dana  fait  observer 
que  la  couleur  est  variable.  «  Dans  une  femelle,  dit-il,  la 
carapace  est  orange,  passant  à  une  riche  teinte  brunâtre 
dans  la  partie  postérieure  ;  les  bras  et  les  pattes  sui¬ 
vantes  sont  en  partie  bleu-rougeâtre  avec  un  peu  de 
bleu  foncé  ;  la  main  est  presque  blanche.  Dans  les 
mâles,  la  carapace  est  rouge,  rouge  brunâtre  ou  cramoisi, 
avec  les  dépressions  transverses  de  la  carapace  blanch⬠
tres.  »  Cette  coloration  rappelle  de  très  près  celle  du 
Birgus  larron  de  Séba  ;  nous  avons  vu  au  Jardin  des 
Plantes  plusieurs  exemplaires  d’un  brun  rougeâtre. 

Il  y  aurait  long  à  raconter  sur  les  usages  de  cet  ani¬ 
mal,  au  point  de  vue  de  l’alimentation  ;  bornons-nous 
à  dire  que  c’est  un  mets  très  recherché  et  qu’on  ne  le 
considère  plus  aujourd’hui  comme  nuisible  à  la  santé 
quand  il  est  préparé  avec  les  intestins. 

Nous  terminons  en  priant  le  lecteur  de  nous  pardon¬ 
ner  ce  long  mais  peu  précis  exposé.  Nous  l’avons  mis  en 
garde  dès  le  début,  et  ce  n’est  pas  notre  faute  si  les 
récits  des  voyageurs  laissent  quelque  obscurité  dans  son 
esprit.  D’ailleurs,  la  conclusion  qu’il  tirera  de  cet  article 
n’est  pas  sans  valeur,  en  dépit  de  sa  banalité  :  mieux 
vaut  une  bonne  et  méthodique  observation  que  des  mil¬ 
liers  de  faits  observés  sans  principes  et  à  bâtons  rompus. 

E.  L.  Bouvier. 

DIAGNOSES  DE  LÉPIDOPTÈRES  NOUVEAUX 


Perisama  Ouma  n.  sp. 

Dessus  des  supérieures  comme  dans  Humboldtii  Guér.  et 
Rhodoptera  But],  mais  avec  une  ligne  bleue  aux  inférieures 
plus  étroite  et  plus  rapprochée  du  bord.  Dessous  comme  dans 


umpleteinent  et  est  remplacée  par  une  petite  tache  bleue. 

La  taille  (40  millimètres)  de  l’unique  exemplaire  qui  me  soit 
de  Loja  ne  dépasse  pas  la  taille  des  plus  petits  Rho- 


pas  la  taille  des  plus  ] 
nbre  de  cette  localité. 


Humboldtii,  toutefois  n’ayant  reçu  de  Loja  aucun  exemplaire 
cette  dernière  espèce,  j’incline  à  croire  que  Ouma  est  une 


loptera  que  j’ai  r 
11  ne  serait  pas 
'  “‘umboldtii,  to 
stte  dernière 

millimètres. 

tache  blanche  qui  couvre  toute  la  partie  intérii 
sc  terminer  avant  l’angle  interne.  La  côte,  qui 
narquée  d’une  tache  .jaunâtre  vers  son  mil 


Leptalis  : 


n.  sp. 


large 


érieurc  de  l’aile 

milieu  et  trois 
traversent  l’aile  un  peu  avant  l’apcx. 


Des 


pale. 

Dessous  des  supérieures  comme  le  dessus,  sauf  que  la  tache 
blanche  émet  le  long  du  bord  interne  un  rayon  qui  atteint 
l’angle  et  que  la  rangée  des  trois  taches  jaunâtres  apicales 
semblent  se  continuer  vaguement  le  long  du  bord  terminal. 

Dessous  des  inférieures,  noir  brun  avec  un  long  trait  interne 
jaune,  une  petite  tache  de  même  nuance  dans  la  cellule  et  trois 
taches  rouges  bien  marquées  à  la  base. 

Thorax  noir  avec  poils  gris  acier,  taché  de  jaune  par-dessous  ; 
abdomen  noir  au-dessus,  jaune  en  dessous. 

ta  Feld.,  a  été  prise  aux  envi- 


de  Loja  en  1886. 


LES  EUCALYUTIS 


DÉCOUVERTE,  HISTORIQUE,  EMPLOI 

Les  Eucalyptus  sont  des  grands  arbres  dont  quelques 
espèces  atteignent  des  proportions  colossales  semblables 
aux  gigantesques  Séquoia  qui  croissent  en  Californie. 
Ces  végétaux  appartiennent  à  la  famille  des  Myrtacées  ; 
ils  sont  presque  tous  indigènes  de  l’Australie  ;  cependant 
la  plupart  de  ces  mêmes  espèces  se  rencontrent  dans  les 
immenses  forêts  de  la  Tasmanie,  où  elles  constituent 
presque  entièrement  la  gigantesque  végétation  arbores¬ 
cente  de  cette  île. 

Une  seule  espèce  (E.  alba)  a  été  trouvée  à  l’ile  de 
Timor,  située  au  Nord  de  l’Australie  ;  on  suppose  qu’il 
en  existe  d’autres  dans  la  Papouasie  ou  Nouvelle-Guinée, 
placée  au  N.-E.  de  la  Nouvelle-Hollande  ainsi  que  dans 
les  forêts  des  archipels  voisins. 

Pendant  bien  longtemps,  on  ne  connaissait  pas  d’Eu- 
calyptus  indigène  en  dehors  de  l’Océanie,  quand  il  y  a 
quelques  années  on  en  découvrit  une  autre  espèce  dans 
le  Tonkin,  où  elle  est  connue  sous  le  nom  de  Ydisi  ;  ce 
serait,  paraît-il,  un  arbuste  qui  n’atteindrait  que  quel¬ 
ques  mètres  de  hauteur  ;  il  passe  dans  ce  pays  pour 
avoir  la  réputation  d’assainir  les  terrains  marécageux, 
c’est  pourquoi  les  agriculteurs  tonkinois  le  cultivent 
spécialement  pour  l’employer  à  cet  usage  ;  cet  Eucalyp¬ 
tus  se  développe  rapidement  et  produit  une  grande  quan¬ 
tité  de  fleurs  et  de  graines,  c’est  donc  une  espèce  nouvelle, 
la  seule  qui  soit  originaire  de  notre  hémisphère. 

Toutes  les  parties  de  ces  Myrtacées  sont  odorantes  et 
glanduleuses  ponctuées.  Leurs  feuilles  sont  opposées  ou 
alternes,  ce  qui  a  lieu  souvent  sur  une  même  plante, 
fréquemment  dimorphes,  entières,  coriaces;  leur  plan 
dirigé  horizontalement  ou  se  rapprochant  plus  ou  moins 
de  la  direction  verticale.  Leurs  fleurs  blanches,  jaun⬠
tres  ou  parfois  rougeâtres,  sont  axillaires,  solitaires  ou 
plus  souvent  disposées  en  cymes  pédonculées,  ombelli- 
formes  ou  capituliformes. 

Ce  fut  un  botaniste  français,  L’Héritier,  qui  découvrit 
le  premier,  en  1788,  dans  la  Tasmanie,  une  espèce  d’Eu- 
calyptus  qu’il  a  décrit  sous  le  nom  tTObliqua.  Quelques 
années  plus  tard,  en  1792,  La  Billardière  botaniste  qui 
faisait  partie  de  l’expédition  envoyée  à  la  recherche  de 
l'infortuné  La  Pérouse,  fut  frappé  de  l’aspect  étrange  des 
forêts  de  la  côte  de  laTerrede  Van  Diemen,  connue  au¬ 
jourd’hui  sous  le  nom  de  Tasmanie  ;  s’étant  fait  débarquer, 
il  se  trouva  au  milieu  d’arbres  géants  dont  les  pre¬ 
mières  branches  apparaissaient  à  GO  mètres  du  sol.  A 
l’aide  d’une  longue  vue,  il  aperçut  que  ces  arbres  étaient 
en  fleurs,  et  ce  fut  à  coups  de  carabine  que  l’on  put  en 


LE  NATURALISTE 


86 


détacher  quelques  branches  fleuries.  Après  avoir  examiné 
ces  rameaux  et  ces  inflorescences,  il  reconnut  que  ces 


A.  Bouton  d’Eucalyptus.  —  B.  Fleur  d’Eucalyplus.  —  G.  Fruit 


Grands  Eucalyptus  d’Australie 

végétaux  nouveaux  pour  lui  étaient  desE.  globulus,  ainsi 
nommés  à  cause  du  bouton  auquel  sont  attachées  les 
fleurs. 

Après  La  Billardière,  plusieurs  botanistes  voyageurs 
parlèrent  de  ces  plantes.  Antoine  Guichenot,  jardinier 
botaniste  du  Jardin  des  Plantes  rapporta  d’un  voyage  en 
Australie  (1800-1804)  divers  échantillons  qu’il  signalait 
comme  des  essences  forestières  d’une  acquisition  pré- 

On  suppose  que  c’est  dans  les  serres  de  la  Malmaison, 
près  Paris,  que  l’Eucalyptus  aurait  été  cultivé  pour  la 


première  fois  en  France.  Les  botanistes,  qui  avaient  dé¬ 
couvert  jusque-là  plusieurs  espèces  de  cet  arbre,  avaient 
apporté  des  échantillons  d’herbier  avec  fleurs  et  fruits, 
mais  n’avaient  sans  doute  pas  songé  encore  à  en  semer 
les  graines;  toujours  est-il  que  Bompland,  en  1813,  dé¬ 
crivait  sous  le  nom  d’E.  diversifolia  un  arbre  à  la  Malmai¬ 
son,  ou  il  était  cultivé  depuis  un  certain  nombre  d’an¬ 
nées  ;  jusqu’à  ce  jour,  on  ne  possède  aucun  renseigne¬ 
ment  qui  puisse  faire  supposer  que  cette  Myrtacée  fût 
cultivée  à  une  époque  antérieure  ;  on  peut  donc  consi¬ 
dérer  que  la  plante  décrite  par  Bompland  serait  le  premier 
Eucalyptus  dont  les  graines  aient  été  introduites  en 
France  et  même  en  Europe.  Il  parait  que,  vers  la  même 
époque,  lejardin  botaniquede  la  marine  à  Saint-Mandrier 
avait  reçu  de  la  Malmaison  quelques  Eucalyptus,  ainsi 
que  le  constate  une  note  de  M.  Tobert,  alors  directeur 
de  ce  jardin.  Ces  arbres  ne  durent  pas  prospérer  ou  bien 
ne  furent  pas  conservés,  car  ils  n’existaient  déjà  plus 
avant  que  des  constructions  eussent  chassé  la  plupart 
des  végétaux  très  remarquables  dont  ce  jardin  était 
rempli. 

Pendant  plus  d’un  demi-siècle,  cet  arbre  n’était  qu’une 
plante  de  collection  dont  on  trouvait  quelques  rares 
sujets  dans  les  serres  des  jardins  botaniques  et  que  l’on 
n’osait,  pas  aventurer  en  plein  air;  cette  espèce  était  l’E. 
globulus,  la  seule  connue  à  cette  époque.  Plus  tard,  d’au¬ 
tres  introductions  furent  faites  sur  divers  points,  mais 
elles  n’amenèrent  aucun 
iltat,  et  ces  arbres  ne 
encore  aujour¬ 
d’hui  qu’une  curiosité  bo¬ 
tanique,  si  un  apôtre  zélé 
n’était  venu  élever  la  voix 
en  leur  faveur  et  commen¬ 
cer  une  véritable  croisade 
contre  l’indifférence  in¬ 
juste  avec  laquelle  on  a- 
vait  accueilli  les  pre¬ 
miers  essais  de  naturali¬ 
sation  ;  cet  apôtre  est  M. 
P.  Ramel,  mort  il  y  a  en¬ 
viron  une  dizaine  d’an¬ 
nées. 

«  Vers  1854,  dit  M.  Ra¬ 
mel  dans  un  de  ses  écrits, 
me  trouvant  en  Australie, 
je  visitais  le  jardin  bota¬ 
nique  de  Melbourne, quand 
le  directeur  des  travaux 
de  cet  établissement  ap¬ 
pela  mon  attention  sur 
un  jeune  arbre  qui  crois¬ 
sait  à  vue  d’œil  dans  une 
allée  écartée.  C’était  une 
blue-gum,  ou  gommierbleu  delà  Tasmanie,  nom  vulgaire 
sous  lequel  on  désigne  en  Australie  l’Eucalyptus  globu¬ 
lus.  Je  ne  connaissais  ni  le  nom,  ni  le  végétal,  mais  je 
fus  tellement  frappé  de  la  vigueur  phénoménale  de  cet 
arbre,  qu’elle  devint  pour  moi  un  sujet  d’admiration  et 
d’étude.  » 

Mais  M.  Ramel  ne  se  contenta  pas  d’étudier,  et  dès 
1856,  il  envoyait  en  France  des  graines  d’Eucalyptus  et 
rentré  plus  tard  en  Europe  avec  la  ferme  volonté  de 
doter  l'ancien  monde  d’une  essence  d’arbre  dont  il  avait 
constaté  les  qualités  exceptionnelles,  il  se  mit 


LE  NATURALISTE 


87 


sement  à  l’œuvre.  Poursuivant  son  idée  philanthropique 
avec  une  ardeur,  un  dévouement,  une  ténacité  sans  éga¬ 
les,  il  parvint  à  faire  connaître,  apprécier  et  cultiver 
l’Eucalyptus  dans  les  contrées  où  le  climat  permetàcette 


Eucalyptus  globulus  jeune. 


traverses  de  chemins  de  fer  et  de  poteaux  télégraphiques. 

Le  hoisde  la  plupart  de  ces  arbres  a  la  réputation  d’être 
incorruptible,  surtout  quand  il  reste  plongé  sous  l’eau  et 
on  assure  que  l’huile  qu’il  contienten  éloigne  lestarets; 
des  planches  d’Eucalyptus  marginata  ont  été  retrouvées 
parfaitement  intactes  après  un  séjour  de  dix-sept  ans 
dans  la  mer,  tandis  que  sur  le  même  point  les  bois  d’un 
navire  échoué  étaient  perforés  en  tout  sens  par  des 
myriades  de  tarets.  Ailleurs,  des  piles  de  ce  même  bois 
(E.  marginata)  resté  vingt-cinq  ans  sous  l’eau  ont  été 
retrouvées  dans  un  état  parfait  de  conservation. 

Henri  Joret, 

LIVRES  NOUVEAUX 


Les  Virus,  par  le  Dr  Arloing;  Membre  correspondant  de  l’Ins- 

litut,  Directeur  de  l’Ecole  vétérinaire  cl  Professeur  à  la 

Faculté  de  Médecine  de  Lyon. 

La  théorie  des  microbes  est  en  train  de  renouveler  la  méde¬ 
cine  tout  entière  en  mémo  temps  que  la-physiologie,  sous  l’im¬ 
pulsion  donnée  par  M.  Pasteur  et  M.  Chauveau.  La  Bibliothèque 
internationale ,  dirigée  par  M.  Em.  Alglavc,  a  donné,  dans  le 
livre  de.  M.  TROUEsiSART  sur  les  Microbes,  un  résumé  des  tra¬ 
vaux  de  l’école  de  M.  Pasteur,  qui  a  mérité  les  éloges  de  l’il¬ 
lustre  savant.  L'ouvrage  de  M.  Arloing,  le  collaborateur  de 
M.  Chauveau,  qui  parait  aujourd’hui,  prend  ces  questions  à 
un  point  de  vue  plus  intéressant  encore.  M.  Arloing  étudie 
l’organisme  dans  sa  lutte  avec  les  microbes,  éléments  actifs  des 
virus  ;  il  montre  le  malade  succombant  ou  résistant  et  acqué- 
rant  alors,  d’ordinaire,  une  immunité  spéciale  contrôle  retour  du 
mal  qui  l’a  touché  une  première  fois.  11  étudie  ensuite  les  dif¬ 
férents  moyens  de  produire  chez  l'homme  cette  immunité 
contre  les  terribles  maladies  qui  sont  le  fléau  de  notre  espèce, 
depuis  la  variole  jusqu’à  la  rage  et  à  la  phtisie.  Il  est  ainsi 
amené  à  développer  et  critiquer,  dans  un  chapitre  spécial,  les 
travaux  de  Koch  sur  la  fameuse  lymphe  préservatrice  de  la  tu¬ 
berculose,  lymphe  qui  a  tant  passionné  le  monde  savant  depuis 
quelques  mois.  (1  vol.  in-8°  avec  41  figures,  faisant  partie  de  la 
Bibliothèque  scientifique  internationale.  —  Librairie  Félix 
Alcan.  Prix, cartonné  à  l’anglaise,  6  fr.  et  aux  bureaux  dujournal. 


Nous  signalons  b  nos  lecteurs  la  publication  d’un  nouveau 
journal  scientifique  chez  l’éditeur  Félix  Alcan,  c’est  la  Revue 
île  l'école  tP  Anthropologie,  dirigée  par  h-s  professeurs  île  cette 
école,  parmi  lesquels  nous  remarquons  MM.  Mathias  Duval, 
Ah.  Hovelacque,  de  Mortii-let,  Laborde,  Letourneau,  Ma- 


Myrtacée  de  se  développer  à  l’air  libre.  Avant  d’entrer 
tlans  la  tombe,  M.  Hamel  a  eu  la  satisfaction  de  voir  ses 
généreux  efforts  couronnés  de  succès  malgré  les  obsta¬ 
cles  qui  se  dressèrent  devant  lui  pour  accomplir  la  noble 
mission  qu’il  avait  entreprise.  Aujourd’hui  la  France, 
l’Algérie  et  d’autres  contrées  se  trouvent  en  possession 
d’une  véritable  fortune. 

Par  ses  proportions  gigantesques,  par  sa  croissance 
rapide,  par  la  résistance  de  son  bois,  par  ses  propriétés 
d’assainissement  et  médicales,  cet  arbre  répond  à  une 
foule  d’objets  de  premier  ordre.  Grâce  à  ces  avantages 
précieux  les  Eucalyptus  ont  été  de  toutes  parts  plantés 
sur  une  très  vaste  échelle  dans  toutes  les  régions  chaudes 
et  tempérées  du  globe,  et  c’est  par  dizaine  de  millions 
qu’il  faudrait  compter  si  on  devait  en  faire  le  recense¬ 
ment. 

On  a  beaucoup  contesté  à  l’Eucalyptus  la  propriété  d’as¬ 
sainir,  mais  comme  il  s’agit  d’arbres  à  croissance  rapide 
on  ne  peut  nierque  les  feuilles  ne  peuvent  servir  à  assai¬ 
nir  l’air,  comme  les  pins  etles  sapins.  Malgré  la  rapidité 
qu’ils  mettent  pour  se  développer,  ces  arbres  n’en  four¬ 
nissent  pas  moins  un  bois  d’une  solidité  remarquable; 
ce  sont  eux  qui  produisent  presque  la  totalité  des  bois 
de  charbonnage,  de  charpente  et  de  menuiserie  ;  ils  ren¬ 
dent  encore  des  services  comme  pilotis  de  pont,  comme 


clu  Cri  à  la  Parole,  et  Laborde  :  les 
ï  intellectuelles  et  instinctives  ;  une  chronique  préhis¬ 
torique  de  M.  de  Mortillcl  et  une  revue  complète  de  tous  les 
faits  scientifiques  pouvant  intéresser  les  anthropologistes. 

Celte  publication  est  faite  par  livraisons  mensuelles  de 
32  pages  ornées  de  gravures.  Son  prix  modique  de  10  fr.  par 
an,  permettra  de  répandre  e.t  de  populariser  celte  science  nou¬ 
velle  qui,  en  si  peu  de  temps,  a  pris  place  au  premier  rang. 


ERRATUM 

Nous  donnons  ci-après  les  figures,  qui  devaient  accompagner, 
dans  un  des  précédents  numéros,  l’article  de  notre,  collabora¬ 
teur  M.  P.  A.  Dangeard:  La  Chlorophylle  normale  existe-t-elle 
chez  les  animaux?  Nos  lecteurs  voudront  bien  se  reporter  à 
l’article  précité. 


A  A  B  c  D 


Fig.  i.  —  AA'  Chlorogonium  cuchlorum.  -  13.  Phacolus  lenti- 
cularis.  —  C.  Chlamydomonas  Moricri.  — D.  Pithiscus  Kleb- 


88 


LE  NATURALISTE 


Fig.  2.  —  Chlamydomonas  Morierï  A-I.  —  A.  Zoospore. 

B.  Sporanges  avec  quatre  zoosporcs.  —  C.  Sporanges  avec 
quatre  spores.  —  D.  Formation  des  gamètes.  —  EF.  La  con¬ 
jugaison  des  gamètes.  —  G.  L'oospore  provenant  de  la  fusion 
des  gamètes  ;  autour  les  traces  des  membranes  de  ces  gamè¬ 
tes.  —  HI.  Oospore  et  sa  germination.  —  Chlamydomonas 
Reinhardti  JK.  —  Les  gamètes  et  leur  fusion. 


■157.  Beneden,  E.  Les  Anthozoaires  pélagiques  recueillis 
par  M.  b'  professeur  Hcnsen  dans  son  expédition  du 
Plankton.  —  Communication  préliminaire.  —  I.  Une 
larvé  voisine  de  la  larve  de  Scmpcr.  PL  XV. 

Archiv.  de  Biol.  1890,  pp.  48S-521. 

•158.  Bienfait  et  Hogge.  Recherches  sur  le  rythme  rcspi- 

'^Trac.  du  Labor.  de  L.  Fredericq.  III,  1890,  pp.  13-24. 

•15».  Billet,  A.  Notions  élémentaires  de  Bactériologie  (« 
suivre). 

Feuil.  des  Jeunes  Suturai.  1891,  pp.  61—66. 

•160.  Bizzorero,  G.  Nouvelles  recherches  sur  la  structure 
de  la  moelle  des  os  chez  les  oiseaux  (avec  deux  planches). 

Arch.  Ital.  de  Biol.  1891,  pp.  293-330. 

161.  Blasius.  Vogellcbcnan  den  deutschen  Leuchtthürmen. 
I,  1885. 

Omis.  1890,  pp.  547-590. 

•1 68.  Blumenau, L.  Zur  Entwicldungsgeschichtc  und  feinercn 
Anatomie  des  Hirnbalkcns.  PI.  I. 

Arch.  /ur  Mikrn.sk.  Anal.  1891,  pp.  1-15. 

165.  Bouvier,  E.-L.  Variations  progressives  de  l’appareil 
circulatoire  artériel  chez  les  Crustacés  anomoures. 

Bull.  Soc.  Philomat.  1889-1890,  pp.  179-182. 

16  1.  Bouvier,  E.-L.  Sur  la  respiration  et  quelques  disposi¬ 
tions  organiques  des  Paguriens  terrestres  du  genre 
Cénobite. 

Bull.  Soc.  Philomat.  1889-1890,  pp.  194-197. 

•165.  Buj or,  P.  Note  préliminaire  sur  la  métamorphose  de 
VAmmocœtes  branchialis  en  Petromyzon  Planeri. 

Bec.  Biol,  du  Nord.  1891,  pp.  201-212. 

166.  Cano,  G.  Morfologia  dell’  apparecchio  sessuale  femmi- 
nile,  glandolc  del  cemento  e  fecondazionc  nei  Crostacei 
Dccapodi.  PI.  XVII. 

Mittheil.  Zool.  SUd.  :u  Neapel.  1891,  pp.  503-532. 

167.  Cerfontaine,  P.  Recherches  sur  le  système  cutané  et 
sur  le  système  musculaire  du  Lombric  terrestre.  PL. XI 

à  XIV. 

Archiv.  de  Biol.  1890,  pp.  327-428. 

•168.  Cox,  W.-H  Impritgnation  des  centralen  Nervensystems 
mit  Quecksilbcrsalzcn.  PL  II. 

Arch.  fur  Mikrosk.  Anal.  1891,  pp.  16-21. 

■16».  Davidoff,  M.  Untersuchungen  zur  Entwicklungsge- 
schi,chte  der  Distaplia  magnilarva  Délia  Valle,  einer 
zusammengcsetzten  Ascidie.  PI.  XVIII-XXIV. 

Mittheil.  Zool.  Stat.  :u  Seapel.  1891,  pp.  533-651. 

•170.  Falchi,  F.  Altérations  liistologiques  de  la  rétine  dans 
la  rage  expérimentale. 

Arch.  Ital.  de  Biol.  1891,  pp.  238-240. 

1 71 .  Filhol,  H.  Description  d’un  nouveau  genre  d’Insec- 


Fi„  3  —  Botrydium  granulatum  —  A.  Une  plante  de  moyenne 
Grosseur  avec  ses  rhizoïdes.  -  B.  Une  zoospore  dissémina¬ 
nte  _  c.  Trois  stades  de  la  conjugaison  des  gamètes  pour 
la  formation  de  l’oospore.  —  D.  L’oospore  formée. 


BIBLIOGRAPHIE 


151.  Albertoni  Peter.  Wirkung  des  Cocains  auf  die  Con- 
tractilit&t  des  Protoplasma. 

Archiv,  fur  Physiol.  1891,  pp.  301-319. 

•158.  Aducco,  V.  Sur  un  cas  d’inhibition  respiratoire  (avec 
deux  planches). 

Arch.  Ital.  de  Biol.  1891,  pp.  333-343. 

153.  Aducco,  V.  Action  du  carbonate  de  sodium  injecté 
vers  les  centres  nerveux  (avec  deux  planches). 

Arch.  Ital.  de  Biol.  1891,  pp.  344-373. 

154.  Agassiz,  A.  Notice  of  Calamocrinus  Diomcdte,  a  new 
’  slalkcd  crinoid  from  the  Galapagos,  dredged  by  the 

N.  S.  Fish  Com-Steamer  Albatros. 

Bull.  Mus.  Comp.  Zool.  XX,  n°  6,  1890,  pp.  165-167. 

155.  Ansiaux,  G.  La  mort  par  le  refroidissement,  contribu¬ 
tion  à  l’étude  de  la  respiration  et  de  la  circulation. 

Trav.  du  Labor.  de  L.  Fredericq.  III,  1890,  pp.  25-60. 

156.  Barrois,  Th.  Notes  préliminaires  sur  la  faune  des  eaux 
douces  de  l’Orient  :  1.  Sur  trois  Diaptomus  nouveaux  des 
environs  du  Caire  (avec  cinq  figures  dans  le  texte). 

Bev.  Biol,  du  Nord.  1891,  pp.  230-237. 


"buII.  Soc.  Philomat.  1889-1890,  pp.  174-175. 

178.  Filhol,  H.  Description  d’un  nouveau  genre  d’Insecti- 
vorc  provenant  des  dépôts  de  phosphate  de  chaux  du 
Quercy. 

Bull.  Soc.  Philomat.  1889-1890,  pp.  176-177. 

175.  Filhol,  H.  Note  sur  la  découverte  des  plantes  fossiles 
dans  les  gisements  do  phosphate  de  chaux  du  Quercy. 

Bull.  Soc.  Philomal.  1889-1890,  p.  192. 

17  1.  Filhol,  H.  Note  sur  la  dentition  supérieure  du  Xipho- 
dontherium  primœvum. 

'  Bull.  Soc.  Philomat.  1889-1890,  pp.  178-179. 

1 75.  Fischer,  P.  Diagnoses  d’espèces  nouvelles  recueillies, 
à  l’état  subfossile,  près  d’El  Goléah. 

Journ.  Conchyliol.  1890,  pp.  374-376. 

•176.  Fischer,  P.  Observations  sur  la  synonymie  et  l’ha¬ 
bitat  du  Gastropteron  rubrum,  Rafinesque. 

Journ.  Conchyliol.  1890,  pp.  349-353. 

•177.  Focken,  H.  Un  cas  do  polydactylie  avec  deux  figures 
dans  le  texte!. 

Rev.  Biol,  du  Xord.  1891,  pp.  238-239. 

178.  Franchet,  A.  Note  sur  une  Ombellifère  à  pétales 
laciniés. 

Bull.  Soc.  Philomal.  1889-1890,  pp.  198-199. 

17».  Fredericq,  L.  Sur  la  physiologie  de  la  branchic. 

Trac,  du  Labor.  de  L.  Fredericq.  III,  1890,  pp.  187-193. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 

R.  K.  l.EVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


PARIS.  —  1MPI 


13e  ANNÉE 


28  SÉRIE  —  I*°  «î» 


K.  AVRIL  1891 


LE  BOMBYX  DU  SAULE 

LIPARIS  SALICIS,  God. 

Ordre  des  Lépidoptères  :  Famille  des  Bombycites. 

Le  Bombyx  du  Saule,  Liparis  salicis  L.  God.  est  un 
assez  gros  Papillon  blanc,  de  40  à  4o  millimètres  d’en¬ 
vergure,  que  l’on  trouve  assez  oommunément  à  la  fin  de 
juin  et  pendant  la  plus  grande  partie  de  juillet.  Au  com¬ 
mencement  de  juillet  la  femelle  pond  ses  œufs  en  masse 
sur  les  troncs  de  Saule  et  de  Peuplier.  Ces  œufs,  verts  au 
moment  de  la  ponte,  sont  mêlés  à  une  sorte  de  mousse 
ou  d’écume  qui,  en  séchant,  forme  autour  d’eux  une  en¬ 
veloppe  gommeuse  qui  les 
couvre  et  les  dissimule  en 
les  faisant  ressembler  à 
l’écorce  de  l’arbre  contre 
lequel  ils  sont  appliqués. 

tiennent  de  vingt  àtrente: 
je  crois,  sans  pouvoir  l’af¬ 
firmer,  que  la  femelle  pro¬ 
duit  plusieurs  de  ces  mas¬ 
ses.  Quelques  jours  après 
la  ponte  naissent  de  peti¬ 
tes  chenilles  velues  et  noi¬ 
râtres,  qui  se  rendent  sur 
les  feuilles  de  l’arbre  où 
elles  sont  nées,  dont  elles 
rongent  le  perenchyme  à 
la  face  inférieure  ordinai¬ 
rement,  car  on  en  voit 
qui  attaquent  aussi  la  face 
supérieure,  laissant  intac¬ 
tes  les  nervures,  et  l’épi¬ 
derme  de  l’autre  face,  ce 
qui  détermine  sur  les  feuil¬ 
les  des  taches  souvent  ar¬ 
rondies  qui  blanchissent 
ou  roussissent.  Les  chenil¬ 
les  se  tiennent  pendant  le 
premier  âge  rangées  l’une 
auprès  de  l’autre.  Au  bout 
de  sept  ou  huit  jours, 
elles  demeurent  immobi¬ 
les,’-  ne  mangeant  plus, 
puis  elles  changent  de  peau.  Après  cette  première  mue, 
elles  ont  3  millimètres  de  long,  sont  noires,  chargées  de 
tubèrcules  portant  des  pinceaux  de  poils  blonds  et  noirs, 
ces  derniers  moins  nombreux  que  les  autres.  Sur  le  dos, 
une  bande  blanchâtre  deux  fois  interrompue. 

Elevées  en  captivité,  elles  se  retirent,  vers  la  lin  de  juil¬ 
let  ou  le  commencement  d’aoùt,  dans  les  angles  et  les 
coins  des  boîtes  où  elles  sont  enfermées,  et,  cessant  de 
manger,  s’yfilentde  petits  cocons  ovales  de  soie  blanche, 
où  elles  hivernent.  En  liberté  elles  s’établissent  probable¬ 
ment  dans  les  fentes  des  écorces  des  Saules  et  des  Peu¬ 
pliers,  où  elles  tissent  leur  petit  cocon  et  où  elles 
passent  l’hiver.  Pendant  cette  saison  elles  doivent  être 
souvent  la  proie  des  grimpereaux,  des  troglodytes  et  des 
mésanges  que  l’on  voit  explorer  avec  tant  de  soin  et  d’at¬ 
tention  les  troncs  et  les  branches  des  arbres.  C’est  proba¬ 
blement  à  la  destruction,  que  ces  oiseaux  insectivores 
font  de  ces  chenilles  pendant  la  saison  rigoureuse,  qu’est 

LE  NATURALISTE,  Paris,  46,  rue  du  Bac. 


due  la  quantité  peu  considérable  des  insectes  parfaits,  si 
on  la  compare  à  la  grande  fécondité  des  femelles.  Les 
chenilles,  étant  très  voraces,  seraient  fort  nuisibles  aux 
arbres  sur  lesquels  elles  vivent,  si  les  oiseaux  ne  modé¬ 
raient  l’extension  de  l’espèce. 

Lorsque  l’hiver  a  fait  place  au  printemps,  un  peu 
plus  lût  ou  un  peu  plus  tard,  selon  la  douceur  de  la  tem¬ 
pérature,  et  généralement  dans  les  premiers  jours  d’avril, 
les  petites  chenilles  s’éveillent  etquittent  leurs  tentes  de 
soie.  En  captivité,  elles  errent  pendant  plusieurs  jours 
dans  leurs  boîtes,  refusant  la  nourriture  qu’on  leur 
donne,  et  se  retirent  même  encore  dans  leurs  petites 
tentes  si  la  température  se  refroidit.  Enfin  elles  se  dé¬ 


poses  en  étoile  des  poils  fauves  et  courts  :  au-dessous  de 
ces  tubercules,  de  chaque  côté,  une  ligne  blanche  inter¬ 
rompue,  et  plus  bas  encore,  une  autre  rangée  de  tuber¬ 
cules  semblables  aux  premières,  un  peu  plus  pâles  et 
chargés  de  poils  d'un  blond  fauve,  disposés  de  la  même 
manière,  mais  beaucoup  plus  longs.  La  couleur  des  côtés 
sur  lesquels  sont  placés  ces  tubercules  est  le  gris 
bleuâtre,  qui  forme  une  bande  latérale.  Le  dessous  du 
corps  est  le  gris  noirâtre.  La  chenille  a  seize  pattes  :  les 
six  premières  sont  noirâtres,  les  autres  jaune  fauve. 

A  la  fin  de  mai  les  chenilles  ont  28  millimètres  de 
longueur  et  paraissent  avoir  atteint  tout  leur  développe¬ 
ment;  quelques-unes  sont  bien  moins  avancées  et  n’ont 
que  16  millimètres.  Jusqu’à  cette  époque  elles  paraissaient 
fort  sédentaires  et  marchaient  fort  peu  ;  mais  alors  elles 
sont  prises  d’une  humeur  voyageuse,  qui  indique  qu’elles 
approchent  du  moment  de  la  métamorphose.  En  effet, le 


entent  a  manger  les  jeunes  feuilles  de  Peuplier  en  atta¬ 
quant  seulement  le 


tubercules  brun  faux 


chyme  par  une  de  leurs 
faces  :  puis  enfin  elles  en¬ 
tament  la  feuille  par  la 
tranche  et  la  mangent  en 
entier:  elles  commencent 
alors  à  grossir.  Lorsqu’el¬ 
les  veulent  changer  de 
peau,  elles  se  construi¬ 
sent  de  nouvelles  tentes  de 
soie,  et  y  demeurent  iso¬ 
lées  jusqu’à  ce  qu’elles 
aient  dépouillé  leur  an¬ 
cien  vêtement.  En  certain 
nombre  périssent  pendant 
cette  opération.  Les  che¬ 
nilles  restent  longtemps 
noirâtres  et  peu  colorées, 
mais  lorsqu’elles  ont  at¬ 
teint  la  taille  de  10  à  12 
millimètres  elles  prennent 
leur  livrée  définitive.  La 
forme  est  parallélipipédi- 
que  :  la  tôle  est  d’un  gris 
bleuâtre.  Le  corps  est 
velu,  la  couleur  générale 
est  le  brun  fauve  :  Sur  le 
dos  une  large  bande  noire 
porledans  sonmilieu  onze 
grosses  taches  géminées 
blanches;  en  avant  de  cha¬ 
cune  de  ces  taches  et  sur  le 
côté  se  trouvent  deux  gros 
le  sommet  desquels  sont  dis¬ 


LE  NATURALISTE 


90 


5  juin  elles  commencent  à  filer  un  léger  cocon  entre 
deux  feuilles  ;  les  autres  filent  aussi  les  jours  suivants 
leur  cocon  entre  deux  feuilles  ou  dans  un  coin  de  la 
boîte.  L’une  des  plus  petites  qui  avait  commencé  son  co¬ 
con  se  ravise,  se  remet  à  manger,  et  ne  file  plus  que 
quelques  jours  après.  Le  cocon,  qui  en  liberté  est  ordi¬ 
nairement  établi  entre  deux  feuilles,  est  très  mince  et  lé¬ 
ger  et  laisse  voir  la  chrysalide  à  l’intérieur-  Celle-ci  est 
d’un  noir  brillant  garnie,  à  la  séparation  des  segments, 
de  poils  blancs  ou  jaunes  disposés  en  cils.  Je  n’ai  pu  vé¬ 
rifier  si  la  différence  de  couleur  est  liée  à  une  différence 
de  sexe.  La  première  de  mes  chenilles  a  commencé  son 
cocon  le  5  juin,  la  dernière  le  20  du  même  mois.  Le  25 
juin  éclôt  le  premier  papillon  :  par  conséquent  la  Nym¬ 
phose  ne  dure  pas  plus  de  vingt  jours.  Dans  les  prés  et 
dans  les  chemins  bordés  de  Peupliers,  on  trouve  dès  la 
fin  de  juin  une  assez  grande  quantité  de  Papillons  morts 
à  terre;  ce  qui  semblerait  indiquer  que  l’éducation  se 
fait  un  peu  plus  rapidement  en  liberté,  et  que  la  vie  du 
Papillon  est  assez  courte  ;  cependant  on  en  trouve  encore 
de  vivants  jusque  vers  le  lo  juillet.  La  vie  évolutive  de  ces 
insectes  dure  donc  environ  une  année,  puisque  les  œufs 
éclosent  du  10  au  13  juillet. 

Le  Papillon  a  de  40  à  45  millimètres  d’envergure  :  tout 
le  corps  est  d’un  blanc  luisant  :  les  ailes  sont  du  même 
blanc  avec  les  nervures  légèrement  teintées  de  jaune  : 
Les  pattes  sont  annelées  de  noir  et  de  blanc.  Les  an¬ 
tennes  du  mâle  sont  très  pectinées,  blanches,  avec  les 
lames  brunes.  Celles  des  femelles  sont  dentelées  :  les 
palpes  sont  courtes  et  rapprochées,  la  trompe  nulle,  par 
conséquent  le  Papillon  ne  mange  pas  pendant  sa  courte 
existence. 

La  femelle  ne  vole  pas  et  se  tient  accrochée  pendant 
toute  sa  vie  à  l’arbre  où  elle  a  vécu.  Le  mâle,  moins  lourd 
que  la  femelle,  vole  sans  doute,  mais  on  le  prend  rare¬ 
ment  au  vol;  en  revanche  on  le  trouve  souvent  mort  à 
terre  dans  le  voisinage  des  plantations  de  Peupliers  et  de 
Saules. 

E.  Pissot. 

L'ÏÏIBEMATIOI 

( Suite  et  fin.) 

Mollusques.  —  Presque  tous  les  Mollusques  de  nos 
eaux  douces  s’enfouissent  dans  la  vase  pour  y  passer 
l’hiver;  cela  est  surtout  vrai  pour  la  Paludina  vivipara, 
munie  d’un  opercule,  qui  disparaît  totalement  pour  ne 
reparaître  qu’assez  tard,  au  printemps.  Les  Anodontes 
les  Unios  ferment  leurs  valves  et  se  laissent  recouvrir 
parles  détritus, feuilles  mortes,  etc.,  qui  l'emplissent  les 
étangs  et  les  petits  cours  d’eau;  il  paraît  d’ailleurs  y 
avoir  chez  ces  animaux  un  grand  développement  de  ma¬ 
tières  de  réserve  qui  leur  permettent  de  se  passer  de 
nourriture  pendant  plusieurs  mois.  Les  Limnées  et  les 
Planorbes  conservent,  en  général,  leur  activité  ;  il  n’est 
pas  rare  d’en  trouver  de  mobiles  sous  la  glace  des  étangs 
(Moquin-Tandon).  Garnier  rapporte  qu’il  a  vu  des  Lym- 
nea  aunculnria  se  ranimer  parfaitement  après  avoir  été 
gelées  à  —  19°. 

Les  Umax,  Arion,  etc.,  semblent  craindre  le  froid 
moins  que  les  Hélices  ;  ils  s’engourdissent  vers  +  3°,  se 
rassemblent  dans  les  crevasses  des  arbres,  sous  les 


pierres,  dans  les  trous  des  murs,  se  contractent  et  se 
pelotonnent  en  boule  (Spallanzani). 

Tout  le  monde  connaît  l’hibernation  des  Hélix  ; 
lorsque  le  froid  arrive,  vers  +  3°  ou  +  4°,  le  Colimaçon 
sécrète  un  mucus  spécial,  mêlé  de  calcaire,  qui  se  durcit 
à  l’air  et  ferme  hermétiquement  la  coquille  :  on  donne  à 
ce  pseudo-opercule  blanc,  assez  résistant,  le  nom  dVpi- 
phragme.  L’animal  se  retire  au  fond  de  la  coquille  ;  la 
respiration  et  la  circulation  sont  réduites  à  leur  strict 
minimum,  puisque  la  quantité  infinitésimale  d’air  ren¬ 
fermée  dans  son  gîte  lui  suffit  pour  de  longs  mois  ;  les 
tissus  sont  bourrés  de  matières  de  réserve;  aussi  est-ce 
en  cet  état  que  les  Escargots  sont  livrés  à  la  consom¬ 
mation. 

L’épiphragme,  très  épais  en  hiver,  est  souvent  suivi 
d’une  série  d’épiphragmes  accessoires,  que  l’animal  sé¬ 
crète  en  se  retirant  de  plus  en  plus  vers  le  fond  de  la 
coquille,  spécialement  lorsque  le  froid  devient  plus  vif 
(Paul  Fischer  chez  Hélix  pomatia )  ;  Moquin-Tandon  dit 
en  avoir  rencontré  jusqu’à  six  chez  un  Hélix  aspersa.  A 
cet  état,  les  Hélix  peuvent  supporter  jusqu’à  —  9°,  mais 
ils  gèlent  et  périssent,  paraît-il,  lorsque  le  thermomètre 
descend  à  —  12°  et  même  à  —  10°. 

Le  printemps  arrivé,  l'animal  détache  son  épiphragme 
qu’il  rejette,  et  se  met  aussitôt  à  manger.  Lorsqu’on 
conserve  ces  Gastéropodes  dans  une  chambre  chauffée, 
avec  une  nourriture  suffisante,  ils  ne  s’enferment  ni  ne 
s’engourdissent  (Gaspard). 

Annélide s.  —  Les  Sangsues  disparaissent  complète¬ 
ment  à  l’approche  de  l’hiver;  elles  s’enfouissent  profon¬ 
dément  dans  la  vase,  sous  les  feuilles  mortes,  et  restent 
contractées  et  immobiles,  sans  prendre,  aucune  nourri¬ 
ture,  jusqu’au  printemps  suivant;  on  sait  d’ailleurs  que 
les  Sangsues,  après  s’être  gorgées  d’aliments,  peuvent 
rester  jusqu’à  un  an  sans  manger  de  nouveau. 

Les  Lombrics  hibernent  également;  ils  s’enfoncent 
assez  profondément  en  terre,  de  façon  à  ne  pas  être 
surpris  par  la  gelée.  Leur  cavité  péri  viscérale  est  alors 
remplie  de  cellules  spéciales,  remplies  de  granules 
jaunes,  de  nature  protéique,  que  l’on  appelle  cellules 
chloragogènes  ;  elles  sont  particulièrement  abondantes  au 
moment  de  l’hibernation,  et  il  est  très  probable  qu’elles 
jouent  le  rôle  de  matières  de  réserve.  Pendant  cette 
période,  les  Lombrics  sont  contractés,  et  lorsqu’on  les 
déterre,  c’est  à  peine  s’ils  répondent  aux  excitati  ons. 

Enfin,  chez  nombre  d’animaux,  il  se  développe  à 
l’entrée  de  la  mauvaise  saison  des  œufs  spéciaux  (œufs 
d’hiver,  œufs  durables)  ou  des  bourgeons  dormants  très 
résistants  (statoblastes,  gemmules).  A  la  vérité,  ces  œufs 
ou  ces  bourgeons  ne  sont  pas  organisés  spécialement 
pour  résister  au  froid;  ils  sont  simplement  destinés  à 
attendre  des  circonstances  favorables  au  développement 
de  l’espèce,  soit  après  des  périodes  de  sécheresse,  soit 
pendant  l’hiver.  Leur  résistance  est  très  considérable; 
les  statoblastes  des  Bryozoaires  d’eau  douce  ( Plumatclla ), 
revêtus  d’une  coque  épaisse,  sont  bien  connus  sous  ce 
rapport  :  von  Nordmann  en  a  transporté,  desséchés 
dans  du  papier,  de  Paris  à  Odessa,  où  ils  se  sont  bien 
développés  ;  Sars  a  obtenu,  à  Christiania,  une  Plumatelle 
provenant  de  statoblastes  d’Australie;  Krœpclin  a  fait 
éclore  à  Hambourg  des  statoblastes  de  Pectinatella  en¬ 
voyés  des  Etats-Unis,  etc.  Les  œufs  d’hiver  de  certains 
Crustacés  ( Branchipus ,  Apus,  Daphnia,  Diaptomus),  les 
œufs  durables  des  Rotifères.ont  aussi  une  durée  de  vie 
latente  extrêmement  longue  ;  il  en  est  de  même  pour  les 


LE  NATURALISTE 


91 


gemmules  des  Spongilles  d’eau  douce,  les  kystes  de  cer¬ 
tains  Infusoires,  etc. 

Il  faudrait  encore  étudier  l’influence  du  froid  sur 
la  taille  des  individus  :  on  sait  que  la  plupart  des  formes 
polaires  sont  naines,  et  les  Esquimaux  eux-mêmes,  quel 
que  soit  leur  haut  rang  dans  l'échelle,  ne  font  pas  excep¬ 
tion.  Une  Lirnnée  polaire  de  très  petite  taille  paraît  être 
exactement  la  même  qu’une  de  nos  Limnées  des  pays 
tempérés,  dont  les  dimensions  auraient  peu  à  peu  di¬ 
minué  sous  l’influence  du  froid.  Pour  tous  les  animaux, 
il  y  a  une  certaine  température  pour  laquelle  leur  déve¬ 
loppement  est  optimum  (Semper),  cet  optimum  variant 
naturellement,  suivant  les  espèces,  dans  des  limites 
assez  étendues.  On  comprend  que,  pour  les  espèces  des 
pays  tempérés  qui  émigrent  jusqu’aux  régions  polaires,  i 
cet  optimum  n’est  que  rarement  atteint;  par  suite,  les 
facultés  reproductrices  se  développent  avant  que  la  | 
taille  ait  atteint  son  maximum  habituel.  Au  bout  d’un  ' 
certain  nombre  de  générations,  il  y  a  ainsi  formation  I 
d’une  race  naine,  qui  peut  être  érigée  en  espèce  parfai¬ 
tement  distincte. 

Enfin,  certains  animaux  présentent,  suivant  les  sai¬ 
sons,  des  différences  de  forme  et  de  couleur  extrême¬ 
ment  curieuses,  qui  constituent  le  dimorphisme  saison¬ 
nier,  surtout  étudié  chez  divers  Lépidoptères. 

On  voit  que  l’abaissement  de  la  température  amène 
chez  les  animaux  quantité  de  modifications  importantes  ; 
leur  étude  expérimentale,  un  peu  négligée  jusqu’ici, 
fournirait,  je  n’en  doute  pas,  des  résultats  nouveaux  et 
très  importants. 

L.  Cuénot. 


La  Flora  de  l’Inde  dans  ses  rapports  avec  la  Flore 

DE  FRANCE 


uenonculacées  [Suite). 

Ranunculus  muricatus  L.  —  Espèce  du  Midi  de  la  France 
et  de  l’Auvergne;  croit  dans  les  lieux  humides,  lieux  maré¬ 
cageux  à  de  faibles  altitudes  dans  le  Paujab-Himalayen  et  dans 
les  plaines,  à  Pcshawar  et  à  Umballa. 

Distribution  générale  :  Europe,  Asie  occidentale,  région 
tempérée  du  nord  de  l’Amérique. 

Ranunculus  arvensis  L.  —  Appartient  à  la  Flore  do  Paris, 
croit  en  France  dans  les  moissons.  Habite  l’Himalaya  occi¬ 
dental  du  Cachemir  au  Cumaon. 

Distribution  générale  :  Europe,  Asie  Mineure,  Afghanistan, 
Sibérie  occidentale. 

Ranunculus  glacialis  L.  —  Plantes  des  Alpes  et  des  Pyré¬ 
nées,  au  voisinage  des  glaciers.  On  la  rencontre  dans  la  région 
alpine  de  l’Himalaya,  au  Cumaon,  au  Sikkim.  Altitude  :  de 
4,800  à  5,400  mètres. 

Distribution  générale  :  Sibérie. 

Caltha  palustris  L.  —  Espece  parisienne,  plante  des  maré¬ 
cages  et  des  ruisseaux.  Aux  Indes,  elle  habite  les  marais  de 
l’Himalaya  tempéré  et  occidental,  du  Cachemir  au  Népal.  Alti¬ 
tude  :  2,400  à  3,000  mètres.  Dans  les  spécimens  de  la  plante 
indienne,  les  fouilles  ne  sont  jamais  entières;  toutefois,  elles 
sont  souvent  plus  étroitement  et  plus  finement  dentées  que 
dans  les  spécimens  d’Europe.  On  connait  deux  variétés  de 
cette  espèce  dans  l’Inde,  le  C.  pal.  normalis  à  fleurs  jaunes,  et 
le  C.  pal.  alba  à  fleurs  blanches. 

Distribution  générale  :  Parties  tempérées  de  l’Europe  et  de 
l’Asie.  Nord  de  l’Amérique. 

Isopyruin  l/ialictrn'idcs  L.  —  Habite  les  bois  des  montagnes 
et  se  trouve  en  France,  à  Paris,  tout  près  de  Vélizy,  où  je  l’ai 
recueillie  jadis.  On  la  voit  sur  l’Himalaya  tempéré  et  occi¬ 
dental  et  au  nord  du  Cachemir. 

Distribution  :  Afghanistan,  Sibérie,  France  et  Est  de  l’Eu¬ 
rope. 


Aquileyia  vulgaris  L.  —  Espèce  de  la  Flore  des  environs  do 
Paris.  Piante  des  bois  et  des  prés.  Habite  aux  Indes  la  région 
subalpine  et  tempérée  de  l’Himalaya  occidental. 

On  compte  cinq  variétés  de  cette  plante  dans  la  Flore  de 
l’Inde. 

Aq.  vulg.  viscosa,  abondante  dans  le  Thibct  occidental. 

Aq.  vulg.  pubiflora.  Versant  tempéré  de  l’Himalaya. 

Aq.  vulg.  alpina.  Région  alpine  de  l’Himalaya  occidental. 

Aq.  vulg.  pyrenaica.  Région  alpine  et  tempérée  de  l’Hima¬ 
laya  occidental  et  du  Thibet.  Altitude  :  3,000  à  4,200  mètres. 

Aq.  vulg.  jucunda.  Cachemir. 

Distribution  :  Régions  tempérées  de  l’Europe  et  de  l’Asie. 

Delphinium  elatum  L.  —  Plante  des  Alpes  et  des  Pyrénées. 
Occupe  aux  Indes  l’Himalaya  occidental  tempéré  et  les  vallées 
centrales  du  Thibet.  Se  trouve  aussi  du  Cumaon  au  Cachemir. 

Altitude  :  3,000  à  3,600  mètres.  Cette  espèce  présente  deux 
variétés  dans  la  Flore  de  l’Inde  :  Delph.  el.  ranunculi folium  et 
D.  el.  inciswn. 

Aconitum  Lycoctontim  L.  —  Habite  en  France  les  hautes 
montagnes,  et  aux  Indes,  la  région  tempérée  de  l’Himalaya 
occidental,  de  Cumaon  au  Cachemir.  Altitude  :  2,000  à  3,000  in. 

Distribution  :  Europe,  nord  de  l’Asie. 

Aconitum  Sape  U  us  L.  —  En  France  :  lieux  humides  des 
montagnes.  Aux  Indes  :  Himalaya,  région  alpine  et  tempérée: 
s’élève  jusqu’à  l’extréme  limite  do  la  végétation  dans  les  pro¬ 
vinces  du  Nord-Ouest.  Quatre  variétés  :  Ac.  Nap.  rigidum, 
multifidum,  rotundifolium. 

Distribution  :  Europe,  régions  tempérées  et  arctiques  du 
l’Asie  et  de  l’Amérique. 

Actæa  spicata  L.  —  Plante  des  bois  et  des  prairies,  en 
France  et  dans  la  région  parisienne.  Habite  l’Himalaya  tem¬ 
péré.  du  Bhoutan  à  Hazara.  Son  fruit  est  noir,  dans  la  forme 
himalayenne  comme  dans  la  forme  européenne,  tandis  qu’il  est 
blanc  et  rouge  dans  la  forme  américaine. 

Distribution  :  Europe,  Nord  de  l’Asie,  Nord  de  l’Amérique. 

BERBÉRIDÉES 

Rerberis  vulgaris  L.  —  Cette  espèce  appartient  à  la  Flore 
des  environs  de  Paris.  Elle  pousse  en  France  dans  les  haies. 
Elle  habite,  dans  l’Inde,  l’Himalaya  occidental,  du  Népal  au 
Thibet  occidental.  Altitude  :  2,400  à  3,600  mètres. 

Cette  plante  présente  les  variétés  suivantes  : 

Rerb.  vulg.  crutœgina.  Cachemir,  1,500  à  3,000  mètres. 

—  _  œtnensis.  Simla  à  Balti,  1,800  à  3,600  mètres. 

—  —  brachybolrys.  Du  Sikkim  à  Simla,  1,800  à 

3.600  mètres. 

Rerb.  vulg.  crelica.  Garwhal  à  Balti,  2,700  à  3,300  mètres. 

Distribution  :  Europe  tempérée  et  nord  de  l’Asie. 

NYMPHÈACKES 

Symphæa  alba  L.  —  Espèce  do  la  flore  parisienne.  Se 
trouve  en  France  dans  les  étangs  et  aux  bords  des  rivières. 
Croit  aux  Indes,  dans  les  étangs  du  Cachemir.  Altitude  : 

1.600  mètres. 

Distribution  :  Europe.  Sibérie. 

Cette  espèce  offre  une  variété  qui  habite  le  Cachemir: 
Xymph.  alba  cachemiriana. 

Papatier  hybnduni  L.  —  Espèce  parisienne,  habitant  les 
moissons.  Sc  trouve  en  Corse,  à  Porto-Vecchio.  Habite  aux 
Indes  le  Paujab,  près  do  Pcshawar  et  la  vallée  du  Jelam. 

Distribution  :  Afghanistan,  Asie  occidentale,  Nord  de 
l’Afrique,  régions  arctiques,  Tripoli,  Maroc. 

Papaver  dubium  L.  —  Plante  des  environs  de  Paris.  Com¬ 
mune  dans  lus  moissons.  Croit  dans  les  champs  de  blé,  dans 
l’Himalaya  occidental,  de  Garwhal  à  Hazara. 

Distribution  :  Afghanistan,  Europe,  Asie  occidentale. 

Papaver  Rhœas  L.  —  Espèce  parisienne,  commune  dans  les 
moissons  et  les  champs.  Habite  le  Cachemir. 

Distribution  :  Europe,  Asie  occidentale,  Nord  de  l’Afrique, 
Tripoli,  Maroc. 

Papaver  somniferum  L.  —  Se  trouve  dans  la  Flore  de  Paris. 
Cultivée  en  France,  cette  espèce  l’est  aussi  par  toute  l’Inde, 
ainsi  que  dans  les  régions  tempérées  et  chaudes  de  l’Europe, 
de  l’Asie  et  du  nord  de  l’Afrique. 

Le  genre  Meçonopsis,  de  la  famille  des  Papavéracées,  est 
représenté  aux  Indes  par  six  espèces  qui  habitent  l’Himalaya, 
le  Népal  et  le  Sikkim,  de  2,400  à  5.200  mètres  d’altitude. 


A  suivre.; 


Hector  Lèveili.k. 


92 


LE  NATURALISTE 


QUELQUES  REMARQUES  SUR  LES  ROTIFÈRES 

(Suite  et  fin.) 


IV 


Revenant  aux  Rotifères,  nous  trouvons  l’appareil  rotateur, 
plan,  différant  un  peu  suivant 
latérales  et  sur  le  devant  du 
cou,  et  par  sa  conformation  et  par  sa  position,  c’est  véritable¬ 
ment  un  appareil  de  pure  locomotion. 

Chez  les  genres  Rotifer,  Pliilodina  et  autres,  l’appareil  rota¬ 
teur  consiste  en  une  paire  de  mamelons  couverts  de  longs  cils  et 
de  cils  vibratils  très  courts,  qu’ils  peuvent  avancer  et  rétracter 
;  manière  que  j’ai  indiquée  pour  les 
s),  et  ces  Rotifères,  en  mettant  en 
les  cils  de  leurs  mamelons, 
dans  l’eau,  qui  les  force  à 


tous  les  Pi.oïma  de  l’ouvrage  de 
aussi  leur  appareil  rotateur  composé  de 
:ux  mamelons  principaux,  mais  plus  rapprochés  entre  eux  sur 
:  devant  (face  ventrale’  et  parsemés  d’éminences  ciliées  plus 


La  BOUCHE  donc  est  eni 
non  en  avant  et  -au  milieu  de  leurs  éminences,  tout  ( 
chez  les  Bdelloïdes,  Rhizota  et  Scirtopoda  (Hudson). 


Les  Rotifères  pour  se  transporter,  no  se  servent  plus  de 
leur  appareil  rotateur,  mais  de  leur  bouche  et  de  bothridies,  si  je 
puis  m’exprimer  ainsi,  qui  se  trouvent  au  bout  des  appendices 
garnissant  l’extrémité  caudale  de  leur  corps. 

L’animal  avance  la  tête,  en  la  promenant  à  droite  et  à  gauche, 
comme  pour  sonder  le  terrain,  tout  en  se  servant  d’une  touffe  de 
petits  cils,  qui  tapissent  le  palais,  qu’on  me  permette  ce  mot,  de 
l’ouverture  buccale,  cils  qui  oscillent  comme  le  bout  de  la  langue 
des  serpents,  après  quoi,  l’animal  en  rentrant  les  cils,  approche 
les  lèvres  de  la  fente  buccale,  donnant  à  celle-ci  la  forme  d’une 
ventouse  et  l’accole  contre  les  objets  à  la  surface  desquels  il 
glisse.  L’animal  abandonne  ensuite  l’autre  point  d’appui, 
obtenu  par  la  fixation  des  fentes  qui  se  trouvent  sur  les  appen¬ 
dices  caudaux,  pour  aller  les  fixer  plus  près  du  point  d’appui 
de  la  bouche  et  avancer  de  la  sorte,  en  arpentant  les  parois, 
comme  le  ferait  une  sangsue  ou  une  chenille  arpentcuse. 

Ce  moyen  de  locomotion,  je  l'ai  enregistré  chez  tous  les 
Rotifères  que  j’ai  eu  l’occasion  de  trouver  et  d’observer.  L'Ac- 
tinurus  neptunius  est  un  sujet  on  no  peut  plus  apte,  pour  ces 
sortes  d’observations.  L’animal  fixé,  à  la  fois,  par  le  bout  de 
ses  trois  appendices  de  l’extrémité  caudale  et  par  la  bouche 
allonge  tout  à  coup  les  cinq  anneaux  inégaux  qui  composent 
.ité  et  qui,  placés  les  uns  dans  les  autres,  se  trouvent 
une  fente  dorsale  de  la  carapace.  Comme  ces 
passent  de  beaucoup  en  longueur  1 
ment  dit  de  l’animal,  ils  impriment  à  celui-ci 
droite  ou  à  gauche  et  le  tout  prend  la  forme  d’n 
cercle.  L’animal  ré 
indique  la  part  de  la  bouche  dans  le  mécanisme  do  son  exécu¬ 
tion. 

Quand  c’est  pour  mettre  en  mouvement  les  particules  plus 
ou  moins  alimentaires  qui  les  environnent,  les  Rotifères  tour¬ 
nent  les  cils  de  leur  appareil  rotateur 

la  face  ventrale  de  ’la  tête,  qui  lave  la  face 
rotateur.  Les  particules,  qui  s’engagent  derrière  lui,  sonl 
happées  par  la  bouche  et  entraînées  surtout  par  le  courant 
d’eau  entretenu  par  le  courant  ciliaire  de  la  cavité  buccale  et 
par  l’appareil  soit  dit  masticateur  ( mastax )  qui 
plutôt  le  rôle  de  pompe  aspirante. 


Les  considérations  que  je  viens  d’exposer  diffèrent  on  bien  des 
points  des  observations  des  Naturalistes,  et  je  dois  ajouter  à  regret 
que  fort  souvent,  pour  ne  pas  dire  toujours,  les  figures  repré¬ 
sentant  soit  l’ensemble  soit  des  parties  de  l’organisation  des 
Rotifères  sont  pour  la  plupart 


vivant  et  à  la  chambre  claire,  sur  des  expériences  maintes  fois 
répétées  et  sur  des  observations  do  très  longue  durée. 

Et  il  en  résulte  : 

1°  D’une  part,  un  trait  de  plus  do  parenté  entre  les  Vers  et 
les  Insectes,  vu  la  ressemblance  si  marquée  entre  les  embryons 
des  Insectes  à  développement  aquatique  et  ceux  des  Annélides 
polychoetes  ;  d’autre  part,  une  analogie  entre  l’appareil  rota¬ 
teur  des  Rotifères  et  l’appareil  locomoteur  des  larves  des 
Insectes  et  dans  les  deux  cas,  il  se  trouve  placé  sous  la  gorge 
de  l’animal.  La  larve  de  Chironomus  se  cramponne,  à  l’aide  de 
ses  mamelons  sétigères  placés  sous  la  gorge,  à  la  surface  des 
Algues  et  pierres  pour  chercher  sa  nourriture.  Le  Rotifère,  s’il 
ne  va  pas  à  la  recherche  de  sa  nourriture,  fixé  par  le  bout  de  sa 
queue,  met  en  mouvement  les  cils  de  son  appareil  rotateur  et 
les  particules  environnantes  tombent  dans  un  tQurbillonnement 
d’eau  qui  les  dirige  vers  l’ouverture  buccale. 

2°  Les  Rotifères  ont  une  tête  plus  ou  moins  protractile,  por¬ 
tant  ("ouverture  buccale  sur  la  face  ventrale  (tournée  vers 
l’appareil  rotateur),  bouche  qui  leur  sert  aussi  pour  arpenter. 

Dr  Léon  C.  Cosmovici, 

Professeur  à  l’Université  de  Jassy. 


DENDRITES  ARTIFICIELLES 


L’étude  des  réactions  qui  se  développent  au  contact 
des  solutions  métalliques  et  de  fragments  de  carbonate 
de  chaux  m’occupe  depuis  plusieurs  années.  Le  ruis¬ 
sellement  sur  des  roches  calcaires  de  maints  produits 
dérivés  des  gîtes  métallifères  ou  de  l’altération  des  miné¬ 
raux  métalliques  disséminés  dans  les  roches,  réalise  à 
chaque  instant  dans  la  nature  des  conditions  analogues 
et  donne  aux  produits  artificiellement  obtenus  une 
signification  géologique  qui  en  augmente  très  évidem¬ 
ment  l’intérêt. 

C’est  ainsi  que  le  mode  opératoire  dont  il  s’agit  paraît 
avoir  jeté  du  jour  sur  l’histoire  des  amas  de  limonite  et 
sur  ceux  de  bauxite, en  même  temps  que  sur  l’origine  du 
gypse  dans  plusieurs  de  ses  situations  géologiques. 

A  la  même  série  appartient  sans  doute  la  production 
des  variétés  d’oxyde  hydraté  de  manganèse  qui,  sous  la 
forme  de  dendrites,  ou  sous  celle  d’enduits  continus 
dont  le  type  est  le  wad  des  mers  profondes,  se  rencontre 
dans  un  si  grand  nombre  de  conditions,  et  l’on  pouvait 
ne  pas  prévoir  les  particularités  qui  la  concernent. 
Tandis,  en  effet,  que  l’immersion  du  calcaire  dans  la 
solution  aqueuse  de  sulfate  de  fer  détermine  très  rapi¬ 
dement  le  dépôt  de  l’hydrate  ferrique  ou  limonite,  rien 
de  comparable  à  un  dépôt  d’acerdèse  n’est  la  consé¬ 
quence  du  contact  avec  le  carbonate  de  chaux,  des  solu 
tions  de  sulfate  de  manganèse  ;  on  peut  laisser  les  choses 
à  elles-mêmes  pendant  des  semaines  et  des  mois  sans 
que  la  moindre  trace  d’oxydation  ou  d’un  produit  ana¬ 
logue  se  manifeste. 

La  raison  de  cette  singularité  me  parut  devoir  être 
fournie  avant  tout  par  l’analyse  de  la  matière  constitu¬ 
tive  des  dendrites  et  je  m’aperçus  que  très  peu  de 
recherches  ont  été  faites  jusqu’ici  dans  ce  sens. 

Je  choisis  des  dendrites  de  manganèse  très  noires  et 
se  montrant  à  la  loupe  constituées  par  la  réunion  de 
particules  anguleuses  qui  sont  très  vraisemblablement 
des  cristaux  juxtaposés  en  séries  linéaires.  Il  est  sou¬ 
vent  malaisé  d’isoler  exactement  la  matière  noire  des 
particules  provenant  de  la  roche  qui  supporte  les  den¬ 
drites  et  dont  on  les  sépare  avec  une  pointe  dure  ; 
toutefois  il  est  facile  de  tenir  compte  de  ces  impuretés 
et  d’en  faire  abstraction  dans  le  calcul  des  analyses. 


LE  NATURALISTE 


93 


I 

II 

III 

IV 

77.2 

76.3 

7.7.9 

75.2 

4.7 

6.3 

7.9 

7.0 

18.1 

16.4 

16.2 

17.8 

Ceci  posé, un  premier  fait  est  remarquable  :  c’est  qu’au¬ 
cune  des  dendrites  examinées  ne  consistait  en  oxyde 
de  manganèse  pur  ;  constamment  le  fer  y  était  intime¬ 
ment  associé  et  en  proportion  très  notable. 

Voici  quelques  chiffres  : 

Oxyde  de  manganèse  (Mn1 203). 

Oxyde  de  fer  (Fe20;i) . 

Eau . 

I.  Dendrites  sur  les  marnes  à  fer  de  lance  de  Pantin 
(Seine). 

II.  Dendx-ites  sur  le  grès  calcarifère  d’Orsay  (Seine-et- 
Oise). 

III.  Dendrites  sur  le  calcaire  compact  des  Caillasses 
d’iss  y  (Seine). 

IV.  Dendrites  sur  le  calcaire  jurassique  de  Lussac 
[Vienne  (1)J. 

Dans  plusieurs  cas,  les  dendrites  noires  étaient  asso¬ 
ciées  à  des  bariolures  ocreuses 
plus  ou  moins  foncées,  trahissant 
la  présence  du  fer  et  c’est  en 
conséquence  de  ces  observations 
que  je  recommençai  les  expé¬ 
riences,  en  remplaçant  la  solu¬ 
tion  de  sulfate  de  manganèse  par 
une  liqueur  où  ce  sel  fut  mélangé 
à  une  proportion  plus  ou  moins 
grande  de  sulfate  de  fer. 

Dès  ce  moment,  le  manganèse 
cessa  de  se  refuser  aux  précipi¬ 
tations  et  des  enduits  noirs  s’as¬ 
socièrent  aux  dépôts  ocreux  à  la 
surface  du  calcaire.  Un  grand 
nombre  d’essais  ont  été  faits  pa¬ 
rallèlement  sur  du  marbre  de 
Carrare,  de  la  pierre  lithogra¬ 
phique  de  Solenhofen,  et  du  cal¬ 
caire  grossier  de  Puteaux,  près 
Paris,  avec  des  mélanges  des 
deux  sulfates  en  proportions  va¬ 
riées. 

11  suffit  de  très  petites  quan¬ 
tités  de  fer  pour  déterminer  en 
quelques  jours  la  précipitation 
de  l’hydrate  de  manganèse  :  j’ai 
opéré  souvent  avec  une  solution 
renfermant  une  partie  de  sel  de 
fer  pour  10  à  20  parties  de  sel 
de  manganèse  ;  par  exemple  on 
fait  dissoudre  dans  1,230  centi¬ 
mètres  cubes  d’eau  60  grammes 
de  sulfate  de  manganèse  et  S 
grammes  de  sulfate  de  fer. 

L’hydrate  de  manganèse  préci¬ 
pité,  tout  enconservant,  d’une  ma¬ 
nière  nécessaire  une.  faible  pro¬ 
portion  de  fer  combiné,  se  sépare  des  dépôts  ocreux,  soit 
engrainsplus  ou  moins  cristallins  à  leurcontact,  soit  en 
taches  disposées  sur  des  parties  de  la  pierre  qui  ne  s’est 
pas  rubéfiée,  lin  fragmentde  marbre  étant  placé  dans  une 

(1)  On  remarquera  l’analogie  de  ces  résultats  avec  ceux  que 

Berthier  a  obtenus  dans  l’analyse  do  la  grozoïlite.  M.  G.  di 
Boccard  a  récemment  trouvé  dans  une  dcndrile  de  Monte- 
Merlo  :  MnsO^S, SI,  Fe^CW.SO,  HO  17.69  (Ii  i  ois  ta  di  Minera- 

lot/ia  e  Cristallografià  italiana,  mars  1889). 


conserve  de  verre  au  sein  de  la  solution  saline,  on  voit 
généralement  la  limonite  se  déposer  sur  la  pierre  et 
l’acerdèse  dessous  sauf  dans  les  points  où  le  contact  est 
trop  intime  avec  la  paroi  de  verre  pour  laisser  place  à 
un  dépôt.  Dans  d’autres  cas,  on  verra  la  limonite  pren¬ 
dre  encore  la  situation  supérieure  et  la  matière  noire  se 
déposer  le  long  des  cassures  plus  ou  moinsverticales  qui 
limitent  les  échantillons  (flg.  I). 

Cette  matière  noire,  très  adhérente  à  la  roche,  mani¬ 
feste  ordinairement  l’allure  observée  pour  les  dendrites 
naturelles  :  son  dépôt,  commencé  en  certains  points 
d’élection,  irradie  autour  d’eux  avec  un  développement 
inégal  dans  les  différentes  directions.  Il  s’étale  sous  la 
forme  de  taches  très  variables  dans  leurs  contours  et 
plus  d’une  fois  disposées  en  arborisations  rappelant  de 
très  près  les  modèles  qu’on  se  proposait  d’imiter.  C’est 
par  exemple  ce  que  montre  la  figure  2. 

Volontiers  les  dendrites  artificielles  se  propagent  dans 


précipité  en  fo 
de  calcaire  immergé 
de  fer.  Or; 


nir  la  paroi 
sulfate  de 


Fig.  2.  —  L 
fragment 


de  manganèse  arborisées  produites  artificiellement  sur  un 
immergé  dans  une  solution  de  sulfate  de  manganèse  addi- 
dc  fer.  Grandeur  naturelle. 

les  fissures  des  roches,  pourvu  que  les  solutions  de  con¬ 
tinuité  ne  soient  pas  trop  étroites,  et  la  forme  des  taches 
noires  est  alors  la  même  sur  les  deux  parois  qui  se 
regardaient  :  disposition  souvent  réalisée  à  la  superficie 
des  blocs  de  roche.  Enfin  j’ai  cimenté  en  grès  des  sables 
quartzeux  mélangés  préalablement  de  poussière  calcaire. 

Il  semble  que  les  faits  qui  précèdent,  outre  le  bénéfice 
d’une  nouvelle  synthèse,  procurent  une  notion  intéres¬ 
sante  en  ce  qui  concerne  une  sorte  d’entraînement  par 


LE  NATURALISTE 


94 


le  fer,  du  manganèse  inerte  quand  il  est  seul,  en  pré¬ 
sence  du  carbonate  de  chaux.  C’est  comme  si  la  coupe¬ 
rose  verte,  en  s’oxydant,  rompait  un  équilibre  préexistant 
et  mettait  en  train  une  combinaison  à  laquelle  elle  ne 
prend  d’ailleurs  qu’une  part  très  restreinte. 

Outre  les  dendrites,  j’ai  obtenu  des  dépôts  noirs  con¬ 
tinus,  comparables  au  wad,  de  sorte  que  la  réaction 
étudiée  paraît  devoir  se  réaliser  dans  les  abîmes  sous- 
marins;  il  importe  enfin  d’ajouter  qu’on  ne  saurait 
remplacer  les  sulfates  métalliques  par  les  chlorures 
correspondants  :  aucune  trace  d’acerdèse  n’a  pu  ainsi 
être  précipitée. 

Stanislas  Meunier. 

Suites  à  la  Flore  de  France 

DE  GRENIER  ET  GODRON 

LABIÉES  (1) 

Mentha  cardiaea  (Dodon.,  Mattli.,  Gê- 
rarde)  Baker  On  the  English  Mints,  p.  13,  tab. 
n°  34,  non  Exsicc.  Billot  n°  3730  ;  M.  gentilis  Sole 
Menthes  Britann.,  p.  35,  tab.  15;  M.  rubra  Huds., 
Wahlbg.,  Fries,  non  Sm.  ;  M.  Cantalica  Hérib. 
Ballet.  Soc.  bot.  de  France,  XXVII,  p.  167.  — 
Exsicc.  :  Malinvaud,  Menthæ  exsicc,  n°  178.  — 
Plante  de  2  à  5  décim.  à  odeur  suave.  Racine  tra¬ 
çante  émettant  des  stolons  grêles,  allongés;  tige 
dressée,  droite  ou  Ilexueuse,  terminée  par  un  bou¬ 
quet  de  feuilles,  ordinairement  simple  ou  rameuse 
vers  le  milieu  et  à  rameaux  étalés-ascendants,  rou¬ 
geâtre,  glabrescente  mais  munie  aux  nœuds  de 
poils  blancs  plus  abondants,  à  entre-nœuds  plus 
courts  que  les  feuilles  assez  rapprochées.  Feuilles 
subsessiles  ou  très  brièvement  pétiolées,  lancéolées 
ou  en  forme  de  losange,  c’est  à-dire  atténuées 
presque  également  dès  le  milieu,  vers  la  base  et  vers 
le  sommet,  lâchement  et  régulièrement  crénelées - 
dentées,  non  crispées  ni  ondulées-laciniées,  toutes 
semblables  et  rappelant  celles  du  M.  viridis,  d'un 
beau  vert  en  dessus,  plus  pâles  en  dessous,  parse¬ 
mées  de  poils  sur  les  deux  pages,  mais  surtout  infé¬ 
rieurement  et  sur  le  pétiole,  les  supérieures  dé¬ 
croissantes.  Fleurs  en  verticilles  axillaires,  nais¬ 
sant  souvent  vers  le  milieu  de  la  tige  ;  pédicelles 
de  2  millim.  environ,  rougeâtres,  glabres;  bractées 
linéaires  ciliées.  Calice  à  tube  campanulé-cylin- 
drique,  glabre  à  la  base  (ou  parsemé  de  rares  poils), 
pubescent  supérieurement,  à  dents  étroitement  lan- 
céolées-acuminées,  hérissées.  Corolle  d’un  rose  vif, 
glabre  extérieurement  et  également  dépourvue  de 
poils  à  V intérieur,  de  moitié  plus  longue  que  le 
calice.  —  Août-septembre. 

Var.  minor  =  M.  gracilis  Smith  Fl.  Brit.,  II, 
p.  622  (var.  a),  M.Pugeti Pérard.  —  Plante  presque 
micropbylle,  plus  petite  dans  toutes  ses  parties  ; 
feuilles  inférieures  sensiblement  plus  courtes  que  les 


entre-nœuds,  moins  longuement  atténuées  à  la  base. 

Hab.  —  Cantal  :  Mares  et  endroits  humides  du 
communal  de  la  Gravière  (lierb .  R  ,  Héribaud). 

Var.  minor.  —  Saône-et-Loire  :  Moutliiers-en- 
Bresse,  près  Bellevesvres  (Jierb.  R.,  Bigeard).  — 
Haute-Savoie  ;  Thonon,  Neuvecelle,  près  Evian 
(Ayasse)  (1). 

Aire  géographique.  —  Le  M.  cardiaea  a  été 
signalé  en  Angleterre ,  en  Suède  (importé),  en 
Suisse,  et  nous  n’avons  pas  d’autres  données  sur  sa 
distribution  géographique.  —  Le  M.  gentilis  (ge- 
nuina)  L.  est  beaucoup  plus  répandu,  mais  toujours 
par  places  :  Angleterre  ;  Hollande-,  Alsace-Lor¬ 
raine  ;  Suisse ;  Italie  septentrionale;  Autriche; 
Russie  méridionale  et  centrale  :  Finlande;  Suède  ; 
Norvège  méridionale;  Danemark.  —  Il  existe  en 
France  dans  l’Est  :  Rhône  :  Anse  (Fray)  ;  Ain  : 
Coligny  (Fray  sec;  Malinvaud).  —  Haute-Savoie  : 
Veyrier,  près  Annecy  (Saint-Lager)  ;  Annecy-le- 
Vieux(  Puget). 

Obs.  —  Le  Mentha  cardiaea  est  une  forme  du 
M.  gentilis,  c’est-à-dire  de  l’hybride  des  M.  viri¬ 
dis  L.  et  M.  arvensis  L.,  mais  il  tient  plus  du 
il/,  arvensis  à  feuilles  atténuées  à  la  base.  11  en  dif¬ 
fère  par  les  pédicelles  glabres  ainsi  que  la  base  des 
calices  à  dents  plus  étroites,  le  tube  de  la  corolle 
non  velu  intérieurement,  les  feuilles  plus  longue¬ 
ment  atténuées  au  sommet,  relativement  plus 
étroites,  subsessiles.  Son  inflorescence  le  distingue 
immédiatement  du  M.  viridis. 

Le  M.  cardiaea  se  sépare  aussi  des  formes 
M.  grata  Host,  resinosa  Opiz,  elliptica  Lej.  (M.  gen¬ 
tilis  var.  cuneijolia  Lej.  et  Court.).  Agardhiana 
Fries,  Pauliana  F.  Schultz  (2),  Vesana  (Lej.  et 
Court  (sub  variété),  par  ses  feuilles  subsessiles,  lan¬ 
céolées,  plus  étroites,  plus  allongées,  longuement 
atténuées  à  la  base  et  au  sommet  (et  non  ovales, 

|  riz  brusquement  atténuées  en  un  court  pétiole). 


Recherche  et  Préparation  des  Reptiles 

Malgré  la  répugance  instinctive  que  l'on  éprouve  pour 
ces  animaux,  les  Reptiles  sont  moins  négligés  que  les 
Batraciens  et  on  trouve  plus  d’amateurs  qui  les  collec¬ 
tionnent. 

Reeliei*clie  des  Reptiles.  —  Leur  chasse  de¬ 
mande  des  procédés  différents  selon  les  ordres  :  Chelo- 
niens,  Sauriens,  Ophidiens. 

Clieloniens  (Tortues).  — Les  Tortues  sont  terrestres, 
qualiques  ou  marines  ;  en  Europe  elles  sont  peu  nom- 
reuses,  mais  il  est  facile  de  se  procurer  de  belles 

(1)  Cf.  Malinvaud,  Etudes  sur  le  genre  Mentha,  p.  6. 

(2)  Le  M.  rubra  Sm.  non  Huds.  ncc  Fries  est  un  M.  ( agua - 
tira  X  Viridis)  X  arm, sis,.  Le  .1/.  Wirtgenianu  F.  Schultz, 
(.1/.  rubra ’Wirtg.)  est  un  M.  ( aquatica  X  arvensis)  X  viridis. 

Le  .U.  elegans  Lej.  (.1/.  gentilis  var.  variegata  Sm.)  est  une 
forme  du  M.  gentilis,  obtenue  par  la  culture. 


(1)  l.abiatæ,  Juss. 


LE  NATURALISTE 


!)5 


Fig.  1.  —  Tortue  marine,  Tortue  caouanne. 
ponte  et  on  les  chavire  avec  des  léviers,  les  mettant 
ainsi  dans  l’impossibilité  de  fuir,  car  elles  ne  peuvent 
se  retourner.  On  les  harponne  en  pleine  mer  lorsqu’elles 
viennent  dormir  ou  respirer  à  la  surface  de  l’eau  ;  enfin 
quelques  espèces  viennent  s’échouer  ou  se  faire  har¬ 
ponner  sur  nos  côtes  de  l’Océan. 


espèces  exotiques  par  les  marins,  les  voyageurs  ou  au 
moyen  de  correspondants  à  l’étranger. 

Les  Tortues  marines  se  chassent  par  divers  procédés  : 
on  les  surprend  à  terre  lorsqu’elles  vont  effectuer  leur 


profonds  où  elle  se  tient  enfoncée  dans  la  vase  :  après 
l'hiver  elle  sort  de  son  engourdissement  et  reparaît  vers 
le  milieu  du  mois  d’avril.  Dans  la  Gironde  on  la  prend 


Fig.  1  bis.  — Tortue  marine,  Tortue  franche. 

Les  Tortues  terrestres  vivent  dans  les  Lois  et  les  lieux 
bien  fournis  d’herbe;  elles  se  creusent  des  terriers  peu 
profonds  où  elles  s’engourdissent  pendant  l’hiver. 

Les  Potamites  ou  Tortues  fluviales  ne  se  rencontrent 
pas  en  Europe;  elles  habitent  les  grands  fleuves  des 
régions  chaudes;  on  les  prend  à  la  ligne;  mais  leur  bec 
robuste  et  tranchant  rend  leur  morsure  dangereuse. 


Fig.  2.  -  Tortue  mauritanique. 

En  France  on  trouve  fréquemment  sur  les  marchés  la 
Tortue  Mauritanique  qui  provient  d’Algérie.  La  Tortue 
Grecque  se  rencontre  dans  le  Midi  de  la  France  :  elle 
recherche  de  préférence  les  terrains  sablonneux  et  boi¬ 
sés.  La  Cistude  d'Europe  vit  dans  le  Sud-Ouest  de  la 
France,  elle  remonte  jusque  dans  l’Ailier  et  la  Charente- 
Inférieure;  elle  vit  dans  les  étangs  et  les  marais  peu 


Fig.  3.  —  Cistude  d’Europe, 
quelquefois  au  troubleau  en  péchant  des  grenouilles, 
mais  c’est  le  plus  souvent  à  terre  qu’on  la  rencontre  tou¬ 
jours  à  peu  de  distance  des  fossés  et  des  mares. 

Les  Tortues  pondenf  dos  œufs  à  enveloppe  calcaire 
que  l’on  doit  recueillir  pour  les  placer  dans  la  collec¬ 
tion. 

|  Ces  animaux  sont  faciles  à  conserver  vivants  et  on 
peut  ainsi  étudier  leurs  mœurs  ;  il  suffit  de  leur  donner 
la  nourriture  qui  leurcouvient;  ils  ne  sont  généralement 
pas  difficiles  sur  le  choix  des  aliments. 

J  Sauriens.  —  Les  Sauriens  vivent  dans  des  milieux 
très  différents  :  dans  l’eau,  dans  les  terrains  arides, 
j  dans  les  prairies  herbeuses,  au  milieu  des  rochers  et 
même  sur  les  arbres;  ils  sont' très  communs  dans  les 
|  contrées  chaudes  et  l’Europe  n’en  possède  que  quelques 
espèces. 

Les  Lacerliens  ( Lézards )  sont  assez  nombreux  en  France, 
surtout  dans  le  Midi.  Très  vifs  et  très  agiles,  ils  échappent 
facilement  au  chasseur,  mais  lorsque  le  terrain  sur 
lequel  on  les  poursuit  n’offre  aucun  abri,  ils  sont  vite 
forcés  et  se  laissent  capturer.  On  peut  employer  un 
petit  troubleau  pour  les  couvrir  et  on  les  saisit  ensuite 
avec  une  pince  pour  les  placer  dans  la  boite  de  chasse. 
Ils  mordent  vigoureusement  et  ne  lâchent  pas  prise; 
mais  ils  ne  sont  pas  venimeux.  On  sait  que  la  queue  de 
ces  animaux  est  très  fragile  et  il  faut  prendre  soin  de  ne 
pas  la  briser  en  les  capturant. 

Le  Lézard  gris  ou  Lézard  des  murailles  habile  les  vieux 


96 


LE  NATURALISTE 


murs,  les  terrains  secs,  le  bord  des  chemins.  On  trouve 
fréquemment  ses  œufs  que  l'on  peut  faire  développer  en 


Fig.  4.  —  Platydactyle  des  murailles. 


trouve  un  peu  partout,  sous  les  pierres,  dans  les  prairies 
ou  sur  les  coteaux. 


Fig.  6.  —  Lézard  ocellé. 

Les  Geckotiens  sont  peu  commun  en  France  ;  on  ne 
trouve  que  le  Platydactyle  des  murailles  et  Y  Hémidactyle 
verruculeux;  ils  habitent  la  région  littorale  de  la  Médi¬ 
terranée  où  on  les  trouve  dans  les  caves,  dans  les  vieux 
murs,  dans  les  rochers;  on  peut  les  prendre  sans  dan¬ 
ger;  ce  sont  des  animaux  complètement  inoffensifs. 

(A  suivre.) 

Albert  Oranger. 


LE  MES0PL0D0N  SOWERBYENSIS 


les  plaçant  dans  un  pot  de  fleur,  sur  la  terre,  les  recou¬ 
vrant  de  quelles  pierres  et  les  arrosant  quand  la  terre 
est  desséchée  par  le  soleil  (Lataste). 

Le  Lézard  vert  et  le  Lézard  ocellé  se  rencontrent  surtout 
dans  le  Midi  de  la  France  ;  leurs  dents  acérées  peuvent 
faire  une  blessure  désagréable.  Pour  s’en  emparer  il  est 


Fig.  5.  —  Lézard  vert. 

préférable  de  se  servir  d’un  pistolet  Flobert  chargé  à 
plomb  ;  en  ne  les  visant  pas  de  trop  près  on  les  tue  sans 
les  endommager. 

Le  Seps  chalcide,  assez  commun  dans  nos  départements 
méridionaux,  est  un  animal  absolument  inoffensif  qui 
recherche  les  prairies  herbeuses  et  les  endroits  chauds; 
on  peut  le  prendre  avec  un  troubleàu  comme  les  petits 
Lézards. 

L’Orvet  ( Anguis  fragilis),  très  commun  en  France,  cause 
une  certaine  répugnance  par  sa  forme  qui  est  celle  des 
Serpents,  mais  il  peut  être  manié  sans  danger  ;  toutefois 
il  faut  prendre  des  précautions  pour  le  saisir,  car  son 
extrême  fragilité  lui  a  fait  donner  le  surnom  de  Serpent 
de  verre  et  sa  queue  se  rompt  au  moindre  choc.  On  le 


( Cétacé  Ziphioïde) 


Parmi  les  acquisitions  faites  pour  le  Muséum  d’histoire  natu¬ 
relle  de  Bordeaux  par  son  regretté  directeur,  lo  docteur  Sou- 
verbie,  une  des  plus  récentes,  et  sans  contredit  la  plus  remar¬ 
quable,  est  celle  d’un  squelette  complet  de  ilesoplodon  Sower¬ 
byensis. 

Le  genre  Mesoplodon  fut  créé  par  Yan  Beneden  pour  des 
Cétacés  Ziphioïdes,  caractérisés  par  deux  dents  principales  en 
forme  de  défenses,  placées  à  la  mâchoire  inférieure  ;  c’est  à  ce 
genre  qu’appartient  le.V.  Sowerbyensis,  plus  connu  sous  la  dé¬ 
nomination  de  Dauphin  de  Sowerby.  C’est,  en  effet,  au  célèbre 
conchyliologiste  anglais  Sowerby  que  Ton  doit  la  première  des¬ 
cription  de  cette  espece,  faite  d’après  un  sujet  échoué  sur  la 
côte  d’Elginshire,  en  Ecosse.  Avant  la  création,  du  genre  Mcso- 
plodon,  ce  cctacé  reçut  successivement  les  dénominations  de  : 

Physeter  bidens  (Sowerby). 

Delphinus  Sowerbensis  (de  Blainv.). 

Mesodiodon  Sowerbyi  (Duvernoy). 

Ls  rostre  de  ce  cétacé  est  grêle  et  allongé,  ainsi  que  la  m⬠
choire  inférieure  ;  les  trois  premières  vertèbres  cervicales  sont 
soudées  ensemble  et  les  quatre-  suivantes  libres.  Les  vertèbres 
dorsales,  au  nombre  do  dix,  ont  les  apophyses  épineuses  et  s’é¬ 
levant  à  mesure  qu’on  se  rapproche  des  lombaires.  Les  côtes 
forment  un  total  de  dix  paires.  Le  sternum  est  composé  de  cinq 
pièces  successives,  èchancrées  à  leur  bord  de  contact,  ce  qui 
constitue  des  perforations  intermediaires  placées  sur  la  ligne 
médiane. 

Le  Mesoplodon  décrit  par  Sowerby  portait  vers  le  milieu  du 
bord  dentaire  de  sa  mâchoire  inférieure  une  paire  do  fortes 
dents  triangulaires  comprimées,  à  base  allongée,  à  racine  for¬ 
tement  implantée  dans  l’alvéole  et  dont  la  couronne  faisait  sail¬ 
lie  hors  de  la  bouche  ;  ces  caractères  ne  sont  pas  aussi  déve¬ 
loppés  chez  les  autres  exemplaires  connus. 

Les  captures  do  ce  cétacé,  qui  ne  paraît  pas  habiter  la  Médi¬ 
terranée,  sont  rares  sur  nos  côtes  océaniques  :  un  Mesoplodon 
se  perdit  le  9  septembre  1825  â  l’embouchure  do  la  Seine,  près 
du  Havre,  et  fut  décrit  par  de  Blainville  :  le  crâne  seul  a  été 
déposé  dans  les  galeries  du  Muséum  de  Paris.  Un  second  in¬ 
dividu  échoua  également  en  1825  à  la  pointe  de  Sallenellcs 
(Calvados)  :  son  squelette  est  conservé  au  Muséum  do  Caen. 
Depuis  cctlc  époque  aucune  capture  de  Mesoplodon  Sower¬ 
byensis  n’est  signalée  sur  notre  littoral  et  M.  lo  Dr  Fischer  ne 
mentionne  pas  cette  espèce  dans  son  travail  sur  les  Cétacés  du 
Sud-Ouest  de  la  France.  L’exemplaire  acquis  récemment  par  le 


LE  NATURALISTE 


97 


directeur  du  Muséum  de  Bordeaux,  et  qui  mesure  près  de  cinq 
mètres,  échoua  sur  la  côte  de  Capbreton  (Landes),  au  mois 
d'août  1888;  son  parfait  état  de  conservation  fait  de  ce  sujet 
le  spécimen  le  plus  rare  que  nous  possédions  en  France. 


LES  AIGLES  DAM  L’ALIMEATATION  JAPONAISE 


C’est  bien  le  cas,  ou  jamais,  de  dire  que  les  Japonais 
ne  laissent,  rien  perdre  quand  il  s’agit  de  leur  nourri¬ 
ture.  Quand  on  se  reporte  aux  vieux  explorateurs  qui 
ont  les  premiers  visité  d’une  manière  intelligente  les 
côtes  du  Japon,  on  est  surpris  de  voir,  dans  leurs  rela¬ 
tions,  quel  rôle  considérable  les  algues  jouent  dans 
l’alimentation. 

Kæmpfer,  qui  résida  à  Nangasaki  de  1090  à  1692, 
raconte  que,  quand  la  mer  se  retire,  on  se  précipite  sur 
le  rivage  pour  ramasser  les  algues  comestibles.  Il  y  en 
a,  dit-il,  deux  principales  qui  croissent  sur  les  coquilles, 
l’une  verte  et  déliée,  l’autre  rouge  et  plus  large.  On 
épluche  la  récolte,  on  la  lave  et  on  la  coupe  eu  petits 
morceaux;  après  un  second  lavage  on  en  fait  une  pâte 
qu’on  laisse  sécher  au  soleil.  L’algue  rouge  est  plus 
recherchée,  on  en  confectionne  un  gâteau  qui  se  vend 
couramment.  Dans  ses  Amœnitates  exoticœ,  Kæmpfer 
donne  les  noms  indigènes  de  plusieurs  de  ces  produc¬ 
tions  marines.  Elles  répondent  aux  noms  harmonieux... 
au  Japon,  de  :  Mobubah,  Kokuri  buto,  Tokoro  Tengusa,  etc. 
Cette  dernière  espèce  sert  à  la  préparation  d’une  géla¬ 
tine  qui,  passée  à  travers  un  crible,  se  débite  sous  forme 
d’un  vermicelle  appelé  Tokoroten. 

Thunberg .  qui  visita  le  Japon  vers  177ë,  indique 
parmi  les  fucus  édules  la  Laminaire  saccharine  et  les 
Ulves.  La  Laminaire  est  coupée  par  morceaux  ;  on  la 
fait  renfler  et  on  la  mêle  alors  à  tous  les  ragoûts.  On  la 
mange  également  crue,  coupée  par  bandes  longues  de 
deux  pouces  et  de  la  largeur  de  l'ongle.  Ces  bandes  se 
plient  en  carrés  et  forment  de  petits  rubans  qu’on  lie 
ensuite  avec  une  autre  petite  bande.  On  trouve  de  ces 
produits  dans  tous  les  cadeaux  qu’on  reçoit  ou  qu’on 
offre.  Le  -papier  de  compliments,  qui  accompagnait  tous 
les  présents  à  l’époque  où  Thunberg  observait  les 
mœurs  de  ces  grands  enfants  de  l’Extrême-Orient,  por¬ 
tait  à  chaque  extrémité  une  bande  de  ce  Iiomb  ou 
Kombou.  C’est  dire  toute  la  valeur  qu’on  attachait  à  cette 
plante. 

D'ailleurs,  des  algues  analogues  sont  usitées  dans  les 
contrées  pauvres  du  nord  de  l’Europe.  Au  Chili  le  Dur- 
villea  utilis  se  vend  sur  les  marchés  et  nous  l’avons 
consommé,  sans  déplaisir,  pendant  une  promenade  que 
nous  faisions,  il  y  a  quelques  années,  dans  certains 
recoins  peu  connus  du  détroit  de  Magellan.  Quant  aux 
Ulves,  elles  n’ont  de  Laitue  que  l’apparence  :  c’est  un 
mets  détestable  que  n’oserait  certainement  pas  manger 
un  habitant  de  la  Terre-de-Feu.  Les  Japonais,  il  est  vrai, 
n’étaient  probablement  pas  difficiles  et  ne  dédaignaient 
rien. 

IN  no  le  sont  guère  plus  de  nos  jours.  M.  le  profes¬ 
seur  Suringar,  de  Leyde,  dans  ses  travaux  relatifs  aux 
algues  du  Japon  conservées  au  musée  de  Leyde,  s’est 
attaché  à  l’élude  des  espèces  utilisées  soit  dans  l’indus¬ 
trie  ,  soit  dans  l’alimentation.  VEntero  morpha  com¬ 
pressa,  espèce  commune  sur  les  côtes  de  France,  jouit 


d’une  haute  considération  au  point  de  vue  culinaire. 
Sous  le  nom  de  Ao-Nori,  on  mange  cette  production 
fraîche  avec  du  sel;  ou  bien  encore  on  se  sert  du  pro¬ 
duit  desséché,  on  le  lave  et  on  le  prépare  avec  du  sagou 
et  du  vinaigre.  On  peut  également  la  torréfier  sur  un 
gril,  la  pulvériser  et  l’employer  comme  assaisonnement 
dans  les  ragoûts.  Enfin  on  s’en  sert  encore  dans  un 
autre  but,  comme  en  France  des  goémons,  pour  en¬ 
graisser  les  terres.  Le  Ao-Nori  sert  à  deux  fins  :  il  est 
comme  le  sabre  de  M.  Joseph  Prudhomme. 

Mais  ce  n’est  pas  tout  :  le  Sut-sen-ze-Ao-Nori  se  prend 
dans  la  soupe  découpé  en  petits  morceaux.  Il  croît  dans 
un  ruisseau  de  l’ile  de  Kiusiu,  où  on  lui  donne  le  nom 
d 'algue  du  ruisseau  limpide.  C’est  un  produit  précieux 
puisque,  d’après  l’ Almanach  d'Etat  pour  1860,  le  prince 
d’Hoso-Gawa  était  chaque  année,  dans  le  courant  du 
mois  de  janvier,  obligé  d’en  offrir  une  certaine  quantité 
en  cadeau  au  Taikoun  de  Yédo. 

Le  Hai-Wen  ou  Hai-.yun  ( Mesogloia  decipiens  Sur.) 
abonde  sur  les  rochers  marins,  d’où  on  le  détache  au 
moyen  de  coquilles  d’Haliotis ■  On  le  mange  assaisonné 
de  sucre,  de  vinaigre  et  de  sel.  Quelle  trinité!  Il  pré¬ 
sente  en  cet  état  un  goût  qu’on  a  comparé  à  celui  du 
Trépang,  la  fameuse  holothurie  dont  raffolent  les  Chi¬ 
nois.  On  l’emploie  encore  pour  épaissir  la  soupe  aux 
fèves  qu’elle  rend  pâteuse  et  à  laquelle  elle  communique 
une  agréable  saveur  de  potage  aux  patates. 

Sous  le  même  nom  de  Waka-Me  (pousse  tendre)  on 
coupe  en  morceaux  carrés  les  grandes  frondes  des 
Ecklonia  et  on  les  fait  frire.  C’est  un  mets  sacré  :  les 
moines  bouddhistes  s’en  servent  pour  assaisonner  leur 
dîner  composé  de  riz  et  de  légumes. 

Le  cornichon  d’Europe  trouve  son  succédané  au  Japon 
parmi  les  algues  :  c'est  le  Hibo-Nori  (Gigartina  lanci- 
folia  Har.)  qui  jouit  de  cet  important  privilège. 

I.r  Vermicelle  d,-  mei  est  une  production  de  l’ile  de 
Kiusiu;  il  rappelle  de  fort  près  une  espèce  voisine 
(posta  dei  Turchi)  que  récoltent  et  consomment  les 
pécheurs  de  la  Sicile.  L’Encyclopédie  japonaise,  où  abon¬ 
dent  les  recettes  culinaires,  recommande  pour  l’emploi 
de  cette  algue  de  se  servir  de  vaisselle  vernie  en  bois.  Il 
paraît  que,  dans  des  plats  en  faïence,  elle  se  réduit  en 
pâte  et  perd  une  partie  de  la  saveur  qui  la  fait  re¬ 
chercher. 

Les  gens  du  peuple  seuls  vont  récolter  eux-mêmes  les 
nombreux  végétaux  que  la  mer  leur  abandonne.  La 
classe  riche  ne  s’en  prive  pourtant  point,  car  certains 
d’entre  eux  atteignent  un  prix  assez  élevé.  On  trouve 
en  effet  dans  le  commerce  japonais  ces  produits  pré¬ 
parés  et  séchés,  disposés  à  entrer  dans  des  préparations 
culinaires  qui  font  les  délices  de  ce  peuple  étrange.  C’est 
ainsi  que  le  Ao-Nori  se  rencontre  en  petits  paquets 
quadrangulaires  composés  de  frondes  disposées  paral¬ 
lèlement  et  entourés  d’un  chaume  de  riz.  Le  Sui-zen- 
si-Nori  est  vendu  sous  forme  de  plaques  quadrangu¬ 
laires  de  34  centimètres  de  longeur  sur  24  de  large,  d'un 
vert  foncé.  Ces  plaques,  qui  ressemblent  à  une  feuille 
de  carton,  sont  marquées  d’un  timbre  blanc  portant  des 
caractères  japonais. 

Pour  les  grandes  espèces,  à  frondes  très  développées, 
on  les  prépare  avec  le  plus  grand  soin.  On  enlève  la 
côte  médiane  et  on  lave  â  l’eau  bouillante,  puis  on  fait 
sécher  de  manière  que  les  lanières  en  se  rétrécissant 
restent  isolées.  On  réunit  ensuite  un  certain  nombre  de 
ces  frondes,  on  les  replie  en  deux  et  on  les  attache  un 


98 


LE  NATURALISTE 


peu  au-dessous  du  point  où  elles  ont  été  repliées,  avec 
une  petite  bande  de  papier. 

Le  temps  n’est  pas  encore  venu  —  viêndra-t-il  jamais  ? 
—  où  les  marchés  de  Paris  offriront  en  vente  des 
varechs  et  des  fucus  en  nature.  Longtemps  encore  le 
varech  ne  servira  qu’à  aider  aux  filouteries  des  mar¬ 
chands  de  literie,  qui  le  marieront,  en  alliance  plus  ou 
moins  légitime,  avec  le  crin  ou  la  laine.  Quant  aux  fucus, 
la  médecine  d’aujourd’hui  —  qui  ne  croit  plus  à  rien  — 
ne  daigne  même  plus  les  employer  contre  l’obésité 
qu’ils  guérissaient...  quand  les  simples  avaient  encore 
la  propriété  de  guérir.  C’est  encore  l’agar-agar  du  Japon 
qui  l’emporte  chez  nous  et  les  épiciers  des  grandes 
villes  comme  de  la  plus  petite  bourgade  nous  en  four¬ 
rent  jusque-là!  sous  le  fallacieux  prétexte  de  nous  faire 
manger  de  la  gelée  de  groseille.  Le  Japon  triomphe 
jusque  dans  la  vieille  Europe. 

P.  Habiot. 

LE  COLIAS  WISKOTTI,  STAUDIMEB, 

ET  SES  DIVERSES  VARIÉTÉS 


Le  genre  Colias,  un  des  plus  intéressants  parmi  tous  ceux 
qui  sont  compris  dans  le  sous-ordre  des  Rhapalocères,  ren¬ 
ferme  aujourd’hui,  grâce  au  zèle  de  nos  explorateurs  modernes, 
un  grand  nombre  d’espèces  dont  la  détermination  rigoureuse 
constitue,  parfois,  un  problème  assez  difficile  à  résoudre.  La 
cause'  principale  de  la  difficulté  qu’éprouve  le  naturaliste  à 
identifier  et  à  classer  ces  charmants  insectes,  réside  principa¬ 
lement  dans  l’analogie  souvent  extrême  qui  relie  leurs  diffé¬ 
rentes  formes  les  unes  aux  autres.  Les  Colias  possèdent  presque 
tous  un  aspect  et  dos  caractères  uniformes  dont  les  différences 
sont  peu  apparentes  d’espèces  à  espèces,  parce  qu’elles  ne 
peuvent  varier  que  dans  une  mesure  très  restreinte.  Il  arrive, 
en  outre,  que  ces  caractères  spécifiques,  déjà  naturellement 
précaires,  sont  sujets  à  se  modifier  sous  l’influence  des  climats. 
Certains  types,  relativement  bien  définis  dans  une  région 
donnée,  se  montrent  sous  des  dehors  quelquefois  très  différents 
dans  d’autres  stations  géographiques.  Enfin,  si  l’on  tient  compte 
de  cette  circonstance,  que  plusieurs  espèces  do  Colias,  parti¬ 
culièrement  voisines,  s’accouplent  entre  elles  dans  l’état  de 
nature  et  engendrent  des  produits  absolument  intermédiaires, 
on  reconnaîtra  sans  peine  qu’il  est  souvent  presque  impossible 
d’assigner  à  certaines  formes  ou  au  moins  à  certains  exem¬ 
plaires  litigieux  leur  place  véritable  dans  la  série. 

11  serait  très  intéressant,  sans  doute,  d’entreprendre  l’étude 
raisonnée  des  variations  qui  affectent  tous  les  Colias  actuel¬ 
lement  connus.  Mais  un  tel  travail  équivaudrait  à  une  mono¬ 
graphie  proprement  dite,  et  no  pourrait  être  suffisamment  déve¬ 
loppé  que  dans  un  livre  spécial.  Tel  n’est  pas  notre  but.  En 
écrivant  cet  article,  nous  nous  proposons  simplement  d’analyser 
sommairement  les  modifications  d’aspect  que  l’on  constate  chez 
le  Colias  Wiskotti  Stgr.  qui  est  l’une  des  plus  remarquables 
nouveautés  dont  ce  genre  s’est,  enrichi  depuis  quelques  années. 

Cette  espèce,  qui  a  été  introduite  de  l’Asie  centrale  en  Europe 
par  le  Dr  Staudinger  avec  beaucoup  d’autres  papillons  inté¬ 
ressants,  est  certainement  la  plus  variable  que  l’on  connaisse.; 
elle  se  présente  sous  des  aspects  extrêmement  divers  dont  nous 
allons  décrire  successivement  les  plus  remarquables. 

Colias  Wiskotti  Stgr.  ( forma  typica) 

La  forme  typique  de  Wiskotti,  celle  que  M.  Staudinger  nous 
a  fait  connaître  dans  la  llcrlittcr  Entomologische  Zeitschrift  ; 
année  1882,  page  16G,  pl.  fig.  9  et  10,  offre  généralement,  à 
part  quelques  variations  de  détail,  les  caractères  suivants  ; 

Le  mâle,  d’une  taille  sensiblement  égale  à  colle  des  exem¬ 
plaires  moyens  de  Libanotica,  est  en  dessus  d’un  jaune  ver¬ 
dâtre  assez  éclatant,  dont  la  nuance  rappelle  le  ton  de  l’Erate 
des  plaines  de  Sarepta.  Los  bandes  marginales,  tantôt  d’un 
noir  uniforme,  mais  le  plus  souvent  saupoudrées  d’écailles  jau¬ 
nâtres,  sont  plus  larges  que  celles  de  toute  autre  espèce  de 
Colias  ;  elles  absorbent  à  peu  près  la  moitié  de  la  superficie  des 
ailes,  et  sont  traversées  par  dos  nervures  jaunes  plus  ou  moins 
bien  marquées  qui  se  perdent  avant  d’atteindre  l’extrémité  du 


limbe.  Le  contour  interne  de  ces  bandes  est  assez  sinueux  aux 
ailes  supérieures.  Il  se  creuse  d'abord  à  la  côte,  vis-à-vis  du 
point  cellulaire  noir  qui  est  gros  et  allongé,  fait  ensuite  une 
légère  convexité  vers  le  milieu  du  disque,  se  creuse  de  nouveau 
vers  l'angle  interne  et  se  projette  finalement  vers  la  base  le 
long  du  bord  de  ce  nom.  Le  contour  dont  il  s’agit  est  bien 
moins  flexueux  aux  ailes  postérieures,  où  il  se  montre  simple¬ 
ment  arqué  et  un  peu  denté,  à  l’intersection  des  nervures.  La 
tache  cellulaire  desdites  ailes,  toujours  bien  marquée,  est  d’un 
fauve  assez  pâle  qui  varie  cependant  d’intensité  de  sujet  à  sujet. 

Si  l’on  considère  le  dessous  de  Wiskotti,  on  trouve  que  la 
teinte  jaune  verdâtre,  à  peu  près  identique  à  celle  du  dessus, 
est  très  uniforme.  On  ne  distingue,  de  ce  côté,  en  fait  de  des¬ 
sins,  que  les  quatre  taches  discoïdales  dont  celles  des  ailes  pos¬ 
térieures  sont  petites,  arrondies,  blanchâtres  et  finement  cer¬ 
clées  de  brun  rougeâtre  ;  une  très  petite  macule  purpurine  à  la 
base  de  ces  mêmes  ailes,  ainsi  que  deux  ou  trois  autres  taches 
noires  disposées  dans  le  voisinage  de  l’angle  interne  des  ailes 
supérieures,  parallèlement  au  bord  extérieur. 

La  femelle  du  beau  Colias  dont  il  s’agit,  contrairement  à 
toute  attente,  est  on  dessus  d’un  jaune  fauve  presque  orangé. 
Ses  marginales,  aussi  larges  que  celles  de  l’autre  sexe,  pré¬ 
sentent  un  contour  interne  beaucoup  plus  sinueux;  clics  sont 
entrecoupées  de  taches  d’un  jaune  clair,  généralement  mal 
écrites  et  qui  se  réduisent  parfois  à  de  simples  vestiges.  Les 
nervures  qui  traversent  le  disque  des  ailes  antérieures  sont 
finement  indiquées  en  noir;  quant  au  dessous,  il  est  presque 
semblable  à  celui  du  mâle,  avec  cette  différence,  cependant,  que 
sa  teinte  générale  est  plus  verdâtre.  Faisons  remarquer  en  pas¬ 
sant  que  la  coupe  d’aile  du  sexe  dont  il  est  question  est  plus 
élancée  que  celle  du  mâle,  conformément  à  ce  que  l’on  observe 
chez  beaucoup  d’autres  espèces  congénères. 

Variété  Separata.  Grum. 

Tel  est  l’aspect  sous  lequel  s’offre  généralement  à  l’examen 
la  forme  typique  de  Wiskotti,  laquelle  fut  découverte  en  1880 
par  M.  Haberhauer,  sur  les  hautes  montagnes  des  environs 
d’Alai  (Turkestan),  et  retrouvée  ensuite  en  certain  nombre  par 
le  même  explorateur  sur  celles  de  Hazret,  dans  la  province  de 
Samarkand.  Mais  ce  remarquable  Colias  est  sujet  à  des  modi¬ 
fications  aussi  nombreuses  qu’imprévues.  Nous  avons  reçu 
l’année  dernière  de  M.  Rudolf  Tancré,  naturaliste  distingué 
d’Anklam,  doux  variétés  de  cette  intéressante  espèce,  originaires 
des  Alpes  d’Issykul  que  fréquente  aussi  le  Colias  Eogene  Felder, 
et  qui  nous  ont  été  envoyées  sous  les  noms  do  Separata  et  de 
Chrysoptera  Grum.  Le  mâle  de  la  première  de  ces  deux  formes 
se  distingue  de  celui  du  type  ordinaire  par  un  lavis  d’un  jaune 
d’or  vif  qui  recouvre  le  disque  des  quatre  ailes,  à  l’exception 
cependant  des  nervures  des  antérieures,  lesquelles,  par  un 
contraste  assez  singulier,  tranchent  on  vert  plus  ou  moins  pur 
sur  ce  fond  chaudement  coloré.  Le  contour  interne  des  bandes 
maro-inales  parait  être  moins  sinué  chez  ces  exemplaires;  la 
tache  noire  cellulaire  est  beaucoup  plus  étroite  en  dessus  et 
nettement  pupillée  de  blanc  en  dessous  ;  enfin,  la  face  inférieure 
des  quatre  ailes  est  beaucoup  plus  verdâtre  que  d’habitude  ;  et 
la  petite  tache  carminée  de  la  base  des  secondes  ailes  semble 
faire  défaut.  La  femelle  de  Separata  est  d’un  jaune  orangé 
beaucoup  plus  intense  que  celle  de  Wiskotti;  les  bandes 
marginales,  totalement  dépourvues  de  ponctuations  claires, 
offrent  un  contour  interne  moins  sinué,  les  nervures  qui  tra¬ 
versent  le  disque  des  premières  ailes  sont  jaunes  et  non  noires; 
enfin  les  ailes  sont  proportionnellement  plus  courtes  que  celles 
de  la  femelle  typique,  et  no  diffèrent  pas,  quant  à  leur  forme, 
de  celles  du  sexe  opposé.  Le  dessous  de  la  femelle  dont  il  s’agit 
est  d’un  vert  grisâtre  uniforme,  excepté  le  disque  des  ailes 
antérieures  qui  reproduit  la  teinte  fauve  du  dessus. 

Variété  Chrysoptera  Grum. 

Le  mâle  de  la  seconde  variété  ne  s’écarte  de  celui  que  nous 
venons  do  décrire  que  par  l’intensité  de  sa  couleur  orangée  qui 
acquiert  un  éclat  rutilant,  presque  semblable  à  celui  des  exem¬ 
plaires  les  plus  chaudement  colorés  du  Colias  llogene.  Sous  le 
rapport  de  l’aspect  général,  le  papillon  dont  il  s’agit  est  très 
voisin  de  la  femelle  de  la  variété  précédente.  La  ressemblance 
serait  même  presque  complète,  si  ce  n’était  que  chez  cette  der¬ 
nière,  la  marginale  des  secondes  ailes  est  beaucoup  plus 
épaissie  vers  le  bord  antérieur.  Nous  no  connaissons  pas  la 
femelle  de  Chrysoptera  qui  est  encore  une  grande  rareté: 
mais  si  elle  obéit,  selon  toute  probabilité,  à  la  loi  de  coloration 
qui  semble  régir  toutes  les  formes  que  revêt  cette  intéressante 
espèce,  ello  devra  posséder  une  teinte  rougeâtre  tout  à  fait 
exceptionnelle.  Nous  avons  dit  plus  haut  que  les  deux  présentes 


LE  NATURALISTE 


99 


pour  patrie  les  hautes  montagnes  d’Is- 
ccpendant  que,  bien  qu’elles  se  montrent 
ette  station  sous  la  forme  de  races  géogra- 
moins  fixes,  elles  peuvent  néanmoins  se  ren- 
•  tous  les  points  que  fréquente  le 
de  Wiskotti,  et  cela  avec  d’autant  plus  de  raison, 
H.  Staudinger  signale  parmi'  les  exemplaires  de  cette  es¬ 
pèce  que  M.  Haberhauer  recueillit  à  Alai  et  à  Hazret,  certains 
sujets  aberrants  qui  offrent  au  moins  en  partie  les  caractères 
que  nous  venons  d’indiquer. 

Aberration  Lenca  Staudinger 

Les  Colias  présentent  une  particularité  digne  d’étre  remar¬ 
quée,  c’est  que  certaines  femelles 
atteintes  d’albinisme  ;  c’est-à-dire  > 


au  blanc  presque  pur.  C’est  ainsi  qu ’Helice,  Chine,  A/ba  sont 
des  aberrations  albinss  d ’Edusa  d'Aurora  et  d ’Erale.  La  si  va¬ 
riable  Wiskotti  no  pouvait  manquer  de  grossir  le  nombre  de 
cas  de  cette  singulière  variation.  Elle  a  été  recueillie,  concur¬ 
remment  avec  le  type,  par  M.  Haberhauer,  dans  les  deux  sta¬ 
tions  que  nous  avons  déjà  indiquées,  et  c’est  elle  que  M.  Stau¬ 
dinger  nous  a  fait  connaître  sous  le  nom  de  Lenca  dans  la 
Revue  de  la  Société  entomologique  de  Berlin.  Cotte  Lenca  dif¬ 
fère  de  la  femelle  ordinaire  de  l’espèco  par  la  teinte  jaune  pâle 
blanchâtre  du  disque  des  quatre  ailes,  ainsi  que  par  un  plus 
grand  développement  des  marginales  qui  sont  toujours  entre¬ 
coupées  par  de  grosses  taches  blanches  bien  marquées.  La 
tache  discoïdalc  des  secondes  ailes  est  également  blanche  chez 
ces  exemplaires  comme  celle  de  Chloe,  et  le  dessous  tout  entier, 
à  part  les  dessins  génériques,  offre  une  teinte  d’un  gris  verdâtre 
plus  ou  moins  foncé.  Cette  aberration,  cependant,  est  cllc- 
méme  fort  variable,  en  ce  sens  qu’elle  se  relie  à  la  forme  ty¬ 
pique  par  des  passages  intermédiaires,  absolument  comme  notre 
Heike  dont  certains  exemplaires  sont  parfois  franchement  jau¬ 
nâtres. 

Variété  Sagina  Staudinger 

Nous  terminerons  cette  étude  comparative  par  la  variété 
qui,  à  notre  avis,  est  la  plus  curieuse  de  toutes  celles  que  pré¬ 
sente  ce  beau  Colias  asiatique,  si  mobile  dans  son  aspect,  et 
que  le  docteur  Staudinger  répand  dans  les  collections  sous  le 
nom  de  Sagina.  Le  mâle  do  cette  rare  et  intéressante  nouveauté 
est  plus  petit  que  celui  de  Wiskotti,  ses  ailes  otlrent  une  coupe 
upérieures,  et  sa  teinte  générale 
je  pur.  Sur  ce.  fond,  d’un  aspect 
mal  chez  les  Colins,  se  détachent 
i  marginales  tellement  larges  qu’elles  viennent 
tes  discoïdalcs,  absorbant  ainsi  plus  de  la 
!  des  ailes.  Le  dessous  de  ce  beau  papillon 
,  d’un  vert  presque  pur,  à  peine  grisâtre,  et  très 
se  détachent,  outre  les  taches  discoïdalcs 
ordinaires  fort  réduites,  deux  ou  trois  macules  noires  situées 
dans  le  voisinage  de  l’angle  externe  des  premières  ailes,  ana¬ 
logues  à  celles  qui  se  remarquent  chez 
femelle  de  Sagina  serait  tout  aussi  verte 
sexe,  si  un  lavis  jaunâtre,  très  pâle  du  reste,  ne 
le  disque  des  ailes  antérieures.  Les  nervures  qui 
disque  sont,  écrites  en  noir,  et  les  marginales,  d’u 
normales,  sont  largement  entrecoupées  de  taches  verdâtres, 
contrairement  à  ce  que  l’on  observe  d’ordinaire  chez  la  femelle 
typique  de  Wiskotti,  mais  très  analogues,  à  part  leur  couleur, 
à  celles  qui  caractérisent  l’aberration  Lenca.  Tout  ce  que  nous 
savons  sur  le  compte  de  cette  superbe  variété,  c’est  qu’elle 
habite  les  liantes  Alpes  du  Turkestan.  C’est  avec  cette  indi¬ 
cation  générale,  comme  lieu  d’origine,  qu’elle  nous  a  été  envoyée 
par  M.  Staudinger,  entre  les  mains  de  qui  cette  rareté  paraît 
être  monopolisée.  Ce  savant  nous  a  assuré  depuis,  que  le  bel 
insecte  dont  il  s’agit  n’avait  pas  encore  été  publié  et  que  sa 
patrie  n’était  connue  de  personne.  Que  Sagina,  malgré  tout 
l’intérêt  qu’il  inspire,  n’ait  encore  été  figuré  nulle  part,  nous 
■,  mais  que  personne  ne  connaisse  le 
,  c’est  un  point  sur  lequel  nous  éle- 
11  nous  paraît  bien  difficile  d’admettre, 
ait  échappé  à  l’attention  do 
l’explorateur  qui  a  eu  la  bonne  fortune  de  découvrir  une  variété 
si  remarquable  à  tant  d’égards.  Quoi  qu’il  en  soit  do  cette 
obscurité,  Sagina  ne  sera  pas  moins  accueilli  avec  la  plus 
grande  faveur  par  les  rares  entomologistes  qui 


DESCRIPTION  DE  MICRO-LÉPIDOPTÈRES  NOIYEALX 


Botys  Commcllalis,  n.  sp.  Envcrg.  :  22  mm.  Ailes  blanehâ- 

bruns,  surtout  à  la  côte,  près  de  la  base  et  dans  tout  l’espace 
subterminai;  lignes  ordinaires  brunes,  la  basilaire  peu  dis¬ 
tincte,  l’extrabasilaire  brisée,  la  coudée  faiblement  dentée; 
celle-ci,  qui  est  très  éloignée  de  l’extrabasilaire  à  son  point  de 
départ,  à  la  côte,  descend  d’abord  en  droite  ligne,  puis  forme 
un  grand  coude  prenant  fin  sous  la  réniforme,  et  se  continue 
obliquement  sinueuse  jusqu’au  bord  interne  où  elle  se  rappro¬ 
che  très  près  de  l’extrabasilaire. 

Taches  du  disque  très  bien  marquées,  l’orbiculaire  réduite  à 
un  point,  la  réniforme.  grande,  entièrement  noirâtre. 

Franges  blanchâtres,  précédées  d'un  petit  liséré  noirâtre 


Ailes  inférieures  semblables  aux  supérieures,  avec  deux  lignes 
brunes  répondant  à  l’extrabasilaire  et  à  la  coudée;  un  amas 
d’atomes  bruns  entre  ces  deux  lignes,  et  dans  l’espace  subter- 


Dessous  des  ailes  blanchâtre, 


que  la 


Antennes  gris  jaunâtre. 

Après  Ruralis. 

Quatre  exemplaires,  dont  trois 
n’ayant  conservé  que  la  tache  rénifi 
très  frais,  trouvés  en  juin  à  Chantilly,  non 


Ayant 


il  y  a  quelque  temps,  des  Ptérophores  de 
d’autres  Microlépidoptères,  j’ai  reçu  de  dif¬ 
férents  côtés  un  certain  nombre  de  ces  intéressantes  bestioles, 
parmi  lesquelles  j’ai  remarqué  une  espèce  d ’Aciptilia  que  je 
crois  nouvelle  et  dont  voici  les  principaux  caractères  : 

Aciptilia  actinodaetyla,  n.  sp.  Enverg.  :  19  à  20  mm.  Ailes 
supérieures  et  inférieures  d’un  gris  clair  ou  jaunâtre  avec  les 
franges  d’une  teinte  à  peine  plus  sombre. 

Lobe  postérieur  des  ailes  supérieures  portant  quelques  points 
ou  traits  noirs  placés,  non  sur  les  nervures,  comme  dans  pun- 
clinervis  Cst.,  mais  sur  le  bord  de  la  membrane  alairc,  avant 
la  frange. 

Diffère  de  1 ’Ac.  telradactyla  L.  par  la  division  plus  profonde 
des  ailes  supérieures,  par  la  couleur  presque  semblable  des 
franges  et  des  ailes  et  par  la  présence  do  points  noirs  aux  ailes 
supérieures.  [Diffère  de  1  ’Ac.  ischnodactyla  Tr.  par  la  couleur 
plus  sombre  des  ailes  et  par  l’absence  de  points  noirs  au  lobe 
antérieur  des  ailes  supérieures. 

Trois  exemplaires  trouvés  en  Charente,  par  M.  Dupuy,  d’An- 
goulème. 

P.  Chrétien. 


CHRONIQUE 


Session  extraordinaire  de  la  Société  botanique  de  France. 

La  Société  botanique  de  France  tiendra  cette  année,  du  16  au 
25  mai,  une  session  extraordinaire  dans  les  Pyrénées-Orien¬ 
tales,  pour  explorer  le  massif  montagneux  des  Albères  entre  le 
col  du  Perthus  et  la  mer.  Cette  région  est  particulièrement 
intéressante  par  les  nombreux  rapports  que  sa  flore  présente 
avec  celle  de  la  Catalogne.  La  charmante  petite  ville  de  Col¬ 
le  prog 

au  point 

pic  do  Taillefcr,  en  passant  par  1 
la  côte  de  Colliouro  à  Port-Vcndres  et  le  vallon  de  Banyuls- 
sur-Mcr,  l’abbaye  de  Valbonnc,  Saint-Laurent  de  Ccrdans, 
Prats-dc-Mollo  .  ‘ 

Sur  un  nouv 

Alsace,  un  nouveau  gisement  de  terrain  bonifier. 

Des  travaux  de  sondage  datant  du  printemps  de  l'ani 
nièro  ont  mis  au  jour,  â  environ  1  kilomètre  et  demi  en 

tair^qu!  contraste  av^cC’lcU  gneiss  et  le  granit  de  cetu 
des  Hautes- Vosges.  Ces  recherches,  provoquées  par 


100 


LE  NATURALISTE 


sence,  constatée  depuis  longtemps  en  cet  endroit,  de  roches 
schisteuses  noires,  ont  été  poussées  à  1S  mètres  de  profondeur 
et  malheureusement  interrompues  par  l’invasion  de  l’eau.  Quoi 
qu’il  en  soit,  cette  découverte  ne  manque  pas  d’un  certain  inté¬ 
rêt.  Il  est  prouvé  maintenant  que  les  roches  les  plus  anciennes 
du  massif  vosgicn  peuvent  contenir  dans  leurs  plis  ?  ou  failles  ? 
des  lambeaux  de  terrains  anciens,  que  des  bassins  liouillcrs  ont 
pu  se  développer  dans  la  région  des  Hautes-Vosges,  Le  com¬ 
bustible  qui  accompagne  l'affleurement  du  Bonhomme  n’est  pas 
malheureusement  des  meilleurs,  au  moins  à  l’examiner  super¬ 
ficiellement;  il  parait  intermédiaire  entre  la  houille  maigre  et 
l’anthracite. 

Les  pommes  gelées.  —  On  peut  tirer  parti  des  pommes  à 
cidre  gelées,  en  les  laissant  dégeler  lentement.  Aussitôt  après 
leur  dégel,  il  faut  les  soumettre  au  pressoir.  Le  cidre  obtenu 
sera  plus  acide  que  le  cidre  normal,  mais  moins  riche  en  sucre, 
et  par  suite  en  alcool.  Dans  certains  cas,  malgré  l’addition  de 
sucre  et  de  tannin  en  vue  d'améliorer  le  marc,  la  liqueur  ob¬ 
tenue  reste  tellement  inférieure  on  qualité  qu’il  vaut  mieux 
l’utiliser  pour  la  fabrication  d’eau-de-vie.  (Jardin.) 

Mission  scientifique.  —  Notre  collaborateur,  M.  H.  Douliot, 
docteur  ès  sciences,  aide-naturaliste  au  Muséum  d’histoire 
naturelle,  est  chargé  d’une  mission  d’exploration  à.  Madagascar. 
M.  Louis  Trillat  est  adjoint  à  la  mission  de  M.  H.  Douliot 
dans  l’îlo  de  Madagascar. 

Soutenances  de  thèses  pour  le  doctorat  ès  sciences  natu¬ 
relles.  —  M.  CL.  Munier  a  soutenu,  devant  la  Faculté  des 
sciences  de  Paris,  deux  thèses  sur  les  sujets  suivants:  1rc  thèse: 
Elude  du  thitonique.  du  crétacé  et  du  tertiaire  du  vicentin. 
—  2e  thèse  :  Propositions  données  par  la  Faculté  :  Zoologie, 
Caractères  qui  permettent  de  classer  les  Echinides  vivants  et 
fossiles.  ■ —  Botanique,  les  Algues  à  revêtement  calcaire. 
M.  Munier  a  été  déclaré  digne  d’obtenir  le  grade  do  docteur  es 
sciences. 

M.  Gay,  professeur  agrégé  à  l'École  supérieure  de  pharmacie 
de  Montpellier,  a  soutenu  devant  la  Faculté  des  sciences  de 
Paris  deux  thèses  sur  les  sujets  suivants  :  lre  thèse  :  Recherches 
sur  le  développement  et  la  classification  de  quelques  algues 
vertes.  — •  2°  thèse  :  Propositions  données  par  la  Faculté  : 
Zoologie,  Le  squelette  vertébral.  —  Géologie,  Structure  et 
composition  géologique  du  bassin  de  Paris.  M.  Gay  a  été  déclaré 
digne  d'obtenir  le  grade  de  docteur  ès  sciences  naturelles. 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  23  février  1891.  —  M.  Chauveau  présente  à  l’A¬ 
cadémie  l’ouvrage  qu’il  vient  de  publier  sur  le  travail  muscu¬ 
laire  et  l'énergie  qu'il  représente.  —  M.  Lavocat  montre  qu’en 
thèse  générale  le  sternum  cartilagineux  ou  osseux  des  vertébrés 
est  formé  de  deux  parties  différentes  par  destination  :  le  pre- 
sternum  donnant  appui  aux  coracoïdes  ainsi  qu’aux  clavicules  ; 
et  le  sternum  costal,  qui  porte  les  arcs  viscéraux  du  thorax  et 
par  extension  ceux  de  l’abdomen.  Il  n’v  a  ni  côtes  ni  sternum 
costal  chez  les  Batraciens.  Le  stemnm  manque  chez  les  Ophi¬ 
diens,  dont  les  côtes  sont  nombreuses.  Les  côtes  ventrales  n’ont 
pas  de  sternum  chez  les  poissons.  La  lig'ne .  blanche  qui,  chez 
les  Mammifères,  représente  le  sternum  ventral,  no  porte  pas 
de  côtes.  Cette  construction  du  sternum  en  deux  sections  donne 
à  chacune  d’elles  une  signification  positive,  que  n’ont  pas  les 
termes  généralement  usités  d ’episternum  et  d 'hyposternum,  de 
•mesosternum  et  de  plcurosternum  qui  indiquent  seulement  la 
position  relative  des  diverses  parties  de  l’appareil  sternal.  — 
M.  Ranvier  présente  une  note  de  M.  E.  Laguesse  sur  la  struc-  I 
ture  du  pancréas  et  le  pancréas  intrahépatique  des  poissons.  — 
M.  L.  Faurot  communique  à  l’Académie  le  résultat  de  scs  re¬ 
cherches  sur  la  formation  des  mésentéroïdes  chez  Cerianthus 
membranaceus .  —  M.  Pierre  Lesage  a  étudié  la  différenciation  du 
liber  dans  la  racine  chez  plusieurs  fougères,  une  gymno- 
sperme,  quelques  monocotylédones  et  deux  dicotylédones.  — 
M.  Jannelaz  donne  à  l’académie  le  résultat’  de  l’examen  qu'il  a 
fait  d’échantillons  minéralogiques  rapportés  du  Congo  français 
par  M.  Thollon  ;  il  y  a  trouvé  de  la  dioptase  et  de  la  chrysocole 
associées  à  do  l’argent  natif. 

Séance  du  2  mars.  —  M.  de  > Lacaze  Duthiers  communique  à 
l’Académie  le  résultat  d’un  essai  d’ostréiculture  entrepris  dans 
'de  vivier  d’expérience  de  Roscoff. — M.  Georges  Linossier  étudie 
une  hématine  végétale  qu’il  a  observée  dans  le  pigment  des 
spores  d’Aspergillus  niger  et  pour  laquelle  il  propose  le  nom 


d’ «  aspergilline  ».  —  M.  Z.  Zwaardemaker  observe  l’idiosyncrasie 
de  certaines  espèces  animales  (chats,  rats)  pour  l’acide  phé- 
nique.  —  M.  Z.  Chalin  adresse  à  l’Académie  une  note  sur  l’E¬ 
pithélium  hépatique  de  la  Testacelle  qui  présenterait  tous  les 
passages  entre  l’épithélium  en  mosaïque  et  l’epithélium  en 
palissade.  —  M.  de  Lapparent  signale  à  l’Académie  la  présence 
dans  le  département  de  la  Manche  d’un  falun  remanié,  repré¬ 
senté  parle  conglomérat  à  ossements  de  Gombesville.  — M.  Dou- 
villé  ayant  étudié  les  fossiles  recueillis  dans  les  couches  traver¬ 
sées  par  le  canal  de  Panamar  peut  leur  assigner  quatre  âges 
différents  ;  les  premiers  appartiennent  nettement  au  miocène 
supérieur.  Le  deuxième  groupe  comprend  des  calcaires  à  mui- 
lipores,  hetérostégines  et  orbitoïdes.  Le  troisième  groupe  se 
rapproche  du  premier.  Enfin  le  quatrième  est  représenté  par 
des  grès  et  des  schistes  lignitifères  qui  constituent  la  partie  sud 
de  la  grande  tranchée  (Culebra). 

Séance  du  9  mars.  —  Suivant  M.  Léon  Guignard  il  existerait 
dans  les  cellules  végétales  des  sphères  attractives  ou  mieux 
sphères  directrices  gouvernant  la  division  du  noyau  et  se  trans¬ 
mettant  sans  discontinuité  d’une  cellule  à  l’autre  pendant  toute 
la  vio  de  la  plante.  —  M.  Z.  Vesque  adresse  une  note  sur  la 
classification  et  l’histoire  des  Clusia.  —  M.  de  Grossouvre  étu¬ 
die  la  craie  â  Baculitcs  du  Cotentin,  et  la  compare  à  la  craie 
blanche  de  Meudon  et  au  tuffeau  de  Maestricht;  il  pense  qu’il  y 
a  lieu  do  supprimer  de  la  nomenclature  l 'étage  maestrichtien 
qui  est  seulement  un  faciès  particulier  des  assises  supérieures 
du  Sénonien,  et  qu’il  convient  de  ramener  l’étage  danien  aux 
limites  fixées  en  1846  par  Desor.  —  M  de  Quatrefages  commu¬ 
nique  à  l’Académie  l’extrait  d’une  lettre  de  M.  de  Wanzel  lui 
signalant  la  découverte  d’un  crâne  d’ours  des  cavernes  portant 
les  traces  d’une  blessure  faite  par  une  hache  en  silex. 

Séance  dn  16  mars.  —  M.  Albert  Gaudry  signale,  parmi  les 
os  qu’il  a  pu  déterminer  dans  les  faluns  de  Gombesville,  les 
Halitherium  fossile,  Dinothérium  Cuvieri  Mastodon  angusti- 
dons,  et  enfin  une  dent  molaire  de  Palæotherium  magnum.  — 
M.  A.  F.  Marion  a  étudié  au  laboratoire  d’Eudoume  (Marseille) 
les  effets  du  froid  sur  les  poissons  marins  ;  ses  expériences  ont 
porté  sur  une  quinzaine  d’espèces  possédant  des  degrés  de 
résistance  diverse. 

A.  Eug.  Malaro. 


BIBLIOGRAPHIE 


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Omis.  1890,  pp.  435-546. 

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naturelle).  ( A  suivre.) 

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Le  Gérant:  Emile  DEYRÛLLE. 


PARIS.  —  IMPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


l.V  ANNÉE 


Série  —  A»  IOO 


MAI  1891 


.NOUVELLE  P!  AME  FOSSILE 


La  figure  que  nos  lecteurs  ont  sous  les  yeux  repré¬ 
sente,  d’après  une  excellente  photographie  de  M.  H.Bour- 
sault,  un  cu¬ 
rieux  échan¬ 
tillon  prove¬ 
nant  du  co¬ 
rallien  supé¬ 
rieur  de  Ver¬ 
dun  (Meuse) 
et  que  M.  Ar¬ 
mand  Viré  a 
bien  voulu 
envoyer  à  la 
collection 
géologique 
du  Muséum 
d’histoire  na¬ 
turelle,  en 
me  priant  de 
le  détermi¬ 
ner. 

C’est  un 
fragment  de 
calcaire  à 
grains  assez 
grossiers,  à 
la  surface  du¬ 
quel  se  mon¬ 
tre,  comme 
on  voit,  avec 
une  grande 
netteté ,  une 
empreinte 
très  réguliè¬ 
re. 

L’objet  dont 
il  s’agit,  de 
123  millimè¬ 
tres  de  lon¬ 
gueur  et  de 
51  millimè¬ 
tres  de  lar¬ 
geur  maxi- 
ina,  se  pré¬ 
sente  d’abord 
avec  une  ap¬ 
parence  an  a 
logue  à  celle 
des  poissons 
pleuronectes 
plus  ou 
moins  sem¬ 
blables  aux  Nouvelle  plante  Tossille  du  Corallien  de  Verdun 
soles  et  aux  D’après  un  échantillon  du  Museï 

limandes  et 

possédant,  sur  tout  son  pourtour,  des  franges  diver¬ 
gentes,  simulant  une  nageoire  continue.  Toutefois  il 
suffit  d’un  coup  d’œil  pour  reconnaître  qu’il  ne  s’agit 
pas  d’un  poisson  et  que  le  vestige  provient  d’une  plante 
qui,  pour  être  nouvelle,  à  ce  qu’il  paraît,  n’est  pas  ce¬ 
pendant  pour  cela  privée  de  toute  analogie  avec  des 
végétaux  fossiles  déjà  connus. 

LE  NATURALISTE,  Paris,  46,  rue  du  Bac. 


C’est  évidemment  un  organe  folacié,  dont  la  consis¬ 
tance  devait  être  coriace  et  dont  la  forme  générale  est 
régulièrement  ovale-lancéolée.  Vers  saba 
d’ailleurs,  on  remarque  quelques  strie 


•ésultant  peut-être  d’un  craquelle 


qui  manque 
ransversales 


)nt  ou  d’une  déchi¬ 
rure  des  tis¬ 
sus.  Cette 
sorte  de  feuil¬ 
le  se  divise 
en  trois  par- 
lies  dont  une 
moyenne  et 
deux  margi¬ 
nales  ayant 
toute  la  lon¬ 
gueur  de  l’or¬ 
gane.  La  por¬ 
tion  média¬ 
ne  a  8  milli¬ 
mètres  à  sa 
base,  6  à  soir 
sommet  et  19 
vers  le  mi¬ 
lieu  de  sa 
longueur.Les 
régions  mar¬ 
ginales  con¬ 
sistent.  en  la¬ 
nières  pres¬ 
sées  les  unes 


peu  à  la  ma¬ 
nière  des  bar- 
b  e  s  d’une 
plume,  de 
part  et  d’au¬ 
tre  du  rachis. 
Beaucoup  de 
ces  lanières 
dépassent  20 
millimètres 
de  longueur  ; 
leur  largeur 
moyenne  est. 
de  2  millimè- 

forme  est 
bien  caracté¬ 
ristique  :leur 
région  mé¬ 
diane  est  dé¬ 
primée  et 
leur  pour¬ 
tour  offre  un 
petit  bourre¬ 
let  continu 
et  nettement 

saillant.  Celles  qui  sont  terminées  montrent  le  même 
bourrelet  à  leur  extrémité  qui  est  régulièrement  arron¬ 
die. 

Les  comparaisons  que  j'ai  pu  faire  au  Muséum  et 
l’examen  des  planches  du  Traite  de  Paléontologie  végétale 
de  Schimper,  de  celles  du  Traité  de  Botanique  fossile  de 
M.  Bernard  Benault,  et  de  celles  de  la  Paléontologie 


/,  Sun. -Meunier- 


de  Paris,  Grandeur  naturelle. 


LE  NATURALISTE 


102 


française  (végétaux  jurassiques)  de  M.  le  marquis  de 
Saporta,  me  conduisent  à  considérer  le  fossile  de  Verdun 
comme  appartenant  au  genre  proposé  par  le  premier  de 
ces  savants  sous  le  nom  de  Cycadospadix.  Une  lettre  que 
M,  de  Saporta  a  eu  l’extrême  bonté  de  m’écrire  tout 
récemment  en  réponse  à  l’envoi  d’un  dessin  que  j’avais 
exécuté  d’après  nature,  m’engage  à  considérer  de  plus 
en  plus  cette  opinion  comme  exacte. 

Bien  que  provenant  des  couches  mêmes  qui  fournissent 
le  Cycadospadix  Morceuanus,  Schimp.,  notre  échantillon 
ne  peut  en  aucune  façon  être  confondu  avec  lui.  Il  est 
plusieurs  fois  plus  long  et  d’une  forme  extrêmement 
élégante  dont  le  type  déjà  décrit  ne  saurait  approcher. 
On  ne  peut  non  plus  le  comparer  au  C.  Hennoquei, 
Schimp.,  de  l’infra-lias  d’Hettange,  bien  que  la  forme  de 
celui-ci  soit  moins  différente.  Celui-ci,  en  effet,  est 
triangulaire  et  non  ovale  et  les  lanières,  au  lieu  d’y 
affecter  une  disposition  pennée  sont  presque  toutes 
parallèles  entre  elles  et  à  la  longueur  de  l’organe. 

Je  propose  de  cataloguer  la  nouvelle  espèce  sous  le 
nom  de  Cycadospadix  Yirei. 

Stanislas  Meunier. 


NÉCESSITÉ  1111  BABIL  DES  FEMMES 

«  La  liberté  humaine,  dont  chacun  est  si  fier,  consiste 
simplement  en  ce,  que  les  hommes  ont  conscience  de 
leur  volonté,  et  non  des  causes  qui  la  déterminent.  » 

Lorsqu’on  analyse  les  manifestations  psychiques  à 
l’aide  des  méthodes  physiologiques,  on  trouve  à  chaque 
instant  une  confirmation  éclatante  de  cette  pensée  si 
profonde  de  Spinoza.  L’hérédité  physique  et  morale, 
ainsi  que  le  milieu  physique  et  moral  dans  lequel  on 
évolue,  détermine  nos  actions  d’une  manière  plus  ou 
moins  absolue.  Je  remue  mon  bras,  cet  acte  est  libre 
parce  que  je  veux  le  produire  et  que  la  liberté  n’est  pas 
autre  chose  que  l’exécution  de  la  volonté;  mais  la  vo¬ 
lonté  elle-même  est  déterminée  parles  idées  et  les  sensa¬ 
tions  internes  ou  externes,  conscientes  ou  inconscientes; 
or  toute  sensation  a  pour  caractère  primordial  et  essen¬ 
tiel  :  la  fatalité. 

Parmi  tous  les  actes  qui  au  premier  abord  semblent 
éminemment  volontaires  et  libres,  on  peut  citer  le  babil 
des  femmes  —  en  n’oubliant  pas  toutefois  ce  que  dit  La 
Fontaine  : 

Je  sais  même  sur  ce  fait 
Bon  nombre  d’hommes  qui  sont  femmes. 

(Fable  vi,  Liv.  VIII.) 

Pourtant,  si  on  étudie  le  babillage  —  art  de  parler 
beaucoup  à  propos  de  rien  —  si  on  étudie,  dis-je,  ce  vé¬ 
ritable  caractère  sexuel,  à  la  lumière  des  lois  de  l’évolu¬ 
tion,  on  voit  qu’il  a  été  produit  dans  l’intérêt  fonda¬ 
mental  de  l’espèce  qui  prime  les  intérêts  étroits  et  par¬ 
ticuliers  des  individus.  Le  babil  de  la  femme,  qui  peut 
nous  paraître  parfois  fatigant  et  pénible,  nous  apparaît 
alors  comme  un  facteur  essentiel  de  progrès  pour  l’es¬ 
pèce  humaine.  Plus  une  femme  babille,  plus,  au  point 
de  vue  naturel  —  et  à  qualités  égales  —  elle  répond  au 
vrai  type  féminin. 

Il  est  incontestable  que  la  nature  a  avantagé  les 
femmes  du  côté  de  la  langue  et  qu’au  lieu  de  multiplier 
en  elles  cet  organe  —  ce  qu’elle  aurait  pu  faire  avec 
autant  de  facilité  qu’elle  a  doublé  ceux  de  la  vue  et  de 
l’ouïe  —  elle  lui  a  donné  une  habileté  et  une  souplesse 


merveilleuses.  Les  femmes  destinées  à  peupler  le  monde 
sont  chargées  de  notre  enfance  ;  c’est  dans  leur  compa¬ 
gnie  presque  exclusive  que  nous  passons  généralement 
nos  premières  années.  Chez  les  peuples  sauvages  (au 
moins  par  rapport  à  nous  qui  nous  appelons  civilisés), 
la  femme  reste  seule  chargée  du  soin  des  enfants  jusqu’à 
leur  adolescence. 

A  mesure  que  notre  corps  s’accroît,  les  femmes  doi¬ 
vent  aider  notre  esprit  à  se  développer  de  même,  c’est- 
à-dire  à  acquérir  des  idées  qui  ne  .proviennent  que  de 
l’exercice  de  nos  sens  et  en  particulier  de  la  vue  et  de 
l’ouïe.  Le  babil  des  nourrices  exerce  nos  jeunes  oreilles 
et  grave  dans  notre  cerveau  débile  beaucoup  d’idées  qui 
ne  s’y  imprimeraient  pas  sans  ce  secours.  Voyez  la  diffé¬ 
rence  de  deux  enfants  dont  l’un  aura  été  élevé  par  une 
fille  jeune,  vive  et  surtout  d’une  langue  infatigable,  et 
l’autre  par  un  pédant  taciturne  qui  n’a  jamais  ri.  Le  pre¬ 
mier  pétille  d’esprit  et  de  gentillesse,  son  petit  jargon 
est  plein  de  saillies  ;  il  parle  de  tout  ce  qui  concerne  son 
âge  et  a  une  facilité  singulière  à  apprendre.  Le  second 
est  presque  stupide,  il  a  un  air  embarrassé  devant  le 
monde  et  ne  sait  pas  dire  un  mot. 

La  nature  qui  a  destiné  les  femmes  à  nourrir  leurs 
propres  enfants,  à  les  élever,  à  former  leur  esprit,  au 
moins  dans  le  plus  bas  âge,  par  la  même  raison  qu’elle 
a  rempli  leurs  mamelles  de  lait,  a  dà  leur  donner  cette 
volubilité  de  langue  si  propre  à  aider  notre  faiblesse,  à 
promener  notre  imagination  naissante  d’objets  en  objets, 
à  nous  faciliter  l’exercice  de  la  faculté  de  penser,  à  nous 
familiariser  de  bonne  heure  avec  tout  ce  qui  nous  envi¬ 
ronne.  Si  les  femmes  parlaient  moins,  nous  penserions 
peu,  nous  penserions  difficilement,  nous  penserions  plus 
tard.  En  vérité  la  vie  est  assez  courte  pour  que,  dès  le 
commencement  de  notre  carrière,  on  ne  néglige  rien  de 
ce  qui  doit  contribuer  au  progrès  de  nos  connaissances. 

Nés  au  sein  de  la  société,  où  le  langage  naturel  est 
presque  inconnu,  il  est  de  toute  nécessité  d’apprendre  à 
parler  afin  d’indiquer  nos  besoins,  nos  désirs  et  nos  fan¬ 
taisies.  L’expression  naïve  des  cris  n’est  à  la  mode  que 
chez  les  sauvages  ;  car  on  fait  tout  pour  nous  contraindre 
à  les  étouffer.  Nouvelle  obligation  de  savoir  vite  nous 
exprimer  par  des  articulations  forcées.  Si  donc  les 
mêmes  sons  frappent  sans  cesse  nos  oreilles,  nous  se¬ 
rons  plus  portés  à  les  imiter  et  à  y  attacher  les  signi¬ 
fications  que  nous  suggérera  la  présence  des  objets.  Ces 
premières  expressions,  les  plus  nécessaires- pour  l’usage 
sont  les  plus  communes  et  justement  celles  qui  font  l’en¬ 
tretien  ordinaire  des  femmes  et  des  jeunes  filles  que  l’on 
met  auprès  de  nous.  C’est  à  bon  droit  que  la  nature  a 
voulu  que  les  conversations  des  femmes  roulassent  tou¬ 
jours  sur  les  mêmes  objets,  les  plus  simples  et  les  plus 
ordinaires.  Son  dessein  est  de  nous  familiariser  bientôt 
avec  eux,  de  nous  apprendre  à  les  connaître  et  à  les 
nommer  dans  le  besoin. 

Supposons  que  les  femmes  eussent  le  même  goût  pour 
des  sujets  plus  relevés;  plus  compliqués,  moins  com¬ 
muns.  Dès  lors  leur  entretien  ne  serait  plus  propor¬ 
tionné  à  la  faiblesse  des  enfants  dont  le  cerveau  tendre 
n’est  pas  capable  d’un  travail  pénible.  Il  faut  que  la  sim¬ 
plicité  des  idées,  qu’on  lui  offre  pour  l’exercer,  convienne 
à  la  délicatesse  de  ses  organes  ;  que  la  présence  des  objets 
ou  de  leurs  similaires  en  rende  la  perception  plus  facile, 
sans  quoi,  loin  d’aider  l’esprit,  on  le  frapperait  d’une 
stupeur  lourde,  propre  à  engourdir  les  plus  heureuses 
dispositions. 


LE  NATURALISTE 


103 


Je  conviens  qu’il  nous  faut  oublier  dans  la  suite  lès  • 
contes  dont  notre  enfance  a  été  bercée  et  changer  entiè¬ 
rement  de  façon  de  penser.  Mais  le  temps  amène  peu  à 
peu  cette  substitution  d’idées.  Nos  premières  concep¬ 
tions,  toutes  frivoles  qu’elles  étaient,  nous  ont  pourtant 
accoutumés  à  penser.  Leur  frivolité  était  nécessaire, 
parce  que  nous  étions  incapables  de  nous  occuper  de 
quelque  chose  de  mieux.  Forcés  de  commencer  par  ce 
qu’il  y  a  de  plus  simple,  nous  aurions  aujourd’hui  une 
grande  difficulté  à  raisonner  sûrement  si  dès  notre  bas 
âge  nous  n'avions  pas  raisonné  et  pensé  en  enfants.  L’es¬ 
prit  se  développe  comme  le  tempérament,  le  corps  s’or¬ 
ganise  successivement;  il  passe  par  plusieurs  états  avant 
d’être  tout  à  fait  formé.  L’entendement  a  aussi  son  J 
temps  de  faiblesse  pendant  lequel  il  faut  le  traiter  dou¬ 
cement  et  n’exiger  de  lui  que  des  opérations  puériles.  La 
nature  y  a  pourvu  en  donnant  aux  femmes,  avec  qui  nous 
passons  nos  sept  à  huit  premières  années,  un  goût 
décidé  pour  les  bagatelles,  une  facilité  prodigieuse  de 
parler  longtemps  sur  des  riens,  un  penchant  naturel  pour 
les  redites;  comme  si  elle  avait  craint  qu’elles  ne  char¬ 
geassent  nos  tètes  faibles  d’une  trop  grande  multiplicité 
d’idées. 

Mais  les  vieilles  filles  ont  d’ordinaire,  m’a-t-on  fait 
observer,  plus  de  babil  que  les  femmes  mariées  et  par 
suite  cette  faculté  ne  semble  pas  aussi  liée  à  l’édu¬ 
cation  des  enfants  que  je  le  suppose.  Cette  difficulté 
n’est  qu’apparente  et  peut  être  facilement  résolue.  Si  les 
vieilles  filles  parlent  davantage,  c’est  d’abord  parce 
qu’elles  ont  moins  de  préoccupations  et  de  soucis.  D’un 
autre  côté,  la  maternité  ne  dissipant  point  chez  elles 
une  partie  de  leur  capital  fonctionnel,  elles  peuvent  dé¬ 
penser  davantage  comme  éducatrices.  En  babillant,  elles 
aussi  servent  donc,  instinctivement  et  à  leur  manière,  au 
lent  perfectionnement  de  l’espèce,  sans  préjudice  de  la 
propagation  dont  elles  sont  aussi  le  plus  souvent  des 
instruments  très  efficaces  quoique  indirects. 

Une  autre  conséquence  du  babillage  des  femmes  est  la 
facilité  qu’elles  semblent  en  acquérir  pour  le  chant. 
Presque  toutes  les  femmes  ont  de  la  voix  ;  une  voix  claire, 
spéciale,  douce,  llexible,  propre  à  la  musique.  Or  c’est  de 
l’élasticité  des  cordes  vocales,  de  leur  agilité  pour  ainsi 
dire,  de  la  précision  de  leurs  vibrations  que  dépendent 
lous  les  agréments  du  chant,  la  netteté  des  sons  et  la 
délicatesse  des  modulations.  11  est  incontestable,  je  crois, 
que  le  caquet  continuel  des  femmes  entretient  la  sensi¬ 
bilité  extrême  et  la  souplesse  de  l’organe.  Les  cordes 
vocales  des  hommes  sont  plus  difficiles  à  ébranler  et  ils 
ont,  d’une  manière  générale,  moins  de  disposition  pour 
le  chant  que  les  femmes.  Us  n’acquièrent  une  voix  fémi¬ 
nine  que  par  une  opération  qui  leur  ôte  un  sexe  sans  leur 
donner  l’autre.  Mais  c’est  avant  tout  la  volubilité  de  la 
langue  qui  dispose  la  voix  à  la  vivacité  des  roulements, 
à  ces  inflexions  variées  au  gré  des  passions  qui  agitent 
l’àme.  Condamnez  les  femmes  au  silence  et  leur  voix  se 
rouillera  bien  vite  comme  un  instrument  qu’on  n’exerce 
plus.  Ce  n’est  pas  une  étude  d’une  heure  par  jour  avec 
un  professeur  qui  pourra  former  à  elle  seule  une  voix. 
Le  chant  du  reste  est  un  travail  pénible  ;  il  faut  y  sup¬ 
pléer  par  un  caquet  continuel  qui  fait  vibrer  les  cordes 
vocales  et  les  tient  toujours  en  mouvement  sans  les  fati¬ 
guer. 

En  résumé  nous  voyons  donc  que  le  babil  des  femmes 
est  un  caractère  sexuel  d’une  valeur  inestimable.  Nous 
ne  lui  devons  pas  seulement  le  charme  des  belles  voix, 


mais  encore  nous  lui  sommes  redevables  du  premier 
usage  que  nous  avons  fait  de  la  faculté  de  penser  et  de 
la  faculté  de  nous  exprimer  avec  nos  semblables. 

F.  Laiiii.t.e. 


L’ALFA 


I  ’.Ufa  ( Stipa  icnari-miina).  dont  les  feuilles  sont  forl 
employées,  du  moins  en  Angleterre,  pour  la  fabrication 
des  pâtes  à  papier,  est  une  plante  do  la  famille  des  Gra- 
minées,  très  abondante  dans  le  Nord  de  l’Afrique.  A  vrai 
dire  le  mot  arabe  Haïfa  désigne  surtout  l’état  jonciforme 
d'un  grand  nombre  de  Graminées  des  steppes;  mais 
dans  notre  langue  le  mot  Alfa  (par  corruption  de  Haïfa } 
ne  désigne  que  le  Stipa  tenacissima  (I).  Cette  plante  a  été 
fort  bien  étudiée  dans  ces  années  dernières  par  M.  Tra- 
but,  professeur  à  l’école  de  médecine  d’Alger  et  nous 
emprunterons  au  travail  qu’il  lui  a  consacré  un  certain 
nombre  de  détails  nouveaux  et  intéressants. 

L’Alfa,  comme  le  Lygcum spartum.  dont  on  le  rapproche 
souvent,  appartient  à  la  famille  des  Graminées.  C’est 
une  plante  vivace  dont  le  rhizome  paraît  divisé  en  arli- 
j  clés  successifs  par  les  insertions  circulaires  des  gaines 
|  de  feuilles.  A  l’extrémité  supérieure  de  ces  entre-nœuds 
J  et  non  pas  à  l’aisselle  de  la  feuille, se  trouve  un  bourgeon 
I  qui  pourra  rester  à  l'état  latent,  pendant  plusieurs  an¬ 
nées,  puis  un  jour  fournir  une  pousse  qui,  en  s’affran¬ 
chissant  du  rhizome  dont  elle  provient,  sera  le  point  de 
I  départ  d’une  souche  nouvelle.  Les  parties  anciennes  du 
rhizome  se  détruisant  peu  à  peu,  il  en  résulte  que  les 
ramifications  qui  en  proviennent  dessinent  bientôt  une 
sorte  de  cercle  autour  du  point  de  départ  et  ce  cercle  va 
sans  cesse  en  s’agrandissant.  Les  chaumes  qui  prennent 
naissance  sur  le  rhizome  peuvent  atteindre  (VGO  à  l"*b0 
de  hauteur;  mais  les  3  ou  4  feuilles  qu’ils  portent  nais¬ 
sent  sur  une  longueur  de  4  ou  b  centimètres  à  leur  base, 
de  telle  sorte  que  toute  la  partie  émergée  de  ces  chaumes 
manque  de  nœuds.  Au  sommet  ils  fournissent  des  rami¬ 
fications  fasciculées  formant  une  inflorescence  en  pani- 
I  cule. 

Les  feuilles  se  composent  d’une  gaine  et  d’un  limbe  ; 
..  les  gaines  sont  lisses,  luisantes,  à  bords  scarieux.  A 
!  leur  sommet,  qui  se  continue  par  le  limbe  de  la  feuille, 
elles  sont  accompagnées  d’une  ligule  bi-auriculée  et 
velue  dont  les  poils  se  raccordent  avec  un  demi-cercle 
île  poils  semblables  situés  au  dos  de  la  feuille  au  niveau 
de  la  séparation  du  limbe  et  de  la  gaine. 

I  Le  limbe  a  une  longueur  moyenne  de  0mb0  à  0m80  ;  mais 
il  peut  atteindre  lm20  dans  des  conditions  favorables;  il 
i  présente  la  forme  d’une  lame  très  étroite  par  rapport  à 
I  la  longueur. La  face  inférieure  est  unie  et  luisante;  mais 
la  face  supérieure  porte  sept  nervures  longitudinales  sé- 
'  parées  par  des  sillons  profonds;  cette  face  supérieure  est 
pourvue  de  poils  et  de  stomates.  Par  un  mouvement  de 


(1)  Les  noms  vulgaires  de  l’Alfa  sonl  : 

France  :  Alfa,  Sparte  (en  partie)  : 

Espagne  :  Esparlo,  Alocha  (la  souche): 

Algérie  :  liai  fa,  llalfa  C.uedin  : 

Angleterre:  Esparlo  grass,  Spanish  grass,  Alfa: 

Le  mot  français  Sparte  désigne  aussi  le  Lygeum  spart  an,.-  il 
est  donc  préférable  d’adopter  le  mot  Alfa  quand  il  s’agit  du 
Slipa  lenac  issim  o . 


LE  NATURALISTE 


104 


torsion  dans  la  longueur  de  la  feuille,  c’est  la  face  sil¬ 
lonnée  qui  est  réellement  tournée  vers  le  sol. 

Sous  l’influence  de  la  sécheresse  le  limbe  de  la  feuille 


L’Alfa. 


se  recourbe  en  gouttière,  les  deux  bords  se  rapprochent 
et  la  feuille  prend  alors  la  forme  d’une  longue  tige  cy- 
lindi’ique  avec  un  sillon  longitudinal  qui  indique  la  ligne 
de  séparation  des  deux  boi'ds  de  la  feuille.  C’est  préci¬ 
sément  sous  cette  forme  qu’elle  nous  est  expédiée  du 
lieu  d’origine. 

Non  seulement  la  forme  des  feuilles  est  modifiée  par 
la  sécheresse,  mais  encore  la  couleur.  D’un  beau  vert 
foncé  pendant  la  saison  humide,  elles  deviennent  blan¬ 
châtres  sous  l’influence  de  la  dessiccation. 

Les  feuilles  de  l’Alfa  ont  d’ailleurs  une  durée  de  deux 
ans  environ  :  ce  sont  donc  des  feuilles  persistantes. 
Malheureusement  pendant  cette  longue  durée  de  végé¬ 
tation  les  cryptogames  envahissent  peu  à  peu  les  feuilles 
âgées  et,  s'attaquant  d’abord  à  la  pointe  finissent  par 
gagner  le  reste  du  limbe.  Les  feuilles  ainsi  attaquées 
par  les  parasites  se  reconnaissent  facilement  à  leur 
pointe,  qui  est  grise  au  lieu  d’être  d’un  beau  jaune 
doré. 

Les  fleurs  sont  groupées  en  un  panicule  dressé  de 


0m30  de  longueur  environ.  Chaque  épillet  comprend 
deux  glumes  égales,  à  bords  scarieux  et  quatre  fois  plus 
longues  que  la  fleur;  celle-ci  est  unique  et  comprend 
deux  glumelles  dont  la  supérieure  bicarénée  avec  deux 
bords  hyalins,  se  termine  au  sommet  par  deux  lobes 
pourvus  de  longs  cils  extérieurs.  La  glumelle  inférieure 
a  sa  face  dorsale  hérissée  de  poils  soyeux  et  son  sommet 
se  termine  par  deux  lobes  scarieux  dans  l’intervalle 
desquels  naît  une  pointe  de  60  à  65  millimètres  de  lon¬ 
gueur.  Il  existe  deux  glumellules  ;  la  postérieure  est  ce¬ 
pendant  parfois  rudimentaire  ;  les  trois  étamines  alter¬ 
nent  avec  les  glumellules.  Enfin  le  fruit  est  un  caryopse 
de  7  à  8  millimètres  de  longueur. 

Quant  à  la  floraison  elle  est  très  variable  suivant  les 
altitudes.  C’est  ainsi  qu’en 
Algérie  elle  peut  se  produire 
en  avril  sur  le  littoral  ora- 
nais,  tandis  qu’elle  a  lieu  en 
mai  et  quelquefois  même 
en  juin  dans  la  région  des 
Hauts-Plateaux. 

L’Alfa  affectionne  parti¬ 
culièrement  les  terres  lé¬ 
gères  constituées  par  un  sol 
formé  de  silice  et  de  très 
peu  d’argile  avec  des  frag¬ 
ments  de  pierres  calcaires. 
Ce  qu'il  redoute  par-dessus 
tout,  c’est  une  trop  grande 
humidité  ;  aussi  ne  se  moii- 
tre-t-il  pas  dans  les  régions 
de  l’Algérie  où  il  tombe  plus 
de  0m50  d’eau  par  an  tandis 
qu’il  est  généralement  très 
abondant  et  qu’il  pousse 
avec  vigueur  dans  les  points 
où  la  quantité  de  pluie  est 
très  faible  et  ne  dépasse  pas 
0m20.  comme  à  Laghouat. 
Tantôt  il  forme  la  végétation 
principale  des  terres  où  il 
croît  et  il  abrite  d’humbles 
herbes  qui  seules  ne  pour- 
Fleur  d’Alfa.  raient  résister  à  l’ardeur 

du  soleil;  tantôt,  au  con¬ 
traire,  il  croît  dans  les  forêts,  recherchant  lui-même 
l’abri  du  chêne-liège  ou  du  thuya.  Mais  ce  qu’il  faut 
bien  remarquer,  c’est  qu’il  s’accommode  très  bien  de 
températures  peu  élevées  ;  non  seulement  il  a  été  pos¬ 
sible  de  l’acclimater  dans  les  garigues  de  Montpellier 
et  dans  les  environs  de  Toulon  mais  il  a  même  pu  pous¬ 
ser  sur  les  rochers  maritimes  des  environs  d’Edim¬ 
bourg.  Le  développement  du  tissu  fibreux  varie  d’ailleurs 
suivant  les  conditions  dans  lesquelles  lapante  se  trouve 
placée,  et  c’est  incontestablement  l’Alfa  des  Hauts-Pla¬ 
teaux  secs  et  arides  qui  possède  le  tissu  fibreux  le  plus 
développé. 

Pour  ce  qui  concerne  son  aire  de  dispersion  naturelle, 
l’Alfa  occupe  une  grande  partie  du  Sud  de  l’Espagne, 
du  Maroc  et  de  l’Algérie.  En  Espagne  il  se  rencontre 
surtout  dans  les  provinces  de  Murcie  et  d’Almeria.  Au 
Maroc  il  est  surtout  exploité  dans  les  environs  de  Mo- 
gador,  dans  les  deux  provinces  de  Chiadma  et  de  Haha. 
En  Algérie  le  département  d’Oran  est  celui  qui  renferme 
le  plus  d’Alfa  et  où  son  exploitation  est  la  plus  impor- 


LE  NATURALISTE 


lOo 


tante.  Dans  ce  département  l’Alfa  est  répandu  depuis  le 
littoral  jusqu’aux  montagnes  des  Ksours  et  le  plateau 
des  Ouled  Sidi-Cheikh. 

Dans  le  département  d’Alger  l’Alfa  ne  s’avance  pas  jus¬ 
qu’au  littoral,  mais  il  occupe  la  région  des  Hauts-Plateaux 
et  il  est  particulièrement  abondant  près  de  Laghouat. 
Enfin  dans  le  département  de  Constantine  l’Alfa  n’occupe 
plus  que  le  versant  des  montagnes  et  ne  forme  plus  des 
plaines  comme  dans  les  environs  d’Oran.  De  ce  dépar¬ 
tement  la  végétation  de  l’Alfa  se  continue  d’ailleurs  en 
Tunisie,  où  elle  occupe  encore  des  territoire  fort  impor¬ 
tants. 

11  serait  injuste  de  ne  pas  citer  à  côté  de  l’Alfa  deux 
plantes  qui  se  rencontrent  aussi  dans  le  Nord  de  l’Afri¬ 
que  et  qui  sont  souvent  confondues  avec  lui  :  le  Dyss 
( Ampelodesmos  tenax ),  qui  croît  dans  le  Tell  et  dans  la  ré¬ 
gion  des  montagnes,  et  le  Sennoc  ou  Albardine  ( Lygcum 
Spartum ),  qui  se  rencontre  habituellement  avec  l’Alfa. 


DESCRIPTION  D’UN  IÏIOLLUSQUE  NOUVEAU 


Lymnæa  crassilabrum,  nov.  sp.  de  Folin. 

Testa  minuta,  ovato-oblonga,  imperforala;  spira  brevis, 
apice  oblusa  ;  apertura  inferne  parum  obliqua,  mediam  testæ 
altitudinis  partem  superante ; peristomate  a  callo  tenue  superne 
continuato  ;  margine  exteriore  subacuto,  intùs  valdè  et  lat'e  in- 
crassato,  crassiludo  albescens  ;  colurnella  contorta.  Anfracli- 
bus  III  1/2,  sutura  haud  profunda  separalis,  ultimo  multo 
majore  3/4  longitudinis  arquante.  Habitat  Pey  ad  Aturi  litoram. 

Cette  petite  espèce  est  fort  remarquable  en  raison  du  large  et 
épais  bourrelet  qui  régne  au  dedans  et  tout  le  long  du  bord  externe 
de  l’ouverture  et  qui  se  fond  au  dedans  de  la  columelle.  Sa  couleur 
blanchâtre  le  fait  apparaître  très  distinctement,  et  il  caractérise 
parfaitement  cette  espèce  à  laquelle  on  pourrait  supposer  quel¬ 
ques  analogies  avec  la  L.  minuta.  Elle  s’en  distingue  cependant 
par  des  différences  bien  prononcées,  elle  est  d’abord  beaucoup 
plus  petite,  le  nombre  de  ses  tours  de  spire 
ne  dépasse  pas  3  1/2,  bien  qu’elle  soit  adul¬ 
te,  ce  que  prouve  surabondamment  le  bour¬ 
relet  qui  borde  son  labre.  Par  sa  forme  ne 
présentant  aucun  rapport  avec  les  saillies 
des  tours  de  spire  qui  étagent  les  profils 
de  la  minuta,  en  surplombant  les  uns  sur 
les  autres.  Par  son  sommet  très  obtus,  sa 
suture  peu  profonde.  Par  son  ouverture 
qui  est  moins  élargie,  quoiqu’un  peu  dilatée 
vers  la  paroi  aperturale  et  légèrement  obli¬ 
que  dans  le  bas  se  courbant  vers  la  colu¬ 
melle,  celle-ci  qui  se  contourne  elle-même 
comme  pour  se  prêter  à  cette  obliquité  se 
détache  d’un  épanouissement  situé  sur  un 
mince  épaississement  qui  recouvre  la  paroi 
aperturale  jusqu’au  bord  externe,  pour  des¬ 
cendre  le  rejoindre  à  son  extrémité  opposée  en  se  détachant  du 
bourrelet  sur  lequel  elle  faisait  une  saillie  arrondie.  Il  faut 
encore  ajouter  que  le  premier  tour  de  cette  coquille  ne  se  voit 
pas  lorsqu’on  la  regarde  de  face  et  qu’il  n’apparaît  que  quand 
elle  est  vue  de  dos,  particularité  qui  n’a  pas  lieu  sur  la  L.  mi¬ 
nuta. 

C  est  à  notre  bon  ami,  Armand  Dctroyat ,  que  nous  devons 
la  découverte  de  cette  jolie  coquille.  Nous  étions  allés  passer 
quelques  jours  avec  lui,  dans  sa  propriété  de  Pey  située  presque 
au  bord  do  l’Adour,  et  c’est  sur  une  rive  do  ce  fleuve  que  nous 
l’avons  rencontrée. 


ÉTUDE  ANATOMIQUE 

DES  RÉSERVOIRS  AÉRIENS  D'ORIGINE  PULMONAIRE 

CHEZ  LES  OISEAUX 

(M.  Georges  Roché.  —  Thèse  de  doctorat.) 

L’étude  des  sacs  aériens  n’avait  été  faite  que  chez  un  nombre 
très  restreint  de  types;  le  Poulet  et  le  Canard  avaient  été  mis 
le  plus  souvent  à  contribution  ;  puis,  comme  il  arrive  malheu¬ 
reusement  trop  souvent,  on  s’est  hâté  d’étendre  à  tout  le  groupe 
des  Oiseaux  les  conclusions  fournies  seulement  par  un  très 
petit  nombre  de  formes,  et  les  observations  faites  sur  le  Poulet 
—  mauvais  volateur  —  ont  servi  à  édifier  la  théorie  classique 
du  fonctionnement  des  sacs  aériens  et  de  leur  influence  dans  le 
vol. 

Ces  généralisations  étaient  prématurées.  Toute  étude  physio¬ 
logique  sérieuse  des  réservoirs  aériens  restait  impossible  tant 
qu’on  ne  serait  pas  fixé  sur  l'anatomie  de  ces  réservoirs,  sur 
leurs  variations  de  forme  et  de  volume,  au  moins  chez  un  cer¬ 
tain  nombre  de  représentants  de  chaque  ordre. 

C’est  cette  étude  anatomique  comparative  qu’a  faite  M.  Roché 
au  laboratoire  do  M.  A.  Milne-Edwards.  Les  nombreux  indi¬ 
vidus  sur  lesquels  ont  porté  ses  investigations  se  répartissent 
entre  les  différents  groupes  et  donnent  à  scs  résultats  un  carac¬ 
tère  de  généralité  que  ne  possède  aucun  des  travaux  antérieurs 
sur  ce  sujet. 

D’ailleurs,  il  a  été  on  ne  peut  mieux  servi  par  une  technique 
spéciale  qu’il  s’est  ingénieusement  créée  et  qui  lui  a  permis 
d’injecter  toutes  les  vésicules  aérifères  d’un  oiseau  sous  une 
même  pression  et  dans  des  conditions  identiques,  afin  d’obtenir 
des  volumes  comparables;  cette  méthode  lui  donnait  les  mou¬ 
lages  des  sacs  et  de  leurs  diverticules,  dont  la  dissection  était 
rendue  beaucoup  plus  facile  que  s’ils  eussent  été  insufflés  d'air, 
et  les  mesures  volumétriques  comparatives  de  ces  sacs  lui  ont 
fourni  des  résultats  qui  ne  sont  pas  les  moins  intéressants  de 
son  travail. 

M.  Roché  a  divisé  les  sacs  aériens  en  sacs  inter  diaphrag¬ 
matiques  et  en  sacs  postdiaphragmatiques .  Ici,  deux  mots  d’ex¬ 
plication  sont  nécessaires.  On  sait,  d’après  le  mémoire  de 
M.  Sappey,  que,  chez  les  Oiseaux,  les  diaphragmes,  communs 
à  leur  origine,  ne  tardent  pas  à  se  séparer  :  l’un  suit  la  face 
inférieure  du  poumon,  et,  se  portant  de  gauche  à  droite  vers  les 
angles  antérieurs  du  sterniun,  va  s’insérer  sur  les  premières 
côtes.  L’autre  se  dirige  obliquement  vers  le  bas,  du  rachis  au 
sternum,  divisant  le  tronc  en  thorax  et  abdomen. 

Ces  deux  diaphragmes  donnent  donc  naissance  à  trois  ca¬ 
vités  secondaires,  la  première  renfermant  les  poumons,  la 
deuxième  l’œsophage,  les  gros  vaisseaux  et  les  sacs  aérifères  ; 
la  troisième  cavité  forme  l’abdomen,  elle  renferme  la  suite  du 
tube  digestif  et  d’autres  vésicules  aérifères.  C’est  à  ces  der¬ 
nières  que  M.  Roché  a  appliqué  le  nom  de  postdiaphrag¬ 
matiques  (sacs  abdominaux  de  Sappey),  pour  les  distinguer  de 
ceux  de  la  seconde  cavité,  qu’il  appelle  interdiaphragmatiques. 
Ceux-ci  correspondent  à  ceux  que  Sappey  a  appelés  cervicaux, 
thoracique  (impair),  diaphragmatiques  antérieurs  et  diaphrag¬ 
matiques  postérieurs.  Cette  division  a  l’avantage  d’étre  rigou¬ 
reusement  en  rapport  avec  les  données  anatomiques  et  de  ne 
point  préjuger  des  attributions  fonctionnelles  des  réservoirs 
aérifércs. 

Une  première  partie  du  mémoire  a  trait  à  l’étude  anatomique 
des  différents  sacs  et  do  leurs  prolongements. 

I.  Sacs  cervicaux.  —  Si  nous  les  considérons  chez  la  Cres- 
serellc,  par  exemple,  on  trouve  qu’ils  envoient  : 

1°  Des  ramifications  intervertébrales  au  niveau  des  sept  der¬ 
nières  vertèbres  cervicales. 

3°  De  petits  ramuscules  qui  s’ouvrent  dans  le  corps  même 
de  la  vertèbre  dont  ils  aèrent  le  parenchyme  osseux  ; 

3°  D’autres  petits  diverticules  partent  des  ramifications  inter¬ 
vertébrales,  au  niveau  des  trous  de  conjugaison,  et  vont  former 
dans  la  cavité  vertébrale  elle-même  un  petit  canal  longitudinal 
superposé  à  la  moelle. 

4"  A  la  face  inférieure  du  cou,  un  autre  prolongement  im¬ 
portant  des  sacs  cervicaux  s'étend  jusqu’à  la  deuxième  ou  troi¬ 
sième  vertèbre  cervicale.  Chaque  articulation  costale  même 


Mollusque  nou¬ 
veau,  Lymnœa 
crassilabrum. 


i  0(5 


L  K  NATUEALlSTfc: 


coussin  aerien  forint1  par  ur 
intervertébraux  dont 


diverticule  des 
question  plus  haut. 

Ces  divers  diverticules  sont  1res  développés  chez  les  Rapaces 
et  la  plupart  des  Palmipèdes  et  des  Echassiers;  ils  sont  nuis 
chez  les  Perroquets,  faiblement  représentés  chez  les  Gallinacés 
les  Pigeons  et  les  Passereaux.  Chez  l'Autruche,  les  sacs  servi 
eaux  envoient  des  diverticules  jusque  dans  l’abdomen.  Quan 
aux  sacs  cervicaux  eux-mémes,  ils  présentent  un  dévcloppemen 
considérable  chez  les  Rapaces,  les  Palmipèdes 
siers  ;  ils'sont  peu  volumineux  chez  les  Gallinacés  et  les  Pigeons, 
réduits 


Milne-Edwards).  — 
latérales  du  ster- 


cans  et  les  Coucous,  les  Bucérotidés  (Passereaux),  et  les 
Ardéidés  (Echassiers).  Les  Oiseaux  nageurs  ou  plongeurs  sont 
ceux  dont  le  squelette  est  le  moins  aérifère. 

L’humérus  et  le  sternum  étaient  considérés  comme  étant  tou¬ 
jours  aérifères,  excepté  chez  l’Autruelic;  M.  Roché  a  relevé. 


TI.  Sac  thoracique  (sac  claviculaire  do 
11  pneumatise  les  côtes  sternales  et  les  parties 
num  lui-même;  des  diverticules,  parfois  puis; 
aux  muscles  de  la  clavicule,  de 
chez  la  Cressorclle,  les  différente 


seurs  et  releveurs  de  l’aile  sont  pour  ainsi  dire' 
par  plan  par  des  coussins  aériens. 

Un  dernier  diverticule,  non  moins  important,  est  le  diverticule 
précardiaque  qui  se  rend  au  bréchet.  Nul  chez  les  Palmipèdes, 
ce  diverticule  est  faiblement  développé  chez  les  Gallinacés  et 
les  Pigeons  et  est  bien  représenté  dans  tous  les  Autres  ■groupes  ; 
il  prend  un  volume  considérable  chez  les  Passereaux. 

Si  les  Palmipèdes  n’ont  pas  de  diverticule  précardiaque,  en 
revanche,  les  représentants  de  ce  groupe,  qui  sont  bons  vola- 
teurs,  sont  munis  de  larges  prolongements  extra-thoraciques  du 
sac  claviculaire  ;  les  Echassiers,  bons  voiliers,  présentent  cette 
même  particularité;  chez  les  Rapaces,  c’est  principalement  aux 
muscles  du  vol  que  se  rendent  les  diverticules  du  sac  clavi¬ 
culaire. 

Il  est  donc  établi,  sans  qu’il  .soit  possible,,  toutefois,  de  poser 
une  régie  absolue,  que  le  développement  du  sac  claviculaire  cl 
de  ses  prolongements  est  notablement  plus  considérable  chez 
les  individus  qui  volent  longtemps  que  chez  ceux  qui  volent 
peu  ou  mal.  Le  saccule  sous-pectoral,  en  particulier,  parait 
varier  avec  la  puissance  du  muscle  qui  le  recouvre. 


III.  Réservoirs  diaphragmatiques.  —  C 
sentent  des  dimensions  très  variables;  tantôt  les  postérieurs 
sont  plus  volumineux  que  les  antérieurs  (Palmipèdes,  Passe¬ 
reaux,  Grimpeurs),  tantôt  c’est  l’inverse  (Gallinacés  et  Ra¬ 
paces).  Chez  les  Échassiers,  ils  sont  de  dimensions  à  peu  près 
égales.  —  Un  fait  de  la  plus  haute  importance  est  la  présence 
d’une  seule  paire  de  sacs  diaphragmai iques  chez  plusieurs 
groupes  de  Dentirostres  pourvus  précisément  d’énorme  diver¬ 
ticule  précardiaque  du  sac  claviculaire. 


IV. 


r;';1 


—  Leur  situatu 
Talmipèdes 


est  variable  : 
auf  les  Toli- 

s),  les  Gallinacés  et  les  Perroquets;  ils  sont  postintes¬ 
tinaux  chez  la  plupart  des  Echassiers,  sans  position  fixe  chez 
les  Passereaux  et  les  Grimpeurs.  Ils  envoient  de  nombreux 
diverticules  ;  Tes  plus  importants  s’étendent  au-dessus  des  reins 
et  envoient  à  leur  tour  des  prolongements  aux  vertèbres  lom¬ 
baires  ;  les  os  iliaques,  les  vertèbres  sacrées,  le  fémur  sont  éga¬ 
lement  pneumatisés  par  les  sacs  abdominaux. 

De  cette  étude  comparative  des  réservoirs  aériens,  chez  un 
grand  nombre  d’individus  de  chaque  ordre,  se  tirent  les  con- 


Lc  nombre  des  sacs  n’est  pas  constamment  de  neuf 
me  on  le  trouve  dans  tous  les  traités  classiques.  Chez  de 
s,  il  y  a  soudure  des  sacs  antérieurs  et 
de  chaque  côté.  Le  Cacatoès  n’a  qu’un 
abdominal,  la  Cigogne  blanche  a,  au  total,  onze  réscr- 
s’observent  même  chez  des  individus  de 
’igeons  âgés  présentent  une  cloison 
qui  divise  en  deux  le  sac  claviculaire. 

d°  Bien  que  le  volume  des  réservoirs  varie  non  seulement 
suivant  les  espèces,  mais  même  suivant  les  individus  d’une 
mémo  espèce,  et  sans  doute  sous  l’influence  de  l’âge,  du  sexe, 
du  mode  de  vie,  etc...,  leurs  rapports  semblent  allccter  des 
relations  étroites  avec  la  parenté  zoologique. 

3°  L’existence  de  la  pneumatisation  squelettique  est  déter¬ 
minée  d’une  façon  précise.  Cette  pneumatisation,  dont  nous 
avons  indiqué  plus  loin  l’origine  en  résumant  l’histoire  de 
chaque  sac,  est  très  variable;  elle  est  très  développée  chez  les 
Rapaces  (surtout  chez  les  Nocturnes),  les  Perroquets,  les  Tou¬ 


aériferes  sous-cutanées,  dont  l’existence  était 
encore  niée  par  quelques  auteurs,  malgré  les  recherches  d’Owen, 
de  M.  A.  Milne-Edwards,  ont  une  existence  presque  générale. 
Les  Gallinacés,  les  Pigeons,  le  groupe  des  Impennés  et  des 
Alcidés  parmi  les  Palmipèdes,  en  sont  seuls  dépourvus.  Elles 
atteignent  un  volume  considérable  chez  certains  Passereaux 
(Bucérotidés),  chez  les  Toucans,  les  Ardéidés  (Echassiers)  et  les 
Rapaces.  Dans  cette  seconde  catégorie,  ce  sont  en  général  les 
bons  voiliers  qui  sont,  le  mieux  partagés  sous  le  rapport  du  dé¬ 
veloppement  de  ces  lacunes  (Frégate,  Phaéton,  Cigogne,  etc...). 
M.  Roché  pense  que  les  mouvements  respiratoires  ne  font 
subir  qu’une  oscillation  insensible  à  l’air  de  ces  lacunes  ;  il  en 
résulte  que  la  surface  d’insertion  des  muscles  se  trouve  être 
d’autant  plus  développée  que  les  lacunes  le  sont  ellos-mèmes 
davantage,  et,  par  suite,  les  Oiseaux  qui  en  sont  pourvus  sont 
capables  de  plus  grands  efforts. 

Aux  trois  premières  parties  de  son  mémoire,  description 
anatomique  des  sacs,  étude  de  la  pneumatisation  squelettique 
et  des  lacunes  intermusculaires,  M.  Roché  a  joint  les  mesures 
des  volumes  relatifs  des  différents  réservoirs,  et  les  considé¬ 
rations  physiologiques  auxquelles  l’ont  conduit  ces  mensu¬ 
rations  sont  trop  importantes  pour  que  nous  n’en  disions  pas 
quelques  mots;  elles  tendent  rien  moins  qu’à  renverser  les 
idées  actuellement  reçues  sur  le  fonctionnement  de  ces  réser¬ 
voirs. 

D’après  M.  Sappey,  il  y  a  une  opposition  marquée  entre  le 
jeu  des  vésicules  diaphragmatiques  et  celui  des  réservoirs  anté¬ 
rieurs  et  postérieurs  (cervicaux,  claviculaires  et  abdominaux).  11 
a  établi  que  pendant  l’inspiration, l’air  pénètre  dans  les  poumons 
et  les  sacs  diaphragmatiques  ;  cet  air  provient  à  la  fois  du  milie’u 
ambiant  et  des  autres  sacs.  Dans  l’expiration,  l’air  des  poumons 
et  des  sacs  diaphragmatiques  est  chassé  en  partie  dans  le 
milieu  extérieur,  en  partie  dans  les  vésicules  des  extrémités. 

Or,  M.  Roché  a  calculé  que  chez  le  Pigeon,  par  exemple,  le 
volume  du  poumon  et  des  sacs  diaphragmatiques  est  presque 
exactement  le  tiers  de  celui  de  toutes  les  autres  vésicules  réu¬ 
nies.  Il  en  résulte,  si  l’antagonisme  signalé  par  M.  Sappey 
existe  réellement,  qu’il  ifv  a  qu’une  très  faible  partie  de  l’air 
de  ces  dernières  qui  peut  passer  dans  le  poumon  et  les  sacs 
diaphragmatiques  à  chaque  inspiration  ;  l’air  des  sacs  no  subi¬ 
rait,  à  chaque  mouvement  respiratoire,  qu’un  simple  mouve- 


n  dif¬ 
ficile  d’admettre  le  rôle  qu’attribue  M.  Sappey  aux  différents 
M.  Roche  a  constaté  que  le  sac  claviculaire 
la  cage  thoracique  des  rapports  aussi  intimes 
que  les  sacs  diaphragmatiques  eux-mêmes,  et  il  n’y  a  qu’un 
très  petit  nombre  d’Oiseaux  dont  le  sac  claviculaire  ne  soit  pas 
absolument  intra-thoraciqiie.  Dés  lors,  pourquoi  les  mouve¬ 
ments  do  ce  sac  claviculaire  ne  seraient-ils  pas  synchroniques 
de  ceux  du  thorax  au  même  titre  que  les  diaphragmatiques  ! 

D’autre  part,  les  diaphragmatiqu 
souvent  très  loin  dans  l’abdomen.  Ce 
peuvent-ils,  avec  la  loi  d’antagonisme  de  M.  Sappey,  être 
synchroniques  de  ceux  des  diaphragmatiques  antérieurs  qui, 
eux,  sont  situés  dans  le  thorax? 

Ainsi  les  données  anatomiques  et  volumétriques  s’accordent 
pour  mettre  en  doute  l’exactitude  do  cette  théorie  déjà  an¬ 
cienne,  en  ce  qui  concerne  le  chant  et  l’acte  respiratoire. 
C’est  maintenant  à  la  physiologie  de  résoudre  définitivement  la 
question.  Car  M.  Roché,  dans  son  mémoire,  n’a  pas  eu  l’inten¬ 
tion  de  traiter  le  côté  physiologique  du  sujet; 

lant  quelques 
de  scs  : 


tout  le  parti  qu’il  y  a  à 
anatomiques  pour  expli 
rôle  des  lacunes  intermu 


intcrmusculaircs  et  celui  de  l’air  : 

En  résumé,  le  mémoire  de  M.  Roché  i 
élude  comparée  des  sacs  aériens  des  Oiseaux;  les  résultats 
nombreux  qu’il  renferme,  obtenus  par  ( 
ont  comblé  une  lacune  importante  île  l’histoire  ; 

-  physiologie  expérimer 
d’en  tirer  parti  un  jour. 


LE  NATURALISTE 


107 


LES  MONSTRES  HUMAINS 


L’Inde  peut  apporter 
aussi  à  la  liste  des 
monstruosités  humai¬ 
nes  son  contingent.  Je 
pourrais  donner  ici  la 
description  de  plu¬ 
sieurs  monstres  aux¬ 
quels  l’Inde  a  donné 
le  jour.  Je  me  borne 
à  signaler  aujourd’hui 
les  deux  enfants  dont 
les  lecteurs  ont  sous 
les  yeux  la  gravure 
d’après  une  photogra¬ 
phie  de  M.  Paul  Vas-, 
son.  Cette  photographie 
m’a  été  communiquée 
par  M.  Duchamp,  pro¬ 
fesseur  au  Collège  co¬ 
lonial  de  Pondichéry. 
Elle  représente  deux 
enfants  qui  ne  sont 
pas  encore  âgés  d’une 
année!  Ils  sont  nés  eL 
vivent  tous  les  deux 
dans  notre  colonie  de 
Chandernagor. 

Ces  deux  Bengalis 
sont  unis  entre  eux 
par  le  flanc.  Leur  père 
est  représenté  à  gau- 


Enfants  monstres,  vivant  à  Chandernagor  (reproduction  directe  cle  la 
photographie  de  SI.  Paul  \  assoit). 


che  de  la  gravure.  Ce 
phénomène  curieux 
rappelle  celui  des  deux 
enfants  qui  existaient 
naguère  à  Pondichéry 
et  qui  vécurent  jusqu’à 
l'àge  de  cinq  ans.  Ces 
deux  derniers,  tous  les 
deux  du  sexe  masculin, 
étaientcollés  dos  à  dos, 
ce  qui  entraînait,  pour 
l'un  ou  l’autre,  la  mar¬ 
che  à  reculons.  L’Inde 
fournit  detempsàautre 
de  ces  monstruosités, 
de  même  qu’elle  four¬ 
nit  parfois  des  cas  de 
naissances  exception¬ 
nel  leinentnombreuses. 
C’est  ainsi  qu’il  y  aquel- 
que  temps  une  brahmi- 
ne  de  Madras  mettait 
d’un  seul  coup  au  mon¬ 
de  onze  enfants.  11  est 
vrai  que  la  plupart  vin¬ 
rent  au  monde  mort- 
nés  et  que.  les  autres 
ne  survécurent  à  leurs 
frères  et  sœurs  que  de 
cinq  à  six  jours. 

Hector  Léveillé. 


ORIGINE  PARASITAIRE  DES  TUMEURS 


Nous  recevons  d'un  de  nos  collaborateur,  M.  Fabre- 
Domergue,  la  note  suivante,  que  nous  nous  empressons 
de  porter  à  la  connaissance  de  nos  lecteurs,  et  que  nous 
recommandons  tout  particulièrement  à  leur  attention. 


naturaliste  l’occasion  de  me  signaler  des  cas  de  ce  genre  en 
me  donnant  des  renseignements  sur  le  siège  de  la  tumeur,  sou 
âge,  l’animal  qui  la  présente,  le  prix  qu'en  demande  son  pro- 
juiétaire,  etc.  11  va  sans  dire  que  tous  les  frais  d’achat  et  d’envoi 


.  Permettez-moi  d'avoir,  recours  h  la  grande  puhliciié  du 
Naturaliste  pour  adressera  nos  confrères  un  appel  qui,  je  l'es- 
La  question  de  l'origine 


plus  importantes  dè  la 
re  étudiée  que  par  des 


M. 


INSECTES  NUISIBLES  Al'N  PINS  MARITIMES 

IMPORTÉS  DANS  LA  BAIE  DE  LA  SOMME 


MOYEN  .NOUVEAU,  POUR  LES  DÉTRUIRE,  PAU  LES  PARASITES 


parfois 

siègent  de  préférence  aux 
et  apparaissent  habituel- 
indurée  à  croissance  relativement 
un  certain  temps,  de  plusieurs  années,  lorsque 
un  certain  développement,  elle  s’ulcère  par 


L’administration  dos  Domaines  de  l’Etat,  voulant 
fixer  les  dunes  qui  menaçaient  de  détruire  le  hameau 
dos  Mollières,  dépendant  de  la  commune  de  Cayeux- 
sur-Mer  (Somme),  fit  planter,  en  18.’>0  et  en  18Ü2,  ces 
dunes  en  Ammophila  arennria  Coss.  et  Cerm.  (en  Picard 
Oyat,)  cl  en  pins  maritimes,  Piiius  inaritimm.  Ces  planta¬ 
tions  d’une  superficie  d’environ  b0  hectares,  eurent  à 
lutter  contre  les  vents  violents,  de  cette  partie  de  la 
côte,  pendant  l'hiver;  les  pins  maritimes  végétèrent 
difficilement  pendant  lès  premières  années,  encore 
aujourd'hui  qu'ils  ont  quarante  années  d’existence,  ils 
représentent  à  peine  des  arbres  de  20  ans,  dans  les 


lignes  pouvaient  offrir  à  quch  i 


pour  ce  semis,  il  ne  se  trouvait  pas  de 


108 


LE  NATURALISTE 


plantations  d’arbres  résineux,  dans  un  rayon  de 
40  kilomètres  de  Cayeux,  ce  qui  a  permis  aux  pins  mari¬ 
times  de  se  développer  sans  insectes  nuisibles  pendant 
plus  de  25  ans.  Vers  1878,  mon  attention  ayant  été 
attirée  par  quelques  petits  trous,  dans  le  tronc  d’un 
pin,  je  découvris  qu’ils  provenaient  de  la  sortie  d’un 
charançon,  le  Pissodesnotatus  F.,  en  explorant  les  arbres 
avec  soin,  je  pus  constater  également  l’habitat  d’un 
longicorne,  le  Criocephalus  rusticus  L.,  et  celui  d’un  autre 
charançon,  le  Blastophagus  piniperda  F.  D’où  pouvaient 
bien  venir  ces  insectes?  Le  Criocephalus  est  une  espèce 
du  Midi  de  la  France,  inconnue  dans  la  Somme;  le 
Blastophagus  y  est  assez  rare.  Les  renseignements  que 
j’ai  pris  ne  laissent  plus  de  doute  sur  leur  provenance; 
ils  ont  été  importés  des  Landes,  par  un  navire  venant 
chaque  année  à  Saint-Valéry-sur-Somme,  avec  un  char¬ 
gement  de  pins  maritimes,  devant  servir  à  faire  les 
mâts  de  canots  des  pêcheurs  de  la  côte.  J’ai  eu  occar 
sion  de  voir  travailler  un  de  ces  pins  à  Cayeux  ;  l’écorce 
était  farcie  de  larves  de  Blastophagus.  11  est  certain  que 
le  Criocephalus  est  venu  de  la  même  manière,  ce  qu’il  y 
a  d’extraordinajre,  c’est  que  ce  longicorne  ait  pu  s’accli¬ 
mater  à  Cayeux,  n'ayant  jamais  dépassé  en  latitude  le 
centre  de  la  France  et  encore,  il  n’est  réellement  com¬ 
mun  que  dans  les  Landes,  les  Pyrénées  et  les  Alpes. 

BLASTOPHAGUS  PINIPEKDA  L. 

Larve. 

Longueur  7  millimètres,  corps  blanc,  mou,  charnu, 
courbé  en  arc.  Tête  roussàtre,  lisse,  luisante,  subcornée, 
parsemée  de  poils  légèrement  roussàtres  et  très  fins. 
Epistome  très  faiblement  échancré.  Les  mandibules, 
vues  en  dessus  et  ouvertes,  présentent  la  forme  d’une 
pyramide  à  trois  faces;  vues  de  côté,  elles  sont  triangu¬ 
laires,  ferrugineuses  et  marquées  de  quelques  fossettes. 
Mâchoires  assez  fortes,  soudées  au  menton.  Palpes 
maxillaires,  coniques,  droits,  de  deux  articles  égaux  en 
longueur,  de  couleur  roussàtre:  lèvre  inférieure  trian¬ 
gulaire,  avec  les  angles  antérieurs  obtus.  Yeux  nuis. 
Thorax  plus  épais  que  le  reste  du  corps  ;  prothorax  plus 
grand  que  les  autres  segments.  Segments  abdominaux 
égaux  ou  à  peu  près  en  longueur,  mais  se  rétrécissant 
un  peu  vers  l’extrémité;  le  dernier  arrondi  avec  un 
petit  mamelon  anal  et  rétractile.  Tout  le  corps  est  par¬ 
semé  de  poils  très  fins,  à  peine  roussàtres,  très  courts 
et  couvert  en  outre  de  très  petites  aspérités  dirigées  en 
arrière,  de  sorte  que  la  larve  s’accroche  lorsqu’elle  le 
veut,  par  toute  sa  surface,  aux  parois  de  sa  galerie,  dans 
ses  efforts  pour  se  mouvoir.  Pattes  milles,  mais  à  leur 
place  deux  séries  de  mamelons  rétractiles  sous  les  trois 
segments  thoraciques,  et  un  double  bourrelet  le  long 
de  chaque  flanc.  Stigmates  au  nombre  de  neuf  paires. 

Nymphe. 

La  nymphe  ressemble  à  celles  des  Bostriches.  On  y 
retrouve  toutes  les  parties  de  l’insecte  parfait,  dont  elle 
a,  du  reste,  la  forme . 

Insecte  parfait. 

Longueur  5  millimètres,  ovoïde  allongé,  finement 
pubescent,  noirâtre,  avec  les  élytres  souvent  ferrugi¬ 
neuses  en  totalité  ou  en  partie.  Tète  un  peu  déprimée  ; 
antennes  et  palpes  d’un  roux  testacê.  Prothorax  luisant, 
de  beaucoup  plus  étroit  au  sommet  qu’à  la  base.  Ecusson 
petit  et  très  enfoncé.  Élytres  un  peu  plus  larges  que  le 
prothorax  à  la  base  près  de  trois  fois  aussi  longues  que 
lui;  marquées  de  stries  fines  et  finement  ponctuées, 


dont  les  cinq  premiers  intervalles  sont  sensiblement 
ridés  en  travers  avec  une  série  de  petits  tubercules. 
Pattes  noirâtres,  avec  l’extrémité  des  tibias,  les  tarses 
et  souvent  les  genoux  d’un  roux  testacé.  Femelle. 


A  B 

Fig.  1.  —  Blastophagus  piniperda.  A,  Insecte  parfait.  B,  palpe 
maxillaire  de  Blastophagus  piniperda. 

Le  mâle,  ordinairement  un  peu  plus  petit,  diffère  par 
les  impressions  postérieures  des  élytres  plus  profondes. 

Le  B.  piniperda  est  peut-être  l’insecte  le  mieux  connu 
des  forestiers,  et  l’on  a  écrit  bien  des  pages  sur  son 
compte:  mais  aucun  auteur  n’en  a,  d’après  moi,  donné 
une  histoire  plus  complète  et  plus  vraie  que  Ratzeburg. 
Il  est  le  plus  précoce  des  Xylophages;  à  Cayeux,  il  se 
montre  dès  le  1er  avril;  dans  les  Landes,  d’après  Perris, 
il  paraît  souvent  en  janvier  et  février,  il  perfore  l’écorce 
des  pins,  décelant  sa  présence  par  les  petits  tas  de  ver¬ 
moulure  qu’il  projette  de  ses  galeries. 

Le  trou  d’entrée  est  oblique,  et  la  galerie  mèl-e 
( galerie  de  ponte,  ou  chambre  nuptiale),  toujours  simple 
s’étend  longitudinalement  au-dessus  et  au-dessous  de 
ce  trou  d’entrée.  Elle  est  muniç  de  un  à  quatre  trous  à 
air.  On  rencontre  ordinairement  le  mâle  et  la  femelle 
dans  cette  galerie;  les  œufs  sont  déposés  dans  de  petites 
entailles,  à  gauche  et  à  droite,  le  long  de  la  galerie 
mère,  celles  des  larves  sont  sinueuses  ;  ces  galeries  sont 
creusées  comme  la  galerie  de  ponte,  dans  les  couches  du 
liber  en  contact  avec  l’aubier  entamant  légèrement 
celui-ci;  elles  détachent  parfaitement  l’écorce  qu’il  est 
facile  de  soulever  par  larges  plaques. 

La  métamorphose  en  nymphe  a  lieu  à  Cayeux,  partie 
dans  les  couches  du  liber  et  partie  dans  l’épaisseur  de 
l’écorce,  les  insectes  parfaits  prennent  leur  essor  dans 
le  courant  de  juin  ou  au  commencement  de  juillet. 

Vers  la  fin  de  juillet  on  rencontre  des  brindilles  dont 
la  partie  supérieure  se  flétrit  ou  se  rompt  sous  l’effort  du 
vent,  si  l’on  recherche  la  cause  de  ces  faits,  on  constate 
que  cette  brindille  est  creuse,  dans  l’intérieur  de  ce 
tube,  qui  se  prolonge  fréquemment  jusque  dans  le 
bourgeon  terminal,  on  rencontre  habituellement  un 
B.  piniperda.  La  galerie  dont  je  viens  de  parler  est  libre 
de  détritus  et  d’excréments,  ce  qui  la  distingue  de  celle 
que  creuse,  dans  des  conditions  semblables,  la  chenille 
d’une  épidoptère,  la  Tortryx  buoliana  Dup.  qui  ne  se  trouve 
pas  à  Cayeux,  mais  que  j’ai  observée  au  bois  de  Bou¬ 
logne. 

Après  sa  dernière  métamorphose  le  B.  piniperda,  se 
réfugie  donc,  pour  se  nourrir  pendant  l’été,  dans  les 
jeunes  pousses  du  pin,  et  il  y  demeure  ordinairement 
jusqu’en  octobre,  puis  en  sort  et  hiverne  dans  la  mousse 
au  pied  des  arbres  ou  sous  les  racines. 

M.  Chevandier  ( Annales  de  la  Société  centrale  d'agricul¬ 
ture,  1841,  page  112)  affirme  que  le  B.  piniperda  s’intro¬ 
duit  dans  les  pousses  de  deux  et  mômes  trois  ans.  Je  n’ai 


LE  NATURALISTE 


100 


pas  observé  ce  fait,  et  je  ne  le  trouve  pas  signalé  dans 
Ratzeburg.  Selon  mes  remarques,  il  n’attaque  que  les 
pousses  de  l’année,  à  l’état  herbacé  ou  à  peu  près.  Cette 
habitude  rend  cet  insecte  plus  spécialement  domma¬ 
geable  aux  forêts  de  pins,  que  les  espèces  n’attaquant 
que  l’écorce  ou  le  bois. 

Le  ft.piniperda  a-t-il  plus  d’une  génération?  Cette  im¬ 
portante  question  a  donné  lieu  à  une  discussion  entre 
MM. Ghevandicr  et  Guérin-Meneville,  dans  le  sein  delà 
Société  centrale  d’agriculture,  et  qui  oecupe  une  assez 
grande  place  dans  les  annales  de  cette  société  pour 
1831.  Pour  Cayeux,  je  n’ai  observé  qu’une  seule  généra¬ 
tion,  Ratzeburg  et  Paris  sont  de  cet  avis,  contre  Herbst, 
Bechslcin,  Lincker,  Zetterstedt,  Gitérin-Meneville  et  autres. 
La  question  du  nombre  de  générations  et  que  je  consi¬ 
dère  comme  résolue  par  une  seule  en  ce  qui  concerne 
Cayeux  et  le  bois  de  Boulogne,  n’a  pas  seulement  un  in¬ 
térêt  scientifique,  elle  a  aussi  une  grande  importance 
sous  le  rapport  pratique  et  au  point  de  vue  de  la  con¬ 
servation  des  forêts. 

PISSODES  NOTATUS  KAB. 

Larve. 

Longueur  7  à  8  millimètres,  blanche,  molle,  glabre, 
apode  presque  cylindrique,  formée  de  douze  segments, 
les  derniers  un  peu  atténués.  La  tête  est  ronde,  écail¬ 
leuse,  jaunâtre,  armée  de  deux  fortes  mandibules  brunes 
et  rentrées  en  partie  dans  le  premier  segment  qui  porte 
au-dessus  deux  taches  jaunâtres,  demi-écailleuses.  Les 
premiers  segments  sont  un  peu  renflés  en  dessous,  et 
on  voit  de  chaque  côté  un  bourrelet  plissé  qui  règne  d’un 
bout  à  l’autre,  sur  lequel  sont  situés  les  stigmates. 

Nymphe. 

La  nymphe  a  environ  8  millimètres  de  longueur,  elle 
est  blanche  à  sa  naissance,  et  laisse  voir  le  rostre,  les 
pattes  repliées  et  les  fourreaux  des  ailes.  Elle  porte 
deux  épines  à  l’extrémité  de  l’abdomen,  deux  autres 
plus  petites  sur  le  sommet  de  la  tête  et  une  couronne  de 
spinules  sur  le  dos  des  segments  abdominaux.  Elle  reste 
environ  13  jours  sous  cette  forme  et  se  change  ensuite 
en  insecte  parfait,  qui  attend  que  ses  téguments  se  soient 
consolidés  etque  ses  mandibules  soient  assez  dures  pour 
percer  l’écorce  et  se  mettre  en  liberté. 

Insecte  parfait. 

Longueur  7  à  8  millimètres,  brun-marron  plus  ou 
moins  obscur;  antennes  brunes,  coudées,  insérées  un 
peu  au  delà  du  milieu  du  rostre,  terminées  en  massue 
ovale,  acuminée;  rostre  brun,  cylindrique,  arqué,  de  la 
longueur  du  corselet.  Elytres  ovales,  atténuées  et  arron¬ 
dies  en  arrière,  un  peu  plus  larges  que  le  corselet  à  la 
base,  portant  des  stries  de  points  enfoncés,  et  ornées  de 
deux  taches  transversales  formées  d’écailles  pâles  ou 
d’un  jaune  blanchâtre;  les  cuisses  sont  un  peu  renflées 
et  ne  portent  pas  de  dents. 

Le  Pissodes  notatus  se  montre  à  Cayeux  vers  la  fin  de 
juin,  c’estalors  qu’il  s’accouple.  Lafemelle  étant  prête  à 
pondre,  va  choisir  un  arbre  ou  une  branche.  Elle  perce 
l’écorce  avec  son  rostre,  et  pond  un  œuf  dans  le  trou 
qu’elle  a  fait;  elle  répète  cette  opération,  jusqu’à  ce 
qu'elle  ait  achevé  sa  ponte.  Les  larves  sorties  de  ces 
œufs,  s’insinuent  entre  l’écorce  et  le  bois  et  se  nourris¬ 
sent  des  sucs  qui  y  circulent  et  de  ceux  qu’elles  ex- 
trayent  de  la  substance  intérieure  et  tendre  de  l’écorce  ; 
elles  s’enfoncent  ensuite  dans  le  bois  qu’elles  percent 
de  galeries  en  forme  d’U.  Elles  arrivent  à  peu  près  à 


leur  entière  croissance  à  la  fin  de  l’automneet  passent 
l’hiver  engourdies.  Elles  se  raniment  au  printemps,  con¬ 
tinuent  à  manger,  et  se  changent  en  nymphes  au  com- 


A  B 

Fig.  2.  —  Pissodes  notatus.  A,  Insecte  parfait.  B.  Tète  grossie. 

mencement  du  mois  de  mai.  Pour  faire  cette  opéra¬ 
tion,  elles  remontent  jusqu’à  l’écorce,  se  creusent  une 
cellule  ovale  à  l’extrémité  de  leur  galerie,  en  partie  dans 
l’écorce  et  en  plus  grande  partie  dans  l’aubier  et  em¬ 
ploient  les  fibres  ligneuses,  détachées  dans  celte  opéra¬ 
tion,  àformer  une  calotte  un  peu  convexe,  assez  épaisse, 
ayant  les  apparences  d’un  tampon  de  charpie,  et  qui  les 
protège  parfaitement. 

11  y  a  des  exceptions  pour  l'époque  de  la  ponte  en  juil¬ 
let,  qui  est  la  règle  générale  ;  j’ai  constaté  des  accouple¬ 
ments  et  des  pontes  jusqu’au  premier  octobre.  Le  P.  no- 
talus  à  l’état  d’insecte  parfait  ronge  les  feuilles  des  pins 
pour  se  nourrir,  mais  les  dommages  qu’il  peut  produire 
ainsi  sont  tout  à  fait  nuis. 

(A  suivre.)  Decaux. 

DIAGXOSES  DE  QUELQUES  flÉTÉROCÈRES  DU  VMÉZUÉLÀ 


G  centimètres.  Dessus  îles  supérieures  gris  ardoise,  le  mi¬ 
lieu  de  la  base  traversé  par  un  trait  noir  qui  parcourt  près  du 
tiers  de  l’aile  ;  immédiatement  au-dessus  et  presque  parailéle 
un  autre  trait  noir  plus  petit  part  de  la  côte  et  deux  autres 
traits  noirs  tout  droits  se  retrouvent  de  l’autre  côte  de,  l’aile, 
celui  du  dessus  aboutissant  près  de  l’apex.  Les  nervures  de  la 
partie  centrale  de  l’aile  et  le  bord  interne  recouverts  en  partie 
d’écailles  vertes;  enfin  une  ligne  subterminalc  blanche  forte¬ 
ment  sinuée  traverse  toute  l’aile.  Dessous  des  supérieures  gris 
brun  uniforme,  blanc  le  long  du  bord  interne.  Frange  couper 
de  blanc.  Dessus  et  dessous  des  inférieures  blanc  sale  luisant 
avec  une  teinte  noirâtre  à  l’apex  et  au  bord  costal  et  jaunâtre 
au  bord  abdominal.  Thorax  garni  de  poils  cendrés,  corps  cl 
pattes  gris.Une  ?  de  Mèrida. 

Enpyra  Sarama  n.  sp.  -4:1  millim.’tivs.  Supérieur.  - 
avec  des  reflets  bronze  n  verts  à  la  base  et  dans  la  partie  cen¬ 
trale  do  l’aile  et  trois  points  blancs  vitreux.  Inférieures  noires, 
légèrement  bordées  de  vert  le  long  des  bords  abdominaux  et 
costaux  et  possédant  deux  points  blancs  vitreux.  Mon  spéci¬ 
men  £  possède  en  outre  un  tout  petit  point  blanc  près  de  la 
base  de  l’aile,  mais  celui-ci  manque  à  mon  exemplaire  ? . 
Dessous  des  supérieures  comme  le  dessus,  mais  avec  reflets 
bleus-verdâtres,  dessous  des  inférieures  presque  entièrement 
envahi  par  des  reflets  également  bleus-verdâtres.  Tète  et  cou 
noirs  avec  un  point  blanc  de  chaque  côté,  base  des  ptérygodes 
blanche,  thorax  noir,  abdomen  noir  au-dessus,  à  reflets  bleus- 
verdâtres  sur  les  côtés,  blanc  en  dessous  ;  pattes  noires,  la  pre¬ 
mière  paire  ayant  les  cuisses  blanches  à  l’intérieur,  irisées  de 


turc;  antem  l  t  Mcrida,  tous  deux 

bien  semblables  mais  le  J  ayant  les  antennes  plus  fortement 


Flavinia  Gopala,  n.  sp.  Ailes  supérieures  noires  avec 
large  tache  centrale  jaune  partant  de  la  base  ci 


HO 


LE  NATURALISTE 


lient,  car  une  méprise,  dans  ce  cas,  peut  avoir  des  con¬ 
séquences  funestes.  Nous  n’en  citerons  qu’un  exemple  : 
un  Herpétologiste  expérimenté,  Duméril,  qui  avait  con¬ 
sacré  toute  sa  vie  à  l’étude  des  Reptiles,  commit  une 
erreur  dans  une  excursion  qu’il  faisait  aux  environs  de 
Paris  et  saisit  avec  la  main  une  Vipère,  croyant  avoir 
affaire  à  une  Couleuvre  Vipérine:  il  reçut  une  morsure 
qui  mit  sa  vie  en  danger  pendant  plusieurs  jours.  Il  est 
reconnu  que  les  caractères  distinctifs  extérieurs  entre 
les  Serpents  non  venimeux  et  ceux  qui  le  sont  ne  sont 
pas  toujours  très  nets  et  que  les  naturalistes  les  plus 
expérimentés  peuvent  s'y  tromper.  Généralement  les 
espèces  dangereuses  ont  le  corps  court,  à  section  trian¬ 
gulaire,  une  queue  courte,  un  cou  très  court,  une  tête 
triangulaire  très  large  en  arrière;  cette  dernière  partie 
du  corps  est  celle  qui  offre  des  différences  vraiment 
sensibles,  comme  le  montre  la  figure  ci-contre  :  on 
peut  voir  combien  la  forme  de  la  tête  des  Vipères 
diffère  de  celle  de  nos  inoffensives  Couleuvres.  Mais  les 
Serpents  ne  sê  présentent  pas  toujours  au  chasseur  de 
façon  à  être  bien  examinés  :  ils  ont  quelquefois  une 
partie  du  corps  dissimulée  dans  l’herbe  et 
leur  tête  ne  se  montre  qu’imparfaitement; 
c’est  alors  qu'il  faut  agir  avec  circonspec¬ 
tion  et  ne  pas  s'exposer  à  une  erreur.  Ou 
doit  bien  se  persuader  que  saisir  un  Serpent 
sans  avoir  pu  établir  son  identité  n’est  pas 
une  preuve  de  courage,  mais  un  acte  d'im¬ 
prudence  et  de  témérité. 

Hocliorclie  de»  Serpent».  —  Los 
Serpents,  en  France,  subissent  une  léthar- 
gie  hibernale  dont  ils  sortent  au  printemps, 
aux  premières  ardeurs  du  soleil.  On  trouve 
les  uns  dans  les  endroits  humides  et  dans 
le  voisinage  des  eaux,  les  autres  dans  les 
localités  sèches  et  arides. 

«  C’est  au  printemps,  vers  dix  heures  du 
matin,  sur  les  coteaux  rocailleux  et  bien 
exposés  au  sud-est  que  l’on  pourra  chas¬ 
ser  ces  animaux  avec  le  plus  de  succès  ;  ils 
viennent  s'imprégner  de  la  chaleur  solaire 
à  l'entrée  des  trous  où  ils  ont  passé  l’hi¬ 
ver.  Jamais  aucun  des  nombreux  serpents 
dont  je  me  suis  emparé  n'a  essayé  de  me 
lenir  tète,  si  ce  n’est,  quand,  les  ayant  ren¬ 
contrés  dans  une  plaine,  je  me  suis  amusé 
à  leur  barrer  le  chemin  ;  alors,  dès  qu’ils 
voient  que  la"}  retraite  leur  est  impossible, 
ils  s’enroulent  en  spirale,  ayant  toujours  les 
yeux  fixés  sur  vous,  font  entendre  leur  sif¬ 
flement  plus  on  moins  aigu,  mais  toujours 
assez  faible,  et  s'élancent  sur  les  objets  que 
vous  leur  présentez.  Le  Zaménis  vert-jaune 
mord  énergiquement  et  à  plusieurs  repri¬ 
ses;  le  Tropnlonote  à  collier  se  contente  de 
donner  des  coups  de  museau,  sans  ouvrir 
la  gueule;  le  Tropidonote  Vipérin  élargi I 
parfois  sa  tête  en  arrière,  ce  qui  le  fait 
prendre  pour  une  tipère,  mais  il  n  essaie 
même  pas  de  mordre  la  main  qui  le  saisit." 
(Lataste.) 

Les  TropidonoUs  ( Couleuvres )  habitent 
le  voisinage  des  eaux  et  nagent  avec  facilité; 
ils  sont  très  communs  en  France.  Le  Tro- 
Fig.  I.  — La  Vipère  Aspic,  Vipcra  aipis.  —  La  Péliade,  \  ipéca  bervs.  pidônote  à  collier  est  bien  connu:  les 


sant  jusqu’au  milieu  de  l’aile  pour  s’arrêter  à  l’extrémité  de 
la  cellule.  Ailes  inférieures  jaunes  largement  bordées  de  noir 
sauf  au  bord  interne.  Dessous  comme  le. .dessus.  Antennes, 
tête,  corps  et  pattes  noirs.  Trois  spécimens  bien  sembla¬ 
bles  de  Merida,  ayant  respectivement  34,  35  et  3!)  millimètres. 
Cette  espece  rappelle  comme  dessin  la  Flavinia  Lcmonia 
Druce,  mais  sa  taille  et  ses  ailes  plus  élancées  l’en  distinguent. 
Je  possède  de  la  rivière  Numabala,  près  I.oja  (Equateur)  pris  en 
août  1885),  un  exemplaire  que  je  crois  appartenir  à  cette  espèce 
et  qui  n’en  diffère  qu’en  ce  que  la  tache  centrale  jaune  des 
supérieures  finit  plus  on  pointe  à  l’extrémité  delà  cellule. 

P.  Dooxix. 


Recherche  et  Préparation  des  Reptiles 


Ophidiens  (Serpents).  —  Ile  tous  les  Reptiles  que  le 
naturaliste  peut  chasser,  les  plus  dangereux  sont  les 
Serpents  et  ce  sont  ceux  qui  demandent  le  plus  de  pré¬ 
cautions  pour  leur  capture.  Avant  de  saisir  un  Serpent, 
il  faut  toujours  reonnailre  l’espèce  à  laquelle  il  appar- 


LE  NATURALISTE 


111 


Fig.  2.  —  I.a  Couleuvre  à  collier,  Tropidonotvs  natrix. 


pécheurs  le  prennent  quelquefois  dans  leurs  verveux  ; 
si  l’on  veut  s’en  procurer,  il  faut  le  chercher  au  com¬ 
mencement  du  printemps  sur  les  pentes  bien  exposées 
au  soleil  au  bord  des  mares  ou  dans  les  prairies  souvent 
inondées.  Il  pond  dans  les  fumiers  et  se  retire  l’hiver 
dans  les  étables;  on  peut  le  prendre  avec  la  main  sans 
danger.  Ses  œufs  sont  intéressants  à  recueillir  pour  les 
joindre  à  la  collection. 

Le  Tropidonole  Vipérin,  redouté  à  tort  à  cause  de  sa 
ressemblance  avec  la  Vipère,  est  plus  difficile  à  trouver, 
parce  qu’il  est  essentiellement  aquatique  et  qu’on  ne  le 
rencontre  qu’accidentcllement  dans  les  champs,  au  bord 
des  fossés.  Il  se  tient  d’ordinaire  dans  l’eau,  sous  les 
feuilles  de  Nénuphar.  «  On  pourra  le  chasser  au  fusil 
avec  du  petit  plomb,  mais  outre  le  risque  de  lui  briser 
la  tête,  on  en  perdra  beaucoup  de  blessés  et  môme  de 
morts  que  l’on  ne  pourra  retrouver  au  fond  de  l’eau.  Il 
sera  préférable  d’installer  dans  la  mare,  par  une  chaude 
journée,  une  ligne  de  fond  amorcée  avec  des  vers.  La 
Vipérine  s’y  prend  fort  bien.  Des  pêcheurs  en  ont  même 
pris  à  la  ligne  volante.  Ce  reptile  est  tout  à  fait  inoffen- 
sif;  les  plus  vieux  individus  eux-mêmes  cherchent  rare¬ 
ment  à  mordre  la  main  qui  les  saisit.  »  (Lataste.) 

La  Coronelle  Bordelaise  ne  se  rencontre  que  dans  le 
Midi  de  la  France;  elle  ne  remonte  guère  plus  haut  que 
la  Charente-Inférieure;  elle  n’est  pas  commune  et 
recherche  les  endroits  secs  et  rocailleux,  même  les 
vieilles  murailles.  C’est  un  animal  inoffensif. 

La  Couleuvre  d'Esculape  habite  également  le  Midi  de  la 
France;  elle  remonte  toutefois  vers  le  nord  et  a  été 
trouvée  par  Milet  dans  le  département  de  Maine-et-Loire. 
A  Fontainebleau  on  la  rencontre  au  milieu  des  buissons 
poussant  dans  les  terrains  les  plus  pierreux  et  les  plus 
arides. 

Le  Z aménis  vert-jaune  e stune  belle  couleuvre  qui  habite 
presqu’exclusivement  le  Midi  de  la  France  ;  il  recherche 


les  lieux  secs  et  rocailleux  couverts  de  broussailles  et 
grimpe  sur  les  buissons  et  même  sur  les  arbres.  Sa 
grande  taille  (120  à  140  centimètres'),  sa  vigueur  et  son 
naturel  irascible  le  rendent  difficile  à  capturer,  «  à  moins 
qu’il  ne  soit  très  jeune,  dit  Lataste,  je  ne  m’en  empare 
jamais  qu’après  lui  avoir  désarticulé  les  reins  à  l’aide 
d’un  coup  de  badine  ;  car  il  se  défend  énergiquement  et 
mord  avec  rage  ;  sa  morsure,  il  est  vrai  n’est  pas  dange- 


.4  suivre.  1 


CHRONIQUE 


lTn  nouvel  emploi  (lu 

où  l’on  a  tenté  d’élever 
par  le  manque  de  mûrier.  Il  parait  que  la  feuille  chère  au 
Bombyx  peut,  sans  le  moindre  inconvénient,  être  remplacée 
par  celles  du  scorsonère,  dont  la  culture  est  facile  partout  ; 
semé  en  mai,  le  scorsonère  donne  son  aliment  on 
tandis  qu’il  faut  attendre  au  moins  dix  années  avec  le  i 
Le  fait  constaté  est  encore  et  surtout  intéressant,  en  ce 
qu’il  montre  la  faculté  d’adaptation  d’un  animal  à  une 
nourriture  que  celle  qu’il  recevait  depuis  de  longt.es  généra- 
rations.  (P.  Hahiot.) 

Mission  scientifique.  —  M.  (  harles  Rabot  est  chai 
mission  en  Islande  et  dans  l’Océan  Glacial  arctique,  en  vue  d’y 
effectuer  des  recherches  d’histoire  naturelle  et  d’océanographie 
et  de  recueillir  des  collections  scientifiques  destinées  à  l’Etat. 

Nouvelle  technique  pour  la  recherche  des  bacilles  de  la 
tuberculose.  —  Le  I)1  Ferrand,  médecin  de  l’hôpital  Laënnec, 
a  vu  employer  à  Berlin  un  procédé  très  rapide  d’examen  des 
bacilles  de  la  tuberculose.  11  suffit  d’une  lamelle  porte-objet,* 
d’une  lamelle  mince,  d’un  microscope  muni  d’une  lentille  à 
immersion,  d’une  lampe  à  esprit-de-vin  et  de  deux 
dont  voici  la  composition  : 

Solution  A.  Bleu  de  méthyle .  2 

Acide  sulfurique .  2o 

Eau .  75 

Solution  B.  Fuchsine  rubine .  1 

Acide  phénique .  5 


LE  NATURALISTE 


112 


On  étale  le  crachat  ou  1<*  pus  à  examiner  sur  la  lamelle,  cl 
on  le  fait  sécher  doucement  en  l’étalant,  avec  une  baguette  de 
verre.  Quand  il  est  à  peu  près  sec,  on  le  traite  par  la  solution  A 
et  on  fait  chauffer  la  lamelle  jusqu’à  ce  qu’il  ne  sc  dégage  plus 
de  vapeur  ;  on  traite  ensuite  par  la  solution  B,  et  quand  celle- 
ci  est  sèche,  on  place  une  lamelle  mince  sur  la  préparation, 
qu’on  place  sous  le  microscope,  après  avoir  mis  une  goutte 
d’huile  à  immersion  sur  la  lentille,  et  on  voit  immédiatement 
les  bacilles  de  la  préparation.  Il  n’est  même  pas  nécessaire  de 
mettre  de  lamelle  mince,  quand  on  a  eu  le  soin  de  bien  étaler 
les  matières  suspectes.  L’examen  ainsi  fait  ne  demande  que 
quelques  minutes.  [Revue  de  Polytechnique  médicale.) 

Muséum  d’histoire  naturelle  de  Paris.  —  A  partir  du  .»  mai 
inclusivement  :  Leçons  théoriques  et  pratiques  sur  les  familles 
de  plantes  vivantes  (dicotylédones  polypétalès)  au  laboratoire 
de  Botanique,  rue  de  Billion,  03,  les  mardis  à  midi  1/2  et  sa¬ 
medis  à  1  h.  1/2.  Leçons  sur  les  plantes  fossiles  au  grand  amphi 
théâtre,  les  samedis  à  midi  1/2. 

Nécrologie.  —  II.  B.  Brady,  renommé  par  ses  études  sur  les 
Rhizopodes  de  l’exploratiomdu  Challenger ,  décédé  à  Bourne- 
mouth  à  l’âge  de  .‘>6  ans.  —  Dr  E.  Hartnack,  le  célèbre  opticien 
micrographe,  mort  à  Postdam  à  l’âge  de  71  ans.  — Le  bota¬ 
niste  Dr  C.  Sanio,  à  Lyc-k.  —  D1'  O.  Feistmantel,  décédé  à 
Prague  à  43  ans,  bien  connu  par  scs  travaux  sur  la  flore  fossile 
rie  Bohême  et  des  Indes  orientales. 

Les  outardes  en  Roumanie.  —  Le  rude  hiver  qui  a  régne  dans 
toute  l’Europe  a  été  particulièrement  fatal  aux  outardes  qui 
vivent  en  grandes  troupes  dans  les  plaines  de  la  Roumanie.  Un 
violent  vent  des  steppes  avait  amené  une  épaisse  couche  de 
neige  qui  rendait  toute  recherche  de  grains  impossible  à  ces 
oiseaux.  Ils  se  rapprochèrent  alors  des  habitations  et  les 
paysans  en  tuaient  un  grand  nombre  à  coups  de  bâton,  malgré 
leur  agilité  qui.  permettait  à  un  grand  nombre  de  fuir.  Un 
verglas  épouvantable  étant  venu  alourdir  les  ailes  de  ces  pau¬ 
vres  oiseaux,  c’est  en  masse  qu’ils  tombèrent  sous  le  gourdin 
des  paysans. 

Société  entoniologique  de  France,  Prix  Dollfns.  —  Nous 
avons  omis  d’annoncer  que  M.  A.  Finot,  membre  de  la  Société 
entomologiqué  de  France,  avait  récemment  obtenu  le  prixDoll- 
l’us,  pour  son  bel  ouvrage  intitulé  :  Faune  de  la  France ,  Insec¬ 
tes  orthoptères.  Nous  applaudissons  de  grand  cœur  à  cette  dis¬ 
tinction,  juste  récompense,  du  reste,  des  travaux  de  cet  entomo¬ 
logiste  consciencieux. 

Cerveaux  conservés  naturellement.  —  Il  est  un  fait  sur  le¬ 
quel  nous  croyons  utile  d’appeler  l’attention  parce  qu’il  doit 
se  produire  bien  moins  rarement  qu’on  ne  pourrait  le  suppo¬ 
ser;  c’est  celui  de  l’état  de  conservation,  sûrement  fort  remar¬ 
quable,  dans  lequel  on  peut  trouver  les  cerveaux  dans  les  ci¬ 
metières  dont  le  sol  est  saturé  de  matières  organiques  par  suite 
d’un  long  usage.  Lors  des  fouilles  exécutées  à  Paris  aux  mois 
d’août  et  septembre  derniers,  dans  la  partie  de  l’ancien  cimetière 
de  Clamart,  occupée  par  la  cour  de  l'école  municipale  du  boule¬ 
vard  Saint-Marcel,  on  a  recueilli  un  certain  nombre  de  cerveaux 
relativement  assez  bien  conservés.  Avoir  des  cerveaux  vieux 
d’un  siècle  suffisamment  conservés  pour  révéler  encore  les  prin¬ 
cipaux  plis  de  leurs  circonvolutions,  semble  valoir  la  peine 
qu’on  ne  néglige  pas  les  occasions  favorables  pour  les  recueil¬ 
lir.  i  Revue  mensuelle  de  V Ecole  d9 Anthropologie.) 


LIVRE  NOUVEAU 


Géologie.  Principes.  —  Explication  de  l'époque  quaternaire, 
sans  hypothèses,  par  H.  Hcnnitc  (1). 

Explication  de  l’époque  quaternaire,  sans  hypothèses.  Qui 
croirait  que  sous  ce  titre  anodin  se  cache  une  série  de  recher¬ 
ches  et  de  découvertes,  —  c’est  le  mot,  —  qui  vont  avoir  sans 
doute  pour  résultat,  de  mettre  définitivement  au  rancart  la 
théorie  de  Newton  de  l’origine  ignée  de  notre  globe,  —  théorie 
déjà  battue  en  brèche,  on  le  sait,  mais  timidement,  car  on  no 
savait  comment  la  remplacer,  —  de  balayer  la  série  de  suppo¬ 
sitions  et  d’hypothèses  scientifiques  échafaudées  péniblement  sur 
elle,  et  de  prouver  enfin,  encore  une  fois,  que  les  faits  les  plus 
simples  sont  à  la  base  des  phénomènes  naturels  que  l’homme 
cherche  en  vain  à  expliquer  depuis  des  siècles. 


(1)  1  vol.  in-8°,  2  fr.  50.  Neuchâtel,  Altinger  frères,  1891,  et 
aux  bureaux  du  journal. 


Ce  n’est  cependant  à  rien  moins  que  cela  qu’aboutissent  les 
conclusions  de  M.  Hermitc.  Ses  démonstrations  touchent  suc¬ 
cessivement  à  l’équilibre  dès  mers,  à  la  figure  de  la  terre, 
à  l’origine  des  pluies  quaternaires,  à  la  température  de  l’ai  - 
mosphère  et  de  l’intérieur  du  globe  ;  de  ces  prémisses  décou¬ 
lent  tout  naturellement  :  son  explication  de  l’époque,  quater¬ 
naire,  l’apparition  et  la  disparition  de  la  période  glaciaire,  enfin 
l’explication  simple,  précise  et  irréfutable  des  premiers  mou¬ 
vements  du  sol,  origine  des  volcans  et  des  tremblements  de 

L’étude  de  il.  Hermite  ne  s’adresse  pas,  on  le  comprend, 
au  grand  public  ;  mais  en  premier  lieu  aux  géologues,  aux 
physiciens,  etc.  Tout  homme  cultivé  et  soucieux  de  soulever 
un  coin  du  voile  mystérieux  qui  couvre  encore  —  et  couvrira 
peut-être  toujours  —  la  genèse  des  grands  phénomènes  ter¬ 
restres,  lira  avec  le  plus  grand  intérêt  les  pages  de  M.  Hermitc, 
et  s’enthousiasmera  sans  doute  pour  cet  exposé  si  naturel,  qui 
peut  ouvrir  une  voie  féconde  et  sûre  aux  chercheurs  de  l’avenir. 


BIBLIOGRAPHIE 


1 80.  Fredericq,  L.  Sur  la  circulation  céphalique  croisée, 
ou  échange  de  sang  carotidien  entre  deux  animaux. 

Trav.  du  Labor.  de  L.  Fredericq.  III,  1890,  pp.  1-4. 

181.  Fredericq,  L.  Recherches  sur  la  circulation  et  la  res¬ 
piration.  —  La  pulsation  du  cœur  chez  le  chien  suite 

Trav.  du  Labor.  de  L.  Fredericq.  III,  1890,  pp.  83-110. 

182.  Fredericq,  L.  Sur  la  conservation  l’oxyhémoglobinc  à 
l’abri  des  germes  atmosphériques. 

Archiv.  de  Biol.  1890,  pp.  429-430. 

183.  Grandis,  V.  Recherches  chimiques  et  physiologiques 
sur  les  cristaux  contenus  dans  le  noyau  des  cellules 
hépatiques. 

A  reh.  Ital.  de  Biol.  1891,  pp.  384-409. 

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Arch.  fur  Mikrosh.  Anal.  1891,  pp.  22-99.  . 

185.  De  Guerne,  J.  La  Princesse  Alice,  nouveau  yacht  du 
prince  de  Monaco.  —  Le  lancement.  —  L’organisation 
des  laboratoires. 

Rev.  Biol,  du  Nord.  1891,  pp.  224-229. 

186.  Henchmann,  A. -P.  The  Origin  and  Development  ni 
the  central  nervous  svstem  iu  Limax  maximus.  PL  1-X. 

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PL  VII-IX. 

198.  Ribbert.  Ueber  die  Régénération  der  Mummilla  nebst 
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pareil  génital  dans  le  genre  Microbothrium  Olsson.  — 
Communication  préliminaire  '(avec  une  figure  dans  le 
texte). 

Rev.  Biol,  du  Nord.  1891,  pp.  213-223. 

200.  Schott,  J.  Kin  Beitrag  zur  elektrischen  Reizung  des 
quergestreiften  Muskels  von  seinen  Nerven  aus. 

Archiv.  fiïr  Physiol.  1890,  pp.  354-385. 

201.  Wolters,  Max.  Die  Conjuration  und  Sporenbildung 
bei  Gregarinen.  PI.  V,  VIII. 

Arch.  für  Milcrosh.  Anal.  1891,  p.  99. 

BOTANIQUE 

202.  Aubert,  E.  Nouvel  appareil  de  MM.  G.  Bonnier  ri 
L.  Mangin,  pour  l’analyse  des  gaz. 

Bec.  Gén.  de  Bot.  1891,  pp.  97-104. 

203.  Belzung,  E.  Développement  des  grains  d’alcuronc  cl 
structure  protoplasmique  en  général  chez  quelques  Papi- 
lionacées. 

Journ.  de  Bol.  1891,  pp.  85-93. 

201.  Berlèse,  A. -N.  L’altération  des  racines  du  Mûrier. 

Bev.  Mycolog.  1891,  pp.  69-70. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


PARIS.  —  1MPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13“  ANNÉE 


2°  Série  —  X' 


O  1 


13  MAI  1891 


LES  NARCISSES 

«  Narcisse,  fleur  blanche  et  quelquefois  jaune  qui  croit 
dans  les  jardins.  Il  a  la  feuille  semblable  au  porreau, 
quoyque  plus  menue  et  plus  étroite  de  beaucoup.  »  Ainsi 


s'appelait  ainsi  et  qui  se  noya  estant  amoureux  de  luy- 
même  et  voulant  embrasser  son  image  qu’il  voyoît  dans 
l’eau  ». 

Le  Narcisse  est  une  de  nos  premières  plantes  du 
printemps;  elle  est  restée  aussi  l’une  des  plus  popu¬ 
laires.  Le  carreau  des  Halles  en  regorge  dès  les  premiers 


A 


s’exprime  messire  Antoine  Furetière,  de  l’Académie 
Françoise,  en  l’an  de  grâce  1690.  Nous  ne  nous  appe¬ 
santirons  pas  sur  les  malheurs  de  ce  pauvre  Narcisse 
qui  donna  son  nom  à  la  plante  dont  nous  allons  parler. 
Ovide  et  ses  Métamorphoses  sont  là  pour  nous  conter 
par  le  menu,  les  aventures  de  «  ce  beau  garçon  qui 
LE  NATURALISTE,  Paris,  46,  rue  du  Bac. 


beaux  jours.  Les  promeneurs  qui  hantent  les  bocages 
classiques  de  Vincennes,  de  Robinson,  de  Clamart,  etc,, 
ne  sauraient  rentrer  à  Paris  sans  un  énorme  bouquet  de 
ces  fleurs  jaunes  du  faux  Narcisse  qui  se  mêlent  agréa-, 
blement  aux  hampes  azurées  de  la  jacinthe  des  bois. 

En  quelques  points  de  la  France,  c’est  le  Narcisse  des 


114 


LE  NATURALISTE 


poètes  qui  agrémente  de  ses  jolies  fleurs  blanches,  aux 
couronnes  safranées,  les  vignes  et  les  friches  des  coteaux. 
Dans  les  prairies  du  Midi,  les  Narcisses  abondent  ;  ce 
sont  les  A.  biflorus,  Tazetta,  Bülbocodium,  etc.,  qui  se  con¬ 
fondent  souvent  en  nombreux  hybrides  où  le  botaniste  a 
bien  de  la  peine  à  discerner  les  liens  de  parenté. 

Depuis  longtemps  déjà,  les  jardins  se  sont  enrichis  de 
ces  messagères  du  printemps.  Et  pourtant  il  en  a  été 
d’elles  comme  de  tout  ici-bas  ;  la  mode  s’en  est  mêlée  et 
ce  n’est  plus  que  dans  les  vieux  parterres,  dans  les 
Jardins  de  curés  ou  d’apothicaires,  qu’on  a  quelque  chance 
de  les  rencontrer.  Là  encore  les  Narcisses  à  fleurs 
simples  ou  doubles  apparaissent  en  grosses  touffes 
abondamment  fleuries  et  tranchent  par  leur  éclat  sur  la 
terre  encore  nue. 

Les  Anglais,  amateurs  de  plantes  à  oignons,  se  sont 
livrés,  alors  qu’on  la  délaissait  à  peu  près  partout,  à  la 
culture  de  ces  charmantes  plantes.  Ils  ont  su  obtenir  par 
le  croisement,  par  des  semis  habilement  faits,  de  superbes 
variétés  que  nous  n’avons  pas  encore  adoptées.  Ce  sont 
pourtant  de  bien  belles  plantes  que  ces  formés  de 
Narcissus  incompardbilis  que  nous  admirons  chaque  année, 
aux  premiers  jours  de  février,  aux  expositions  du 
concours  général  du  Palais  de  l’Industrie.  La  maison 
Vilmorin  a  su  comprendre  quelle  précieuse  ressource 
il  y  avait  là  pour  l’ornementation.  Mais,  aurait-elle  prêché 
dans  le  désert?  il  ne  semble  pas  que  le  vent  soit  aux 
Narcisses. 

Et  même  sans  avoir  besoin  de  recourir  aux  produits 
de  la  culture  anglaise,  ne  pourrions-nous  pas  accorder 
une  meilleure  part  dans  nos  préférences  horticoles  à 
quelques  espèces  qui  ne  demandent  qu’à  fleurir  sans 
exiger  beaucoup  de  soins?  le  Narcissus  Bulbocodium  est 
du  nombre  de  ces  plantes  que  nous  devrions  compter 
parmi  les  privilégiées  des  premiers  beaux  jours.  11 
brillerait  certainement  au  premier  rang  parmi  les  végé¬ 
taux  d’appartement  et  par  l’éclat  de  son  coloris  et  par 
la  longue  durée  de  ses  fleurs. 

La  description  en  est  facile  à  faire  :  fleurs  en  entonnoir, 
d’un  beau  jaune  d’or,  avec  une  couronne  en  cloche  plus 
longue  que  le  tube  ;  hampe  florale  cylindrique  haute  de 
13  à  20  centimètres  terminée  par  une  seule  fleur.  Les 
feuilles  sont  grêles ,  junciformes,  plus  longues  que  les 
fleurs.  Les  bulbés  de  petites  dimensions  se  plantent  en 
septembre-octobre,  époque  où  il  convient  de  séparer  les 
caieux.  Sous  le  climat  .le  Paris,  il  est  préférable  de  le 
cultiver  en  pots  que  l’on  peut  conserver  en  appartement 
où  il  fleurit  dès  la  fin  de  mars.  Il  réussit  également  fort 
bien  pour  la  formation  des  bordures. 

La  flore  française  renferme  aussi  une  fort  belle  espèce 
de  Narcisse  qui*  doit  peut-être  à  sa  rareté  de  ne  pas  être 
plus  cultivée.  Sur  quelques  îlots  du  Morbihan,  aux 
Glenans,  qui  ne  sont  que  rarement  visités,  croît  le 
Narcissus  reflexus  qui  y  a  établi  son  séjour.  Il  serait 
inutile  de  le  rechercher  sur  quelqu’autre  point  du  globe. 
Jusqu’ici,  du  moins,  il  n’a  pas  encore  été  rencontré 
ailleurs.  Il  est  bien  caractérisé  par  sa  fleur  terminale, 
généralement  'solitaire  et  penchée,  blanche  légèrement 
teintée  de  jaune,  à  divisions  florales  réfléchies  égalant 
la  couronne.  Les  feuilles  sont  plus  larges  que  la  hampe, 
fréquemment  retournées  ou  tortillées,  linéaires,  un  peu 
canaliculées,  marquées  à  la  face  supérieure  de  deux 
nervures. 

Il  n’est  pas  toujours  facile  d’aller  recueillir  celle  plante 
sur  des  ilôts  battus  des  vagues  et  qu’il  n’est  pas  aisé 


d’approcher  à  toute  époque  de  l’année.  Parmi  les  bota¬ 
nistes  qui  ont  voulu  voir,  en  son  lieu  natal,  une  des  plus 
rares  espèces  de  la  flore  française,  il  en  est  qui  ont  bien 
failli  ne  pas  revenir  de  leur  pèlerinage.  Croirait-on  que 
l’appàt  du  gain  ait  pu  rejaillir  jusque  sur  le  Narcissus 
reflexus  '!  On  nous  affirmé  qu’un  brave  Breton  bretonnant, 
dont  la  curiosité  avait  été  mise  en  éveil  par  les  botanistes 
qui  abordaient  aux  Glenans,  a  établi  une  sorte  de  droit 
sur  la  jolie  Amarylidée  qui  croît  près  de  sa  demeure,  et 
n’en  autorise  la  récolte  qu’à  beaux  deniers  comptants... 
Malgré  cela,  on  a  pu  la  planter  sur  quelques  points  de 
la  côte  où  elle  prospère  et  il  faut  espérer  que  nous  la 
verrons  dans  les  jardins  qu’elle  contribuera  à  animer 
à  une  époque  de  l’année  où  la  nature  avare  n’a  encore 
livré  qu’une  bien  faible  partie  de  ses  richesses. 

P.  Hariot. 


L’OCÉANOGRAPHIE 


A  propos  d'un  ouvrage  publié par  M.  Thoulef. 

L’«  Océanographie  «  !  Voilà  un  nom  que  plusieurs  per¬ 
sonnes  n’ont  pas  entendu  souvent  prononcer,  et  qui  est  celui 
d’une  science  dont  elles  n’ont  peut-être  jamais  vu  personne 
s’occuper.  Aussi,  je  suis  persuadé  qu’en  lisant  le  titre  de  l’ou¬ 
vrage  (1)  que  M.  Thoulet  vient  de  faire  paraître,  bien  des  gens 
instruits  ont  dit  :  l’Océanographie,  qu’est-ce  que  c’est  que 
cela  ? 

L’océanographie  est  la  science  de  l’Océan;  c’est  l’application 
à  l’étude  de  la  mer  des  principes  de  la  physique,  de  la  chimie 
et  de  la  mécanique.  L’océanographie,  comme  le  dit  M.  Thoulet, 
s’efforce  de  connaître  et  d’expliquer  la  forme  du  relief  sous- 
marin,  la  nature,  le  mode  de  déposition,  l’induration  des 
couches  sédimentaires  qui  s’accumulent  dans  les  profondeurs, 
la  composition  chimique  des  eaux,  leurs  propriétés  physiques 
diverses,  la  répartition  au  sein  de  leur  masse  de  la  chaleur,  de 
la  salure,  de  la  densité,  des  différentes  substances  gazeuses 
ou  non  gazeuses,  les  courants  qui  sillonnent  la  surface  de 
l’Océan,  les  glaces  qui  le  couvrent  dans  certaines  régions.  On 
voit,  d’après  cette  définition,  que  l’océanographie,  qu’il  ne  faut 
pas  confondre  avec  l’hydro graphie,  ni  avec  la  géographie 
physique  même  restreinte  au  domaine  de  la  mer,  n’appartient 
pas  plus  aux  sciences  naturelles  qu’aux  sciences  physiques. 
En  réalité  c’est  une  science  très  complexé,  qui  emprunte  à 
toutes  les  sciences,  y  compris  les  sciences  mathématiques,  mais 
qui,  réciproquement,  est  susceptible  de  îeur  rendre  service,  en 
particulier  à  la  géologie  en  lui  faisant  connaître  les  lois  sui¬ 
vant  lesquelles  les  terrains  sédimentaires  se  sont  déposés,  à  la 
zoologie  en  lui  fournissant  des  renseignements  précis  sur  la 
nature  et  les  variations  du  milieu  dans  lequel  vivent  les  ani- 
maux  marins. 

Si  le  terme  «  Océanographie  »  est  nouveau  pour  plusieurs 
personnes,  c’est  que  cette  science  est  tout  à  fait  actuelle  :  on 
peut  dire  qu’en  tant  que  science  indépendante,  elle  vient  de 
naître.  Mais  si  le  terme  est  inconnu,  la  chose  ne  l’est  pas,  et  il 
n’est  pas  une  personne  un  peu  au  courant  de  la  science  qui 
n’ait  eu  connaissance  des  expéditions  maritimes  scientifiques 
entreprises  depuis  une  vingtaine  d’années.  Le  mot  «  Océano¬ 
graphie  »  nous  vient  de  l’étranger  et  il  a  déjà  été  employé 
depuis  quelques  années  par  les  savants  anglais  et  allemands. 
Cela  tient  à  ce  que  ces  études  spéciales,  négligées  par  les 
Français,  sont  fort  en  honneur  à  l’étranger,  surtout  en  Amé¬ 
rique'  en’  Allemagne,  en  Angleterre  et  dans  les  pays  du  nord 
de  l’Europe,  qui,  par  leur  position  géographique,  sont  naturel¬ 
lement  portés  à  l’étude  des  mers  polaires.  Bien  des  découvertes 
ont  été  faites  dans  les  expéditions  scientifiques  auxquelles  la 
France  a  pris  part  (campagnes  du  Travailleur  et,  du  Talisman)-, 
mais  comme  le  fait  remarquer  JI.  Thoulet,  il  ne  suffit  pas 
d’examiner  les  phénomènes  à  la  mer,  il  faut  encore  mesurer 
et  expérimenter  le  long  des  côtes  dans  des  observatoires  fixes, 
coordonner  tous  ces  documents  et  surtout  les  appuyer  par  des 


(1)  Océanographie  (Statique),  par  J.  Thoulet,  professeur  à  la 
Faculté  des  Sciences  do  Nancy. 


LE  NATURALISTE 


115 


expériences  de  laboratoire.  Aussi  les  Américains  ont-ils  fondé 
le  U. -S.  Coast  and  GeodeticSurvey,  au  service  duquel  est  atta¬ 
ché  un  vapeur,  le  Black,  dont  les  observations  recueillies  à  la 
mer,  ainsi  que  les  travaux  publiés  dans  les  laboratoires  de 
Washington,  sont  exécutées  dans  des  Reports  annuels;  et  la 
IJ. -S.  Fish  Commission,  qui  étudie  à  bord  des  deux  vapeurs 
Fish  Uawk  et  Albatross  les  conditions  d’existence  des  animaux 
propres  à  l’alimentation.  L'Allemagne  a  fondé  à  Kiel  une 
Société  pour  l'étude  des  mers  allemandes,  qui  étudie  les  pêche¬ 
ries,  fait  des  observations  océanographiques  et  a  entrepris  ré¬ 
cemment  un  grand  voyage  sur  le  National;  elle  a  à  Hambourg 
un  observatoire  maritime.  L'Autriche  subventionne  à  Trieste 
une  commission  dite  de  l’ Adriatique  :  le  Danemark  possède  des 
stations  océanographiques  à  Christiansoé  et  à  Copenhague. 
Enfin  l'Angleterre  possède,  près  d’Edimbourg,  la  Scottish  ma¬ 
rine  station,  comprenant  le  laboratoire  fixe  de  Granton,  un 
yacht  à  vapeur,  Médusa,  et  un  laboratoire  flottant,  VArk.  On 
peut  encore  signaler  la  Suisse,  qui,  malgré  sa  situation  géogra¬ 
phique,  a  rendu  de  grands  services  à  l’océanographie,  grâce 
aux  études  très  complètes  dont  ses  lacs  ont  été  l’objet.  Il  est 
regrettable  qu’en  France  il  n’existe  aucune  station  de  ce  genre, 
qu’il  serait  cependant  facile  d’installer  dans  un  des  nombreux 
laboratoires  de  zoologie  que  l’Etat  entretient  sur  le  littoral  de 
nos  côtes. 

11  n’y  a  donc  rien  d’étonnant  à  ce  que  l’Océanographie  soit 
une  science  tout  à  fait  nouvelle  et  encore  fort  peu  connue  en 
France.  M.  Thoulet  est  peut-être  le  seul  savant  qui  s'en  occupe, 
et  on  peut  dire  qu’il  a  fondé  l’enseignement  de  l'océanogra¬ 
phie  en  France,  d’abord  par  ses  cours  à  la  Faculté  des  Sciences 
de  Nancy,  puis  par  les  leçons  qu’il  fait  chaque  année,  à  Paris, 
aux  officiers  de  marine  délégués  à  l'observatoire  de  Montsouris, . 
et  enfin  par  le  cours  qu’il  vient  d’inaugurer  tout  récemment  à 
la  Faculté  des  Lettres  de  Paris.  Des  séjours  nombreux  au 
bord  de  la  mer,  une  campagne  de  6  mois  à  bord  de  la  frégate 
la  Cloriode  autour  de  Terre-Neuve,  des  missions  en  Norwège, 
en  Ecosse  et  en  Suisse,  lui  ont  permis  de  recueillir  une  grande 
quantité  do  matériaux  et  de  documents  qu’il  étudie  ensuite 
dans  son  laboratoire,  et  qui  lui  servent  de  base  pour  établir 
des  recherches  expérimentales.  Aussi  son  enseignement,  et  le 
livre  qu’il  vient  d’écrire,  ont-ils  un  caractère  tout  à  fait  per¬ 
sonnel,  très  original  et  presque  entièrement  neuf.  Son  Océa¬ 
nographie  n’est  pas  une  compilation,  mais  l’œuvre  d’un 
homme  qui  a  vu  et  qui  a  fait;  il  suffît  de  la  parcourir  rapide¬ 
ment  pour  voir  que  dans  les  questions  importantes  qu’il  traite, 
il  n'en  est  guère  à  propos  desquelles  il  n’ait  pas  à  rappeler 
un  de  scs  mémoires  ou  une  de  ses  observations.  Je  n’ai  pas 
l’intention  de  donner  ici  une  analyse  détaillée,  chapitre  par 
chapitre,  du  livre  de  M.  Thoulet  ;  ce  n'est  pas  en  copiant 
la  table  des  matières  d'un  ouvrage  qu’on  peut  espérer  le 
faire  connaître.  J’ai  indiqué  assez  nettement  ce  que  je  pensais 
de  la  science,  du  livre  et  de  l’auteur,  pour  que  les  personnes 
que  de  telles  questions  intéressent  soient  suffisamment  ren¬ 
seignées  sur  la  valeur  du  traité  d’Océanographie.  Cependant 
quelques  renseignements  sur  le  contenu  de  cet  ouvrage  ne 
seront  peut-être  pas  inutiles. 

Le  livre  qui  vient  de  paraître  est  le  premier  volume  d’un 
ouvrage  qui  sera  complet  en  2  volumes.  Il  comprend  la  Statique 
de  l’océanographie  et  il  sera  suivi  prochainement  d’un  volume 
traitant  de  la  Dynamique,  c'est-à-dire  des  vagues,  des  marées, 
du  modelé  des  côtes,  de  l'érosion,  des  dunes,  deltas  et 
estuaires,  des  îles  de  corail,  des  courants,  etc.  Dans  le  vo¬ 
lume  déjà  publié,  la  Statique,  M.  Thoulet  étudie  la  topogra¬ 
phie  de  la  mer,  la  minéralogie  et  la  géologie  sous-marines, 
la  chimie  et  la  physique  do  la  mer  et  enfin  les  glaces.  Avant 
d’aborder  l'étude  de  chacune  de  ces  branches,  qui  ont  chacune 
leurs  méthodes  distinctes,  M.  Thoulet  passe  soigneusement  en 
revue  les  différents  instruments  propres  à  chaque  méthode. 
C’est  ainsi  qu'il  nous  fait  connaître  d’une  manière  très  détaillée 
les  différents  appareils  de  sondage  sondeurs  de  faible  et  de 
grande  profondeur,  sondeurs  à  ligne  de  chanvre  et  à  fil  métal¬ 
lique,  bathomètre,  etc.)  qui  servent  à  établir  la  forme  des  bas¬ 
sins  océaniques  et  les  reliefs  sous-marins  ;  les  instruments  qui 
servent  à  récolter,  conserver,  mesurer,  trier,  analyser,  etc. 
les  sédiments  et  les  dépôts  sous-marins  de  toute  nature;  les 
appareils  destinés  à  recueillir  des  échantillons  d’eau  do  mer  à 
différentes  profondeurs  et  les  méthodes  à  employer  pour  en  faire 
l’analyse  ;  les  thermomètres,  les  aéromètres,  les  piezomètres, 
les  polariscopes  destinés  à  faire  connaître  la  température,  la 
pression,  la  densité,  les  propriétés  optiques  de  l'eau  de  mer  à 
différentes  profondeurs,  etc.  Je  signalerai  aussi  un  chapitre  sur 
la  Biologie  de  la  mer  dans  lequel  M.  Thoulet,  après  avoir  décrit 


les  appareils  employés  dans  la  pèche  des  animaux  marins, 
dragues,  chaluts,  fauberts,  nasses,  filets  fins,  etc.,  attire  l’at¬ 
tention  sur  l’importance  de  l’océanographie  dans  les  études  ■ 
zoologiques,  et  rappelle  les  variations  de  la  faune  suivant  les 
conditions  de  milieu,  les  caractères  différentiels  des  faunes  lit¬ 
torale,  pélagique  et  de  fond,  etc.  Je  mentionne  aussi  particu¬ 
lièrement  les  chapitres  relatifs  à  l'étude  des  sédiments  marins, 
des  températures  et  des  glaces  :  non  pas  que  les  autres  soient 
moins  intéressants,  mais  parce  qu’ils  renferment  de  nom¬ 
breuses  observations  personnelles  de  l'auteur  et  résument  ses 
recherches  sur  ces  différentes  questions. 

Les  résultats  obtenus  par  les  grandes  expéditions  maritimes 
qu'on  a  effectuées  dans  ces  dernières  années  nous  ont  ce 
serait  prématuré  de  dire  montré,  —  tout  au  moins  fait  entre¬ 
voir  l’importance  considérable  qu’avait,  pour  la  zoologie  ma¬ 
rine,  l’étude  des  conditions  de  milieu  dans  lesquelles  vivent  les 
animaux  :  température,  densité,  profondeur,  salure,  cou¬ 
rants, etc.,  en  un  mot,  des  études  océanographiques.  Les  savants 
étrangers  l’ont  si  bien  compris  qu’ils  ont  réclamé,  et  su  obte¬ 
nir,  la  création  des  stations  que  je  citais  tout  à  l'heure,  dans 
lesquelles  ils  étudient  concurremment  la  zoologie  et  l'océano¬ 
graphie,  et  que,  dans  plusieurs  laboratoires  de  zoologie  pure, 
on  n'a  garde  de  négliger  les  recherches  océanographiques.  Et 
de  cette  association,  la  science  n’est  pas  seule  à  profiter,  car 
dans  ces  stations  on  fait  aussi  des  recherches  pratiques,  qui 
intéressent  un  grand  nombre  de  personnes,  sur  les  conditions 
d’existence  des  poissons,  les  meilleurs  modes  d’installation 
des  pêcheries,  le  repeuplement  des  côtes  épuisées  par  une 
pêche  intensive,  etc. 

Il  est  une  autre  science  qui,  plus  encore  que  la  zoologie,  ti¬ 
rerait  grand  profit  de  son  association  avec  l’océanographie  : 
c’est  la  géologie  ;  mais  je  me  trompe,  ce  ne  serait  pas  un  profit 
qui  en  résulterait,  ce  serait  un  rajeunissement,  un  renouvelle¬ 
ment  complet.  «  Je  ne  saurais  admettre,  dit  avec  raison 
M.  Toulet,  que  le  dernier  mot  de  la  science  de  la  terre  con¬ 
siste  en  une  carte  géologique,  et  que  le  jour  où  la  surface  du 
globe  tout  entière  sera  représentée  sur  un  dessin  peint  de 
diverses  couleurs,  la  géologie  aura  achevé  sa  tâche.  Des 
pierres  éparses  ne  sont  pas  un  monument,  un  catalogue  n’est 
pas  de  l’histoire.  Les  phénomènes  possèdent  leur  enchaînement  ; 
chacun  d’eux,  après  avoir  été  conséquence,  devient  cause  a 
son  tour,  nous  devons  découvrir  le  lien  qui  les  unit  et  montrer 
alors,  dans  sa  majestueuse  splendeur,  l’admirable  tableau  de  la 
terre  suivant  une  marche  dont  la  fatalité  même  fait  la  gran¬ 
deur  de  la  science  et  passant,  à  travers  ses  transformations 
successives,  par  ce  qu’on  pourrait  nommer  les  phases  de  sa 
vie.  Laissant  de  côté  les  roches  éruptives,  l’histoire  de  la  terre 
est  l’histoire  de  la  mer.  On  prétend  étudier  l’Océan  silurien, 
devonien,  jurassique  ou  crétacé,  l’Océan  datant  de  millions 
d’années,  et  l’on  ignore  les  lois  de  l’Océan  actuel  !  Connaissons 
d’abord  ce  qui  est,  puis  nous  nous  occuperons  de  qui  a  été,  et 
nous  rechercherons  ensuite  à  en  conclure  ce  qui  sera;  procé¬ 
dons  du  certain  à  l’incertain,  du  présent  au  passé  et  du  passé 
à  l’avenir.  Quand  l’océanographie  nous  aura  enseigné  comment 
se  forment,  se  distribuent  et  se  déposent  les  sédiments,  quelles 
actions  physiques,  chimiques,  biologiques  s’cûcctuont  au  fond 
des  eaux,  quels  motifs  imposent  leurs  cours  aux  courants  ma¬ 
rins  ;  lorsque  nous  saurons  par  elle  les  lois  auxquelles  obéis¬ 
sent  les  vagues,  les  effets  de  transport  des  glaces,  l’économie 
des  densités  ou  des  températures  dans  les  abîmes,  alors  nous 
serons  en  mesure  d’aborder  les  problèmes  du  passé  avec 
chance  d’en  tirer  autre  chose  qu’une  énumération  ou  des 
hypothèses,  peut-être  vraies,  mais  le  plus  souvent  encore  dé¬ 
pourvues  de  sanction.  »  ... 

C’est  parce  que  je  suis  naturaliste  que  j’ai  insiste  sur  les  re¬ 
lations  étroites  que  présente  l’océanographie  avec  la  zoologie 
et  la  géologie  ;  mais  en  dehors  des  services  qu’elle  peut  rendre 
à  telle  ou  telle  science,  que  de  questions  intéressantes  se  ratta¬ 
chent  à  l’étude  delà  mer!  que  de  problèmes  cette  étude  sou¬ 
lève  dont  la  portée  est  plus  vaste  et  plus  générale,  et  combien 
d’autres  viendront  ensuite  que  nous  ne  pouvons  pas  imaginer 
actuellement!  Car  l’océanographie  est  née  d’hier  et  nous  ne 
pouvons  pas  encore  prévoir  quel  rang  elle  prendra  parmi  les 
autres  sciences;  mais  à  coup  sur,  elle  est  appelée  à  jouer  un 
rôle  important.  Aussi  M.  Thoulet  aura-t-il  eu  un  grand 
mérite  en  écrivant  un  ouvrage  sur  une  science  toute  nouvelle, 
ouvrage  tel  qu’il  n’en  existait  pas  encore  un  seul  écrit  en  fran¬ 
çais  sur  ce  sujet,  et  beaucoup  plus  complet,  et  surtout  plus  ori¬ 
ginal,  que  les  quelques  ouvrages  étrangers  qui  traitent  des 
mêmes  questions.  11  a  comblé  ainsi  une  grosse  lacune,  et  il  a 
rendu  service  aux  savants  qui  poursuivent  le  même  but  que  lui 


LE  NATURALISTE 


116 


6t  aux  élèves,  qu’avec  sa  foi  ardente  en  sa  science  favorite,  il 
ne  manquera  pas  d’entraîner  avec  lui. 


HISTOIRE  DES  ACARIMS  DES  TMÉTAÜX 

MÉTAMORPHOSES.  —  RÉPARTITION:  —  RÉCOLTE. 

Les  animaux  dont  j’ai  donné  la  description  sommaire 
dans  un  précédent  article  sont  considérés  par  les  auteurs 
allemands  comme  des  adultes  parvenus  à  cet  état  après 
un  série  de  mues  successives.  Au  sortir  de  l’œuf,  où  il 
est  replié  sur  lui-même,  l’animal  a  presque  tous  les 
caractères  de  l’adulte,  excepté  la  striation  transversale 
qui  le  divise  en  anneaux.  Par  plusieurs  mues  au  sein  de 
la  galle,  ces  êtres  grossissent  peu  à  peu  en  abandonnant 
les  fourreaux  avec  toutes  les  soies,  car  les  nouvelles  sont 
appliquées  contre  le  corps  de  l’animal  avec  leur  gran¬ 
deur  normale  et  elles  se  relèvent  lorsqu’il  sort.  On  ne 
sait  pas  combien  l’animal  doit,  subir  de  miiés  avant  d’at¬ 
teindre  la  maturité  sexuelle,  car  on  trouve  des  exem¬ 
plaires  très  petits  avec  des  œufs  murs. 

Les  Galles  abritent  ces  animaux  pendant  toute  l'année; 
mais  ce  n’est  qu’à  partir  du  mois  de  mai  qu’on  y  rencontre 
des  animaux  de  taille  différente,  tandis  que  les  Acares 
cylindriques  courent  à  la  face  inférieure  des  feuilles. 

L’accouplement  et  la  ponte  se  font  pendant  tout  le 
printemps  et  tout  l’été.  L’organe  mâle  n’est  pas  connu. 

Les  jeunes  animaux  restent  dans  la  Galle  et  vivent  du 
contenu  des  cellules  à  parois  minces.  Quand  le  paren¬ 
chyme  est  mort,  ils  quittent  l’intérieur  par  l’orifice  de  la 
Galle  (fig.  1). 

Pour  certains  naturalistes  français,  les  phénomèmes  de 
développement  des  Phytoptes  sont  beaucoup  plus  com- 


ig.  1.  —  Coupe  d’une  excroissance  de  la  feuille  du  poirier 
(d’après  Sorauer);  face  supérieure;  face  inférieure  ; 
o,  œuf  ;  p,  orifice  de  la  galle  dû  à  la  piqûre. 


pliqués  et  plus  curieux  que  dans  les  autres  genres.  Tous 
les  Tétranyques  subissent  des  métamorphoses  ;  chez  les 
Tétranyques  vrais,  de  l’œuf  sort  une  larve  hexapode  ne 
.se  multipliant  pas  et  qui  se  transforme  en  un  adulte  à 
8  pieds,  grâce  à  deux  bourgeons  qui  s’allongent. 

Dans  les  Phytoptes,  lorsque  le  développement  de  l'em¬ 
bryon  est  terminé  et  que  l’œuf  est  prêt  à  éclore  (Don- 
nadieu),  il  se  produit  sur  la  première  enveloppe  un  sil¬ 
lon  circulaire  suivant  lequel  l’enveloppe  s’ouvre  en  se 
desséchant,  à  la  manière  des  pyxides  (fig.  2). 

L’embryon  sort  à  reculons  ;  allongé  il  ne  possède  que 
quatre  pieds.  Il  a  été  décrit  comme  adulte  sous  plusieurs 
noms.  Cette  larve  se  tient  au  milieu  des  poils  de  la 
galle  et  s’y  nourrit  des  sucs  végétaux.  Il  est  intéressant 
de  remarquer  qu’elle  n’est  pas  sexuée  et  qu’elle  produit 
par  parthénogénèse  des  œufs  d’où  sortent  des  larves 
semblables.  Cette  reproduction  ovipare  agame  est  très 


intéressante  à  signaler  dans  le  groupe  des  Acariens  et 
peut  être  comparée  à  celle  des  larves  de  la  Cécidomie  Mias- 
tor.  A  la  fin  de  l’été  les  larves  tétrapodes  s’enkystent  à 
l’aisselle  des  feuilles  et  des  bourgeons.  Le  kyste  est  fixé 
par  un  élargissement  du  côté  duquel  est  tourné  le  rostre 
de  la  larve.  C’est  pendant  l’hiver  que  la  larve  primitive 


Fig.  2.  —  Développement  du  Phytoptus  (d’après  Donnadieu); 
1,  kyste  où  est  enfermée  la  larve;  2,  kyste  s’ouvrant  pour 
l’éclosion;  3,  larve  tétrapode;  4,  larve  hexapode;  3,  çf  ou 
5  mâle  adulte  octopode  (vu  par  le  dos)  ;  6,  Ç)  femelle  adulte 
octopode  (vue  par  le  dos). 

se  transforme,  et  que  deux  membres  postérieurs  appa¬ 
raissent,  tandis  que  les  organes  génitaux  tendent  à 
s’ébaucher.  Au  printemps  le  kyste  s’ouvre  suivant  une 
ligne  circulaire,  il  en  sort  à  reculons  une  larve  hexapode 
(fig.  2,  4),  comme  celle  des  Tétranyques  ordinaires.  Elle 
se  développe  et  donne  naissance  par  une  mue  à  un 
adulte  sexué  octopode  (fig.  2,  il,  6),  qu’on  a  pris  pour  un 
animal  différent  du  genre  Phytoptus  et  qu’on  a  appelé 
Typhlodromus  pyri  Sclieuten. 

Ces  Phytoptes  adultes  ont  environ  0mm4  ;  leur  forme 
est  ovale,  aplatie,  atténuée  postérieurement  ;  le  mâle  est 
un  peu  plus  petit  que  la  femelle.  Ils  sont  jaune  pâle, 
verdâtres  parfois  à  cause  de  la  chlorophylle  qu’ils  ont 
absorbée. 

Les  Phytoptes  sexués  possèdent  une  organisation  plus 
complète  et  identique  à  celle  des  autres  Tétranycidés. 
Donnadieu  y  a  reconnu  l’existence  de  trachées  débou¬ 
chant  à  l’extérieur  par  trois  stigmates,  dont  un  médian 
qui  est  le  plus  grand,  et  deux  latéraux. 

Ces  animaux  ne  vivent  que  peu  de  temps.  Immédiate¬ 
ment  après  l’accouplement  les  femelles  poussées  par 
l’instinct  de  la  maternité  piquent  la  feuille  pour  y  ame¬ 
ner  un  afflux  des  sucs  végétatifs  et  une  hypertrophie  des 
tissus,  où  elles  déposeront  leurs  œufs;  elles  ont  ainsi 
préparé  un  abri  à  leur  progéniture  (fig.  3). 

Les  adultes  disparaissent  alors  pour  laisser  la  place 
aux  larves  tétrapodes  dont  les  piqûres  répétées  vont 
amener  soit  de  nouvelles  formations  pathologiques,  soit 
l’accentuation  des  anciennes. 

Il  résulte  des  nombreuses  études  faites  dans  ces  der¬ 
niers  temps,  sur  le  genre  Phytoptus,  qu’on  peut  affirmer 
que  la  plupart  des  phanérogames  sont  visitées  par  cet  ani¬ 
mal.  Par  suite  des  difficultés  de  l’observation,  il  n’est 
pas  prouvé  que  chaque  plante  possède  son  acarién  parti¬ 
culier.  Mais  il  est  infiniment  plus  probable  que,  malgré 


LE  NATURALISTE 


117 


les  différences  des  Galles  entre  elles,  et  malgré  le  grand 
nombre  des  plantes  nourricières,  on  a  affaire  à  un  petit 
nombre  d’espèces.  Et  même  ce  fait  que  sur  la  même 
espèce  de  plante  on  peut  trouver  des  productions  galli- 
formes  très  variées  et  très  différentes,  ne  force  pas  à 
admettre  que  plusieurs  espèces  interviennent,  car  il  est 
facile  de  comprendre  que  les  Acares,  qui  préfèrent  les 
organes  jeunes,  recherchent  de  divers  côtés  les  endroits 
les  plus  favorables  à  leurs  attaques  et  piquent  ainsi  les 
différents  organes  ou  les  différentes  régions  d'un  même 
organe  et  alors  la  réaction  de  la  plante  se  traduit  par  des 
Galles  variables  de  forme. 

Sur  un  organe  jeune,  la  succion  des  Acares  produit 
une  irritation  qui  se  manifeste  par  des  tubérosités  ;  ils 
lui  empruntent  leur  nourriture  en  sorte  que  les  bour- 
eons  ne  peuvent  plus  se  développer  normalement.  Si 


au  contraire  les  Acares  ne  s'attaquent  que  plus  tard  à  la 
même  plante,  quand  ses  organes  sont  déjà  plus  durs  et 
moins  riches  en  protoplasma,  l’excitation  produite  par  la 
piqûre  et  le  liquide  corrosif  versé  dans  la  plaie  se  traduit 
seulement  par  l’irritation  de  l’épiderme  et  la  production 
de  poils,  par  allongement  des  cellules  épidermiques,  qui 
forment  le  feutrage  si  connu  dans  les  plantes  ligneuses. 
Ainsi  dans  le  tilleul  la  piqûre  de  ces  animaux  produit 
sur  les  feuilles  jeunes  des  galles  claviformes  dans  les¬ 
quelles  le  parenchyme  et  l’épiderme  supérieur  intervien¬ 
nent,  tandis  que  sur  les  feuilles  âgées  l’irritation  se  tra¬ 
duit  par  des  poils  feutrés.  Dans  les  deux  cas,  ces  pro¬ 
ductions  fournissent  un  abri  à  l’animal  et  à  sa  progéni¬ 
ture. 

La  répartition  sur  un  hôte  est  différente  de  celle  des 
autres  gallicoles.  Jamais  les  Galles  ne  s’étendent  sur 
tout  l'abri  ;  il  n’y  a  que  quelques  branches  isolées  qui 
soient  réellement  attaquées.  Cette  particularité  s’expli¬ 
que  par  la  propagation  graduelle  des  Acariens,  tandis 


que  les  Diptères  gallicoles  ailés  visitent  toutes  les  feuilles 
des  endroits  les  plus  divers  du  même  arbre.  En  outre,  il 
faut  remarquer  que  les  pousses  de  l’année  nées  à  l’ais¬ 
selle  des  feuilles  attaquées  l’année  précédente,  sont 
aussi  toujours  riches  en  parasites.  Ceci  provient  de  ce 
que  les  Phytoptes  hivernent  de  préférence  derrière  les 
écailles  extérieures  des  bourgeons  et  entre  les  bourgeons. 
Les  écailles  les  plus  intérieures  n’abritent  presque  jamais 
aucun  Acarien,  excepté  dans  les  Acrocécidies  des  bouleaux 
et  des  noisetiers  où  la  migration  dans  les  quartiers  d’hi¬ 
ver  commence  déjà  en  juin. 

En  outre  on  remarque  assez  souvent  une  certaine  régu¬ 
larité  dans  la  répartition  des  Galles  sur  les  feuilles  ; 
ainsi  l’enroulement  marginal  des  feuilles  des  Sambucus 
nigra  et  racemosa,  du  Tilia  paniflora  s’accentue  quand  on 
s’approche  de  l’extrémité  du  bourgeon.  Toutes  les 
feuilles  de  la  pousse  jusqu’aux  plus  jeunes  sont  enrou¬ 
lées  dans  le  Populu s  tremula  et  portent  des  galles  sacci¬ 
formes  dans  le  Prunus  padrn ;  ici  la  feuille  la  plus  âgée 
seule  est  épargnée.  Souvent  la  croissance  est  trop  rapide 
pour  les  Acariens  qui  progressent  si  lentement;  les 
feuilles  supérieures  ne  sont  pas  contaminées,  ainsi  que 
les  feuilles  les  plus  inférieures,  en  sorte  que  la  partie 
moyenne  seule  est  attaquée  (erineum  de  l’Alnus  gluti- 
nosa,  les  galles  situées  aux  angles  des  nervures  dans 
l’Alnus,  le  Carpinus,  le  Betulus,  le  Tilia  grandiflora,  les 
deux  galles  du  prunier).  Pourtant  dans  le  Bouleau,  les 
feuilles  inférieures  sont  les  plus  riches  en  galles. 

La  répartition  des  animaux  dépend  probablement  de 
l’état  de  développement  de  l’arbre  au  moment  de  la  pre¬ 
mière  migration  printanière. 

On  comprend  combien  les  observations  de  ce  genre 
sont  difficiles;  la  séquestration  des  larves  entre  des 
lames  de  verre  ne  produit  pas  de  bons  résultats;  la  mise 
en  observations  des  feuilles  attaquées  et  chargées  de 
larves  amène  la  dessiccation  des  feuilles  et  la  mort  des 
larves.  Il  faut  surtout  avoir  recours  à  l’observation 
directe  in  situ.  Elle  est  plus  longue  et  plus  difficile, mais 
elle  doit  être  plus  fructueuse. 

On  a  recours  à  divers  procédés  pour  isoler  ces  animaux 
afin  de  pouvoir  les  soumettre  à  l’observation  microsco¬ 
pique.  En  coupant  les  poils  de  quelques  galles  et  en  les 
étalant  sur  du  papier  blanc,  on  réussit  en  s’aidant  d’une 
bonne  loupe  à  en  apercevoir  quelques-uns.  Mais  il  est  plus 
simple  de  couper  avec  des  ciseaux  un  assez  grand  nom¬ 
bre  de  galles,  et  de  placer  les  morceaux  dans  un  récipient 
à  bord  évasé,  comme  un  verre  de  montre  par  exemple. 
A  mesure  que  les  galles  se  dessèchent,  les  Phytoptus 
quittent  leur  abri  et  on  les  trouve  en  grand  nombre  sur 
les  bords  du  verre  de  montre. 

L’acide  acétique  étale  ces  Acariens  sans  les  contracter. 
Il  est  facile  ensuite  de  les  fixer  dans  le  baume  de 
Canada  ou  la  glycérine  gélatinée.  On  peut  rendre  leurs 
téguments  transparents  en  les  faisant  bouillir  dans  la 
potasse  caustique. 

Pour  les  conserver  en  collection,  il  est  bon  de  les 
mettre  dans  un  liquide  formé  de  poids  égaux  de  glycérine 
et  d’acide  acétique  auquel  on  ajoute  le  quart  du  poids 
d’eau.  En  chauffant  doucement  jusqu’à  l'ébullition,  ces 
animaux  se  conservent  sans  s’altérer. 

A.  M lixÉGArx . 


118 


LE  NATURALISTE 


SOCIÉTÉ  PHILOMATIQUE  DE  PARIS 


Communications  d'histoire  naturelle 
contenues  dans  le  5e  fascicule ,  t.  II,  8“  série. 

Paléontologie.  —  Dans  les  trois  notes  suivantes,  M.  H. 
Filhol  ajoute  un  supplément  intéressant  à  ses  longues  et  belles 
recherches  sur  les  fossiles  des  phosphorites  du  Qucrcy. 

1°  Description  d’un  nouveau  genre  d'insectivore.  Sous  le 
nom  de  Necrosorex  Quercyi,  M.  Filhol  décrit  un  petit  Mammi¬ 
fère,  qui  se  rapproche  surtout  des  Musaraignes  (Sorex).  Il  en 
diffère  surtout  par  sa  dernière  molaire,  qui  est  très  allongée, 
pourvue  de  deux  racines,  et  divisée  en  deux  lobes  très  carac¬ 
téristiques,  dont  le  postérieur  est  muni  d’un  talon.  Aucun 
animal  vivant  ou  fossile  ne  possède  une  dernière  molaire  sem¬ 
blable. 

2°  Description  d’un  nouveau  genre  d’ insectivore  provenant 
des  dépôts  de  phosphate  de  chaux  dxi  QUercy.  L’insectivore 
fossile  dont  il  est  question  dans  cette  note  est  désigné  par 
l’auteur  sous  le  nom  de  Myxomygale  antigua;  il  se  différenciait 
des  Taupes  par  sa  première  prémolaire  uni-radiculée,  par  la 
diminution  progressive  de  grandeur  de  ses  molaires,  par  la 
forme  de  la  branche  montante  de  sa  mâchoire  inférieure,  qui 
était  sensiblement  développée  comme  celle  du  Desman.  Il  se 
distinguait  des  Myogale  (Desman),  avec  lesquels  il  avait  sur-r 
tout  des  affinités^  par  les  lobes  plus  épais  de  ses  molaires-,  par 
la  forme  de  son  angle  mandibulaire,  ainsi  que  par  son  apo¬ 
physe  coronoïde. 

3°  Note  sur  la  dentition  supérieure  du  Xiphodontherium 
primœvum.  Dans  cette  note,  M.  Filhol  complète  scs  recherches 
sur  la  dentition  des  Xiphodontherium,  petits  Mammifères  voi¬ 
sins  des  Xiphodons  ou  gazelles  primitives  de  l’époque  éocènc. 

Zoologie.  —  M.  E.-L.  Bouvier  consacre  deux  études  à  ses 
recherchés  sur  l’organisation  des  Crustacés  décapodes.  Dans 
la  première,  il  étudie  les  variations  progressives  de  l'appareil 
circulatoire  artériel  chez  les  crustacés. anomoures,  et  il  montre  : 
1»  que  l’artère  abdominale  inférieure  s’atrophie  déjà  chez  les 
Crustacés  fouisseurs  du  genre  Gébie,  où  elle  s’arrête  dans  le 
quatrième  segment  abdominal,  qu’elle  se  retrouve  encore,  mais 
localisée  dans  le  premier  segment,  chez  les  Paguristes,  et 
qu’elle  disparaît  complètement  dans  les  Pagures  proprement 
dits  et  dans  le  Bernard  l’Ermite;  2°  que  l’artère  abdominale 
supérieure  des  Galathées  présente  déjà  les  mêmes  caractères 
que  celle  des  Porcellanes,  en  ce  sens  qu’elle  se  bifurque  peu 
après  sa  sortie  du  cœur. 

Dans  la  seconde,  il  décrit  la  respiration  et  quelques  disposi¬ 
tions  organiques  des  Paguriens  terrestres  du  genre  Cénobite, 
et  il  montre,  notamment,  que  ces  curieux  animaux  possèdent 
une  sorte  de  poumon  abdominal,  dans  lequel  une  partie  du 
sang  s’hématose  avant  de  revenir  directement  au  cœur  sans 
passer  par  les  branchies.  Il  est  chassé  par  deux  organes  con¬ 
tractiles  situés  en  avant  sur  les  côtés,  à  la  base  de  l'abdomen. 

M.  Filhol  décrit  les  phénomènes  que  présentent  les  Lucanus 
cervus  après  l’ablation  de  leur  tête.  De  ses  expériences,  il  ré¬ 
sulte  que  la  durée  des  phénomènes  de  réaction  chez  les  Lucanes 
décapités  est  d’autant  plus  longue  qu’on  les  prend  à  un  mo¬ 
ment  qui  semble  être  plus  rapproche  de  la  période  où  ils  ont 
apparu,  et  qu’elle  est  d’autant  plus  courte  qu’on  se  rapproche 
de  l’instant  où  ils  vont  disparaître.  Ainsi,  un  Lucane  pris  le 
1er  juin  et  décapité  contracte  ses  membres  lorsqu’on  le  touche, 
jusqu’au  20  juin,  c’est-à-dire  pendant  dix-neuf  jours,  alors 
qu’un  Lucane  pris  le  5  juillet,  et  mis  dans  le  même  état,  ne  se 
contracte  plus  que  vingt-quatre  heures  après. 

Botanique.  —  M.  A.  Franche t  signale  l’observation  intéres¬ 
sante  d’une  Ombellifere  à  pétales  laciniés.  Si  l’on  a  pu  dire 
jusqu’ici  qu’il  n’existait  pas  d’Ombsllifère  dont  les  pétales 
fussent  vraiment  divisés,  on  ne  pourrait  aujourd’hui  maintenir 
cette  assertion.  M.  Delavay  a  rencontré,  on  effet,  au  sommet 
du  Tsang-chan,  haute  montagne  qui  domino  le  lac  Tali,  dans 
le  Yun-nan,  une  Ombellifèro  dont  les  pétales  sont  profondé¬ 
ment  divisés  en  3-5  lobes  oblongs,  un  peu  divergents  et  simu¬ 
lant  à  peu  près  ainsi  une  main  dont  les  doigts  seraient  écartés. 
Cette  plante,  à  laqucllo  il  donne  le  nom  de  Carum  schizope- 
talum,  végète  dans  les  lieux  ombragés,  sur  les  rochers,  parmi 
les  mousses. 

X. 


COUPE  D’US  SOSDAGE  A  CURGIES  (MD) 


Les  lecteurs  du  Naturaliste  connaissent  déjà  CurgieS  que  j’ai 
eu  l’occasion  de  citer  dans  une  note  sur  la  géologie  des  envi¬ 
rons  de  Bavai.  Le  village  est  situé  vers  l'est  d’un  plateau 
compris  entre  les  vallées  de  la  Rhonelle  et  de  l’Aunelle.  Ces 
deux  rivières,  dont  les  sources  multiples  sont  voisines  et  ont 
une  origine  géologique  commune,  viennent  de  la  forêt  de  Mor- 
mal  ;  la  première  se  dirige  d’abord  vers  l’ouest  et  coule  ensuite 
au  nord  pour  se  jeter  dans  l’Escaut  à  Valenciennes;  l’Aunclle 
a  un  cours  moyen  sensiblement  sud-nord  et  se  réunit  à  l’Hon- 
gneau  pour  rejoindre  enfin  l’Escaut  près  de  Condé. 

La  région  ainsi  limitée  présente  quelques  particularités  inté¬ 
ressantes  au  point  de  vue  des  eaux  souterraines.  J’ai  pensé 
qu'il  ne  serait  pas  inutile  de  donner  la  coupe  d’un  sondage  exé¬ 
cuté  à  Curgies  pour  l’alimentation  d’une  usine  importante,  et 
de  dresser  la  coupe  géologique  ci-jointe,  de  Famars  près  de 
Valenciennes  à  la  frontière  belge,  en  passant  par  Curgies.  et 
Sebourg. 

Les  couches  crétacées  et  tertiaires  de  ce  pays  viennent  s’ap¬ 
puyer  en  stratification  discordante  sur  les  terrains  primaires  de 
l’Ardenne,  dont  les  premiers  affleurements  sqnt  visibles  à  l’est 
dans  la  vallée  de  l’Hongneau  près  d’Angreau.  C’est  là  que  nous 
avons  vu  précédemment  :  le  poudingue  de  Burnot,  les  schistes 
à  calceoles  et  le  calcaire  de  Givet,  du  dévonien  inférieur  et 
moyen.  Les  couches  primaires  plongent  rapidement  vers  l’ouest 
et  sont  à  Curgies  à  plus  de  75  mètres  du  sol,  soit  à  l’altitude  de 
18  mètres  environ.  La  pente  moyenne  est  de  3  mètres  par  kilo-  . 
mètre. 

Les  premiers  dépôts  crétacés  nivellent  les  ondulations  de  la 
surface  des  terrains  primaires  auxquels  ils  ont  emprunté  la  plu¬ 
part  de  leurs  éléments;  tel  est  le  cas  du  tourtia  qui  existe  dans 
presque  toute  la  région  à  la  base  de  la  craie  marneuse,  mais 
son  épaisseur  irrégulière  est  souvent  très  faible;  il  n’est  pus 
distingué  sur  la  coupe. 

La  craie  marneuse,  peu  épaisse  à  Angreau,  prend  de  l’im¬ 
portance  vers  le  centre  du  plateau  ;  elle  est  formée  de  lits  alter¬ 
nativement  marneux  et  argileux,  surmontés  par  les  marnes 
bleuâtres  à  Terebratulina  gracilis.  Cette  zone,  une  des  plus 
constantes  de  l’étage,  affleure  dans  le  fond  des  vallées,  mais 
elle  est  généralement  recouverte  par  le  limon  superficiel  ;  j’ai 
cependant  eu  l’occasion  de  l’examiner  dans  une  fouille  entre¬ 
prise  pour  les  fondations  d’une  maison  à  l’entrée  du  village  de 
Sebourg;  le  fossile  caractéristique  s’y  trouvait  en  abondance.^ 

La  craie  blanche  à  silex  est  peu  épaisse  et  ne  s’étend  pas  à 
l’est  aussi  loin  que  la  craie  marneuse,  elle  n’est  visible  que  dans 
les  vallées  de  l’Escaut  et  de  la  Rhonelle,  elle  dépasse  à  peine 
Curgies  du  côté  des  Ardennes.  C’est  une  craie  fendillée  avec 
lits  de  silex;  ses  caractères  sont  peu  nets  et  les  fossiles  sont 
très  rares;  on  la  regarde  cependant  comme  faisant  partie  de  la 
zone  à  Micraster  breviporus.  La  surface  de  cet  étage  est  irrégu¬ 
lière  et  montre  partout  des  traces  évidentes  d’altération  super¬ 
ficielle  due  à  l’action  dissolvante  des  eaux  météoriques  chargées 
d’acide  carbonique. 

Les  plus  anciennnes  couches  tertiaires  recouvrent  également 
la  craie  blanche  et  la  craie  marneuse.  Elles  sont  constituées 
par  l’argile  et  le  conglomérat  à- silex  ,-  il  existe  généralement 
entre  cet  étage  et  la  craie  blanche,  surtout  dans  le  fond  des 
poches,  un  petit  lit  d’argile  ferrugineuse,  résidu  du  lavage  de  la 
craie  et  de  l’oxydation  des  pyrites. 

Au-dessus,  vient  le  tuffeau  de  Valenciennes;  les  couches 
inférieures  de  cette  formation  sont  franchement  argileuses  et 
les  supérieures  argilo-sableuses. 

Les  sables  quartzeux  glauconieux  et  l’argile  plastique  ne  sont 
nettement  visibles  qu'à  l’ouest,  entre  la  Rhonelle  et  l’Escaut 
sur  le  plateau  de  Famars  ;  ailleurs,  ils  ont  probablement  existe 
mais  ont  été  remaniés  et  se  confondent  avec  les  premières 
couches  quaternaires.  Celles-ci,  sauvent  très  épaisses  recouvrent 
les  affleurements  de  toutes  les  formations  que  nous  venons 
d’examiner. 

Le  limon  est  de  composition  assez  complexe  et  présente  sou¬ 
vent  des  stratifications  entrecroisées;  il  parait  être  un  mélange 
des  sables  tertiaires  remaniés  sur  place  et  des  éléments  argilo- 
calcaires  amenés  par  les  cours  d’eau  et  provenant  de  la  désa¬ 
grégation  des  schistes  et  calcaires  anciens  de  l’Ardenne.  On 
trouve  fréquemment  à  la  base  un  petit  lit  d’argile  tourbeuse 

Enfin  le  limon  superficiel  dérive  directement  du  précédent 
par  décalcification  lente. 


LE  NATURALISTE 


119 


Si  nous  examinons  maintenant  les  eaux  qui  circulent  dans 
cet  ensemble  de  formations  alternativement  perméables  ou  im¬ 
perméables,  nous  trouvons  qu’elles  appartiennent  à  trois  nappes 
principales  distinctes. 

I.  —  Nappe  superficielle. 

Les  eaux  pluviales  tombant  sur  le  plateau  traversent  le  limon 
sableux  superficiel  et  s’arrêtent,  soit  sur  les  argiles  du  limon 
inférieur,  soit  sur  celles  du  landénicn.  Les  couches  ainsi  tra¬ 
versées  ont  une  perméabilité  faible  et  irrégulière,  l’eau  y  cir¬ 
cule  très  mal;  les  puits  qui  s’alimentent  à  ce  niveau  donnent 
en  petite  quantité  des  eaux  de  qualités  diverses,  mais  toujours 
mauvaises.  Si  on  a  la  chance  de  tomber  sur  une  veine  sableuse, 
l’eau  est  limpide  et  suffisamment  abondante  pour  les  usages 
domestiques,  mais  le  voisinage  du  sol  se  fait  toujours  sentir 
par  la  présence  d’une  grande  proportion  de  matières  orga¬ 
niques.  Quand  le  puits  rencontre  le  petit  lit  d’argile  tourbeuse 
de  la  base  du  limon,  l'eau  est  trouble  et  infecte. 


II.  —  Nappe  de  la  craie  blanche. 

La  craie  blanche  à  silex  très  fendillée  offre  à  l’eau  une  circu¬ 
lation  facile,  entre  les  argiles  tertiaires  et  les  marnes  bleues  à 
Terebratulina  gracilis.  Malheureusement,  l’épaisseur  est  très 
faible,  et  la  craie  disparaissant  à  peu  de  distance  à  l’est,  l’im¬ 
portance  de  cette  happé  èst  médiocre. 

L’eau  quoique  bien  préférable  à  la  précédente  n’est  pas 
encore  parfaite,  elle  est  trop  calcaire,  un  pou  sulfatée  et  con¬ 
tient  beaucoup  de  matières  organiques  ;  mais  c’est  cependant  la 
meilleure  de  la  région  et  la  plus  employée. 

Les  puits  atteignent  difficilement  ce  niveau,  les  argiles  pana¬ 
chées  du  tuffeau  de  Valenciennes  sont  coulantes  et  rendent  le 
travail  du  fonçage  difficile  et  même  dangereux.  11  est  donc 
préférable  de  faire  des  puits  forés  avec  tubage  étanche  ;  ce  pro¬ 
cédé  a  d’ailleurs  l’avantage  d’éliminer  plus  sûrement  les  eaux 
superficielles. 

III.  —  Nappe  de  la  craie  marneuse. 

Les  couches  calcaires  qui  sè  succèdent  au-dessous  des  marnes 
à  T.  gracilis  sont  assez  fendillées  pour  fournir  de  l’eau  en  abon¬ 
dance.  Elle  est  encore  calcaire,  mais  beaucoup  plus  pure  au 
point  de  vue  organique  que  les  précédentes.  11  faut  aller  loin 
du  sol  pour  renconter  ces  couches  ;  cette  nappe  n’est  utilisée 
que  par  les  industriels  ayant  besoin  d’un  grand  volume  d’eau 
et  pouvant  faire  les  frais  d’un  forage  profond. 

Le  sondage  de  la  sucrerie  de  Curgies  a  fourni  la  coupe  sui¬ 
vante  : 


ALTITUDE  PROFONDEUR 


NATURE  DES 

COUCHES  TRAVERSÉES 

<4 

NIVEAU  GÉOLOGIQUE 

(<*) 

Limon  superficiel  I 

terre  à  briques  > 

Limon  des  plateaux 

Limon  argilo-sablcux  / 

Argile  sableux  jaune,  j 

Tuffeau  et  argile  de 
landénicn  inférieur 

Argile  rouge  compacto 

Gravier  argileux 

Argile  à  silex 

Craie  remaniée  avec  J 

Craie  blanche 
là  Micraster  breviporus 

Craie  blanche 

Marne  argileuse  bleue 

Marnes  bleues  à 
Tei'ebratulinn  graci  lis 

Marno  calcaire  blanche 

1 

Craie  marneuse 

Marne  bleue 

Marno  calcaire  blanche 

Marne  bleue 

Marno  blanche  1 

perméable  1 

Marno  compacto 

Marne  blanche  calcaire, 
fendillée 

Craie  blanche  compacte 

1 


Les  désignations  de  la  colonne  (c)  ont  été  données  par  le 
sondeur  d’une  façon  très  sommaire  ;  elles  ont  cependant  pu  ser¬ 
vir  à  établir  la  colonne  (d)  par  comparaison  avec  les  affleure¬ 
ments  des  mêmes  couches  dans  les  vallées  voisines. 

L’usine  ayant  besoin  d’un  volume  d’eau  considérable  et  la 
qualité  n’ayant  pas  uno  importance  capitale,  on  a  disposé  le 
forage  de  façon  à  puiser  simultanément  dans  les  trois  nappes; 
dans  ces  conditions,  le  niveau  mort  moyen  de  l’eau  est  à  11  m.  40 
du  sol  soit  à  l’altitude  16,30. 

Malheureusement,  cette  disposition  a  le  grave  défaut  do  faci¬ 
liter  le  mélange  de  toutes  les  eaux  dans  le  sol  même  et  en  par¬ 
ticulier  do  permettre  aux  plus  impures,  celles  de  la  surface,  de 
pénétrer  rapidement  et  sans  filtration  naturelle  dans  les  couches 
profondes.  Cet  inconvénient,  peu  important  pendant  les  épui¬ 
sements,  peut  devenir  très  sensible  quand  l’usine  est  en  chô¬ 
mage,  c’est-à-dire  pendant  plus  de  huit  mois  à  la  sucrerie  de 
Curgies. 

On  aurait  pu  augmenter  le  débit  en  descendant  jusqu’au 
tourtia  vers  la  cote  18  mètres.  Le  forage  aurait  eu  environ 
l'j  mètres  de  profondeur  et  le  niveau  de  l'eau  n’aurait  pas 
varié  sensiblement. 

Les  sources  de  l’Aunelle  et  de  la  Rlionelle  font  partie  de  la 
première  nappe,  mais  ces  rivières  recoupent  ensuite  toutes  les 
formations  que  nous  venons  d'examiner  jusqu’à  la  craie  mar¬ 
neuse,  et  reçoivent  ainsi  les  eaux  du  deuxième  et  troisième  ni- 
Teau.  *  Henri  Boursault 


120 


LE  NATURALISTE 


Recherche  et  Préparation  des  Reptiles 

(Suite.) 


Les  Vipères  sont  les  seuls  reptiles  dangereux  que  l'on 
trouve  en  France  :  la  Vipère  aspic  et  la  Vipère  Pêliade  (Pe- 
lias  berus )  espèce  très  voisine  et  dont  la  coloration  varie 
beaucoup,  ne  sont  que  trop  communes  ;  certains  dépar¬ 
tements  ont  le  triste  privilège  d’en  posséder  un  assez 


Fig.  1.  —  Tropidonote  vipérin. 


grand  nombre  principalement  ceux  de  la  Côte-d’Or, 


dq  moins  arrêteront  le  venin  au  passage.  On  s’armera 
d’un  canne,  d’un  flacon 'd’alcali  et  d’une  lancette  en  cas 
d’accident  et  l’on  emportera  un  sac  de  cuir  ou  tout  autre 
meuble  destiné  à  recevoir  le  produit  de  la  chasse.  Quand 
on  apercevra  une  vipère,  on  mettra  le  pied  dessus  et  on 
la  saisira  par  l’extrémité  de  la  queue  ou  bien,  appuyant 
la  canné  sur  son  corps,  on  le  fera  rouler  jusque  vers  la 
nuque,  et  l’on  pourra  prendre  sans  danger  le  reptile  parle 
cou, près  delatêle.  Cettedernièremél.hode est  préférable  ; 
car  quoique  la  Vipère  suspendue  par  la  queue  ne  puisse 
remonter  jusqu’à  la  main  qui  la  supporte,  un  faux  mou¬ 
vement  pourrait  la  rapprocher  du  corps.  On  pourra  aussi 
saisir  l’animal  avec  de  grandes  pinces  plutôt  qu’avec  les 
doigts;  il  sera  plus  facile  avec  elles  de  le  faire  entrer 
dans  le  sac  ou  dans  le  vase  qui  devra  le  contenir.  Il  n’est 
peut-être  pas  inutile  d’insister  lin  peu  sur  les  signes  exté¬ 
rieurs  qui  permettent  de  distinguer  au  premier  coup 
d’oeil  la  Vipère  des  Couleuvres  : 

On  ne  pourra  d’abord  la  confondre  avec  les  Couleuvres 
vertes  et  jaunes  à  collier  dont  le  corps  est  allongé,  les 
mouvements  souples  et  rapides,  la  taille  généralement 
grande.  D’ailleurs,  les  lignes  alternativement  brunes  et 


Fig.  2.  —  Coronelle  lisse. 


Deux-Sèvres,  Vendée,  Seine-et-Marne  :  dans  la  forêt  de 
Fontainebleau  surtout  dans  les  gorges  d’Apremont,  au 
milieu  des  genévriers  et  des  fougères,  dans  les  endroits 
où  le  sol  est  recouvert  de  fragments  de  grès  et  d’ai¬ 
guilles  de  Pin. 

Les  Vipères  commencent  à  sortir  dans  le  courant  du 
mois  de  mars  ;  quoique  nocturnes,  elles  aiment  à  se 
chauffer  au  soleil  et  on  les  trouve  alors  enroulées  et 
immobiles  sur  les  pierres  ou  sous  les  buissons. 

«  Quand  on  désirera  s’eri  procurer,  il  faut  s’informer 
auprès  des  gens  de  la  campagne  des  localités  qui  passent 
pour  en  être  infestées  et  s’y  rendre,  la  jambe  et  le  pied 
protégés  par  une  bonne  paire  de  bottes  ou  guêtres  qui 
empêcheront  les  crochets  à  venin  d’atteindre  la  chair  ou 


jaunes  delà  partie  postérieure  du  dos  et  de  la  queue  de 
la  première  et  le  collier  de  la  deuxième  permettent  de 
les  reconnaître  de  loin. 

On  poui'ra  avoir  un  peu  plus  d’hésitation  si  on  se  trouve 
en  présence  d’une  Coronelle  lisse  ou  girondine  ou  d’un  Tro¬ 
pidonote  vipérin  ;  mais  la  tète  petite  et  le  corps  effilé  des 
deux  premières  espèces,  la  présence  de  plaques  céphali¬ 
ques  chez  les  trois  et  l'habitat  presque  exclusivement 
aquatique  delà  dernière  permettront  vite  deseprononcer. 

Du  reste,  avant  d’avoir  acquis  assez  de  pratique  pour 
être  bien  sûr  de  son  coup  d’œil,  le  débutant  devra  agir 
en  face  des  trois  dernières  espèces  comme  en  présence 
de  la  Vipère  et  ne  les  prendre  qu’avec  les  mêmes  précau¬ 
tions.  »  (Lalaste.) 


LE  NATURALISTE 


.  — -  Si, 

malgré  toutes  les  précautions  prises,  on  vient  à  être 
mordu  par  une  Vipère,  voici  comment  on  doit  procéder. 

«  La  première  chose  à  faire,  c’est  de  rechercher  les 
deux  petits  points  rouges  par  lesquels  se  sont  introduits 
1  2  3 


Fig.  3.  —  Tète  de  vipère  montrant  l’organe 
t,  Muscle  reliant  les  deux  mâchoires  :  2,  Glande  à  venin: 
3,  Muscle  contractant  la  glande  à  venin;  i,  Dent  percée 
d’un  canal  permettant  l’écoulement  du  venin  dans  la  bles¬ 
sure  ;  S,  Fourreau  de  la  langue;  6,  Langue. 

les  crochets,  de  débrider  ces  petites  plaies  avec  un  canif 
et  de  les  sucer,  à  moins  que  l’on  n’ait  quelque  blessure 
aux  lèvres  ou  à  la  bouche.  On  pourra  aussi  les  laver  avec 
soin,  si  l’on  a  une  mare  ou  un  ruisseau  à  portée.  Enfin 
la  cautérisation  à  l’aide  de  la  pierre  infernale,  d’un  alcali, 
d’un  charbon  ardent,  ou  même  d’une  pincée  de  poudre 
enflammée  termineront  le  traitement.  Une  ligature  au- 
du  point  blessé  pour  interrompre  ou  du  moins 


I  inférieures  ; 


Fig.  4.  —  Disposition  des  mâchoires  de  la  Vipère  lorsqu’elle 


ralentir  la  circulation  et  la  diffusion  du  poison  dans 
l’économie,  pourra  n'être  pas  inutile. 

On  pourra  encore  prendre  à  l’intérienr  un  verre  d’une 
liqueur  alcoolique  pour  combattre  les  défaillances  et  sti¬ 
muler  la  circulation.  »  (Lataste.) 

On  a  préconisé  récemment  un  traitement  contre  les 
morsures  des  Serpents  par  le  permanganate  de  potasse. 
M.  de  Lacerda  a  obtenu  de  nombreuses  cures  par  ce 
remède  ;  mais  il  est  encore  imparfaitement  connu,  peut 
être  dangereux  et  a  besoin  d’être  soumis  à  plusieurs 
expériences. 

(A  suivre.)  A.  Oranger. 

DIAGNOSES  DE  QIELQIES  UÉTÊDOCÈIiES  DE  VENEZUELA 


marron.  La  côte  est  striée  do  marron  clair 
inférieur,  de  marron  foncé  : 
logue  à  celui  des 
et  de  teinte  plus  brunâtre.  La  frange  des  deux  ailes  est  coupée 
de  marron  plus  particulièrement  vers  la  partie  apicale. 

Dessous  des  quatre  ailes  couvert  dans  le  centre  d’un  fort 
duvet  de  poils  roux  et  avec  les  dessins  du  dessus  plus  affaiblis, 


Thorax  garni  de  poils  épais  noirs  et  blancs,  abdomen  couvert 
de  poils  roux  cendrés,  sur  le  dessus  ;  dessous  du  corps  unifor¬ 
mément  roux  et  velu,  pattes  noires  avec  les  extrémités  striées 


?  de  Merida. 


55  millimètres.  Les  quatr 
entes,  avec  les 


t  blanches .  transpa- 
garnies  d’une  frange 


Tète  jaune,  devant  du  corcelel  et  ptérygode  jaune,  bordé  de 
blanc,  dessous  du  thorax  jaune,  dessus  et  dessous  de  l’abdomen 
blanc,  anus  jaune.  Intérieur  des  pattes  garni  de  poils  blancs, 
extérieur  brun  noir.  Palpes  jaunes  avec  les  extrémités  noires, 


ginat 


Ï  espèce  est  voisine  de  Nigricosta  Feld  et  de  Nigromar- 
n  Drucc.  Elle  se  distingue  aisément  de  Nigricosta  en  ce 
côte  des  supérieures  est  blanche  aussi  bien  en  dessus 
t’est  recouverte  de  poils  noirâtres  que  sur  sa 
térieurc  et  de  Nigromarginatum  par  ta  pureté  du 
blanc  des  ailes  et  de  l’a 
Une  V  de  Merida. 


NOTE 

SUR  QUELQUES  OPHIDIENS  DE  L’AMÉRIQUE  INTERTROPICALE 

APPARTENANT  AU  GENRE  TRETAHORHINUS  (1) 


s  à  faire  connaître  sont  assez, 
première  espèce  fut  décrite 
m  de  Tretanorhinus  Variabilis: 


Les  Ophidiens  que  nous  m 
rares  dans  les  collections; 
en  1854,  par  Duméril,  sous  le 
laquelle  a  été  placée  par  le  professer 
philidæ  2)  ;  famille  que  ce  naturaliste 
secondaires  :  les  Tropidonotinw-  et  les  Homalopsina •.  Cet  au¬ 
teur  fait  entrer  le  genre  Tretunorhinxfs  dans  le  dernier  de  ces 
groupes,  qu’il  a  également  divisé  en  doux  séries  parallèles;  dans 
l’une  sc  trouvent  rangés  les  genres  à  dentition  lisse;  dans 
l’autre,  les  genres  à  (lents  postérieures  du  maxillaire  sillonnées. 
Les  Trétanorhincs,  caractérisés  par  des  dents  petites,  nombreuses 
et  lisses  (3),  offrant  des  traits  de  ressemblance  avec  des  Ophidiens 
du  même  groupe,  dont  les  dents  postérieures  du  maxillaire  sont 
sillonnées  (1  .  Nous  voulons  parler  des  serpents  qui  entrent 
dans  le  genre  Hgpsirhina  de  AVagler,  dont  les  mœurs  sont  entiè¬ 
rement  aquatiques  et  qui  habitent  les  grands  fleuves  et  les  ca¬ 
naux  de  l’Extrême-Orient.  Les  Trétanorhincs  ont  la  tète  un 
peu  plus  longue  que  celle  do  ees  derniers,  par  conséquent  moins 

et  les  narines  ouvertes1  sur  le  dessus  du  museau  ;  puis  la  ros- 
trale,  de  forme  pentagonale,  est  également  séparée  des  interna- 
salos  par  les  nasales  antérieures;  ensuite  les  plaques  cépha¬ 
liques,  quoique  plus  allongées,  offrent  encore  quelque  analogie 
avec  celles  qui  garnissent  la  tète  des  Hypsirhincs  (5 > ,  il  s’en¬ 
suit  que  ces  animaux,  appartenant  à  des  genres  bien  differents, 
présentent  entre  eux  des  traits  superficiels  à  peu  près  sembla¬ 
bles,  appropriés  au  milieu  dans  lequel  ils  sont  appelés  a  vivre. 

Les  Trétanorhines,  comme  les  Hypsirhincs,  ont  des  mœurs 
aquatiques,  car  nous  avons  recueilli  dans  la  vase  des  marais  de 

(!)  Tretanorhimis  Duméril  et  Bibron,  Erpét.  gênée.,  t.  VII, 
1854,  p.  348. 

(2)  Potamophilidæ,  Jan,  Prodr.  delta  lconogr.  gener.  degh 
ofidi  1804,  p.  2.  (Extr.  Arch.  per  la  zool.,  l’anal,  vol.  3,  fasc.  2, 


(5)  Pour  d’autres  détails, 
nut.  sc.  Phi  lad.  1864,  p.  298 


in.  L.  D.  Cope,  Proc.  Acad. 


122 


LE  NATURALISTE 


Belize,  vers  le  milieu  de  mars,  époque  des  plus  grandes  séche¬ 
resses  deux  individus  appartenant  à  ce  genre,  que  nous  décri¬ 
vons  dans  cette  note,  sous  le  nom  de  Tret.  lateralis. 

Caractères  généraux.  —  Tête  épaisse  et  ordinairement  large 
au  niveau  des  tempes,  Museau  assez  étroit.  Tronc  arrondi. 
Queue  de  médiocre  longueur.  Plaque  rostralc  à.  cinq  pans. 
Narines  ouvertes  sur  le  dessus  du  museau  entre  deux  scutelles, 
dont  les  antérieures  séparent  la  rostrale  des  internasales.  Ces 
dernières  sont  fort  petites.  Région  préfrontale  garnie  de  une 
ou  de  deux  plaques.  Frontale  à  cinq  ou  six  pans.  Pariétales 
longues  et  étroites  en  arrière.  Deux  ou  trois  préoculaires.  Œil 
relativement  petit  et  en  rapport  avec  une  seule  supéro-labiale. 
Première  temporale  en  contact  avec  les  deux  post-oculaires. 
Inter-sous-maxillaires  assez  longues.  Gastrostcgcs  relativement 
étroites.  Anale  et  urostèges  divisées.  Ecailles  du  tronc  dépour¬ 
vues  de  porcs,  finement  striées  et  surmontées  d’une  carène  ne 
se  prolongeant  pas  jusqu’à  leur  extrémité.  Dents  nombreuses, 
lisses  et  à  peu  prés  de  même  longueur. 

Tableau  synoptique  des  espèces  du  genre  Tretanorhinus. 


Ii§ 


tr 


Léprimée  au-dessus  des 
yeux.  Flancs  parcourus 
par  un  ruban  blanc-vio¬ 
lacé.  Parties  inférieures 
d'un  brun  châtain .  i.  T.  vai'iabilis 

ion  déprimée.  Un  ruban 
d’un  jaune  clair  sur  cha¬ 
cun  des  flancs.  Parties 
inférieures  ocre  jaune, 
nuagé  de  gris _ .’ .  ü.  var .  adnexus 


nile  plaque.  Frontale  à  six  pans.  Fr 
entent  déprimé.  Un  ruban  jaune 
in  des  flancs  Parties  inférieures  d 
fuligineux . 


leux.  Région  frênaie  garnié  de  deux  scutelles. 
Noir  plombé  en-dessus.  Une  étroite  bande 
jaune,  parcourt  la  partie  inférieure  des  flancs. 
Gastrostôgcs  ponctuées  latéralement  de  noir.  4 

trois.  Une  grande  frênaie.  Flancs  parcourus 
par  une  large  bande  noire,  cernée  supérieu¬ 
rement  par  un  trait  jaune.  Ventrales  et  cau¬ 
dales  jaunes  avec  une  raie  médiano  noire. 
Gorge  fuligineuse . 


1.  —  Tretanorhinus  variabilis  (1)  Duméril  et  Bibron. 

Caractères.  —  Tête  allongée,  distincte  du  cou  et  légèrement 
déprimée  à  la  région  frontale.  Museau  assez  étroit  et  coupé  car¬ 
rément.  Rostralc  plus  large  que  haute  et  séparée  des  interna¬ 
sales  par  les  nasales  antérieures.  Deux  préfrontales.  Frontale 
à  six  pans.  Pariétales  longues.  Une  seule  frênaie.  Deux  préo¬ 
culaires.  Huit  supéro-labiales,  la  quatrième  seule  en  rapport 
avec  l’œil.  Cinq  paires  de  squammes  gulaires.  Ecailles  disposées 
vers  le  milieu  du  tronc  en  dix-neuf  séries  longitudinales.  Région 
inférieure  du  tronc  d’un  brun  châtain.  Dentition  isodontienne. 

Description.  —  Neuf  plaques  suscéphaliques.  Internasales 
fort  petites,  de  forme  subtriangulaires,  circonscrites  en  avant  et 
sur  les  côtés  par  les  nasales,  et  en  arrière  par  les  préfrontales. 
Ces  dernières,  assez  grandes,  présentent  cinq  pans  inégaux. 
Frontale  assez  petite,  hexagonale,  offre  un  angle  obtus  en  avant 
et  un  angle  aigu  en  arrière  ;  sa  longueur  n’égale  pas  celle  de  la 
suture  interpariétale.  Sus-oculaires  peu  développées.  Pariétales 
étroite  en  arrière,  sont  aussi  longues  que  l’espace  compris 
entre  le  milieu  des  internasales  et  le  bord  postérieur  de  la  fron¬ 
tale.  Narines  ouvertes  en  dessus  entre  deux  plaques  de  mé¬ 
diocre  grandeur.  Frênaie  bien  développée,  à  quatre  pans  et  en 
contact  avec  la  deuxième  et  la  troisième  sus-labiale.  Deux  préo¬ 
culaires;  l’inférieure,  la  plus  grande,  repose  sur  la  troisième  et 
la  quatrième  sus-labiale.  Œil  petit  et  en  contact  avec  la  partie 
médiane  de  la  quatrième  sus-labiale.  Deux  post-oculaires  ;  l’infé¬ 
rieure  est  enclavée  entre  le  bord  postérieur  de  la  quatrième 
sus-labiale  et  le  bord  antérieur  de  la  cinquième.  Cinq  à  six  tem¬ 
porales;  la  première  seule  est  en  rapport  avec  les  deux  post¬ 
oculaires.  Bouche  arquée  en  arrière,  garnie  do  huit  supéro-la¬ 
biales;  la  première,  assez  petite  et  projetée  en  avant,  est  en 
rapport  avec  les  deux  nasales;  la  quatrième  est  placée  au-des¬ 
sous  de  l’œil  ;  les  trois  suivantes,  comme  cette  dernière,  sont 
assez  bien  développées.  Dix  inférolabiales ;  les  six  premières 
sont  en  rapport  avec  les  inter-sous-maxillaires;  ces  dernières 


(1)  Tretanorhinus  variabilis  Duméril  et  Bibron,  Erpet.  Génér. 
t.  VII,  1854,  p.  348.  —  Id.  Jan,  Elenco  sist.  degli  ofuli  1863 
p.  76.  —  Id.  Jan,  Prodr.Icon.  gener.  degli  ofidi,  Modena,  1864 
p.  54.  — ?  Helicops  Wagler.,  Jan,  Icon  gener.  des  Ophid. 
28  livr/,  pl.  1,  fig.  1. 


lamelles,  réunies,  sont  aussi  longues  que  l’espace  compris  entre 
le  bord  antérieur  des  internasales,  au  bord  postérieur  de  la 
frontale.  Cinq  paires  de  squammes  gulaires,  suivies  par  cent  cin¬ 
quante  à  cent  cinquante-sept  gastrostèges.  Anale  divisée.  Queue 
ayant  environ  le  quart  de  la  longueur  totale,  et  garnie  en  des¬ 
sous,  par  soixante-huit  à  soixante-quinze  urostèges  doubles. 
Ecailles  du  tronc  finement  striées,  disposées  en  dix-neuf  séries 
longitudinales;  colles  de  la  nuque  ne  portent  pas  de  carène, 
mais  toutes  les  autres  en  portent  une,  d'abord  peu  élevée,  puis 
beaucoup  plus  saillante  sur  la  seconde  partie  du  tronc  et  sur  la 


queue. 

Longueur  totale  du  plus  grand  individu .  0ra  T10ra 

Longueur,  du  bout  du  tnuseau  à  l’anus .  0m  530m 

Longueur  do  la  queue .  0m  180“ 


Les  auteurs  de  l’Erpétologie  générale,  p.  350,  s’expriment 
ainsi  sur  la  coloration  de  cette  espèce  :  «  Les  trois  individus  que 
renferme  notre  Musée  n’ont  pas  un  modo  de  coloration  sem¬ 
blable. 

«  L’un  d’eux,  qui  est  assez  jeune,  offre  de  larges  bandes 
noires  en  travers  du  dos  et  du  dessus  de  la  queue  sur  un  fond 
gris  brunâtre.  Les  faces  supérieures  et  latérales  de  la  tète  ont 
cette  dernière  teinte,  à  l’exception  des  lèvres,  qui  sont  noirâtres 
avec  des  piqueturss  jaunes.  D’autres  piquetures  semblables  se 
voient  sur  la  gorge,  qui  est  d’une  couleur  châtain,  ainsi  que  le 
ventre  et  le  dessous  de  la  queue,  où  l’on  voit  aussi  des  points 
jaunes.  Enfin  le  bas  de  chaque  flanc  est  parcouru  dans  toute  sa 
longueur  par  un  ruban  blanchâtre,  au-dessous  duquel,  règne 
une  série  de  très  petites  taches  noires. 

«  Chez  le  second  sujet,  évidemment  adulte,  les  bandes  trans¬ 
versales  du  dos  sont,  pour  la  plupart,  divisées  en  deux  parties, 
qui  ne  se  trouvent  pas  toujours  placées  Tune  en  face  de  l’autre. 
C'est  un  brun  presque  noir  qui  domine  sur  les  régions  infé¬ 
rieures.  De  plus,  le  ruban  des  flancs  est  violacé  dans  les  deux 
tiers  postérieurs  de  son  étendue  et  non  blanchâtre  d’un  bout  à 

Ces  deux  individus,  dont  les  auteurs  de  l 'Erpétologie  générale 
ignoraient  l’origine,  proviennent  de  l’Amérique  méridionale. 

Observations.  — Le  professeur  Jan  a  figuré  dans  l’Iconogra¬ 
phie  générale  des  Ophidiens,  sous  le  nom  de  Helicops  Wagleri, 
un  Ophidien  qui,  par  l'ensemble  de  ses  caractères  et  par  la 
livrée,  ressemble  beaucoup  au  Tretanorhinus  variabilis.  Nous 
l’avons  inscrit  avec  doute  en  synonyme  do  cette  espèce,  car 
peut-être  en  diffère-t-il  par  la  dentition. 

(  A  suivre.)  Bocourt. 


INSECTES  NUISIBLES  AUX  PINS  MARITIMES 

IMPORTÉS  DANS  LA  BAIE  DE  LA  SOMME 

(Suite  et  fin.) 

CRIOCEPHALUS  RUSTICUS  L. 

Larve. 

Longueur  34  millimètres;  largeur  7  millimètres; 
blanche,  charnue,  ferme,  cylindrique-tétraédrique.  Tête 
subcornée, rousse  ;  mandibules  robustes  ;  mâchoires  assez 
fortes, un  peu  coudées  à  leur  base:  antennes  rousses,  très 
courtes,  de  4  articles.  Prothorax  roussâtre,  deux  fois 
aussi  large  que  long  ;  mésothorax  et  métathorax  très 
courts, chacun  de  ces  segments  est  muni  en  dessous  d’une 
paire  de  pattes  roussâtres.  Abdomen  finement  velu  sur 
les  côtés,  de  dix  segments  dont  le  dernier  très  petit  est 
constitué  par  trois  lobes,  au  centre  desquels  est  l’anus. 

Stigmates  elliptiques, roussâtres, au  nombre  de  neuf  paires. 

Hatzeburg  et  après  lui  Westwood  ont  décrit  et  figuré 
celte  larve. 

Nymphe. 

Blanche,  tête  lisse  ;  des  tubercules  épineux,  dirigés 
en  arrière,  sur  toute  l’étendue  du  prothorax,  sauf  le  mi¬ 
lieu  ;  abdomen  entièrement  tomenteux  ;  les  7  premiers 
segments,  armés  d’épines  semblables  à  celles  du  protho¬ 
rax  ;  dernier  segment  terminé  par  deux  épines  cornées, 
subulées;  huit  paires  de  stigmates. 


Insecte  parfait. 

Longueur  13  à  17  millimètres  ;  varie  du  fauve  brun  au 
noirâtre;  finement  pubescent.  Prothorax  déprimé,  re¬ 
bordé  à  la  base.  Écusson  arrondi,  très  finement  ponctué. 
Élytres  déprimées,  arrondies  au  sommet.  Dessous  du 
corps  couvert  d’une  ponctuation  très  line  et  d'une  pubes¬ 
cence  grise. 

La  femelle  du  Criocephalus  pond  ses  œufs  dans  l’écorce 
des  pins.  Ces  œufs  longs  d'un  millimètre  et  demi,  sont 


Fig.  1.  —  Criocephalus  rusticus,  A,  insecte  parfait;  B,  palpe 
labial  ;  C,  •  palpe  maxillaire. 

en  forme  d’ellipsoïde  très  allongé,  d’un  beau  blanc  et 
très  lisses.  Les  larves  éclosent  15  à  20  jours  après,  tra¬ 
versent  l’écorce  et  vivent  quelque  temps  entre  celle-ci  et 
le  bois,  puis  elles  y  creusent  des  galeries  en  tous  sens. 
Aux  approches  de  la  métamorphose,  qui  a  lieu  en  mai 
et  juin,  elles  reviennent  vers  la  surface  et  se  transfor¬ 
ment  dans  leur  galerie  dilatée  en  cellule.  L’insecte  par¬ 
fait  naît  en  juin  et  premiers  jours  de  juillet. 

D’après  la  manière  de  vivre  des  trois  espèces  d’insectes 
qui  attaquent  les  pins  maritimes  à  Cayeux,  il  est  facile 
de  se  rendre  compte,  que  les  dégâts  causés  à  ces  arbres 
par  le  P.  notatus  et  le  Criocephalus  rusticus,  qui  perforent 
l’écorce  pour  arriver  à  s’enfoncer  dans  le  bois,  ne  peu¬ 
vent  détruire  cet  arbre,  qu’après  quelques  années,  encore 
faut-il  qu’ils  soient  en  nombre  considérable,  ce  qui 
jusqu’ici  n’est  pas  le  cas  fort  heureusement.  11  n’en  est 
pas  de  même  du  Blastophagus piniperda  qui  s’est  multiplié 
outre  mesure,  détache  l’écorce  par  ses  galeries  et  menace 
de  détruire  les  pins  jusqu’au  dernier,  dans  un  nombre 
d’années  très  rapproché.  Dès  aujourd’hui,  c’est  par  plu¬ 
sieurs  centaines  d’arbres  morts,  qu’il  signale  sa  pré¬ 
sence,  chaque  année. 

Le  gardien  du  phare  de  Cayeux  est  chargé  de  surveiller 
ces  plantations,  qui  sont  devenues  la  promenade  favorite 
des  nombreux  baigneurs;  mais  il  n’est  pas  forestier  et 
n’a  pas  le  droit  de  faire  couper  les  arbres  malades  ou 
contaminés,  de  sorte  que  les  insectes  se  multiplient  à 
l’aise. 


Les  nombreux  savants  qui  se  sont  occupés  des  arbres 
résineux,  n’ont  rien  trouvé  de  mieux  que  i  arrachage  des 
arbres  malades  ou  morts,  pour  empêcher  la  propagation 
des  insectes.  Ce  moyen  énergique,  bien  dirigé  peut 
retarder  l’extension  du  mal.  Est-ce  à  dire,  qu’il  n’y  a 
rien  de  mieux  à  tenter?  Depuis  dix  ans,  j’ai  essayé  avec 
succès  de  développer  à  la  pépinière  de  la  Ville  de  Paris 
à  Auteuil,  des  hyménoptères,  de  la  famille  des  Chalci- 


dites  et  Braconites  parasites  des  Hylesimus  Bicolor  et 
Thuyæ  qui  détruisent  les  plantations  de  Thuyas,  Sé¬ 
quoias,  etc...  J’ai  pensé  que  ces  parasites  pourraient 
peut-être  rendre  les  mêmes  services  contre  le  B.  pini¬ 
perda  et  j’ai  porté  à  Cayeux  100  individus  de  3  espèces 
d’hyménoptères.  Cet  essai  n’a  pas  réussi.  11  devait  en 
être  ainsi,  suivant  la  grande  loi  d’équilibre  établie  par 
la  nature;  chaque  parasite  hyiuénoptère  a  pour  mission 
d’empêcher  la  trop  grande  propagation  d’une  espèce 
spéciale  d’insecte,  si  la  famille  ne  trouve  pas  de  larve  de 
cette  espèce,  pour  déposer  ses  œufs,  elle  meurt  sans 
postérité. 

Dans  les  nombreuses  études  de  mœurs,  que  je  pour¬ 
suis  depuis  vingt  ans,  j’ai  remarqué  souvent  l'éclosion, 
dans  mes  boîtes  à  éducation,  d’un  coléoptère,  vivant 
tantôt  avec  les  Scolytes  de  l’orme,  du  chêne  et  autres  ; 
tantôt  avec  les  Bostriches  et  hylesimus  des  pins,  sa¬ 
pins,  etc...,  en  l’étudiant  de  plus  près,  et  il  m’a  été  facile 
de  surprendre  ses  mœurs,  il  est  parasite  et  vit  aux 
dépens  de  tous  ces  insectes,  qu’il  dévore  sous  toutes  les 
formes,  c’est  le  77/te  Formicarius  oliv. 

TILLUS  FORMICARIUS  OLIV. 

Longueur  9  millimètres,  largeur  2  millimètres  et  demi, 
les  antennes  sont  en  scie  dans  la  majeure  partie  de  leur 
étendue,  de  la  moitié  de  la  longueur  du  corps  et  de 
couleur  noire.  La  tète  est  noire,  assez  grande.  Le  corselet 
est  un  peu  plus  long  que  large,  rouge,  excepté  son  bord 


C  D 

Fig.  2.  —  Tillus  formicarius,  A,  Insecte  parfait,  B,  languette, 
C,  palpe  maxillaire,  D,  palpe  labial. 

antérieur.  Les  élytres  sont  [dus  larges  que  le  corselet  à 
la  base,  trois  fois  aussi  longues  que  ce  dernier,  à  côtés 
parallèles,  noires  avec  la  base  rouge,  une  raie  arquée, 
transversale,  blanche  au  milieu  et  une  bande  transversale 
delà  mêmecouleuravant  l’extrémité.  L’abdomen  est  rouge, 
ainsi  que  les  pattes  dont  les  tarses  ont  cinq  articles. 

Larve. 

Longueur  18  millimètres,  allongée,  subcylindrique, 
un  peu  fusiforme,  composée  de  douze  segments,  de  cou¬ 
leur  rosée,  sans  compter  la  tête  qui  est  ovale,  un  peu 
plus  longue  que  large,  armée  de  deux  fortes  mandibules 


LE  NATURALISTE 


124 


noires,  pointues  et  pourvue  de  deux  petites  antennes  de 
quatre  articles.  Le  premier  segment  du  corps  porte  un 
écusson  brun-roussâtre  ;  les  deux  segments. suivants  pré¬ 
sentent  chacun  deux  petites  taches  de  la  même  couleur; 
le  dernier  porte  une  plaque  sub-écailleuse  brune  ter¬ 
minée  par  deux  crochets  brun-marron  recourbés  en 
haut.  Elle  est  pourvue  de  six  pattes  thoraciques  et  d’un 
mamelon  anal  rétractile. 

Elle  se  change  en  nymphe  dans  une  cellule  elliptique, 
creusée  dans  la  vermoulure  ou  dans  l’écorce,  et  enduite 
d’une  sorte  de  vernis  blanc.  L’insecte  parfait  éclôt  en 
iuin. 

J’ai  porté  trois  couples  de  Tillus  Formicarius  à  Cayeux, 
en  avril  1887;  il  s’y  est  fort  bien  acclimaté,  j’ai  suivi 
avec  intérêt,  chaque  année,  sa  manière  de  vivre  aux 
dépens  du  Blastophagus  et  même  du  Pissodes.  Au  mois 
d’avril,  la  femelle  dépose  un  œuf  quelquefois  deux  à 
l’entrée  du  trou  de  la  galerie  de  ponte  ou  nuptiale  du 
Blastophagus,  aussitôt  leur  éclosion,  ces  larves  se  glissent 
dans  la  galerie,  dévorent  celles  du  destructeur  ( Blasto¬ 
phagus ),  souvent  au  nombre  de  45  à  60;  comme  la  ponte 
d’une  femelle  de  Tillus  est  d’environ  50  à  60  œufs,  on 
peut  estimer -qu’une  seule  femelle  de  ce  précieux  para¬ 
site,  peut  anéantir  de  30  à  40  couvées  de  Blastophagus. 
J'ai  remarqué  en  juillet  et  en  août  des  Tillus  poursuivant 
des  Blastophagus  sur  les  écorces,  les  saisissant  à  la  course 
pour  s’en  nourrir  de  sorte  que,  non  seulement  sa  larve 
détruit  les  pontes  de  Blastophagus  à  l’état  de  larves,  mais 
encore  l’insecte  parfait  est  un  ennemi  redoutable  pour 
les  Blastophagus  des  deux  sexes,  au  moment  où  ils  sor¬ 
tent  des  pins,  pour  se  nourrir  des  jeunes  pousses  de 
Tannée. 

J’ai  constaté  et  obtenu  des  éclosions  de  Tillus,  fin  juin 
et  en  juillet,  quelquefois  en  septembre  et  octobre.  Je 
suppose  que  ces  dernières  éclosions,  ne  sont  pas  nor¬ 
males  et  ont  été  retardées.  En  octobre  le  Tillus  cherche 
un  abri  sous  les  écorces  pour  passer  l’hiver. 

Il  est  certain  qu’il  n’a  qu’une  génération  par  an,  cela 
s’explique  du  reste  par  ses  mœurs,  comment  les  larves 
d’une  seconde  génération  pourraient-elles  vivre  à  Cayeux, 
puisque  le  Blastophagus  n’a  lui-même  qu’une  éclosion? 

Il  n’est  pas  douteux  pour  moi  que  le  Tillus  Formicarius 
continuant  à  se  développer  chaque  année,  arrêtera  dans 
un  temps  assez  court  les  dégâts  considérables  faits  par 
le  Blastophagus  piniperda  et  sauvera  le  bois  de  pins  mari¬ 
times  de  Cayeux,  d’une  destruction  certaine,  sans  son 
secours. 

Je  compte,  dès  le  printemps  prochain,  continuer  mes 
essais  avec  cet  inestimable  parasite,  au  bois  de  Boulogne, 
où  le  Blastophaguus  piniperda  n’est  que  trop  commun  dans 
les  pins  sylvestres.  Je  ne  saurais  trop  appeler  l’attention 
de  Messieurs  les  conservateurs  des  forêts  et  des  reboise¬ 
ments  de  nos  montagnes,  sur  les  résultats  obtenus,  et  les 
engager  à  propager  cette  espèce  en  recueillant  les  in¬ 
sectes  parfaits  provenant  des  abattis  de  pins  malades  ou 
morts,  pour  les  reporter  dans  les  plantations,  que  l’on 
désire  sauvegarder. 

Decaux, 

Membre  de  la  Société  entomologiquc  de  France. 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


parasites  dépourvues  de  feuilles  tirent  d’autres  plantes  feuillées 
un  suc  déjà  élaboré  et  ensuite  porté  dans  les  fleurs  et  les  fruits, 
il  ressort  au  contraire  de  ses  propres  recherches  que,  s’il  faut 
aux  espèces  parasites  une  nourriture  déjà  élaborée  et  spéciale, 
celles-ci  procèdent  à  une  élaboration  nouvelle  et  complémen¬ 
taire  déterminant,  d’une  part,  la  transformation  de  certains 
principes,  d’autre  part,  la  création  de  substances  nouvelles.  Ce 
pouvoir  d’élaboration  varié  comme  en  témoignent  ses  produits, 
sera  d’autant  plus  remarquable,  surtout  dans  les  parasites 
aphylles  et  arhizes  ( Cytinus ,  Rafflesia,  Balanophora ,  Cuscuta). 
L’action  des  parasites  aphylles  sur  l’atmosphère  ne  çhffère  pas 
d’ailleurs  de  celle  des  fleurs  bien  connue  depuis  Th.  de  Saus¬ 
sure  et  physiologiquement  véritables  parasites.  —  M.  Duplay 
et  M.  Casin  à  propos  de  la  récente  communication  de  M.  Zwaar- 
demaker  «  sur  l’action  de  l’acide  phénique  chez  le  chat  »,  si¬ 
gnalent  également  une  action  très  forte  sur  la  souris,  tandis 
qu’elle  est  beaucoup  moindre  chez  le  rat  et  les  autres  rongeurs. 
On  voit  donc  que  l’action  de  l’acide  phénique  s’exerce  dans 
dos  proportions  très  inégales  chez  les  différentes  espèces  ani¬ 
males. 

Séance  dn  31  mars.  —  M.  A.  F.  Marion  communique  à  l’Aca¬ 
démie  le  résultat  de  ses  recherches  sur  la  sardine  de  la  Médi¬ 
terranée  et  son  développement.  Les  observations  de  M.  Marion 
en  parfaite  concordance  avec  celles  de  Raffaële  et  de  Cunnin¬ 
gham,  seront  exposées  dans  un  fascicule  spécial  des  annales  du 
laboratoire  d’Endoume.  —  .17.  T.  L.  Phipson  montre  l’identité 
de  la  Palmelline  trouvée  par  lui  en  1879  dans  la  Palmella  cruen- 
tata  avec  VHematine  végétale  décrite  par  M.  Linossier  dans  l’A s- 
pergillus  niger.  —  .17.  R.  Montez  signale  la  présence  de  mâles 
chez  un  assez  grand  nombre  d’ostracode  d’eau  douce  où  ils 
étaient  encore  inconnus  Cypris  incongruens  Ramd.,  C.  virens 
Jurine,  C.  mareotica  Fischer,  C.  Blanchardi  (n.  sp.),  C.  ungulata 
(n.  sp.),  C.  balneria  (n.  sp.),  Erpelocypris  spinosa  Mz,  Cypri- 
dopsis  villosa,  etc.  —  M.  V.  Lesage  signale  l’influence  de  la  sa¬ 
lure  sur  la  formation  de  l'amidon  dans  les  organes  végétatifs 
chlorophylliens.  —  M.  E.  Aubert  a  observé  le  dégagement  simul¬ 
tané  do  l’oxygène  et  de  l'acide  carbonique  chez  les  cactées.  — 
M.  k.  de  Kroustchoff  est  arrivé  à  reproduire  artificiellement 
l’amphibole. 

Séance  dn  13  avril.  —  M.  G.  Linossier  montre  que  la  Pal¬ 
melline  de  M.  Phipson,  bien  loin  d’être  identique  à  l'aspergil- 
line,ne  présente  avec  cette  substance  pas  plus  qu’avec  l’héma- 
tine  du  sang,  aucune  analogie.  —  M.  J.  Vesque  adresse  une  note 
sur  les  Clusia  de  la  section  Anandrogyne.  —  M.  Herail  signale 
la  présence  de  liber  médullaire  dans  la  racine  de  Vinca  major, 
V.  media  et  V.  minor,  la  présence  de  liber  médullaire  avait 
déjà  été  signalée  par  M.  Van  Thieghem  dans  la  racine  des  cu- 
curbitacées. 

A.  Eugène  Malard. 


BIBLIOGRAPHIE 


304  bis.  Bordet. Recherches  anatomiques  sur  le  genre  Carex. 
Fig. 

Rev.  Gén.  de  Bot.  1891,  pp.  57-69. 

305.  Brandza,  M.  Développement  des  téguments  de  la 
graine.  3  pl. 

Rev.  Gén.  de  Bot.  1891,  pp.  71-84  et  105-126. 

306.  Bureau,  Ed.  et  Franehet,  A.  Plantes  nouvelles  du 
Thibct  et  de  la  Chine  occidentale,  recueillies  pendant  le 
voyage  de  M.  Bonvalot  et  du  Prince  Henri  d’Orléans, 
en  1890  (suite). 

Journ.  de  Bot.  1891,  pp.  69-77,  93-99. 

307.  Brésadola,  J.  Contributions  à  la  Flore  Mycologique 
de  l’Ile  de  Saint-Thomé. 

Rev.  Mycolog.  1891,  pp.  6-:i-69. 

308.  Costantin,  J.  Revue  des  travaux  sur  les  champignons. 

Rev.  Gén.  de  Bot.  1891,  pp.  127-134. 

300.  Dangeard,  P. -A.  Du  rôle  des  Noyaux  dans  la  fécon¬ 
dation  chez  les  Oomycètes. 

Rev.  Mycolog.  1891,  pp.  53-55. 

310.  Devaux,  H.  Porosité  du  fruit  de  Cucurbitacées.  Fig. 

Rev.  Gén.  de  Bot.  1891,  pp.  49-56. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


Séance  dn  23  mars  1891.  —  M.  A.  Chalin  montre  que  con¬ 
trairement  à  l’opinion  cmise  par  P.  de  Candolle  que  les  plantes 


PARIS. 


LEVÉ, 


E  CASSETTE,  17. 


LE  NATURALISTE 


DESCRIPTIONS  DE  LÉPIDOPTÈRES  NOEVEAEX 


n.  sp. 

44  à  47  millimètres  ;  ailes  supérieures  et  inférieures  décou¬ 
pées  comme  [dans  Dinias  Hew.  Dessus  des  supérieures  brun 
traversé  par  une  large  bande  blanche,  irrégulière,  qui  n’atteint 
le  bord  de  l’aile  ni  à  la  côte  ni  au  bord  interne.  Entre  cette 
bande  et  l’apex,  deux  ou  trois  petits  points  blancs  allongés 
partent  de  la  côte  et  se  perdent  dans  l’aile.  Dessus  des  infé¬ 
rieures  également  brun  avec  le  milieu  traversé  en  partie  par 
une  série  de  six  taches  blanches  marquées  chacune  extérieure¬ 
ment  d’un  point  noir.  Ces  taches  et  ces  points  sont  plus  ou 
moins  marqués  suivant  les  individus  et  ceux  du  centré  de  l’aile 
disparaissent  parfois  complètement  et  se  confondent  avec  la 
teinte  générale. 

Franges  entrecoupées  de  blanc  et  de  brun. 

Dessous  des  supérieures  comme  le  dessus,  avec  cette  diffé¬ 
rence  que  la  bande  transversale  blanche  s'élargit  beaucoup  vers 
l’angle  interne  et  contient  entre  les  nervures  3  et  4  une  tache 
brune  qui,  sur  le  dessus,  se  confond  avec  la  teinte  du  fond  de 
l'aile.  En  outre  l’apex  est  blanc,  semé  de  lignes  et  teinté  de 
marron  ;  il  contient  aussi  deux  petits  points  noirs  pupilles  de 
blanc. 

Dessous  des  inférieures  comme  dans  Dinias  Hew.,  mais  de 
teintes  plus  claires,  avec  la  petite  bande  blanche  centrale  plus 
fortement  zigzaguée,  différant  enfin  par  plusieurs  détails  dans 
de  la  base. 


;s  dessin 
Quatre  sj 


43  millimètres, 
les  nervures  bien  indiqu 
ailes.  L’extrémité  de  1’ 
deux  côtés  d’une  tache 


nvirons  de  Loja,  1890. 
as  Yidali,  n.  sp. 

et  dessous  des  quatre  a 
ss,  principalement  sur  1 


marquée  des 
frangée  de  jaune  ;  aux  infé¬ 
rieures,  l’aile  est  bordée  des  deux  côtés  par  une  tache  margi¬ 
nale  orange  également  frangée  de  jaune,  qui  part  de  l’angle 
apical  pour  se  terminer  à  l’angle  anal.  Cette  tache,  plus  large 
au  centre  qu’aux  deux  extrémités,  est  festonnée  intérieurement. 

Au-dessous,  deux  points  rouges  à  la  base  des  inférieures. 

Cette  espèce,  excessivement  rapprochée  de  Passiena  Hew., 
s’en  distingue  aisément,  en  ce  que  la  tache  apicale  des  supé¬ 
rieures  est  beaucoup  plus  petite,  en  ce  que  la  bordure  orange 
des  inférieures  n’est  pas  d’une  largeur  uniforme,  enfin  en  ce 
que  les  taches  des  deux  ailes  sont  frangées  de  jaune  au  lieu  do 
l’étre  eu  noir,  comme  dans  Passiena. 

Un  exemplaire  des  environs  de  Loja,  pris  en  1886. 

Enrybia  Turna,  n.  sp. 

36  millimètres.  Cotte  espèce  se  place  entre  l’Eurybia  Patrona 
Wcym.  et  l’Eurybia  Donna  Feld.  Plus  petite  que  Patrona,  dont 
elle  se  distingue  par  les  ailes  inférieures  plus  arrondies,  la  bor¬ 
dure  jaune  des  inférieures  plus  pâle  et  plus  large  et  se  répé¬ 
tant  sur  le  dessous  de  l’aile,  celte  espèce  diffère  de  Donna,  car 
la  bande  jaune  des  inférieures  est  marquée  en  outre  des  cinq 
points  noirs,  d’une  rangée  intérieure  de  traits  allongés  et  les 


Les  supérieures,  d’un  brun  uniforme,  sont  marquées  des 
deux  côtés  d’un  point  bleu  indigo  entouré  de  jaune  comme 
dans  Patrona. 

Aux  inférieures,  un  point  cellulaire  bleu  cerclé  de  jaune, 
plus  nettement  indiqué  sur  le  dessous. 

Le  jaune  de  la  bordure  de  ces  mêmes  ailes  est  plus  vif  en 
dessus  qu’en  dessous. 

1  spécimen  do  Loja,  1886. 

Barotis  Dryades,  n.  sp. 

31  millimètres.  Cette  espèce  se  place  tout  à  côté  de  Zonata 
Feld.  figuré  dans  l’ouvrage  du  I)r  O.  Staudinger  Exoàtiche 
Tag faite r,  pl.  91  ;  mais  la  taille  en  est  plus  grande,  les  ailes 
supérieures  plus  acuminées,  les  taches  sont  blanc  laiteux  et  non 
pas  jaunes  et,  quoique  semblables  par  le  nombre  et  la  position, 
différent  pourtant  notablement  par  la  forme.  Ainsi  la  tache 
centrale  des  supérieures,  au  lieu  de  se  terminer  en  pointe 
comme  dans  Zonata,  finit  dans  toute  sa  largeur  chez  Dryades. 
La  tache  apicale  des  deux  ailes  est  plus  longue,  plus  élancée. 
En  outre  de  la  fine  bande  submarginale  vert  métallique  du 
dessus  des  ailes,  on  voit  encore  aux  inférieures  deux  taches  de 
même  nuance,  l’une  partant  de  l’angle  anal  et  qui  finit  entre 
les  deux  taches  blanches,  l’autre  à  la  côte. 

Deux  spécimens  pris  aux  environs  de  Loja  en  1886. 

Pliacusa  Mathonà,  n.  sp. 

23  millimètres.  Ailes  hyalines,  la  costale  des  supérieures 


bien  indiquée  en  jaune  dessus  comme  dessous,  le  reste  des  ner¬ 
vures  noir,  un  liséré  extérieur  noir  s'élargissant  à  l’apex  des 
supérieures,  franges  noires  sauf  à  la  base  des  inférieures  où  elle 
est  jaune  ainsi  que  le  boni. 

Palpes  jaunes  avec  l’extrémité  noire,  tête  noire  garnie  de 
quelques  poils  jaunes,  collier  jaune  bordé  de  noir,  thorax  noir 
et  jaune,  abdomen  jaune  avec  une  triple  rangée  de  taches 
noires  au-dessus  et  sur  chaque  côté.  Anus  noir  garni  de  poils 
jaunes.  Dessous  du  corps  jaune,  pattes  noires  extérieurement, 
jaunes  à  l’intérieur. 

Une  Ç  des  environs  de  Loja. 

Cette  dernière  se  place  à  côté  de  Phacusa  Yaripes  Wlk. 

26  millimètres.  Dessus  des  supérieures  brun  avec  une  tache 
vitreuse,  centrale  et  triangulaire.  Dessus  des  inférieures  brun 
à  reflets  bleus  avec  un  long  trait  vitreux  partant  de  la  base 
dépassant  le  milieu  de  l’aile  et  divisé  par  une  nervure  oblique! 
Dessous  des  quatre  ailes  brun  avec  reflets  bleus  sur  la  pre¬ 
mière  moitié  des  ailes  et  les  taches  vitreuses  comme  dessus. 

Palpes,  antennes  et  pattes  brun.  Tête, 
dessus  du  corps  bleu  métallique  h  reflets  verts. 

Un  spécimen  des  environs  de  Loja  pris  en  1887. 


34  millimètres.  Ailes  semi-diaphanes.  Dessus  des  £ 
blanc,  marqué  de  quelques  traits  bruns  le  long  de  la  côte,  d’a¬ 
bord  à  la  base,  puis  à  l’extrémité  de  la  cellule  ;  doux  points 
subterminaux  isolés  entre  les  nervures  1,  1’,  2',  et  quelques- 
autres  points  toujours  de  même  nuance  brune  le  long  du  bord 
interne. 

Dessous  des  supérieures  blanc  avec  les  deux  points  subtermi¬ 
naux  bien  marqués  et  le  reste  des  dessins  ne  sc.  voyant  que  pat- 
transparence. 

Dessus  et  dessous  des  inférieures  blanc  ;  franges  blanches. 

Tète,  corselet  et  thorax  blanc  et  jaune  ;  palpes,  dessous  du 
corps  et  pattes  blanc;  dessus  do  l’abdomen  jaune. 

Un  o*  pris  à  Zumba  en  juillet  1886. 

La  place  de  cette  espèce  est  à  côté  d’Empusa  Tybris  Cram. 

Ecpantlieria  Hebona,  n.  sp. 

cf  43  à  47  millimètres.  Cette  espèce  est  excessivement  voi¬ 
sine  de  Memophila  H.  Sch.,  mais  elle  en  diffère  en  ce  que 
les  ailes  inférieures  sont  uniformément  blanches  sans  autres 
dessins  que  deux  points  noirs  à  l’angle  anal  et  quelques  points 
à  la  côte.  Ces  ailes  sont  garnies  de  poils  jaunes  le  long  du  bord 
interne.  Les  supérieures  sont  marquées  de  dessins  analogues 
dans  les  deux  espèces,  mais  dans  Hebona,  l’extrabasilaire  forme 
un  V  très  marqué  ;  la  seconde  tache  costale  est  moins  large, 
plus  longue  et  atteint  la  nervure  médiane,  rejoignant  ainsi  le 
dessin  du  centre  de  l’aile;  la  tache  subtcrminale  de  la  ncrvule 
inférieure  1  manque,  la  rangée  de  ces  taches  1 
de  5  et  non  de  6;  enfin  la  teinte  générale  de  c< 
vert  olive  plus  pâle,  la 


Xe 


des 


de  teinte 
lavée  de 


blanc  laiteux  et  la  moitié  in 
jaune.  Dessous  des  inférieures 

Ç  60  millimètres.  Dessus  de. 
mais  avec  la  sixième  tache  subterminale  bien  indiquée, quoique 
plus  petite  que  les  autres,  dessus  îles  inférieures  jaune,  tra¬ 
versé  d’abord  au  milieu  par  une  double  ligne  noire,  irrégulière, 
composée  de  traits,  puis  de  points  et  se  réunissant  enfin  en  une 
seule  ligne  qui  se  termine  un  peu  avant  le  bord  interne,  puis 
par  une  rangée  subtcrminale  de  traits  noirs  se  touchant,  iné¬ 
gaux, traversés  parles  nervures  jaunes  comme  le  fond  des  ailes 
dessous  des  quatre  ailes  jaune,  plus  pâle  à  l’apex  des  supé¬ 
rieures  avec  les  dessins  comme  au-dessus. 

Dans  les  deux  sexes  les  palpes  sont  noirs,  la  tète  est  recou¬ 
verte  de  poils  olivâtres;  le  corselet, olivâtre, est  cerclé  de  jaune, 
les  ptérygodes  olivâtres  sont  bordés  de  noir  intérieurement, 
une  raie  noire  se  dessine  au  milieu  du  thorax.  Le  dessus  de 
l’abdomen  est  bleu  métallique,  les  deux  côtés  s, mi  jaunes  striés 
de  noir;  pattes  noires  à  reflets  bleus,  anus  garni  de  poils 

3  O*  et  3  9  bien  pareils  de  Loja  même. 

L’un  des  O*  éclos  le  28  juin  1890  m’a  été  envoyé  par  II.  l’abbé 
Gauion  avec  l’indication  suivante  :  «  Chenille  sur  l’alisier  et  le 


rps  long  et  1 
arrondies, 


n.  g. 

gros;  palpes  très  courts,  droits 
pointe  et 


LE  NATURALISTE 


guère  le  tiers  de  l'aile  comme  longueur  ;  corps  sensiblement 
plus  long  que  les  ailes;  supérieures  à  forme  longue  et  élancée 
comme  dans  le  genre  Halisidota  de  Hübner,  mais  inférieures 
plus  arrondies  ;  sous-costale  des  supérieures  se  détachant  bien 
le  long  de  la  cellule,  se  rattachant,  par  un  premier  rameau  à  la 
costale,  puis  par  un  second  à  la  côte  et  finissant  elle-même  un 
peu  avant  l’apex,  après  avoir  émis  trois  nervules  vers  le  bord  ter¬ 
minal  ;  la  nervure  médiane  émet  quatre  nervules,  les  1,  2,  3  qui 
partent  du  coin  inférieur  de  la  cellule,  la  4  du  milieu  de  la 
médiane  :  enfin  la  nervulation  est  complétée  par  une  sous  -mé¬ 
diane  et  une  vigoureuse  nervure  interne  qui  atteint  l’angle  de 
l’aile. .  Nervulations  des  inférieures  comme  dans  Halisidota 
TextaH.  Sch.,  mais  les  nervules  inférieures  1,  2,  3  ayant  le 
même  point  de  départ.  Jambes  relativement  courtes. 

Ce  genre  me  semble  devoir  se  placer  entre  Halisidota  Hl>.  et 
Phægoptera  H.  Sch. 

(lanjonia  Arbosi,  n.  sp. 

55  millimètres.  Supérieures  diaphanes,  à  peine  parsemées 
de ,  quelques  rares  écailles  jaunes  ou  noires  ;  nervures  forte¬ 
ment  indiquées,  de  couleur  paille  et  entrecoupées  symétrique¬ 
ment  de  taches  noires.  Côte  coupée  de  paille  et  de  noir;  de 
même  la  frange,  les  parties  noires  se  trouvant  entre  les  ner¬ 
vures.  Inférieures  également  diaphanes  et  les  nervures  couleur 
paille,  mais  non  pas  en  relief  et  beaucoup  moins  marquées 
qu’aux  supérieures.  Frange  paille  avec  quelques  traces  d’é- 
cailles  noires.  Dessous  des  ailes  comme  le  dessus,  les  nervures 
sé  voyant  par  transparence  en  jaune  et  sans  les  parties  noires 
aux  supérieures.  Corselet  et  thorax  garnis  de  poils  longs,  de 
teinte  paille  et  ponctués  de  poils  noirs  ;  abdomen,  tète,  palpes 
et  pattes  couleur  paille,  les  deux  premières  paires  coupées  de 
noir. 

Une  Ç  éclose  au  séminaire  de  Loja,  le  3  mai  1890. 

Le  cocon,  de  3  centimètres  environ,  est  de  forme  allongée, 
d’un  tissu  jaunâtre  transparent,  laissant  voir  la  chrysalide  â 
l’intérieur  et  recouvert  d’un  duvet  peu  fourni. 

Oilozana  Fili,  n.  sp. 

21  millimètres.  Dessus  des  quatre  ailes  brun,  base  des  in¬ 
férieures  rouge  vif;  dessous  des  supérieures  comme  le  dessus, 
dessous  des  inférieures  rouge  plus  pâle  bordé  de  brun.  Tète, 
palpes  et  cou  d’un  beau  rouge  vif;  thorax,  abdomen  et  pattes 
uniformément  bruns. 

Cette  jolie  petite  espèce  se  place  à  côté  d’Odozana  Hcrcyna 
Druce,  dont  elle  se  distingue  par  sa  tête  rouge,  et  la  large  bor¬ 
dure  noire  des  inférieures. 

Ces  dernières  sont  incurvées  comme  dans  Odozana  Corda- 
tula  Druce,  mais  moins  largos  et  plus  allongées. 

Deux  ü*  des  environs  de  Loja,  1881. 

Oilov.ana  ?  Anitras,  n.  sp. 

22  millimètres.  Dessus  des  supérieures  d’un  beau  vert  mé¬ 
tallique  à  reflets  bronzés,  bordures  bleuâtres.  Dessus  des  infé¬ 
rieures,  dessous  des  quatre  ailes,  dessous  de  l’abdomen  et 
franges  brun  noir  ,avec  quelques  reflets  irisés.  Dessous  du 
corps  et  pattes  bruns  semés  d’atomes  vert  métallique. 

Un  O*  des  environs  de  Loja,  1887. 

Endule  Cinctata,  n.  sp. 

25  millimètres.  Ailes  fauves  avec  les  nervures  marquées  en 
brun  et  un  trait  droit  terminant  la  .cellule,  enfin  une  large  bor¬ 
dure  brune  extérieure  plus  large  à  l’apex  de  chaque  aile.  Des¬ 
sous  comme  le  dessus  mais  jaune  et  non  plus  fauve. 

Une  Ç  des  environs  de  Loja,  prise  en  1887. 

Euclea  ?  Yaniouna,  n.  sp. 

28  millimètres.  Dessus  des  supérieures  brun  rougeâtre  avec 
un  trait  cellulaire  et  une  ligne  ondulée  extérieure  plus  foncée. 
Dessus  des  inférieures  couleur  brique  pâle  uniforme.  Dessous 
des  quatre  ailes  de  la  même  teinte  brique  pâle,  mais  avec  l’a¬ 
pex  des  supérieures  et  les  côtes  brunâtres. 

Antennes,  tète,  corselet  et  thorax  brun  rougeâtre  comme  le 
dessus  des  supérieures,  abdomen  brique  pâle. 

5  O*  et  1  Ç  des  environs  de  Loja,  l’un  des  Cf  pris  le  24  fé¬ 
vrier  1890  au  séminaire  de  Loja  même. 

Prismoplcra  ’l'rossula,  n,  sp. 

43  millimètres.  Ailes  hyalines,  côté  des  supérieures  jaun⬠
tres,  nervures  bien  indiquées,  base  des  supérieures  et  bord 
interne  des  inférieures  garnis  de  poils  bruns.  Palpes  et  an¬ 
tennes  noirs,  tète,  cou,  thorax  et  abdomen  garnis  do  poils 
épais  jaunes,  plus  sombres  sur  le  dessus  et  presque  bruns  au- 
dessous  de  l’abdomen;  cuisses  garnies  de  poils  jaunes,  tarses 
de  longs  poils  noirs  et  blancs.. 

Se  place  â  côté  de  Prismoptora  $  Opatina  Butl.  et  Prismop- 
tera  Aminula  Druce. 

1  C f  des  environs  de  Loja,  1890. 


llacrouiphalia  I.ojanensis,  n.  sp. 

O*  31  millimètres  :  Dessus  des  supérieures  gris  avec  une  pre¬ 
mière  ligne  extrabasilaire  flexueuse,  un  point  cellulaire,  la  cou¬ 
dée  également  flexueuse,  mais  traversant  l’aile  en  ligne  presque 
droite,  enfin  une  ligne  subterminale  composée  en  partie  de 
points  et  doublement  incurvée  intérieurement.  Entre  la  coudée 
et  la  subterminale  une  ligne  flexueuse  ombrée.  Frange  grise 
coupée  de  blanc. 

Dessus  des  inférieures  blanc  avec  l’indication  vague  d’une 
ligne  subterminale  grise.  Bord  gris,  frange  blanche. 

Dessus  des  supérieures  avec  la  subterminale  bien  indiquée 
en  blanc;  l’aile  intérieurement  à  cette  ligne  est  lavée  de  roux 
spécialement  â  la  côte,  blanchâtre  au  bord  interne;  extérieure- 
rement  elle  est  grise  comme  en  dessus.  Dessous  des  inférieures 
comme  le  dessus.  Corps  gris,  avec  l’anus  blanc  en  dessous. 

Ç  48  et  50  millimètres.  Dessus  des  supérieures  gris  comme 
dans  le  cf,  mais  avec  les  lignes  moins  bien  écrites.  Dessus  des 
inférieures,  gris  uniforme.  Dessous  des  quatre  ailes  gris  avec 
une  teinte  plus  obscure  â  l’apex.  Corps  gris,  anus  garni  de 
poils  noirs. 

Deux  o*  et  deux  Ç  de  Loja,  éclos  en  juin  1888. 

Les  cocons;  de  26  à  30  millimètres  de  long,  sont  oblongs,  ar¬ 
rondis,  d’un  tissu  résistant  gris  semé  de  poils  noirs. 

Cette  espèce  est  fort  voisine  de  Macromphalia  Chilensis  Feld. 
dont  elle  se  distingue  par  les  lignes  plus  droites,  plus  nom-, 
breuses,  la  teinte  des  inférieures  plus.blanche  dans  le  O*,  au  con¬ 
traire  plus  grise  et  plus  uniforme  dans  les  quatre  ailes  chez 
la  $• 

Asphalia  Oniroe,  n.  sp. 

33  millimètres.  Supérieures  assez  étroites  et  allongées.  Des¬ 
sus  gris  saupoudré  d’écailles,  blanches  à  la  côte,  jaune  pâle 
dans  l’intérieur.  Côte  coupée  de  petits  traits  noirs,  tache  orbi- 
culaire  cerclée  de  jaune  pâle,  point  de  dessins  précis.  Frange 

Dessops  des  supérieures  blanc  au  bord  interne  et  à  la  basp, 
gris  à  la  côte  et  à  l’apex.  Inférieures  semi-transparentes,  des¬ 
sus  et  dessous,  blanc  avec  une  légère  teinte  irisée  ;  frange 
blanche. 

Palpes,  tète,  thorax  et  pattes  garnis  de  poils  gris. 

Un  O*  très  frais  des  environs  de  Loja,  pris  en  1881. 

Narcæa  Atrax,  n.  sp. 

51  millimètres.  Cette  belle  espece  forme  la  seconde  du  genre 
créé  tout  récemment  par  M.  Druce.  ( Biologia  Cenlr.  Am., 
pl.  36.) 

Le  dessus  des  quatre  ailes  est  brun  et  les  dessins  d’un  blanc 
bleuâtre  sont  aux  supérieures  :  une  première  ligne  extrabasilaire 
peu  marquée,  puis,  un  peu  au  delà  du  milieu,  une  seconde 
ligne  transversale  presque  droite,  suivie  d’une  série  de  taches 
dont  une  plus  importante,  enfin  de  petits  traits  marginaux. 

Aux  inférieures  la  seconde  ligne  transversale  réapparaît 
mais  partiellement  :  il  en  est  de  même  des  taches.  Seuls  les 
traits  marginaux  bordent  ces  ailes  régulièrement. 

La  surface  dos  quatre  ailes  est,  par  place,  finement  saupou¬ 
drée  d’atomes  bleuâtres. 

Dessous  d’un  brun  plus  pâle  que  le  dessus,  les  lignes  dispa¬ 
raissent  et  sont  remplacées  par  des  accumulations  d’atomes 
bleuâtres. 

A  chaque  aile  se  voit  un  point  disçoïdal  plus  foncé. 

Franges,  tête,  corps  et  pattes  brun  ponctué  d’atomes 
bleuâtres. 

Un  O*  des  environs  de  Loja,  1881. 

Cidaria  Sauiauiegoi,  n.  sp. 

30  millimètres.  Dessus  des  supérieures  brun  lilacé.  Ces  ailes 
sont  traversées  par  deux  larges  lignes  presque  droites  dont 
les  moitiés  extérieures  sont  couleur  paille,  les  moitiés  inté¬ 
rieures  blanches.  De  la  seconde  ligne,  à  la  hauteur  de  la  cel¬ 
lule,  se  détache  un  trait  couleur  paille,  qui  va  droit  à  l’apex. 
Entre  les  deux  lignes,  la  médiane  se  détache  en  blanc;  au  delà 
de  la  seconde  ligne  et  un  pou  au-dessus  de  l’angle  interne  l’aile 
est  marquée  d’un  point  noir  surmonté  de  deux  V  également 
noirs.  Frange  mordorée. 

Dessus  des  inférieures  gris-ardoise  clair,  frange  mordorée 
eoupée  de  brun. 

Dessous  des  quatre  ailes  gris-ardoise,  semé  d’atomes  jaunes 
à  la  base,  à  la  côte  des  supérieures  et  le  long  des  bords,  avec 
une  fine,  ligne  noire  transversale  aux  supérieures  et  un  point 
cellulaire  aux  inférieures. 

Tète,  collier  et  pattes  jaune  doré. 

Une  Ç  des  environs  de  Loja,  prise  en  1889. 

P.  Dognin. 


l.r  ANNÉE 


“2e  SÉRIE  —  102 


JUIN  1891 


LES  RACES  DE  L  INDE 


LES  PARIAS 

Le  mot  paria  vient  (lu  tamoul  :  parey-an,  l’homme  du 
tambour.  Le  Paria  s’est  en  effet  identifié  avec  son  tam-  ! 
bour;  dès  sa  plus  tendre  enfance,  il  apprend  à  battre  de 
cet  instrument  dont  la  peau  souillerait  par  son  contact  j 
ses  compatriotes,  les  hommes  de  casle.  Toutefois,  la  I 


se  donnera  à  lui-même  les  titres  de  Tamilar,  Telugu, 
c'est-à-dire  d’homme  qui  parle  le  tamoul,  le  télinga. 
('/est  un  aveu  de  sa  part  de  son  infériorité  vis-à-vis  de  ses 

Dans  les  campagnes,  les  Parias  ne  vivent  point  avec  les 
classes  supérieures  :  ils  ont  des  villages  séparés.  Ils 
devaient  avant  la  suprématie  de  l’Angleterre  et  doivent 
peut-être  encore,  dans  certaines  régions,  se  tenir  sous  le 
vent  de  peur  que  les  émanations  qui  s’échappent  de  leur 
personne  vinssent  souiller  les  passants.  Bien  plus,  s’ils 


Les  Races  de  l’Iude.  —  Groupe  de  Todas. 


caste  s’est  multipliée.  Les  Parias  sont  alors  entrés  au 
service  des  Européens  dans  les  villes,  et  dans  les  cam¬ 
pagnes  ils  cultivent  la  terre  pour  le  compte  des  autres. 
Les  Parias  eux-mêmes  se  divisent  en  près  de  dix-huit 
fractions  qui  ne  s’allient  jamais  entre  elles  et  se  croient 
plus  pures  les  unes  que  les  autres.  Les  Valluvars  sont  les 
princes  de  la  classe,  puis  viennent  les  Todas-parias,  les 
mendiants  ou  jongleurs,  les  Parias-Toursalis  ou  vidan¬ 
geurs,  les  Kougi-parias  ou  fossoyeurs,  etc.  Chacune  des 
fractions  de  la  classe  des  Parias  se  subdivise  encore.  Près 
des  Parias  on  peut  placer  les  Sakkilyars  ou  cordonniers 
et  les  Pallars  ou  pêcheurs,  deux  autres  tribus  qui  ne 
fraient  point  avec  les  Parias. 

A  une  époque  reculée,  les  Parias  habitaient  seuls  dans 
le  pays  et.  d’après  leurs  traditions,  ils  y  occupaient  une 
position  supérieure  à  celle  qu’ils  ont  maintenant.  Bien 
qu’il  parle  le  dialecte  de  ses  maîtres,  jamais  le  Paria  ne 

LE  NATURALISTE,  Paris,  46.  rue  du  Bac. 


rencontraient  un  brahme,  ils  devaient  abandonner  la 
route  et  prendre  à  travers  champs.  Il  serait  trop  long 
de  retracer  dans  quel  état  d’objection  les  fameuses  lois 
de  Manu  ont  placé  les  pauvres  Parias. 

LES  TODAS 

Les  Todas  ont  beaucoup  frappé  l’attention  et  l’imagi¬ 
nation  des  Européens.  Leur  taille  athlétique  et  bien 
prise,  leur  nez  aquilin,  leurs  yeux  clairs,  leurs  longs 
cheveux  bouclés,  les  monuments  celtiques  ou  druidiques 
que  l’on  rencontre  en  assez  grand  nombre  sur  la  mon¬ 
tagne,  mais  qui  doivent  être  attribués  à  une  race  tout  à 
fait  primitive  aujourd’hui  disparue,  ont  donné  lieu  de 
penser  qu’ils  sont  d’origine  celtique  ou  même  romaine. 
Toutefois,  cette  opinion-  ne  parait  pas  fondée.  Leurs 
belles  formes  et  leurs  membres  nerveux,  leur  front 
fuyant,  leur  profil  arrondi  avec  leur  barbe  noire  et 


LE  NATURALISTE 


touffue  et  leurs  sourcils  épais  attestent  cependant  qu’ils 
sont  sortis  d’une  race  orientale,  d’origine  japhétique  et 
non  efféminée.  Les  Todas  forment  donc  une  race  aussi 
distincte  entre  les  autres  races  que  leur  langage  est  dis¬ 
tinct  entre  les  autres  dialectes  du  Sud  de  l’Inde.  Nous 
donnons  ici  un  groupe  de  Todas,  hommes,  femmes  et 
enfants  dont  plusieurs  nous  sont  connus  (1). 

D’après  leurs  propres  traditions,  leurs  ancêtres  habi¬ 
taient  la  plaine  au  temps  du  roi  géant  Ravana  qui  les 
tyrannisait  de  toutes  manières  et  les  força  ainsi  à  s’enfuir 
dans  les  montagnes  avec  leurs  familles  et  leurs  trou¬ 
peaux,  nous  dit  Mgr  Laouënan  dans  son  ouvrage  sur  le 
Brahmanisme.  Selon  une  autre  version,  beaucoup  plus 
probable,  ils  seraient  les  restes  de  la  population  qui 
avait  donné  son  nom  au  Toda  ou  Touda-Mandalam.  Ainsi 
que  beaucoup  d’autres  habitants  des  montagnes  appelées 
les  Chattes  Occidentales,  ils  abandonnèrent  les  plaines 
pendant  les  guerres  de  religion  qui  désolèrent  le  Dra- 
vida,  du  ixe  au  xne  siècle,  soit  entre  les  Buddhistes  et  les 
Jaïnas  d’une  part,  et  les  Brahmanistes  d’autre  part,  soit 
entre  les  Vishnuvites  et  les  Sivaïtes.  » 

Le  costume  des  Todas  est  aussi  particulier  que  leur 
maintien  et  leur  visage.  Il  consiste  en  une  simple  toile, 
sorte  de  toge,  qu’ils  disposent  de  la  façon  la  plus  apte  à 
faire  ressortir  leurs  formes  musculaires. 

Les  femmes  ont  de  longues  tresses  qui  leur  tombent 
sur  les  épaules.  Une  singulière  coutume  chez  elles  est  de 
porter  une  ceinture  ou  chaîne  de  métal  sur  la  peau 
autour  de  la  taille.  Toutes  les  femmes  parvenues  à  l’âge 
mOir  et  toutes  les  jeunes  filles  sont  pourvues  de  cet 
appendice. 

Les  Todas  n’ont  pas  encore  embrassé  le  brahmanisme, 
Leur  culte  est  assez  problématique.  Us  semblent  adorer 
un  Être  suprême.  Les  uns  prétendent  qu’ils  ont  leurs 
divinités  propres,  dont  la  principale  est  une  cloche  qu’ils 
attachent  au  cou  du  meilleur  buffle  de  leurs  troupeaux 
et  qu’ils  s’adonnent  au  culte  des  esprits  et  des  morts,  ou 
encore  qu’ils  adorent  le  dieu  de  la  chasse  et  le  soleil. 
D’autres  croient  qu’ils  adorent  leurs  bufflonnes  et  Hiria- 
deva,  ou  le  dieu  du  ventre.  Chaque  auteur  qui  a  traité  des 
Todas  a  des  idées  différentes  souvent  même  contraires  à 
celles  des  autres,  au  sujet  de  leur  religion.  Aussi  pré¬ 
férons-nous  nous  en  tenir  à  ce  que  nous  avons  dit  ail¬ 
leurs  sur  ce  sujet  (2). 

Les  Todas  croient  à  la  transmigration  des  âmes  selon 
les  uns.  Selon  les  autres,  ils  croient  qu’après  la  mort 
elles  vont  dans  le  «  Oru-norr  ou  Am-norr,»  la  grande 
contrée. 

Comme  les  populations  aborigènes  du  Sirmour,  du 
Bassahire,  du  Kunawar,  du  Bhoutan,  du  Thibet  et  des 
monts  Siwalich,  comme  les  Kuragars  du  Coorg  au  som¬ 
met  des  Chattes  Occidentales,  qui  ont  les  mêmes  usages 
et  la  même  stature,  les  Todas  pratiquent  la  polyandrie. 
De  plus,  ils  admettent  l’infanticide  des  filles  au  moins  de 
celles  qui  viennent  au  monde  un  jour  néfaste.  Sur  les 
sept  jours  de  la  semaine  le  lundi,  le  mardi,  le  mercredi 
et  le  vendredi  sont  considérés  comme  des  jours  néfastes. 
Les  autres  jours  sont  des  jours  heureux.  Us  attachent 


(1)  Le  deuxième  Toda  figuré  au  fond  de  la  gravure  à  dror 
du  lecteur  est  celui  qui  a  accompli  le  voyage,  dont  j’ai  par 
jadis,  en  Amérique  et  en  Europe.  Son  fils  est  à  ses  côté 
Depuis  son  voyage  il  est  mal  vu  de  toute  sa  tribu. 

(2)  Voir  Naturaliste  du  15  octobre  1889,  p.  244.  Une  visi 
chez  les  Todas. 


une  grande  importance  à  cette  distinction  des  jours  qui 
influent  selon  eux  sur  toutes  leurs  entreprises. 

D’après  ce  que  nous  venons  de  dire,  on  comprend  que 
chez  les  Todas  il  y  ait  plus  d’hommes  que  de  femmes. 
On  le  comprendra  mieux  encore  quand  on  saura  qu’une 
femme  se  marie  à  tous  les  frères  d’une  même  famille  et 
qu’elle  compte  ainsi  quatre  à  cinq  maris. 

Us  n’ont  aucune  formalité  pour  les  mariages;  ils  con¬ 
cluent  les  alliances  par  choix  réciproque.  Le  jeune 
homme  offre  seulement  aux  parents  de  la  jeune  fille  de 
six  à  huit  buffles.  Quand  la  nouvelle  mariée  arrive  à  la 
maison  de  son  mari,  elle  est  obligée,  au  cas  où  il  a  des 
frères,  de  les  reconnaître  comme  ses  maris  et  de  leur 
rendre  les  services  et  l’obéissance  qui  sont  du  devoir  de 
l’épouse. 

Hector  Léveillé. 

(A  suivre.) 


LA  COULEUR  VERTE  DES  ANIMAUX 


Il  existe  des  animaux  colorés  en  vert  comme  les  plantes:  la 
liste  de  ceux  que  Ton  connaît  est  déjà  longue  et,  ce  qui  est 
remarquable,  c’est  qu’ils  appartiennent  à  des  groupes  très  dif¬ 
férents.  La  Convoluta  Schultzii  est  un  ver  du  sous-ordre  des 
Rhabdocœles;  VHydra  viridis  est  un  cœlentéré  du  sous-em¬ 
branchement  des  Cnidaires  ;  les  Spongiaires  sont  représentés 
par  Spongilla  viridis. 

Mais,  c’est  surtout  chez  les  Protozoaires  que  Ton  trouve  le 
plus  grand  nombre  d’animaux  colorés  en  vert;  il  suffit  de  citer 
chez  les  Infusoires  ciliés  :  Paramæcium  Bursaria  (fig.  2), 
Ophrydium  versatile  (fig.  1),  Stentor  polymorphus,  Coleps 
hîrlus,  etc.;  sans  parler  de  quelques  Rhizopodes,  il  existe  un 
un  Flagellé  coloré  en  vert  de  la  même  manière  :  c’est  1  ’Aniso- 
nema  viridis  (fig.  I). 

Si  Ton  veut  se  procurer  quelques-uns  de  ces  intéressants 
animaux,  en  voici  deux  dont  la  récolte  et  la  culture  sont  relati¬ 
vement  très  faciles. 

Recueillons  dans  un  marais  des  plantes  aquatiques,  des 
algues,  des  fragments  de  bois  qui  ont  séjourné  dans  l’eau  et 
disposons  ces  objets  dans  de  grandes  cuvettes  dont  la  surface, 
aura  été  recouverte  extérieurement  d’un  enduit  opaque  :  la  cou¬ 
leur  blanche  est  préférable  aux  autres.  Au  bout  d’un  certain 
temps,  on  verra  sur  les  parois  du  vase  des  Hydres  vertes  en 
abondance  :  elles  s’allongent  perpendiculairement  à  la  surface, 
développent  leurs  tentacules,  se  rétractent  brusquement  pour 
s’étirer  à  nouveau  un  instant  après. 

Pour  obtenir  le  Paramæcium  Bursaria,  il  suffit  de  conserver 
dans  des  flacons  les  diverses  algues,  Spirogyres,  Clado- 
phores,  etc.,  qui  tapissent  les  bassins,  les  réservoirs;  les  Para¬ 
mécies  se  développent  en  quantité  considérable  dans  ces  flacons, 
formant  légion  du  côté  exposé  à  la  lumière. 

A  quoi  est  duc  cette  couleur  verte  des  animaux?  Peut-on  la 
comparer  en  tous  points  à  celle  des  plantes?  Voilà  une  question 
qui  divise  les  naturalistes  ;  les  uns  se  prononcent  pour  l’affir¬ 
mative,  quelques-uns  hésitent,  plusieurs  disent  non  ;  examinons 
donc  le  problème  de  plus  près. 

Dans  les  plantes,  la  couleur  verte  est  due  à  des  portions  diffé¬ 
renciées  de  protoplasma  imprégnées  de  chlorophylle  ;  c’est  ce 
qu’on  appelle  des  chlorolcucites  ;  il  y  en  a  de  toutes  les  formes  ; 
la  plupart  sont  discoïdes  (fig.  4),  quelques-uns  sont  étoilés; 
d’autres,  comme  dans  les  Spirogyres,  ont  la  forme  d’un  ruban 
spiralé  (fig.  6). 

A  un  premier  examen,  la  couleur  verte  des  animaux  semble 
avoir  la  même  origine;  c’est  bien  de  la  chlorophylle  et  cette 
chlorophylle  imprègne  dans  le  protoplasma  des  corpuscules  dis¬ 
tincts  qui  ressemblent  aux  chlorolcucites  globuleux  des  plantes 
(  fig.  1-2)  ;  mais  une  première  différence,  c'cst  que  chez  tous  les 
animaux  verts,  les  corpuscules  colorés  ont  même  forme  ;  chez 
les  plantes  et  chez  les  animaux,  les  corpuscules  verts  se  multi¬ 
plient  par  division. 

11  est  nécessaire  de  pousser  plus  loin  nos  investigations,  car 


i  premières 


jssemblances 


i  tromper. 


;hez  les  plantes,  les  cliloroleucitcs  appartiennent  à  la  cel¬ 
lule  au  même  titre  que  la  membrane  cellulosique  et  le  noyau  ; 


LE  NATURALISTE 


eloppement  do  scs  Zoochlorelles  isolées 

4.  Chlorolcucites  discoïdes  dans  une  cellule  végétale. 

5.  Palmella  hualina,  avec  des  cellules  semblables  aux 
.  <  '  ! 1 1 . . r.  I ! . ■  u<; !!>■-;  on  ruban  spiral.-  des  Spirngyra. 

7.  Anisimrma  viridis  Avec  Zoochlorelles. 

8.  Colonie  gélatineuse  d’Ophrydium. 

9.  Vue  do  la  surface  après  traitement  à  l’hématoxylim 


nombreuses  Zoochlorelles. 
en  culture  libre. 

Zoochlorelles. 


ils  sont  une  simple  différenciation  du  protoplasma  fondamental.  I  due  à  des  chlorolcucites,  comme  chez  les  plantes;  ce  sont  des 
11  n’en  est  plus  de  même  dans  les  corpuscules  verts  des  aui-  I  algues  vertes,  les  Zoochlorelles,  qui  ont  élu  domicile  dans  les 
maux;  on  peut  y  constater  d’abord  la  présence  d’une  mem-  I  tissus.  Je  sais  que  là,  beaucoup  de  lecteurs  vont  m’arrêter  en 
brane  de  la  manière  sui¬ 
vante.  On  fixe  l’animal  à  l’a¬ 
cide  chromique  à  1  0/0  et  on 
colore  ensuite  à  l’hématoxy- 
line;  dans  ces  conditions,  la 
coloration  devient  très  inten¬ 
se  ;  on  déshydrate  ;  on  laisse 
assez  longtemps  dans  l'es¬ 
sence  de  girofle  et  on  monte 
la  préparation  au  baume  du 
Canada.  L’observation  n’est 
pas  possible  immédiatement, 
mais  la  décoloration  se  fait 
peu  à  peu  et  au  bout  d’une 
quinzaine  do  jours,  la  mem¬ 
brane  se  présenté  avec  une 
grande  netteté  ;  cetto  mem¬ 
brane  est  de  nature  cellulo¬ 
sique.  Ce  même  procédé  sert 
à  mettre  en  évidence  dans 
les  corpuscules  verts,  un  pe¬ 
tit  corps  central  qui  n'est 
autre  chose  qu’un  novau 
(fig.  3). 

Ainsi  donc,  les  prétendus 
cliloroleucitcs  des  animaux 
ont  la  structure  d’une  cellule  ; 
on  pourrait  déjà  en  conclure 

que  ce  sont  des  productions  étrangères  à  l’animal  qui  les  ren¬ 
ferme  et  qui'  est  souvent  lui  aussi  unicellulairc  ;  nous  sommes 
donc  autorisé  des  maintenant  à  les  appeler  du  nom  qui  leur  a 
été  donné,  celui  de  Zoochlorelles. 

La  démonstration  cependant  peut  être  poussée  plus  loin.  En 
effet,  cultivons  le  Parainæcium  Bursaria  en  cellule  humide  ; 
là  nous  pourrons  l’observer  à  notre  aise.  Si  les  conditions  ne 
sont  pas  favorables  à  son  existence,  ce  qui  arrive  souvent,  il 
éclate  et  tous  les  corpuscules  verts  se  trouvent  mis  en  liberté  ; 
non  seulement  ils  continuent  de  vivre,  mais  quelques-uns 
d  entre  eux  se  divisent  et  peuvent  même  s'enkyster  (fig.  3). 

Que  l’on  essaie  d’en  faire  autant  avec  les  chlorolcucites  des 
plantes  !  La  culture  des  corpuscules  verts  isolés  des  animaux 
réussit  même  parfois  trop  bien,  on  pourrait  dire  ;  car  on  a  été 
jusqu'à  décrire  leur  transformation  en  diverses  algues,  telles 
que  ;  Scenedesmus,  Rhaphidium,  Pteurococcus;  inutile  de  dire 
que  l’erreur  provenait  d’algues  ingérées  par  l’animal  et  qui  se 
trouvaient  mêlées  aux  Zoochlorelles. 

Désire-t-on  encore  des  preuves  à  l’appui  du  parasitisme  des 
Zoochlorelles?  Eh  bien,  il  n’y  a  qu’à  répéter  les  expériences 
de  Schewiakoff  qui,  prenant  des  Front  onia  !  encan  incolores, 
les  met  en  relation  avec  des  Zoochlorelles  isolées  ;  bientôt  le 
Frontonia  leucas  montre  une  belle  couleur  verte  qu’il  conscr- 


Puisque  les  Zoochlorelles  so 
rolcucites  analogues  à  ceux  des 
Dans  le  groupe  des  algues,  as 
sèment  une  tout  à  fait  voisine 


,  des  parasites  et  non  des  chlo- 
égétaux,  où  doit-on  les  classer? 
;ues,  assurément,  et  j’en  connais  préci- 
roisine  ;  c’est  la  Palmella  hyalina ,  es¬ 
pèce  créée  par  notre  savant  algologistc  normand,  De  Brébisson. 
Ce  Palmella  (fig.  a)  est  formé  par  des  colonies  de  petites  cel¬ 
lules  :  elles  ressemblent  exactement  pour  la  grosseur  et  la 
structure  aux  Zoochlorelles  :  chaque  cellule  a  une  mince  mem¬ 
brane  et  un  petit  noyau  central;  ces  cellules  sont  réunies 
ensemble  par  de  la  gélatine  qu’elles  sécrètent. 

Les  Zoochlorelles  sécrètent  également  de  la  gélatine,  et  cette 
sécrétion  contribue  à  expliquer  qu’elles  puissent  vivre  à  l’abri 
de  l’action  des  sucs  digestifs;  il  est  vrai  qu’étant  en  général, 
chez  les  Infusoires,  situées  dans  la  partie  superficielle  de  l’cn- 
doplasmc,  elles  se  trouvent  quelque  peu  garanties;  cependant, 
dans  les  Paramécies,  il  n’est  pas  rare  de  voir  les  Zoochlorelles 
tomber  dans  la  cavité  générale  et  prendre  part  aux  mouvement  ; 
du  protoplasma  qui  s’y  produisent.  Nul  doute  aussi  que  cette 
sécrétion  do  gélatine  des  Zoochlorelles  ne  soit  utilisée  par  les 
Infusoires  gélatineux  comme  l'Ophrydium  versatile  (fig.  8),  par 
exemple  ;  dans  ce  dernier  genre ,  chaque  individu  s’entoure 
d’une  couche  épaisse  de  gélatine  (fig.  9). 

Nous  avons  attribué  aux  Zoochlorelles  le  rôle  de  parasites  : 
le  parasitisme  ici  est  d’une  nature  spéciale  ;  le  consortium  est 
avantageux  aux  deux  parties:  il  y  a  symbiose.  En  résumé,  nous 
pouvons  conclure  que  ia  couleur  verte  des  animaux  n’est  point 


m’objectant  l’e 
Chlorogonium 
qui  grouillent  < 


dstcnce  de 
Phacotus, 
ans  les  flaqu 


toute  une  nuee  d  organismes  verts, 
Zhlamydomonas,  zoospores  diverses 
!S  d’eau  par  un  soleil  de  printemps  (1). 


ESPÈCES  DU  GENRE  HÉLIX  PEU  COMMUNES  EN  FRANCE 


Hélix glacialis (Thom.  .  —Cette  Hélice,  qui  offre  quelque 
ressemblance  avec  VHelix  variabilis,  a  la  coquille  plus 
déprimée,  striée,  de  coloration  fousse  avec  une  fascie 
brune.  Trouvée  d’abord  dans  le  Haut-Oisons  (Isère),  cette 
espèce  resta  longtemps  rare  dans  les  collections. 
M.  l’abbé  Dupuv,  qui  n’avait  pu  s’en  procurer  que 
quelques  individus,  fut  informé  par  M.  Oarnier,  inspec¬ 
teur  des  forêts,  qu’elle  était  abondante  à  Lanslebourg 
(Savoie).  Ne  pouvant  s'y  rendre  pour  faire  personnelle¬ 
ment  des  recherches,  il  employa  un  moyen  ingénieux 
qu’il  aimait  à  raconter  :  il  écrivit  au  facteur  rural  de 
cette  localité  en  lui  envoyant  un  spécimen  d’if,  gla- 
dalis  et  lui  promettant  une  récompense  s’il  voulait  lui 
recueillir  un1  certain  nombre  de  ces  Hélices.  Quelque 
temps  après,  l’abbé  recevait  par  la  poste  une  boîte  en¬ 
tièrement  remplie  des  Hélices  tant  désirées.  11  s’em¬ 
pressa  d’envoyer  au  brave  facteur  une  somme  tellement 
rémunératrice  qu’il  reçut  une  lettre  par  laquelle  ce 
modeste  fonctionnaire  se  mettait  à  sa  diposition  pour 
lui  procurer,  à  l’avenir,  autant  d’Hélices  qu’il  en  dési¬ 
rerait. 

(Iràce  aux  recherches  qui  ont  été  faites  depuis  plu- 


(1)  Travaux  consultés  ;  1°  Brandi,  liber  die  morph.  u.  pkys. 
Bedentung  des  chlorophylls  bei  Thiercn  Mitt.  der  Zool.  si. 
Seapel,  B.l  IV,  1883). 

2°  Entz.  Uebcr  die  natur  der  «  Chlorophyllkorpcrchen  »  nic- 
dcrc  Thierc  [Itiol.  Centralblal,  I,  1881). 

3°  Butschli.  Protozoa,  p.  1832,  1839  llroun’sklassen  and 
ordnungen,  1889). 

4‘  Balbiani.  Évolution  des  micro-organismes  animaux  et 
végétaux  ( Journal  de  micrographie,  1887,  p.  370). 

.7°  Dangeard.  Contribution  à  l’étude  des  organismes  inférieurs 
Le  Botaniste,  2e  série,  Caen,  1890). 


130 


LE  NATURALISTE 


sieurs  années,  on  sait  aujourd’hui  que  cette  espèce 
habite  les  Alpes  de  la  Savoie  et  du  Dauphiné  :  le  versant 
français  du  mont  Thabor  (Drouet),  Lans-le-Villard  et  Bra- 
mans  (Dum.  et  Mortillet),  le  mont  Cenis  au-dessus  de 
Lanslebourg;  Chamonix  dans. la  Haute-Savoie;  la  Pyra¬ 
mide  aux  Grandes-Rousses,  dans  l’Isère;  le  mont  Ge- 
nèvre  dans  les  Hautes-Alpes  (Locard).  On  la  trouve  sur 
les  buissons,  dans  les  fentes  des  rochers,  sous  les  pierres 
recouvertes  de  mousse. 

Hélix  Magnetti  (Contr.).  Hélix  Serpentina  (Dupuy). 
—  Cette  espèce,  qui  n’est  qu’une  variété  de  VH.  Ser¬ 
pentina  commune  en  Italie,  a  la  coquille  maculée  de 
traits  en  zigzag  bruns  sur  un  fond  blanc.  On  ne  la  trouve 
que  dans  le  département  du  Var,  aux  environs  de  Toulon 
et  de  Saint-Cyr;  elle  vit  contre  les  rochers,  au  pied  )des 
murs  en  pierres  sèches. 

Hélix  Orgonensis  (Phil.).  —  Cette  Hélice,  qui  est  inter¬ 
médiaire  entre  les  H.  Serpentina  et  muralis,  doit  son 
nom  à  l’unique  localité  qu'elle  habite.  Orgon  (Bouches- 
du-Rhône).  M.  Coutagne  (1)  a  donné  des  indications  pré¬ 
cises  destinées  à  guider  les  malacologistes,  à  la  recherche 
de  cette  espèce  :  «  Le  sommet  de  la  montagne  Notre- 
Dame  ou  de  Beauregard  à  Orgon  est  constitué  par  des 
assises  très  inclinées  de  calcaire  néocomien;  le  vent  et 
la  pluie  l’ont  presque  complètement  dépouillé  de  terre 
végétale  et  le  rocher  rivalise  de  blancheur  avec  les 
coquilles  de  Leucochroa  candidissima  qui  sont  répandues 
en  abondance  à  sa  surface.  Au-dessous  et  jusqu’au  bas, 
sur  le  flanc  septentrional  de  la  montagne,  les  éboulis 
cachent  en  partie  le  rocher,  qui  ne  reparaît  que  çà  et  là, 
dans  de  petits  escarpements  à  peu  près  parallèles  qui, 
alternant  avec  les  talus  d’éboulis,  déterminent  un 
ensemble  un  peu  confus  de  trois  ou  quatre  gradins.  Les 
Hélix  Orgonensis  vivent  au  gradin  supérieur,  tout  auprès 
des  ruines  qui  couvrent  le  sommet;  elles  se  tiennent 
dans  les  fissures  des  tochers,  ou  appliquées  très  haut, 
dans  les  moindres  petites  dépressions  de  la  partie  sur¬ 
plombante  de  l’escarpement,  où  l’on  a  de  la  peine  à  les 
apercevoir  et  surtout  à  les  atteindre  ;  une  canne  légère 
de  deux  à  trois  mètres  de  long  est  un  engin  à  peu  près 
indispensable  pour  cette  chasse.  » 

Hélix  personata  (Lam.).  —  Cette  Hélice,  qui  par  la  forme 
de  son  ouverture  offre  une  grande  ressemblance  avec 
plusieurs  espèces  de  l’Amérique  du  Nord,  n’est,  pas  très 
rare,  mais  elle  est  localisée  dans  les  régions  monta¬ 
gneuses  de  l’Est  de  la  France  :  Vosges,  Jura,  Doubs, 
Savoie,  Haute-Savoie,  Isère,  Rhône  et,  Drôme.  Elle  vit 
dans  les  fentes  des  rochers  recouverts  de  mousse,  au 
pied  des  arbres,  sous  la  mousse  et  les  feuilles  mortes. 

Hélix  Quimperiana  (Fer.).  —  Bien  avant  l’époque  où 
l’on  a  connu  sa  véritable  patrie,  cette  Hélice  avait  été 
découverte  en  Bretagne  où  elle  a  dù  être  importée.  On 
la  trouve  dans  le  Morbihan  :  Tour  d’Elvin  près  Males- 
troit  ;  dans  le  Finistère,  aux  environs  de  Quimper,  de 
Brest  à  Landvennec,  à  Louveac,  à  Plougastel,  à  Saint- 
Marc. 

Mais  elle  est  beaucoup  plus  abondante  dans  la  région 
Pyrénéenne,  sur  toute  la  frontière  d’Espagne  :  on  la 
trouve  à  Olhette,  Sarc,  le  Mont  d’Arrain,  Saiut-Jean-de- 
Luz,  à  Hendaye  dans  les  murs  de  clôture  des  jardins 
près  du  vieux  fort.  Elle  se  plaît  dans  les  endroits  frais 
et  ombragés,  sous  les  pierres,  au  pied  des  murs,  dans 


(t)  G.  Coutagne.  Notes  sur  la  faune  malacologique  du 
bassin  du  Rhône,  page  il. 


les  interstices  des  rochers  et  dans  les  fentes  des  vieilles 
murailles. 

Hélix  Rongiana  (Fer.).  —Cette  espèce,  remarquable  par 
l’ouverture  de  sa  coquille  qui  est  terminée  par  un  pli 
tordu  et  formant  gouttière,  n’a  été  trouvée  que  dans  deux 
départements  :  dans  les  Pyrénées-Orientales,  cap  Cer¬ 
bère,  Banyuls-sur-Mer,  Port-Vèndres,  Collioure,  torrent 
de  Ravaner,  Vernet-les-Bams;  dans  le  département  du 
Var,  à  Ollioules.  Peu  abondante  dans  ces  localités,  elle 
recherche  les  endroits  chauds  et  humides,  les  bords  des 
ruisseaux  où  elle  s’enfouit  sous  la  terre  humide.  On  la 
trouve  aussi  sous  les  murs  de  pierres  sèches  qui  bordent 
les  vignes  et  dans  les  ruines  où  elle  s’introduit  dans  les 
crevasses  des  vieilles  murailles. 

Hélix  rillosa  (Studer).  —  Cette  Hélice  a  la  coquille 
mince,  cornée,  rousse  et  recouverte  de  poils  courts  et 
soyeux.  Elle  habite  avec  l’H.  personata,  les  parties 
montagneuses  de  l’Est  de  la  France  :  le  Jura,  le  Doubs, 
la  Savoie,  l’Ain,  l'Isère.  On  la  trouve  dans  les  endroits 
frais,  au  pied  des  vieux  arbres,  sous  les  feuilles  et  la 
mousse. 

Hélix  Zonata’(J)VLp.)  =  Hfœtens  (Mod.Tand.).  —  Cette  es¬ 
pèce  à  la  coquille  déprimée,  ombiliquée,  de  coloration 
grise  avec  une  fascie  brune.  Elle  n’habite  que  dans  les 
régions  montagneuses  :  dans  les  Hautes-Alpes  aux  envi¬ 
rons  de  Briançon  ;  dans  la  Savoie  ;  Bonneval,  Tignes,  val 
de  Pesey,  glacier  de  Lâchât,  Saint-Mail  in-de-Belleville, 
Bramans  (Dum.  et  Mortillet)  ;  dans  les  Basses-Alpes  aux 
environs  de  Digne;  dans  les  Alpes-Maritimes,  aux  envi¬ 
rons  de  Grasse  et  d’Antibes.  Elle  vit  dans  les  vallées,  au 
pied  des  rochers,' sous  les  pierres. 

Albert  G  rang  k  ii. 


NOTE  SUR  LA  CLASSIFICATION  DES  BASIDIOMYCÈTES 

(i Champignons ) 


Il  n’est  pas  nécessaire  d’avoir  étudié  pendant  long¬ 
temps  les  sciences  naturelles  pour  savoir  que  ce  n’êst 
pas  le  nombre  d’espèces  contenues  dans  un  groupe 
d’ordre  plus  élevé  qui  fait  la  valeur  et  l’importance  de 
ce  groupe  au  point  de  vue  de  la  classification.  C’est  uni¬ 
quement  la  valeur  des  différences  existant  entre  deux 
séries  de  formes  vivantes  qui  donne  à  la  ligne  de  démar¬ 
cation  tracée  entre  ces  deux  séries  sa  portée  scientifique, 
sa  signification  philosophique,  quel  que  soit  d'ailleurs  le 
nombre  des  espèces  que  leur  organisation  fait  placer 
respectivement  de  chacun  des  côtés  de  cette  ligne  de  dé¬ 
marcation. 

Nul  zoologiste  n’ignore,  par  exemple,  qu’a  lui  seul, 
YAmphioxus  constitue  un  groupe  de  valeur  systématique 
égale  à  celui  que  forme  l’ensemble  de  tous  les  autres 
Vertébrés. 

Dans  l'immense  majorité  des  espèces  appartenant  à  la 
classe  des  Champignons  auxquels  on  donne  le  nom  de 
Basidiomy cilles,  l’organe  qui  donne  naissance  aux  spores 
présente  une  uniformité  des  plus  remarquables.  L’on 
sait  qu’en  général  des  filaments  du  Champignon  dis¬ 
posent  tous  parallèlement  les  unes  aux  autres  leur  cel¬ 
lule  terminale,  et  qu’ainsi  se  trouve  constituée  une  couche 
spéciale  que  l’on  appelle  hyménium  (fig.  1,  h).  Ces  cel¬ 
lules  de  l’hyménium  habituellement  renflées  en  massue 
portent  le  nom  de  hasides  là).  A  leur  sommet  il  se  pro- 


LE  NATURALISTE 


131 


duit  un  petit  nombre  de  prolongements  courts  et  grêles,  i 
quatre  le  plus  souvent;  on  les  nomme  stérigmates  (st). 
L’extrémité  de  ces  stérigmates  se  renfle  en  une  partie 


Fig.  t.  —  Coupc  transversale  d’une  lame  d’Agaric  (Coprin).  — 
h,  hyménium;  fia,  baside;  st,  stérigmate;  sp,  spore  (d’après 
M.  Brefeld). 

généralement  globuleuse  ou  ovoïde  qui  est  la  spore  (sp), 
spore  qui,  à  la  maturité,  se  sépare  du  stérigmate  par 
une  cloison,  se  détache  et  donne  en  germant  naissance 
à  un  être  nouveau.  Entre  les  basides  il  y  a  souvent  des 
cellules  plus  grosses  qui  restent  stériles;  on  les  appelle 
eystides. 

A  cause  de  la  constance  de  sa  forme,  de  la  grande 
uniformité  de  son  mode  de  naissance  et  de  développe- 
ment,  la  baside,  cellule  unique,  non  divisée,  nous  paraît 
être  un  organe  d’une  importance  capitale  au  point  de 
vue  morphologique. 

Ajoutons  que  les  Champignons  qui  possèdent  des  ba¬ 
sides,  telles  que  nous  venons  de  les  décrire,  présentent 
entre  eux,  à  tous  les  autres  égards,  les  plus  grandes 
variations.  Quelles  différences  d’aspect  extérieur,  de 
forme,  de  mode  de  vie  n’existe-t-il  pas  entre  le  Champi¬ 
gnon  de  couche  et  le  Polypore  amadouvier,  entre  les  Stereum 
et  les  Exobasidiam,  entre  les  Hydne s  et  les  Lycoperdons  ? 

Cette  circonstance  ne  peut  faire  qu’augmenter  la  va¬ 
leur  que  nous  devons  attribuer  à  la  baside,  organe  qui 
reste  semblable  à  lui-même,  malgré  la  variété  des  fruc¬ 
tifications  sur  lesq  uelles  il  se  forme. 

Nous  en  concluons  que,  en  sens  inverse,  quand  nous 
rencontrerons  une  forme  de  baside  différente,  nous  de¬ 
vrons  considérer  les  espèces  qui  présenteront  cette  par¬ 
ticularité,  comme  différant  beaucoup,  au  point  de  vue 
systématique,  des  espèces  à  basides  ordinaires.  Le  nom¬ 
bre  des  formes  qui  présentent  ces  basides  spéciales  est 
très  faible  relativement  à  celui  des  formes  à  basides  nor¬ 
males.  Cela  ne  doit  pas  nous  empêcher  d’en  constituer 
un  groupe,  même  plusieurs  comme  nous  le  verrons  plus 
loin,  dont  chacün  a  une  valeur  systématique  égale  à 
celle  de  l’immense  quantité  des  espèces  qui  possèdent 
la  baside  typique. 

Ainsi,  prenons  pour  exemple  le  genre  Dacrymyees. 
Les  espèces  de  ce  genre  se  présentent  sous  l’aspect  de 
petites  masses  molles,  très  irrégulièrement  plissées,  vi¬ 
vant  sur  les  troncs  ou  les  branches  d’arbres.  Si  l’on  y 
pratique  une  coupe  mince,  l’on  trouve  un  hyménium, 
mais  les  basides  n’ont  pas  la  forme  décrite  plus  haut. 
Elles  sopt  très  allongées  (fig.  2,  D,  b),  assez  grêles,  four¬ 
chues,  éfnettantà  leur  sommet  deux  longs  prolongements 
qui  traversent  la  matière  mucilagineuse  périphérique  ; 
ce  sont  deux  stérigmates  (D,  s()  ayant  à  leur  extrémité 
eliacufl  une  spore  (D,  sp). 

Ce  caractère  isole  assurément  les  Dacrymyees  des  formes 
précédentes.  Les  espèces  qui  possèdent  ces  basides  four¬ 
chues  et  à  deux  longs  stérigmates  sont  peu  nombreuses 
et  elles  appartiennent  à  quatre  genres  seulement.  Elles 


n’en  constituent  pas  moins  un  groupe  bien  défini,  très 
distinct. 


la  baside  et  formation  dés  spores  ;  ha,  baside;  st,  stérigmate; 
sp,  spore  (d’après  M.  Brefeld). 


Dans  un  autre  genre,  le  genre  Tulasnella  (1),  qui 
forme  sur  les  arbres  de  petites  masses  molles  et 
irrégulières,  les  basides  sont  très  différentes  des  précé¬ 
dentes.  Les  stérigmates,  au  lieu  d’être  longs  et  grêles, 
sont  au  contraire  courts  et  très  épais  (fig.  2,  1,  st).  En 
léger  étranglement  sépare  la  partie  inférieure  de  la  baside 
de  l’ensemble  de  ces  quatre  stérigmates,  et  chacun  de 
ces  derniers  présente  un  prolongement  grêle  qui  porte 
la  spore  (T,  sp). 

11  n’existe  qu’un  seul  genre  présentant  de  telles  basides, 
Néanmoins  il  doit  être  considéré  comme  constituant  a 
lui  seul  un  groupe  comparable  aux  deux  précédents. 

Dans  ces  trois  catégories  de  Basidiomycètes,  les  basides 
bien  que  présentant  entre  elles  les  différences  que  nous 
avons  signalées,  ont  cependant  un  caractère  commun  : 
elles  ne  sont  pas  cloisonnées.  On  peut  donc  rapprocher 
ces  trois  groupés  l’un  de  l'autre  pour  en  constituer  un 
groupe  d’ordre  plus  élevé,  caractérisé  précisément  par 
l’existence  d’une  baside  non  cloisonnée. 

Un  autre  groupe  correspondant  à  celui-ci  réunira 
toutes  les  formes  chez  lesquelles  la  baside  est  cloisonnée. 
Nous  y  reviendrons  dans  un  instant.  Mais  auparavant 
entrons  un  peu  plus  avant  dans  l’étude  du  premier  de 
ces  grands  groupes  que  nous  venons  de  reconnaître  chez 
les  Basidiomycètes.  11  est  nécessaire  de  faire  connaître 
les  diverses  divisions  et  subdivisions  qui  y  sont  généra¬ 
lement  admises  ou  que  nous  proposons.  Nous  allons 
d’ailleurs  rencontrer  des  noms  dont  nous  aurons  besoin 
plus  loin  pour  faire  certaines  comparaisons. 

Si  l’on  emploie  le  mot  classe  pour  désigner  l’ensemble 
des  Basidiomycètes,  nous  y  distinguerons  deux  sous- 
classes. 


I.  Basidiomycètes  à  basides  non  cloisonnées  : 

II.  Basidi . ycètes  à  basides  cloisonnées. 

La  première  des  sous-classes  comprendra,  d’après  ce 
que  nous  venons  de  dire,  trois  ordres  : 

t°  Basidiomycètes  à  basides  en  massue,  pourvues  de 
stérigmates  courts  et  grêles  (le  plus  souveut  au  nombre 
de  quatre).  Ce  sont  les  Basidiomycètes  proprement  dits; 

2°  Basidiomycètes  à  basides  fourchues,  possédant  deux 
longs  stérigmates;  Champignons  gélatineux.  Désignons 
cet  ordre  par  le  nom  de  dacrymycétacéf.s; 

3»  Basidiomycètes  à  baside  en  massue  donnant  nais 
sance  à  quatre  stérigmates  courts  et  épais.  Ce  sera  1  or¬ 
dre  des  TULASNELLACÉES. 

(.4  suivre.)  L.  Dufour. 


(1)  Ce  genre  a  porté 
être  adopté  cojnme  le 
tremella ,  Pachysteriijn 
1889,  p.  59). 


plusieurs 
plus  anciei 


parM. 


u  Voyez  :  Tulasnella,  Proto- 
C osv.intin.  Journal  de  botanique 


LE  NATURALISTE 


132 


DESCRIPTION  DE  LÉPIDOPTÈRES  NOUVEAUX 


Plj  cliopler  jx  ?  dneissa  n.  sp.  55  millimètres  Supérieures 
légèrement  acuminêes ,  inférieures  bien  arrondies.  Le  dessus 
des  quatre  ailes  est  blanc,  le  tiers  apical  des  supérieures  est 
d’une  belle  teinte  rouge  orangée  bordée  extérieurement  de 
brun  couleur  brique.  Cette  dernière  teinte  continue  jusqu’à 
l’angle  interne.  Base  des  supérieures  finement  saupoudrée  d’a¬ 
tomes  noirs.  Un  petit  point  noir  cellulaire.  Dessous  des  supé¬ 
rieures  blanc  pur,  avec  la  partie  apicale  teintée  par  transpa¬ 
rence  de  rose  et  parcourue  par  de  fines  stries  rousses.  Dessous 
des  inférieures  jaunâtre  également  strié  de  roux  et  traversé  au 
milieu  d’une  ligne  rigide,  droite  et  de  teinte  roux-jaunâtre.  Un 
exemplaire  de  Mendela  (Zanguebar). 

Oxcoschistus  loxo,  n.  sp.  62  millimètres.  Dessus  des 
quatre  ailes  brun-roux  luisant  uniforme.  Dessous  des  supé¬ 
rieures  gris-brun  avec  l’indication  d’une  ligne  subterminale, 
plus  pâle,  irrégulièrement  dentelée  et  contenant  trois  points 
plus  foncés  à  centre  noir.  Dessous  des  inférieures  gris  saupoudré 
de  blanc,  traversé  au  premier  tiers  de  l’aile  par  une  ligne  brisée 
formée  de  trois  taches  blanchâtres,  puis  par  une  double  ligne 
très  large,  blanchâtre,  à  bords  fort  irréguliers  et  contenant 
dans  son  centre  une  série  ininterrompue  de  sept  à  huit  points 
blancs  tous  entourés  d’une  auréole  brun-noir  formant  ligne 
(les  deux  points  blancs  les  plus  rapprochés  approches  de  l’angle 
anal  sont  géminés).  Les  ailes  sont  dentelées,  les  inférieures 
plus  largement  ét  se  rapprochent  comme  forme  de  celles 
d’Oxeoschistus  Prochyta  Hew.,  elles  sont  toutefois  plus  élan¬ 
cées,  moins  arrondies.  La  frange  est  concolore  dans  les  sail¬ 
lies,  blanchâtre  dans  les  rentrées.  Un  spécimen  bien  frais  pro¬ 
venant  de  Colombie. 

P.  Dognix. 


SOCIÉTÉ  Z00L0GIQUE  DE  FRANCE 

Séance  du  10  mars  1S91  —  Dans  une  note  sur  deux  infu¬ 
soires  nouveaux  des  environs  de  Paris,  M.  A.  Certes  signale 
quelques  observations  sur  le  rôle  îles  grands  froids  dans  le 
développement  de  la  faune  microscopique.  Le  31  janvier  dernier, 
•l’auteur  recueillait  des  feuilles  mortes  sous  une  épaisse  couche 
de  glace,  dans  une  petite  mare  de  la  forêt  de"  Ci-écy,  et  le  soir 
même  il  constatait  la  présence  d’un  Rotifèrc  et  de  nombreux 
Infusoires  ciliés  ;  par  contre  les  Infusoires  flagellés  faisaient 
presque  complètement  défaut.  Parmi  les  Infusoires  ciliés  se 
trouvait  un  Conchophthirius ,  qui,  contrairement  à  toutes  les 
espèces  connues  de  ce  genre,  n’est  pas  parasite  et  paraît  se 
plaire  surtout  sur  les  Batrachospermes,  petites  Algues  rouges 
qui  vivent  dans  les  eaux  douces.  Cette  espèce  nouvelle  est  dési¬ 
gnée  par  M.  Certes  sous  le  nom  de  C.  Metchkoffi . 

M.  le  baron  d’Hamonville  donne  une  liste  des  oiseaux 
recueillis  par  M.  Emile  Deschamps  sur  la  côte  de  Malabar.  Ces 
oiseaux  n’ont  pas  été  recueillis  à  plus  de  cinq  ou  six  milles  de 
la  côte.  La  liste  comprend  cinquante-six  espèces  parmi  lesquelles 
se  trouvent  le  Ploceus  philippina ,  Gmelin,  ou  Tisserin  repré¬ 
senté  par  treize1  males,  huit  femelles,  avec  le  nid  et  les  œufs. 
«  On  sait  que  le  poin  de  Tisserin,  dit  M.d’Hamonvillc,  porté  par 
cet  oiseau,  lui  vient  de  l’art  avec  lequel  il  tisse  son  nid.  Celui-ci 
se  compose  de  deux  parties  distinctes,  tressées  exclusivement  en 
fibres  végétales.  C’est  d’abord  un  long  tube  renflé  au  milieu,  qui 
n’a  pas  moins  d’un  mètre  cinquante-cinq  centimètres  de  longueur 
totale.  La  partie  basse  a  un  diamètre d’epviron  huit  centimètres  : 
c’est  par  là  que  l'oiseau  monte  à  l’endroit  réservé  à  la  ponte,  et 
qui  se  trouve  au  milieu  du  tube,  dans  sa  partie  renflée.  De  ce 
point,  le  tube  se  prolonge  d’environ  cinquante  centimètres,  mais 
en  se  rétrécissant,  en  sorte  qu'il  n’est  plus  guère  que  de  la  gros¬ 
seur  du  pouce,  mais  en  restant  ouvert  à  cette  autre  extrémité, 
sans  doute  pour  établir  un  léger  courant  d’ air  nécessaire  à  la 
couveuse.  Au-dessus  de  cette  ouverture  toutes  les  fibres  sont 
réunies  pour  former  une  sorte  de  cordeau  par  lequel  le  nid  est 
solidement  fixé  au  sommet  d'un  arbre.  C’est,  du  reste,  sa  seule 
attache,  le  petit  édifice  reste  flottant.  Si  l’on  entr’ouvre  ce  tissu, 
épais  d’environ  un  centimètre,  mais  très  serré  et  très  solide, 
on  découvre  à  l’intérieur  et  vis-à-vis  l’ampoule  une  charmante 
petite  coupe,  très  mince,  admirablement  tressée,  et  qui  contient 
les  œufs.  Ceux-ci,  un  peu  plus  petits  que  ceux  de  noire  moi¬ 
neau,  ont  0m01‘J  de  grand  diamètre,  et  0m013  de  petit  diamètre. 


Ils  sont  blancs,  faiblement  ponctués  de  petites  taches  d’un  rougé 
pâle.  » 

Séance  du  24  mars.  —  M.  A.  Certes  fait  les  deux  communi¬ 
cations  suivantes  : 

1°  Sur  le  procédé  de  M.  Joseph  Eismond  pour  l'étude  des  Infu¬ 
soires  vivants.  Ce  procédé,  qui  facilite  les  recherches  sous  le 
microscope,  en  ralentissant  le  mouvement  des  organismes,  con¬ 
siste  dans  l’emploi  d’une  solution  aqueuse  de  gomme  de  ceri¬ 
sier,  plus  ou  moins  épaisse  suivant  le  cas,  que  l’on  mêle  à  la 
goutte  d’eau  où  vivent  les  Infusoires  à  étudier.  M.  Certes  a  pu 
conserver,  pendant  48  heures,  des  Infusoires  parfaitement  vi¬ 
vants,  et  il  a  même  pu  colorer  leur  protoplasme  en  ajoutant  à  la 
goutte  gommée  des  réactifs  colorants  appropriés  ;  avec  le  bleu 
de  méthyle,  il  y  a  non  seulement  survie  prolongée,  mais  déve¬ 
loppement  abondant  de  certaines  espèces. 

2°  Sur  le  Trypanosoma  Balbianii.  Cet  Infusoire,  qui  se  trouve 
dans  les  huîtres,  n’a  pas  été  constaté  dans  ces  Mollusqtfes  à  la 
suite  des  froids ;  exceptionnels  de  l’hiver  dernier.  Par  contre, 
M.  Certes  a  pu  le  découvrir  sur  la  baguette  cristalline  qui  est 
annexée  au  tube  digestif  de  la  Paloùrde  comestible. 

E.  L.  Bouvier. 

LE  PARASITISME  CHEZ  LES  ANIMAUX 
ET  LES  PLANTES 

Quiconque  vit  aux  dépens  d’autrui  fait  acte  de  parasi¬ 
tisme.  Cette  définition  connue  indique  en  même  temps 
le  but  de  tout  parasite. 

Mais  ce  but  unique  est  atteint  de  diverses  façons,  et 
les  êtres  nombreux  qui  trouvent  dans  cette  pratique 
dégradée  leur  seul  moyen  d’existence,  employent  pour 
arriver  à  leurs  fins  des  procédés  variés,  le  plus  souvent 
curieux,  offrant  parfois  des  rapports  intéressants  entre 
les  deux  règnes  du  monde  organique.  Le  parasitisme,  en 
effet,  n’est  pas  l’apanage  exclusif  de  tel  ou  tel  embran¬ 
chement  :  depuis  le  Cryptogame  cellulaire  à  structure  si 
simple  jusqu’à  l’Insecte,  jusqu’à  l’Oiseau  même,  chaque 
groupe  important  fournit  son  contingent. 

Parasite  toutefois  est  un  mot  assez  vague  ;  sa  défini¬ 
tion  même  ne  suffit  pas  à  établir  des  limites  bien 
nettes.  Ainsi  plusieurs  auteurs  distinguent  sous  le  nom 
de  parasites  faux,  des  êtres  qui  n’empruntent  ni  n’en¬ 
lèvent  rien  à  un  hôte  quelconque  :  ils  vivent  d’une  vie 
entièrement  autonome,  seulement,  faibles,  craintifs  ou 
paresseux,  ils  demandent  au  prochain  un  support,  un 
abri.  Tels  sont  nombre  de  Crustacés,  élisant  domicile 
chez  les  Tuniciers  —  cette  hôtellerie  des  mers  —  tels 
sont  encore  des  Cœlentérés,  des  Mollusques  et  un  curieux 
poisson  du  genre  Rémora  qui,  fixé  au  moyen  d'une  forte 
ventouse  au  corps  d'une  baleine,  voyage  vite  et  long¬ 
temps  sans  trop  grande  fatigue  ;  telles  sont  :  la  vigne,  le 
lierre,  les  lianes,  les  plantes  grimpantes  en  un  mot. 

Ces  êtres  ne  sont  point  parasites  ;  tout  au  plus  peut-on 
les  appeler  des  «  .Fâcheux  ».  ils  ne  peuvent  pas  nous 
occuper,  et  nous  diviserons  le  parasitisme  ainsi  qu’il 
suit  : 

Parasitisme  direct. 

Parasitisme  indirect. 

Parasitisme  commensaliste. 

Parasitisme  mutuel. 

Parasitisme  direct. 

Les  êtres  de  la  première  catégorie  de  tous  les  para¬ 
sites  méritent  le  mieux  ce  nom  ;  ce  sont  ceux  chez  les¬ 
quels  le  mode  de  vie  a  produit  les  plus  curieuses  adapta¬ 
tions.  Il  faut  cependant  distinguer  deux  groupes  parmi 
eux  : 

Les  Endoparasites  et  les  Ectoparasites. 


LE  NATURALISTE 


1 .  —  Les  Endoparasites,  si  l’on  s’en  rapporte  à  l’étymo¬ 
logie,  doivent  vivre  dans  l’intérieur  du  corps  d’un  hôte. 
La  définition  est  vraie  pour  les  animaux,  mais  elle  ex¬ 
clue  les  plantes  que  l’on  doit  rapprocher  de  ces  der¬ 
niers.  Aussi  dirons-nous  d’une  façon  à  la  fois  plus  géné¬ 


rale  et  plus  exacte  que  les  Endoparasites  sont  ceux  qui 
ixés  en  tout  ou  partie,  dans  les  tissus  ou 
d’un  hôte,  hôte  qui  effectue  pour  eux  certaines  fonctions 
essentielles  de  la  vie. 

Au  point  de  vue  des  mœurs,  ces  êtres  ne  présentent 
rien  de  remarquable.  Pour  les  uns  comme  pour  les 
autres,  la  vie  se  passe  dans  les  diverses  partie  du  corps 
d’un  hôte,  sans  exception  des  appareils  délicats,  tels  que 
l’œil  (1)  ou  le  cerveau  (2). 


(1)  1,0  Distomum  Ophtalmobium  et  lu  Filaria  oculi-homims 
parasite  de  Cristallin. 

(2)  Tœnia  Cænurus  à  l’état  de  larve  dans  le  i 


Mais  ils  sont  d’un  tout  autre  intérêt  si  l’on  étudie  les 
modifications  morphologiques,  anatomiques  ou  embryo- 
géniques  que  leur  a  fait  subir  le  parasitisme. 

Au  point  devue  morphologique,  les  Crustacés  Cirrhipè- 
des  perdent  la  carapace  chitineuse,  presque  générale  chez 
.  les  Arthropodes  ;  les  Siphonostomes , 
Crustacés  Copépodes,  effectuant  comme 
une  transition  entre  les  Endoparasites  et 
les  Ectoparasites — nous  verrons  toutâl’heu- 
re pourquoi  —  ontles  pièces  buccales  réunies  en  siphon, 
tandis  que  leurs  appendices  ambulatoires  deviennent  des 
crochets;  en  outre  la  segmentation  de  leur  corps  dispa¬ 
raît  entièrement  (1).  Les  plantes  de  leur  côté  perdent  ou 
ent  en  écailles  leurs  feuilles;  parfois  même 
l’adaptation  parasitaire  est  telle,  que  certaines  Dicotylé¬ 
dones  ressemblent  à  s’y  méprendre  à  un  champignon,  — 
tel  est  en  particulier  le  Cinnamomum. 

'anatomie  se  simplifie,  les  organes  essentiels  dispa¬ 
raissent,  rendus  inutiles  par  l’inactivité  à  laquelle  ils 
sontréduits  :  les  Plathelminlhes  et  les  Némathelminthes, 
absorbant  par  osmose  les  liquides  nutritifs  de  l’orga¬ 
nisme  dans  lequel  ils  vivent,  perdent  souvent  leur  tube 
digestif  en  tout  ou  partie  (2)  ;  le  système  nerveux  avec 
les  organes  des  sens,  n’ayant  plus  aucun  rôle  à  remplir, 
s’atrophie  chez  certaines  espèces  (Aneuriens),  ou  reste  à 
l’état  de  rudiment  (Trematodes  :  pas  d’organes  des 
sens.  —  Cestodes  :  système  nerveux  d’une  existence  dou¬ 
teuse,  etc.)  ;  les  Plantes  à  leur  tour  perdent  la  chloro¬ 
phylle  (Orobanchées,  Cuscutacées),  et  reliant  leurs  vais¬ 
seaux  à  ceux  de  l’hôte,  évitent  ainsi  tout  travail  d’élabo¬ 
ration,  —  ce  qui  est  bien  le  fait  d’un  Endoparasite. 

Mais  si  nous  passons  au  développement  larvaire,  l’in¬ 
térêt  va  croître  et  les  rapports  entre  les  deux  règnes 
devenir  plus  étroits.  Le  fait  le  plus  remarquable  est  le 
développement  énorme  que  prennent  les  appareils  repro¬ 
ducteurs.  Car  l’état  de  parasite  est  un  état  dangereux, 
sinon  pour  l’adulte,  du  moins  pour  sa  progéniture.  Les 
œufs,  les  graines,  les  spores  rejetés  loin  de  l’hôte  par 
mille  causes  diverses,  seraient  voués  à  une  perte  cer¬ 
taine  si  leur  multiplicité  ne  venait  augmenter  les  chances 
favorables. 

Le  plus  souvent  la  larve  (3)  naît  et  grandit  à  l’état 
libre;  elle  reste  ainsi  quelque  temps,  mais  arrivée  à  un 
certain  stade  de  son  évolution,  il  lui  devient  nécessaire 
pour  passer  à  l’état  parfait  de  trouver  l’hôte  privilégié 
de  ses  aïeux  qui,  par  une  inflexible  loi,  doit  être  aussi  le 
sien.  Cette  découverte  bien  souvent  ne  se  fait  que  grâce 
à  un  concours  heureux  de  circonstances.  Ainsi  procèdent 
nombre  de  Vers:  Turbellariés,  Nématodes,  Ascarides,  les 
Crustacés  Copépodes  et  Cirrhipèdes,  la  Cuscute  (fig.  1)  qui 
émèt  des  suçoirs  indispensables  à  la  fois  à  la  recherche 
d’un  hôte  et  à  l’absorption  des  éléments  nutritifs,  le  Me- 
lampyrum  arvense  qui  ne  peut  vivre  longtemps  s’il  n’est 
fixé  sur  les  radicelles  du  blé,  enfin  la  majorité  îles 
champignons  :  Ustilaginées,Oomycètes  (sauf  Entomoph- 
torées  dont  les  spores  ne  sont  jamais  libres). 

Dans  un  second  cas,  le  processus  devient  plus  rempli- 


134 


LE  NATURALISTE 


qué  :  Larves  et  adultes  sont  parasites,  mais  Tune  et 
l’autre  ne  vivent  pas  sur  le  même  hôte.  Il  est  bon  de  dire 
cependant  que  la  larve  effectue  à  l’état  libre  les  premiers 
stades  de  son  évolution,  sauf  cependant  les  Cestodes 
Tœniadés  et  Batyrionacephalidés  ainsique  les  Nématodes 
Tricbocephiladés ,  dont  l’embryon  n’est  jamais  libre. 

(A  suivre.) 

Étienne  Rabaud. 


STAUROPHYTON  BAGNOLENSIS,  Stan.  Meun. 

Nouveau  fossile  des  Grés  armoricains  de  Bagnoles  {Orne) 

Au  cours  d’une  excursion  récente  dans  la  vaste  car¬ 
rière  où  le  grès  armoricain  est  exploité  à  Bagnoles  (Orne) 
et  d’où  proviennent  tant  de  beaux  spécimens  de  bilobitcs, 
mon  attention  fut  appelée  sur  un  peti  échantillon  por¬ 
tant  en  relief  un  objet  très  singulier  et  qui  ne  paraît 
pas  avoir  été  décrit. 

Comme  le  montre  la  figure  ci  jointe,  c’est  un  corps 
cruciforme  qui  rappelle  à  première  vue  certaines  astéries 
communes  sur  nos  côtes  mais  qui  n’auraient  que  qua¬ 
tre  bras  au  lieu  de  cinq.  Ces  bras  étranglés  à  leur  origine, 
sont  ovales  lancéolés  et  se  terminent  en  pointe  émoussée. 
Le  plus  grand  diamètre  de  ce  fossile  est  de  39  milli- 


Fig.  1.  —  Staurophyton,  bagnolensis ,  Stan.  Meun.  Nouveau 
fossile  des  grès  armoricains.  —  Echantillon  du  Muséum  de 
Paris.  Grandeur  naturelle. 

mètres.  Les  bras  ont  8  millimètres  de  largeur  moyenne  ; 
celui  qui  est  le  plus  complet  a  19  millimètres  de  lon¬ 
gueur. 

La  nature  grossière  de  la  roche  ne  s’est  pas  prêtée  à 
une  conservation  parfaite  des  détails,  cependant  il  semble 
que  les  bras  aient  porté  un  bourrelet  médian  qui  donne¬ 
rait  à  une  coupe  transversale  une  forme  trilobée.  Ce 
caractère  bien  visible  sur  l’un  des  bras  est  plus  effacé 
sur  les  autres. 

Le  corps  qui  m'occupe  fait  un  relief  de  trois  à  4  mil¬ 
limètres  au  moins  à  la  surface  du  grès,  mais  il  est  situé 
au  centre  d’une  espèce  de  dépression  grossièrement 
circulaire,  que  nous  n’avons  pas  tout  entière. 

Il  serait  évidemment  prématuré  de  chercher  à  pré¬ 
voir  les  affinités  de  ce  fossile  avec  les  corps  déjà 
décrits.  Cependant  il  pourrait  être  comparé  au  Radio- 
phylon  dont  nos  lecteurs  ont  eu  antérieurement  la  des¬ 
cription  et  la  figure.  Sans  rien  préjuger  de  sa  vraie 
nature,  on  peut  en  faire  le  type  d’un  nouveau  genre  sous 
le  nom  de  Staurophyton.  Ce  sera  S.  bagnolensis. 

Stanislas  Meunier. 


Les  recherches  sur  les  Tuniciers  des  côtes  de  France 


Les  animaux  marins,  encore  si  délaissés  il  y  a  quelques 
années,  jouissent  aujourd’hui  d’une  vogue,  d’ailleurs  justifiée. 
Parmi  eux,  les  Tuniciers  sont  peut-être  à  la  fois  les  plus  inté¬ 
ressants  et  les  moins  connus.  En  ce  qui  les  concerne,  il  existe 
bien  des  doutes,  bien  des  hypothèses,  et  Ton  peut  dire  qu’il  y  a 
presque  tout  à  faire  ou  à  refaire. 

M.  Fernand  Lahille  (1)  en  publiant  ses  remarquables  recher¬ 
ches  anatomiques  et  taxonomiques  sur  les  Tuniciers  vient  de 
combler  en  partie  cette  importante  lacune  de  la  zoologie.  C’est 
une  monographie  claire,  précise,  sans  verbiage  inutile,  remplie 
de  faits  nouveaux  et  il  est  regrettable  que  sous  sa  forme,  taxo¬ 
nomique,  elle  donne  si  peu  de  prise  à  une  courte  analyse  :  il 
faudrait  la  suivre  page  par  page,  —  nous  devons  nous  borner. 
D’ailleurs  de  cette  accumulation  savante  et  méthodique  deux 
points  se  détachent  avec  une  importance  toute  particulière  : 
nous  allons  les  esquisser  brièvement. 

Prenant  les  Tuniciers  famille  par  famille,  genre  par  genre, 
M.  F.  Lahille  les  étudie  minutieusement  cherchant  à  établir  les 
relations  des  uns  aux  autres;  c’est  dire  "que  l’idée  dominante 
de  l’ouvrage  est  la  classification. 

M.  F.  Lahille  lui  donne  pour  base  la  branchie,  «  l'organe  do¬ 
minateur  du  type  T-unicier  »  et,  —  ce  qui  rend  la  classification 
naturelle  —  dont  les  complications  successives  sont  en  rapport 
avec  celles  du  reste  de  l’organisme. 

Chez  les  types  les  plus  inférieurs,  la  branchie  est  simple, 
sans  cavité  péribranchiale,  partant  sans  trémas;  elle  commu¬ 
nique  avec  l’extérieur  au  moyen  de  deux  fentes  branchiales,  ce 
sont  les  Atremata  ( Appendiculaires ). 

Chez  d’autres  au  contraire,  les  plus  élevés,  existe  une  cavité 
peribranchiale  percée  de  nombreux  trémas  et  les  deux  fentes 
branchiales  ont  entièrement  disparu,  ce  sont  alors  les  Evtre- 
m  ata  . 

Entre  les  deux  et  donnant  une  transition  ménagée  seront  les 
Hemitp„emata  ( Salpes ).  Chez  eux,  il  existe  à  la  fois  deux  fentes 
branchiales  communiquant  avec  l’extérieur  et  une  cavité  péri- 
pharyngienne.  A  proprement  parler,  il  n’y  a  pas  de  trémas 
mais  seulement  l’ébauche.  Si  en  effet,  avec  M.  Fernand  Lahille, 
on  suit  la  formation  des  trémas  «  on  voit  d’abord  se  pro¬ 
duire  des  deux  côtés  de  la  partie  dorsale  de  la  branchie  de 
petits  épaississements  ciliés  produits  par  l’épithélium  péribran- 
chial  »  (2). 

Puis,  ces  bandes  vibratiles  —  permanentes  chez  certaines 
Salpidæ  —  s’invaginent  représentant  un  tréma  en  voie  de  for¬ 
mation  et  qui  demeure  ainsi  à  l’état  de  cul-de-sac. 

Ce  cul-de-sac  permanent  chez  certaines  autres  Salpidæ  est 
l'hemitrema.  L’invagination  se  poursuivant  finit  par  déboucher 
dans  la  cavité  branchiale  et  constitue  le  tréma  vrai  des  Eutre- 
mata  (3). 

Telles  sont  les  trois  classes  créées  par  M.  Lahille.  La  plus 
nombreuse,  celle  des  Eutremata  se  divise  en  trois  ordres  sui¬ 
vant  que  la  branchie  est  simple  (Aplousobranchiata) ,  renferme 
des  sinus  anastomotiques  ( Phlebobranchiata )  ou  est  plissée 
longitudinalement  ( Stlidabrançhiata ).  Chacun  se  trouve  en¬ 
suite  divisé  en  familles  et  genres  différenciés  par  le  nombre,  la 
disposition  des  trémas  ou  par  quelques  caractères  de  second 
ordre  tirés  d’autres  organes  sur  lesquels  nous  ne  pouvons  in¬ 
sister;  notons  seulement  que  dans  sa  classification  M.  F.  La¬ 
hille  réunit  nettement  les  Ascidies  simples  aux  Ascidies  com¬ 
posées  que  des  raisons  purement  morphologiques  en  avaient 
jusqu’ici  séparées  (4). 

Le  second  point  de  la  thèse  qui  mérite  une  mention  toute 
spéciale  a  trait  au  renversement  de  la  circulation.  Car  c  est  un 
fait  des  plus  curieux,  signalé  pour  la  première  fois  par  Van 
Hassclf,  que  les  pulsations  cardiaques  chez  les  Tuniciers,  après 


il)  Recherches  sur  tri  Tuniciers  des  eûtes  de  France,  par 
F.  Lahille,  1  volume  de  328  pages  avec  117  figures  dans  le  texte. 
Prix  8  fr.  Franco  8  fr.  25.  (Aux  bureaux  du  journal). 

(2)  Page  26. 

(3)  Chez  certains  types  «  les  trémas  se  forment  par  soudure 
de  deux  invaginations  en  sens  inverse  ». 

(4)  Ainsi  que  le  dit  M.  Lahille  (p.  328',  la  nécessité  de  cette 
réunion  avait  été  déjà  reconnue  par  M.  de  Lacazc-Duthiers  dès 
1879. 


LE  NATURALISTE 


135 


avoir  poussé  le  sang  dans  un  sens  donné  pendant  un  certain 
espace  de  temps,  changent  de  direction  et  font  propager  l’onde 
sanguine  dans  le  sens  opposé. 

Ce  phénomène  n'avait  pas  encore  donné  lieu  à  une  explication 
satisfaisante.  M.  Lahille  expose  (1)  une  théorie,  qui,  appuyée 
sur  de  délicates  observations  concordant  avec  des  expériences 
rigoureuses,  a  toutes  les  apparences  de  la  vérité.  La  voici  : 

^ _  Réduite  à  un  schéma  compî 

culation  des  Tunicicrs  peut  se  représen¬ 
ter  par  deux  tubes,  le  sinus  ventral  SV 
et  le  sinus  dorsal  SD,  ce  dernier  d’un  ca¬ 
libre  inférieur,  entre  lesquels  sont  inter¬ 
calés  les  «  volumes  lacunaires  de  la  bran- 
chie  B  et  des  viscères  Y.  Ces  volumes  for¬ 
ment  de  véritables  lacs  » . «  où  le  cou¬ 

rant  devient  très  faible  afin  de  favoriser  les 
échanges  respiratoires  et  nutritifs.  Le  cou¬ 
rant  reste  au  contraire  très  rapide  dans 
les  sinus  ventral  et  dorsal.  Quant  aux  cou¬ 
rants  transverses  SVD  ils  sont  par  rap¬ 
port  aux  précédents  anatomiquement  et 
physiologiquement  négligeables  »  (2). 

Ceci  posé,  si  le  cœur  C  lance  dans  Y 
par  exemple  plus  de  sang  qu’il  n’en  peut 
s’écouler  dans  le  même  temps  par  SD,  il 
arrive  un  moment  où  la  pression  sera 


Z) 


telle  en  V  que  le 
vaincre.  D’un  autre 
séquence  obligée, 

-  Schéma  de  minué  en,,B-  l’.f  s 
culation  des  manque  d  equihbr 


»ur  ne  pourrait  la 
Hé,  et  comme  con- 
pression  ayant  <li- 
a  ainsi  produit  un 
u’un  changement  de 
direction  de  la  circulation  pourra  seul 


rétablir. 

Or,  le  cœur  des  Tunicicrs  n’ayant  pas  de  valvules  et  ses  con¬ 
tractions  pouvant  s’effectuer  indistinctement  dans  un  sens  ou 
dans  l’autre,  ces  contractions  agiront  forcément  dans  le  sens  de 
plus  faible  résistance  et  la  circulation  aura  ainsi  changé  de  di¬ 
rection. 

Réciproquement,  au  bout  d’un  certain  nombre  de  pulsations, 
l’équilibre  sera  détruit  à  nouveau  en  sens  inverse  et  il  se  pro¬ 
duira  un  nouveau  changement  de  direction. 

Le  schéma  reproduit  ci-contre  permettra  de  prendre,  une  idée 
très  nette  de  cette  théorie,  simple  comme  on  voit,  si  simple 
même  qu’on  est  tout  étonné  de  n’y  avoir  pas  songé  :  c’est  préci¬ 
sément  ce  qui  en  fait  la  valeur. 


Prise  dans  son  ensemble,  et  pour  conclure,  la  thèse  de 
M.  Fernand  Lahille  est  remarquable  sous  bien  des  rapports. 
C’est  un  ouvrage  unique,  définitif  sur  plusieurs  points  et  que 
devra  consulter  désormais  quiconque  voudra  se  livrer  à  l’étude 
de  Tunicicrs  :  On  y  trouvera  la  diagnose  d’espèces  nouvelles  ou 
peu  connues  avec  des  renseignements  biologiques  inédits,  en 
meme  temps  qu’une  description  anatomique  et  histologique  aussi 
claire  que  détaillée.  Mais  on  y  cherchera  en  vain  même  un  faible 
écho  de  ces  hypothèses  hasardées  qui,  si  souvent,  remplacent 
les  véritables  observations. 

K  R. 


LA  mm  IIC  TELEPUORl'S  REFIPES 


Avez-vous  jamais  vu,  cher  lecteur,  la  nymphe  du  Telephorus 
rufipes  ?  Si  oui,  tant  mieux  pour  vous.  Si  non,  vous  avez  perdu, 
je  vous  l’assure,  car  elle  est  charmante.  Au  lieu  d’être  blanche 
comme  la  plupart  des  nymphes  de  Coléoptères,  elle  est  de  cette 
jolie  couleur  rosée,  si  à  la  mode,  il  y  a  quelques  années  et  à 
laquelle  les  couturières  de  Paris  ont,  dans  leur  langage  imagé, 
donné  le  nOm  de  couleur  cuisse  de  nymphe  émue. 

Ajoutez  à  cela  deux  yeux  noirs,  les  pattes  et  les  antennes 
d’un  beau  blanc  diaphane,  se  nuançant  de  rose  par  transpa¬ 
rence,  et  vous  aurez  l’idée  de  l’une  des  plus  gracieuses  nymphes 
que  vous  puissiez  rêver. 

Certes,  à  voir  un  petit  être  aussi  élégant,  aussi  délicat, 
aussi...  rose,  on  ne  pourrait  guère  supposer  qu’il  provient  d’une 
sournoise  petite  larve  que  son  habit  chamarré  de  velours  n  em¬ 
pêche  nullement  de  faire  une  guerre  acharnée  et  cruelle  aux 
petits  mollusques  et  aux  insectes  moins  robustes  qu’elle. 

(1)  Pages  291  et  suiv. 

(2)  Page  292. 


Et  cependant  il  en  est  ainsi  ;  il  faut  voir  ecs  petites  larves 
profiter  d’un  abaissement  do  température  pour  aller,  souvent 
même  en  plein  cœur  do  l’hiver,  à  la  recherche  de  leur  proie. 
Elles  glissent  plutôt  qu’elles  ne  marchent,  à  l’aide  de  leurs 
pattes  courtes  mais  robustes,  et  savent  fort  bien  trouver  la 
nourriture  qui  leur  convient. 

D’ailleurs,  faute  de  mieux,  elles  ne  dédaignent  pas  de  se 
manger  entre  elles. 

Il  ne  faudrait  toutefois  pas  croire  qu’elles  vivent  toujours  à 
l’extérieur;  tout  au  contraire,  la  plus  grande  partie  de  leur 
existence  se  passe,  soit  sous  les  pierres,  soit  dans  la  terre 
même,  entre  les  touffes  ou  les  racines  des  plantes.  Elles  ne 
sortent  de  leur  retraite  que  pour  aller  en  chasse  ou  même  pour 
respirer  ;  c’est,  du  moins,  à  ce  dernier  besoin  que  M.  Blan¬ 
chard  attribue  l’apparition  en  grand  nombre  de  ces  larves  à  la 
surface  de  la  neige,  phénomène  qui  se  produit  surtout  dans  les 
régions  septentrionales  de  l’Europe  et  qui  a  été  particulière¬ 
ment  signalé  par  de  Géer,  qui,  lui,  considérait  que  ces  appari¬ 
tions  en  nombre  sont  dues  à  des  tempêtes. 

Je  n’ai  pu  étudier  spécialement  la  larve  du  Telephorus  rufipes 
dont  je  n’ai  trouvé  que  les  dépouilles  encore  adhérentes  à  l’ex¬ 
trémité  abdominale  des  nymphes  que  j’ai  étudiées,  mais,  autant 
que  j’ai  pu  m’en  convaincre  par  ce  que  j’avais  entre  les  mains, 
elles  présentent  absolument  les  mêmes  caractères  que  leurs 
congénères. 

Je  me  contenterai  donc  de  rappeler  les  caractères  généraux 
des  larves  de  Téléphores  dont  un  certain  nombre  ont  été  dé¬ 
crites  par  plusieurs  entomologistes,  notamment  par  de  Géer, 
Waterhouse  et  M.  Blanchard. 

Le  corps  allongé,  subparallèle,  est  plat,  quoique  assez  épais, 
et  rappelle,  comme  apparence,  celui  d’une  larve  ou  d’une  fe¬ 
melle  de  Lampyre.  Il  est  en  entier,  sauf  la  tète,,  recouvert  d’un 
tissu  feutré,  ayant  l’aspect  du  velours,  parfois  noir,  parfois  d’un 
brun  rougeâtre,  toujours  à  teintes  douces  et  agréables  à  la  vue. 
C’est  probablement  à  ce  tissu  qu’il  faut,  en  partie  du  moins, 
attribuer  la  rusticité  do  ces  larves,  rusticité  qui  est  telle  que, 
comme  je  l’ai  dit  plus  haut,  il  suffit  d’un  simple  rayon  de  soleil 
pour  que,  même  en  plein  hiver,  elles  sortent  de  leur  retraite. 

La  tête,  petite,  est  cornée  et  présente,  de  chaque  côté,  en 
arrière  des  antennes,  un  ocelle  assez  gros,  transversalement 
elliptique.  Les  antennes  ont  deux  ou  trois  articles,  selon  que 
l’on  comprend,  ou  non,  comme  tel  le  tubercule  sur  lequel  elles 
sont  implantées.  Les  mandibules,  longues  et  se  croisant  comme 
des  tenailles,  sont  armées,  en  leur  milieu,  d’une  forte  dent  ;  les 
mâchoires,  en  forme  de  demi-cercle,  sont  articulées  avec  la 
languette  et  portent  des  palpes  maxillaires  tri-articulés;  la 
lèvre  inférieure  est  carrée  et  se  compose  de  deux  pièces  mem¬ 
braneuses  soudées  entre  elles  à  leur  base.  Les  segments  thora¬ 
ciques  ont  la  même -apparence  générale  que  les  segments  abdo¬ 
minaux,  mais  ils  s’en  distinguent  en  ce  que  le  duvet  dont  ils 
sont  recouverts  présente  des  parties  plus  foncées  et  des  dessins 
spéciaux.  Ce  sont  eux  qui  portent  la  première  paire  de  stig¬ 
mates,  les  autres  paii-es  étant  situées  à  la  partie  inférieure  des 
huit  segments  abdominaux. 

Le  dernier  arceau  ventral  présente  à  sa  partie  inférieure  un 
prolongement  anal  cupuliforme  ;  les  pattes  qui  sont  placées 
sous  les  anneaux  thoraciques  sont  petites  et  ont  le  tarse  ter¬ 
miné  par  un  onglet. 

Les  larves  de  Téléphores,  quand  on  les  surprend  et  qu’on  les 
touche,  se  contractent  et  se  contournent  en  cercle  comme  le 
font  certaines  chenilles. 

Dès  la  fin  de  l’hiver,  elles  se  préparent  i  se  transformer, 
choisissant  de  préférence,  à  cet  effet,  les  terrains  sablonneux  ou 
argileux. 

La  plupart  s’enfoncent  sous  terre  où  elles  se  construisent  une 
loge  à  parois  internes  bien  battues  et  parfaitement  lisses,  dans 
laquelle  elles  subissent  leur  transformation. 

D’autres  se  contentent  de  se  creuser  une  demi-loge  sous  la 
pierre  même  qui  les  a  abritées,  mais  elles  ont  soin,  toutefois,  de 
compléter  cette  demi-loge  en  la  plaçant  sous  une  excavation 
de  la  pierre. 

C’est  dans  deux  demi-loges  semblables  placées  dans  une  terre 
argileuse  grasse  et  rougeâtre  que  je  trouvai,  en  avril  dernier, 
trois  nymphes  de  Telephorus  rufipes.  Ces  nymphes  se  présen¬ 
taient  dans  la  position  la  plus  habituelle  aux  nymphes  de  Colêop. 
tores,  c’est-à-dire  sur  le  dos  et  recourbées  en  arc  de  cercle  ; 
seulement,  à  peine  eurent-elles  vu  la  lumière  qu’elles  se  retour¬ 
nèrent  brusquement  par  un  mouvement  sec  et  rapide  do  leur 
abdomen. 

Je  signale  en  passant  que  les  nymphes  des  Téléphoridcs,  des 
Hélopiens  et  des  Carabides,  pour  ne  citer  que  quelques  groupes, 


LE  NATURALISTE 


1 36 


paraissent  être  bien  plus  sensibles  à  la  lumière  que  celles  des 
Hydrophilicns,  des  Pectinicornes  et  des  Lamellicornes. 

La  nymphe  du  Telephorus  rufipes.  —  Ainsi  que  je  l’ai  dit  au 
début  de  cet  article,  la  nymphe  du  Telephorus  rufipes  est  d’un 
beau  rose.  La  tête  est  inclinée  sur  l'abdomen,  les  mandibules, 
les  palpes  maxillaires  ri  les  tarses  sont  bien  visibles.  Les  yeux, 
d’abord  d’un  brun  très  clair,  deviennent  rapidement  d’un  noir 
foncé.  Les  antennes  passent  derrière  les  deux  premières  paires 
de  pattes  en  se  repliant  de  telle  sorte  que  leur  extrémité  vient 
toucher  celle  des  palpes  maxillaires. 


Le  Telephorus  rufipes ,  insecte  parfait,  nymphe  vue  de 
trois  quarts  et  de  profil. 


Les  élytres,  un  peu  plus  courtes  que  les  ailes  inférieures, 
recouvrent,  ainsi  que  ces  dernières,  une  partie  de  la  troisième 
paire  de  pattes.  Les  arceaux  de  l'abdomen  présentent  un  rebord 
et  portent  les  stigmates  à  leur  partie  supérieure.  Le  dernier 
anneau  est  terminé  par  deux  toutes  petites  pointes  recourbées 
en  dedans. 

Je  gardai  dans  l’alcool  une  des  trois  nymphes  que  j’avais 
trouvées  et  je  plaçai  les  autres  dans  des  conditions  analogues  à 
celles  où  elles  étaient  quand  je  les  découvris.  Je  pus  ainsi  obte¬ 
nir  les  insectes  parfaits  et  suivre  en  entier  les  phases  de  leur 
coloration. 

La  même  chose  sc  passa,  d’ailleurs,  exactement  pour  Tune 
comme  pour  l’autre.  Voici  le  résultat  de  mes  observations  : 

Trois  à  quatre  jours  après  l’éclosion  de  la  nymphe  (celles  que 
j’avais  trouvées  avaient  dû  éclore  dans  la  nuit,  car  les  yeux  n’é¬ 
taient  pas  encore  colorés) ,  l’extrémité  des  mandibules  se  colore 
en  carmin  foncé,  les  yeux  sont  devenus  entièrement  noirs,  le 
lendemain,  les  griffes  de  la  dernière  paire  de  tarses  deviennent 
carmin  clair;  les  ailes  inférieures  prennent  une  légère  teinte 
grise  ;  le  sixième  jour,  ces  mêmes  ailes  sont  devenues  d’un 
beau  gris  ardoisé  qui  so  voit  par  transparence  au  travers  du 
fourreau  des  élytres  ;  les  jointures,  à  l’endroit  où  la  cuisse  s’ar¬ 
ticule  avec  la  patte,  sont  colorées  on  carmin;  le  septième  jour, 
au  matin,,  les  ailes  du  dessous  sont  d’un  noir  d’ardoise,  légère¬ 
ment  nacré  ;  les  pattes  sont  un  pou  colorées  et  les  tarses,  sur¬ 
tout  ceux  de  la  dernière  paire,  ont  pris  une  teinte  très  foncée. 
L’extrémité  de  l'abdomen  se  nuance  un  peu  ;  toute  la  partie  de 
la  tète  comprise  entre  les  yeux  et  le  corselet  est  noirâtre.  Le 
même  jour,  au  soir,  la  nymphe,  dont  la  coloration  générale  est 
devenue  plus  foncée,  s’est  complètement  retournée  et  affecte 
de  ne  pas  vouloir  changer  de  place. 

Le  huitième  jour,  au  matin,  i’insecte  quitte  sa  dépouille,  mais 
ses  pattes  sont  sans  force  pour  le  soutenir;  toutes  les  parties 
du  corps  ont  acquis  la  teinte  qu’elles  doivent  avoir,  sans  que, 
toutefois,  cette  couleur  ait  atteint  son  maximum  d’intensité. 
Seules,  les  élytres,  qui  ont  pris  leur  position  normale,  sont 
encore  transparentes  et  blanchâtres.  Petit  à  petit  elles  se  colo¬ 
rent  en  passant  du  brun  au  noir,  légèrement  rendu  grisâtre  par 
la  fine  pubescence  qui  les  recouvre. 

Les  ailes  inférieures,  qui  ne  sont  pas  encore  entièrement  dé¬ 
plissées,  dépassent  un  peu  les  élytres  et  sont  encore  adhérentes 
a  la  dépouille  nymphalc  qui  est  noirâtre  et  toute  froissée.  Ce 
sont  évidemment  ces  ailes  fines  que  l’insecte  a  le  plus  de  peine 
à  dégager,  observation  que  j’ai  déjà  signalée  tout  particulière¬ 
ment  en  parlant  de  la  transformation  de  la  nymphe  de  la 
■Cétoine  dorée  (Voir  Naturaliste,  n°  60  du  1"  septembre  1889). 

Tout  d’un  coup,  l’insecte,  pendant  que  je  l’observe,  se  met 
sur  ses  pattes  par  un  mouvement  brusque,  puis  il  étend  ses 
antennes,  sc  met  en  marche  et  quitte  définitivement  sa  dé¬ 
pouille. 

Cependant,  il  n’est  pas  encore  bien  robuste.  11  retombe  bien¬ 
tôt  sur  le  dos.  où  il  reste  étendu  les  pattes  repliées;  ce  n’est  que 


vers  le  treizième  ou  le  quatorzième  jour  après  le  changemen 
en  nymphe  que  le  Téléphore  est  en  mesure  de  sortir  alerte¬ 
ment  de  sa  retraite. 

Louis  Planet. 


CHRONIQUE 


Muséum  d’histoire  naturelle.  —  M.  Stanislas  Meunier, 
docteur  ès  sciences,  a  commencé  samedi  dernier  23  mai,  à 
4  heures  et  demie  précises,  dans  l’amphithéâtre  de  minéralogie 
du  Muséum  d’histoire  naturelle  du  Jardin  des  Plantes,  une 
série  de  leçons  publiques  sur  les  méthodes  de  reproduction 
artificielle  des  minéraux.  Le  cours  continuera  les  mardis  et  sa¬ 
medis  suivants,  à  la  même  heure.  — M.  Georges  Ville  a  ouvert 
le  cours  do  botanique  le  mardi  .’i  mai  dernier,  à  3  heures  et  un 
quart,  dans  le  grand  amphithéâtre.  11  présentera  un  tableau  gé¬ 
néral  des  conditions  qui  règlent  la  production  des  végétaux  et 
fera  l’histoire  des  trois  périodes  traversées  par  l’enseignement  de 
la  Physique  végétale  au.Muséurp  depuis  sa  création.  Le  çqurs 
sera  à  la  fois  théorique  et  expérimental.  Le  professeur  traitera 
avec  le  plus  grand  détail  do  l’art  de  diriger  les  cultures  dans 
le  sable  calciné,  dans  une  série  do  conférences  données  au 
Laboratoire  de  physique  végétale.  (Rue  de  Buffon,  45  bis.)  — 
Les  conférences  au  champ  d’expériences  de  Vincenncs  com¬ 
menceront  le  dimanche  21  juin. 

Le  Pollux.  —  Tout  le  monde  connaît  ce  minéral  très  rare 
qu’on  appelle  Pollux  et  qui,  chose  remarquable,  est  le  seul 
minéral  qui  contienne  de  l’oxyde  de  cæsium.  Le  Pollux  n’avait 
été  rencontré  jusqu’à  ce  jour  que  dans  l’ilc  d’Elbe,  en  com¬ 
pagnie  du  Castor.  M.  des  Cloizcaux  signale  que  des  échantil¬ 
lons  de' Pollux  ont  été  trouvés  dans  la  Caroline  du  Nord,  et 
qu’ils  sont  absolument  semblables  comme  composition  etc.omme 
aspect  au  Pollux  de  l’ilc  d’Elbe.  Le  Castor  n’a  pas  encore  été 
rencontré  ailleurs  que  dans  l’ile  d’Elbe. 

Remarques  sur  les  reptiles  de  France.  —  «  Il  m’est  arrivé 
bien  souvent  de  chercher  les  reptiles  dans  les  bois  des  plateaux 
situés  sur  les  collines  qui  bordent  la  vallée  de  l’Oise.  Un  moyen 
rapide  de  savoir  do  suite  s’il  faut  prendre  des  précautions, 
c'est  de  voir  si  le  reptile  est  long  ou  court.  Est-il  long,  c’est 
une  couleuvre  :  pas  do  grandes  précautions  à  prendre.  Est-il 
court,  c’est  une  couleuvre  ou  une  vipère;  il  faut  alors  faire 
attention.  J’ai  vu  souvent  des  reptiles  endormis.  La  couleuvre 
à  collier  dormant  le  matin,  à  huit  heures,  vers  Pâques,  par 
exemple,  décrit  au  moins  trois  cercles  concentriques,  la  tète 
au  milieu  de  la  courbe  centrale,  le  cou  fléchi,  de  façon  à  ce 
qu’un  des  anneaux  de  son  corps  lui  serve  d’oreiller,  de  tra¬ 
versin.  Je  n’en  ai  pas  vu  d’accouplées.  Les  œufs  de  la  cou¬ 
leuvre  sont  parfois  en  si  grande  quantité,  quand  la  mère  est 
do  grande  dimension,  qu’on  en  remplirait  presque  un  panier  : 
soit  200  olives  transparentes.  Une  chose  curieuse  aussi,  c’est 
la  dépouille  épidermique  de  la  couleuvre  à  collier.  Tout  y  est, 
jusqu’à  la  cornée  elle-même.  Il  n’y  a  d’ouverture  qu'aux  na¬ 
rines.  La  bouche  et  l’anus  restent  également  ouverts  dans 
cette  dépouille  épidermique.  Mais  je  crois  pouvoir  ajouter  une 
chose,  c’est  que  le  bout  de  la  queue  manque  toujours.  Ainsi, 
une  peau  abandonnée  par  une  couleuvre  .contient  jusqu’à  l’épi¬ 
thélium  de  la  cornée,  mais  ne  contient  pas  le  bout  do  la  queue, 
à  partir  du  voisinage  de  l’anus,  du  moins  dans  les  échantillons 
que  j’ai  observés.  C’est  d’ailleurs  ce  qui  se  passe  chez  les  ser¬ 
pents  à  sonnettes,  puisque  ce  sont  précisément  les  bouts  de 
l’épiderme  de  la  queue  qui,  restant  chaque  année  sur  l’animal, 
forment  autant  do  segments,  autant  do  grelots  que  l’animal  a 
d’années  d’existence.  Je  vous  donne  le  résultat  de  mes  obser¬ 
vations;  mais  ce  n’est  pas  à  dire  pour  cela  qu’elles  soient 
absolument  exactes.  Voilà  ce  que  j’ai  vu  ;  d’autres  ont  peut- 
être  vu  autre  chose.  (Dr  Bouoon.)  » 

La  Société  anthropométrique  de  Philadelphie.  —  Sous  ce 
titre,  il  vient  de  sc  fonder  à  Philadelphie  une  société  qui  s’est 
donné  pour  programme  l’étude  du  cerveau  des  membres 
décédés  par  les  survivants.  Depuis  nombre  d’années  déjà,  une 
association  analogue,  la  Société  mutuelle  d'autopsie,  existe  à 
Paris.  Cette  société  s’adresse,  sans  distinctions  sociales,  poli¬ 
tiques  ou  religieuses,  à  tous  ceux  qui,  ayant  souci  de  la  scienco 
et  de  l’humanité,  ont  à  cœur,  après  s’ètrc  efforcés  d’étre  utiles 
à  leurs  semblables  pendant  la  vie,  de  l’étre  encore  après  la 
mort.  Dans  la  pensée  do  scs  membres,  il  ne  s’agit  pas  seule¬ 
ment  do  faciliter  les  investigations  nécroscopiqucs  circons- 


LE  NATURALISTE 


tanciées  capables  de  préciser  posl  mortem...  un  diagnostic 
resté  indécis,  il  s'agit  surtout  de  permettre  de  déterminer  les 
rapports  qui  ne  peuvent  manquer  d’exister  entre  la  morpho¬ 
logie  de  l’organe  de  l’intelligence,  le  cerveau,  et  les  manifes¬ 
tations  de  l’entendement,  les  fonctions  physiologiques  de  cul 
organe.  (Revue  de  l’Ecole  d’anthropologie.) 

Nouvelle  Revne  d’histoire  naturelle.  —  Signalons  l’appa¬ 
rition  d’une,  nouvelle  publication  :  la  Revue  des  sciences  natu¬ 
relles  de  l’Ouest.  Cette  Revue  paraîtra  tous  les  trois  mois  par 
livraisons  de  64  à  80  pages  ;  elle  publiera  des  travaux  accom¬ 
pagnés,  s’il  y  a  lieu,  de  planches  et  de  figures. 

Mimisme.  —  M.  L.  Fairmaire  a  présenté  dernièrement  à  scs 
collègues  de  la  Société  entomologique  de  France  un  exemple 
intéressant  de  mimisme;  c’est  un  coléoptère, le  Lithinus  nigro- 
cristatus  Coq.,  de  Madagascar,  avec  un  rameau  couvert  d’un 
Lichen  reproduisant  la  sculpture  et  la  coloration  de  l’Insecte. 

Soutenance  de  thèses  pour  le  doctorat  ès  sciences  natu¬ 
relles.  —  M.  E.  Bataillon,  notre  collaborateur,  préparateur  de 
zoologie  à  la  F  u  ulté  des  sciences  de  Lyon,  -  rntenu  devant  la 
Faculté  des  sciences  de  Paris  deux  thèses  sur  les  sujets  sui¬ 
vants  :  lr«  thèse  :  Recherches  anatomiques  et  expérimentales 
sur  la  métamorphose  des  amphibiens  anoures.  —  2°  thèse  : 
Propositions  données  par  la  Faculté  :  Botanique  :  La  respiration 
chez  les  végétaux.  —  Géologie  :  Le  pliocène  dans  les  régions  sep¬ 
tentrionales  et  méridionales  de  l’Europe.  M.  Bataillon  a  été  dé¬ 
claré  digne  d’obtenir  le  grade  de  docteur  ès  sciences  naturelles. 

Congrès  de  l’association  française  pour  l’avancement  des 
sciences.  —  Le  prochain  Congrès  de  l'Association  française 
pour  l’avancement  des  sciences  doit  se  réunira  Marseille,  du 
17  au  24  septembre  1891.  M.  A. -F.  Marion,  directeur  de  la 
station  zoologique  de  Marseille  est  appelé  à  présider  cette  année 
la  10e  section  (Zoologie,  Anatomie  et  Physiologie).  M.  Marion 
serait  très  obligé  aux  auteurs  de  vouloir  lui  faire  connaître 
le  plus  tôt  possible  les  titres  des  mémoires  ou  communications 
qu’ils  auraient  l’intention  d’y  présenter,  afin  que  le  programme 
de  la  session  qui  paraîtra  très  prochainement  en  contienne 
l’indication. 

Un  Isaria,  parasite  du  ver  blanc.  —  M.  A.  Giard,  qui  pour¬ 
suit  toujours  scs  éludes  sur  la  destruction  des  insectes  nuisibles 
par  les  champignons  entomophvtes,  vient  d’essayer  avec  succès 
la  culture  d’un  Isaria  sur  divers  milieux  artificiels,  après  avoir 
vérifié  que  les  spores  de  cet  Isaria  communiquaient  rapidement 
la  maladie  aux  vers  blancs  et  aux  larves  de  Tenebrio  molitor. 
Mais  pour  l’utilisation  pratique  dans  les  champs  et  prairies, 
il  serait  très  désirable  de  pouvoir  faire  des  cultures  sur  mi¬ 
lieux  liquides  destinés  à  l’irrigation  des  territoires  ravagés  par 
le  ver  blanc.  M.  Giard  a  commencé  des  essais  dans  ce  sens, 
soit  à  l’aide  du  moût  de  bière,  soit  à  l’aide  de  décoctions  de 
crottin  de  cheval.  L 'Isaria  du  ver  blanc  est  sans  doute  plus 
répandu  qu'on  ne  le  pense,  et  il  faut  peut-être  attribuer  à  ce 
cryptogame  la  disparition  momentanée  du  hanneton  dans  des 
localités  où  il  avait  longtemps  existé  en  abondance.  Do  plus, 
cet  Isaria  parait  se  développer  on  toute  saison. 


LIVRES  NOUVEAUX 


Catalogue  des  Coléoptères  d’Europe  ( Catalogus  Coleoplero- 
rum  Europæ,  Cuucasi  et  Armeniæ  rossicæ),  par  Heyden,  Reit- 

TER  CtWEISE  (1). 

En  publiant  ce  nouveau  catalogue  des  Coléoptères  d’Europe, 
les  auteurs  viennent  de  combler  une  lacune  souvent  déplo¬ 
rée  :  dans  l’état  actuel  de  la  science,  il  n’existait  pas  en  effet  de 
catalogue  complet.  Comme  le  disent  les  auteurs  dans  leur  pré¬ 
face,  ce  catalogue  comprend  la  liste  complète  des  Coléoptères 
d’Europe  décrits  jusqu’à  ce  jour,  avec  la  synonymie,  la  biblio¬ 
graphie  et  la  mention  des  pays  d’origine.  Les  limites  fauniques 
sont  :  à  l’est,  les  monts  Ourals,  le  fleuve  Oural  et  la  côte  occi¬ 
dentale  de  la  mer  Caspienne,  jusqu’au  Lcukoran,  et,  au  sud,  le 
fleuve  Araxe,  l’embouchure  du  Tcharouk,  la  mer  Noire,  et  la 
Méditerranée  ;  ces  limites  ne  sont  dépassées  que  pour  quelques 
insectes  récoltés  depuis  peu  dans  l’archipel  des  Sporades. 

Les  collaborateurs  de  la  rédaction  de  ce  catalogue  ont  été  : 
M.  L.  Ganglbauer,  pour  les  Carabiqucs;  M.  le  Dr  Von  Heyden, 


(1)  Un  volume  de  400  pages,  12  fr.  50  ;  franco,  par  colis  pos¬ 
tal  13  fr.  35.  Le  même  catalogue  disposé  pour  servir  d’étiquettes 
pour  collections,  18  fr.  75;  franco,  par  colis  postal,  19  fr.  60. 
En  vente  aux  bureaux  du  journal. 


137 


pour  les  Dytiscides  aux  Hétérocérides  inclus  et  des  Cébrionides 
aux  Elatéridcs  inclus  ;  M.  le  Dr  Ed.  Eppelsheim,  pour  les  Sta- 
phylinides;  M.  Reitter,  pour  les  Psélaphides  aux  Elatéridcs 
inclus,  et  les  Cerambycidos  ;  M.  Weise,  pour  les  Curculionides 
aux  Coccinclleidcs.  MM.  L.  Budel  et  Fauvel  ont  également  col¬ 
laboré  à  l’ouvrage. 

Etude  sur  la  fourmi  domestique  à  Reims,  par  Au.  Belle- 

VOYE  (I). 

M.  Ad.  Bcllevoye,  dans  une  brochure  de  25  pages  environ, 
vient  de  donner  une  étude  assez  complète  sur  la  fourmi  domes¬ 
tique  (Monomorinus  Pharaonis).  Cette  étude  est  bien  faite,  bien 
comprise,  bien  observée,  et  qui  fait  le  plus  grand  honneur  à  son 

Cursu  elementaru  de  géologie,  par  Ghegop.iu  Stefanescu. 

M.  Grégoriu  Stéfancscu,  professeur  de  géologie  à  l’Univer¬ 
sité  de  Bucharest,  a  publié  récemment,  en  langue  roumaine,  un 
cours  élémentaire  de  géologie,  sç  rapportant  plus  spécialement 
à  la  Roumanie.  Cet  ouvrage  est  tout  particulièrement  intéres¬ 
sant  en  ce  qu’il  comprend  la  première  carte  géologique  origi¬ 
nale  qui  ait  été  faite  pour  la  Roumanie;  cette  carte  est  en  cou¬ 
leurs.  Nous  ajouterons  que  ce  volume  est  orné  do  442  figures. 
Nous  adressons  à  l’auteur  nos  plus  vives  félicitations. 

Rapport  sur  les  travaux  du  laboratoire  d’études  de  la  soie, 
à  Lyon. 

Le  laboratoire  d’études  de  la  soie,  fonde  par  la  Chambre  de 
commerce  de  Lyon,  et  dirigé  avec  tant  d’activité  par  M.  J.  Du- 
sugeau,  nous  adresse  un  fort  beau  volume  contenant  le  rapport 
des  travaux  du  laboratoire  pendant  l’année  1889-1890.  Ce  vo¬ 
lume  comprend  une  suite  de  douze  travaux  originaux  du  plus 
ht  ut  intérêt;  nous  citerons  seulement,  au  hasard  :  Sur  l’amé¬ 
lioration  des  races  européennes  de  vers  à  soie,  par  M.  G.  Cou- 
taguc;  Etat  actuel  des  connaissances  chimiques  concernant  la 
soie,  sur  la  théorie  des  phénomènes  de  teinture,  par  M.  L.  Yi- 
gnon;  Sur  la  solidification  du  fil  de  soie,  par  M.  R.  Dubois; 
Insectes  nuisibles  aux  matières  soyeuses  et  aux  vers  à  soie,  etc. 
Ce  volume  contient  5  planches  hors  texte  et,  de  plus,  95  figures 
dans  le  texte. 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Séance  dn  20  avril.  —  M.  Runvier  présente  une  note  de 
AL  Hermann  Foll  sur  l’histoire  do  la  fécondation.  Les  conclu¬ 
sions  de  l’auteur  sont  que  :  1°  La  fécondation  consiste  dans 
l’addition  de  deux  demi-noyaux  provenant  d’individus  de  sexes 
différents  et  dans  la  réunion  de  deux  demi-spermocentres 
avec  deux  moitiés  d’ovocentres  pour  constituer  les  deux  pre¬ 
miers  astrocentres.  2°  Tous  les  astrocentres  du  descendant 
dérivent  par  divisions  successives  des  astrocentres  primitifs  et 
proviennent  donc  par  parties  égales  du  père  et  de  la  mère.  — 
M.  de  Lacaze-Duthiers  présente  une  note  de  M.  Fr.  Guitel  sur 
les  organes  gustatifs  de  la  Baudroie.  Ces  organes  se  trouvent 
sous  forme  de  taches  atteignant  0mm,5  de  diamètre  placées  sur 
les  replis  cutanés  qui  accompagnent  ces  diverses  rangées  de 
dents.  Les  plus  développés  de  ces  organes  accompagnent  les 
dents  pharyngiennes  et  sont  innervés  par  des  rameaux  du 
pneumogastrique.  Les  papilles  gustatives  qui  accompagnent  les 
dents  dépendant  des  os  intcrmaxillaircs  sont  innervées  par  des 
branches  du  trijumeau,  ainsi  que  celles  qui  accompagnent  les 
dents  palatines  et  vomériennes.  Enfin  les  papilles  satellites  des 
dents  de  la  mâchoire  inférieure  reçoivent  leur  innervation  d’un 
plexus  formé  par  le  trijumeau  et  le  facial.  Les  terminaisons 
nerveuses  que  contiennent  ces  papilles  sont  des  organes  cya- 
thiformes,  éparpillés  ou  disposés  en  couronne.  —  M.  A.  Milne- 
Edwards  présente  une  note  du  AL  Et.  Jourdan  sur  l’innerva¬ 
tion  de  la  trompe  des  Glycéres.  Les  muscles  qui  constituent  cet 
organe  sont  recouverts  par  de  petits  nerfs  qui  vont  aboutir  à 
un  anneau  nerveux  proboscidien.  Les  fibres  formant  ces  nerfs 
pénètrent  dans  la  couche  épithéliale  pour  aller  se  distribuer  à 
des  papilles  qui  sont  de  deux  sortes,  les  unes  cylindro-coni- 
ques,  les  autres  irrégulièrement  sphériques,  mais  cependaul 
analogues  comme  structure.  Ces  papilles  percées  d’un  pore  à 
leur  sommet  vers  lequel  çonvergent  les  cellules  renfermées 
dans  l’intérieur.  De  plus,  à  l’extrémité  de  la  trompe  existe  un 
bourrelet  annulaire,  situé  en  arrière  dos  crochets,  et  entière¬ 
ment  formé  de  cellules  fusiformes  sensitives.  —  M.  Duchartre 


(1)  Une  brochure,  avec  une  planche,  prix  franco,  4  fr.  30(anx 
bureaux  du  journal). 


L  E  NATURALISTE 


présente  une  note  de  M.  U.  Jumelle  sur  l’assimilation  chez  les 
Lichens;  il  résulte  des  observations  et  des  expériences  de  l’au¬ 
teur  que,  lorsque  certaines  conditions  favorables  de  lumière, 
d’humidité  et.  de  saison  sont  réalisées,  tous  les  Lichens  sont 
capables  de  décomposer  l’acido  carbonique  de  l’air 
iniquement  pour  que  cette  décomposition  l’emporte 


le  dé- 


t  pour  que  celle  décomposition  i  emporte  sur  te 
d’acide  carbonique  dû  à  la  respiration.  11  y  a 
plus  un  optimum  d’éclairement,  et  la  lumière  solaire  directe 
est  préférable  à  la  lumière  diffuse.  -  .1/.  Ducliartre  présente 
une  note  de  M.  P.  Lesage  sur  l’influence  de  la  salure  sur  la 
quantité  d’amidon  contenu  dans  les  organes  végétatifs  du 
Lepidium  sativum.  C’est  ainsi  qu’avec  des  arrosages  contenant 
•12  à  15  grammes  de  sel  par  titre,  l’amidon  disparait  complète¬ 
ment.  Toutefoisla  diminution  do  l’amidon  ne  se  fait  pas  propor¬ 
tionnellement  à  l’augmentation  de  la  salure.  —  M.  Ducliartre 
présente  une  note  de  .1/.  Prillieux  sur  le  seigle  "enivrant.  Des 
effets  toxiques  se  sont  manifestés  chez  des  personnes  et  des 
animaux,  après  ingestion  de  pain  de  seigle,  effets  différents  do 
ceux  produits  par  l’Ergot.  Ils  étaient  dus  à  la  présence  d’un 
champignon  dont  le  mycélium  envahit  1 
l’albumen.  Par  son  organisation  ce  champ'j 
V èndrodochium  et  par  la  formation  de 
:hc  du  Sporo -  .  , 

-cite  organisation  parait  justifier  la  création  d’un  genre  ; 


dn  27  avril.  —  .11 

de  M.  Ch.  t'onlejeàn  sur  la  digestion  stomacale  de  la  Gre¬ 
nouille.  Les  glandes  œsophagiennes  sécrètent  de  la  pepsine, 
mais,  contrairement  à  l’opinion  courante,  les  glandes  stomaca¬ 
les  en  sécrètent  également,  mais  en  plus  faible  quantité.  Cette 
prédominance  de  l’action  de  la  pepsine  œsophagienne  sur  la 
pepsine  stomacale,  se  traduit  par  une  production  plus  considé¬ 
rable  de  syntonine  qui  se  transforme  ensuite  en  peptone 
fiasser  par  le  stade  de  propeptone.  —  M.  A.  Milhe-Edw 


stade  de  propeptone.  — M.  A.  MUne-Edwards 
note  de  M.  .1.  Cannieu  sur  l’évolution  sexuelle 
des  Truites  des  Pyrénées.  Ces  animaux  subissent  une  transfor- 
mation  analogue  à  celle  du  Saumon.  L’inflüencc  des  eaux  dou¬ 
ces  sur  ces  métamorphoses  est  problématique,  celle  de  la  cha¬ 
leur  n'est  que  secondaire,  et  accélératrice  de  l’évolution  sexuelle 
qui  en  est  le  facteur  principal.  -  M.  de  Lacaze-Duthiers  pré¬ 
sente  une  note  de  M.  E.  Iloussay  sur  la  métamérie  de  l’endo¬ 
derme  et  du  système  circulatoire  primitif  dans  la  région  post¬ 
branchiale  du  corps  des  vertébrés.  L’animal  observé  était 
l’axolot.  Pour  l’endodormério,  formation  île  poches  intestinales 
paires  débutant  par  des  évaginations  endodermiques  entre  les 
inyotones,  et  dont  on  retrouve  longtemps  les  traces,  certaines 
d’entre  elles  s’hyperlrophient,  changent  de  fonctions,  et  persis¬ 
tent  (Thyroïde,  Foie,  Cloaque  des  Batracien?).  Pour  l’Angio- 
mérie  :  deux  veines,  sub-intestinales,  prolongeant  le  cœur  en 
arrière,  et  se  réunissant  avec  l’aorte  par  dés  vaisseaux  trans¬ 
versaux  métamériques,  alternent  avec  les  diverticules  latéraux 
de  l’intestin  ;  c’est  le  système  ventral.  Le  système  dorsal  est 
formé  par  les  carotides  et  les  crosses  aortiques.  —  M.  O.  Van 
der  Slricht  adresse  une  note  sur  l’étude  du  mécanisme  de  la 
sécrétion  urinaire.  La  surface  interne  des  cellules  sécrétantes 
est  recouverte  d’un  plateau  qui  sert  d’organe  de  protection,  et 
dont  la  structure  varie  suivant  l’état  de  repos  ou  .d’activité.  Les 
produits  de  sécrétion  s’accumulent  à  l’intérieur  des  cellules 
épithéliales,  et  par  les  interstices  des  plateaux  se  déversent 
dans  les  canaux  contournés.  La  cuticule  est  parfois  entraînée 
par  des  amas  de  liquides  trop  volumineux.  —  .1/.  Ducliartre 
présente  une  note  de  M.  E.  Mer  sur  la  répartition  hivernale  de 
l’amidon  dans  les  plantes  ligneuses.  Cette  répartition  est  loin 
de  rester  constante,  du  mois  d’octobre  au  mois  d’avril.  Il  y  a 
résorption  de  l’amidon  à  la  fin  de  l’automne  et  genèse  au  com-, 
mencement  du  printemps.  Contrairement  à  l’opinion  admise 
jusqu’il  ce  jour,  l’hiver  est  la'  saison  où  la  réserve  amylacée  est 
le  moins  considérable.  —  M.  Ducliartre  présente  une  note  de 
M.  G.  Poirault  sur  l’anatomie  des  organçs  végétatifs  des  Ophio- 
glossées.  La  cellulose  des  membranes  cellulaires  présente  des 
spéciales.  Dans  les  racines,  l’auteur  a  observé  que  le 
liber  se  développe  quelquefois.  Les  tubes  criblés  sont 
de  calsi  Enfin  le  principal  intérêt  des  racines  est 
pare;  c’est  mémo  le  seul  mode  do  mullipli- 
vulgatum. 

A,  E.  Ma  lard. 


uvoir  gemmip 
de  Ophiogloss 


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BOTANIQUE 

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-Arten  i 


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Bull.  Soc.  Franc,  de  Minéral.  1891,  pp.  15-16. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


13*  ANNÉE 


2°  Série  —  103 


lo  JUIN  1891 


POISSON  A  HOMARD 

à  propos  de  Terre-Neuue 

Toujours  à  l’ordre  du  jour,  la  question  de  Terre-Neuve 
semble  en  étroite  relation  avec  un  point  de  l’histoire  des 
sciences  naturelles  qui,  nous  le  croyons  du  moins,  est 
resté  jusqu’ici  en  dehors  des  discussions  qu’elle  a  sou¬ 
levées  et  qui  nous  paraît  cependant  de  nature  à  l’éclairer 
de  quelque  lumière.  C’est  ce  qui  nous  a  déterminé  à 
l’examiner  ici  brièvement. 

Si  nous  en  croyons  les  journaux  politiques,  la  princi¬ 
pale  question  à  résoudre  est  celle-ci  :  le  droit  concédé  à 
la  France  par  le  traité  d’Utrecht,  de  pêcher  le  poisson 
sur  les  côtes  de  Terre-Neuve,  s’étend-il  à  celui  d’y  pêcher 
le  Homard? 

En  admettant  que  ce  soit  bien  ainsi  que  se  pose  la 
question,  la  réponse  qu’elle  comporte  nous  paraît  se 
dégager  des  considérations  suivantes  : 

Que  faut-il  entendre  par  le  terme  de  poisson?  Si  cette 
expression  s’applique  aujourd’hui  exclusivement  à  une 
classe,  facile  à  circonscrire,  d’animaux  dont  les  caractères 
sont  constants,  et  que  le  vulgaire  même  sait  le  plus  sou¬ 
vent  reconnaître,  il  n’en  a  pas  toujours  été  de  même. 

Aristote  avait  été  conduit  par  ses  observations  à  divi¬ 
ser  les  animaux  «  d’après  leurs  parties,  »  c’est-à-dire  d’a¬ 
près  leur  organisation,  en  deux  grands  groupes,  les  ani¬ 
maux  pourvus  de  sang  et  les  animaux  privés  de  sang  (c’est- 
à-dire  privés  de  sang  rouge),  qu’il  subdivisa  ensuite  en 
classes  ( Histoire  des  animaux,  trad.  fr.  par  Camus,  t.  I., 
p.  21  et  171).  Dans  le  premier  groupe  il  rangea  les  Pois¬ 
sons,  sur  la  nature  desquels  il  avait  des  idées  fort  justes, 
dont  il  décrit  exactement  les  caractères  généraux  et  qui 
se  trouvaient  ainsi  nettement  séparés  des  Mollusques, 
des  Crustacés  et  autres  invertébrés  aquatiques. 

Mais  l’esprit  d’observation  disparut  avec  Aristote,  et 
les  naturalistes  qui  vinrent  après  lui  trouvèrent  plus 
commode  de  copier  leurs  devanciers  que  d’étudier  la 
nature.  C’est  ce  que  fit  Pline  lui-même,  dont  l’ouvrage, 
d’ailleurs  rempli  d’intérêt,  n’est  qu’une  vaste  compila¬ 
tion.  C’est  à  Aristote  ( loc .  cit.  p.  a)  que  Pline  a  emprunté 
l'idée  —  à  laquelle  le  père  de  l’Histoire  naturelle  ne  s’é¬ 
tait  pas  arrêté,  pas  plus  qu’à  celle  de  distribuer  les  ani¬ 
maux,  «  d’après  leur  caractère  »,  «  en  privés  et  en  sau¬ 
vages  »  (p.  11),  —  c’est,  disons-nous,  à  Aristote,  que  Pline 
a  emprunté  l’idée  de  diviser  les  animaux  d’après  la  con¬ 
sidération  banale  de  leur  habitat,  en  terrestres,  aériens 
et  aquatiques.  Il  décomposa  ce  dernier  groupe  (liv.  IX, 
ch.  54)  en  Poissons  pourvus  de  sang,  c’est-à-dire  les  Cé¬ 
tacés  et  les  Poissons  proprement  dits,  et  en  Poissons  pri¬ 
vés  de  sang,  dont  il  admit  trois  sortes,  correspondant  à 
des  groupes  déjà  admis  par  Aristote  :  les  Poissons  mous, 
qui  répondent  à  nos  Mollusques  céphalopodes  ;  ceux  qui 
sont  recouverts  d’une  croûte  mince,  ou  les  Crustacés,  les 
Oursins  ;  enfin  ceux  qui  sont  renfermés  dans  un  test  dur, 
c’est-à-dire  les  Tcstacés,  ou  nos  Mollusques  univalves  et 
bivalves. 

C’était  revenir  bien  en  arrière  d’Aristote.  Ce  qu’il  y  eut 
surtout  de  fâcheux,  c’est  que  sur  l’autorité  de  Pline,  les 
Poissons  se  trouvèrent  par  là  rivés  aux  Crustacés  dont 
ils  auront  par  la  suite  toutes  les  peines  à  se  dégager. 
Nous  voyons,  en  effet,  au  milieu  du  xvie  siècle,  au  mo¬ 
ment  du  réveil  des  lettres  et  des  sciences,  après  la  longue 

LE  NATURALISTE,  Paris,  46,  rue  du  Bac. 


nuit  du  moyen  âge,  Belon  (De  Aquatilibus,  1553)  et  Rou- 
delet  ( Universa  Piscium  Historia,  1554-33),  qui  allaient 
enfin  asseoir  l’ichthyologie  snr  sa  véritable  base,  l’ob¬ 
servation,  reprendre  les  idées  de  Pline,  ranger  parmi 
les  Poissons  tous  les  animaux  dont  le  genre  de  vie  est 
analogue  au  leur,  et  les  subdiviser  en  groupes  d’après 
leur  taille,  leur  forme,  leur  consistance,  etc.,  abstraction 
faite  de  tout  caractère  d’organisation.  Rien  ne  montrera 
mieux  l’absence  de  toute  méthode  dans  ces  essais  de 
classement,  par  suite  de  l’ignorance  où  l’on  était  de 
l’organisation  des  animaux,  que  la  citation  suivante  que 
j’emprunteàla  traduction  de  l’ouvrage  de  Rondelet,  parue 
en  1558  sous  le  titre  :  l’ Histoire  entière  des  Poissons.  Ron¬ 
delet  commence  par  donner  un  sommaire  des  questions 
dont  il  traitera;  ce  sont  les  titres  d’autant  de  chapitres 
qui  font  connaître  les  diverses  catégories  de  Poissons 
qu’il  admet.  Je  relève  dans  ce  sommaire  les  titres  sui¬ 
vants  : 


Poissons  plats  cartilagineux,  cimme  Raies,  Pastcnagues, 

Poissons  longs  comme  le  Cûgre,  la  Murène. 

Poissons  des  mers  à  nous  estranges,  comme  ceux  qui  sont 
tous  rôds  corne  une  boule. 

Poissons  cétacées  à  grandes  bestes  marines. 

Tous  les  Poissons  susdits  ont  sang,  après  lesquels  sont  mis 
les  poissons  qui  n’ont  point  de  sang,  comme  s’ensuit  : 

Les  Poissons  mois,  comme  les  Poulpes,  la  Seche. 

Les  Poissons  couverts  de  coque  ou  de  crouste,  côme  les 
Langoustes,  les  Cancres. 

Les  Poissons  couverts  de  test  dur,  6  de  coquilles  ou  simples 
ou  doubles. 

Les  Poissons  desquels  les  coquilles  sonttournées  en  vis,  etc. 

On  le  voit,  pour  Rondelet  comme  pour  Pline,  tous  les 
animaux  qui  vivent  dans  l’eau  sont  des  Poissons;  et 
chacun  de  ces  groupes  de  Poissons  «  qui  n’ont  point  de 
sang,  »  et  qui  correspondent  à  nos  invertébrés  actuels, 
est  équivalent,  pour  Rondelet,  à  ses  Poissons  plats,  à  ses 
Poissons  longs,  etc.,  qui  sont  de  vrais  Poissons. 

Les  caractères  tirés  de  l’organisation  tenaient  si  peu 
de  place  dans  les  préoccupations  des  naturalistes  de  l’é¬ 
poque,  que  le  plus  savant  de  tous,  Conrad  Gesner,  dans 
le  IVe  livre  de  son  Historia  animulium  (1558),  décrit  pêle- 
mêle,  sans  aucune  espèce  de  méthode  et  par  ordre 
alphabétique,  les  Poissons,  les  Crustacés,  les  Mol¬ 
lusques,  etc. 

Il  faut  arriver  jusqu’en  1086  pour  rencontrer  enfin  un 
ichthyologiste,  Willughby,  qui  sépare  scientifiquement 
les  Poissons  proprement  dits  (ou  tels  que  nous  les  com¬ 
prenons  aujourd’hui)  de  tous  les  animaux  avec  lesquels 
ils  avaient  été  jusqu’alors  confondus.  C’est  par  établir 
cette  distinction  qu'il  commence  son  Historia  Piscium, 
à  laquelle  il  est  juste  de  dire  que  Jean  Ray  avait  lar¬ 
gement  collaboré,  qui  parut  en  l’année  que  je  viens  de 
citer  et  dont  une  seconde  édition  fut  publiée  en  1743. 
C’est  de  cette  dernière  édition  (p.  1)  que  j’extrais,  en  les 
traduisant,  les  lignes  suivantes  :  «  Je  n’ignore  pas,  dit 
Willughby,  que  le  nom  de  Poisson  est  employé  par  cer¬ 
tains  naturalistes  dans  l’acception  la  plus  large  pour 
désigner  tous  les  animaux  aquatiques,  ceux  qui  sont 
pourvus  de  sang,  aussi  bien  que  ceux  qui  sont  exsangues 
et  qu’Aristote  avait  divisés  en  trois  groupes,  les  Mol¬ 
lusques,  les  Crustacés  et  les  Testacés.  Bien  plus,  le  vul¬ 
gaire  tient  tous  ces  animaux  pour  des  Poissons.  Mais 
dans  cet  ouvrage,  nous  donnerons  au  mot  Poisson  un  sens 
plus  restreint,  l’appliquant  seulement  aux  animaux  aqua¬ 
tiques  qui  sont  pourvus  de  sang,  nagent  au  moyen  de 


LE  NATURALISTE 


nageoires,  manquent  de  pieds,  passent  leur  vie  dans 
l’eau  où  ils  se  reproduisent,  d’où  ils  ne  sortent  jamais 
volontairement  et  en  dehors  de  laquelle  ils  ne  peuvent 
vivre  longtemps.  »  Les  Invertébrés  aquatiques  se  trou¬ 
vaient  donc  éliminés  de  la  classe  des  Poissons.  Willughby 
en  rejetait  également  et  d’une  manière  formelle  divers 
vertébrés  aquatiques,  tels  que  THippopotame,  le  Croco¬ 
dile,  les  Phoques,  etc. 

En  rompant  ainsi  avec  les  errements  du  passé,  en 
donnant  en  même  temps  un  groupement  méthodique 
des  Poissons  fondé  uniquement  sur  leur  organisation, 
Willughby  réalisait  pour  l’ichthyologie  un  [progrès  con¬ 
sidérable.  Malheureusement  son  ouvrage  passa  à  peu 
près  inaperçu,  même  de  ses  compatriotes,  et  la  confu¬ 
sion  continua  de  régner.  Nous  devons  dire  cependant 
que  Ruysch  ( Theatrum  animalium ,  1718),  en  séparant  les 
Poissons  des  animaux  dits  exsangues  (Mollusques,  Crus¬ 
tacés;  etc.),  mais  sans  suivre  la  méthode  de  Willughby, 
qu’il  ne  cite  même  pas,  eut  au  moins  le  mérite  d’aban¬ 
donner  les  vues  de  Pline  pour  revenir  à  celles  d’Aris¬ 
tote. 

Enfin  parurent  deux  naturalistes  dont  l'influence  dé¬ 
termina  pour  toujours  la  ruine  des  idées  de  Pline  :  ce 
furent  Artedi,  dont  les  travaux,  publiés  par  Linné  en  1738 
(Ichthyologia  sive  omnia  opéra  de  Piscibus ),  consacraient 
et  complétaient  les  progrès  dus  à  Willughby,  et  Linné, 
dont  les  douze  éditions  successives  du  Systema  naturæ  (la 
première  en  173b)  firent  pénétrer  partout  les  idées  nou¬ 
velles  et  rendirent  définitive  la  séparation  des  Poissons 
d’avec  les  Invertébrés  aquatiques. 

Mais  le  progrès,  de  quelque  nature  qu’il  soit,  est  tou¬ 
jours  lent  à  s’affirmer,  et  c’est  ainsi  qu’Anderson  dans 
son  Histoire  naturelle  de  l'Islande,  du  Groenland,  etc., 
publiée  en  1746  à  Hambourg  et  dont  une  traduction 
française  parutà  Paris  en  1750,  compte  encore  l’Ecrevisse 
parmi  les  Poissons  de  rivière,  comme  les  Moules  et  les 
Poupars  (crabes  tourteaux),  parmi  les  Poissons  de  mer 
(trad.  fr.,  t.  II,  p.  68  et  69).  Et  il  n’était  pas  le  seul,  car 
vers  Ta  même  époque,  Rœsel  ayant  à  faire  l’histoire  de 
l’Ecrevisse  ( Insekten-Belustigung ,  t.  111,  p.  305,  1755), 
avertit  qu’il  sépare  les  crustacés  des  Poissons,  parmi 
lesquels,  dit-il,  «  laplupartdes  naturalistes  les  rangent  », 
pour  les  placer,  à  l’exemple  de  Linné,  parmi  les  In¬ 
sectes. 

Ces  citations  suffisent  pour  prouver  qu’au  milieu  du 
xvxue  siècle,  un  grand  nombre  de  naturalistes  regar¬ 
daient  encore  les  Crustacés  comme  des  Poissons  ;  d’où 
l’on  peut  conclure  que  les  personnes  étrangères  à  l’His¬ 
toire  naturelle  devaient  être  unanimes  à  les  considérer 
comme  tels. 

Cependant,  les  classifications  de  Linné  furent  vite 
acceptées  par  la  grande  majorité  des  naturalistes  et  les 
progrès  de  l’anatomie  aidant,  la  classe  des  Poissons  finit 
par  se  dégager  de  tout  élément  étranger,  même  des  Cé¬ 
tacés,  que  Linné  lui-même  y  avait  laissés  jusqu’à  la 
10e  édition  de  son  Systema  (1758),  et  par  recevoir  cer¬ 
tains  genres  que  le  môme  naturaliste  en  avait  à  tort 
écartés  dans  la  12e  édition  du  même  ouvrage  (1766), 
de  manière  enfin  à  ne  plus  renfermer  que  de  vrais  Pois¬ 
sons  et  à  les  contenir  tous. 

Ces  réformes  ont  dù  nécessairement  pénétrer  la  masse 
du  public  avec  beaucoup  plus  de  lenteur,  et  dans  son 
Histoire  naturelle  des  Poissons  (1828),  Cuvier  nous  apprend 
(t.  I,  p.  274)  que  le  nom  de  Poisson  était  encore  souvent 
appliqué  par  des  écrivains  de  son  temps  qui  n’étaient 


pas  naturalistes,  à  des  Cétacés  (1),  à  des  Mollusques  et 
à  des  Crustacés. 

Ainsi  depuis  Pline  jusqu’à  l’apparition  du  Systema 
naturæ  (1735),  le  nom  de  Poisson  a  été  appliqué  par  la 
généralité  des  naturalistes  de  profession  à  tous  les  ani¬ 
maux  aquatiques,  aux  Cétacés,  aux  Mollusques,  aux 
Crustacés,  etc.,  aussi  bien  qu’aux  Poissons  proprement 
il  ils,  et  ce  n’est  qu’à  partir  de  Linné  et  d’Artedi  qu’il 
prit,  rapidement  dans  les  écrits  scientifiques,  lentement 
dans  le  langage  vulgaire,  la  signification  restreinte 
qu’il  possède  de  nos  jours.  En  tout  état  de  cause,  au 
moment  de  la  signature  du  traité  d’Utrecht  (1713),  le 
Homard,  la  Langouste,  l’Ecrevisse,  l’Huître,  etc.,  étaient 
des  Poissons  au  même  titre  que  la  Morue.  C’est  ce  que 
nous  nous  proposions  d’établir. 

F.  Mocquard. 

L’évolution  des  formes  animales  avant  l’apparition 
de  l’Homme 

Le  livre  (2)  de  M.  Priem  comble  une  lacune  dans  nos 
ouvrages  scientifiques  d’un  prix  peu  élevé.  On  sait  que 
Buffon,  tout  d’abord  partisan  résolu  de  la  fixité  des 
espèces  animales,  avait  été  amené,  sur  la  fin  de  sa 
carrière,  à  d’autres  idées  et  à  rechercher  la  variabilité  de 
la  forme  des  organismes.  Lamark,  son  disciple  enthou¬ 
siaste,  accentua  et  précisa  cette  première  ébauche  -des 
idées  transformistes  en  s’appuyant  sur  des  faits  précis 
observés  chez  les  végétaux  et  les  animaux  et  le  premier 
rechercha  les  causes  déterminantes  et  les  lois  de  ces 
variations.  Etienne  Geoffroy  Saint-Hilaire,  dans  sa  lutte 
avec  Cuvier,  apporta  son  contingent  de  preuves.  Mais 
c’est  surtout  Darwin  qui  coordonna  toutes  ces  données 
éparses  en  une  théorie  scientifique,  grâce  à  un  nombre 
immense  d’observations  personnelles  et  en  ajoutant  le 
principe  de  la  sélection  naturelle.  On  a  trop  de  tendance, 
en  France  et  à  l’étranger,  à  ne  se  souvenir  que  du  nom 
de  Darwin  et  à  négliger,  sinon  à  oublier  l’apport  con¬ 
sidérable  dù  aux  savants  français. 

Si  à  notre  époque  il  reste  peu  de  partisans  de  la  fixité, 
de  l’immutabilité  des  espèces,  comme  l’entendaient 


Hyracotherium  venticolum  (éocène  inférieur),  o,  olécrane; 
ca,  calcanéum. 

Linné,  Cuvier  et  ses  disciples,  si  nous  savons  maintenant 
que  des  catastrophes,  des  cataclysmes  généraux  n’ont 
pu  intervenir  pour  la  destruction  d’une  espèce  et  amener 


(1)  Aujourd’hui  encore,  on  lit  dans  des  livres  élémentaires, 
écrits  par  des  membres  de  l’enseignement,  parfois  haut  placés 
dans  l’échelle  hiérarchique,  que  la  Baleine  est  un  Poisson. 

’  (2)  1  vol.  in- 16  de  3S4  pages  avec  175  figures  dans  le  texte, 
prix  3  fr.  50;  franco  3fr.  90,  chez  les  éditeurs  MM.  J. -B.  Bail¬ 
lière  et  fils  et  aux  bureaux  du  journal. 


LE  NATURALISTE 


141 


une  nouvelle  intervention  de  la  puissance  créatrice,  si 
nous  croyons  que  la  nature  n'a  réellement  formé  ni 
classes,  ni  ordres,  ni  familles,  ni  genres,  ni  espèces 
constantes,  mais  seulement  des  individus  qui  se  succèdent 
les  uns  aux  autres  et  qui  ressemblent  à  ceux  qui  les  ont 
produits,  si  nous  sommes  familiarisés  avec  ce  fait  qu’il 
n’existe  pas  de  critérium  sûr  de  l’espèce,  par  suite  de  la 
fréquence  des  espèces  douteuses  ou  types  de  passage,  et 


comme  les  Vertébrés,  les  Mollusques  et  les  Arthropodes, 
et  dont  l’organisation  atteint  déjà  un  certain  degré  de 
perfectionnement.  Actuellement  on  se  rend  compte  de 
toute  l’importance  de  l’étude  des  animaux  inférieurs, 
car  ce  n’est  que  dans  ces  êtres  dépourvus  d’appareils 
compliqués,  qu’on  peut  espérer  découvrir  les  phéno¬ 
mènes  intimes  de  la  vie  et  la  façon  de  procéder  de  la 
nature,  pour  en  énoncer  les  lois. 

Je  ne  parlerai  ni  de  la  distribution  des  matières, 


Barrandeocrinus,  crinoïde  du  silurien  de  Gothland,  remarquable 
par  ses  bras  qui  se  retournent  et  se  dirigent  vers  le  bas  en 
couvrant  le  calice. 

puisque  l’auteur  suit  la  classification  méthodique,  ni  de 
l’exactitude  parfaite  dans  les  descriptions.  M.  Priem  est 
homme  de  science  et  tous  ses  dires  sont  appuyés  par  de 
nombreuses  figures,  dont  nous  donnons  ci-contre  quel¬ 
ques-unes,  que  nous  devons  à  l’obligeance  des  éditeurs 
MM.  Baillière,  qui  seront  d’un  puissant  secours  pour 
le  lecteur. 

A  remarquer  surtout  les  chapitres  sur  les  Reptiles,  les 
Oiseaux  (leur  origine,  leur  évolution,  oiseaux  dentés  du 


râlement  les  formes  les  plus  compliquées  dérivent  des 
formes  les  plus  simples  et  les  plus  imparfaites. 

L’auteur  s’est  «  surtout  attaché  à  démontrer  l’existence 
d’une  évolution  progressive  pour  les  formes  les  plus 
inférieures  du  monde  animal,  car  jusqu’à  ces  derniers 
temps  leur  étude  avait  été  un  peu  négligée,  en  sorte 
qu’elles  se  prêtaient  moins  à  cette  démonstration  que 
les  formes  supérieures  ».  En  effet,  en  examinant  avec 
attention  les  faits  sur  lesquels  s’appuient  les  zoologistes, 
on  est  surpris  de  voir  qu’ils  sont  tous  empruntés  aux 
groupes  qui  peuvent  se  ramener  à  un  type  distinct 


Ulcéras  arietinum  :  A,  coquille  entière;  B,  valve  gauche  vue 
(le  dedans  ;  b',  sillon  latéral  ;  m',  impression  musculaire  ante¬ 
rieure;  »’.  impression  postérieure;  .r'  dent. 

crétacé  d’Amérique)  et  sur  les  Mammifères  ongulés.  Je 
crois  que,  dans  ces  chapitres,  il  aurait  fallu  multiplier  les 
figures,  surtout  dans  un  livre  de  vulgarisation  comme 
celui-ci,  afin  de  faciliter  l’intelligence  du  texte.  Je  sais 
bien  que  le  nombre  des  figures  est  déjà  très  grand,  mais 
il  y  a  des  résultats  acquis  si  considérables  à  faire  cons¬ 
tater;  on  a  découvert  en  Amérique  des  animaux  fossiles 
si  bizarres  et  si  différents  de  ceux  que  nous  sommes 


si  nous  sommes  conduits  maintenant  à  admettre  plutôt 
des  formes  animales,  c’est  aux  recherches  précises  et 
minutieuses  auxquelles  se  sont  livrés  les  savants  pendant 
ces  vingt  dernières  années  que  nous  le  devons,  recherches  I 
faites  soit  sur  la  faune  des  grands  fonds,  soit  sur  celle 
de  couches  géologiques  où  est  inscrite  l’histoire  de  la 
terre. 

Malheureusement  la  biologie  ne  peut  encore  nous  dire 
avec  suffisamment  de  netteté  les  causes  de  ces  modifi¬ 
cations,  de  ces  changements  plus  ou  moins  grands  dans 
la  morphologie  des  êtres.  Aussi  M.  Priem  s’en  est-il  tenu 
sagement  à  l’examen  et  à  la  description  des  variations 
de  formes.  Il  fait  voir  en  outre  que  les  formes  fossiles 
sont  unies  aux  formes  actuelles  par  des  liens  génétiques, 
en  montrant  qu’il  y  a  une  tendance  manifeste  pour 
chaque  type  à  se  modifier  de  plus  en  plus  et  que  géné- 


Phenacodus  Wortmanni  (des  couches  éocènes  du  Vasatch). 


142 


LE  NATURALISTE 


habitués  à  voir  dans  les  livres  classiques,  que  quelques 
clichés  déplus  eussent  accentué  l’intérêt  de  cet  excellent 
livre,  et  eussent  dispensé  le  lecteur  de  se  reporter,  s’il 
le  peut.,  aux  mémoires  originaux. 

La  conclusion  de  ce  livre  est  facile  à  tirer.  De  l’enchaî¬ 
nement  des  faits  exposés,  il  s’ensuit  que  notre  globe 
n’éprouve  qu’une  lente  évolution  sans  cataclysmes,  que 
la  nature  entière  n’est  pas  immuable,  que  tout  être 
vivant  n’est  pas  l’œuvre  miraculeuse  d’une  volonté,  mais 
qu’il  est  la  conséquence  d’une  longue  suite  de  phéno¬ 
mènes  étroitement  liés  entre  eux.  Voilà  des  vérités 
qu’on  ne  saurait  trop  répéter,  et  dont  la  recherche  et  la 
démonstration  fécondent  et  illuminent  les  derniers 
travaux  de  ce  siècle. 

A  mon  point  de  vue,  je  regrette  que  l’auteur  n’ait  pas 
voulu,  en  modifiant  un  peu  le  titre,  compléter  son  excel¬ 
lent  ouvrage  par  un  chapitre  traitant  de  l'origine  et  de 
l’apparition  de  l’homme.  C’était  la  partie  ardue  et 
épineuse,  dontM.  Priera  se  serait  tiré,  j’en  suis  persuadé, 
avec  honneur.  L’homme  est  «  l’être  à  expliquer,  le 
dernier  terme  auquel  la  théorie  doit  aboutir,  la  plus 
compliquée  des  énigmes  dont  elle  doit  donner  la  solu¬ 
tion  ».  Il  est  ainsi  fait  qu’il  est  toujours  porté  à  faire  tout 
converger  vers  lui,  et  qu’il  ne  s’intéresse  généralement 
aux  lois  de  la  nature  qu’autant  qu’elles  lui  découvrent 
un  coin  dp  voile  qui  lui  cache  son  origine  ou  qu’elles  lui 
laissent  entrevoir  son  avenir,  c’est-à-dire  celui  de  la 
société  humaine  tout  entière,  qu’autant  que  le  problème 
de  l’évolution  de  l’espèce  humaine  approche  de  plus  en 
plus  de  sa  solution  véritable. 

Il  est  bien  entendu  que  cette  critique,  si  critique  il  y 
a,  ne  diminue  en  rien  la  valeur  de  cet  ouvrage  si  inté¬ 
ressant.  En  somme,  on  ne  saurait  blâmer  l’auteur  d’avoir 
restreint  le  problème,  et  de  n’avoir  pas  voulu  se  jeter 
dans  la  lutte.  Cet  exposé  impartial,  succinct,  ne  peut  que 
contribuer  à  amener  les  hésitants  aux  théories  évolu- 
tionistes.  Je  me  permets  donc  de  le  recommander  vive¬ 
ment,  pour  la  forme  et  le  fond,  aux  personnes  désireuses 
de  préciser  leurs  idées  sur  une  question  aussi  impor¬ 
tante  que  celle  de  l’évolution,  et  à  propos  de  laquelle 
ont  eu  lieu  tant  de  discussions  contradictoires  où  la 
bonne  foi  et  l’impartialité  n’ont  pas  toujours  brillé. 

Mknégaux. 


EXPLOITATION  DE  L’ALFA 

L’exploitation  de  l’Alfa  doit  remonter  à  une  haute 
antiquité  car  les  habitants  des  pays  où  se  rencontre 
cette  plante  ont  dù  avoir  de  tout  temps  l’idée  de  l’utiliser. 
Varron.  Dioscoride  et  Pline  relatent  ses  usages,  surtout 
pour  ce  qui  concerne  l’Alfa  d’Espagne. 

L’arrachage  des  feuilles  ne  doit  se  faire  qu’au  moment 
de  la  maturité  car  en  arrachant  par  exemple  au  prin¬ 
temps  les  feuilles  de  l’année  précédente,  on  s’expose  à 
arracher  en  même  temps  les  feuilles  trop  jeunes  de 
l’année.  C’est  là  un  fait  dont  l’incontestable  importance 
a  été  trop  longtemps  méconnue1.  Actuellement,  la 
période  de  cueillette  est  déterminée  par  des  règlements 
en  Espagne  et  en  Algérie;  au  Maroc,  en  Tunisie  et  dans 
la  Tripolitaine  l’exploitation  est  à  peu  près  libre.  Il  est 
d’ailleurs  impossible  d’édicter  un  règlement  général  et 
formel  car  l’époque  de  la  maturité  est  variable  avec  le 
temps  et  suivant  les  régions.  Les  feuilles  arrachées  avant 


la  maturité  sont  le  plus  souvent  gorgées  d’eau  et  perdent 
jusqu’à  40  0/0  par  le  fait  de  la  dessiccation. 

L’arrachage  des  feuilles  d’Alfa  s’effectue  assez  facile¬ 
ment  quand  ces  feuilles  sont  arrivées  au  point  de  matu¬ 
rité  voulu.  En  effet,  au  niveau  de  la  ligne  de  séparation 
du  limbe  et  de  la  gaine  le  tissu  fibreux  fait  presque 
complètement  défaut  de  telle  sorte  que  la  feuille  se 
désarticule  très  facilement  en  ce  point. 

Un  premier  procédé  d’extraction  consisterait  à  glaner 
les  brins  avec  la  main;  on  pourrait  ainsi  faire  un  choix 
qui  diminuerait  de  beaucoup  la  nécessité  d’un  triage 
ultérieur.  Malheureusement  par  ce  procédé  un  bon 
ouvrier  ne  pourrait  récolter  que  18  à  25  kilos  de  feuilles 
par  heure,  ce  qui  serait  notoirement  insuffisant  pour 
lui  assurer  un  salaire  rémunérateur. 

Le  procédé  du  bâtonnet  est  presque  le  seul  usité 
depuis  l’antiquité.  L’alfatier  tient  à  la  main  un  bâtonnet 
de  40  centimètres  environ  de  longueur,  fixé  au  poignet 
par  un  lien  de  cuir  et  autour  duquel  il  enroule  les 
feuilles  d’une  touffe  d’Alfa.  Alors  en  tirant  obliquement  et 
par  saccades  il  désarticule  un  grand  nombre  de  feuilles; 
mais  en  même  temps  il  arrache  quelques  rameaux  qu’il 
rejette  avec  les  feuilles  qui  y  sont  encore  attachées. 
Quant  aux  feuilles  désarticulées ,  elles  sont  réunies  en 
poignées  oumanoques. 

Un  ouvrier  robuste  peut,  par  ce  procédé,  arracher  30 
à  40  kilos  de  feuilles  par  heure.  Les  ouvriers  espagnols 
arrivent  facilement  à  ce  chiffre  ;  mais  les  indigènes 
dépassent  rarement  13  à  20  kilos.  Les  entrepreneurs 
payent  généralement  la  récolte  aux  ouvriers  sur  le  taux 
de  2  francs  etmême  1  fr.  50  les  100  kilos. 

Enfin  on  a  encore  proposé  de  faucher  l’Alfa,  mais  ce 
procédé  n’a  pu  entrer  dans  la  pratique  car  il  présente  de 
nombreux  inconvénients  dont  les  principaux  seraient 
de  supprimer  le  sommet  des  pousses  et  de  couper  la 
pointe  des  jeunes  feuilles. 

Dans  un  grand  nombre  de  régions  d’Algérie,  l’Alfa  sert 
de  fourrage;  il  faut  alors  arracher  les  feuilles  jeunes,  car 
c’est  de  la  base  un  peu  renflée  de  la  gaine  que  les 
chevaux  sont  friands. 

L’arrachage  une  fois  effectué  il  s’agit  de  sécher  l’Alfa; 
les  manoques  sont  à  cet  effet  placées  sur  un  terrain  non 
couvert  ds  végét  ation;  on  les  place  tantôt  dressées, 
tantôt  couchées;  par  un  beau  soleil  la  dessiccation  est 
complète  au  bout  de  3  à  5  jours  suivant  les  expositions. 
Quand  les  brins  sont  bien  mûrs  ils  ne  perdent  que 
15  à  18  0/0  de  leur  poids  par  la  dessiccation.  Mais  quand 
ils  ont  été  arrachés  avant  la  maturité,  ils  contiennent 
une  forte  proportion  d’eau  et  la  perte  en  poids  peut 
s’élever  à  40  0/0.  Le  séchage  une  fois  terminé,  les 
manoques  sont  réunies  en  ballots  .par  un  lien  d’Alfa 
tressé  et  expédiées  aux  magasins  de  Véception. 

Là  des  femmes  étalent  l’Alfa  sur  de  grandes  tables  et 
commencent  par  le  débarrasser  complètement  des 
gaines  ou  des  rameaux  qui  peuvent  y  rester  fixés. 
Ensuite  elles  le  divisent  en  deux  catégories,  l’une 
formée  de  brins  longs  et  sains  qui  serviront  pour  le 
tissage  ou  la  sparteifie  ;  l’autre  formée  des  brins  courts  et 
tronqués  et  qui  seront  utilisés  pour  la  papeterie.  Au 
point  de  vue  de  la  nature  même  de  l'Alfa,  le  commerce 
distingue  deux  sortes  principales  :  l’Alfa  blanc  du  Tell 
dont  les  brins  ont  0  40  à  0  m,  30  de  longueur  et 

1  millimètre  de  diamètre  ;  l’Alfa  vert  des  Hauts-Plateaux 
dont  les  brins  atteignent  souvent  une  longueur  de  plus 
d’un  mètre  sur  un  diamètre  dépassant  2  millimètres. 


LE  NATURALISTE 


Au  point  de  vue  de  la  provenance  l’Alfa  peut  être  aussi 
divisé  en  catégories  ;  mais  cette  classification  serait 
naturellement  très  imparfaite.  La  compagnie  Franco- 
Algérienne  et  le  commerce  anglais,  qui  achète  la  plus 
grande  partie  des  produits,  distinguent  cinq  qualités 
principales  d’Alfa  :  Good,  fair ,  inférieur,  brosse ,  corde;  la 
qualité  good  dans  les  exploitations  suivies  peut  atteindre 
50  0/0  du  poids  total,  mais  il  arrive  souvent  qu’elle 
tombe  à  1  0/0.  La  qualité  fair  représente  parfois  75  0/0 
de  la  récolte.  Enfin  les  Alfa  séchés,  triés  et  classés  sont 
transportés  au  port  d’embarquement. 

Comme  on  l’a  vu  par  ce  qui  précède,  l’Alfa  n’est  pas 
pour  ainsi  dire  une  plante  cultivée,  c’est  un  produit 
spontané  dont  il  s’agit  de  tirer  le  meilleur  parti  possible. 
Malheureusement,  sa  résistance  naturelle  aux  causes  de 
destruction  qui  l’entourent,  n’est  égalée  que  parle  manque 
de  discernement  qui  préside  à  son  exploitation.  Aussi 
dans  ces  dernières  années  la  production  a  notablement 
diminué  en  Algérie  ;  il  est  vrai  que  bien  des  terrains 
autrefois  couverts  d’Alfa  ont  été  rnis  en  culture  ;  mais 
dans  des  points  même  où  jamais  un  défrichement  n’a 
été  effectué,  l’Alfa  ne  se  présente  plus  que  par  touffes 
rares  et  rabougries. 

La  première  cause  de  dépérissement  tient  à  l’arrachage 
des  feuilles  avant  la  maturité.  Les  gaines  suivent  alors 
le  limbe  et  produisent  sur  la  pousse  une  cicatrice  par  où 
pénètrent  les  agents  de  désorganisation. 

Le  dépérissement  de  l'Alfa  est  une  question  écono¬ 
mique  de  haute  importance  ;  non  seulement  en  raison 
du  trafic  important  dont  cette  matière  première  est 
l’objet;  mais  surtout  parce  que  l’Alfa  dans  les  régions 
montagneuses  fixe  le  sol,  empêche  le  ravinement,  retient 
l’eau  et  permet  par  conséquent  la  végétation  d’un 
grand  nombre  de  plantes  qui  périraient  sans  le  voisinage 
de  l’Alfa.  Aussi  la  destruction  de  cette  importante  graminée 
aurait  pour  conséquence  fatale  la  famine  et  l’émigration 
des  Nomades  du  Sud.  Le  gouvernement,  de  l’Algérie  s’est 
ému  avec  juste  raison  de  cet  état  de  choses,  et  un  arrêté 
du  14  décembre  1888  fixe  les  conditions  et  l’époque  de 
la  cueillette  de  l’Alfa.  Il  faut  espérer  que  ces  sages 
mesures  auront  l’effet  qu’on  est  en  droit  d’en  attendre. 

Henri  Lecomte. 


M1Y1ILES  ESPÈCES  IIE  LÉPIDOPTÈRES  DE  LAOS 


•ginata  Pouj. 


Voisine  d ’E.  albomarç, inata  Moore.| 

Envergure  :  0m06â.  Couleur  générale  d’un  beau  noir  bleuâtre 


lesquelles  sont  largement  bordées  de  blanc  pur.  Ailes  supé¬ 
rieures  à  bord  costal  presque  droit,  et  à  bord  externe  arrondi, 


surtout  vers  l’apex,  égalant  en  dimension  le  bord  interne;  une 
tache  à  peu  prés  triangulaire  d’un  blanc  olivâtre  fondu,  coupée 
par  les  nervures,  occupe  l’apex  jusqu’au  premier  rameau  de  la 
nervure  médiane  et  est  suivie  par  deux  ou  trois  petites  taches 
internervurales  formées  d’atomes  du  mémo  blanc.  Deux  taches 
oblongues  d’un  bleu  métalliqu . ment  la  cellule;  l’une  au  mi¬ 

lieu  et  l’autre  qui  est  linéaire,  à  l’extrémité;  un  trait  de  même 
nuance  est  situé  longitudinalement  à  la  base  de  la  côte.  Ailes 
inférieures  peu  arrondies  avec  le  bord  externe  légèremeut  ren¬ 
tré  en  face  de  la  cellule;  franges  des  quatre  ailes  du  même 
blanc  que  la  bordure  des  ailes  inférieures. 

Dessous  semblable  au  dessus  sauf  les  ailes  supérieures  qui 
ont  un  reflet  bleu  foncé,  soyeux,  devenant  verdâtre  à  l’extré¬ 
mité,  et  pas  de  taches. 

Corps  et  antennes  noirs  avec  reflets  bleuâtres  et  verdâtres  ; 
poitrine  et  parties  des  pattes  antérieures  et  intermédiaires, 
ainsi  que  l’extrémité  anale,  d’une  couleur  orangée  foncée. 

Décrit  sur  un  mâle  pris  entre  Luang-  Prabang  et  Theng 
(Laos),  par  M.  Pavie.  Collection  du  Muséum. 


Très  proche  de  C.  plmlænaria  Guérin.  Ailes  oblongues  d’un 
blanc  jaunâtre  soyeux;  apex  des  supérieures  arrondi  ayant  une 
large  tache  d’un  ferrugineux  foncé,  luisant,  avec  bandes  inter- 
nervurales  d’un  bleu  indigo  très  foncé  et  tondu,  n’allant  pas 1 
jusqu’au  bord  externe;  cet  espace  coloré  commence  un  peu 
avant  les  deux  tiers  du  bord  costal  et  se  termine  en  pointe 
à  l’angle  interne,  en  formant  deux  angles  droits  à  pointe 
mousse  ;  l’un  au  premier  rameau  de  la  nervure  médiane  et 
l’autre  au  troisième  rameau.  11  est  orné  de  deux  taches  blan¬ 


châtres  comme  le  fond  des  ailes  :  l’une  allongée,  oblique,  cou¬ 
pé.-  par  les  nervules  ferrugineuses  et  située  au  bord  costal, 
l’autre,  plus  petite,  lui  faisant 


G.  A.  Poujade. 


LA  RESPIRATION  DES  AMPILLAIRES 

Les  Ampullaires  sont  des  Gastéropodes  à  respiration 
double;  essentiellement  aquatiques,  elles  sont  pour¬ 
vues  d’une  branchie  et  habitent  les  eaux  douces  des  ré- 
giofis  chaudes  de  l’Ancien  et  du  Nouveau-Continent  ; 
mais  elles  peuvent  aussi  respirer  l’air  en  nature,  grâce 
au  poumon  très  développé  qu’elles  possèdent,  et  on  les 
voit  s’enfouir  et  demeurer  longtemps  dans  la  vase  dessé¬ 
chée,  quand  les  chaleurs  tropicales  mettent  à  sec  les 
mares  ou  les  étangs  qu’elles  habitent. 

M.  Deshayes  rappelle,  dans  la  2°  édition  de  l 'Histoire 


LE  NATURALISTE 


naturelle  des  animaux  sans  vertèbres  (1),  les  premières  et 
très  curieuseshbservations  qui  ont  été  faites  sur  ces  ani¬ 
maux  vivants.  «  M.  Caillaud,  le  premier,  dit-il,  a  mis  en 
la  possession  des  zoologistes  de  Paris  l’animal  vivant 
des  Ampullaires  du  Nil.  Pendant  son  voyage  à  Méroé, 
M.  Caillaud  avait  recueilli  un  certain  nombre  des  Mol¬ 
lusques  de  l’Égypte.  Après  les  avoir  généreusement  dis¬ 
tribués  dans  la  plupart  des  collections,  il  écrivit  à  un 
correspondant  qu’il  s’était  ménagé  pour  qu’on  lui  en¬ 
voyât  les  Mollusques  üuviatiles  que  l’on  trouve  en  abon¬ 
dance  dans  le  Nil.  La  personne  qui  se  chargea  de  la 
commission,  après  avoir  recueilli  une  assez  grande 
quantité  de  divers  mollusques,  et  entre  autres  des  Am¬ 
pullaires  vivantes,  mit  le  tout  dans  une  caisse  de  son, 
comptant  bien  que  les  animaux  périraient  et  se  pourri¬ 
raient  ensuite.  Cette  caisse,  à  cause  des  quarantaines, 
resta  plus  de  quatre  mois  en  route,  et  M.  Caillaud,  en  la 
recevant,  s’empressa  de  jeter  dans  l’eau  tout  ce  qu’elle 
contenait,  à  cause  de  la  putréfaction  qui  avait  gagné  les 
animaux  qu’elle  renfermait.  Quel  ne  fut  pas  l’étonne¬ 
ment  de  M.  Caillaud,  quelques  heures  après,  de  voir  se 
promener  au  fond  du  vase  la  plus  grande  partie  des  Am¬ 
pullaires  qui  lui  avaient  été  expédiées.  M.  Caillaud  nous 
donna  plusieurs  individus  que  nous  conservâmes  vivants 
pendant  quatre  à  cinq  mois.  » 

L’observation  rapportée  par  M.  Deshayes  a  été  répétée 
depuis,  à  plusieurs  reprises.  L’année  dernière,  pendant 
un  de  ses  voyages  sur  les  côtes  de  la  Mer  Rouge,  M.  le 
docteur  Jousseaume  recueillit,  à  notre  intention,  plu¬ 
sieurs  Ampullaires  du  Nil.  Il  les  plaça  dans  une  boite 
avec  de  la  bourre  de  coton  et  les  laissa  ainsi  pendant 
plusieurs  semaines.  Les  animaux  ne  souffrirent  nulle¬ 
ment  du  brutal  changement  de  domicile  qu’on  leur  avait 
imposé  ;  placées  dans  l’eau,  elles  entrebâillèrent  bientôt 
leur  opercule,  allongèrent  le  pied  et,  finalement,  se  pro¬ 
menèrent  sur  les  parois  de  l’aquarium,  broutant  çà  et  là 
au  passage  les  bourgeons  et  les  feuilles  des  plantes  aqua¬ 
tiques.  Elles  vécurent  ainsi  pendant  trois  mois  et  nous 
pûmes  observer  à  loisir  leurs  habitudes  et  le  mécanisme 
de  leur  respiration  ;  puis  elles  furent  sacrifiées  pour 
servir  à  des  recherches  anatomiques. 

L’Ampullaire  du  Nil  est  une  espèce  sénestre,  qu’on 
range  aujourd’hui  dans  le  sous-genre  Lanistes  :  c’est 
YAmpullaria  carinata  de  Lamarlc ,  le  Lanistes  bolteniana, 
Chemnitz,  des  malacologistes  actuels.  Comme  daus  tous 
les  Gastéropodes  du  même  genre,  le  poumon  forme  une 
chambre  distincte  dans  la  cavité  respiratoire  et  son  plan¬ 
cher,  percé  d’un  orifice  situé  en  avant  et  à  gauche,  sert 
de  plafond  à  la  chambre  branchiale,  dont  la  branehie  a 
été  refoulée  à  droite,  à  côté  du  rectum.  On  observe  en 
outre,  de  chaque  côté  de  la  tête,  un  prolongement  des 
téguments  qui  se  replie  en  gouttière  et  joue  le  rôle  de 
siphon.  Ces  deux  siphons  restent  courts  dans  les  Ampul¬ 
laires  sénestres  et  notamment  dans  le  Lanistes  bolteniana; 
chez  les  Ampullaires  dextres,  au  contraire,  le  siphon 
gauche  est  capable  de  s’allonger  beaucoup  et  de  se  trans¬ 
former,  au  gré  de  l’animal,  en  un  tube  éminemment 
contractile. 

Les  Ampullaires  sénestres,  en  raison  du  faible  déve¬ 
loppement  de  leur  siphon  gauche,  sont  d’une-]  étude 
moins  commode  que  les  vraies  Ampullaires  ;  Deshayes, 


(1)  Lamark.  Histoire  naturelle  des  animaux  sans  vertèbres , 
2-  édition  par  MM.. Deshayes  et  II.  Milne-Edwards,  t.  VIII, 
p.  520,  1838. 


qui  en  a  fait  l’étude  physiologique,  s’est  complètement 
mépris  sur  les  fonctions  respiratoires  de  leur  poumon  : 
«  Plongé  dans  l’eau,  dit-il,  l’animal  a  constamment  cëtte 


Fig.  1.  —  Me/adomus  purpureus  (espèce  sénestre),  a ,  tentacule; 
b,  pédoncule  oculaire  ;  c,  bourrelet  dorsal  ;  d,  expansion 
droite;  e,  expansion  gauche  (siphon);  f,  anus;  g ,  rectum; 
h,  branehie;  f,  fausse  branehie;  j,  cavité  du  poumon;  k,  tor¬ 
tillon  ;  l,  pied. 

poche  remplie  du  liquide  ambiant,  et  s’il  vienL  à  rentrer 
dans  sa  coquille  et  à  se  clore  sous  son  opercule,  cette 
poche  reste  néanmoins  remplie  d’eau,  et  fournit  ainsi  les 
matériaux  nécessaires  à  l’entretien  régulier  de  la  respi¬ 
ration.  »  Pour  Deshayes,  par  conséquent,  la  chambre 


Fig,  2.  —  Ampullaria  glolosa  (espèce  dextre),  a,  tentacule; 
b,  pédoncule  oculaire;  c,  bourrelet  dorsal;  d,  expansion 
droite;  e,  expansion  gauche  (siphon);  f,  anus;  g,  rectum; 
h,  branehie  ;  i,  fausse  branehie  ;  j,  cavité  du  poumon  ;  /,- ,  tor¬ 
tillon,;  l,  pied. 

que  nous  avons  appelée  poumon  ne  jouerait,  en  réalité, 
aucun  rôle  direct  dans  les  phénomènes  de  la  respiration  ; 
ce  serait  un  réservoir  dans  lequel  les  Ampullaires  renfer¬ 
ment  une  quantité  d’eau  suffisante  pour  subvenir  à  la 
respiration  branchiale  pendant  tout  le  temps  qu’elles 
restent  à  sec. 

L’observation  de  Deshayes  est  inexacte  comme  l’inter¬ 
prétation  qu’elle  a  suggérée.  Les  Ampullaires  dextres  et 


LE  NATURALISTE 


Ampullaria  insularum.  2,  renouvelant  l’air  du  poumon;  1,  après  le  renouvellement  de  l’air  ;  B,  siphon  droit;  S,  siphon  gauche  ; 
3,  Lanisles  Bolteniana  pendant  la  respiration  aquatique.  B,  siphon  gauche;  S,  siphon  droit. 


LE  NATURALISTE 


140 


sénestres  ont  un  vrai  poumon,  qui  est  toujours  rempli 
d’air,  qui  peut  fonctionner  et  qui  fonctionne  ordinaire¬ 
ment  en  même  temps  que  la  branchie.  quand  l’animal 
est  plongé  dans  l'eau,  mais  qui  fournit  à  peu  près  seul 
aux  besoins  de  la  respiration  tout  entière,  quand  l’animal 
vit  à  l’air  libre  (1).  Il  suffit,  pour  s’en  convaincre,  d’étu¬ 
dier,  pendant  un  jour  ou  deux,  des  Ampullaires  élevées 
avec  soin  dans  un  aquarium. 

Comme  nous  le  disions  plus  haut,  l’observation  du 
mécanisme  respiratoire  est  surtout  facile  dans  les  Ampul¬ 
laires  dextres  et  c'est  là,  seulement,  quelle  avait  été  faite 
jusqu’ici. Nous  àvons  pu  la  répéter,  avec  M.  Fischer,  sur 
des  exemplaires  en  bon  état  d’une  très  grosse  espèce 
américaine,  VAmpullaria  insularum  d’Orb.,qui  nous  furent 
communiquées  par  M.  Dautzenberg. 

Quand  l’animal  se  rapproche  de  la  surface  du  liquide, 
on  le  voit  allonger  peu  à  peu  son  siphon,  qui  se  trans¬ 
forme  en  tube  par  rapprochement  des  deux  bords  de  la 
gouttière  :  le  tube  finit  par  atteindre  la  surface  (l’animal 
étant  quelquefois  placé  à  10  ou  lo  centimètres  plus  bas), 
il  oscille  à  droite  et  à  gauche,  “évite  les  herbes  flottantes 
et  finalement  vient  étaler  dans  l’air,  juste  au  niveau  du 
liquide,  son  orifice  largement  ouvert.  Alors  commence 
un  mouvementrde  pompe,  expirateur  et  inspirateur,  qui 
a  été  parfaitement  décrit  par  Guilding  (2),  par  Cazena- 
vette  (J)  et  surtout  par  Bavay  (4).  L’animal  rétracte  tout 
d’une  pièce  la  tête  et  la  nuque,  puis  fait  saillir  les  mêmes 
parties  au  dehors,  par  des  mouvements  alternatifs  régu¬ 
liers  qui  rappellent  tout  à  fait  les  mouvements  du  piston 
dans  un  corps  de  pompe.  Une  période  d’aller  et  retour 
dure  en  moyenne  de  cinq  à  six  secondes  et  la  durée  du 
phénomène  comprend  chaque  fois  de  dix  à  seize  périodes. 
Le  siphon  ensuite  se  rétracte  entraînant  parfois  une 
bulle  d’air  à  son  orifice,  il  se  réduit  à  des  proportions 
de  plus  en  plus  faibles  et,  finalement,  devient  ce  tube 
court  et  conique  qu’on  aperçoit  souvent  à  peine  sur  le 
côté  gauche  de  la  tète.  Le  besoin  de  respirer  l’air  en 
nature  ne  se  fait  pas  toujours  également  sentir;  quand 
il  se  présente  avec  la  plus  grande  intensité,  et  notam¬ 
ment  vers  le  soir,  nous  avons  observé  que  l’animal  reve¬ 
nait  près  de  la  surface  à  peu  près  tous  les  quarts  d’heure. 
Les  Cétacés  font  absolument  de  même;  après  avoir 
plongé  quelque  temps,  ils  reviennent  à  la  surface  et 
respirent  en  faisant  affleurer  à  la  surface  les  orifices 
(ou  évents)  de  leurs  narines. 

Au  moment  où  ces  phénomènes  curieux  se  produisent 
sur  les  Ampullaires,  la  chambre  palléale  est  hermétique¬ 
ment,  close  en  avant  et  l’œil  ne  peut  plonger  à  son  inté¬ 
rieur.  Entre  temps,  au  contraire,  on  peut  distinguer 
parfaitement  le  plancher  pulmonaire  et  l’on  observe 
qu'il  est  susceptible  de  faire  saillie  en  avant  jusqu’au 
voisinage  de  la  base  du  siphon.  Nous  pensons  dès  lors, 
avec  M.  Bavay,  qu’au  moment  où  elle  veut  renouveler  l’air 
de  son  poumon,  l’Ampullaire  vient  appliquer  la  base  du 
siphon  allongé  sur  les  bords  de  l’orifice  pulmonaire  et 
qu’elle  «  respire  alors  comme  le  ferait  un  vertébré.  »  Il 
est  clair,  en  effet,  que  les  mouvements  de  la  tête  engen- 


(f)  Paul  Fischer  et  E.-L.  Bouvier.  Sur, le  mécanisme  do  la 
respiration  chez  les  Ampullaridés.  Comptes-rendus,  t.  CXI,  1S9Ü, 

p.  200. 

(2)  Guilding.  Zooloqical  Journal,  t.  III. 

(:))  Cazenavclte.  Actes  de  la  Société  linnéenne  de  Bordeaux, 

(4)  Bavay.  La  respiration  dos  Ampullaires  ( Bévue  des  sciences 
naturelles  de  Montpellier),  t.  II,  n"  1. 


drent  un  rythme  respiratoire  analogue  à  celui  que  pro¬ 
duisent  les  mouvements  thoraciques  chez  les  vertébrés 
aériens. 

Ayant  rétracté  son  siphon,  l’Ampullaire  s’éloigne  de  la 
surface,  emportant  avec  elle  l’air  atmosphérique  néces¬ 
saire  a  sa  respiration  pulmonaire.  Le  poumon  est  alors 
parfaitement  clos,  grâce  à  un  repli  valvulaire  qui  ferme 
l’orifice  du  plancher.  En  même  temps  s’effectue  la  respi¬ 
ration  branchiale  par  un  mécanisme  dont  on  ne  connais¬ 
sait  guère  les  détails  jusqu’ici.  La  chambre  palléale 
inférieure  (dans  laquelle  sont  logées  les  branchies),  étant 
largement  ouverte  en  avant,  et  notamment  sur  les  deux 
côtés  de  la  tête,  un  courant  d’eau  y  pénètre  du  côté 
gauche,  va  jusqu’au  fond  de  la  chambre  et,  se  dirigeant  à 
droite,  baigne  la  branchie  et  revient  en  avant  pour  sortir 
par  la  gouttière  siphonale  droite.  On  suit  parfaitement 
ce  courant  du  liquide  quand  on  laisse  tomber,  près  du 
siphon  gauche,  de  la  poussière  de  carmin  mise  en  sus¬ 
pension  dans  l’eau.  Si  l’animal  est  appliqué  alors  contre 
la  paroi  verticale  d’un  aquarium  de  verre,  on  peut  suivre, 
dans  l’intérieur  delà  chambre  palléale,  tous  les  mouve¬ 
ments  que  nous  venons  d’indiquer.  Notons  en  passant, 
car  ce  fait  est  caractéristique,  que  le  siphon  gauche  ne 
correspond  nullement,  par  ces  fonctions,  au  siphon 
unique,  également  situé  à  gauche,  des  Gastéropodes 
siphonés.  Ghez  ces  derniers,  le  siphon  sert  seulement  à 
l’entrée  de  l’eau  nécessaire  à  la  respiration  branchiale  ; 
chez  les  Ampullaires,  par  contre,  il  est  l’unique  agent 
de  la  respiration  aérienne,  mais  ne  joue  auoun  rôle  dans 
la  respiration  branchiale.  Nous  savons,  d’ailleurs,  qu’il 
n’y  a  aucune  homologie  morphologique  directe  entre  les 
siphons  chez  ces  divers  animaux  (d). 

Pour  étudier  le  mécanisme  de  la  respiration  aérienne, 
nous  mettrons  l’animal  sur  une  lame  de  verre  oblique¬ 
ment  placée,  la  cavité  palléale  recevant  directement  la 
lumière.  Le  siphon  gauche  ne  sert  plus  alors  à  l'entrée 
de  l’air,  et  l’on  peut  dire,  avec  M.  Bavay,  que  l’Ampul- 
laire  respire  à  plein  poumon  par  l’orifice  antérieur  du 
plancher  de  l’organe.  Cet  orifice  se  présente  comme  une 
fente  ovalaire  et  un  peu  obliquement  transverse;  il  s’en- 
tr’ouvre  et  Se  referme  presque  sans  discontinuité,  alter¬ 
nativement  mais  irrégulièrement,  les  mouvements  deve¬ 
nant  plus  rapides  et  plus  amples  quand  l’animal  se 
déplace  sur  la  lame  de  verre  où  il  est  placé.  Quand  l’ori¬ 
fice  s’agrandit,  le  plancher  pulmonaire,  un  peu  convexe 
vers  le  bas,  se  relève  ;  il  s’abaisse  dans  le  cas  contraire 
et  l’ensemble  de  ces  phénomènes  alternatifs,  de  constric- 
tion  et  de  dilatation,  suffit  à  amener  le  renouvellement 
de  l’air  dans  l’intérieur  de  l’organe. 

Le  mécanisme  de  la  respiration  est  bien  différent,  dans 
les  Ampullaires  sénestres,  à  siphon  gauche  court,  du 
sous-genre  Lanistes.  Dans  le  Lanistes  bolteniana,  dont 
nous  avons  parlé  plus  haut  le  siphon  gauche  ne  forme 
jamais  qu’une  gouttière,  qui  s’allonge  très  peu  et  qui 
sert  aussi  bien  à  l’entrée  et  à  la  sortie  de  l’air  qu’à 
l’entrée  de  l'eau  dans  les  cavités  respiratoires.  Nous 
avons  étudié  les  mouvements  des  granules  de  carmin, 
quand  l’animal  était  complètement  immergé  dans  l’eau, 
ei.  nous  les  avons  vu  suivre  le  même  trajet  que  dans  les 
Ampullaires  dextres  après  être  entrés,  toutefois,  par  le 
siphon  gauche.  Mais  les  phénomènes  de  la  respiration 


(I)  E.-L.  Bouvier.  Système  nerveux,  morphologie  générale  et 
classification  des  Gastéropodes  prospliranches.  Annales  des 
sciences  naturelles  (7),  t.  III,  p.  405. 


LE  NATURALISTE 


147 


aérienne  n’ont  aucune  analogie  directe  dans  les  deux 
groupes. 

Quand  le  Lanistes  veut  respirer  à  L'ai r,  il  vient  à  la  sur¬ 
face  du  liquide  et  se  place  de  telle  manière  que  le  siphon 
gauche  dépasse  à  peine  le  niveau  supérieur  de  l’eau.  La 
gouttière  s’étale,  se  recourbe  sur  les  bords,  mais  reste 
largement  ouverte  au-dessus;  autant  qu’on  peut  en  juger 
d’après  la  position  de  l’animal,  l'orifice  pulmonaire  doit 
se  trouver  à  la  base  du  siphon  et  au-dessus  de  la  surface 
du  liquide.  Alors  commence  la  respiration  pulmonaire, 
elle  dure  parfois  jusqu’à  cinq  minutes  et  se  produit  par 
des  mouvements  très  faibles,  souvent  à  peine  percep¬ 
tibles,  du  corps,  de  la  tète  et  de  la  nuque.  Il  y  a  des  ana¬ 
logies  étroites  entre  ces  phénomènes  respiratoires  et 
ceux  qui  se  produisent  dans  les  Ampullaires  dextres, 
lorsqu’elles  sont  plongées  dans  l’air. 

Les  Lanistes  sont  beaucoup  moins  bien  adaptés  à  la  vie 
aérienne  que  les  Ampullaires  dextres.  Munis  d’un  siphon 
gauche  très  court,  qui  sert  à  l’entrée  de  l’air  et  de  l’eau, 
incapables  de  renouveler  la  provision  d’air  atmosphé¬ 
rique  sans  remonter  à  la  surface,  Us  ont  évidemment  une 
existence  amphibienne  incomplète  et  établissent  une 
transition  naturelle  entre  les  Ampullaires  longuement 
siphonées  et  les  Gastéropodes  branchifères  tout  à  fait 
aquatiques.  A  la  chambre  branchiale  d’une  Paludine, 
joignez  le  poumon  d  une  Physe  ou  d’une  Lymnée  et  vous 
aurez  quelque  chose  de  très  analogue  à  l'appareil  respi¬ 
ratoire  du  Lanistes,  mais  vous  serez  loin  encore  des 
vraies  Ampullaires.  Pour  passer  du  Lanistes  a  ces  der¬ 
nières,  le  siphon  gauche  devra  se  développer  beaucoup, 
se  transformer  en  tube  par  rapprochement  des  bords  et 
se  borner  aux  fonctions  respiratoires  aériennes  quand 
l’animal  est  dans  l’eau.  Cette  division  du  travail  physio¬ 
logique  suffirait,  à  elle  seule,  pour  montrer  que  les  Am¬ 
pullaires  à  long  siphon  sont  à  un  degré  d’évolution  plus 
avancé  que  les  Lanistes. 

E.-L.  Bouvier. 


Note  au  sujet  de  l’Article  de  HI.  lYlénégaux 

Intitulé  Histoire  des  Acariens  des  Végétaux 


Bien  que  Le  Naturaliste  laisse  à  chacun  de  ses  rédacteurs  la 
responsabilité  des  articles  qu’il  insère,  je  crois  devoir  protester 
contre  la  théorie  avancée  par  M.  Ménégaux  au  sujet  des  rap¬ 
ports  des  Phytoptes  et  des  Tétranyques,  théorie  qui  ne  vise  à 
rien  moins  qu’à  nous  ramener  de  quinze  ans  en  arrière,  au 
détriment  des  progrès  de  la  science. 

Le  Naturaliste,  journal  de  vulgarisation  scientifique,  très 
répandu  en  France,  s’adresse  avant  tout  aux  amateurs  d’histoire 
naturelle  qu’il  veut  guider  au  début  do  leurs  recherches.  Le  Na¬ 
turaliste  est  aussi  lu  à  l'étranger,  où  chacun  do  ses  numéros 
donne  un  résumé  du  mouvement  scientifique  français.  A  ce 
double  point  de  vue  il  importe  de  rectifier  les  erreurs  qui  peu¬ 
vent  s’y  glisser,  afin  qu’on  ne  puisse  pas  l’accuser  de  diriger  les 
étudiants  dans  une  mauvaise  voie,  afin  qu’on  ne  puisse  pas  répé¬ 
ter  en  lisant  le  reproche  (hélas!  ti'op  mérité)  qu'on  adresse  aux 
savants  français  d’ignorer  tout  ce  qui  se  publie  en  langue 
étrangère. 

Les  travaux  récents  relatifs  aux  Phytoptes  sont  pourtant 
connus  en  France.  Des  naturalistes  qui  ont  surtout  étudié  les 
galles  acarieàncs  au  point  de  vue  botanique,  MM.  les  Dr  Foc- 
kou  et  Ballé,  par  exemple,  n’ont  pas  cru  pouvoir  se  dispenser 
détenir  compte  des  travaux  de  M.  Nalcpa  (de  Linz),  travaux 
qui  datent  de  188".  Aussi  peut-on  être  surpris,  do  voir  un  na¬ 
turaliste  qui  étudie  les  Phytoptes  au  point  de  vue  zoologiquo 
reproduire  l’erreur  étonnante  et  presque  incompréhensible  com¬ 
mise  parDonnadieu  en  1875. 


La  seule  excuse  de  ce  dernier,  c’est  qu’il  avait  été  précédé 
dans  cette  voie  malheureuse  per  Scheuten  et  d’autres,  dont  l’o¬ 
pinion  dut  fortement  l’influencer;  quoi  qu’il  en  soit,  les  théories 
en  l’air  ne  sont  plus  de  mise  en  micrographie  :  on  exige  au¬ 
jourd’hui  des  preuves,  c’est-à-dire  des  faits  tangibles,  ou  pour 
mieux  dire  visibles  sous  l’objectif  du  microscope. 

Dire  que  les  Tétranyques  sont  la  forme  adulte  des  Phytoptes 
c'est  commettre  une  méprise  analogue  à  celle  de  quelqu’un  qui 
voyant  un  loup  dans  une  bergerie  s’imaginerait  que  ce  carni¬ 
vore  est  la  forme  adulte  de  l’innocent  mouton  qu  il  ne  cherche 
qu’à  dévorer  (1). 

Les  Phytoptes  deviennent  adultes  sous  leur  forme  </’ Aca¬ 
riens  vermi formes  ;  ils  n’ont  jamais  plus  de  deux  paires  depat- 
tes  ;  enfin  leurs  organes  génitaux  ( mâles  et  femelles,  sont  par¬ 
faitement  connus.  —  L’anatomie  très  complète  des  Phytoptes 
< ■  si  admirablement  décrite  et  figurée  jusque  dan-  ».-s  détail»  hi- 

1  ologiques  les  plus  délicats,  dans  le  mémoire  de  Nalcpa  auquel 
nous  renverrons  le  lecteur.  Ce  mémoire  est  inséré  dans  les 

hei-ic/i/e  lier  K.  Akml.  der  Wissrnsehafh;,,  1SS7,  1.  X'A'L  avec 

2  planches.) 

Tous  les  acarologistcs  qui  ont  voulu  s’en  donner  la  peine  ont 
pu  vérifier  l’exactitude  des  observations  de  M.  Nalcpa. 


Nouvelle  apparition  du  «  Syrrhaptes  paradoxus» 


M.  le  professeur  A.  Milne-Edwards  a  bien  voulu  nous 
communiquer  la  lettre  suivante,  qu’il  vient  de  recevoir 
de  M.  Louis  Bureau,  directeur  du  Muséum  de  Nantes, 
sur  une  nouvelle  apparition  du  fameux  Syrrhaptes  para¬ 
doxus. 

«  Les  Syrrhaptes  viennent  de  faire  une  nouvelle  appa¬ 
rition.  Une  femelle  a  été  tuée  le  28  du  mois  dernier  dans 
le  marais  de  Langle  près  Herbignac  (Loire-Inférieure), 
dans  une  troupe  de  4  individus  qui  a  disparu  aussitôt. 

Il  n’est  pas  venu  à  ma  connaissance  que  ces  migra¬ 
teurs  de  1888-1889  aient  été  signalés  récemment  en 
France. 

Dans  nos  départements  de  l’Ouest,  en  1888,  le  passage 
a  commencé  le  11  mai,  jour  où  furent  tués  deux  sujets 
l’un  à  Préfailles  (Loire-Inférieure),  l’autre  à  Noirmou- 
tier  (Vendée). 

Ce  passage  dura  jusqu'au  23  juillet.  A  partir  de  cette 
date  jusqu’au  13  novembre,  les  Syrrhaptes  quittèrent 
nos  départements. 

Ils  y  revinrent  moins  nombreux  le  13  novembre  et  le 
dernier  fut  tué  le  10  mars  1889. 

Rien  ne  permet  de  dire  si  le  fait  que  je  vous  signale 
restera  isolé  ou  si  la  petite  troupe  qui  vient  de  se  mon¬ 
trer  dans  notre  département  est  l’avant-garde  d’une 
importante  migration.  » 

Veuillez  agréer,  etc. 

Louis  Bureau. 


CONSERVATION  DES  ANIMAUX  MARINS 

Los  méthodes  en  usage,  à  la  station  zoologiquo  de  Naples, 
pour  la  conservation  des  animaux  marins,  ont  une  réputation 
universelle.  Nous  croyons  donc,  être  agréables  à  nos  lecteurs 
en  analysant,  dans  ses  parties  essentielles,  un  mémoire  de 
M.  Salvatore  Lo  Bianco,  traduit  par  M.  Félix  Bernard,  sur  les 
méthodes  de  conservation  des  animaux  marins  employées  à 


(1)  Les  Tétranyques,  do  mémo  que  les  Tarsonemus  (ou  Der.- 
droptus),  que  Ton  trouve  si  souvent  dans  les  érinéums  pro¬ 
duits  par  la  piqûre  des  Phytoptes,  sontdo  véritables  parasites 
qui  ne  se  font  pas  faute  de  dévorer  ces  derniers. 


148 


LE  NATURALISTE 


cette  station  zoologique.  Nous  ajouterons  que  ce  travail  a  été 
publié  dans  le  Bulletin  scientifique  de  la  France  et  de  la  Bel¬ 
gique,  dirigé  par  M.  Alfred  Giard,  auquel  nous  l’empruntons. 
Disons  tout  d’abord  que  les  animaux  fixés  avec  un  liquide  quel¬ 
conque  se  conservent  dans  l’alcool  généralement  à  70°. 

Radiolaires.  —  Les  Thalassicola  se  fixent  à  l’acide  chro- 


Fig.  1.  — •  Radiolaire,  Thalassicola. 


mique  à  1/2  %  et  sont  transportés,  après  une  heure  environ, 
dans  l’alcool  à  70°.  Les  Aulacanthidæ  et  les  Acanthometræ 
sont  mis  directement  dans  l’alcool  à  20°,  puis  à  50°.  Les  Sphœ- 
rozoum  et  Collozoum  se  fixent  dans  l’alcool  à  35  %  iodé  de 
15  à  60  minutes,  puis  passent  dans  l’alcool  à  35°  pendant^cleux 


heures,  puis  dans  l’alcool  à  50°  pendant  douze  heures,  et  enfin 
dans  l’alcool  à  70°  qu'on  renouvelle  vingt-quatre  heures  après. 

Porifera.  —  Pour  les  Eponges,  il  suffit  d’immerger  directe¬ 
ment  dans  l’alcool  à  70°  en  le  renouvelant.  Pour  éviter  la  con¬ 
traction  chez  les  Halisarcidæ  on  peut  les  fixer  dans  le  sublimé 
concentré  pendant  15  minutes.  Si  on  veut  conserver  pendant 
plusieurs  jours  la  couleur  rouge  de  quelques  éponges  ( Sube - 
rites,  Axinella)  il  suffit  de  les  mettre  dans  l’alcool  à  40°  sans 
le  changer. 

Autliozoa.  —  La  première  chose  à  faire  quand  on  a  pêché 
un  Anthozoaire,  est  de  le  mettre  dans  un  récipient  avec  de 
l’eau  de  mer  fraîche  pour  laisser  à  l’animal  le  temps  de  s’é¬ 
tendre.  Les  Cornularia,  Clavularia,  Rhizoxenia,  Sympodium 
sont  tués  avec  le  sublimé  concentré  chaud.  Les  grands  Alcyo- 
num  peuvent  être  tués  en  les  immergeant  rapidement  dans 
l’acide  chromo-acétique  (acide  acétique  concentré  100";  acide 
chromique  à  1  %,  10"),  puis  on  les  transporte  graduellement 
dans  les  alcools  à  divers  degrés.  Pennatula  phosphorea  et 
Kophobelemnon  sont  saisis  par  la  base  nue-et  plongés  rapide¬ 
ment  dans  le  mélange  chromo-acétique  indiqué  plus  haut  ;  au 
bout  de  quelques  secondes  on  les  met  dans  de  l’alcool  à  50°, 
et,  avec  une  seringue  à  injection  fine  on  injecte  de  l'alcool  à 

i11"  par  . . -"Il  pratiqué  à  l’extrémité  de  !;i  base,  puis  on 

transporte  dans  l’alcool  à  70°.  Pour  Pennatula  rubra,  Pteroi- 
des  spinulosus,  Verelillum,  Funiculina ,  on  pratique  de  mémo 
sans  opérer  l’injection.  Le  corail  rouge  (C.  rubrum )  est  tué 


par  le  sublimé  concentré  bouillant  (moitié  du  volume  de  l’eau 
de  mer)  et  est  transporté  dans  l’alcool  faible  :  la  couleur  se 


conserve  ainsi  parfaitement.  Les  Antipathes  se  fixent  avec 
le  sublimé  concentré.  —  Les  Acliniaires  présentent  d’assez 
grandes  difficultés.  L ’Anemonia  sulcata  est  tuée  par  le  mélange 
chromo-picriquc  (acide  chromique  à  1  %  et  liquide  de  Ivleinen- 


6 


8 


Fig.  6.  Anthozoa,  Pennatula.  — Fig.  7.  Anthozoa,  Actimia.  — 
Fig.  8.  Anthozoa,  Cerianthus.  —  Fig.  9.  Anthozoa,  Dendro- 
pliyllia. 


berg  (1)  en  parties  égales)  en  volume  égal  à  l’eau  qui  s’y  trouve  ; 
au  bout  de  3  à  10  minutes  on  transporte  dans  l’acide  chromi¬ 
que  à  1/2  %,  puis  une  demi-heure  après  dans  l’alcool  faible. 
Les  liliactis,  Sagarlia  Dghrnii,  Paranthus,  Corynactis,  Aipta- 
sia  sont  tuées  avec  le  sublimé  concentré  bouillant  ;  avant  de 
les  mettre  dans  l’alcool,  on  les  laisse  durcir  pendant  quelques 
minutes  dans  l’acide  chromique  à  1/2  %.  Quand  Eliactis 
bcllis,  Bunodes  gemmaceus  et  rigidus  sont  bien  étendus,  on 
enlève  les  2/3  dé  l’eau  de  mer,  qu’on  remplace  par  de  l’hydrate 
de  chloral  à  2  00/00;  au  bout  de  deux  minutes  on  enlève  un.  peu 
du  liquide,  en  laissant  comme  d’ordinaire,  juste  cc  qu’il  faut 
pour  couvrir  les  animaux  et  on  les  tue  au  sublimé  concentré 
froid.  Adamsia  Rondeletii  et  palliata  se  narcotise  avec  la  fumée 
de  tabac,  puis  est  tuée  par  le  mélange  chromo-acétique,  durcie 
par  l’acide  chromique  à  1/2  %  et  ensuite  par  l’alcool.  Cladactis, 


(I  )  Solution,  aqueuse  concentrée  d’acide  picrique  100",  acide 
sulfurique  concentré  2";  on  filtre  et  on  ajoute  3  fois  le  même 
volume  d’eau. 


LE  NATURALISTE 


Cereaclis  et  Bunodeopsis  strumosa  sont  tuées  par  le  mélange 
chromo-acétique,  durcies  par  l'acide  chromiquc  à  1  %  et  plon¬ 
gées  dans  l’alcool.  Les  grands  Cerianthus  se  fixent  à  l’acide 
acétique  concentre  et  se  transportent  dans  l’alcool  faible.  Acti¬ 
nia  equina  et  Cari  se  traitent  par  le  mélange  bouillant  de  su¬ 
blimé  et  d’acide  acétique,  suivi  d’acide  chromique  à  l/d  % 
pour  durcir.  Edwardsia  s’anesthésie  lentement  en  versant  peu 
à  peu  de  l’alcool  à  70°  dans  l’eau  de  mer,  on  la  tue  ensuite 
avec  le  sublimé  concentré  chaud.  Pour  les  Polythaa,  on  peut 
essayer  le  sublimé  concentré  chaud.  Les  larves  d’Actinies  se 
tuent  avec  le  sublimé  concentré  ou  avec  le  mélange  chromo- 
acctique.  —  Madreporaria  :  As  froides  cahjcularis  est  tué  par  une 
solution  bouillante  de  sublimé  et  d’acide  acétique  en  volume 
égal  à  l’eau- de  mer;  on  transporte  ensuite  dans  l’alcool  à  3ü° 
et  on  injecte  les  polypes,  on  porte  finalement  dans  l’alcool  à 
70°.  Caryophyllia ,  Dendrophyllia,  Cladocora  se  fixent  au  su¬ 
blimé  concentré  bouillant. 

P.  G. 


NOTE  SUR  LA  CLASSIFICATION  DES  BASIDIOMYCÈTES 

0 Champignons ) 

(Suite.) 


Le  premier  ordre  comprend,  comme  on  le  sait,  deux 
sous-ordres  : 

a.  Hyménomycètes.  Champignons  dans  lesquels  l’hymé- 
niumest  extérieur; 

b.  Gastéromycètes.  Champignons  dont  l’hyménium  est 
entouré  d’une  enveloppe  complètement  close. 

Enfin  les  Hyménomycètes  comprennent  six  familles  : 
Agaricinées,  Polyporées,  Hydnées,  Clavariées,  Théléphorées, 
Exobasidiées. 

Les  Gastéromycètes  "en  comptent  quatre  :  Phalloïdées, 
Nidulariées,  Lycoperdées,  Hypogastrées. 

Entrer  dans  1  'exposé  des  caractères  qui  distinguent 
ces  familles  nous  entraînerait  trop  loin.  Le  lecteur  un 
peu  familier  avec  l’étude  des  Champignons  suppléera 
facilement  à  ce  que  nous  omettons. 

Le  deuxième  ordre,  celui  des  Dacrymycétacées  com¬ 


prendra  un  seul  sous-ordre  auquel  on  peut  donner  le 
nom  de  dacrymycétinées.  Mais,  dans  ce  sous-ordre,  on 
peut  distinguer  deux  familles  :  en  premier  lieu  la  fa¬ 
mille  des  Calocérées  ayant  pour  type  le  genre  Calocera 
qui,  parla  forme  extérieure  des  fructifications,  corres¬ 
pond  dans  les  Hyménomycètes  à  la  famille  des  Clava¬ 
riées  (fig.  3);  en  second  lieu  la  famille  des  Dacrymycétées 
dont  le  genre  Dacrymyces  est  le  type  et  qui,  par  ses  ca¬ 
ractères  extérieurs,  la  consistance  gélatineuse  de  la 
fructification,  se  rapproche  de  la  famille  des  Trémellées 
que  nous  verrons  plus  loin. 

Le  troisième  ordre,  celui  des  Tulasnellacées  sera  formé 
d'un  sous-ordre  unique,  appelons-le  tulasnellinées  pour 
donner,  autant  que  possible,  une  même  terminologie  aux 
noms  qui  désignent  des  divisions  du  même  degré.  Et  ce 
sous-ordre  ne  comprendra  qu’une  famille,  celle  des 
Tulasnellées  ne  possédant  elle-même  qu’un  seul  genre,  le 
genre  Tulasnella  . 

Ce  dernier  genre,  ce  dernier  ordre  si  l’on  veut,  offre  un 
intérêt  particulier.  En  effet  nous  avons  dit  que  le  baside 
présente  un  étranglement  à  l’endroit  où. s’individualisent 
lesquatre  stérigmates  épais  que  nous  avons  décrits;  cha¬ 
cun  d’eux  présente  lui-même  un  petit  prolongement  grêle 
à  l’extrémité  duquel  naît  la  spore.  Ne  peut-on  pas  dire 
que  c’est  là  une  baside,  indivise,  il  est  vrai,  mais  cepen¬ 
dant,  partiellement  et  incomplètement  divisée?  Ne  peut- 
on  pas  dire  que  ces  quatre  parties  épaisses  et  isolées 
appartiennent  en  réalité  à  la  baside  elle-même  dont  le 
cloisonnement  commence  à  son  sommet  et  ne  dépasse 
pas  le  milieu?  Les  véritables  stérigmates  ne  seraient-ils 
pas  seulement  les  quatre  pédicelles  courts  et  grêles  qui 
supportent  les  spores  ? 

En  interprétant  les  choses  de  cette  façon,  on  voit  que 
le  genre  Tulasnella  ,  l’ordre  des  Tulasnellacées,  est  extrê¬ 
mement  intéressant  parce  qu’il  sert  de  transition  entre 
les  Basidiomycètes  où  la  baside  est  véritablement  et 
complètement  indivise,  et  les  Basidiomycètes  dont  la 
baside  est  nettement  cloisonnée. 

Etudions  maintenant  celte  seconde  sous-classe  des 
Basidiomycètes,  formée  des  espèces  à  basides  cloison¬ 
nées. 

Notre  étude  va  nous  présenter  un  fuit  bien  remar¬ 
quable  :  malgré  le  nombre  relativement  faible  des  espèces 
qui  constituent  cette  sous-classe,  nous  allons  y  rencon¬ 
trer  presque  la  même  variété  de  types  que  la  première 
sous-classe  qui,  cependant,  contient  de  dix  à  quinze  fois 
plus  d’espèces. 

Il  semblerait  que,  issues  d’un  type  unique,  ces  deux 
séries  de  formes  ont  précisément  acquis  comme  pre¬ 
mier  caractère  différentiel  une  baside  indivise  dans  un 
cas,  cloisonnée  dans  l’autre,  et  qu'une  fois  ce  caractère 
fixé  par  hérédité,  des  causes  identiques  ont  produit  des 
différences  secondaires  identiques,  de  telle  sorte  que  des 
familles  de  la  deuxième  sous-classe  ressemblent  à  cer¬ 
taines  familles  de  la  première. 

L’étude  détaillée  qui  suit  précisera  davantage  la  pen¬ 
sée  que  nous  venons  d’émettre. 

Dans  cette  seconde  sous-classe  des  Basidiomycètes,  la 
baside  se  présente  sous  deux  formes  extrêmement  diffé¬ 
rentes. 

Chez  les  Tremellées  (fig.  4),  cet  organe  est  en  massue  et 
cloisonné  longitudinalement.  Deux  cloisons  en  croix  pas¬ 
sant  par  l’axe  de  la  baside  divisent  cette  baside  (6a)  en 
quatre  cellules  dont  chacune  donne  naissance  à  un  long 
stèrigmate  ( St )  qui  porte  une  spore  (sp)  à  son  extrémité.  La 


130 


LE  NATURALISTE 


plupart  des  espèces  présentant  ce  caractère  sont  molles, 
leur  surface  externe  se  couvre  d’une  matière  mucilagi- 


Fig.  4.  —  Basides  et  spores  de  Trémelle,  états  successifs  de 
leur  développement,  ba,  baside;  st,  stérigmate;  sp,  spore  ; 
a,  baside  vue  d’en  haut,  phases  de  sa  division;  b  et  c,  baside 
vue  de  côté  ;  d  et  e,  stérigmate  isolé,  sans  spore  en  d,  portant 
une  spore  en  e  (d’après  M.  Brefeld). 


neuse,  et  les  deux  longs  stérigmates  ne  forment  leur 
spore  qu’après  avoir  traversé  cette  couche  de  mucilage. 


Fig.  5.  —  Basides  et  spores  d 'Auriculaire,  états  successifs  do 
leur  développement.  ba,  baside  ;  st,  stérigmate  ;  sp,  spore  ; 
a,  baside  non  encore  divisée  ;  b,  baside  cloisonnée  transver¬ 
salement  puis  formant  ses  stérigmates;  c,  stérigmates  isolés, 
d’abord  sans  spore,  puis  avec  une  spore  à  leur  sommet  (d’a¬ 
près  M.  Brefeld). 

filament  assez  grêle,  cylindrique  [ba),  et  trois  cloisons  la 
divisent  transversalement  en  quatre  cellules;  chacune 
donne  naissance  à  une  spore  [sp)  qui,  suivant  les  cas,  est 
sans  pédicelle  ou  portée  sur  un  stérigmate  (st) . 

Ces  deux  formes  de  basides  sont  assez  différentes  l’une 
de  l’autre  pour  que  l’on  soit  en  droit  de  considérer  les 
Tremelles  et  les  Auriculaires  comme  types  de  groupes 
dont  la  valeur  est  égale  à  celle  des  groupes  que  nous 
avons  appelés  plus  haut  Dacrymycétacées  et  Tulasnel- 
lacées,  c’est-à-dire,  comme  type?  de  deux  ordres  bien 
distincts  auxquels  nous  donnons  les  noms  de  tremella- 
cées  et  de  aüriculariacées. 

(A  suivre.)  L.  Dufour. 


LIVRES  NOUVEAUX 


La  Pêche  et  les  Poissons  des  eaux  douces,  description  des  pois¬ 
sons,  engins  de  pèche,  lignes,  amorces,  esches,  appâts,  pêche 
à  la  ligne,  pèches  diverses,  nasses,  filets,  ëtc.,  par  Arnould 
Locard  (1). 

Il  ne  suffit  pas  de  jeter  dans  l’eau  une  nasse,  un  épervier, 
une  ligne  quelconque,  pour  en  retirer  du  poisson.  Il  faut  savoir 
à  quelle  sorte  de  poissons  on  peut  avoir  affaire  :  er,  cela  ne 
s’obtient  qu’après  une  étude  suivie  dos  caractères  propres  à 
chacune  des  nombreuses  espèces  qui  composent  notre  faune 
ichtyologiquc.  Il  importe  ensuite  d’en  bien. connaître  les  mœurs, 
les  habitudes,  le  genre  de  vie  pour  arriver  à  se  rendre  un 
compte  exact  de  la  nature  des  milieux  où  l’on  aura  la  chance 
de  les  rencontrer.  Tel  est  le  but  de  la  première  partie  de  cet 


fl)  1  vol.  in-16  de  350  p.,  avec  ISO  fig.'dans  le  texte,  cart. 
prix  4  francs,  franco  4fr.  40.  (En  vente  chez  J.-B.  Baillière, 
éditeur,  19,  rue  Hautefeuille,  et  auxtburèaux  du  Journal,  46, 
rue  du  Bac.) 


ouvrage  où  sont  décrites  toutes  les  espèces  de  poissons  qui 
vivent  dans  nos  eaux  douces,  fleuves  ou  rivières,  ruisseaux, 
lacs  ou  étangs. 

Dans  la  deuxième  partie,  on  passe  en  revue  la  ligne  et  ses 
nombreux  accessoires,  qu’elle  soit  fixe  ou  mobile,  entre  les 
mains  du  pécheur  ou  posée  au  bord  de  l’eau;  on  fait  connaître 
la  longue  série  des  diverses  amorces  ou  appâts,  susceptibles 
d’attirer  le  poisson  ;  enfin  on  décrit  tous  les  genres  de  pèche, 
non  seulement  avec  toutes  sortes  de  lignes,  mais  encore  avec 
d’autres  engins,  tels  que  filets,  nasses,  tridents;  etc. 

La  Plume  des  Oiseaux,  histoire  naturelle  et  industrie,  par  La- 

croix-Danliakd  (1). 

Histoire  naturelle.  —  Chasse  et  domestication.  —  Usages 
guerriers.  —  Jouets.  —  Parure  et  habillement.  —  Usages  do¬ 
mestiques.  —  La  plume  à  écrire. 

Le  nombre  des  oiseaux  dont  les  plumes  ou  le  duvet  sont  uti¬ 
lisés  est  considérable,  il  n’est  pas  si  modeste  volatile  qui  ne 
trouvé  aujourd’hui  son  emploi  dans  l’industrie  du  plumas- 
sier.  Aussi  l’auteur  s’est-il  attaché  seulement  aux  principaux 
types  de  la  faune  ornithologique.  De  ces  derniers  il  a  esquissé  à 
grands  traits  la  physionomie,  les  mœurs,  l’habitat,  le  mode  de 
propagation  et  d’élevage  ainsi  que  les  moyens  de  capture  et  de 
destruction.  Il  a  cherché  à  donner  à  chacun  de  nos  oiseaux  la 
place  qu’il  méritait  en  raison  de  son  importance  commerciale 
et  industrielle,  c’est  pourquoi  un  assez  long  article  a  été  con¬ 
sacré  à  l’Autruche. 

Quant  au  plan  général  il  est  bien  simple  et  découle,  pour 
ainsi  dire,  de  la  nature  des  choses  ;  il  comporte,  après  un 
aperçu  sur  quelques-uns  des  oiseaux  producteurs  de  plumes 
utiles,  la  préparation  et  la  mise  en  œuvre  de  leurs  dépouilles, 
leurs  différentes  applications,  les  procédés  qui  servent  à  en 
assurer  la  préservation  et  la  [conservation,  la  nomenclature  des 
principaux  marchés,  l’état  des  prix  de  revient,  enfin  la  si¬ 
tuation  du  commerce  d’importation  et  d’exportation  qui  se 
rattache  à  ces  différents  produits. 


BIBLIOGRAPHIE 

BOTANIQUE 

*236.  Lacroix,  A.  Sur  la  transformation  des  fcldspaths  en 
dipyre. 

Bull.  Soc.  Franç.  de  Minéral.  1801,  pp.  16-30. 

23?.  de  Lapparent.  Note  sur  la  formation  des  ressauts  de 
terrain  dits  rideaux. 

Bull.  Soc.  Géol.  de  France,  1891,  pp.  1-7. 

*238.  de  Lapparent,  A.  On  the  Porphyritiç  Rocks  of  the 
Island  of  Jersey. 

Quart.  Journ.  Geol.  Soc.  1891,  pp.  35-36. 

239.  Lasne,  H.  Sur  les  anomalies  magnétiques  découvertes 
par  M.  Th.  Moureaux. 

Bull.  Soc.  Géol.  de  France,  1891,  pp.  140-141. 

2  10.  Lebesconte,  P.  Existe-t-il  une  série  d'assises  nouvelles 
entre  les  «  Schistes  rouges  »  et  le  «  Grès  armoricain  »  ? 

Bull.  Soc.  Géol.  de  France,  1891,  pp.  15-19. 

241.  Lydekker,  R.  On  a  New  Spccies  of  Trionyx  from  the 
Miocene  of  Malta  and  a  Clielonian  Scapula  from  the 
London  Clay.  PI.  Y. 

Quart.  Journ.  Geol.  Soc.  1891,  p.  37-40. 

242.  Lydekker,  R.  On  certain  Ornithosauriand  and  Dino- 
saurian  Romains.  PI.  Y. 

Quart.  Journ.  Geol.  Soc.  1891,  pp.  41-44. 

243.  Marsh,  O.-C.  A  Horned  Artiodactylc  (Protoceras celer) 
from  the  Miocene. 

Americ.  Journ.  ofSri.  1891,  pp.  81-82. 

214.  Marten,  J.  On  some  Water-worn  and  Pobble-worn 
Stones  taken  from  the  Apron  of  the  Holt-Fleet  Weir  on 
the  River  Severn. 

Quart.  Journ.  Geol.  Soc.  1891,  pp.  63-69. 

<(1)  1  vol  in-16  de  350  p.  avec  10  lig.  dans  le  texte,  cart., 

prix  4  fr.;  franco  4  fr.  40.  (En  vente  chez  J.-B.  Baillière, 

éditeur,  et  aux  bureaux  du  Journal.) 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


PARIS.  —  IMPR.  F.  LEVÉ,  HUE  CASSETTE,  17. 


13e  ANNÉE 


2e  Série  -  N"  10-4 


JUILLET  1891 


L’EXPLORATION  EN  ASIE  CENTRALE 

DE  MM.  BO.NVALOT  ET  LE  PRINCE  HENRI  D'ORLÉANS 


Les  collections  recueillies  par  MM.  Bonvalot  et  le  prince 
Henri  d’Orléans,  durant  leur  long  et  pénible  voyage  à 
travers  l’Asie  centrale,  ont  été  libérale  ment  offertes  au 
Muséum  d’histoire  naturelle  où  elles  occupent  provisoire¬ 
ment  deux  salles  latérales  dans  les  nouvelles  galeries. 
Elles  se  composent  de  spécimens  d’histoire  naturelle, tous 


cueillitàbras  ouverts.  La  carte  ci-dessous,  qui  nous  a  été 
obligeamment  prêtée  par  la  Société  de  géographie  de  Paris, 
montre  la  marche  de  l’exploration..  Pour  aller  de  Kouldja 
au  pied  du  grand  massif  thibétain,  qui  est  limité  au  nord 
par  la  haute  chaîne  de  l’Altyn-tagh,  on  s’élève  progressi¬ 
vement  dans  une  région  montagneuse,  tantôt  aride,  tantôt 
boisée,  puis  l’on  redescend  dans  la  haute  steppe  qui 
forme  au  fiord  du  Thibet  une  vaste  plaine,  dont  le  centre 
est  parcouru  par  le  Tarim,  grand  fleuve  sans  embou¬ 
chure,  dont  les  eaux  sont  peu  à  peu  absorbées  par  le 


Voyage 

DE  LA  SIBÉRIE  AU  TONKIN 

àlravers  le  Gobi  etle  Thibet 

etlePc.eHenri  d’Orléans. 

1889  -1890 


admirablement' conservés  et  pour  la  plupart  nouveaux, 
de  matériaux  ethnographiques  très  nombreux  et  parfois 
fort  riches,  enfin  de  nombreuses  photographies  fort  inté¬ 
ressantes  à  consulter.  Je  laisse  la  partie  ethnographique 
à  un  autre  collaborateur  du  Naturaliste  pour  m’occuper 
uniquement  des  collections  d’histoire  naturelle  (1). 

Avant  de  commencer  leur  étude,  il  ne  sera  pas  inutile 
de  jeter  un  coup  d'œil  rapide  sur  les  grandes  étapes  par¬ 
courues  successivement  par  les  intrépides  voyageurs  de¬ 
puis  Kouldja,  à  la  frontière  septentrionale  de  la  Chine, 
où  ils  virent  les  derniers  Européens,  jusqu’à Ta-lsien-lou, 
dans  le  Se-tchuen  chinois,  où  ils  rencontrèrent,  après 
dix  mois  de  voyage,  une  mission  française  qui  les  ac- 

(1)  Le  classement  des  collections  a  cté  fait  par  MM.  Milnc- 
Ëdwards  et  Oustalet  pour  la  zoologie,  Bureau  et  Franc'nct 
pour  la  botanique,  Stanislas  Meunier  pour  la  minéralogie.  Les 
Mammifères  et  les  Oiseaux  ont  été  très  habilement  montés  par 
MM.  Mm, min,  Terrior  et  Lie:,  ird,  du  M  t 

LE  NATURALISTE,  40,  rue  du  Bac,  Paris. 


sable;  c’est  la  région  du  Lob-Nor.  Vient  ensuite  le  haut 
plateau  thibétain,  que  les  voyageurs  franchirent  du  nord 
au  sud  depuis  l’Altyn-tagh  jusqu’au  Tengri-Nor  ;  son  alti¬ 
tude  moyenne  varie  de  4,000  à  3,000  mètres,  mais  elle 
diminue  dans  le  Tengri-Nor,  région  thibétaine  située  à 
quelque  distance  de  Lhassa,  la  cité  religieuse  <lu  Thibet. 
Du  Tengri-Nor  à  Ta-tsien-lou,  on  coupe  de  nombreuses 
chaînes  parallèles,  dirigées  du  nord  au  sud  ;  dans  cette 
succession  de  vallées  et  de  montagnes,  l’altitude  varie 
beaucoup;  on  descend  jusqu’à  1,000  mètres  à  Batang, 
ville  située  sur  la  frontière  chinoise,  pour  remonter  jus¬ 
qu’à  4,700  mètres,  au  voisinage  de  Lytang  et  rester  à  des 
hauteurs  encore  considérables  jusqu’à  Ta-tsien-lou. 

La  faune  du  Lob-N'or  étant  une  faune  de  déserts  et  de 
steppes,  les  Mammifères  et  les  Oiseaux  y  présentent  en 
général  une  couleur  claire  ou  grisâtre  qui  rappelle  plus 
ou  moins  la  teinte  générale  de  la  région.  Chez  certains 
animaux,  ce  phénomène  de  mimétisme  devient  très 


J52 


LE  NATURALISTE 


frappant  :  la  Pie-grèche  du  Lob-Nor  ( Lanius  leucoptems), 
par  exemple,  a  une  couleur  cendrée  très  claire  et  ne 
présente  qu’un  petit  nombre  de  taches  noires  sur  le  dos 
et  sur  la  queue;  l’Engoulevent  qui  l’accompagne  ( Capri - 
mulgus  arenicolor )  est  encore  moins  orné,  et,  comme  son 
nom  l’indique,  prend  la  couleur  du  sable  qu’il  habite. 
D'ailleurs,  des  formes  particulières  aux  steppes  des  di¬ 
verses  parties  du  monde  se  retrouvent  ici  avec  des  es¬ 
pèces  spéciales  ;  c’est  le  cas,  notamment,  des  Otocorys  ou 
Alouettes  huppées  qui  habitent  les  déserts  des  deux 
mondes  ;  c’est  le  cas  aussi  pour  les  Moineaux  de  steppes 
et  notamment  pour  le  Passer  Ammodendri  qui  se  rap¬ 
proche  étonnamment  du  P.  simplex  africain,  mais  qui  a 
cependant  le  plumage  sensiblement  plus  clair.  D’autres 
formes,  au  contraire,  sont  tout  à  fait  caractéristiques  des 
plateaux  asiatiques  ;  tels  sont,  par  exemple,  les  Podoces, 


portes  du  Thibet,  le  pays  d’origine  des  faisans,  aussi 
trouvons-nous  déjà  deux  représentants  intéressants  de 
ce  groupe  :  le  Faisan  de  Mongolie  ( Phasianus  Mongolicus ) 
et  le  Faisan  de  Tarira  ( Phasianus  Tarimensis),  plus  parti¬ 
culier  aux  steppes  salées  du  Lob-Nor.  Ces  faisans,  avec 
les  Carpodaccus  et  les  Ruticilla,  sont  à  peu  près  les  seuls 
oiseaux  de  la  région  dont  le  plumage  ait  des  couleurs 
agréables  ;  le  Carpodaccus  à  manteau  rouge  (C.  rhodo- 
chlamys),  notamment,  se  fait  remarquer  par  la  belle 
teinte  vieux  rose  de  sa  livrée. 

Aux  espèces  précédentes,  ajoutons  encore  VÀigle 
fauve  et  YÉpervier  de  nos  pays,  le  Guêpier  ordinaire  dont 
les  vives  couleurs  se  sont  conservées,  une  Buse  pattue 
(Butco  hemilasius)  très  voisine  de  la  nôtre,  une  Perdrix 
peu  différente  de  notre  perdrix  grise,  un  Étourneau  noir 
plus  voisin  de  notre  Étourneau  que  des  Podoceps,  plu- 


Antilope  d’Hodgson  Le  cheval  du  Lou-Nor  Chevreuil  pygargue. 

ou  Orongo.  ou  Kiang'  ( Equus  Kiang).  ( Capreolüs  pygargus.) 

D’après  les  exemplaires  recueillis  par  MM.  Bon  valût  et  le  prince  Henri  d’Orléans  (Exposition  du  Muséum). 


sturnidés  à  couleur  claire,  dont  nous  trouvons  ici  deux 
espèces  remarquables,  le  P.  Hendersoni  et  le  P.Biddulphi. 

Si  au  lieu  de  nous  restreindre  au  Lob-Nor  proprement 
dit,  nous  étudions  en  général  les  collections  diverses 
recueillies  de  Kouldja  au  pied  septentrional  du  plateau 
thibétain,  nous  trouvons  parmi  les  Oiseaux  beaucoup 
d’autres  espèces  à  signaler. 

Voici  le  curieux  Syrrliapte  paradoxal  ( Syrrhaptes  para- 
doxus),  moitié  gallinacc,  moitié  pigeon  ;  les  déserts  asia¬ 
tiques  sont  sa  patrie,  mais  il  vient  émigrer  parfois 
jusque  dans  nos  contrées  ;  voici  la  Chouette  funèbre 
(Surnia  funerea )  qui  remonte  jusqu’en  Sibérie,  les  Caipo- 
daccus  passereaux  dont  certains  représentants  s’observent 
sur  la  côte  occidentale  de  l’Amérique  du  Nord  jusqu’en 
Californie,  les  Ruticilla  ou  rouge-queues  de  l'Asie  cen¬ 
trale,  enfin  le  Pic  à  ailes  blanches  ( Picus  leucopterus ) 
assez  voisin  de  notre  Pic  indigène,  mais  à  teintes  vives 
moins  prononcées  et  moins  étendues.  Nous  sommes  aux 


sieurs  Mésanges,  d’assez  nombreux  Palmipèdes,  pour  la 
plupart  encore  en  peau  (Mouettes,  Canards,  Cygnes, 
Oies),  et  enfin  quelques  Échassiers,  entre  autres  le  Plu¬ 
vier  doré  et  le  Héron  blanc  (Ardeaalba),  plus  connu  sous 
le  nom  bien  mérité  d’aigrette  blanche. 

Les  mammifères  brillent  au  premier  rang  dans  la 
splendide  collection  qui  nous  occupe,  et  parmi  eux  on 
remarque  surtout  les  deux  kiangs  [Equus  Kiang  Cray)  ou 
chevaux  du  Lob-Nor,  inconnus  jusqu’ici  dans  nos  Mu¬ 
sées.  Le  kiang  est  un  très  bel  animal  qui  tient  surtout 
de  l’hémione,  dont  il  garde  la  physionomie  et  les  traits 
principaux.  Mais  il  a  le  sabot  plus  arrondi  et  par  consé¬ 
quent  plus  semblable  à  celui  du  cheval  ;  son  pelage  est 
touffu,  serré,  ondulé,  un  peu  laineux  comme  il  convient  à 
un  animal  qui  habite  des  régions  froides  et  élevées.  Le 
kiang  a  sur  le  cou  une  courte  crinière  noire,  et  une  raie 
de  même  couleur  qui  se  prolonge  sur  la  ligne  médiane  du 
dos  ;  sa  queue  ressemble  à  celle  de  l’âne.  Il  a  d’ailleurs 


LE  NATURALISTE 


133 


deux  callosités  noirâtres  sur  la  face  interne  des  pattes  an-  i 
térieures,  au  niveau  du  tibia.  Les  deux  spécimens  de  kiang  j 
compris  dans  la  collection  sont  de  toute  beauté,  et  pren¬ 
dront  certainement  place  parmi  les  types  les  plus  par¬ 
faits  des  galeries  du  Muséum. 

Dans  la  même  vitrine  que  le  kiang  se  trouve  un 
beau  représentant  de  chevreuil  pygargue  ( Capreolus 
pygargus),  espèce  asiatique  plus  grande  que  notre  che¬ 
vreuil  indigène.  Il  a  le  poil  lisse  et  court,  assez  foncé; 
aussi  bien  n’habite-t-il  pas  le  Lob-Nor  proprement  dit, 
mais  cette  région  montagneuse  dont  j’ai  parlé  plus  haut  j 
et  qui  s’étend  de  Kouldja  à  Korla.  C’est  là  que  vit  égale-  I 
ment  une  variété  de  l’Ours  syriaque  (Ursus  syriacus),  ca¬ 
ractérisée  par  son  mufle  étroit  et  long  et  par  sa  vilaine 
teinte  d’un  noir  grisâtre  uniforme.  Le  P.  Dedékens,  com¬ 
pagnon  de  route  des  voyageurs,  rencontra  de  beaucoup 
trop  près  un  individu  de  cette  espèce  pendant  une  dès 
chasses  delà  caravane;  en  philosophe  qu’il  était, le  brave 
missionnaire  laissa  de  côté  son  fusil  chargé  de  petit 
plomb  et  se  contenta  de  mettre  en  fuite  le  gibier  fâcheux, 
en  faisant  au  plus  vite  flamber  quelques  broussailles. 

Les  autres  carnassiers  des  mêmes  parages  sont  repré¬ 
sentés  dans  la  collection  par  un  renard  et  par  un  chat. 
Le  renard  a  reçu  à  juste  titre  le  nom  de  flavescens,  car  il 
a  le  dos  d’un  jaune  très  clair  et  le  reste  du  corps  presque 
blanc;  ses  poils  sont  remarquablement  longs.  Le  chat 
( Félix  Shawiana )  est  un  peu  plus  grand  que  notre  espèce 
domestique;  il  possède  une  assez  jolie  robe  claire,  mou¬ 
chetée  de  taches  sombres  régulièrement  disposées. 

Les  Rongeurs  du  Lob-Nor  se  font  tous  remarquer  par 
leur  teinte  légèrement  grisâtre  et  par  leur  très  petite 
taille;  ils  sont  représentés  dans  la  collection  par  une 
nouvelle  espèce  de  Gerbille  (Gerbillus  psammophilus) ,  par 
deux  Hamsters  ( Cricetus  furunculus  et  C.  arenarius),  à 
peine  plus  gros  que  notre  Musaraigne,  enlin  par  un  Rat 
particulier  (Xesokia  Sculhgi)  assez  voisin  du  Rat  européen, 
mais  qui  en  diffère  par  la  queue  beaucoup  plus  courte 
et  par  la  longueur  plus  faible  du  museau. 

Citons  encore  pour  terminer  de  nombreuses  peaux 
d’une  gazelle  ( Gazella  subgutturosa )  et  une  boîte  remplie  de 
poil  de  Chameau  sauvage.  La  gazelle  dont  il  est  question  ici 
se  rapproche  beaucoup  de  la  Gazella  gutturosa  qui  habite 
l’Asie  centrale,  la  Mongolie  et  même  une  partie  de  la  Sibé¬ 
rie.  Quant  au  chameau  du  Lob-Nor,  on  pourrait  peut-être 
le  considérer  comme  le  type  sauvage  du  chameau  do¬ 
mestique  de  l’Asie;  dans  tous  les  cas,  nos  voyageurs  ne 
l’ont  pas  rencontré  et  les  poils  qu’ils  exposent  proviennent 
des  peaux  rapportées  de  la  chasse  par  les  indigènes. 

Un  mot  encore  sur  VOvisPoli  le  plus  beau  représentant, 
à  coup  sûr,  de  la  race  ovine.  Cette  espèce  habite  le  Tur- 
kestan  et  c’est  de  là  que  le  Muséum  a  reçu  dernièrement 
le  splendide  individu  gracieusement  offert  par  M.  de  Bre- 
teuil,  mais  il  se  répand  aussi  dans  le  Thibet  proprement  dit 
et  sur  les  hauts  plateaux  situés  un  peu  au  nord  de  Korla. 
«  D’immenses  cornes  d’Ocis  Poli,  écrit  le  prince,  se  pro¬ 
filent  parfois  comme  des  tire-bouchons  géants.  Nous 
approchons  pour  ne  trouver,  hélas!  que  des  squelettes. 
Notre  caravane  effraie  ces  animaux  qui  se  cachent  dans 
la  montagne.  »  Une  photographie  représente  le  crâne 
encorné  d’un  spécimen  de  cette  epèce;  et  on  lit  au-des¬ 
sous  que  les  cornes  mesurent  1  m.  23  en  suivant  la 
volute  et  1  m.  10  d’un  bout  à  l’autre. 

Avant  de  s’engager  dans  les  contreforts  de  l’Altyn- 
Tagh,  la  caravane  avait  congédié  ses  serviteurs  russes  et 
renvoyé  par  eux  ses  premières  collections  en  Europe; 


elle  gagna  lentement  ensuite  les  hauts  plateaux  du  Thibet. 
Au  lieu  de  chercher  un  passage  vers  l’est,  comme  l’a¬ 
vaient  essayé  en  vain  le  Russe  Prjévalsky  et  l’Anglais 
Carev,  elle  se  dirigea  vers  le  sud,  et,  ouvrant  une  voie 
absolument  nouvelle,  gagna  ensuite  Ta-tsien-lou  en  al¬ 
lant  de  l’est  à  l’ouest  à  partir  du  Tengri-Nor.  Les  Mam¬ 
mifères  et  les  Oiseaux  recueillis  pendant  cette  partie  du 
voyage  diffèrent  à  tous  égards  de  ceux  des  steppes  pré¬ 
cédemment  traversées.  C’est  une  faune  de  hautes  mon¬ 
tagnes,  caractérisée  par  la  grande  taille  et  la  force  de 
beaucoup  de  ses  représentants,  par  les  ornements  et  la 
beauté  de  presque  tous.  C’est  au  voisinage  des  neiges 
thibétaines  qu’on  trouve  le  magnifique  Oiseau  bleu  ( Gran - 
dala  eœlicolor ),  qui  a  emprunté  au  ciel  sa  couleur 
azurée;  il  vit  sur  les  hauts  plateaux  en  compagnie  du 
Faisan  d’Amherst  sauvage  (Thaumalea  Amherstise),  le  plus 
beau  de  tous  les  faisans,  celui  que  les  Chinois  élèvent  à 
l’état  domestique  et  expédient  en  Europe  pour  faire  l’or¬ 
nement  de  nos  volièrek.  C’est  là  aussi  qu’on  trouve  les 
ravissants  Carpodaccus,  les  lthagines  aux  plumes  délicate¬ 
ment  colorées  de  vert  et  de  rouge,  enfin  et  surtout  un 
charmant  soui-manga,  le  Sectarinia  Dabryi,  le  seul  oiseau- 
mouche  qui  pénètre  à  ces  hauteurs. 

La  faune  ornithologique  du  Thibet  proprement  dit  est 
singulièrement  plus  riche  et  plus  variée  que  celle  du 
Lob-Nor.  On  n’j  rencontre  plus  l’Aigle  fauve,  mais  beau¬ 
coup  d’autres  grands  Rapaces.  Le  Cvpaète  ordinaire  (Gy- 
paetus  barbatus) est  représenté  dans  la  collection  par  trois 
beaux  spécimens,  à  côté  de  lui  se  trouve  un  grand  exem¬ 
plaire  du  Vautour  de  l’Himalaya  [Gyps  Himalayensis) , 
et  un  autre  du  Faucon  sacré  (Hierofalco  sucer).  Ce  dernier 
oiseau  se  rencontre,  peu  abondamment  il  est  vrai,  dans 
toute  l’Asie  centrale,  tandis  que  le  Vautour  reste  confiné 
sur  les  hauteurs  de  l’Himalaya  et  du  Thibet. 

Les  Passereaux  renferment  un  certain  nombre  de 
formes  déjà  signalées  dans  la  région  précédente  :  les 
Podoces,  les  Rutieilla  et  les  Carpodaccus.  Mais  ces  formes 
sont  représentées  par  des  espèces  particulières,  ordi¬ 
nairement  plus  nombreuses  et  toujours  plus  richement 
colorées.  Les  Carpodaccus,  entre  autres,  revêtent  les 
livrées  les  plus  charmantes;  l’un  d’entre  eux,  nommé  à 
juste  titre  C.  pulcheirimus,  a  la  tête,  la  gorge  et  le  ventre 
couverts  de  petites  plumes  qui  sont  blanches  dans  la 
partie  centrale  et  largement  marginées  de  rouge  tendre; 
ces  plumes  se  redressent  un  peu  sur  la  tête  et  font  au 
coquet  animal  une  parure  d’une  délicatesse  extrême. 
D’autres  Passereaux  se  trouvent  encore  dans  la  collec¬ 
tion,  à  côté  des  Oiseaux  bleus  et  du  Soui-manga  dont 
I  j'ai  parlé  plus  haut;  je  citerai  notamment  le  Merle  de 
Kessler  ( Merula  Kesslcri),  trouvé  par  Prjévalski  et  propre 
à  la  région  thibétaine  ;  il  a  la  taille  de  notre  merle  indi¬ 
gène,  et  le  plumage  mêlé  de  noir  et  de  gris  ;  il  est 
accompagné  de  merles  bleus  asiatiques,  d’un  traquet  et 
d’une  mésange  aux  leinfes  métalliques,  le  Leptopeeyle 
Sophie? ,  qui  s’étend  depuis  le  Thibet  jusqu’au  Turkestan. 

Les  Phasianidés  abondent  sur  les  hauts  plateaux  du 
Thibet  et  sont  représentés  dans  la  collection  par  les 
six  genres  suivants  :  Tétraogalle,  Tétraopliasis,  Faisan, 
Tragopan,  Ithagyne  et  Crossoptilon.  Le  Tétraogalle  du 
Thibet  (Tetraogallus  tibetanus)  a  l’allure  du  coq  de  bruyère, 
mais  son  plumage  rappelle  un  peu  celui  des  faisans,  en¬ 
core  qu’il  présente  des  lignes  sombres  longitudinales. 
Le  Tétraopliasis  de  Desgodins  (T.  Oesgodinsi)  garde  un 
peu  l’allure  du  Tétraogalle,  dont  il  diffère  d’ailleurs 
par  ses  traits  principaux.  Le  Tragopan  de  Temminck 


154 


LE  NATURALISTE 


( Ceriornis  Temmenckü)  rappelle  les  précédents  par  sa 
taille,  mais  est  moins  agréablement  orné.  Les  Crossop- 
tilons  sont  des  Phasianidésde  grande  taille,  dont  la  queue 
arrondie  est  marginée  de  noir;  on  en  connaît  trois  es¬ 
pèces  :  l’une  blanche,  l’une  brune  et  l’autre  bleuâtre;  la 
blanche  et  la  bleue  ont  seules  été  rapportées  par  les 
explorateurs  français,  mais  elles  sont  représentées  par 
de  nombreux  et  beaux  spécimens. Les  Crossoptilons  sont 
des  oiseaux  thibétains  comme  le  Tétraophasis  signalé 
plus  haut  et  aussi  comme  le  Faièan  d’Amherst;  les  Té- 
traogalles  se  trouvent  dans  toutes  les  montagnes  de 
l’Asie,  le  Tragopan  de  Temmnick  dans  l’Himalaya  et  le 
Thibet,  enfin  l’ithagyne  de  Geoffroy  se  répand  du  Thibet 
jusque  dans  le  sud-ouest  de  la  Chine.  La  Perdrix  de 
Hodgson  ( Perdix  Hodgsoniæ)  caractérise  aussi  la  région 
qui  nous  occupe. 


tient  beaucoup  du  Bison  et  notamment  du  Bison  amé¬ 
ricain,  dont  plusieurs  beaux  individus  vivants  se  voient 
actuellement  à  la  Ménagerie  du  Muséum  ;  il  a  comme  lui 
le  cou  puissant  et  court,  une  saillie  dorsale,  provoquée 
par  le  grand  développement  des  apophyses  épineuses 
au  niveau  des  épaules,  des  cornes  recourbées  en  crois¬ 
sant  vers  l’intérieur  et  des  poils  groupés  en  forme  de 
manchettes  aux  membres  antérieurs.  Mais  il  a  le  tronc 
beaucoup  plus  fort,  les  muscles  plus  courts,  la  tête  plus 
large,  le  poil  plus  long,  plus  laineux  et  plus  serré.  11  se 
distingue  surtout  du  Bison  par  la  hauteur  du  train  posté¬ 
rieur  qui  est  relativement  plus  haut  et  par  les  longs  poils 
un  peu  crépus,  et  longs  de  40  centimètres, qui  garnissent 
toute  sa  face  ventrale  et  l’extrémité  de  la  queue.  Cet 
animal  est  d’une  puissance  extrême  et  peut  devenir  un 
adversaire  dangereux  quand  on  le  poursuit  ;  mais  sa 


Le  Yack  sauvage  [Poepliagus  gpùmicus). 

D'y  près  l’exemplaire  rapporté  par  MM.  Bonvalot  et  !<■  prince  Henri  d’Orléans  (Exposition  du  Muséum;. 


Avec  les  espèces  précédentes,  la  faune  ornithologiquu 
thibétaine  n’est  pas  encore  épuisée.  Elle  renferme  un 
Perroquet  ( Palæornis  dérbyanus),  un  seul,  d’ailleurs  fort 
agréablement  orné  de  vert,  de  rouge  et  de  bleu  ;  un 
Echassier  ( Ibidorhynchus  Struthersii )  à  bec  recourbé  et 
assez  voisin  du  Courlis  ;  enfin  un  Pic,  dont  les  analogies 
avec  notre  espèce  indigène  sont  très  grandes.  A  cette 
iste  il  faut  ajouter  la  Poule  d’eau  et  le  Cormoran  ordi¬ 
naire  qui,  avec  le  Gypaète,  constituent  un  groupe  de 
formes  communes  à  l’Asie  et  à  l’Europe. 

C’est  parmi  les  Mammifères  recueillis  au  Thibet  que  se 
trouve  le  spécimen  incontestablement  le  plus  riche  de  la 
collection,  celui'  qui  attire  immédiatement  les  yeux  du 
visiteur,  tant  par  sa  beauté  que  par  son  état  de  conser¬ 
vation  tout  à  fait  remarquable  ;  je  veux  parler  du  grand 
Yack  sauvage  (Poephagus  grumicus)  introduit  pour  la 
première  fois  au  Muséum.  Qui  n’a  vu  que  les  Yacks  do¬ 
mestiques  importés  en  Europe,  ne  saurait  se  faire  une 
idée  de  la  taille  et  de  la  puissance  du  Yack  sauvage!  il 


chair  et  surtout  son  poil,  qui  est  très  estimé  dans  le 
pays,  le  font  rechercher  par  les  chasseurs.  D’après 
M.  A.  Milne-Èdwards,  qui  m’a  conté  lui-même  cette  his¬ 
toire,  il  s’en  est  fallu  de  bien  peu  que  la  peau  du  Yack 
aujourd’hui  monté  restât  entre  les  mains  des  indigènes, 
ou  au  moins  éprouvât  de  sérieuses  avaries.  Sur  le  pas¬ 
sage  de  la  caravane,  elle  excitait  les  convoitises  des  Thi¬ 
bétains,  et  c’est  à  qui  userait  de  ruses  pour  l’alléger  de 
quelques  poignées  de  poils.  A  So,  le  fidèle  Rachmed 
trouva  un  jour  le  chef  de  la  tribu  en  train  de  se  livrer  a 
cette  peu  délicate  opération.  Rachmed  invite  le  Thibétain 
â  être  plus  discret,  celui-ci  fait  la  sourde  oreille  et  se 
met  en  demeure  de  continuer,  quand  il  est  assailli  par 
une  grêle  de  coups.  Aux  cris  du  chéf  la  population  ac¬ 
court,  les  sabres  sont  dégainés  et  la  caravane  se  trouve 
menacée  de  toutes  parts.  M.  Bonvalot,  en  celte  occur¬ 
rence,  sauva  ses  compagnons  de  route  du  plus  grand 
péril;  plein  de  sang-froid,  il  s’avança  sur  la  foule, 
revolver  au  poing,  tira  quelques  coups  en  l’air  et  mit  en 


LE  NATURALISTE 


135 


fuite  les  mutins.  Tout  finit  pour  le  mieux,  la  peau  du 
Yack  fut  laissée  intacte,  mais  le  chef  thibétain  en  fut 
pour  la  correction  un  peu  violente  que  lui  avait  adminis¬ 
trée  Rachmed. 

Les  Yacks  sauvages  habitent  les  hauts  plateaux  duThi- 
bet  et  passent  pour  peu  abordables.  «  Ils  sont  générale¬ 
ment  par  petites  troupes,  dit  le  prince,  établis  dans  un 
herbage  qui  leur  permet  de  vivre.  Lorsqu’on  les  approche, 
ils  s’enfuient  au  galop  en  agitant  en  l'air  comme  un  pa¬ 
nache  leur  longue  queue  chevelue.  Parfois  on  en  ren¬ 
contre  d’isolés  :  ce  sont  alors  des  taureaux  solitaires  que 
leur  âge  avancé  a  fait  exclure  de  tout  troupeau  et  qui  s’en 
consolent  en  broutant  philosophiquement...  Sur  les  pla¬ 
teaux,  ajoute  le  narrateur,  lés  Y'acks  étaient  pour  nous 
une  providence.  C’étaient,  en  effet,  leurs  excréments  qui 
nous  servaient  d'unique  combustible.  <■  Les  Yacks  domes¬ 
tiques  sont  très  répandus  dans  toute  la  région  et  ser- 
ventaux  mêmes  usages  que  nos  animaux  de  trait  et  de 
somme;  on  les  charge  ordinairement  de  bàt  comme  les 
iVnes,  ainsi  qu’on  en  peut  juger  par  les  photographies  j 
des  vacks  employés  par  la  caravane. 

Sur  les  mêmes  plateaux  élevés  vit  également  1  ’Orongo 
ou  Antilope  à  mufle  noir  (Pantholope  Hodgsoni),  C’est  un 
bel  animal,  aux  formes  robustes,  au  pelage  serré  et  lai¬ 
neux;  le  spécimen  monté  de  la  collection  est  un  mâle  de 
belle  taille;  il  a  le  mufle  très  épais,  les  cornes  longues  et 
cannelées  à  la  base, les  poils  d’un  gris  clair  prononcé.  Les 
femelles  sont  représentées  par  plusieurs  spécimens  en 
peau,  de  tailles  très  diverses.  Un  grand  mouton  sauvage, 
l’Om's  nahoor.de  l’Himalaya.  se  trouve  aussi  dans  le  Thibel; 
il  est  représenté  dans  la  collection  par  quelques  peaux 
non  montées. 

Les  Rongeurs  paraissent  tenir  une  place  importante 
dans  la  faune  thibétaine.  l'n  des  plus  admirés  est  l’Écureuil 
à  ventre  rouge  (Sciurus  erythrogaster) ;  il  a  la  taille  de 
notre  Écureuil,  mais  il  s’en  distingue  par  sa  gentille  livrée 
grise  sur  laquelle  se  détachent  des  raies  noires  agréable¬ 
ment  disposées.  Un  peu  plus  loin  on  voit  un  écureuil 
volant,  particulier  à  la  région,  et  récemment  dénommé, 
non  sans  raison,  Pteromys  alborufm  ;  ce  grand  rongeur, 
qui  mesure  de  la  têteau  bout  de  la  queue  près  de  un  mè¬ 
tre,  a  un  effet  un  pelage  remarquablement  orné  de  blanc 
et  de  roux  vif  ;  la  tête  est  blanche,  mais  la  membrane  ali- 
forme  qui  s’étend  sur  les  côtés  du  corps  est,  comme  la 
queue,  d’un  roux  vif  prononcé.  Une  Marmotte  jusqu’ici 
inconnue  ( Arctomys  robustus)  et  trois  nouvelles  espèces 
de  Lagomys  complètent  la  collection  des  rongeurs.  Les  La- 
gomys  méritent  une  mention  spéciale;  ce  sont  des  Ron¬ 
geurs  duplicidèiités,  commele  Lapin  et  les  Lièvres,  mais 
à  oreilles  courtes,  à  queue  nulle  et  propres  au  continent 
asiatique  ;  ils  sont  d’ailleurs  loin  d’être  localisés  dans  le 
Thibet  et  fournissent  même  un  certain  nombre  de  formes 
à  la  Sibérie.  Mais  les  espèces  thibétaines  paraissent  se 
distinguer  par  leur  taille  très  réduite;  le  plus  grand  de 
tous  est  le  Lagomys  Bonvalo.ti  qui  n’atteint  pas,  tant  s’en 
faut,  la  taille  de  notre  Rat  ordinaire. 

La  collection  des  Carnassiers  ne  présente  pas  moins  de 
variété  que  celle  des  Rongeurs.  A  côté  d’un  Blaireau 
d’espèce  nouvelle  (Aides  obscunis),  nous  voyons  le  Chat 
manul,  le  Renard  thibétain  et  les  peaux  d'un  Lynx  qui 
ne  diffère  probablement  pas  de  l’espèce  commune.  Le 
Chat  manul  ( Fdis  manul)  se  distingue  do  l’espèce  du  Lob- 
nor  par  son  pelage  uniformément  gris  et  par  ses  oreilles 
très  courtes  ;  le  Renard  thibétain  (Vulpes  fer  il  a  lus)  a  lui 
aussi  une  physionomie  particulière:  les  poils  sont  courts, 


la  robe  est  prçsque.  rousse  sur  le  dos,  elle  est  d’un  gris 
foncé  sur  les  flancs  et  devient  blanche  sous  le  ventre  ;  la 
tète  est  dépritoée  et  le  mufle  grêle.  Mais  le  plus  beau  de 
tous  lés  carnassiers  de  la  collection  est  bien  certainement 
l'ours  à  collier  (Ursus  collam),  celui  probablement  que 
les  Thibétains  désignent  sous  le  nom  caractéristique 
d' Ours-cheval,  à  cause  de  sa  grande  taillé.  Le  spécimen 
monté  que  nous  avons  sous  les  ÿéux  n’a  -évidemment  pas 
atteint  ses  dimensions  normales  et,  à  ce  point  de  vue, 
tient  le  milieu  entre  l’ours  syriaque  dont  j’ai  parlé  tout 
à  riieureetl’oui  sbrundenos  montagnes.  Mais  comme  il  est 
bien  conservé  et  bien  monté  !  comme  sa  longue  fourrure  est 
fine  etdoüce  !  il  n’est  pas  plus  beau  certainement  quand 
il  se  promène  à  pas  lourds  dans  les  montagnes  du  Thibet 
et  de  l’Himalaya  !  La  tête  est  épaisse,  le  mufle  court  et 
l’aspect  moins  bestial  que, .dans  l’ours  syriaque  ;  les  poils 
sont  noirs  et  mouchetés  de  blanc,  sauf  ceux  de  la  région 
postérieure  du  cou  qui  forment  un  collier  blanc  ouvert 
du  côté  dorsal. 

J’aurai  terminé  l’étude  des  collections  zoologiques 
exposées  en  signalant  une  énorme  défense  de  Mammouth 
rapportée  des  bords  de  l’Irtych  en  Sibérie,  quelques  pa¬ 
pillons  du  groupe  des  Parnassiens,  enfin  des  coquilles 
d’eau  douce  de  l’Yun-nam  et  notamment  les  curieuses  Pu- 
ludines  à  coquille  allongée  et  à  tours  disposés  en  gradins 
qui  sont  caractéristiques  de  cette  région  du  globe. 

Les  voyageurs  ayant  quitté  Kouldjale  12  septembre  1889 
arrivèrent  dans  le  Tengri-nor  vers  les  premiers  jours  d’a¬ 
vril,  ils  avaient  donc  traversé  la  steppe  et  les  hauts  pla¬ 
teaux  à  une  époque  où  la  végétation  est  complètement 
suspendue  parles  froids  de  l’hiver.  C’est  au  Tengri-nor 
qu’il  commencèrent  à  récolter  quelques  plantes  et  ils 
continuèrent  dorénavant  jusqu’à  leur  arrivée  à  Ta-tsien- 
lou.  Entre  ces  deux  points  extrêmes,  comme  je  l’ai  dit 
plus  haut,  le  terrain  devient  très  accidenté,  coupé  qu’il 
est  par  de  nombreuses  chaînes  parallèles:  «  En  deux 
moisj’ai  compté,  dit  le  prince,  près  de  50  cols.  Nous  en 
avons  bientôt  assez.  Nous  rencontrons  partout  les  mêmes 
paysages  ;  c’est  toujours  la  même  succession  dans  la 
végétation  :  en  bas,  les  conifères,  puis  les  rhododen¬ 
drons  atteignant  de  3  à  4  mètres  :  plus  haut  les  brous¬ 
sailles  naines,  l’herbe  rare,  faisant  place  enfin  aux  ro¬ 
chers  et  àlaneige.  »  Mais  à  mesure  que  les  voyageurs  appro¬ 
chent  deBatanget  surtout  de  Ly  tan  g,  «  la  saison  avance, 
les  fleurs  sont  plus  nombreuses,  les  collines  deviennent 
un  vrai  parterre,  et  nous  sommes  heureux  d'y  retrouver 
nombre  de  plantes  cultivées  dans  nos  jardins  ;  les  Lilas, 
les  Jasmins,  les  Pivoines,  les  Tulipes,  les  Anémones,  les 
Cypripedium,  etc.  »  C’est  la  flore  des  environs  de  Ta- 
tsien-lou.  Elle  prend  très  vite  un  caractère  tropical  dès 
qu’on  a  dépassé  Lytang,  cette  partie  de  la  Chine  étant 
protégée  contre  les  vents  froids  de  l’ouest  par  les  contre¬ 
forts  du  massif  thibétain. 

Dans  leur  étude  prélimnaire  sur  les  plantes  recueil¬ 
lies  pendant  l’expédition,  MM.  Bureau  et  Franchet 
donnent  une  idée  générale  de  la  flore  dans  le  massif 
montagneux  compris  entre  le  Tengri-nor  et  Lytang. 

«  Elle  est  caractérisée,  disent-ils,  par  la  forme  rabou¬ 
grie  des  arbrisseaux  et  par  la  stature  presque  naine  des 
herbes...  C’est  bien  une  végétation  de  hauts  sommets,  où 
la  sécheresse  et  le  régime  des  vents  violents  régnent  en 
maîtres.  Les  Papavéracées,  représentées  surtout  parles 
Meconopsis,  s’y  montrent  trapues,  sans  que  le  raccour¬ 
cissement  des  tiges  soit  le  moins  du  monde  en  relation 
avec  une  diminution  de  la  (leur,  toujours  très  grande; 


LE  NATURALISTE 


lo6 


la  plupart  des  Corydallis  n’y  dépassent  pas  4  à  7  centi¬ 
mètres.  Les  Crucifères,  telles  que  P  air  y  a  ciliaris,  offrent 
au  plus  haut  degré  ce  caractère  de  réduction  de  la  tige, 
de  sorte  que,  dans  cette  espèce,  les  lleurs  assez  grandes 
d’ailleurs,  sont,  pour  ainsi  dire,  seules  apparentes  sur  le 
sol  ;  la  môme  observation  s’applique  au  Silene  cæspitosa, 
qui  n’est  guère  comparable  qu’aux  formes  les  plus  ré¬ 
duites  de  Silene  acaulis  de  nos  hautes  montagnes.  Les 
arbrisseaux  se  comportent  de  la  même  façon;  le  chèvre¬ 
feuille  du  Thibet  est  absolument  nain,  comme  plusieurs 
de  ses  congénères  de  l’Himalaya;  toute  la  plante  ne 
constitue  qu’un  petit  buisson,  haut  de  quelques  déci- 
mètx-es,  à  rameaux  enchevêtrés.  Mais  c’est  surtout  Ghez 


les  Rhododendrons  et  les  Priinula  que  vient  s’affirmer  ce 
caractère  de  nanisme  qui,  habituel  pour  toutes  les 
plantes  dans  la  région  polaire,  ne  se  manifeste  que 
beaucoup  plus  rarement  chez  des  espèces  de  même 
genre  croissant  à  des  altitudes  similaires  dans  l’Himalaya 
ou  dans  l’Yun-narn.  Tous  les  Rhododendrons  et  les  Pri- 
mula  rencontrés  entre  Lhassa  et  Lytang  peuvent  être 
rangés  parmi  les  plus  petites  espèces  du  genre  auquel 
ils  appartiennent.  »  Tous  ces  caractères  apparaissent 
très  nettement  dès  qu’on  jette  un  coup  d’œil  dans  la 
vitrine  où  sont  exposés  les  spécimens  les  plus  caracté¬ 
ristiques  de  l’herbier. 

Entre  la  flore  du  Thibet  et  celle  de  Ta-tsien-lou,  on 
peut  compter  environ  deux  tiers  d’espèces  communes; 
d’ailleurs,  dans  les  deux'  zones,  comme  dans  .l’Hima¬ 
laya,  cinq  genres  prédominent  visiblement  parmi  les 
monopétales  ;  ce  sont  les  Séneçons,  les  Rhododendrons ,  les 
Primevères,  les  Gentianes  et  les  Pédiculaires  ;  ces  genres 
sont  représentés  par  des  espèces  presque  toutes  autoch¬ 
tones;  c’est  le  cas,  notamment  pour  les  Rhododendrons 
dont  les  espèces  locales  atteignent  au  moins  le  total  de 
95  0/0.  Quelques  espèces,  toutefois,  ont  une  distribution 
géographique  beaucoup  plus  étendue  :  le  Cypripedium 
guttatum,  par  exemple,  se  retrouve  en  Sibérie  et  jus¬ 
qu’aux  environs  de  Moscou,  et  nous  voyons  dans  l’herbier 
du  prince  un  magnifique  spécimen  de  Laurier  de  Saint- 
Antoine  ’( Epilohiwn  angustifolium),  qui  ne  le  cède  en  rien 
à  ceux  qu’on  peut  recueillir  chez  nous,  dans  les  forêts 
des  environs  de  Paris. 

Les  Bignoniacées  vivaces  et  herbacées,  du  genre 
asiatique  Incarvillea,  peuvent  être  considérées  comme 
atteignant  leur  distribution  maximum  dans  la  région 
thibétaine;  le  nombre  de  leurs  espèces  s'est  trouvé  porté 


de  trois  à  huit,  à  la  suite  de  l’expédition  qui  nous  occupe. 
Ce  sont  des  plantes  à  courte  hampe,  avec  une  couronne 
de  feuilles  à  la  base  et  une  ou  plusieurs  grandes  fleurs 
purpurines  ou  grenat  à  l’extrémité.  Elles  rivalisent  d’é¬ 
clat  avec  le  Meconopsis  principis  dont  le  court  pédicelle 
se  termine  par  une  corolle  violette,  et  avec  le  Meconopsis 
integri folia,  qui  diffère  du.  précédent  par  sa  grande  fleur 
jaune,  large  au  moins  de  10  à  12  centimètres. 

Les  Orchidées  de  la  collection  sont  représentées  par 
quelques  espèces  de  la  plus  grande  beauté  ;  je  signalerai 
notamment  le  Cypripedium  luteum  qui,  par  ses  fleurs 
jaunes,  rappelle  le  Cypripedium  des  environs  de  Mexico; 
le  Cypripedium  macranthum,  do'nt  les  tiges  se  terminent 
par  deux  ou  trois  grandes  fleurs  d  ’un  pourpre  brun  foncé, 
enfin  VHàbenaria  Suzannæ,  belle  Orchidée  à  fleur  ver¬ 
dâtre,  qu’on  avait  autrefois  importée  à  Londres,  de  l’Hi¬ 
malaya.  Les  Liliacées  rivalisent  d’éclat  avec  les  Orchi¬ 
dées  les  plus  belles;  je  vois  dans  la  collection  une  magni¬ 
fique  Fritillaire  IF.  lophopliora )  recueillie  sur  les  gazons 
secs,  entre  Batang  et  Ta-tsien-lou;  elle  a,  comme  il  con¬ 
vient,  une  tige  courte,  mais  cette  tige  ne  porte  qu’une 
seule  fleur  jaune  à  son  extrémité.  Voici  des  Lis  qui  at¬ 
tirent  encore  plus  l’attention  :  le  Lilium  Thompsoni,  dont 
la  grande  lige  porte  de  longues  grappes  de  fleurs  roses; 

I  le  L.  Duchartrei,  à  pétales  bruns  et  blancs  tachetés  de 
pourpre,  puis  un  peu  plus  loin  une  variété  remarquable 
du  L.  tenuifolium  de  Sibérie,  caractérisée  par  ses  pétales 
ponctués  de  noir. 

Entre  la  faune  du  Thibet  et  celle  de  l’Himalaya  les 
espèces  communes  sont  nombreuses  et  les  caractères 
généraux  très  sensiblement  les  mêmes,  quelles  que  soient 
d’ailleurs  les  différences  spécifiques.  MM.  Franchet  et  Bu¬ 
reau,  comme  nous  l’avons  vu  il  y  a  un  instant,  arrivent 
au  même  résultat  pour  les  plantes  et  constatent  que  deux 
tiers  des  espèces  sont  communes  à  l’Himalaya  et  au  Thibet. 
Ces  deux  grandes  zones  montagneuses  asiatiques  dont 
l'une  paraît  être  la  suite  de  l’autre,  présentent  par  consé¬ 
quent  des  analogies  importantes  dans  le  faune  et  dans  la 
flore  :  c’est  le  lieu  maintenant  d’examiner  si  ces  analogies 
se  continuent  jusque  dans  la  constitution  géologique  du 
sol.  D’après  les  travaux  de  M.  Stoliczka  on  sait  que  les 
hauts  sommets  de  l’Himalayasont  occupés  par  une  bande 
sédimentaire  dans  laquelle  sont  représentés- les  divers 
étages  depuis  le  silurien  jusqu’au  crétacé;  plus  bas  on 
rencontre  les  roches  primitives  ou  éruptives,  jusqu’aux 
niveaux  inférieurs  où  commencent  les  sédiments  subhi- 
malayens.  La  collection  minéralogique  rapportée  par  les 
explorateurs,  quoique  peu  étendue,  renfermé  néanmoins 
des  éléments  qui  permettent  de  supposer  au  Thibet  une 
constitution  géologique  peu  différente  de  celle  d’Hi¬ 
malaya.  Les  roches  primitives  sont  représentées  par  un 
petit  nombre  d’échantillons  et  notamment  des  micaschistes 
grenatifères  et  par  des  schistes;  par  contre  les  roches 
éruptives  sont  nombreuses,  elles  appartiennent  pour  la 
plupart  au  type  granitoïde  basique  ( syénite ,  diorite,  gra¬ 
nité  amphibolifère,  eupholide ),  mais  on  trouve  cependant 
quelques  roches  granitiques  acides,  ( granité ,  granulite)  et 
même  un  certain  nombre  de  roches  appartenant  au  type 
porphynque  ( porphyre  quartzifère,  porphyrite  micacée). 
Ces  divers  éléments  correspondent  probablement  à  ceux 
qu’on  observe  entre  les  hauts  sommets  himalayens  et 
les  couches  sédimentaires  subhimalayennes. 

Les  roches  sédimentaires  ne  sont  pas  abondantes  dans 
la  collection  ;  elles  se  composent  de  grès,  de  poudingues 
et  de  calcaires  dont  très  peu  sont  fossilifères.  Parmi  ces 


LE  NATURALISTE 


157 


derniers  nous  observons  toutefois  un  calcaire  à  entro- 
ques,  un  calcaire  foncé  avec  les  empreintes  d’une  petite 
huître  liasique,  enfin  un  calcaire  noirâtre,  bitumineux, 
probablement  dévonien, à  coup  sùrpàlœozoïque  et  renfer¬ 
mant  une  Rhy nchonelle  qui  présente  des  analogies  étroites 
avec  la  Rhynchonellasubivilsoni. Ainsi, malgré  l’insuffisance 
des  matériaux,  on  voit  que  les  terrains  sédimentaires 
comprennent  à  la  fois  des  dépôts  primaireset  secon¬ 
daires,  et,  qu’à  ce  point  de  vue,  ils  présentent  des  analo¬ 
gies  évidentes  avec  ceux  des  hauts  sommets  himalayens. 

Voilà  ce  qui  est  actuellement  exposé  dans  les  galeries 
du  Muséum  d’Histoire  naturelle.  Mais  nos  voyageurs  ne 
se  sont  pas  contentés  de  recueillir  ces  collections  ma¬ 
gnifiques,  ils  ont  donné  aux  missionnaires  et  à  certains 
correspondants  de  la  région  des  indications  précises 
sur  la  manière  de  préparer  les  animaux  et  les  plantes 
et  de  les  faire  ensuite  parvenir  en  Europe.  Un  de  ces  en¬ 
vois  est  arrivé  tout  récemment  et  je  dois  à  la  complaisance 
de  M.  A.  Milne-Edwards,  de  posséder  quelques  rensei¬ 
gnements  sur  les  richesses  zbologiqués  qu’il  rèhfc'nue. 

Il  y  a  trois  peaux  d’un  Cerf  assez  voisin  du  cerf  d’Aris¬ 
tote,  mais  plus  petit  toutefois,  plus  foncé  de  poil  et  à 
queue  complètement  noire;  plusieurs  magnifiques  Anti¬ 
lopes  du  groupe  des  Nemorhedus,  c’est-à-dire  des  Antilopes 
chèvres  ;  un  Lyn.v  inconnu,  à  longue  queue  et  un  peu  moins 
grand  que  le  Lynx  m  fus,  enfin  un  petit  Renard  à  bande 
dorsale  rousse,  voisin  du  Vulpes  fatuellus  de  l’Inde,  mais 
plus  petit  et  inconnu  jusqu’ici  de  tous  les  naturalistes.  A 
signaler  aussi  un  Singe  du  groupe  des  macaques  rhésus, 
mais  à  long  pelage  et  probablement  de  même  espèce 
que  celui  rapporté  vivant  par  le  prince  Henri  et  actuel¬ 
lement  renfermé  dans  la  grande  rotonde  des  Eléphants 
au  Muséum. 

Cet  envoi,  qui  vient  des  environs  de  Ta-lsien-lou,  ren¬ 
ferme  aussi  de  nombreuses  plantes  sur  lesquelles 
M.  Franchet  vient  de  faire  une  très  intéressante  com¬ 
munication  :  après  avoir  constaté  les  grandes  analogies 
qui  existent,  même  au  point  de  vue  spécifique,  entre  les 
plantes  de  Ta-tsien-lou  el  celles  de  ['Himalaya,  M.  Fran¬ 
chet  fait  observer  que  la  flore himalayenne «  s’étendd’une 
part  dans  tout  l’Ouest  de  la  province  de  Yun-nam  et 
d’autre  part  qu’elle  occupe  la  partie  occidentale  et  cen¬ 
trale  du  Se-tcliuen  ;  il  est  même  probable,  ajoute-t-il, 
que  ses  avant-postes  sont  beaucoup  au  Nord-Est,  au  delà 
de  Pékin,  peut-être  sur  la  montagne.  d’Ipéhoachan.  »  Au 
point  de  vue  de  la  faune  et  de  la  llore,  en  un  mot,  et 
probablement  aussi  au  point  de  vue  géologique,  l’Hima- 
laya  se  prolonge  à  l’est  par  le  Thibet  et  sans  doute 
aussi,  comme  on  vient  de  le  voir,  par  la  province  chinoise 
voisine  du  Yun-nam  et  du  Se-tchuen  (1). 

E.-L.  Bouvier. 


SOCIÉTÉ  BOTANIQUE  DE  FRANCE 

COMMUNICATIONS  CONTENUES  DANS  LE  lCr  FASCICULE,  T.  XIII 

2»  Série 

M.  Ducharlrc,  dans  une  Note  sur  les  ovaires  infères  et  plus 
particulièrement  sur  celui  des  Pomacées,  passe  en  revue  les 
diverses  théories  qu’ont  proposées  les  auteurs  pour  expliquer  la 
nature  de  l’ovaire  infère.  Parmi  ces  théories,  il  adopte  «  relie 
selon  laquelle  un  ovaire  infère  ne  diffère  des  autres  qu’en  ce 
qu’il  est  enfermé  dans  une  cupule  avec  laquelle  il  est  continu 


(1)  T„us  mes  remerciements  à  MM.  A.  Milnc  Edwards,  Ous- 
ta.lt  I ,  Bureau  et  Franehet  qui  m’ont  communiqué,  avec  la  plus 
grande  obligeance,  une  partie  des  éléments  nécessaires  à  la  ré¬ 
daction  de  cette  étude. 


:e  externe,  qui  peut  parfois  se  prolor 
du  niveau  de  1 


:  la  sommité  ovarienne,  et  qui,  dans  tous 
les  eas,  produit  à  son  bord  supérieur,  le  calice,  la  corolle  et 
fandroeéc  ».  M.  Duchartrc  trouve  cette  lliéorie  confirmée  par 
l’organogénie,  l’anatomie  et  surtout  parles  faits  tératologiques. 
Il  rappelle  qu’il  a  déjà  cité  le  ras  d’une  poire  dans  laquelle  le 
pistil  avait  avorté.  Il  ajoute  que  l'avortement  des  organes  re¬ 
producteurs  peut  aller  encore  plus  loin,  ainsi  que  l’ont  cons¬ 
taté  MM.  Naudin,  Clos,  Masters,  dans  les  «  fruits  sans  fleurs  » 
de  M.  Carrière,  sortes  de  poires  qui  ne  présentent  ni  loges,  ni 
pépins.  Un  tel  avortement  est  plus  rare  dans  les  Pomacées; 
toutefois  il  est  réalisé  constamment  dans  un  arbre  venu  en  Vir¬ 
ginie  il  y  a  environ  vingt  ans  à  la  suite  d’un  semis  fait  avec  des 
pépins  de  pommes  normales. 

M.  G.  Camus  expose  les  résultats  de  ses  recherches  sur  le 
le  genre  Ophrys  dans  les  environs  de  Paris,  qui  enrichissent  la 
Flore  parisienne  de  plusieurs  variétés  et  do  plusieurs  hybrides. 
Citons:  Ophrys  opifera  var.  intermedia  G.  Cam.  et.  var. 
viridiflora  G.  Cam.  Etréchy.  Ophrys  arachniles  var.  virido- 
flora  G.  Cam.  Champagne  (Seine-ct-Oise).  Ophrys  Albertiana 
G.  Cam.  (O.  api/era  +  O.  arachniles )  Champagne  (S.  et  O.). 
Ophrys  Luizeti  G.  Cam.  [O.' api  fera  var.  viridiflora+Q.pseudo 
spéculum)  Etréchy.  Ophrys  Ascherspni  de  Naut.  (O.  oranifera 
var.  a/rata  +  arachniles )  Champagne.  Ophrys  pulchra  G.  Cam. 
O.  arachniles  -)- pseudb  spéculum?)  Champagne. 

La  maladie  déjà  étudiée  en  Allemagne  sous  le  nom  de  Pour¬ 
riture  du  cœur  de  la  Betterave  a  été  suivie  cette  année  par 
M.  Ed.  Prillieux  aux  environs  de  Montdoubleau  (Loir-et-Cher). 
Cette  maladie  consiste  en  ce  que  les  jeunes  feuilles  du  i 
la  Betterave 

u 

gnon  décrit  par  Fuckel  sous  le  nom  de  . 
faciens.  Vers  la  fin  d’août,  M.  Prillieux  vit  apparaître  la  mala¬ 
die  dans  un  champ  de  Betteraves  de  fort  belle  apparence 
jusqu’alors.  C’est  sur  le  pétiole  des  grandes  feuilles  que  se 
montré  tout  d’abord  uue  grande  tache  blanchâtre.  Cette  tache 
est  due  à  une  altération  des  tissus  causée  par  le  mycélium  d’un 
champignon  parasite  rapporté  par  l’auteur  au  genre  Phyllo- 
sticta.  L’altération  gagne, par  les  faisceaux,  le  cœur  de  la  Bet¬ 
terave  et  fait  périr  les  feuilles  naissantes.  Alors  se  produit  le 
noircissement  de  ces  jeunes  : 
des  fructifications  attribuée: 
mais  que  M.  Prillieux  rapporte  de  préférence 
Pleospora  lierbarum.  En  outre,  d’après  cet  autei 
serait  due  non  pas  à  ce  dernier  parasite,  ainsi  qu’on  le  croyait 
mais  au  Phyllosticta  dos  taches  des  pétioles  qu’il 
Ph.  tabifica.  Lors  de  l’arrachage,  pour  177  Betteraves  : 
il  en  trouva  332  atteintes  au  coeur,  mais  végétant 
32  mortes.  Pour  remédier  à  ce  mal  M.  Prillieux 
couper  les  grandes  feuilles  qui  possèdent  des  tac! 
sur  leur  pétiole  dès  qu’on  les  verra  s’abaisser  vers  le  sol  et  ne 
point  se  relever  pendant  la  nuit.  Sur  des  feuilles  de  Betterave 
tuées  par  la  maladie,  l’auteur  aidé  du  Dr  Delacroix  a  trouvé 
des  périthèces  d’un  Sphœrella  nouveau,  le  Sph.  tabifica. 

M.  IL  Devaux  à  la  suite  de  recherches  faites  sur  les  tuber¬ 
cules,  signale  l’hypertrophie  des  lenticelles  chez  la  Pomme  de 
terre  et  quelques  autres  plantes.  Si  l’on  plonge  complètement 
sous  l’eau  un  tubercule  de  pomme  de  terre  il  ne  tarde  pas  à 
être  asphyxié  ;  mais  si  on  ne  l’enfonce  que  partiellement  dans 
l’eau,  il  peut  continuer  à  vivre  et  alors  les  lenticelles  de  la  por¬ 
tion  submergée  prennent  un  grand  développement.  Le  tissu 
particulier  qui  les  constitue  dans  ce  cas  est  rapproché  par  l’au¬ 
teur  de  YAerenchyme  de  M.  Schenk.  Cette  hypertrophie  des 
lenticelles  a  été  observée  aussi  sur  des  liges  de  peuplier  et 
sur  la  tigelle  du  noyer. 

En  faisant  développer  dans  l’eau  des  racines  du  Solium 
perenne  M.  Devaux  a  fait  des  remarques  intéressantes  sur  la 
croissance  des  poils  radicaux.  11  a  constaté  que  ces  organes 
présentent  un  maximum  de  développement  qui  correspond  pré¬ 
cisément  au  minimum  de  croissance  de  la  racine.  Par  suite, 
ces  poils  radicaux  figurent  exactement  par  leurs  longueurs  les 
ordonnées  de  la  courbe  indiquant  les  retards  de  croissance  de 
la  racine,  sous  l’influence  de  la  lumière. 

M.  G.  Camus  décrit  un  hybride  nouveau  :  Orchis  Arbosii 
u  i/,,,',.,  j  il,  inconiala  provenant  do  environs  i  ! 
(Puy-de-Dôme). 

Contribution  à  l’histoire  naturelle  de  la  Truffe.  Dans  cette 
note  M.  A.  Chatin  indiquo  quatre  espèces  de  Truffes  qui  sont 
parfois  associées  à  la  Truffe  de  Périgord  ( Tuber  inelanospo - 
rum  .  La  Trull'.-  .b-  Bom-.-o-m-i  lismp.-iL'iie,  dite  Truffe  de 
Dijon  [Tuber  uncinalum)  dont  la  chair  d'un  gris  brun  n’arrive 


lesquelles  on  trouve 
esmium  putrefaciens 
férence  à  celles  du 
naladie 


158 


LE  NATURALISTE 


jamais  au  noir,  même  par  la  cuisson,  accompagne  la  Truffe  do 
Périgord  dans  le  Sud-Ouest,  le  Centre  et  l’Est  de  la  Franco  et 
croit  à  son  exclusion  dans  l’Est  et  le  Nord-Est.  La  Truffe 
blanche  d’hiver  {Tu ber  hiemalbum)  dont  l’écorce  ou  péridium 
est  caractérisé  :  1°  par  la  dépression  accentuée  de  ses  verrues  ; 
2°  par  sa  grande  fragilité  qui  la  fait  se  détacher  par  plaques 
au  moindre  frottement.  La  Rougeote  ou  Truffe  fourmi  ( Tube r 
brumale )  de  teinte  cuivrée  avant  sa  maturité,  assez  répandue 
aux  environs  de  Verdun,  est  d’après  l'auteur  la  meilleure  Truffe 
après  celle  de  Périgord.  Enfin  la  Truffe  de  Corps  regardée  par 
l’auteur  comme  une  espèce  distincte  de  la.  Truffe  de  Périgord 
et  désignée  par  lui  sous  le  nom  de  Tuber  montanum  en  rai¬ 
son  de  sa  station  montagnarde  aux  confins  de  l’Isère. 

Étudiant  ensuite  les  Terfas  ou  Truffes  d’Afrique  et  d'Arabie , 
M.  Chatin  pense  que  le  Terfas  des  Arabes  est  le  tubercule  que 
Pline  a  désigné  sous  le  nom  de  Mizy.  Mais  tandis  que  ce 
Terfas  (Terfezia  Leonis  de  Tulasne)  est  considéré  comme  repré¬ 
sentant  une  seule  espèce,  M.  Chatin  estime  qu’il  y  a  lieu  de 
distinguer  au  moins  quatre  Terfas  :  1?  le  Terfezia  Leonis  de 
Tulasne,  2°  le  Terfezia  Boudieri,  3°  le  Terfezia  Boudieri  var. 
arabica ,  4*  le  Tirmania  africana.  Ces  Terfas  ont  pour  végé¬ 
taux  nourriciers  d’humbles  plantes  comme  1  ’Helianthemum 
tuberaria  et  divers  Cistus.  Ils  se  recommandent  par  une  sa¬ 
veur  agréable  et  une  odeur  douce  que  l’auteur  compare  à  colle 
d’un  de  nos  meilleurs  champignons,  le  Mousseron.  Un  faux 
Terfas  récolté  aux  environs  do  Blidah  par  M.  Trabut  reçoit  de 
M,  Chatin  le  nom  d ’Hymenogaster  Trabuti. 

Chauveaud. 


LA  VIE  AU  SEIN  DES  MERS 

par  L.  Dollo. 


Le  livre  (1)  de  M.  Dollo  renferme  une  mine  de  faits  in¬ 
téressants  qui  ne  sont  pas  encore  de  connaissance  cou- 


Eft'et  de  l’expansion  des  gaz  do  l’organisme  sur  l'écailluro  et  la 
vessie  natatoire  d’un  poisson  ( Neoscopelus )  ramené  d’une 
profondeur  de  1,500  mètres. 


(1)  1  vol.  de  plus  de  300  pages,  avec  47  figures  dans  le  texte, 
prix  broché  3.50,  franco  3.90  (chez  J  -B.  Baillière  et  fils,  édi¬ 
teurs,  et  aux  bureaux  du  journal), 


rante,  bien  qu’il  ait  dù  se  borner  et  restreindre  la  tâche 
considérable  que  lui  imposait  le  titre  choisi  pour  son 
ouvrage.  11  lui  aurait  fallu  en  effet  «  traiter  non  seule¬ 
ment  des  animaux,  mais  encore  des  végétaux;  faire 
connaître  les  différents  types  qui  habitent,  les  uns  les 
rivages,  d’autres  le  large  à  la  surface,  d’autres  enfin  les 
abîmes  de  l’Océan.  Et  cela  sans  se  limiter  à  l’époque 
actuelle,  qui  ne  représente  qu’un  instantdansl’existence 
de  notre  globe,  niais  en  se  transportant  tour  à  tour, 
pour  autant  que  le  permettrait  l’état  présent  de  la 
science,  aux  nombreuses  périodes  géologiques  ». 

Les  chapitres  sur  la  Faune  littorale  et  la  Faune  péla¬ 
gique  sont  peut-être  un  peu  courts,  mais  on  trouve  une 


Chatiliodus,  poisson  abyssal  remarquable  par  ses  longues  dents 
grêles  dirigées  en  arrière. 


compensation  dans  le  résumé  des  recherches  person¬ 
nelles  de  l’auteur  sur  le  Pachyrhynque,  les  Carcharodons 
du  musée  de  Bruxelles  et  le  Hainosaure. 

Les  conditions  d’existence  dans  les  abysses,  la  faune 
abyssale,  ses  caractères  et  son  origine  sont  traités  avec 
plus  d’enthousiasme,  car  il  est  certain  qu’un  naturaliste 
ne  peut  rester  froid  en  face  des  résultats  remarquables 
dus  pendant  ces  dernières  années  aux  explorations  des 
grands  fonds.  M.  Dollo  nous  montre  «  que  tous  les  êtres 
abyssaux  sont  analogues  aux  autres  organismes  connus 
et  alliés  à  nos  animaux  littoraux  :  ils  en  diffèrent  pas  cer¬ 
taines  modifications  que  l’on  doit  considérer  comme  adap¬ 
tatives,  puisqu’on  les  retrouve  identiques  chez  beaucoup 
d’organismes  de  groupes  différents,  marquant  ainsi  sur 
la  faune  abyssale  entière,  l’empreinte  profonde  des  con¬ 
ditions  d’existences  dans  lesquelles  elle  vit. 

Il  y  a  là  pour  la  théorie  de  la  variabilité  des  espèces, 
une  éclatante  confirmation,  car  si  les  espèces  étaient 
fixes,  celles  qui  auraient  été  placées  dès  leur  origine 
dans  les  conditions  aussi  opposées  que  les  abysses  et  la 
zone  littorale,  présenteraient  nécessairement  entre  elles 
des  différences  de  structure  absolument  extraordi¬ 
naires,  et  chacune  des  faunes  abyssale  et  littorale  possé¬ 
derait  des  groupes  d’animaux  à  elle  spéciaux. 

11  en  résulte  que  l’on  ne  peut  caractériser  la  faune 
tbîmes  par  tel  ou  tel  grand  groupe  déterminé,  mais 
bien  plutôt  par  les  modifications  analogues  que  les  ani¬ 
maux  abyssaux  de  divisions  voisines  ou  éloignées  ont 
subies  sous  l’influence  du  milieu  spécial  où  elles  se  sont 
trouvées  placées.  » 

Bien  que  l’on  n’ait  pas  découvert,  dans  les  grandes 
profondeurs,  des  animaux  à  stucture  organique  nouvelle, 
bizarre,  s’écartant  tout  à  fait  des  types  connus,  ou  de 
nouvelles  formes  de  symbiose,  de  parasitisme,  les  résul- 


LE  NATURALISTE 


139 


tais  des  explorations  sous-marines  ont  une  importance 
capitale  aux  yeux  des  biologistes,  car  ils  ont  donné  aux 
idées  évolutionnistes  la  confirmation  ,1a  plus  complète 
qu’elles  aient  reçue  jusqu’à  maintenant.  Aussi  ne  peut-on 
Irop  essayer  de  répandre  et  de  vulgariser  des  idées  aussi 
fortement  appuyées  sur  des  faits  scientifiques  indiscu¬ 
tables.  Nous  ajouterons  que  cet  excellent  ouvrage  de 
vulgarisation  est  orné  de  47  figures  :  nous  en  reprodui¬ 
sons  deux  ci-dessus . 

Ménégaux. 


DIAGNOSE  D’UN  LÉPIDOPTÈRE  NOUVEAU 


Kur  jglottis  Davidiaims,  n.  sp. 

O”  88  O  105  millimètres.  Cette  espèce  est 
voisine  de  l’Euryglottis  Aper  Bdv  ;  mais  elle  s’e 
sa  taille  plus  petite,  en  ce  que  les  cinq  taches  jaune  orangé  de 
l’abdomen  sont  remplacées  par  de  simples  petites  touffes  de 
poils  jaunes,  à  peine-  marquées  parfois,  eolin  en  ce  la 
double  ligne  extrabasilaire  des  supérieures  est  presque  droite 
(avec  une  ou  deux  légères  inflexions  centrales),  tandis  que' dans 
•P Aper  cette  double  ligne  a  une  forme  de  <  prononcée. 

Quatre  O*  et  une  $  bien  pareils.  L’un  des  <?  et  la  Ç 
pris  ensemble  le  19  novembre  1889. 

J’ai  également  reçu  de  Loja  trois  Euryglottis'  Aper  Bdv. 
absolument  conformes  à  la  ligure  qu'en  a  donnée  Herrich- 
Schaeffer  et  en  outre  deux  grands  individus  O*  de.  la  taille 
d’Aper  et  de  ns  lesquels  les  taches  jaune  orangé  de  l’abdomen 
sont  blancKcsi  Dans. ces  deux  individus  les  supérieures  sont  à 


visibles  et  l’extrabasilairc  disparait 


point 


peine  vi: 
Je  crois 


Je  crois  pourtant  devoir  les  rapporter  a  FJ 
au  Davidianus,  d’abord  à  cause  de  leur  taille, 
je  remarque  que  le  point  cellulaire  est  le  même  dans  ces  deux 
individus  que  dans  l’Aper,  c’est-à-dire  un  peu  en  forme  de 
croissant,  tandis  qu’il  est  plus  gros  et  plus  triangulaire  dans 
Davidianus. 

P.  Doonin. 


NOTE  SUR  LA  CLASSIFICATION  DES  BASLDIOMTCÈTES 

0 Champignons ) 

(Suite  et  fin.) 

Dans  l’ordre  des  Tremellacées,  on  ne  peut  distinguer 
qu’un  sous-ordre  :  appelons-le  sous-ordre  des  Tremel- 
linées;  mais  on  y  rencontre  plusieurs  groupes  méritant 
d’être  élevés  au  rang  de  familles. 

Il  est  une  espèce  dont  la  place  a  souvent  varié  dans  la 
classification.  C’est  le  Tremellodoh  gelatinomm.  C’est  une 
masse  molle,  gélatineuse,  ressemblant,  sous  ce  rapport, 
beaucoup  aux  Tremelles,  mais  qui,  comme  un  Hyène, 
présente  des  aiguillons  tournés  vers  le  sol,  et  ce  sont  ces 
aiguillons  qui  portent  les  basides. 

On  a  fait  de  cette  espèce  tantôt  une  Hydnée,  tantôt 
une  Tremellinée.  Seule,  l’étude  de  la  baside  pouvait 
mettre  d’accord  les  classificateurs.  Or,  le  Tremellodon 
présente  une  vraie  baside  de  Tx’émelle,  une  baside  cloi¬ 
sonnée  longitudinalement.  Cette  espèce  est  donc  une 
véritable  Trémellinée;  mais  la  forme  particulière  des 
organes  qui  portent  les  basides,  la  présence  de  ces  ai¬ 
guillons,  exigent  que  l’on  fasse  de  cette  forme  unique  une 
famille  spéciale,  la  famille  des  Tremcllodonées,  qui,  dans 
le  groupe  que  nous  étudions,  correspondra  exactement 
à  la  famille  des  Hydnées  dans  la  première  sous-classe. 
Si  l’on  ne  veut  pas  créer  une  famille  pour  cette  espèce, 
si  l’on  veut  la  réunir  dans  la  même  famille  que  les  Seba- 
cina  et  les  Tremella  que  nous  verrons  plus  loin,  il  n’y  a 


pas  de  raison  pour  considérer  comme  distinctes  les  fa¬ 
milles  des  Hydnées,  des  Clavariées  et  des  Théléphorées. 

Le  genre  Sebacina  que  nous  trouvons  ensuite,  est, 
comme  aspect  extérieur  et  mode  de  vie,  très  différent 
du  précédent.  Il  se  présente  sous  forme  d’une  croûte 
mince  et  coriace  sur  le  sol  ou  sur  les  branches  d’arbres. 
11  rappelle  donc,  comme  genre,  les  Corticium  chez  les 
Ilyménomycètes,  et  il  peut  être  pris  comme  type  d’une 
seconde  famille  de  Tréijiellinées,  la  famille  de  s  Seban- 
nc es  qui  correspond  à  la  famille  des  Théléphorées. 

Enfin  le  genre  Tremella  sera  le  type  d’une  troisième 
famille,  la  famille  des  Trémellées.  La  forme  irrégulière¬ 
ment  globuleuse  ou  plissée  des  fructifications,  la  con¬ 
sistance  mucilagineusede  leur  couche  périphérique  per¬ 
mettent  de  considérer  ces  formes  comme  assez  distinctes 
des  Sebacina  pour  qu’on  ait  le  droit  d’en  constituer  une 
famille  autonome.  Cette  famille  comprend  un  petit 
nombre  de  genres  :  Tremella,  Exidia,  etc. 

L’ordre  des  Auriculariacées  présente  deux  sous-ordres 
très  distincts. 

Dans  l’un,  les  basides  et  les  spores  se  forment  à  la  pé¬ 
riphérie  de  la  fructification;  elles  sont  donc  complète¬ 
ment  externes.  Dans  l’autre,  elles  prennent  naissance  à 
l’intérieur  d’une  cavité  close  de  toutes  parts.  Qui  ne 
reconnaît  ici  un  des  caractères  essentiels  employés  dans 
la  première  sous-classe  pour  établir  la  division  capitale 
en  HyménomycètesetGastéromycètes?  Ici  le  nombre  des 
espèces  est  beaucoup  moindre,  la  distinction  des  deux 
groupes  n’est  pas  moins  profonde. 

Nous  aurons  donc  le  sous-ordre  des  Aumcularini-.es 
dont  le  type  est  le  genre  Auricularia  et  le  sous-ordre  des 
Ecchyninées  qui  a  pour  type  le  genre  Ecchyna. 

Maintenant,  dans  ce  premier  sous-ordre  des  Auricula- 
rinées  on  peut  distinguer  deux  familles.  La  première 
sera  celle  des  Auriculariées  dont  le  genre  le  plus  impor¬ 
tant  est  le  genre  Auricularia.  Par  l’aspect  extérieur,  le 
caractère  gélatineux  de  la  couche  périphérique  de  ses 
fructifications,  cette  famille  rappelle  tout  à  fait  celle  des 
Trémellées.  .  ; 

La  seconde  est  celle  des  Hélicobasidiées,  représentée 
par  le  seul  genre  Helicobasidium  (fig.  0).  La  forme  et 
l’habitat  de  ce  genre  rappellent  encore  les  Corticium;  il 
forme  une  croûte  mince,  étalée  sur  les  tiges  ouïes  feuilles 
de  diverses  plantes  herbacées..  Mais  sa  baside  a  une 
forme  bien  spéciale.  Outre  qu’elle  possède  le  caractère 


Fig.  G.  —  Basides  et  spores  à’ Helicobasidium,  baside,  ba,  s’en¬ 
roulant  en  spirale,  puis  émettant  des  stérigmates,  st,  qui  por¬ 
tent  les  spores,  sp,  à  leur  extrémité  (d’après  M.  Patouil- 
lard). 

essentiel  d’étre  grêle,  allongée  et  divisée  longitudina¬ 
lement  en  quatre  cellules,  elle  présente  cette  particula¬ 
rité  qu’elle  est  contournée  en  spirale,  d’où  le  nom  du 
genre.  Ce  fait  joint  à  la  différence  d’aspect  extérieur 
nous  autorise  à  considérer  ce  genre  comme  devant  cons¬ 
tituer  une  famille  spéciale. 

Enfin,  le  seul  genre  Ecchyna  mérite  à  lui  seul  de  for¬ 
mer  un  sous-ordre  correspondant  au  sous-ordre  tout 


LE  NATURALISTE 


160 


entier  des  Gastéromycètes.  VEcchyna  faginea  (flg.  7,  E.) 
qui  pousse  sur  les  troncs  d’arbres,  en  automne,  est  cons¬ 
titué  par  un  pied  surmonté  d’une  tête  arrondie  et  anfrac¬ 
tueuse.  C’est  à  l'intérieür  de  cette  tête  que  sur  chacune 
des  cellules  de  la  baside  (6a)  naît  une  spore  sessile  (sp).  Le 
tout  à  la  maturité  forme  une  masse  pulvérulente.  D’après 
cela,  c’est  à  la  famille  des  Lycoperdées  que  ressemble 


Fig.  7.  —  Comparaison  de  l’Ecchyna  (E)  avec  le  Tulostoma  (T). 
—  a,  aspect  extérieur  de  Tulostoma;  a’,  aspect  extérieur 
d’Ecchyna.  —  6,  baside  non  cloisonnée  de  Tulostoma  portant 
latéralement  des  spores  sessiles  , d’après  M,  Schrùtcr).—  b1  ba¬ 
side  cloisonnée  d'Ecchyna  portant  latéralement  des  spores 
sessiles  (d’après  M.  Brefeld). 

le  plus  la  famille  des  Ecchynées  ;  et  même  en  poussant 
la  comparaison  plus  loin  nous  dirons  que  le  genre 
Ecchyna  ressemble  surtout  au  genre  Tulostoma  (flg.  7,  T). 
Chez  tous  deux,  la  fructification  présente  la  même 
forme  :  tête  sporifère  portée  sur  un  pédicelle.  Il  y  a 
même  plus,  car  dans  les  Tulostoma,  la  baside  (6a)  est  indi¬ 
vise,  il  est  vrai,  mais  les  spores  (sp)  ne  se  forment  pas  à 
l’extrémité  de  cette  baside  sur  des  stérigmates  :  elles 
sont  sessiles  et  se  constituent  latéralement.  Le  carac¬ 
tère  du  cloisonnement  seul  sépare  donc  la  baside  du 
Tulostoma  de  la  baside  de  VEcchyna. 

Le  tableau  suivant  résume  les  faits  que  nous  avons 
essayé  de  mettre  en  lumière. 

CLASSE  DES  BASIDIOMYCÈTES 


Basidiomycètesl0'  H 
proprement  J 


il.  Agaricinéos 
"r’olyporées 
iydnées 
Clavariées 
(7.  Théléphoréos 


flialloïdées 

Nidulariécs 

Lycoperdées 

"ypogastrées 


b.  Gastéromycètes 


B .  Dacrvmy cétacées j a.  D acrymycétinées  | g  Dacrymycét6os 

C.  Tulasnellacées.  \b. 


Auriculariacét-s 


\“  AU 


b.  liccln  uinées.. 


(1.  Trcmello.donécs 


i  l.  Auriculariéos 
12.  Hèlicobasidiées 

U.  Ecchynées 


Nous  nous  trouvons  à  établir  un  plus  grand  nombre 


de  familles  qu’on  n’en  fait  habituellement,  surtout  chez 
les  Basidiomycètes  àbasides  cloisonnées,  que  l’on  réunit, 
en  y  ajoutant  même  souvent  un  certain  nombre  d’espèces 
à  basides  indivises,  en  une  seule  famille,  celle  des  Tré- 
mellinéeS.  Il  nous  semble  qu’il  n’y  a  pas  d’inconvénient 
à  augmenter  le  nombre  des  groupes  d’un  certain  degré 
quand  ces  groupes  présentent  des  caractères  suffisam¬ 
ment  distincts.  On  fait  mieux  sentir  de  la  sorte  les  liai¬ 
sons  multiples  et  les  différences  variées  qui  existent 
entre  les  divers  êtres  que  l’on  étudie. 

Dans  la  Nouvelle  Flore  des  Champignons,  qui  vient  de 
paraître  (I),  les  divers  groupes  ne  sont  pas  tout  à 
fait  constitués  de  la  même  manière  que  dans  le  tableau 
ci-dessus.  Cela  vient  de  ce  que,  préoccupés  de  se  servir 
surtout  des  caractères  extérieurs  pour  arriver  à  la  déter  - 
mination  des  espèces,  les  auteurs  ont  dû  rapprocher 
certaines  formes  que  les  études  microscopiques  éloignent 
davantage.  C’est  ainsi  que  les  Dacrymycétées  ont  été 
places  près  des  Trémellacées  dont  elles  partagent  l’as¬ 
pect-  extérieur  et  la  consistance  gélatineuse.  Le  travail 
de-la  détermination  doit  être  simplifié  autant  que  pos¬ 
sible,  et  pour  arriver  à  nommer  une  espèce  il  est  préfé¬ 
rable  de  n’avoir  à  faire  usage  que  de  caractères  faciles  à 
constater.  C’est  de  cette  idée  que  se  sont  inspirés  les 
auteurs  de  la  Nouvelle  Flore.  Plus  tard  seulement,  quand 
on  a  déjà  acquis  des  connaissances  assez  étendues,  l'on 
est  amené  àreconnaître  ce  qu’ont  d’incomplet  les  notions 
fondées  sur  des  caractères  purement  extérieurs,  et  à 
faire  des  études  plus  approfondies.  Ces  dernières,  dans 
le  cas  actuel,  amènent  à  grouper  les  diverses  formes  'de 
la  grande  classe  des  Basidiomycètes  comme  nous  l’avons 
fait  dans  le  présent  article. 

L.  Düfoüh. 


SOCIÉTÉ  GÉOLOGIQUE  DE  FRANCE 


SÉANCE  DU  19  JANVIER  1891 


M.  Depéret  annonce,  par  l’intermédiaire  de  M.  A.  Gaudry, 
la  découverte  de  diverses  pièces  du  squelette  d’un  grand  Edenté 
dans  les  fentes  de  la  Grive  Saint-Alban  (Isère).  Cet  Edenté  est 
très  voisin  du  Macrotherium  do  Sansan.  M.  Depéret  a  extrait, 
de  la  même  fento,  une  tète  presque  entière  de  Chalicotherium. 
Cette  découverte  vient  à  l’appui  de  l’opinion  de  M.  Filhol  sur 
l’identité  des  genres  Chalicotherium  et  Macrotherium. 

M.  Vélain  signale  la  découverte  faite  par  M.  Rabot  de  sables 
diamantifères  dans  la  l.aponic  russe.  11  a  reconnu,  dans  ces 
sables,  la  présence  des  dix-huit  espéoes  minérales  suivantes  dis¬ 
tribuées  par  ordre  de  fréquence  :  grenat,  zircon,  amphiboles 
bruifo  et  verte,  glaucophanc,  disthène,  pÿroxène,  quartz, 
corindon,  rutile,  magnétite,  ilménite,  staurotide,  andalousite, 
tourmaline,  sphène,  épidote,  oligoclase,  diamant.  Ces  éléments 
proviennent  des  granulites  et  des  gneiss  granulitiques  de  la 
vallée  du  Pasvig,  rivière  qui,  dans  son  cours  inférieur,  dessine 
la  limite  entre  la  Norwègc  et  la  Russie. 

M.  Munier-Chalmas  fait  une  communication  relative  au  Céno¬ 
manien,  au  Turonien,  au  Sénonien  et  au  Danion  du  Bellunais, 
de  l’Alpogo,  du  Frioul  et  do  l’Istrie;  il  passe  en  revuo  les 
faciès  qui  correspondent  à  ces  étages  dans  différentes  régions. 
11  insiste  sur  la  séparation  qui  existe  entre  les  terrains  crétacés 
et  sur  les  différents  horizons  de  l’Eocène  de  la  partie  est  du  ver-, 
sant  sud  des  Alpes  orientales.  Il  décrit  le  caractère  des  diverses 
faunes  en  faisant  des  remarques  sur  les  modifications  à  intro¬ 
duire  dans  lo  genre  Orbitoides  et  sur  les  espèces  nouvelles  du 
Viccntin  qu’il  doit  décrire. 


(1)  Nouvelle  Flore  des  Champignons,  par  MM.  Costantin  et 
Dufour,  1  vol.  de  poche  de  300  pages  avec  3842  figures,  prix 
broché  H  fr.  50,  relié  li  francs  (en  vente  aux  bureaux  du  Journal). 


LE  NATURALISTE 


161 


Af.  le  Mesle,  chargé  de  mission  en  Tunisie,  écrit  à  la  Société 
qu’il  vient  de  découvrir  des  gisements  riches  et  étendus  de 
Ptérocérie  auprès  de  Tataouine,  dernier  poste  militaire  fran¬ 
çais  vers  la  frontière  tripolitainc.  Tout  le  massif  de  Tlalet  ap- 


M.  de  Grossouvre  adresse  une  note  sur  le  callovien  de  l’ouest  de 
la  France  et  sa  faune.  L’auteur  revient  sur  la  discordance  qu’il 
a  signalée  dans  l’Ouest  de  la  France  entre  le  Callovien  et  le 
Bathonien;  contrairement  à  l'opinion  de  M.  Choff'at,  il  croit 
que  la  lacune  signalée  existe  aussi  bien  dans  le  Jura  que  dans 
le  Poitou.  Dans  le  Callovien  du  Poitou,  on  trouve  un  certain 
nombre  do  fossiles  du  Callovien  alpin.  Ce  fait  se  reproduit  en 
Portugal. 

Af.  de  Grossouvre  appelle  l’attention  sur  los  conclusions  slra- 
tigraphiques  d’un  mémoire  de  M.  de  Saporta  qui  a  placé  la  base 
de  la  formation  de  Fuveau  dans  le  Campanien  et  non  dans  le 
Danien,  les  grés  à  végétaux  du  Beausset  devant  être  descendus 
dans  le  Sénonien  inférieur.  Ces  conclusions  sont  conformes  à 
celles  queM.  de  Grossouvre  a  formulées  précédemment  dans  son 
travail  sur  la  craie  de  Touraine. 

Af.  Reusch,  par  l’intermédiaire  de  M.  Michel  Lévy,  adresse 


SÉANCE  DU  2  FÉVRIER 

M.  Hovelacque  décrit  un  appareil  photographique  permettant 
d’obtenir  des  agrandissements  et  des  réductions  de  divers 
échantillons  d’histoire  naturelle  et  montre  des  épreuves  à  la 
Société. 

M.  Stuart-Menteath  affirme  do  nouveau,  par  l’organe  de 
M.  de  Lapparent,  l'âge  dévonien  du  calcaire  de  Latxia,  identi¬ 
que,  suivant  lui,  à  la  «  dalle  »  de  la  Pen'a  Blanca.  11  rappelle 
qu’il  a  signalé,  depuis  dix  ans,  des  calcaires  coralligènes,  pro- 


MM.  Ch.  Janet  et  Guénot  font  une  communication  sur  quel¬ 
ques  particularités  de  structure  de  diverses  espèces  d'Echinides. 


giqu 


pores  génitaux  multiples  se  rencontrent 
ursins  actuels  et  fossiles.  Mais  ce  sont  des  faits  tératolo- 
s;  il  ne  faut  pas  y  voir  un  retour  atavique  à  un  stade 
frai,  mais  simplement  une  anomalie  de  développement. 

M.  Van  den  Broeck  fait  une  communication  au  sujet  des 
recherches  du  colonel  Goulier,  sur  les  oscillations  du  sol  de  la 
France.  M.  de  Lapparent  pense  que  les  résultats  fournis  par  1rs 
différents  nivellements  sont  encore  trop  discutés  pour  qu’il  soit 
possible  de  s’appuyer  sur  eux  pour  admettre  des  oscillations 
certaines  à  la  surface  de  notre  sol. 

M.  GE/ilert  persiste  à  croire,  contrairement  à  l’opinion  de 
M.  Lebesconte,  que  le  poudingue  d’Oigny  et  le  calcaire  de 
Sillé-lc-Guillaumc  sont  les  équivalents  des  conglomérats  pour¬ 
prés  et  des  marbres  de'  Clécy,  ainsi  que  de  ceux  de  la  vallée  de 
la  Laize. 

M.  de  Lapparent  fait  connaître  une  théorie  à  laquelle  il  a  été 
conduit  par  l’examen  des  faits,  pour  expliquer  les  formations  do 
l’argile  à  silex.  Cette  formation  remonterait  à  une  époque  où  la 
surface  de  la  craie  normande  était  recouverte  par  une  nappe 
de  formations  éocènes.  Elle  doit  être  attribuée  à  des  sources 
carboniques  ou  mofettes  tendant  à  se  faire  jour  par 
de  la  craie.  Ces.sources  ont  corrodé  la  craie  en  faisai 
sivement  effondrer  l’argile  et  les  sables  éocènes  dans  los  cavités 
ainsi  produites. 

M.  üouvillé  _ 

ces  de  Rudistes  :  le  Sauvagesia  Sharpei  et  le  BiradioliU 


M.  Kilian  présente  à  la  Société  le  résumé  des  résultats  aux¬ 
quels  l’ont  conduit  ses  dernières  courses  géologiques  dans  les 
Alpes.  L’auteur  rapporte  au  Trias,  au  Lias  et  au  Jurassique  su¬ 
périeur  le  vaste  ensemble  désigné  par  Lory  sous  le  nom  de 
Calcaire  du  Briançonnais  et  placé  par  lui  dans  le  Lias.  Il  indi- 


MM.  Œhlertet  Liétard  pensent  que  l’âge  du  calcaire  de  Goten 
(Basses-Pyrénées)  ne  peut  être  considéré  comme  definitivement 
fixé,  les  genres  Amplexus  et  Zaphrentis  n’étant  pas  < 
tiques  du  carbonifère,  mais  existant  déjà  an  Dévo 
auteurs  sont  portés  à  croire  que  le  calcaire  er.  qu 
plutôt  dévonien. 

M.  de  Lapparent  rappelle  que  dans  la  dernière  séance 
M.  Stuart  Menteath  a  affirmé  l’âge  dévonien  du  calcaire  de 
Latxia,  identique,  selon  lui,  à  la  dalle  de  Pena  Blanca. 

.V.  Bergeron  rapporte  aujourd’hui  au  Dévonien  des  calcaires 
cristallins  de  la  Montagne-Noire  qu'il  avait  classés  dans  le 
Cambrien.  Cette  nouvelle  opinion  a  déjà  été  exprimée  parM.de 
Rouville.  L’auteur  ajoute  que  la  dalle  des  Pyrénées  présente  les 
mêmes  variétés  que  cos  calcaires  dévoniens  de  la  Montagne- 


origines  de  la  chasse , 
L’Élan,  l’Ane  et  le.  Lapin 


Mortillet  offre  à 

de  la  pêche  et  de  la 


i  de  ce  rongeur  V 
ires  de  la  t 


grotte  de  -Reilhac  Loti.  L'auteur  a 
•ante,  des  renseignements  sur  les  ca- 


M.  Sennes  pense  que 
runs  et  Gère-Belestcn  (Basses-Pyrénées) 
régulière  et  représente  tout  le  Dévonien.  Il  donne  le  détail  de 
ces  assises  et  des  fossiles  qu’on  y  rencontre. 


dépôts  quater 

donné,  dans  la  séance  suivante,  ( 
ractères  ostéologiques  qui  permettent  de  distinguer  sûrement  le 
Levas  cuniculus' du  Lepus  timidus.  D’ailleurs,  Schmerling, 
Marcel  de  Serres,  Falconer,  Prestwich,  Pictct,  Gcrvais,  etc.,  ont 
cité  le  lapin  dans  plusieurs  gisements  quaternaires. 

SÉANCE  DU  2  MARS  1891. 

M.  de  Lapparent  fai 

ients  de  Gourbesvillc  (Manche).  Cette  1< 
une  plage  de  la  mer  pliocène  sur  laquelle  les  vagues  éta¬ 
laient  le  produit  du  remaniement  d’un  ancien  falun  contem¬ 
porain  de  ceux  de  l’Anjou  et  de  la  Rance.  Ainsi  s’explique  la 
présence,  au  milieu  du  cailloutis,  de  dèlmsi’Halitherium  et  do 
Dinothérium. 

M.  Dolffus  présente  quelques  observations  à  la  suite  do  la 
communication  de  M.  de  Lapparent.  En  1819,  il  avait  recueilli 
dans  ce  même  gisement  beaucoup  de  fossiles  marins  caractéri¬ 
sant  le  pliocène  inférieur. 

M.  Met, -lès  décrit  quelques  espèces  du  Crétacé  et  du  Tertiaire 
des  provinces  de  Valence  et  d’Alicante  (Espagne).  A  propos  des 
Ammonites  décrites  dans  cotte  note,  il  appelle  l’attention  sui¬ 
tes  procédés  photographiques  qu’il  a  employés  pour  figurer  les 
cloisons  de  Céphalopodes. 

Af.  Lé  veillé  adresse  de  Pondichéry  quelques 
sur  les  grès  du  détroit  de  Palk,  résultant  de  fc 
dages  entrepris  dans  l’ile  de  Pambcn  et  près  de  Calcutta. 

Af.  P  h.  Thomas  envoie  une  note  intéressante  sur  les  gise¬ 
ments  de  phosphate  de  chaux  qu’il  a  découverts  en  1885  et  1S86, 
dans  les  hauts  plateaux  de  la  Tunisie.  La  richesse  de  c.es  gise¬ 
ments,  appartenant  au  Suessonien  intérieur  diminue  a  mesure 
que  la  formation  perd  son  caractère  littoral  et  revêt  le  tacics 
nummulitique,  c’est-à-dire  en  allant  du  sud  vers  le  nord. 
M.  Thomas  donne  des  détails  sur  la  richesse  et  la  facilité  d’ex¬ 
ploitation  des  gisements  du  Sud-Ouest;  los  gites  du  Nord-Est 
et  du  Nord-Ouest  paraissent  rire  moins  riches.  I..-  gisements 
crétacés  no  paraissent  pas  susceptibles  d’une  exploitation  rému¬ 
nératrice.  .  , 

Af.  Bigot  ne  partage  pas  les  idées  émises  par  M.  Lebesconte 
sur  la  géologie  des  environs  de  Sillé;  par  contre,  il  partage  les 
idées  exprimées  par  M.  (Ehlcrtdans  Tune  des  dernières  séances. 

A/,  liiltcr  signale  la  découverte  qui  vient  d’étro  faite  a 
Cardesse,  au  nord  d’Oléron,  dans  le  crétacé,  d’une  mâchoire  par¬ 
faitement  conservée  d’un  Saurien  qu'il  rapporte  au  Mosasaure 
de  Maastricht.  .  .  , 

M.  Aubert  adresse  à  la  Société  une  note  sur  la  géologie  de 


Af.  de  Lapparent  signale,  parmi  les  nouveaux  débris  i 
du  cailloutis  pliocène  de  Goubersville,  la  présence  de  mi 
de  Maslodon  angustidens  et  de  Paléothérium  magnum.  Des 
dépôts  de  l’ùgo  des  gypses  parisiens  ont  donc  existe  dans  le 
golfe  de  ValogJies.  .  ,  „  . 

Af.  J aime  Alme.ro  communique  à  la  Société  une  note  de  Af.  de 
Saporta  relative  au  culm  des  environs  de  Barcelone. 

\l.  Welsch  adresse  une  note  sur  le  Miot  ène  des  environs  de 
T,  mci,  département  d’Orau  'Algérie  .  Les  1er.., in-  tertiaires 

des  environs  du  Tiarct,  à  la  limite  de  l’At . 

uts plate 


près  l’ancien  Miocène  i 


162 


LE  NATURALISTE 


[Langhien  et  Helvétien ),  avec  peut-être  une  partie  du  Tor Ionien. 

A  propos  de  l’intéressant  mémoire  de  M.  Collot  sur  le  ter¬ 
rain  crétacé  de  la  basse  Provence,  M.  Kilian  présente  une  pe¬ 
tite  rectification  à  la  carte  qui  accompagne  ce  travail. 

N... 


LE  QUETZAL 

( Pharomacrus  resplendens ) 


La  République  du  Guatemala  par  sa  position  ■  géogra¬ 
phique  entre  le  Mexique,  le  Honduras  et  le  Salvador 
‘possède  un  climat  très  varié;  aussi  sa  richesse  en  pro¬ 


plus  remarquable  de  tous  est,  sans  contredit,  celui  que 
les  indigènes  nomment  le  Quetzal. 

Cet  oiseau  appartient  à  la  famille  des  Trogonidês  et  a 
été  désigné  successivement  sous  les  noms  de  Pharomacre 
mocinno,  Calure  paradis,  Trogon  resplendissant. 

Le  mâle  possède  une  livrée  dont  l’éclat  a  été  com¬ 
paré  à  celui  du  plumage  du  paon  :  sa  tête  et  sa  gorge 
ont  une  teinte  d’un  bronze  doré,  tandis  qu’un  vert  doré 
très  l«i liant  couvre  le  cou,  la  poitrine,  le  dos,  le  man¬ 
teau,  les  couvertures  alaires  et  caudales.  Mais  cette 
splendide  livrée  est  encore  rehaussée  par  la  nature  du 
plumage  qui  est  velouté  et  par  les  barbes  décomposées 
qui  en  forment  la  bordure.  Les  grandes  couvertures  de 
la  queue  mesurent  environ  0  m.  85;  les  deux  plumes 


ductions  animales  et  végétales  est-elle  extraordinaire. 
Sa  faune,  tout  en  possédant  des  animaux  communs  avec 
les  contrées  voisines  du  continent  américain,  a  un  cachet 
particulier,  et  on  y  trouve  certaines  espèces  que  l’on 
chercherait  vainement  dans  les  autres  parties  du  Nou¬ 
veau-Monde.  L’ornithologiste  peut  s’y  procure;'  une 
grande  variété  d’oiseaux  aux  brillantes  couleurs,  mais  le 


du  milieu  sont  allongées  en  larges  filets  frangés  sur  les 
bords;  le  ventre  et  les  couvertures  inférieures  sont  colo¬ 
rés  d’un  rouge  carmin  vif.  Les  plumes  soyeuses  qui  re¬ 
couvrent  la  tête  lui  donnent  l’apparence  d’un  cimier 
touffu.  Si  la  beauté  de  cet  oiseau  le  fait  rechercher  des 
ornithologistes,  ses  dépouilles  ne  sont  pas  moins  es¬ 
timées  comme  parure. 


LE  NATURALISTE 


Le  Quetzal  habite  les  montagnes  boisées  du  Guatemala, 
ou  le  trouvé  également  au  Mexique  ;  mais  sa  capture  est 
difficile,  car  il  vit  cantonné  dans  les  régions  très  élevées 
et  souvent  inaccessibles. 

On  doit  à  Salvin  et  à  Delattre  d’intéressants  détails 
sur  les  mœurs  de  ce  magnifique  oiseau  : 

«  Le  Quetzal,  dit  Salvin.  vit  à  une  altitude  moyenne 
de  2,000  mètres.  Dans  cette  zone  on  le  rencontre  dans 
toutes  les  forêts  d’arbres  élevés.  Il  se  tient  de  préfé¬ 
rence  sur  les  branches  du  deuxième  tiers  de  l’arbre  et 
il  demeure  dans  une  immobilité  presque  complète  ;  c’est 
tout  au  plus  s’il  tourne  lentement  la  tête  d'un  Côté  à 
l’autre,  s’il  relève  et  abaisse  doucement  et  alternative¬ 
ment  sa  longue  queue.  Mais  a-t-il  aperçu  un  fruit  mûr, 
il  s’envole,  demeure  quelque  temps  comme  suspendu  en 
l’air  à  côté  du  fruit,  cueille  une  baie  et  revient  à  sa  pre¬ 
mière  place.  11  exécute  ce  mouvement  avec  une  grâce 
indescriptible.  Souvent  j’ai  entendu  des  personnes  s’é¬ 
crier  avec  extase  à  la  vue  de  Colibris  empaillés  :  «  Quel 
superbe  spectacle  doivent  offrir  ces>  petits  oiseaux  quand 
ils  volent.  »  C’est  là  une  erreur  :  à  vingt  mètres  on  ne 
distingue  plus  les  couleurs  des  colibris.  Il  en  est  autre¬ 
ment  duQuetzal;  sa  beauté  reste  la  même,  quelle  que  soit 
sa  position.  Aucun  oiseau  du  Nouveau-Monde  ne  l’égale, 
aucun  de  l’Ancien  ne  le  surpasse.  Telles  furent  mes  im¬ 
pressions  lorsque  j’en  vis  un  pour  la  première  fois.  » 

On  croit  généralement  que  le  nid  du  Quetzal  a  deux 
ouvertures,  ce  qui  permetà  l’oiseau  d’entrer  et  de  sortir 
sans  endommager  les  longues  plumes  de  sa  queue.  Les 
indigènes,  qui  lui  font  une  chasse  continuelle  ont  trouvé 
un  procédé  aussi  simple  que  barbare  pour  se  procurer 
ses  dépouilles  :  ils  montent  avec  précaution  sur  l’arbre 
ou  repose  le  nid  et  lorsque  le  mâle  couve  ils  arrachent 
brusquement  les  longues  plumes  qui  font  saillie  à  l’ex¬ 
térieur  du  nid  et  que  le  malheureux  Quelzal  abandonne 
en  s’envolant. 

La  réputation  du  Quetzal  est  antérieure  à  la  conquête 
du  Nouveau-Monde  :  les  Indiens  recherchaient  déjà  ses 
dépouilles  qu’ils  envoyaient  en  tribut  à  Montézuma.  Les 
Espagnols,  au  moment  de  la  conquête,  furent  également 
frappés  de  sa  beauté  et  lui  donnèrent  le  nom  de  Pito 
real  (Oiseau  royal).  Cette  réputation  s’est  conservée  jus¬ 
qu’à  nos  jours  et  depuis  1879  le  Gouvernement  du  Gua- 
mala  a  fait  figurer  le  Quetzal  sur  ses  timbres-poste 
comme  représentant  un  des  types  les  plus  remarquables 
des  productions  du  Mys  ;  nous  figurons  ci-contre  un 
timbre-poste  du  Guatemala,  dont  M.  Maury  nous  a  prête* 
le  cliché. 

Albert  Ghanokr./ 


QUESTION IIE  NOMENCLATURE  BOTANIQUE, 

BUDA  VEL  TISSA 


Dans  son  ouvrage  Familles  des  plantes  publié  en  1779, 
page  507,  Adanson  instituait  les  genres  Tissa  et  liuda,  —  celui-ci 
étant  placé  le  second  et  trois  lignes  au-dessous  du  premier,  — 
pour  deux  Alsinécs  qui  devaient  rentrer  plus  tard  dans  le  genre 
SpergulariaP ers .  =  Lepigonum  Fries.  Presque  tous  les  Aoristes 
modernes  ont  adopté  l'un  ou  l’autre  de  ces  derniers  noms  et 
les  citent  au  moins  dans  la  synonymie,  passant  entièrement  sous 


fut  repris  en  1827  par  Du 
l’on  voit,  page  110,  Buda  :  B.  et 
vait  sans  doute  réunir  les  deux  genres  et  s 
noms  déjà  existants  pour  éviter  d’on  faire 
avait-il  le  choix,  et  la  loi  de  priorité  ne  l’obligeait-elle  pas  à 


la  préférence  à  Tissa,  nommé  avant  Buda  dans  le  texte 
original?  Tel  est  le  sujet  du  débat  qui  s’est  élevé  entre  M.  Brit- 
ton,  botaniste  des  Etats-Unis,  partisan  de  Tissa,  et  M.  Britten, 
l’honorable  éditeur  du  Journal  of'Batany  de  Londres,  tenant 
pour  Buda  (1).  Faisons  brièvement  connaître  les  arguments  in¬ 
voqués  de  part  et  d’autre  dans  la  discussion. 

D’après  M.  Britton,  le  principal  obstacle  à  la  fixité  de  la  no¬ 
menclature,  désirée  partons  les  naturalistes-,  est  dans  la  liberté 
laissée  à  chacun  de  choisir  le  nom  qui  lui  convient  parmi  les 

le  moyen  le  plus  "efficace  pour  arriver  le  plus  tôt  possible  à  un 
accord  parfait  sous  ce  rapport  est  d’imposer  l'obligation  de 
donner  la  préférence  invariablement  au  nom  le  plus  ancien,  en 
un  mot  d’observer  scrupuleusement  la  loi  de  priorité.  Or  Tissa 
étant  placé  avant  Buda,  et  par  suite  le  premier  nommé,  doit 
être  adopté  comme  plus  ancien. 

M.  Britten  est  aussi  partisan  que  M.  Britton  de  l’application 
rigoureuse  de  la  loi  do  priorité  et  do  la  substitution  d’un  des 
vocables  créés  par  Adanson  à  Spergularia  et  Lepigonum,  mais 
il  se  prononce  en  faveur  de  Buda.  Il  s’appuie  sur  l’article  55  des 
Lois  de  nomenclature  adoptées  au  congrès  botanique  de  1867, 
article  ainsi  conçu  :  «  Dans  le  cas  do  réunion  de  deux  ou  plu- 
«  sieurs  groupes  de  même  nature,  le  nom  le  plus  ancien  sub¬ 
siste.  Si  1rs  deux  noms  sont  de  même  date,  l’auteur  choisit.  » 
Or  l’ouvrage  d’Adapsoti  où  sont  institués  Tissa  et  Buda  es t 
de  1773,  date  unique  et  commune  à  toutes  ses  parties,  publiées 
en  mémo  temps.  Dumortier  était  donc  libre  de  préférer  Buda 
à  Tissa,  et  le  choix  qu'il  a  fait  en  1827  doit  être  maintenu  au¬ 
jourd’hui  en  vertu  de  la  loi  de  priorité.  M.  Britten  fait  mali- 


propos,  que  l’application  des  prin 
conduirait,  dans  des  cas  analogues 


cipcs  admis  par  M.  Brit 
à  des  résultats, imprévus.  Par  exemple,  le  genre  Amygdalus  est 
au  n°  319  dansie  Généra  de  Linné  et  le  genre  Prunus  au  n°320. 
Or  Bentham  et  Hookcr,  ainsi  que  d’autres  botanistes,  réu¬ 
nissent  le  premier  do  ces  genres  au  second;  ils  auraient  dû 
procéder  en  sens  contraire  d’après  les  Brittonian  principles  et 
remplacer  Prunus  Padus,  P.  virginiana  par  Amygdalus  Padus 
A.  virginiana,  etc.,  changement  qu’il  y  aurait  peu  d’espoir  de 
faire  adopter. 

A  cet  argument  qui  l’a  piqué  au  vif,  M.  Britt 
il  est  vrai  un  peu  à  côté  de  la  question,  qu’il  n’était] 
qui  croiraient  se  distinguer  en  appelant  «  une  plume  une  pêche  et 
une  pèche  une  plume  »  et  qu’à  scs  yeux  Amygdalus  et  Prunus 
sont  deux  genres  distincts. 

Comme  le  montre  le  petit  incident  que  nous  venons  do  rap¬ 
porter,  la  loi  do  priorité,  préconisée  comme  devant  aplanir 
toutes  les  difficultés  de  la  nomenclature,  n’a  pas  toujours  cette 
vertu.  Son  utilité  est  incontestable  lorsqu’on  pourrait  hésiter 
entre  divers  synonymes  so  partageant  à  peu  prés  également 
les  suffrages  des  auteurs.  Ainsi  un  Alyssum  nouveau  pour  la 
flore  française,  découvert  dans  le  département  du  Lot,  a  clé 
appelé  petrœum  per  Arduini  (1761),  gemonense  par  Linné  ,1767), 
edentulump&v  Waldstcin  et  Kitaibel  en  1809;  ce  dernier  nom, 
adopté  dans  le  Flora  Orienlalis  de  Boissicr,  avait  le  mérite  do 
rappeler  un  caractère  spécifique  important,  et  gemonense  indi¬ 
quait  la  localité  classique  de  l’espèce  ;  cependant  nous  préfé¬ 
râmes  à  l’un  et  l’autre  pelrœum  comme  plus  ancien  (2) . 

Pour  en  revenir  à  Buda  et  Tissa,  nous  croyons  qu’il  ne  sera 
pas  facile,  malgré  les  efforts  de  MM.  Britton  et  Britten,  de  faire 
revivre  l’un  ou  l’autre  de  ces  deux  noms  également  tombés  en 
désuétude.  Nous  ne  voyons  pas  d’ailleurs  où  est  l’avantSgc  à 
n’admettre  à  cet  égard  aucune  prescription  et  à  exhumer  de  la 
poussière  du  passé  de  vieux  vocables  entièrement  oubliés,  au 
détriment  de  ceux  qu'on  trouve  dans  toutes  les  Flores,  que  tous 
les  botanistes  connaissent  et  qu’un  emploi  séculaire  a  consa¬ 
crés.  En  matière  d’usage  et  de 
litre  »  —Beatipossidentes,  —  et  à 
Tissa?  l’avenir  répondra  peut-être  :  Son  Buda  nec  Tissa  : 


Ernest  Malinvaud. 


i  l) On  trouvera  les  articles  do  MM.  Britton  et  Britten  relatifs 
au  débat  ci-dessus  dans  le  Bolanical  Gazette  et  le  Journal  of 
Botany  de  1890. 

(2)  Voyez  Le  Naturaliste  du  15  octobre  1S89. 


LE  NATURALISTE 


164 


COÎÏSERYATION  DES  AÏIMADX  MARIAS 

(Suite.) 


Hydromodus:»*.  —  Quelques  Campanidandæ  comme 
Aglaophenia,  Plumularia,  Sei  tularia  seront  mises  directement 
dans  l’alcool.  Tous  les  Hydvoïdes  se  tuent  avec  lo  sublimé  con- 


10  H 

Fig.  10.  Hydromcdusæ,  Campanularia.  —  Fig.  11.  Hydromc- 
dusæ,  Sertularia. 


Fig.  13.  —  Méduse  de  Podocoryne. 


contré  chaud,  puis  transportés  dans  l’eau  douce,  pure  pour  être 
lavés,  et  ensuite  dans  l’alcool  faible.  Pour  les  colonies  de  Tubu- 
laria  et  do  Pennaria,  on  peut  tuer  avec  le  mélange  do  sublimé 
et  d’acide  chromique  ;  au  bout  de  quelques  minutes,  on  passe  à 
l’alcool.  —  Méduses  de  Tubularidæ  ;  Les  petites  formes  d ’Eleu- 
theria,  Cladonema,  Podocoryne ,  etc.,  sont  tuées  par  lo  mélange 
de  sublimé  et  d’acide  acétique  en  grande  quantité.  Lizzia  Kœl- 
lilceri  et  Oceania  pileata  sont  fixées  par  l’acide  acétique  con¬ 
centré,  et,  aussitôt  après,  immergées  dans  un  mélange  d’alcool 
et  d’acide  chromique;  on  met  ensuite  dans  l’alcool  à.  33°,  qu’on 
porte  peu  à  pou  à  70°.  —  Méduses  de  Campanularidæ  :  Eucope, 
Gastroblasta  et  Obelia  se  fixent  par  le  mélange  de  sulfate  de 
cuivre  et  de  sublimé  (sulfate  de  cuivre  à  10  %  :  100";  sublimé 


en  solution  saturée  :  100'c)  ;  on  lave  ensuite  à  l’eau  douce.  Mi- 
trocoma  et  QEquorea  sont  tuées  par  l’acide  acétique  et  immé¬ 
diatement  après  transportés  dans  le  mélange  chromo-osmique 


14 


15 


Fig.  14.  Hydromedusæ,  Branche  d ’Obelia.  —  Fig.  [15,  Méduse 
d  ’Obelia. 


(acide  chromique  il  1  %,  100";  acide  osmique  à  1  %  2«)  pen¬ 
dant  15  ii  30  minutes.  Tima  flavilabris  est  tuée  par  l’acide 
chromique  à  5  %  ;  au  bout  do  5  minutes  on  le  place  dans  le 
mélange  chromo-osmique,  on  lave  et  on  transporte  progressi¬ 
vement  dans  l’alcool .Olindias  Müllerii  se  fixe  à  l’acide  acétique, 
puis  ensuite  à  l’acide  chromique  à  1  %.  —  Les  Trachymedusæ 
se  fixent  avec  le  mélange  chromo-osmique  pendant  5  à  20  minu¬ 
tes,  puis  on  lave  à  l’eau  douce  et  on  passe  graduellement  dans 
l’alcool. 


16  18 
Fig.  16.  Acalcphæ,  Charybdea.  —  Fig.  17.  Acalophæ,  Epliyra.  — 
Fig.  18.  Acalephæ,  Rhizostoma. 


LE  NATURALISTE 


163 


Acalcphæ.  —  Les  Charybdea  sont  Usés  par  le  mélange 
chromo-acétique  et  traités  ensuite  par  l’acide  chromique  à 
1/2  0  0  ;  on  transporte  ensuite  dans  l’alcool.  Les  Nausethoe, 
Ephyra  de  Pelagia ,  Rhizqstoma,  sont  tuées  en  ajoutant  à  l'eau 
de  mer  3  0/0  d’une  solution  d’acide  osmique  à  1  0  0,  on  lave  à 
l’eau  douce  et  on  met  dans  l’alcool  à  33°  et  progressivement 
à  10°.  Pelagia  noctiluca  est  laissée  pendant  une  heure  dans  le 
liquide  chromo-osmique,  puis  on  lave  à  l’eau  douce  et  on  passe 
progressivement  dans  l’alcool  à  70°.  Cotylorhiza  tuberculata 
est  fixée  à  l’acide  osmique  comme  pour  les  Rhizostomes,  puis 
on  substitue  du  bichromate  de  potasse  à  3  0/0  qui  est  renouvelé 
au  bout  de  deux  jours;  l’animal  reste  dans  ce  liquide  pendant 
une  semaine,  puis  l’alcool  à  35  0/0  est  substitué  au  bichromate. 
Les  larves  d’acaléphes  se  tuent  par  le  sublimé  chaud. 

Siphonophora .’ —  Athorhyliiu  ivsacni  a  rtc  tuée  avec  un 
mélange  de  sulfate  de  enivre  et  de  sublimé. Les  genres  l'/iyso- 

phora,  Agalma,  Halistemma ,  Forskalia  sont  tués  avec  un  mé¬ 
lange  de  sulfate  de  cuivre  et  de  sublimé,  puis  transportés  dans 
l’alcool  à  33°  et  à  70°,  ou  transportés  [Forskalia)  dans  le  liquide 
de  Flcmming(ac.  chromique  à  1  û  0  :  25ce  ;  ac.  osmique  à  1  0/0  : 


Fig.  ifl.  —  Siphonophora,  Physophora. 


tOcc  ;  ac.  acétiquo  glacial  :  5cc  ;  eau  distillée  :  (i()cc),  lavé  et 
porté  progressivement  dans  l’alcool  à  70°.  Hhizophysa  esttuécau 
sublimé  chaud.  P  hy  sali  a  Caravelle,  est  tuée  parle  mélange  de  su¬ 
blimé  et  d’acide  acétique,  et  portée  ensuite  dans  l’acide  chromique 
à  1  /2  0/0  puis  dans  l’alcool  à  50°  et  70°.  Les  H  ippgpodius,  Galeo- 
laria,  Abyla  sont  tués  par  le  mélange  de  sulfate  de  cuivre  et  do 
sublimé  et  transportés  dans  l’alcool  faible.  Les  Praya  se  fixent 
de  même,  mais  sont  durcis  par  le  mélange  de  bichromate  de 
potasse  et  d’acide  osmique  où  ils  doivent  rester  un  ou  deux 
jours.  Diphies  :  sublimé  chaud  pour  tuer.  Velella  se  tue  par  le 


Fig.  20.  Siphonophora,  Velella.  —  Fig.  21.  Ctenophora,  Cydippe. 


mélange  cliroino-picrique  et  portée  dans  l’alcool  faible. 

I  -  Ctenophora  sont  tué  -  ;  ■  ■  :■  1  ■  ■  1 1  f- 1 .  >  :  >  ■  ■  b-,  mo — mique, 
où  on  laisse  de  15  à  (il)  inimités  :  mi  passe  ensuite  graduellement 
dans  l’alcool  à  70°. 

(.1  suivre .)  P.  G. 


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and  Chamæo.  Pl.  XXVII. 

Proc.  U.  S.  Nat.  Mus.  13,  pp.  337-345. 

315.  Ludwig,  H.  et  Barthels,  P.  Zur  Anatomie  der  Sy- 
naptiden. 

Zoolog.  Anzeig.  1891,  pp.  117-119. 

34  6.  Ludwig,  von  H.  Ankyrodcrma  musculus  (Risso),  eine 
Molpadiidc  des  Mittelmecres,  webst  Bemerkungon  zur 
Phylogénie  und  Systematik  der  Holothurien.  Pl.  XXIX. 

Zeitseh.  Wissench.  Zool.  51,  1891,  pp.  569-612. 

3  4  7.  Korotneff,  von  A.  Zoologisclie  Paradoxcn.  Pl.  XXX- 
XXXII. 

Zeitseh.  Wissensch.  Zool.  51,  1891,  pp.  613-628. 

318.  Macfadyen,  A.  Research  into  the  Chemical  Proccsscs 
in  the  Small  Intestine  of  Man.  Pl.  X. 

Journ.  of  Anat.  and  Physiol.  1891,  pp.  390-427. 

G .  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


PARIS.  —  ÎMPR.  V.  L 


CASSETTE,  17. 


13»  ANNÉE 


2e  SÉRIE  —  IV  lOSÎ 


1I>  JUIDüLET  1891 


L’ESTIV  ATIOiN 

Dans  une  série  d’articles  précédemment  parus  dans  le 
Naturaliste  (1),  j’ai  étudié  l’action  exercée  par  le  froid 
sur  divers  animaux  qui,  pendant  la  saison  hivernale, 
s’enfouissent  dans  des  abris  variés,  s’engourdissent  et 
vivent  sur  leurs  réserves,  en  attendant  le  retour  d’une 
température  moins  rigoureuse  :  c’est  ce  qu’on  appelle 
l’hibernation. 

L’estivation,  nom  d’ailleurs  assez  mal  choisi  comme 
nous  le  verrons  tout  à  l’heure,  est  le  phénomène  exacte¬ 
ment  inverse;  il  est  d’ailleurs  beaucoup  plus  rare  que 
le  premier  et  ne  se  présente  guère,  pour  les  Vertébrés, 
que  chez  quelques  habitants  terrestres  des  régions  tro¬ 
picales.  Dans  ces  régions,  le  froid  n’est  pas  à  craindre  : 
la  seule  saison  pendant  laquelle  l’alimentation  des  ani- 


habitent  les  mares  ou  les  ruisseaux  desséchés  pendant 
l’été. 

Le  Tanrec  ( Centetes  selosus)  est  un  Insectivore  très 
voisin  des  Hérissons  et  particulier  à  l'ile  de  Madagascar; 
il  se  distingue  des  précédents  surtout  par  le  petit 
nombre  des  piquants,  moins  longs  et  plus  mous,  mêlés 
à  beaucoup  de  poils  soyeux;  aucune  des  espèces  con¬ 
nues  ne  peut  se  rouler  en  boule.  Le  Tanrec  habite  en 
général  le  bord  de  l’eau,  qu’il  parait  affectionner  beau¬ 
coup,  soit  sur  le  rivage  de  la  mer,  soit  au  voisinage  des 
rivières  et  des  marais;  pendant  la  saison  des  pluies, 
vers  le  mois  de  décembre,  il  mène  une  vie  active  :  il 
reste  caché  pendant  la  journée,  mais  la  nuit  il  sort  à  la 
recherche  de  sa  proie  et  dévore  avidement  des  Insectes, 
vers,  escargots  et  lézards;  c’est  pendant  celte  saison,  de 
décembre  à  juin,  qu’il  accumule  les  matières  de  réserve, 
la  graisse  notamment,  qui  lui  seront  nécessaires  pour 


I.c  TANREC  de  Madagascar  [Centetes  selosus). 


maux  est  rendue  difficile,  c’est  la  saison  sèche  ;  en  effet, 
les  cours  d’eau  sont  alors  taris  presque  tous,  la  flore 
disparaît  en  grande  partie;  aussi,  pendant  cette  période, 
quelques  espèces  s’enfouissent  en  terre  et  s'engour¬ 
dissent,  absolument  comme  les  Marmottes  et  les  Ecu¬ 
reuils  pendant  l’hiver  de  nos  régions  :  c’est  ce  qu’on 
appelle  l’estivation:  ce  phénomène,  d’ailleurs  assez  rare, 
est  surtout  bien  marqué  chez  un  Mammifère  du  groupe 
des  Insectivores,  le  Tanrec,  et  chez  les  Vertébrés  infé¬ 
rieurs  du  groupe  des  Dipnoides.  Ce  mot  d’estivation, 
qu’on  oppose  trop  directement  à  l’hibernation,  me 
parait  assez  mal  choisi,  car  ce  n’est  pas,  en  réalité,  l'élé¬ 
vation  de  température  qui  est  en  cause,  mais  bien  la 
sécheresse  concomitante;  cela  est  si  vrai,  que,  dans  nos 
régions  tempérées,  les  phénomènes  d'estivation  sont 
bien  marqués  chez  les  Invertébrés  d’eau  douce  qui 

(1)  Voir  le  Naturaliste,  nos  du  1er  cl  du  Ci  janvier,  du  1er  et 
du  15  février,  et  du  15  avril  1891. 

LE  NATURALISTE,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


sa  période  d’estivation.  Quand  la  sécheresse  va  com¬ 
mencer,  le  Tanrec  se  creuse  un  terrier  peu  profond  et  y 
dort  pendant  près  de  six  mois,  de  juin  à  novembre  ;  ce 
sommeil  estival  est  absolument  comparable,  au  point  de 
vue  physiologique,  au  sommeil  hibernal  de  la  Mar¬ 
motte. 

Il  n’j  a  guère  que  le  Tanrec  parmi  les  Mammifères  qui 
présente  une  sensibilité  aussi  grande  à  la  sécheresse  et 
à  la  chaleur;  en  général,  il  est  vrai,  les  animaux  des 
régions  tropicales,  les  Lions  notamment,  ne  sortent 
guère  dans  le  jour  et  attendent  plus  volontiers  le  cré¬ 
puscule  ou  la  nuit;  cependant  il  en  est  d’autres,  comme 
la  Gerboise  d’Égypte  (Haltomys  Æi/ypliacus ),  qui  ne  pa¬ 
raissent  aucunement  craindre  les  rayons  du  soleil 
d’Afrique  et  se  montrent  en  plein  midi,  alors  que  le  sdl 
est  pour  ainsi  dire  chauffé  à  blanc. 

Le  groupe  des  Dipnoides,  intermédiaire  entre  les  Ba¬ 
traciens  et  les  Poissons,  ne  comprend  actuellement  que 
trois  espèces  vivantes  :  le  Lepidosirai  paradoxa,  dans  les 


LE  NATURALISTE 


1G8 


(1)  Voir  notamment  Wiedersheim,  Zur  Biologie  von  Prolop- 
terus,  Anatomischer  Ânzeiger,  1887,  p.  707  ;  travail  analyse  par 
.1  u  1  i  n  dans  Bull.  Scient •  France  et  Belgique,  1888.  —  Le  Natu¬ 
raliste,  n°  39  du  15  octobre  1888. 


Fig.  3.  —  Lo  Protoptère  ( Proïoplerus  annectcns). 


affluents  de  l’Amazone;  le  Protopterus  annectens,  de  la 
Gambie  et  du  Sénégal  (Nil-Blanc,  Niger);  elle  Ceratodus 
Forsteri,  de  l’Australie  (rivières  Mary  et  Burnett  du 
Queensland).  On  sait  que  ces  animaux,  dont  la  structure 
anatomique  se  rapproche  beaucoup  de  celle  des  Pois- 


Fig.  d.  —  La  GERBOISE  d'Égypte  ( Ilaltomys  Ægyptiacus). 


sons,  présentent  un  appareil  branchial  bien  développé, 
leur  permettant  de  respirer  dans  l’eau,  et  un  appa¬ 
reil  pulmonaire  (transformation  de  la  vessie  natatoire), 
qui  les  rend  capables  d’absorber  l’oxygène  de  l’air  :  cette 
conformation,  analogue  à  celle  des  Axolotl,  est  en  rap¬ 
port  avec  leurs  conditions  d’existence;  pendant  la  saison 
pluvieuse,  ils  vivent  à  la  façon  des  Poissons  et  respirent 
dans  l’eau  au  moyen  de  leur  appareil  branchial  ;  pen¬ 
dant  la  saison  sèche,  lorsque  les  marais  sont  desséchés, 
ils  se  retirent  dans  la  vase  à  une  plus  ou  moins  grande 
profondeur,  entourés  d’une  sorte  de  cocon  muqueux 
résistant  :  l’appareil  pulmonaire  entre  alors  en  fonction. 

Le  Protopterus  annectens  a  été  étudié  avec  quelque  soin 
durant  sa  période  d’estivation  (1)  ;  ce  sont  surtout  ces 
observations  que  je  vais  résumer. 

Pendant  toute  la  saison  sèche,  qui  dure  environ  neuf 
{nois  de  l’année,  le  Protoptère  est  enfoncé  dans  la  vase 
desséchée,  à  environ  cinquante  centimètres  de  profon¬ 


deur;  il  est  entouré  d’une  sorte  de  Jcocon  qui  l’enferme 
hermétiquement  (Grayfet  Bartlett,  Kraus,  |Wiedersheim, 
N.  Parker).  La  motte  de  terre  où  il  se  trouve  est  tra- 
verséeg  par  un  canal  en  [trou  de  souris,  à  paroij  lisse 
revêtue  jf’d’une  couche  de  substance  mucilagineuse 
durcie;  ce  canal  aboutit  à  une 
région  du  cocon,  plus  mince  que 
le  reste  et  facilement  perméable, 
qui  correspond  à  la  tète  de  l’ani¬ 
mal.  Bien  que  la  respiration  doive 
être  extrêmement  ralentie  durant 
cette  période,  oh  voit  que  cette 
disposition  assure  le  renouvelle¬ 
ment  de  l’air  à  l’intérieur  du  co¬ 
con. 

Quand  on  enlève  avec  soin,  à 
sec,  les  fragments  de  vase  durcie, 
on  met  alors  à  nu  le  cocon  mu¬ 
queux,  de  forme  ovoïde  et  de  cou¬ 
leur  brun-marron,  à  l’intérieur 
duquel  le  Protoptère  est  replié 
sur  lui-même,  comme  le  montre 
notre  figure  4.  Si  on  détache  en¬ 
suite  le  cocon,  l’animal  apparaît; 
toute  la  surface  du  corps  est  re¬ 
vêtue  d’une  couche  très  mince  de 
vernis,  formé  par  du  mucus  coa¬ 
gulé.  Le  cocon  est  destiné  très 
probablement  à  protéger  l’animal 
contre  l’action  mécanique  de  la 
vase  qui  se  contracte  en  séchant, 
et  le  vernis  à  empêcher  la  dessic¬ 
cation  elle-même. 

Le  Protoptère  estployéendeux: 
la  queue,  très  élargie  et  d’une 
coloration  rouge  très  intense,  re¬ 
couvre  toute  la  partie  antérieure 
du  corps,  à  l’exception  des  na¬ 
rines  et  de  la  bouche  ;  les  mem¬ 
bres  sont  appliqués  contre  le 
tronc  et  plus  ou  moins  abrités 
sous  cette  large  queue,  qui  forme 
comme  une  sorte  de  voile  mem- 
|  braneux,  soudé  par  la  couche  de  vernis  à  la  tête  et  au 
tronc  de  l’animal. 


LE  NATURALISTE 


10!) 


Le  Protoptère  en  léthargie  présente  un  certain  nombre 
■de  particularités  intéressantes;  pendant  cette  période, 
il  n’a  pas  moins  de  deux  appareils  respiratoires  :  d’abord 
la  vessie  natatoire  transformée  en  poumon  et  ensuite 
sa  large  queue  membraneuse,  parcourue  par  un  réseau 
extrêmement  serré  de  capillaires  sanguins;  l’air  qui 


it  de  la  nageoire  caudale. 


pénètre  par  le  trou  de  souris  et  la  paroi  amincie  du 
cocon  dans  l’intérieur  de  ce  dernier  se  trouve  en  partie 
absorbé  par  le  poumon,  en  partie  par  le  voile  caudal  si 
riche  en  capillaires  sanguins. 

D'après  Parker,  les  muscles  latéraux  de  la  queue 
s’atrophient,  au  point  que  les  fibres  musculaires  sont 
réduites  au  périmysium  ;  la  substance  contractile  dégé¬ 
nère  et  est  absorbée  par  les  amibocytes  de  l’animal  (glo¬ 
bules  blancs  jouant  le  rôle  de  phagocytes),  probable-  I 
ment  à  titre  de  matières  nutritives. 

Il  est  facile,  d’après  ces  renseignements,  de  s’ima¬ 
giner  la  succession  des  phénomènes  qui  doivent  se 
passer  lors  de  la  dessiccation  des  cours  d’eau  où  vit  le 
Protoptère;  il  s’enfonce  dans  la  vase,  en  enduisant  la 
paroi  du  canal  qu’il  y  creuse  en  passant  d’une  couche 
de  mucus,  qui  empêche  ce  canal  de  se  fermer  plus  tard 
(c’est  le  canal  en  trou  de  souris  dont  nous  avons  parlé 
plus  haut).  Il  se  blottit  dans  la  vase  et  enduit  sa  retraite 
d’une  couche  de  mucus  (qui  constitue  le  cocon);  enfin,  il 
se  replie  sur  lui-même  et  une  mince  couche  de  ce  même 
mucus  colle  comme  un  vernis  la  queue  de  l’animal  sur 
la  partie  antérieure  du  corps;  c’est  à  ce  moment  que  la 
queue  et  le  poumon  commencent  à  fonctionner  comme 
organes  de  respiration  aérienne. 

Lorsque  la  saison  pluvieuse  revient,  les  marais  se  | 
remplissent  d'eau,  et  le  Protoptère  reprend  alors  très 
rapidement  sa  vie  active.  La  vase  se  ramollit;  le  cocon 
et  le  vernis  qui  enveloppent  l’animal  se  dissolvent  dans 
l’eau,  ce  qui  dure  environ  une  heure  ;  la  queue  se  dé¬ 
colle  du  tronc  et  le  Protoptère  se  met  alors  à  nager.  Peu 
de  temps  après,  au  mois  d'aoùt,  il  s’accouple  et  pond 
des  œufs  en  chapelet  au  fond  de  l’eau,  comme  la  plupart 
de  nos  Amphibiens. 

On  voit  que  le  Protoptère  et  les  autres  Dipnoïdes,  pour 
assurer  la  conservation  de  l’espèce,  s’astreignent  à 
passer  dans  le  sommeil  estival  les  trois  quarts  de  leur 
vie  (neuf  mois  sur  douze),  ne  menant  une  vie  libre  et 
active  que  pendant  un  quart  à  peine;  c’est  bien  proba¬ 
blement  à  cette  particularité  biologique  qu’est  due  la 
persistance  extraordinaire  de  ces  espèces,  assez  mal 
armées  dans  la  lutte  pour  l’existence;  en  effet,  on  a 


trouvé  dans  le  dévonien  d’Amérique  et.  le  trias  des  dents 
de  Ceratodus  absolument  identiques  aux  dents  des  Cera- 
todus  actuels;  ces  Dipnoïdes  paraissent  s’être  conservés 
sans  aucune  modification  depuis  ces  époques  géolo¬ 
giques  si  reculées  jusqu’à  nos  jours;  c’est  un  exemple 
analogue  à  celui  fourni  par  la  Lingule,  dont  les  espèces 
cambriennes  se  distinguent  à  peine  des  formes  ré¬ 
centes. 

L.  Cukxot. 

LES  MÉTHODES  DE  LA  MINÉRALOGIE  SYNTHETIQUE 

En  comparant  dans  leurs  traiLs  généraux  et  dans  leurs 
détails  les  synthèses  minéralogiques  jusqu’ici  réalisées, 
on  reconnaît  que  le  nombre  des  espèces  reproduites  arti¬ 
ficiellement  est  extrêmement  considérable  et  que  les  re¬ 
productions  concernent  les  catégories  les  plus  diverses  de 
minéraux.  S’il  y  a  encore,  et  en  grandnombre,  des  lacu¬ 
nes  dàhsia longue  série  de  nôs  conquêtes,  il  faut  noter 
en  compensation  le  fait  très  fréquent  de  succès  multiples 
à  l’égard  d’une  même  espèce.  Parmi  ceux-ci  beaucoup 
procurent  le  résultat  recherché,  dans  des  conditions  que 
la  nature  ne  semble  pas  avoir  réalisées  et  si  la  géogé¬ 
nie  n’y  trouve  pas  de  profit  direct,  nous  savons  que  la 
minéralogie  en  retire  des  bénéfices  considérables  en 
même  temps  que  la  chimie. 

Malgré  leur  extrême  diversité,  les  méthodes  de  syn¬ 
thèse  obéissent  à  des  lois  qui  peuvent  facilement  ressor¬ 
tir  de  la  classification  qu’il  convient  d’établir  parmi  elles. 
Aussi  parait-il  intéressant  de  donner  à  cette  classifica¬ 
tion  une  forme  très  concise  de  nature  à  faciliter  les 
comparaisons  et  qui  fasse  même  espérer  de  mettre  le 
doigt  sur  des  directions  de  recherches  qui  n'auraient  pas 
suffisamment  fixé  l’attention. 

Pour  approcher  du  but  dont  il  s’agit  nous  pouvons 
représenter  le  corps  minéral  dont  on  cherche  à  réaliser 
la  synthèse  par  un  signe  conventionnel  qui  ayant  le 
faciès  algébrique  sera  commode  pour  le  raisonnement.  En 
somme,  c’est  bien  RÉ  ou  l’inconnue  du  problème. 

Toutefois  ce  n’est  pas  para;  que  nous  le  figurerons.  11 
peut,  suivant  les  cas,  être  simple  ou  composé  et  nous 
exprimerons  cette  condition  par  un  signe  à  la  fois  unique 
et  dédoublable,  par  exemple  par  la  lettre  composée  .E, 
dans  laquelle  les  deux  éléments  constituants  pourront  à 
volonté  être  supposés  identiques  entre  eux  ou  différents. 

Ceci  posé,  voyons  les  conditions  principales  dans  les¬ 
quelles  JE  peut  être  obtenu. 

1°  L’espèce  minérale  étant  aussi  bien  définie  par  sa 
forme  cristalline  que  par  sa  composition  chimique,  on 
pourra  avoir  simplement  à  transformer  le  corps  Æ  amor¬ 
phe  en  subslance  cristallisée.  Les  méthodes  propres  à 
fournir  ce  résultat  méritent  d’être  désignées  sous  le  nom 
de  simple  cristallisation.  Parfois  un  minéralisateur  inter¬ 
viendra  efficacement,  mais  il  ne  subsistera  pas  dans  le 
produit  obtenu. 

i°  Dans  bien  des  circonstances,  le  corps  à  produire  est 
engagé  dans  unecombinaison  plus  ou  moins  complexe  Æü 
qui  pourra  être  défaite  en  ces  éléments.  Aussi,  sous  1  ac¬ 
tion  de  la  chaleur  seule,  la  pyrite  de  fer  FeS-  (ou  Fe7S11) 
deviendra  de  la  pyrrhotene  Fe7S8  avec  élimination  de 
0  équivalents  de  soufre.  De  même,  sous  l’influence  du 
courant  électrique,  l’or  quittera  le  chlore  du  chlorure 
d’or  et  apparaîtra  avec  tous  ses  caractères  minéralo¬ 
giques. 


LE  NATURALISTE 


170 


Nous  pouvons  symboliser  ce  groupe  de  réactions  par 
cette  équation  : 

ÆB  =  Æ  +  B 

Æ  pouvant  être  simple  (or)  ou  composé  (pyrrhotine) 
et  B  représentant  le  chlore  ou  l’excès  de  soufre  éliminés, 
c’est  la  méthode  qu’on  peut  appeler  de  simple  décompo¬ 
sition. 

3°  Pour  les  minéraux  composés,  ils  peuvent  résulter, 
par  une  circonstance  inverse  de  la  précédente,  de  la  com¬ 
binaison  pure  et  simple  de  leurs  éléments.  Ainsi  nous 
faisons  fondre  de  la  silice  (A)  avec  de  la  magnésie  (E) 
et  nous  obtenons  immédiatement  le  péridot  ou  le 
pyroxène  (Æ)  :  • 

A  +  E  =  Æ. 

C’est  le  type  des  méthodes  de  conjugaison. 

Remarquons  que  les  cas  2°  et  3°  ont  ceci  de  commun 
qu’ils  sont  relatifs  à  des  réactions  binaires  et  à  ce  titre  ils 
font  ensemble  un  seul  et  même  tout.  C’est  un  point  utile 
à  noter  pour  bien  comprendre  la  caractéristique  essen¬ 
tielle  du  groupe  auquel  nous  arrivons. 

4°  On  peut  donner  à  celui-ci  le  nom  de  méthode  de  pré¬ 
cipitation  ;  il  comprend  toutes  les  réactions  ternaires  et 
concerne,  seins  qu’il  soit  utile  de  les  séparer  strictement, 
deux  cas  qui  correspondent  (avec  une  circonstance  nou¬ 
velle)  aux  2°  et  3°  indiqués  tout  à  l’heure. 

Tantôt  il  s’agira  à  l’aide  d’un  réactif  C  d’extraire  Æ  (sim¬ 
ple  ou  composé)d’une  combinaison  ÆB  où  il  est  engagé; 
tantôt  de  le  former  par  l’union  de  A  et  de  E  dont  l’un 
des  deux  sera  préalablement  combiné  avec  un  autre 
corps  B. 

Dans  un  cas  nous  aurons  les  trois  corps  Æ,  B  et  C  à 
considérer;  dans  l’autre  cas  les  trois  corps  A,E  et  B.  Des 
exemples  ici  sont  utiles  : 

a.  Faisons  dissoudre  du  gypse  (CaO,  S03,2H0)  dans  l’a¬ 
cide  sulfurique  chaud  (SO/j H)  :  il  se  déposera  par  le  re¬ 
froidissement  de  l’anhydrite  (Ca0,S03)  et  le  liquide 
sera  constitué  par  de  l’acide  sulfurique  hydraté  (SO’'H, 
2HO).  Æ  représentant  l’anhydrite,  B  l’eau  et  C  l’acide 
sulfurique,  nous  avons  ; 

ÆB  +  C  =  Æ  +  BC 

"gypse  acide  anhydrito  hydrate  d'acide 

Chauffons  de  l’oxyde  de  plomb  2(PbO)  dans  une  bras- 
que  de  charbon  (G),  nous  aurons  du  plomb  Pb  et  il  se  dé¬ 
gagera  de  l’acide  carbonique  (CO(I) 2)  : 


ÆB  +  C  =  Æ  +  BC 


C’est,  comme  on  voit,  la  reproduction,  sauf  la  compli¬ 
cation  introduite  par  l’état  de  combinaison  antérieure 
de  Æ,  du  cas  décrit  plus  haut  sous  le  n°  2. 

6.  Inversement  faisons  fondre  du  silicate  de  soude  (AB) 
et  projetons  dans  le  liquide  de  la  chaux  caustique  (E) 
nous  produirons  la  wollastonite  ou  silicate  de  chaux  (Æ) 
avec  élimination  de  soude  (B)  : 

AB  4-  E  =  Æ  +  B 

C’est,  sauf  la  complication  ternaire,  la  reproduction  de 
3°  précédemment  décrit. 

5°  Il  est  enfin  une  autre  condition  fréquemment  réa¬ 
lisée  :  c’est  celle  où  les  éléments  du  corps  désiré  se  trou¬ 
vent  distribués  entre  deux  composés  différents  capables 
de  réagir  l’un  sur  l’autre.  Le  sulfate  de  soude,  par  exem¬ 
ple,  et  le  nitrate  de  baryte  contiennent  chacun  undes  élé¬ 
ments  du  sulfate  de  baryte.  Leur  mélange  développe  entre 


quatre  termes,  deux  acides  et  deux  bases,  une  double  dé¬ 
composition  : 

AB  4-  EC  =  Æ  +  BC 

Les  cinq  cas  qui  viennent  d’être  passés  en  revue  : 
Simple  cristallisation, 

Simple  décomposition, 

Conjugaison, 

Précipitation, 

Double  décomposition, 

se  présentent  indifféremment  dans  les  trois  domaines 
parallèles  de  la  voie  sèche,  de  la  voix  mixte  et  de  la  voie 
humide  et  caractérisent  un  nombre  considérable  de  mé¬ 
thodes  distinctes. 

Stanislas  Meunier  (1). 


LA  GHAYOTE 

(Sechium  edule  Swartz) 


Cette  Cucurbitacée,  que  l’on  trouve  cultivée  dans  la 
plupart  des  pays  chauds,  est  originaire  du  Mexique.  Elle 
porte  les  noms  de  Chayote,  Christophine  et  Chouchoute, 
dans  les  colonies  françaises;  de  Chuchu,  au  Brésil;  de 
Vegetable  pear,  dans  les  colonies  anglaises  ;  enfin  de 
Pipinella  et  Chayota  dans  les  colonies  espagnoles. 

La  racine  en  est  vivace,  grosse,  charnue;  les  tiges, 
ligneuses  à  la  base,  sont  grimpantes  et  peuvent  atteindre 
jusqu’à  12  mètres  de  longueur;  elles  portent  des  feuilles 
alternes,  à  cinq  lobes.  Les  fleurs  sont  petites  et  de  cou¬ 
leur  verdâtre  ;  les  mâles  réunis  en  grappes  axillaires,  les 
femelles  solitaires  ou  géminées  aux  aisselles  des  feuilles 
sur  les  rameaux  de  l’année.  Le  fruit  est  une  grosse  baie, 
parcourue  de  sillons  longitudinaux,  mammelonnée,  ru¬ 
gueuse,  en  forme  de  poire,  de  10  à  15  centimètres  de 
longueur,  ne  renfermant  qu’une  seule  graine  à  gros  em¬ 
bryon  charnu,  dépourvue  d’albumen. 

11  en  existe  deux  variétés,  l’une  à  fruit  d’un  vert  pâle, 
l’autre  à  fruit  plus  gros,  de  couleur  blanc  crème. 

Ce  fruit  constitue  la  partie  recherchée  dans  la  plante  ; 
c’est  un  légume  sain,  très  agréable,  de  saveur  peu  pro¬ 
noncée.  Dans  les  Antilles  on  le  soumet  à  diverses  prépa¬ 
rations  culinaires.  Macfacdyen  et  Lunan  disent  qu’on  en 
fait  d’excellentes  tartes  en  l’additionnant  de  jus  de  ci¬ 
tron  et  de  sucre.  Ces  auteurs  ajoutent  que  la  racine 
bouillie  ou  rôtie  est  saine  et  très  agréable  au  goût.  A  la 
Réunion  et  à  Maurice,  on  fait  avec  le  fruit  des  conserves 
préparées  au  naturel. 

A  Madère,  la  Chayote  est  un  légume  favori  très  estimé. 
Selon  Lowe,  la  variété  à  gros  fruit,  de  couleur  blanche, 
quoique  ayant  meilleure  apparence,  serait  considérée 
comme  étant  de  moins  bonne  qualité  que  la  variété 
verte. 

Cultivée  à  bonne  exposition  abritée,  dans  le  Midi  de 
la  France,  la  plante  prend  un  grand  développement  et 
fructifie  assez  abondamment;  aussi  se  répand-t-elle 
chaque  jour  davantage  dans  la  région  méditerranéenne. 

Depuis  plusieurs  années,  on  s’attache  à  répandre  l’u¬ 
sage  de  ce  légume,  et,  tous  les  hivers,  nous  le  voyons 
figurer  à  Paris  dans  les  boutiques  de  quelques  mar¬ 
chands  de  produits  alimentaires  exotiques. 


(I)  Ce  sujet  reçoit  tous  les  développements  qu’il  comporte 

dans  un  volume  que  vont  mettre  en  vento  MM.  Baudry  cl  Cie, 

sous  ce  Litre  :  Les  Méthodes  de  synthèse  en  minéralogie,  Cours 
professé  au  Muséum,  par  M.  Stanislas  Meunier. 


LE  NATURALISTE 


171 


Ce  serait  certainement  une  excellente 
ressource  pour  nos  tables  pendant  la  mau¬ 
vaise  saison  et  l’on  ne  saurait  vraiment 
trop  encourager  sa  propagation.  Mais, 
pour  que  ce  fruit  entre  dans  la  consom¬ 
mation  d’une  manière  courante,  il  fau¬ 
drait  que  des  cultivateurs  intelligents  en 
entreprissent  la  culture,  sur  une  large 
échelle,  en  Algérie.  La  plante  est  déjà  cul¬ 
tivée  depuis  longtemps  dans  notre  colonie 
africaine;  mais,  jusqu’à  ce  jour,  elle  n’est 
pour  ainsi  dire  pas  sortie  des  jardins 
d’amateurs.  Dans  cette  région,  la  produc¬ 
tion  est  considérable  :  on  cite  des  pieds 
sur  lesquels  on  a  récolté  jusqu’à  200  fruits. 

La  Chayotese  conservebien  et  supporte 
parfaitement  les  longs  voyages  ;  convena¬ 
blement  emballée  dans  de  la  paille,  elle 
pourrait  nous  arriver  à  Paris  pendant  une 
bonne  partie  de  l’hiver,  en  exceptant  na¬ 
turellement  les  périodes  de  grands  froids. 
Ce  serait  un  excellent  objet  de  commerce 
qui  trouverait  de  faciles  débouchés. 

Préparé  comme  le  Cardon,  ce  fruit  con¬ 
stitue  un  excellent  mets  ;  d’après  M.  Hé- 
diard,  on  peut  encore  le  manger  garni  de 
farce,  au  gratin,  à  la  sauce  blanche,  au 
jus  de  viande,  enfin  en  salade. 

Vendue  à  un  prix  abordable,  la  Chayote 
ne  tarderait  pas  à  prendre  une  place  im¬ 
portante  parmi  nos  trop  rares  légumes 
d’hiver. 

Pour  multiplier  la  plante,  on  choisit 
des  fruits  bien  mûrs  que  l’on  conserve 
entiers  exposés  à  l’air  et  sur  des  planches, 
mais  à  l’abri  de  l’humidité  et  de  la  gelée 
pendant  la  durée  de  l’hiver.  Presque  tou¬ 
jours,  ces  fruits  s’entr’ouvrent  et  com¬ 
mencent  à  germer  malgré  les  conditions 
défavorables  dans  lesquelles  ils  se  trou¬ 
vent  pour  cela  ;  il  ne  faut  pas  s’en  inquié¬ 
ter  et  attendre  la  fin  des  grands  froids 
pour  les  planter  tels  quels  en  évitant  de 
briser  les  jeunes  pousses. 

On  peut  faire  grimper  les  tiges  sur  des 


LA  CHAYOTE  (Sechium  edxde ). 

A,  rameau.  B,  fleur  femelle.  C,  fleur  mâle.  D,  Fruit. 


treillages,  sur  des  murs  ou  sur  des  ton¬ 
nelles,  mais  on  peut  aussi  les  laisser  s’étendre  sur  le 
sol  comme  celles  des  Courges  et  des  Potirons. 


de  faire  paître  leurs  troupeaux.  Ils  sont  sales  et  négli¬ 
gents  dans  leurs  habits.  Us  vivent  de  laitage  et  de  cé- 


D.  Bots. 


LES  RACES  DE  L  INDE 

LES  TODAS  (Suite). 

A  la  célébration  d’un  mariage  parmi  de  riches  Bada- 
gas,  tribu  dont  nous  parlerons  dans  un  prochain  article, 
les  Todas  reçoivent  chacun  un  présent  do  un  quart  de 
roupie  à  une  demi-roupie  (1). 

C’est  qu’en  effet  les  Todas,  nommés  aussi  Todars  ou 
Todavas,  sont  considérés  par  les  autres  tribus  comme  les 
rois  ou  les  propriétaires  de  la  montagne.  Ils  ne  cultivent 
pas  la  terre  et  n’ont  d’autre  occupation  que  d’élever  et 


réales. 

Les  villages  des  Todas  s’appellent  «  mands  »  ou 
«  molts  ».  Nous  en  donnons  ci-après  la  reproduction 
d’après  photographie. 

En  voici  la  description  :  Chaque  mand  comprend  ordi¬ 
nairement  environ  cinq  bâtiments  ou  cases.  Trois  d’entre 
elles  servent  d’habitation,  une  de  laiterie  et  une  autre 
d’abri  pour  les  vaches  durant  la  nuit.  Ces  cases  offrent 
une  construction  spéciale.  Elles  sont  de  forme  ovale  et 
façonnées  en  pente.  Elles  ont  ordinairement  3  mètres  de 
haut,  5m40  de  long  et  2m70  de  large.  La  porte  a  0"’80  de 
haut  et  0m4:>  de  large.  Elle  se  ferme  au  moyen  d’une 
solide  planche  en  bois  de  0m10  à  0mUi  d’épaisseur  qui  se 
trouve  en  dedans  de  la  case  ou  baraque,  et  glisse  entre 
deux  solides  pieux.  11  n’y  a  aucune  autre  ouverture.  Les 
maisons  ont  un  aspect  propre  et  agréable.  Elles  sont 
bâties  en  bambous  unis  ensemble  et  solidement  liés  et 


(1)  C’est-à-dire  0  fr.  50  à  1  franc. 


■172 


LE  NATURALISTE 


attachés  avec  du  rotin.  Chaque  maison  a  enfin  ses  murs 
en  bois  solide  :  les  côtés,  sous  la  toiture  en  pente,  sont 
couverts  par  de  la  terre  gâchée  qui  s’appuie  sur  le  sol. 
L’intérieur  de  la  case  a  environ  de  2m50  à  4m50  carrés. 
Sur  l’un  des  côtés  est  une  plate-forme  élevée  ou  «  pial  », 
formée  de  terre  glaise,  d’environ  0m60  de  haut,  couverte 
avec  des  peaux  de  daims  ou  de  buffles,  quelquefois  avec 
une  natte.  C’est  le  lit  habituel  du  Toda.  De  l’autre  côté 
est  un  foyer  et  une  légère  élévation  sur  laquelle  les 
ustensiles  de  cuisine  sont  placés.  La  laiterie,  qui  est,  en 
même  temps,  le  temple  du  village,  est  un  peu  plus  vaste 
et  contient  deux  appartements  séparés  par  une  cloison. 
L’un  d’eux  sert  de  lieu  de  dépôt  pour,  le  laitage. 

En  1867,  le  nombre  des  mands  était  de  106  avec  une 
population  de  704  habitants.  En  1871,  le  nombre  total 
des  Todas  était  retombé  à  693  comprenant  403  hommes 


les  Todas  avec  leur  famille  s’assemblent  à  la  maison 
mortuaire,  et  si,  comme  le  cas  s’est  présenté  la  dernière 
fois,  il  y  a  trois  morts,  ils  se  divisent  en  trois  groupes. 
On  conduit  ce  même  jour,  dans  un  parc,  le  nombre  de 
buffles  qui  doivent  être  sacrifiés.  Ils  étaient  la  dernière 
fois  au  nombre  de  huit,  dont  deux  pour  chacun  des 
morts  dont  on  faisait  mémoire.  Quand  les  buffles  sont 
enfermés  dans  le  parc,  les  jeunes  gens  quittent  leurs 
vêtements  et  se  précipitent  sur  les  animaux.  Ils  se  sus¬ 
pendent  à  leur  cou  et  à  leurs  cornes  pendant  qu’on 
attache  une  cloche  au  cou  de  chacun. 

Les  cérémonies  du  second  jour  sont  plus  importantes. 
Tout  d’abord,  les  cendres  sont  portées  hors  de  la  maison, 
recouvertes  de  toile  neuve  et  placées  dans  un  mur  en 
pierre.  Les  Todas  se  tiennent  autour.  Ils  commencent 
par  réciter  quelques  sentences,  puis  chacun  place  sa 


LES  RACES  DE  L’INDE.  —  Village  de  Todas,  reproduction  directe  d’àprès  une  photographie. 


et  288  femmes  et  en  1881  à  673  (1)  dont  382  hommes  et 
293  femmes. 

Voici  pour  terminer  notre  élude  sur  les  Todas  un 
aperçu  de  leurs  cérémonies  funéraires.  Ces  cérémonies 
auxquelles  ils  donnent  le  nom  de  Kédu  ou  «  funérailles 
sèches  »  ont  eu  lieu  à  Ootacamund  les  24  et  23  du  mois 
de  janvier  dernier.  Pour  augmenter  la  solennité  de  ces 
rites  funèbres  qui  sont  pour  eux  de  véritables  fêtes,  ils 
célèbrent  ensemble  deux  ou  trois  funérailles.  En  effet, 
après  que  le  corps  d’un  Toda  a  été  brûlé  (c’est  ce  qu’ils 
appellent  les  funérailles  fraîches),  on  conserve  les 
cendres  dans  la  maison  du  défunt  jusqu’à  ce  qu’on 
célèbre  les  funérailles  sèches. 

Le  gouvernement  anglais  a  restreint  le  nombre  des 
buffles  mis  à  mort  en  cette  occasion  et  même  avant  de 
tuer  ces  animaux  ils  doivent  demander  la  permission  au 
collecteur  du  district.  Les  Ivoters  ou  Kotas,  autre  tribu 
dont  nous  nous  occuperons  bientôt,  sont  présents  à  ces 
sortes  de  cérémonies  en  qualité  de  musiciens  et  ils  ont 
droit  aux  cadavres  de  tous  les  bufflès. 

Les  cérémonies  durent  trois  jours.  Le  premier  jour, 


(1)  Cette  diminution  de  la  race  est  due,  on  le  sait,  à  la  pra¬ 
tique  de  la  polyandrie,  qui,  ces  dernières  années,  comme  nous 
l’avons  dit  jadis  dans  cette  Revue  (1889,  p.  244),  est  devenue 
beaucoup  moins  générale  parmi  eux,  certains  Todas  étant  très 
fiers  de  n’avoir  qu’une  seule  épouse. 


main  sur  les  restes  et  s’incline  jusqu’à  ce  que  son  front 
touche  la  toile  qui  enveloppe  les  cendres.  On  porte  alors 
les  cendres  jusqu’au  trou  qui  a  été  creusé  à  l’entrée  du 
parc  et  chacun  des  parents  jette  trois  poignées  de  terre 
dessus  et  ensuite  dans  le  parc  où  se  trouve  le  bétail.  Le 
sacrificateur  s’avance  ensuite  avec  des  guirlandes  de  lianes 
qu’il  lance  aux  buffles.  C’est  le  signal  du  coup  de  grâce. 
Les  buffles,  effrayés,  qui  ont  été  affolés  par  le  traitement 
auquel,  durant  les  heures  précédentes,  les  ont  soumis  les 
jeunes  gens,  en  les  excitant  de  toutes  manières,  se  pré¬ 
cipitent  avec  fureur  vers  lui  et  quelquefois  franchissent 
le  mur  du' parc  et  prennent  la  fuite.  Mais  bientôt  ils  sont 
pris,  ramenés  vers  le  parc  et  massacrés.  La  scène  qui  suit 
est  réellement  cruelle.  Un  buffle  est  assailli,  et  avec  les 
Todas  suspendus  à  son  cou  et  à  ses  cornes,  on  l’entraîne 
au  temple  où  le  premier  prêtre  lui  assène  un  puissant 
coup  de  hache  entre  les  deux  cornes,  ce  qui  l’étourdit 
sans  le  tuer.  On  pratique  ensuite  une  large  blessure 
dans  l’avant  de  la  jambe  de  l’animal,  et  le  second  prêtre 
plonge  quelques  lambeaux  d’écorce  dans  la  plaie.  11 
donne  ainsi  du  sang  aux  parents  des  défunts  qui  vont  le 
répandre  sur  les  cendres  en  murmurant  quelques  paroles 
dont  le  sens  est  celui-ci  :  «  Puisse  l’âme  abandonner  ces 
cendres.  » 


Hector  Léveillé. 


LE  NATURALISTE 


173 


Note  à  propos  de  l’article  : 

Histoire  des  Acariens  des  Végétaux 


J’avais  d’abord  eu  l’intention  de  répondre  à  M.  Trouessart; 
mais,  d’après  le  ton  qu'il  a  donné  à  sa  note,  je  serais  forcé  de 
devenir  rapidement  discourtois. 

S’il  avait  lu  mon  article  avec  attention,  il  aurait  vu  que 
«  certains  naturalistes  français  (et  je  le  maintiens)  soutiennent 
encore  l’opinion  de  Donnadieu  ».  Je  n’ai  pas  dit  qu’il  fit  partie 
de  ceux-là.  pour  le  moment ,  ni  moi  non  plus  :  ce  n’est  donc  pas 
une  opinion  personnelle  que  j’émets  ni  un  retour  en  arriére. 
En  outre,  si  M.  Trouessart  avait  bonne  mémoire,  il  se  souvien¬ 
drait  que,  lui-même,  depuis  longtemps  acarologiste  distingué, 
il  a  reproduit,  vers  1886,  dans  l’article  Acarien  de  la  Grande 
Encyclopédie  «  l’erreur  étonnante  et  presque  incompréhensible 
commise  par  Donnadieü  en  1875  »,  alors  que  plusieurs  tra¬ 
vaux  allemands  publiés  quelques  années  auparavant  contredi¬ 
saient  l'opinion  de  Donnadieu.  Etant  donnée  la  logique  de  sa 
note,  je  suis  forcé  do  croire  qu’il  n’en  connaissait  ni  le  con¬ 
tenu,  ni  mémo  l'existence» 

11  est  regrettable'  que  >1.  Trouessart,  se  fasse  le  champion 
d’une  banalité  du  vieux  temps,  en  reprochant  aux  naturalistes 
français  de  ne  pas  connaître  les  travaux  étrangers.  S’il  lisait 
les  mémoires  originaux  publiés  actuellement  en  France,  il 
verrait  qu’on  a  depuis  longtemps  fait  justice  de  cette  légende, 
qui  n’est  plus  guère  répandue  à  l'étranger  que  grâce  à  quelques 

A.  Ménégaux. 

Nous  considérons  donc  cette  polémique  comme  terminée. 


CONSERVATION  DES  ANIMAUX  MARINS 

(Suite.) 


Ecliinodcrnin  — -  Anlnlou  rusacea  s’immerge  directement 
dans  l’alcool  à 70°;  A.  phalanginus  est  tuée  dans  l’alcool  à  90°. 
Les  formes  larvaires  s’anesthésient  par  l'hydrat,e  de  chloral  à 
1  00/00  ;  les  stades  plus  avancés  se  tuent  au  sublimé  concen¬ 


Fig.  22.  Echinoderma,  Asterias.  —  Fig.  23.  Echinoderma, 
Brisinga.  —  Fig.  24.  Echinoderma,  Ophiotrix . 


tré.  —  Asteroidea  :  les  SteUerides  sont  tues  dans  l’alcool  de 
20  à  30  0/0  ;  Luidia  est  fixée  avec  le  mélange  chromo-acétique, 
puis  mis  dans  l’alcool  faible.  Les  Brisihga  sont  portés  rapide¬ 
ment  dans  l’alcool  absolu.  Les  Ophiurides  meurent  dans  l’eau 
douce;  Ophiomyxa  pentagona  qui  a  lo  corps  mou,  est  durci  à 
l’acide  chromique  à  4/2  0/0  ;  Ophiopsila  annulosa  sera  tuée  di¬ 
rectement  dans  l’alcool  absolu.  —  Echino'idea  :  pour  préparer 
les  oursins  avee  les  pieds  ambulacraircs  étalés,  on  verse  dans 
l’eau  de  mer  le  mélange  chromo-acétique  ;  puis  on  transporte 
dans  l'alcool  ;  si  on  veut  conserver  l’animal  pour  l’anatomie,  on 
pratiquera  sur  le  test,  deux  petits  trous  opposés  pour  que  le 
liquide  puisse  pénétrer  dans  l’intérieur.  Si  on  veut  conserver 
les  oursins  à  sec,  on  les  laissera  quelques  jours  dans  l’alcool 
à  70°  et  on  fera  sécher  à  l’air  ou  au  soleil. 

Holotliurioidea.  —  Les  Holothurie  et  Stichopus  sont  plon¬ 
ges  par  leur  partie  antérieure  dans  l’acide  acétique  concentré, 
pendant  qu’une  autre  personne  injecte  do  l’alcool  à  90°  par  l’ou¬ 
verture  anale  de  l’animal  ;  dès  que  l’holothurie  est  mort,  on 
l’immerge  dans  l’alcool  à  70°.  Les  Thyone,  Thyonidium,  Phyllo- 


Fig.  25.  —  Holotliurioidea,  Holothuria. 


Synapta. 

phorus  sont  saisis  par  le  cou  et  on  immerge  tout  le  corps  dans 
l’acide  acétique  ;  aussitôt  après  on  transporte  dans  l’alcool  faible. 
Pour  Ci/ri/'naria  Planci,  l’injection  d’alcool  se  fait  par  la  bouche. 
Les  Synapta  se  fixent  par  immersion  dans  un  tube  avec  de 
l’eau  de  mer  et  de  l’éther  en  parues  égales  ;  on  lave  à  l’eau 
douce  et  on  porte  progressivement  dans  l’alcool  ;  1  ’Auriculûria 
se  fixe  par  le  mélange  de  sulfate  de  cuivre  et  do  sublimé. 
Enteropncusta.  —  Les  Balanoglossus  sc  fixent  par  l’acidc 


Fig.  28.  —  Enteropncusta,  Balanoglossus. 


174 


LE  NATURALISTE 


chromique  à  1/2  0/0;  la  Tornaria  se  tue  par  le  mélange  de 
sulfate  de  cuivre  et  de  sublimé. 

Vernies.  —  Les  Ceslodes  sont  fixés  par  le  sublimé  concen¬ 
tré  froid  ;  les  Trématodes  par  le  sublimé  concentré  chaud.  —  Les 
Rhadocœla  et  Dendrocœla,  étendus  dans  un  peu  d’eau,  sont 
tués  par  le  sublimé  concentré  bouillant,  et  versés  immédiate¬ 
ment  dans  l’eau  douce  pour  refroidir  le  liquide  et  les  animaux  ; 
on  transporte  ensuite  dans  l’eau  douce  puis  dans  l’alcool.  Les 
larves  de  Mueller  se  tuent  aussi  par  le  sublimé  froid  ou  chaud. 
Les  Nemertini  sont  d’abord  anesthésiés  dans  une  solution 
d’hydrate  de  chloral  dans  l’eau  de  mer  à  1  00/00  où  ils  restent 
de  6  à  12  heures;  après  quoi  on  durcit  dans  l’alcool.  La  forme 


29  30  31 

Fig.  29.  Yermes,  Bonellia. —  Fig.  30.  Vermes,  Pontobdella. — 
Fig.  31.  Vermes,  Branchellion. 

Pilidium  peut  se  tuer  avec  le  sublimé  concentré.  — Les  Néma¬ 
todes  libres  et  parasites  sont  toujours  tués  par  le  sublimé  con¬ 
centré  ou  la  liqueur  de  Kleinenberg.  —  Les  Chœtognatha  se 
fixent  par  le  mélange  de  sulfate  de  cuivre  et  do  sublimé.  —  Ge- 
phyrea  :  Les  Sipunculus  sont  tués  par  l’acide  chromique  à 
1/2  0/0;  les  Phascolosoma  réussissent  bien  dans  l’eau  de  mer 
alcoolisée  ;  Phoronis  reste  2  heures  dans  l’eau  de  mer  alcoolisée 
et  est  tué  ensuite  par  le  sublimé  concentré  bouillant.  Les 
grandes  Bonellia ,  après  avoir  bien  étendu  leur  trompe,  sont 
rapidement  plongées  dans  le  liquide  de  Kleinenberg,  on  laisse 
une  heure  et  on  passe  dans  l'alcool.  — Hirudineï:  les  Pontobdella 
et  les  Branchellion  se  tuent  dans  l’alcool  chromique  (alcool  à 
70°,  acide  chromique  à  1  0/0  en  parties  égales)  à  1/2  0/0.  —  Pour 


Fig.  32.  Vermes,  Serpula.  —  Fig.  33.  Vermes,  Aphrodita. 

les  Chœlopodes,  on  mélange  à  l’eau  de  mer  S  0/0  d’alcool  absolu 
et  on  immerge  les  bêtes  à  tuer  de  2  à  12  heures,  suivant  les 
espèces;  le  durcissement  se  fait  dans  l’alcool  à  70°;  on  con¬ 
serve  définitivement  dans  l’alcool  à  90°.  Les  genres  Polymnia 
et  Lanice  sont  tués  par  le  mélange  de  sublimé  et  d’acide  chro¬ 
mique.  Le  Siphonostomum  diplochaitos  se  tue  dans  une  solu¬ 
tion  d’hydrate  de  chloral  à  S  0/0,  en  durcissant  ensuite  par 
l’acide  chromique  à  1  0/0.  Les  Hermionidæ  s’immergent  direc¬ 
tement  dans  l’alcool  à  70°.  Les  Chœlopteridse,  Sternaspidse, 
Spirographis,  Protula  se  tuent  dans  l’acide  chromique  à  1  0/0. 
Avec  le  sublimé  concentré  froid,  on  tue  les  Amphictenidæ, 


Hermellidæ,  Serpulidæ,  Aphroditidæ,  quelques  Polynoinæ, 
Eunicidæ.  Les  Alciopidæ  se  fixent  bien  par  le  mélange  de  sul¬ 
fate  de  cuivre  et  de  sublimé. 

(A  suivre.)  P.  G. 


THÈSES 

DE  LA  FACULTÉ  DES  SCIENCES  DE  PARIS 


Développement  des  téguments  de  la  graine, 
par  M.  Marcel  Brandza. 

On  se  figure  souvent,  bien  à  tort,  qu’il  n’y  a  plus  aucun  point 
à  éclaircir  dans  l’étude  de  la  grosse  anatomie  chez  les  Phané¬ 
rogames.  Le  travail  de  M.  Marcel  Brandza  sur  le  développe¬ 
ment  des  téguments  de  la  graine  (1)  prouverait  aisément  le 
contraire  aux  plus  incrédules. 

On  sait  que  l’enveloppe  de  l’ovule  mûr  est  souvent  formée 
do  deux  couches  superposées  :  le  tégument  externe  ou  primine, 
qui  renferme  fréquemment  un  prolongement  ou  des  ramifica- 
I  lions  du  faisceau  libéro-ligneux  funiculaire;  et  le  tégument 
j  interne  on  second! ne,  presque  toujours-dépourvu  de  faisceaux. 

1  Ces  deux  téguments,  à  la  suite  de  la  fécondation,  persistent- 
ils  pour  fournir,  par  une  évolution  progressive,  les  téguments 
île  la  graine?  Sinon,  quelles  sont  les  parties  qui  se  résorbent 
|  et  disparaissent?  N’y  a-t-il  pas,  dans  l’ovule,  d’autres  éléments 
que  les  téguments  qui  puissent  concourir  à  la  formation  des 
téguments  de  la  graine  ? 

|  Pour  répondre  avec  certitude  à  ces  questions,  il  fallait  suivre 
I  pas  à  pas,  et  dans  un  grand  nombre  de  types  empruntés  à 
chaque  famille,  la  transformation  de  l’ovule  en  graine;  travail 
long  et  minutieux  qu’aucun  botaniste  n’avait  entrepris  jusqu’à 
ce  jour. 

Est-ce  à  dire  cependant  que  la  question  soit  demeurée  sans 
réponse? 

Se  ralliant  à  une  idée  exprimée  incidemment,  en  1872,  par 
M.  Le  Monnier  dans  un  travail  dont  l’objet  principal  était  l’é¬ 
tude  de  la  nervation  de  la  graine,  les  auteurs  admettaient  cou¬ 
ramment  que,  dans  l'immense  majorité  des  cas,  le  tégument 
externe  et  vasculaire  de  l’ovule  persisterait  seul,  tandis  que  le 
tégument  interne  serait  résorbé  ou  digéré  par  l’embryon  ou 
l’albumen  en  voie  de  développement.  On  citait,  comme  une 
exception  uniqpe  à  cotte  règle  générale,  le  cas  des  Euphorbia- 
cées,.  où  les  deux  téguments,  vasculaires  l’un  et  l’autre,  per¬ 
sistent  incontestablement. 

A  défaut  d’observations  directes,  cette  conclusion,  d’une  sim¬ 
plicité  séduisante,  s'appuyait  sur  un  raisonnement  spécieux, 
a  Quelles  que  soient». dilM.  Le  Monnier,  nies  modifications  dues 
«  au  développement  secondaire  de  l’ovule,  il  est  certain  que  les 
«  faisceaux,  depuis  leur  première  apparition  jusqu’à  la  matu- 
«  ritë,  représentent  un  plan  fixe.  On  peut  distinguer,  dans  les 
«  membranes  de  l’ovule,  et  dans  celles  de  la  graine,  une  zone 
«  interne  et  une  zone  externe  par  rapport  à  ces  faisceaux,  et 
a  l’on  est  sûr  que  la  totalité  de  la  zone  externe  de  la  graine 
«  provient,  quelle  que  soit  sa  complication,  de  la  zone  externe 
«  dé  l’ovule  ;  de  même  pour  les  portions  internes.  »  Comme 
d’autre  part  la  primine  est  presque  toujours  le  seul  tégument 
vasculaire,  «  nous  devons»,  poursuit  l’auteur,  «  considérer  comme 
«  provenant  de  la  primine  toute  la  portion  du  spermoderme 
«  extérieure  au  plan  vasculaire.  Les  couches  situées  en  dedans 
«  do  ce  plan  seront  seules  à  pouvoir  provenir  do  la  secondine; 
«  il  est  bien  entendu  qu’elles  n’en  proviendront  pas  nécessai- 
«  rement,  car  dans  la  primine  il  y  a  quelques  couches  do  cel- 
«  Iules  entre  les  faisceaux  et  l’épiderme  interne...  Sauf  le  cas 
«  des  Euphorbiacées,  qui  doit  être  complètement  mis  à  part, 
«  je  n’ai  point  rencontré  de  graines  où  la  présence  de  la  sccom- 
«  dinc  fût  évidente  à  la  maturité.  » 

A  ces  considérations  on  pouvait  objecter  d’abord  qu’il  existe 
fréquemment  dans  la  graine  mûre,  entre  le  plan  vasculaire  et 
;  l’albumen  ou  l’embryon,  un  nombre  suffisant  d’assises  cellu- 
’  laires  pour  autoriser  l’hypothèse  d’une  persistance  de  la  secon¬ 
dine  ;  puis  que  la  grande  majorité  des  ovules  orthotropes  et 
'  campvlotropes,  étant  dépourvus  do  faisceaux,  échappent  au 
raisonnement  précédent. 

La  difficulté  restait  donc  réellement  entière  et  méritait  qu’on 


(1)  Marcel  Brandza,  Développement  des  téguments  de  la 
graine.  (Revue  générale  de  botanique,  dirigée  par  M.  Gaston 
Bonnier,  1891.) 


LE  NATURALISTE 


1  abordât  de  front.  C’est  ce  qu’a  fait  M. 
cès  qui  l’a  amplement  dédommagé  de  ce  que  l’exécution  de  sem¬ 
blables  recherches  peut  avoir  de  fastidieux. 

M.  Brandza  divise  son  sujet  en  deux  parties  :  1°  étude  des 
graines  provenant  d’ovules  à  deux  téguments;  2°  étude  des 
graines  provenant  d’ovules  à  un  seul  tégument. 

Parmi  les  graines  provenant  d’ovules  à  deux  téguments,  l’au¬ 
teur  n’a  pas  tardé  à  reconnaître  que  la  résorption  du  tégument 
interne,  considérée  avant  lui  comme  un  fait 
au  contraire  une  exception  assez  rare.  11  l’a 
coup  de  Liliacées  à  deux  téguments  ( Alliai 
eus,  etc.),  chez  les  Amaryllidées,  chez  les  Renonculacécs  à  deux 
téguments  (Cl emalis,  Delphinium,  Aconitum,  etc.  ,  et  chez 
toutes  les  Légumineuses.  La  résorption  du  tégument  interne  est 
souvent  accompagnée  do  celle  des  assises  profondes  du  légu- 


Par  contre,  la  persistance  du  tégument  interne,  tenue  na¬ 
guère  -pour  exceptionnelle,  s’est  manifestée  comme 


Chez  les  Papavéracéos,  les  Crucifères,  certaines  Liliacées,  etc., 


Fig.  A.  -  : 


.oppement  nos  tegui 
de  Viola  Iricolor. 


les  téguments  de  la  graine 


1,  coupe  des  téguments  de  l’ovule;  3,  coupe  des  téguments  de 
la  graine  mûre;  2,  coupe  faite  à  un  état  intermédiaire. 

E,  tégument  externe  ;  I,  tégument  interne  ;  cl,  assise  protectrice. 

rsislo  sans  fournir  à  la  graine  mure  d’assise 


Souvent,  au  contraire,  la 

i  une  assise  protectrice,  dont  les  mem- 
ligniflées,  et  qui  mériterait  le  nom  de 
testa.  C’est  ce  qu’on  peut  observer  chez  les  Violariées,  les 
Résédacécs  et,  en  général,  chez  beaucoup  de  Dialypétales  supé- 
rovariées.  On  voit  que  dans  ce  cas) —  contrairement  à  une  afîir- 
auteurs  qui  avaient 


n  voit  que  < 

mation  trop  générale  d’u 
ment  étudié  la  constitution  des  tégumen 
mures  —  l’assise  protectrice  est  située  au-dessous  du  plan  vas¬ 
culaire,  contenu  dans  la  priminc. 

Dans  certaines  familles  (Géraniées,  (Enothérées,  Lythrariées, 
par  exemple),  les  téguments  de  la  graine  mûre  contiennent 
deux  assises  protectrices  superposées  :  la  première  fournie  par 
la  priminc,  la  seconde  par  la  secondine.  Chez  les  (Enothérées 
et  les  Lythrariées,  on  peut  remarquer  de.  plus  que  les  assises 
externes  du  nucclle  persistent  au-dessous  de  la  secondine  et 


Chez  les  : 


U  à  la  formation  des  téguments  de  la  graine. 
Magnoliacécs,  la  secondine  tout  entière  se  tram 
luche  protectrice,  doublée  intérieurement  par 
derme  persistant  du  nucclle. 

Dans  la  plupart  des  graines  provenant 
tégument,  le  tégument  de  la  graine  est  exel 
le  tégument  de  l’ovule,  qui  persiste  entièrement.  C’est  ce  qu'on 
peut  vérifier  chez  la  plupart  des  Gamopétales  et  des  Apétales. 

Il  peut  se  faire,  dans  cette  transformation,  que  certaines  assises 
du  tégument  de  l’o 


La  famille  dans  laquelle  le  développement  des  téguments  de 
la  graine  présente  les  plus  curieux  caractères  est,  sans  contre- 


Fig.  II.  —  Développement  des  légi 
de  Linum  usilalissi, 
îri 
2 


I,  coupe  transversale  de  l’ovule;  3,  coupe  des  téguments  de  la 
graine  mûre;  2,  coupe  faite  à  un  état  intermédiaire. 

E,  tégument;  f,  faisceau;  N,  uucelle  ;  C,  assise  la  p 
sac  embryonnaire. 


dit,  celle  des  Linacées.  Ici,  avec  le  tégument  unique  de  l’ovule, 
on  voit  persister  les  deux  assises 
lesquelles  toutes  les  assi 
niées,  sont  résorbées  à  la  maturité  ;  c’ci 
qui  se  dift'érencie  en  assise  protectrice. 

En  résumé,  il  résulte  des  recherches  que  M.  Brandza  a  pour¬ 
suivies  avec  tant  do  patience  et  de  sagacité,  que  chez  les  plantes 
dont  l’ovule  a  deux  téguments,  l’origine  des  enveloppes  de  la 
graine  n’est  pas  telle  qu'on  l’a  décrite  généralement  jusqu’ici. 
Dans  la  plupart  des  cas  le  tégument  interne  de  l’ovule  per¬ 
siste;  souvent  il  peut  constituer  la  partie  lignifiée  de  l’enveloppe 
séminale  ;  parfois  le  nucclle  lui-méme  contribue  à  la  formation 
de  la  graine  ;  c’est  seulement  dans  quelques 
celui-ci  dérive  exclusivement  de  la  partie  exté¬ 
rieure  du  tégument  externe  de  l’ovule.  La  règle  d’hier  devient 
l’exception  d’aujourd’hui,  et  réciproquement. 

Chez  les  plantes  dont  l’ovule  n’a  qu’un  tégument,  l’enveloppe 
séminale  provient  soit  de  l’unique  tégument,  soit  de  ce  tégu¬ 
ment  et  du  nucclle,  qui  peut  môme  fournir  par  son  épiderme 
la  partie  lignifiée  de  l’enveloppe. 

En  commençant  scs  recherches  sur  les  téguments  do  la  graine, 
M.  Brandza  n’imaginait  sans  doute  pas  qu’un  sujet  en  appa¬ 
rence  bien  usé  pût  lui  fournir  des  résultats  aussi  neufs.  A  tous 
ceux  (et  ils  sont  légion)  qui  débutent  dans  la  carrière  scienti¬ 
fique  avec  cette  idée  très  far 

«  tout  est  fait  »,  cet  exemple  pourra  servir  de  leçon. 


D. 


LE  PARASITISME  CHEZ  LES  ANIMAI  \ 

ET  CHEZ  LES  PLANTES 

(Suite.) 

Étudions,  pour  exemple,  l’embryogénie  la  plus  com¬ 
plète,  celle  d’un  Trématode  (flg.  1  à  i  :  d’un  Distomum.  11 
nous  offrira  le  cas  général  d'une  larve  aquatique  libre 
au  début,  nageant  au  moyen  de  nombreux  cils  vibratiles 
à  la  rencontre  d’un  hôte,  un  mollusque  le  plus  souvent. 
Cette  larve  est  désignée  sous  le  nom  de  Rédie  si  elle 
a  un  tube  digestif,  ou  de  Sporocyste  si  elle  n’en  a  pas. 


176 


LE  NATURALISTE 


Sporocyste  ou  Rédie  renferme  un  grand  nombre  de 
cellules  embryonnaires  rassemblées  en  plusieurs  amas. 
Dès  que  la  larve  a  pénétré  dans  le  corps  d’un  hôte,  ces 
cellules  embryonnaires  s’organisent  en  de  nouvelles 
larves  d’une  structure  différente,  munies  de  tube  diges¬ 
tif,  système  nerveux,  appareil  excréteur,  organe  des 
sens  et  d’une  queue  :  ce  sont  les  Cercaires;  ils  quittent 
le  premier  hôte  et  nagent  jusqu’au  moment  où  ils  ren- 


Fig.  1.  Embryon  de  Distomum.  —  Fig.  2.  Sporocytes  prove¬ 
nant  d’un  embryon  de  Distomum,  avec  des  Cercaires.  — 
Fig.  3.  Rédie  de  Distomum.  —  Fig.  4.  —  Cercaire  libre. 


contrent  un  hôte  de  deuxième  ordre  dans  lequel  ces 
larves  s’enkystent.  Ainsi  recouverts  d’une  épaisse  cuti¬ 
cule  les  Cercaires  persistent,  attendant  que  leur  hôte 
soit  dévoré  par  un  animal  quelconque.  Ici  le  hasard 
joue  un  grand  rôle,  car  si  cet  hôte  de  troisième  ordre 
n’appartient  pas  à  l’espèce  voulue,  les  Cercaires  meurent  ; 
si  au  contraire  le  hasard  les  a  bien  servi,  ie  suc  gas¬ 
trique  dissolvant  la  cuticule  sans  toucher  au  parasite 
celui-ci  peut  terminer  son  évolution. 

Nous  venons  de  décrire  le  cas  le  plus  compliqué.  D’or¬ 
dinaire  il  n’y  a  qu’un  seul  hôte  intermédiaire,  mais  il 
peut  y  avoir  d’autres  particularités.  Ainsi  chez  le  Tamia 
Echinococcus  parasite  du  chien,  la  larve  Cysticerque 
ne  donne  pas  qu’un  seul  adulte  :  du  fond  de  son  invagi¬ 
nation  naissent  plusieurs  têtes  qui  seront  autant  d’Echi- 
nocoques  (1). 


5  6  7 

ig.o.  Échinocoque  avec  des  tètes  on  voie  de  développement.— 
Fig.  C.  Tètes  d’Échinocoquc  :  A,  invaginée;  B,  dévaginée. 
—  Fig.  7.  Taenia  echinococcus. 


(1)  L’hôte  intermédiaire  appartient  souvent  à  une  classe  inat¬ 
tendue,  ainsi  c’est  le  Moustique  qui  transmet  à  l'homme,  par 
ses  piqûres,  la  Filaria  sanguinis  hominis  (Nématode). 


Comme  exception,  citons  la  larve  de  Trichine  qui  n’est 
jamais  libre.  Elle  évolue  d’abord  dans  le  corps  de  la 
mère,  passe  de  là  dans  le  tissu  conjonctif  ou  muscu¬ 
laire  de  l’hôte  et  s’enkyste,  attendant  que  la  chair  qui 
la  renferme  soit  ingérée  par  l’animal  nécessaire  à  sa 
complète  évolution. 

Mais  ce  qui  distingue  le  Trématode  de  tous  les  autres 
parasites  et  en  fait  en  quelque  sorte  un  cas  exceptionnel, 
c’est  sa  multiplication  par  Cercaires.  On  pourrait,  semble- 
t-il,  assimiler  ces  Cercaires  aux  spores  des  Cryptogames. 
Si  nous  étudions  d’ailleurs  l’évolution  d’une  Urédinée, 
nous  retrouverons  en  même  temps  qu’un  hôte  intermé¬ 
diaire  ces  alternances  de  phases  libresetparasitaires  avec 
multiplication  larvaire.  Comment  procède  en  effet  VÆ- 
cidium  Berberidis  (Puccinie  du  gramen)? 

Parasite  des  Graminées,  son  thalle  produit  par  place  des 
amas  de  spores  qui,  mises  ën  liberté,  retombent  sur  la 
même  plante  ou  sur  une  plante  voisine  et  multiplient 
le  cryptogame  durant  tout  l’été,  c’est  la  rouille  orangée. 
Dès  l’automne  naissent  des  spores  allongées  divisées 
en  deux  par  une  cloison  transversale  et  percées  au  som¬ 
met,  ces  spores  constituent  la  rouille  noire  et  passent 
l’hiver  en  cet  état. 

Puis  arrive  le  printemps,  ces  spores  s’allongent,  s’ef¬ 
filent  et  donnent  de  légères  sporidies  destinées  à  être 
dispersées  par  le  vent.  Si  par  hasard  l’une  d’elle  tombe 
sur  une  jeune  feuille  d’épine  vinette  ( Berberis  vulgàris), 
elle  germe  émettant  un  tube  grêle  qui  s’enfonce  et 
s’étale  dans  le  parenchyme.  Ce  thalle  nouveau  donnera 
deux  sortes  de  productions. 

Tout  d’abord,  sur  la  face  supérieure  du  limbe,  les  fila¬ 
ments  du  thalle  se  rapprochent,  se  ramassent  sous  forme 
de  bouteilles  intérieurement  tapissées  de  poils  serrés. 
Ces  bouteilles  se  font  jour  à  l’air  libre  et  les  poils  inté¬ 
rieurs  s’étalent  au  dehors  en  pinceau.  Bientôt,  vers  le 
fond  de  l’organe  se  constituent  de  nombreux  chapelets  de 
spores,  spores  qui  germeront  dans  la  terre  humide  et 
donneront  des  spores  secondaires  devant  servir  à  la 
reproduction  du  parasite  sur  le  Berberis. 

Plus  tard,  sur  la  face  inférieure  du  même  limbe  et  par 
un  procédé  identique,  se  forment  des  cupules  au  fond 
desquelles  se  produisent  les  spores,  destinées,  celles-ci, 
à  assurer  la  reproduction  sur  le  blé  nouvellement  germé. 
Puis  le  cycle  recommence. 

Il  n’y  a  évidemment  pas  entre  le  Distome  et  l’QEcidie 
identité  parfaite;  l’évolution  du  cryptogame  est  plus 
complexe;  le  Cercaire  ne  se  reproduit  pas  sur  son  hôte, 
l’adulte  non  plus,  mais  il  y  a,  semble-t-il,  analogie  réelle 
entre  la  sporifleation  de  la  Puccinie  et  la  formation  des 
Cercaires  du  Distome. 

Cette  reproduction  asexuée  nous  amène  à  parler  d’un 
genre  curieux  de  parasitisme  qui  nous  est  offert  par 
certains  Nématodes,  entre  autres  un  Anguillulidé,  le 
Rhabdonema  nigrovenosum  du  poumon  de  la  grenouille. 
Le  phénomène  est  ici  plus  remarquable  :  les  larves 
nées  dans  l’organe  attaqué  remontent  le  long  des 
bronches,  tombent  dans  le  tube  digestif,  d’où  elles  sont 
expulsées  au  dehors  avec  les  excréments. 

Libres  sur  un  sol  forcément  humide,  ces  embryons  ou 
Rhabditis  acquièrent  les  organes  sexuels,  puis  se  fé¬ 
condent  entre  eux.  Il  en  résulte  une  deuxième  géné¬ 
ration  larvaire  dépourvue  de  sexualité,  qui  devra  péné¬ 
trer,  pour  devenir  adulte,  dans  l’appareil  respiratoire 
d’un  amphibien. 


LE  NATURALISTE 


177 


Tout  se  passe  donc  ici  par  voie  de  fécondation  ;  rien 
de  semblable,  de  près  ou  de  loin,  ne  se  rencontre  chez, 
les  végétaux. 

Étienne  Raiiaud. 

(A  suivre.) 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  22  juin 


-.1/.  A.  Trëcul  fait  à  l’Académie  ! 
!  qui,  vus 


le  Bulletin.  Elle  traite  de  la  formation  des  feuilles  des  Æscu- 
lus  et  des  Pavia  et  do  l’ordre  d’apparition  do  leurs  premiers 
vaisseaux.  —  M.  Louis  Roule  adresse,  par  l’intermédiaire  de 
M.  Milne-Edwards,  une  note  sur  le  développement  des  feuil¬ 
lets  blastodermiques  chez  les  Crustacés  Isopodes  {PofceUio 
scabet •).  Dans  une  précédente  note  l’auteur  avait  montré  déjà 
l’origine  du  blastoderme  des  embryons  de  Porcellio.  —  M.  Du- 
chartre  présente  une  note  de  M.  Henri  Jumelle  sur  le  dégage¬ 
ment  d’oxygène  par  les  plantes,  aux  basses  températures. 
Dans  les  régions  polaires  ou  à  de  hautes  altitudes,  certains  vé¬ 
gétaux  résistent  à  de  très  basses  températures.  Là  où  régnent 
des  froids  persistants  de  — 50°, on  rencontre  encore  une  grande 
quantité  de  cryptogames  et  même  quelques  conifères ,  tels 
quoie  Pin  et  le  Genévrier.  Les  plantes  soumises  à  ces  froids 
intenses,  sont,  en  général,  à  l’état  de  vie  latente,  ne  respirant, 
ni  n’assimilant  plus.  Au-dessous  de  zéro  la  plupart  des  crypto¬ 
games  se  dessèchent,  ce  qui  sullit  pour  arrêter  les  échanges 


portent,  au  point 
mêmes  conditions 


de  parer 


iitions  de  température  les  cryptogames  ou  les 
conifères  non  desséchés.  Ces  recherches  ont  été  faites  au 
laboratoire  de  biologie  végétale  de  Fontainebleau  dirigé  par 
H.  Gaston  Bonnier.  11  résulte  de  ces  études  que  :  chez  les 
plantes  capables  de  résister,  humides,  aux  froids  intenses,  la 
décomposition  de  l’acide  carbonique  peut  persister  à  de  très 
basses  températures,  alors  que  la  respiration  est  depuis  long¬ 
temps  supprimée.  Des  conifères  tels  que  l’Epicea  et  le  Gené¬ 
vrier,  uu  Lichen,  1  ’Enervia  prunastri,  ont  assimilé,  à  la  lu¬ 
mière  de  carbone  de  l’air  dans  une  atmosphère  où  la  tempéra¬ 
ture  s’est  abaissée  jusqu’à  —  33»  et  —  40».  —  MM.  J.  Kunckel 
d’Herculais  et  Ch.  Langlois  font,  par  l’intermédiaire  de  M.  Du- 
une  communication  sur  les  champignons  parasites  des 
;.  Depuis  plusieurs  années,  M.  J.  Kunckel  a  été  i 
voyé  en  mission  en  Algérie  pour  étudier  les 
aux  ravages  des  criquets  ;  il  s’est  attaché 
Stauronotus  maroccanus  n’étaient  pas  atteints  par  une  affec- 
tion  cryptogamique  capable  de  déterminer  la  mort  et  suscep¬ 
tible  d’étre  développée  artificiellement.  Une  affection  crypto¬ 
gamique  a  bien  été  constatée,  mais  il  semble  qu’il  faut  consi¬ 
dérer  cotte  affection  comme  superficielle.  Les  auteurs  de  la 
note  concluent  donc  qu’on  se  trouve  en  présence  d’une  affec¬ 
tion  parasitaire  bénigne,  n’attaquant  que  des  individus  parvenus 
au  terme  de  leur  évolution  et  qui  parait  no  se  transmettre  que 
très  difficilement  aux  insectes.  Il  semble  à  MM.  J.  Kunckel  et 
Ch.  Langlois  qu’il  n’est  pas  possible  de  fonder  des  espérances 
sur  un  mode  de  destruction  reposant  sur  le  développement  ar¬ 
tificiel  des  Champignons  parasites  observés  sur  les  Criquets 
pèlerins.  Nous  ajouterons  que  ce  Champignon,  qui  d’après  les 
auteurs  doit  être  le  Polyrhizium  Leptophyei, peut  certainement 
ne.  pas  avoir  d’influence  nocive  sur  les  criquets  en  question, 
mais  il  est  fort  possible,  sinon  probable,  qu’un  autre  cryptogame 
ayant  une  action  plus  active,  c'est-à-dire  éminemment  nuisible 
sera  trouvé.  Nous  mentionnerons  à  ce  sujet  que  M.  Charles 
Brongniart,  par  un  télégramme  adressé  de  Mustapha,  le 
19  juin  dernier,  annonçait  qu’il  avait  obtenu  de  bonnes  cul¬ 
tures  des  Rotrytis  des  Acridiens.  —  M.  Fouqué  présente  au 
nom  de  M.  A.  Lacroix  une  note  sur  les  granités  prétendus  post- 
secondaires  de  l’Ariègc.  Quelques  géologues  admettent  une 
venue  granitique  postérieure  au  terrain  jurassique.  L’étude 
des  points  considérés  a  conduit  l’auteur  de  la  note  à  des  con¬ 
clusions  différentes,1  établissant  l'antériorité  du  granité  aux  dé- 
pùts  jurassiques.  —  M.  J.  Roussel  adresse  à  l’Académie,  par 
l’intermédiaire  de  M.  Fouqué,  une  communication  sur  l’âge 
d’un  granité  porphyroïde  des  Pyrénées-Orientales.  L’auteur 
apporte  un  certain  nombre  d’observations  à  l’appui  de  la  thèse 
de  Dufrenoy  qui  avait  signalé  à  Saint-Martin  (Pyrénées-Orien¬ 
tales)  un  granité  qui  envoie  des  filons  dans  le  - 


fère  de  l’infracrétacé,  et  qu’il  considère  comme  très  récent.  Le 
granité  porphyroïde  de  la  partie  nord-ouest  des  Pyrénées- 
Orientales  s’est  injecté  sous  forme  de  filon,  dans  les  calcaires 
et  les  marnes  de  l’infracrétacé ;  il  est  placé  mhi-  le  quartzite 
ferrugineux  de  l’étage  cénomanien.  11  semble  donc  qu’il  ait 
fait  irruption  au  commencement  de  la  période  < 
des  plus  grands  cataclysn 
M.  Charles  Henry  entretient  l’A 
expérimentales  sur  l’entrainement  musculaire.  —  M.  Etienne 
Rollet  fait  présenter  par  M.  Vorneuil,  une  note  sur  les  mala- 
grands  singes.  Scs  recherches  ont  porté  sur 
Gorilles,  Orangs  et  il  en  résulte  qu’il  y  a  une 
grande  analogie,  sinon  complète, 
des  hommes  et  des  grands  anthropomorphes. 

Séance  du  29  juin  1891 

Algérie  sont  toujours  la  grande  question  du  jour  ; 
un  moyen  pratique  de  s’en  débarrasser  :  M.  Kunckel  d’Hercu¬ 
lais,  envoyé  en  mission  à  ce  sujet  en  Algérie,  étudie  sérieuse¬ 
ment  cette  invasion,  le  palliatif  n’est  malheureusement  pas 
encore  trouvé  !  il/.  Charles  Brongniart,  notre  collaborateur, 
ainsi  que  nous  l’annonçons  ci-dessus  dans  la  dernière  séance 
de  l’Académie,  est  bien  proche  de  trouver  un  remède  à  cette 
affection,  si  nous  pouvons  parler  ainsi.  11  a  pu  reconnaître  une 
épidémie  considérable  de  criquets  causés  par  un  Botrylis,  que 
M.  Tràbut  a  nommé  B.  acridiorum  :  beaucoup  de'  mâles  et  de 
femelles  étaient  morts,  et,  chose  importante  à  considérer,  la 
plupart  des  femelles  mouraient  sans  avoir  pu  pondre.  M.  Bron¬ 
gniart,  en  collaboration  avec  M.  Marchand,  a  essayé  des  cul¬ 
tures  de  ce  Rotrytis  :  les  essais  ont  pleinement  réussi.  — 
.11.  Dareste  fait  une  communication  sur  l’embryologie  de  ht 
poule,  traitant  de  la  formation  du  mésentère  et  do  la  gouttière 
intestinale  de  l'embryon.  -  -  M.  Chauveau  présente  une  note  de 
M.  Joannes  Clialin  sur  l’aiguillon  de  l 'Heterodera  schachlii.  Ce 
effet,  est  armé  d’un  aiguillon  ou  stylet  qui,  par 
son  mode  de  fonctionnement, 
offre  un  intérêt  spécial.  Cet  organe  se  montre  dissemblable  dans 
les  doux  sexes.  —  M.  A.  Giard ,  après  avoir  énuméré  les  trois 
groupes  connus  de  champignons  entomophytes,  c’est-à-dire  les 
Laboulbeniacées,  les  Enthomophtborées,  les  Hypocréacées, 
place  un  quatrième  groupe,  les  Cladosporées,  désignées  ento¬ 
mophytes.  —  M.  Pierre  Lesage  adresse  par  l’intermédiaire  de 
M.  Duchartre  une  communication  apportant  des  contributions 
à  l’élude  de  la  différenciation  de  l’endoderme.  —  M.  Aime' 
Girard  présente,  par  l’intermédiaire  de  M.  Shlcesing,  le  résultat 
de  ses  études  sur  la  destruction  du  Peronospora  Schachlii  delà 
betterave  à  l’aide  des  composés  cuivriques  (3  %  de  sulfate  de 
cuivre  et  3  %  de  chaux).  —  L’exercice  musculaire  d’après  une 
communication  .de  M.  Ckibret,  agit  sur  l’excrétion  do  l’urée 
selon  l’état  d’entrainement  du  sujet.  Avec  un  entrainement  suf¬ 
fisant,  l’exercice  musculaire  détermine  une  augmentation  de 
l’urée.  Au  contraire,  il  y  a  diminution  lorsque  l’entrainement 
que  l’exercice  augmente  de  façon  à  provoquer 


LIVRE  NOUVEAU 


Les  Plantes  d’appartement  et  les  Plantes  de  fenêtres,  par 
D.  Bots,  aide-naturaliste  de  la  Chaire  de  culture  au 
Muséum  d’histoire  naturelle. 

La  modicité  du  prix  de  ce  petit  livre,  la  forme  élé¬ 
gante  sous  laquelle  il  se  présente,  les  nombreuses  figures 
qui  en  accompagnent  le  texte  font,  de  ce  nouveau 
volume  de  la  Bibliothèque  des  connaissances  utiles,  un 
guide  pratique  à  la  portée  de  tous  ceux  qui  aiment  à 
cultiver  des  plantes  dans  leurs  salons  ou  sur  leurs 
fenêtres,  mais  présentant  néanmoins  l’exactitude  scien¬ 
tifique  qui  est  trop  souvent  sacrifiée  dans  les  ouvrages 
de  ce  genre. 

Tout  d’abord,  l’auteur  nous  initie  aux  phénomènes  de 
la  vie  des  plantes,  tels  qu’ils  s’accomplissent  normale¬ 
ment,  afin  de  montrer  combien  est  préjudiciable  à  leur 
santé  le  milieu  dans  lequel  elles  se  trouvent  placées, 
lorsque  nous  les  associons  à  notre  vie,  dans  les  apparte¬ 
ments,  où  la  lumière  fait  défaut,  où  l’air  est  peu  abondant 


178 


LE  NATURALISTE 


et  vicié,  où  la  poussière  entrave  les  fonctions  respira¬ 
toires,  etc.  Connaissant  ce  qui  est  nécessaire  à  l’entre¬ 
tien  de  la  vie,  le  lecteur  peut  alors  s’efforcer  de  réa¬ 
liser,  autant  que  possible,  les  conditions  les  meilleures 
pour  en  prolonger  la  durée. 

L’arrosage  est  une  question  dont  dépend  en  grande 
partie  la  santé  des  plantes.  Il  y  a,  à  ce  sujet,  une  foule 
de  considérations  qui  montrent  combien  il  est  néces¬ 
saire  d’apporter  de  soins  dans  la  pratique  de  cette  opé¬ 
ration.  Il  en  est  de  même  du  rempotage,  qu’il  faut  savoir 


Chamœrops  Forlunei ,  palmier  originaire  de  la  Chine. 


faire  à  temps  et  seulement  lorsque  la  nécessité  en  est 
démontrée  par  des  signes  que  l’auteur  fait  connaître. 

L’étude  des  divers  modes  de  multiplication  :  semis, 
marcottage,  bouturage;  celle  de  l’éducation  des  plantes  : 
repiquage,  pincements,  taille  font  aussi  l’objet  de  plu¬ 
sieurs  chapitres.  . 

Enfin,  cette  première  partie  du  livre  se  termine  par 


Anthurium  schei'zerianum,  plante  originaire  du  Guatemala, 
des  conseils  sur  l’achat  des  plantes  dans  les  marchés. 

La  seconde  partie  est  une  énumération,  par  ordre 
alphabétique,  des  plantes  que  l’on  peut  cultiver  sur 
les  fenêtres  et  sur  les  balcons  et  dont  les  plus  répan¬ 
dues  sont  rendues  facilement  reconnaissables,  grâce  aux 
figures  qui  en  accompagnent  les  descriptions,  suivies  de 


notices  sur  l’emploi,  la  culture,  le  mode  de  multiplica¬ 
tion.  Chaque  espèce  est  désignée  par  son  nom  scienti¬ 
fique  et  par  ses  noms  vulgaires.  L’auteur  a,  en  outre,  in- 


Cypripedium  insigne,  orchidée  des  montagnes  du  Sylhet  (Inde), 
diqué,  pour  chaque  genre,  la  famille  à  laquelle  il  appar¬ 
tient. 

Des  listes  permettent  enfin  de  faire  un  choix  parmi 
les  espèces  grimpantes 
celles  qui  sont  propres 
à  la  garniture  des  vases 
suspendus,  soit  parmi 
lesplantes  qui  peuvent 
vivre  à  l’ombre,  lors¬ 
qu’on  possède  des  fe¬ 
nêtres  à  l’orientation 
du  nord. 

La  troisième  partie 
du  livre  est  consacrée 
aux  plantes  d’apparte¬ 
ment:  description,  em¬ 
plois,  culture,  arrange¬ 
ment  dans  les  jardi¬ 
nières  et  dans  les  ca¬ 
che-pots,  etc.  Un  cha¬ 
pitre  traite  des  aqua¬ 
riums  ;  un  autre  de  la 
conservation  des  fleurs 
coupées  et  de  leur  ai  -  Iso[epis  ,g^cillS)  originaire  de  l’Indo. 
rangement  dans  les 

bouquets,  de  manière  à  obtenir  une  association  harmo¬ 
nieuse  des  formes  et  des  couleurs. 

L’ouvrage  est  terminé  par  un  glossaire  qui  permet  de 
trouver  la  signification  des  mots  techniques  employés 
dans  certains  cas.  169  figures  ornent  cet  ouvrage;  nous 
en  reproduisons  quelques-unes  ci-dessus. 

En  un  mot,  M.  Bois  a  cherché  à  réunir  dans  ce  petit 
livre  tout  ce  qui  peut  intéresser  les  amateurs  d’horticul¬ 
ture,  si  nombreux,  qui  ont  pour  jardin  une  fenêtre  ou 
une  terrasse,  pour  serre,  un  salon  (1). 


1  vol.  in— 16,  cartonné  de  338  pages,  avec  169  figures  inter¬ 
calées  dans  le  texte.  Prix  4  fr.,  franco  4  l'r.  40,  chez  J.-B.  Bail¬ 
lière,  éditeurs,  et  aux  bureaux  du  journal. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 

PARIS.  —  1MPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


136  ANNÉE 


2e  SÉRIE  —  .V '■  1  06 


AOUT  1891 


LA  HUPPE  DANS  LES  LÉGENDES  ARABES 


formes  plus  sveltes  et  élancées  ;  son  plumage  est  coloré 
île  roux,  de  blanc  et  de  noir,  et  l'on  voit  sur  sa  tête  une 


La  mythologie  a  toujours  joué  un  certain  rôle  dans 
l’histoire  des  animaux.  Nous  en  trouvons  un  exemple 
intéressant  dans  un  article  du  Zoologischer  Garten, 


longue  huppe  arquée,  que  l'Oiseau  relève  ou  abaisse  à 
volonté  ;  elle  est  composée  de.  deux  rangs  de  plumes  al¬ 
longées,  d’un  roux  vif,  avec  des  bords  noirs  un  peu  variés 
de  blanc.  Voici  donc  l’histoire  que  les  Arabes  contentau 
sujet  de  ce  gracieux  volatile. 

Autrefois  le  roi  Salomon,  fils  de  David,  devenu 
tout-puissant  à  la  suite  d’une  victoire  mystérieuse, 
régnait  sur  les  génies  comme  sur  l’humanité  en¬ 
tière.  Lorsque  leroi  voulait  voyager,  il  utilisait,  pa¬ 
raît-il,  un  tapis  carré  qui  s’étendait  autant  qu’il  était 
besoin  pour  contenir  soit  une  troupe  avec  tentes  et 
bagages,  soit  le  roi 
lui  seul  avec  ses  mi¬ 
nistres.  Quatre  gé- 


LA  HUPPE. 

An.  XXX,  cahier  6,  pour  1889,  qu’a  publié  M.  l’aulLever- 
kühn,  et  que  je  résume  ici. 

Une  croyance  répandue  chez  les  Arabes  leur  fait  ad- 
metti’e  que  chaque  genre  animal  possède  une  espèce 
dominante  qui  régit  les  autres.  Les  Crocodiles  ont  ainsi 
leur  roi  résidant  avec  sa  cour  près  de  Siout,  dans  le  delta 
du  Nil,  tandis  que  le  roi  des  Puces  trône  dans  les  jar¬ 
dins,  aux  environs  du  lac  de  Tibériade.  Parmi  les  Oi¬ 
seaux,  nous  savons  que  la  Huppe  ( Upupa  epops  L.)  est 
commune  en  Egypte.  Cette  espèce  européenne  est  d’ail¬ 
leurs  assez  connue  pour  que  je  me  dispense  de  la 
décrire  en  détail  ;  de  la  taille  du  Merle,  elle  a  des 
LE  NATURALISTE,  16,  rue  du  Bac,  Paris. 


nie 

saient  le  tapis  et, 
suivant  les  ordres  du  roi, 
ils  se  mettaient  en  route. 
Un  jour,  comme  Salomon 
était  assis  sur  son  trône 
d’ivoire  et  qu’il  voyageait 
de  cette  façon  dans  les 
airs, emporté  très  haut  au- 
dessus  des  peuples  de  la 
terre,  les  rayons  brûlants 
du  soleil  dardaient  sur  sa 
tète  et  sur  sa  nuque  sans 
qu’il  pût  s’en  préserver. 
Vint  à  passer  un  vol  de 
Vautours.  Le  roi  apostro- 
hales  Oiseaux  pour  qu’ils 
volassent  près  de  lui  et 
l’ombrageassent  de  letirs 
ailes;  mais  ils  s’y  refu¬ 
sèrent,  alléguant  qu’ils 
suivaient  une  route  diffé¬ 
rente.  Alors  le  roi  maudit 
ces  Rapaces  et  les  con¬ 
damna  à  perdre  les  plu¬ 
mes  qui  garantissaient 
u’alors  leur  cou  de 
l’ardeur  du  soleil  et  des 
rigueurs  de  l’hiver.  Il  y 
ajouta  qu’à  l’avenir,  ils 
ne  prendraient  plus  qu’une 
nourriture  souillée,  et  la 
condamnation  s’accomplit 
ju  après,  une  compagnie 
de  Huppes  apparut  à  l’ho¬ 
rizon,  et,  appelée,  elle  vint 
en  rangs  serrés  ombrager 
la  tète  royale  pendant  le  reste  du  trajet.  De  retour  à  son 
palais,  Salomon  fit  mander  le  roi  des  Huppes  et  lui  laissa 
le  choix  de  la  récompense  qui  lui  était  due,  à  lui  et  à  sa 
nation.  Le  roi  des  Huppes,  par  courtoisie  envers  son 
épouse,  laissa  choisir  la  reine.  Celle-ci  réclama  pour  les 
Huppes  une  couronne  d’or  qui  témoignerait  de  leur  supé¬ 
riorité  sur  tous  les  autres  Oiseaux.  Le  roi  Salomon,  tout 
en  blâmant  la  reine  de  son  ambition,  lui  accorda  la  ré¬ 
compense  désirée. 

A  cette  époque,  comme  un  oiseleur  se  servait  d’un 
miroir  en  guise  de  piège,  une  Huppe  qui  vint  y  admirer 
sa  beauté  fut  prise.  Grand  fut  l'étonnement  de  l’oiseleur 


LE  NATURALISTE 


quand  il  vit  la  tète  de  l’Oiseau  surmontée  d’une  couronne 
d’or;  il  tordit  bien  vite  le  cou  à  sa  captive  et  il  porta  la 
couronne  chez  un  orfèvre.  Le  large  prix  qu’il  en  reçut 
l’encouragea.  Pour  peu  qu’une  Huppe  se  montrât,  elle 
était  aussitôt  prise  et  tuée.  Alors  le  pauvre  roi  des  Huppes 
vint  porter  ses  doléances  au  roi  Salomon.  Le  fils  de  Da¬ 
vid  reprocha  à  l’Oiseau  sa  folie,  «  mais  maintenant,  lui 
dit-il,  en  souvenir  du  service  que  vous  m’avez  rendu, 
votre  couronne  d’or  sera  changée  en  une  couronne  de 
plumes,  afin  que  vous  puissiez  vivre  sur  la  terre  sans 
être  persécutés».  Lorsque  les  piégeurs  se  furent  aper¬ 
çus  de  la  métamorphose,  ils  cessèrent  de  poursuivre  la 
gent  des  Huppes. 

Ici  finit  l’histoire  du  roi  de  ces  Oiseaux.  L’Arabe 
nomme  la  Huppe  Abu-hud-hud,  et  notre  auteur  fait 
remarquer  avec  intérêt  que  les  habitants  du  départe¬ 
ment  du  Doubs  la  désignent  sous  le  nom  de  .serviteur  au 
roi. 

Pour  compléter  l’historique  de  la  Huppe,  j’ajouterai 
que  cet  Oiseau  a  toujours  été  chez  les  Anciens  l’objet 
d’idées  superstitieuses.  On  prétendait  qu’il  reconnaît  les 
herbes  salutaires  en  maintes  maladies  ;  on  mangeait 
même  dans  cette  intention  certaines  parties  de  son  corps. 
Chez  les  Égyptiens,  on  tirait  des  allures  et  du  cri  de  cet 
Oiseau  des  présages  favorables  aux  récoltes.  De  nos 
jours  encore,  l’apparition  des  Huppes  annonce  un  évé¬ 
nement  d’importance  dans  la  fertile  contrée  du  Nil,  la 
retraite  des  eaux  du  grand  fleuve. 

F. 


Deux  Parnassius  nouveaux  de  l’Asie  centrale 


les  noms  de  Staudingeri,  Trau- 
lardinal.  Nons  n’insisterons  pas  ici 
dont  le  foi 


iu s  Delphius.  Evers.  Variété  Infumata  Staudinger 
(inlitteris). 
assius  Delphius  se 
me  quand  on  ne  le 

dance  déplus9  en  plus  marquée  à  rapporter  à  celte  ancienne 
espèce,  comme  de  simples  modifications  locales  ou  géogra¬ 
phiques,  toutes  les  races  particulières  qui  ont  été  découvertes 
sur  les  Alpes  de  l’Asie  centrale  pendant  cès_  dix  dernières  an¬ 
nées  et  qui 
siens,  N 
cette  vue  qui 

ment  est  subordonné,  on  somme,  a 
tour  attribue  à  l’idée  de  l’espèce.  Nous  avons  expose  ailleurs 
(dans  la  préface  de  notre  monographie  des  Parnassiens  Pa- 
léarctiqucs)  l’opinion  que  nous  professons  à  cet  egard;  nous 
préférons  consacrer  l’espace  qui  nous  est  gracieusement  ré¬ 
servé  dans  cette  revue  à  l’étude  d’une  nouvelle  forme  spécifique 
ou  non  de  l’ancien  Delphius,  laquelle  a  été  recueillie 
ment  dans  le  Turkestan  et  que  M.  Staudinger 
pandre  dans  les  collections  sous  le  nom  d'Inû 
nier  venu  dans  le  groupe  spécial  que 
terme  de  Cincti,  se  distingue  au  premier  abord  de  tous  ses  aî¬ 
nés  par  sa  couleur  jaune  ocracée,  un  peu  terne,  ou  plutôt  nébu¬ 
leuse,  plus  vive  cependant  que  celle  de  Cardinal  qui  est  le  plus 
chaudement  coloré  des  Parnassius,  si  l’on  en  excepte  le  male 
typique  d’Eversmanni.  Ses  dessins  sont  moins  opaques,  plus 
diaphanes  que  ceux  dos  autres  espèces  voisines,  notamment  les 
bandes  marginales  qui  possèdent  un  ton  enfumé  tout  à  fait  par¬ 
ticulier.  Sous  le  rapport  de  leur  disposition,  ils  rappellent 
de  bien  près  ceux  de  Trausicns  avec  lequel  Infumata  pourrait 


Cependant  lesditos  marginales 


être  confondu  à  première 
qui  encadrent  les  quatre  ; 
plus  translucides  et  surtout  beaucoup  plus  étroites  que  celles  de 
cette  dernière  espèce.  Elles  n’offrent  guère  plus  d’ampleur  aux 
premières  ailes  que  les  bandes  similaires  de  Staudingeri  ou  de 
N aman  garnis.  L’anlémarginale  des  secondes  ailes,  toujours  bien 
indiquée  chez  Trausiens  par  une  suite.de  taches  irrégulières, 


est  réduite,  chez  la  variété  qui  nous  occupe,  à  l’état  de  vestige  ; 
et  les  deux  macules  rondes  qui  la  limitent  vers  l’angle  anal  sont 
fort  restreintes,  surtout  celle  qui  avoisine  le  bord,  laquelle  [ne 
consiste  plus  qu’en  un  petit  point.  Il  y  a  lieu  d’ajouter  que  le 
lœvis  basilaire,  quoique  peu  chargé,  couvre  tout  l’emplacement 
do  la  cellule;  et  que  l’une  des  deux  taches  discoïdales  des  pre¬ 
mières  ailes,  la  plus  proche  de  la  base,  au  lieu  d’étre  ronde  ou 
rectangulaire,  ainsi  qu’on  le  remarque  invariablement  chez  tous 
les  Parnassiens,  est  au  contraire  sur  l’exemplaire  mâle  que 
nous  avons  sous  les  yeux,  divisée  en  deux  petites 
gales,  bien  espacées,  dont  l’une  s’appuie  contre  la 
costale,  et  l’autre  contre  la  médiane.  Il  est  à  présumer  que  les 
macules  dont  il  s'agit  doivent  parfois  disparaître  complètement 
chez  certains  individus  variables,  ce  qui  arrive  peut-être  aussi 
pour  celles  de 

Le  dessous  d’Infumata  reproduit  i 

■  ;  il  n’existe  de  ce  côté  aucune  trace  des 
rouges  qu’on  remarque  chez  d’autres  Cincti  tels  que 
Cardinal,  Namang: 
nouveauté  qui  nous  occupe  peut  i 
modification  géographique  de  Traus 
de  cette  dernière  forme  par  son  coloris  ocracé,  par  la  teinte 
nébuleuse  de  scs  dessins  et  par  la  réduction  de  ses  marginales; 
elle  est  bien  tranchée  du  Delphius  proprement  dit;  et  elle  s’é¬ 
carte  de  tous  les  autres  Cincti  par  la  marginale  des  secondes 
ailes  laquelle,  pour  être  relativement  étroite,  n’entoure  pas 
moins  le  bord  externe  de  ces  organes  d’une  manière  continue 
de  la  côte  à  l’angle  anal.  On  sait  en  effet  que  chez  Staudingeri 
Namanganus  et  Cardinal  ladite  marginale  n’est  que  faible¬ 
ment  indiquée;  qu’elle  expire  .chez  ces  trois  formes  vers  le  mi¬ 
lieu  de  la  marge,  circonstance  qui  établit,  selon  nous,  une  dé- 
«-  le  papillon  qu 


Linné.  Variété  Ochracea  Stgr 


parfois  Staudingeri.  En 


Parmi  toutes  les  variétés  de  Mncmosyne  que  nous 
sons  il  n’en  est  pas  une  qui,  en  changeant  d’aspect,  ait  perdu 
la  couleur  blanche  si  constante  des  ailes.  M.  Staudinger  vient 
de  nous  envoyer  sous  le.  nom  d’Ochracea  une  paire  d’un  Par¬ 
nassien  originaire  du  Turkestan  où  il  a  été  découvert,  croyons- 


à  l’ancien  type  linnéen,  mais  dont  la  teinte  est  d’un 
ocracé  assez  pâle, il  est  vrai,  quoique  pourtant  très 
accusé.  A  part  cette  différence  remarquable  do  couleur, 
autre  particularité  n’est  digne  d’être  relevée  chez  cette  c 


t  que,  par  l’ampleur  et  par  la 
doit  être  rangée  dans  la  race 


disposition  de  ses  dessins,  i 
persane  appelée  Nubilosus,  plutôt  que  dans  celle  de  la  vraie 
Mnemosyne  typique.  En  effet,  le  sommet  de  l’aile  supérieure  de 
cette  dernière  est  ordinairement  occupé  par  une  large  tache 
obscure  diaphane  d’un  ton  uniforme;  tandis  que  chez  Ochra- 
cca  de  mémo  que  chez  Nubilosus,  cette  même  tache  est  divisée 
parallèlement  au  bord  externe  par  une  rangée  de  macules 
claires  qui  représentent  un  reste  de  la  couleur  du  fond  qui  sé¬ 
pare  les  deux  bandes  marginale  et  antémarginalo.  La  vestiture 
du  corps  du  papillon  dont  il  s’agit  de  grise  qu’elle  est  i 
ment  est  en  outre  devenue  roussâtre,  d’une  i 
celle  de  l’espèce  précédente.  Ces  deux  singuliers  : 
n’ayant  encore  été  publiés  nulle  part,  nous  avons  cru  être 
agréable  aux  lecteurs  du  Naturaliste  qui  s’occupent  de  Lépi¬ 
doptères  on  leur  en  offrant  une  courte  description. 

L.  Austaut. 


LE  PUITS  ARTÉSIEN 

DE  SPRINFIELD  (DAKOTA  DU  SUD) 

( États-Unis ) 


Nous  donnons,  d’après  Scientific  american,  la  note  et 
le  dessin  qui  suivent  sur  le  puits  artésien  de  Sprinüeld 
(Dakota  du  Sud).  La  figure  ci-contre  montre  le  puits  tel 
qu’il  apparaît  en  activité.  La  pression  de  l'eau  est  d’en¬ 
viron  10  kilos  par  centimètre  carré.  A  i  moyen  de  becs 
sur  le  puits  de  forage,  on  obtient  un  fort  jet  d’eau  de 
4  mètres  de  hauteur  avec  20  centimètres  de  diamètre. 


LE  NATURALISTE 


181 


de  6  mètres  et  demi  de  haut  avec  15  centimètres  de  dia¬ 
mètre,  de  15  mètres  de  haut  avec  10  centimètres  de  dia¬ 
mètre,  de  22  mètres  de  haut  avec  5  centimètres. 

Une  correspondant  du  Rural  New- Yorker  mentionne 
un  autre  puits  situé  près  d’Aberdeen  (Dakota  du  Sud).  11 
a  près  de  330  mètres  de  profondeur,  le  puits  de  forage 
a  lo  centimètres  de  diamètre,  et  la  pression  est  d’en¬ 
viron  25  kilogs  par  centimètre  carré.  Le  propriétaire  de 


Le  Puits  artésien  de  Sprinfleld  (Dakota  du  Sud)  États-  Unis. 

ce  puits  pense,  par  ce  moyen,  irriguer  une  ferme  de 
400  hectares  environ. 

La  production  d’eau  est  constante  et  abondante,  et  si 
la  moitié  seulement  des  espérances  que  l’on  fonde  sur 
le  résultat  se  réalise,  une  ère  nouvelle  se  lèvera  pour  le 
Dakota. 

Déjà,  un  certain  nombre  de  fermes,  nivelées  et  bien 
situées,  sont  arrosées  au  moyen  de  puits  artésiens  et 
donnent  d’excellents  résultats. 

Bien  entendu,  toutes  les  exploitations  ne  peuvent  être 
irriguées.  Le  terrain  doit  être  à  peu  près  plan  avec  une 
légère  inclinaison,  et  la  source  placée  à  la  plus  grande 
élévation  si  l’on  veut  obtenirles  meilleurs  résultats.  11  y  a, 
en  effet,  beaucoup  de  terres  qui  pourraient  être  rendues 
très  productives,  avec  de  l’eau  en  abondance. 


CAUSERIE  BOTANIQUE 

LES  LETTRES  DE  JEAN-JACQUES  ROUSSEAU 
Lorsque  reviennent  les  beaux  jours  avec  les  fleurs 
nouvelles  et  les  excursions  botaniques  prochaines,  j'aime 


à  relire  les  Lettres  de  Jean-Jacques  Rousseau  sur  la  Bota¬ 
nique.  Je  trouve  dans  cette  correspondance  intime  avec 
Mme  Delessert,  l’introduction  la  plus  agréable  à  la  science 
des  plantes,  et  j’y  puise  les  préceptes  tracés  de  main  de 
maître  pour  l’enseignement  que  je  dois  donner  à  mes 

'•lèves.  En  effet,  si  . . S  a  posé  cette  science  mu-  ses 

véritables  bases,  en  établissant  la  nomenclature  binaire  et 
en  dressant  l'inventaire  des  végétaux  connus,  groupés 
dans  son  système  sexuel,  Rousseau,  qui  suivit  pas  à  pas 
cette  rénovation  de  la  botanique  et  qui  mourut  la  même 
année  que  Linné,  a  donné  à  la  méthode  d’enseignement 
sa  forme  véritable,  et,  à  ce  point  de  vue,  il  mérite  une 
place  à  part  à  côté  du  grand  botaniste.  Il  m’a  semblé 
utile  d’intéresser  nos  jeunes  naturalistes  à  un  ouvrage 
qui  m’a  toujours  captivé  et  que  j’aime  tant  à  relire. 

Comment  Rousseau  entend-il  la  dissection  et  la  des¬ 
cription  d’une  plante?  Je  lui  emprunte  sa  lettre  II  sur  la 
Giroflée;  et.  pour  répondre  au  vœu  de  l’auteur  qui  ajou¬ 
tait  :  «  Cette  description,  difficile  à  entendre  sans  figure, 
vous  deviendra  plus  claire,  j’ose  l’espérer,  quand  vous  la 
suivrez  avec  quelque  attention,  ayant  l’objet  sous  les 
yeux  »,  je  joins  les  croquis  que  je  trace  d’après  nature, 
en  suivant  les  indications  du  texte  : 

«  Prenez  donc  une  giroflée  simple  et  procédez  à  l’ana¬ 
lyse  de  la  fleur.  Vous  y  trouverez  d’abord  une  partie 
extérieure,  savoir  le  calice.  Ce  calice  est  de  quatre 
pièces...,  qui,  pour  l’ordinaire,  sont  inégales  de  deux  en 


Giroflée  simple.  Giroflée  montrant  les 

étamines. 

deux,  c’est-à-dire  deux  folioles  opposées  l’une  à  l’autre, 
égales  entre  elles,  plus  petites;  et  les  deux  autres,  aussi 
égales  entre  elles  et  opposées,  plus  grandes,  et  surtout 
par  le  bas  où  leur  arrondissement  fait  en  dehors  une 
bosse  assez  sensible. 

«  Dans  ce  calice,  vous  trouverez  une  corolle  composée 
de  quatre  pétales,  dont  je  laisse  à  part  la  couleur,  parce 
qu’elle  ne  fait  point  de  caractère.  Chacun  de  ces  pétales 
est  attaché  au  réceptacle  ou  fond  du  calice  par  une 
partie  étroite  et  pâle,  qu’on  appelle  l 'onglet,  et  déborde 
le  calice  par  une  partie  plus  large  et  plus  colorée,  qu’on 
appelle  la  lame. 

«  Au  centre  de  la  corolle,  est  un  pistil  allongé,  cylin¬ 
drique  ou  à  peu  près,  terminé  par  un  style  très  court, 
lequel  est  terminé  lui-même  par  un  stigmate  oblong, 


182 


LE  NATURALISTE 


bifide,  c’est-à-dire  partagé  en  deux  parties  qui  se  réflé¬ 
chissent  de  part  et  d’autre. 

«  Si  vous  examinez  avec  soin  la  position  respective  du 
calice  et  de  la  corolle,  vous  verrez  que  chaque  pétale,  au 
lieu  de  correspondre  exactement  à  chaque  foliole  du 
calice,  est  posé,  au  contraire,  entre  les  deux,  de  sorte 
qu’il  répond  à  l’ouverture  qui  les  sépare,  et  cette  posi¬ 
tion  alternative  a  lieu  dans  toutes  les  espèces  de  fleurs 
qui  ont  un  nombre  égal  de  pétales  à  la  corolle  et  de 
folioles  au  calice. 

«  11  nous  reste  à  parler  des  étamines.  Vous  les  trou¬ 
verez  dans  la  giroflée  au  nombre  de  six...  Vous  en  verrez 
deux,  en  opposition  l’une  de  l’autre,  sensiblement  plus 
courtes  que  les  quatre  autres  qui  les  séparent,  et  qui  en 
sont  aussi  séparées  de  deux  en  deux... 

«  Pour  achever  l’histoire  de  notre  giroflée,  il  ne  faut 
pas.  l'abandonner  après  avoir  analysé  sa  fleur,  mais  il 
faut  attendre  que  la  corolle  se  flétrisse  et  tombe,  ce 
qu’elle  fait  assez  promptement,  et  remarquer  alors  ce 
que  devient  le  pistil,  composé,  comme  nous  l’avons  dit 
ci-devant,  de  l’ovaire,  du  style  ët  du  stigmate.  L’ovaire 
s’allonge  beaucoup  et  s’élargit  un  peu,  à  mesure  que  le 
fruit  mûrit;  quand  il  est  mûr,  cet  ovaire  ou  fruit  devient 
une  espèce  de  gousse  plate  appelée  silique. 

«  Cette  silique  est  composée  de  deux  valvules  posées 
l’une  sur  l’autre,  et  séparées  par  une  cloison  fort  mince 
appelée  médiastin. 

«  Quand  la  semence  est  tout  à  fait  mûre,  les  valvules 
s’ouvrent  de  bas  en  haut  pour  lui  donner  passage,  et 
restent  attachées  au  stigmate  par  leur  partie  supé¬ 
rieure. 

«  Alors  on  voit  des  graines  plates  et  circulaires,  posées 
sur  les  deux  faces  du  médiastin  ;  et  si  l’on  regarde  avec 
soin  comment  elles  y  tiennent,  on  trouve  que  c’est  par 
un  court  pédicule  qui  attache  chaque  graine  alternative¬ 
ment  à  droite  et  à  gauche  aux  sutures  du  médiastin, 
c’est-à-dire  à  ses  deux  bords,  par  lesquels  il  était 
comme  cousu  avec  les  valvules  avant  leur  séparation... 

«  Je  crains  fort,  chère  cousine,  de  vous  avoir  un  peu 
fatiguée  par  cette  longue  description,  mais  elle  était 
nécessaire  pour  vous  donner  le  caractère  essentiel  de  la 
nombreuse  famille  des  crucifères  ou  fleurs  en  croix... 

«  Le  grand  nombre  d’espèces  qui  composent  la  famille 
des  crucifères  a  déterminé  les  botanistes  à  la  diviser  en 
deux  sections  qui,  quant  à  la  fleur,  sont  parfaitement 
semblables,  mais  diffèrent  sensiblement  quant  au 
fruit. 

«  La  première  section  comprend  les  crucifères  à  si¬ 
lique,  comme  la  giroflée...  La  seconde  section  comprend 
les  crucifères  à  silicule,  c’est-à-dire  dont  la  silique  en 
diminutif  est  extrêmement  courte,  presque  aussi  large 
que  longue,  et  autrement  divisée...  » 

11  m’a  semblé  utile  de  reproduire  cette  description  si 
nette,  si  parfaite,  d’un  type  décrit  par  Rousseau,  et  j’au¬ 
rais  pu  choisir  avec  le  même  avantage  l’analyse  du  lis, 
du  pois,  de  l'ortie  blanche,  du  muflier,  pris  comme 
types  des  ïiliacées,  des  papilionacées,  des  labiées  et  des 
personnées,  ou  l’étude  si  complète  des  ombeüifères  et  des 
composées.  C’était  une  méthode  nouvelle  qui  reçut  en 
Angleterre  le  meilleur  accueil,  et  Martyn,  professeur  de 
botanique  à  l’Université  de  Cambridge,  donna,  dans 
vingt-quatre  lettres  familières,  la  suite  de  celles  de 
Rousseau.  Ces  lettres  furent  traduites  en  français  par 


de  la  Montagne  et  sont  reproduites  dans  les  tomes  V  et 
VI  des  œuvres  de  Rousseau,  dans  l’édition  de  Poinçot. 

Ces  descriptions  portaient  en  germe  la  méthode  qui 
devait  assurer  aux  Leçons  sur  les  familles  naturelles  de 
Payer  et,  plus  tard,  à  l’Histoire  des  plantes  de  Bâillon  la 
place  à  part  qui  leur  est  assignée  parmi  les  œuvres 
botaniques  de  notre  époque.  Les  données  générales, 
vagues,  mal  fixées,  lorsqu’on  cherche  à  étudier  d’un 
coup  l’ensemble  d’une  famille,  prennent,  par  l’étude 
successive  des  types,  une  précision  indiscutable  qui  se 
grave  facilement  dans  la  mémoire. 

Aussi,  est-ce  la  seule  marche  à  suivre,  si  l’on  veut 
bien  apprendre  les  caractères  des  familles  des  plantes 
et  en  saisir  les  affinités.  Au  retour  de  chaque  excursion, 
il  faut  prendre  une  à  une  chaque  plante  récoltée,  l’ana¬ 
lyser  en  détail  dans  toutes  ses  parties  et,  pour  fixer  le 
souvenir,  tracer  sur  le  papier  le  croquis  des  caractères 
observés.  En  histoire  naturelle,  on  ne  sait  bien  que  les 
choses  que  l’on  peut  reproduire  sur  le  cahier  ou  sur  le 
tableau  noir  et,  pour  ce  faire,  il  n’est  point  utile  d’être 
un  artiste  dessinateur  ;  il  faut  de  la  bonne  volonté,  et  le 
crayon,  d’abord  incertain,  s’habitue  peu  à  peu  à  devenir 
habile.  Quand  on  a  ainsi  beaucoup  analysé,  beaucoup 
dessiné,  on  voit  les  types  observés  se  relier  les  uns  aux 
autres  et  l’on  acquiert  cette  faculté  de  saisir,  même  de 
loin,  les  airs  de  parenté  qui  caractérisent  les  familles; 
on  est  en  bonne  voie  pour  devenir  botaniste.  Et  avec 
cette  méthode,  il  n’est  pas  nécessaire  de  se  'surcharger 
la  mémoire  de  noms,  et  c’est  la  bonne  et  saine  mé¬ 
thode. 

«  Je  comprends  qu’on  est  fâché  de  prendre  tant  de 
peine  sans  apprendre  les  noms  des  plantes  qu’on  exa¬ 
mine.  Mais  je  vous  avoue  de  bonne  foi  qu’il  n’est  pas 
entré  dans  mon  plan  de  vous  éviter  ce  petit  chagrin.  On 
prétend  que  la  botanique  n’est,  qu’une  science  de  mots, 
qui  n’exerce  que  la  mémoire  et  n’apprend  qu’à  nommer 
des  plantes  :  pour  moi,  je  ne  connais  point  d’étude  .rai¬ 
sonnable  qui  ne  soit  qu’une  science  de  mots;  et  auquel 
des  deux,  je  vous  prie,  accorderai -je  le  nom  de  bota¬ 
niste,  de  celui  qui  sait  cracher  un  nom  ou  une  phrase  à 
l’aspect  d’une  plante,  sans  rien  connaître  à  sa  structure, 
ou  de  celui  qui,  connaissant  très  bien  cette  structure, 
ignore  néanmoins  le  nom  très  arbitraire  qu’on  donne  à 
celte  plante  en  tel  ou  tel  pays?  Si  nous  ne  donnons  à 
vos  enfants  qu’une  occupation  amusante,  nous  manquons 
la  meilleure  moitié  de  notre  but,  qui  est,  en  les  amu¬ 
sant,  d’exercer  leur  intelligence  et  de  les  accoutumer  à 
l’attention.  Avant  de  leur  apprendre  à  nommer  ce  qu’ils 
voient,  commençons  par  leur  apprendre  à  le  voir.  Cette 
science,  oubliée  dans  toutes  les  éducations,  doit  faire  la 
plus  importante  partie  de  la  leur.  Je  ne  le  redirai  jamais 
assez;  apprenez-leur  à  ne  jamais  se  payer  de  mots,  et  à 
croire  ne  rien  savoir  de  ce  qui  n’est  entré  dans  leur 
mémoire.  » 

L’herbier  est  un  complément  nécessaire.  Rousseau 
consacre  sa  lettre  VIII  à  tous  les  détails  de  l’installation 
de  l’herbier  :  provision  du  papier,  moment  à  choisir 
pour  la  récolte  des  plantes,  arrangement  et  dessèche¬ 
ment  des  échantillons  ;  mais  la  transcription  de  cès  con¬ 
seils  m’entraînerait  au  delà  des  limites  que  je  me  suis 
assignées. 

L’herbier  bien  compris,  classé  méthodiquement,  forme 


LE  NATURALISTE 


183 


avec  le  cahier  de  croquis  l’aide-mémoire  qui,  au  moment 
voulu,  permet  de  revoir  vite  et  bien  les  observations 
faites  pendant  de  longues  années.  Et  puis,  ces  étiquettes 
couvertes  de  dates,  de  noms  des  lieux  choisis  pour  les 
excursions  favorites,  ne  rappellent-elles  pas,  pendant 
toute  la  vie,  ces  jours  d’insouciante  gaieté  où,  libres 
encore  des  préoccupations  de  la  lutte  pour  l’existence, 
nous  allions,  tous  amis,  cueillir  les  fleurs  fraîchement 
écloses  ? 

Dr  Paul  Girod. 


COQUILLES  NOUVELLES 


Martesia  roseotineta 

Testa  Pholas-Incci  similis  scd  comcntricc  striata  et  rubro 
marginata. 

Dimensions  :  long.  45  millim.,  diam.  26  millim. 

Coquille  oblongue  ovoïde  à  test  assez  solide,  sur  chaque 
valve  se  trouvent  trois  zones  transversales  bien  marquées;  l’an¬ 
térieure,  blanche  avec  une  bande  longitudinale  rose  au  milieu, 
est  très  finement  striée  du  côté  des  crochets,  et  lisse  sur  la 
partie  opposée  :  cette  partie  lisse  est  formée  d’une  pièce  acces¬ 
soire  soudée  au  bord  concave  des  valves  :  la  zone  médiane, 
plus  étroite  vers  le  sommet,  oblique  et  un  peu  déprimée,  est 
recouverte  d’un  épiderme  jaunâtre  formé  de  fines  lamelles 
longitudinales  :  la  zone  postérieure  anguleuse  en  avant,  ar¬ 
rondie  et  frangée  sur  le  bord  libre  est  couverte  d’un  épiderme 
constitué  par  des  lamelles  concentriques  et  imbriquées,  ayant 
comme  aspect  les  barbes  d’une  plume;  les  sommets  sont  recou¬ 
verts  par  quatre  pièces  accessoires  très  longues,  surtout  les 
postérieures;  les  antérieures  sont  soudées  par  leur  extrémité 
antérieure  aux  pièces  accessoires  de  la  face  antéro-inférieure.  A 
l’extrémité  postérieure  existe  une  ouverture  oblongue  en  forme 
de  boutonnière,  bordée  de  chaque  côté  par  deux  ou  trois  col¬ 
lerettes  membraneuses.  A  l’intérieur,  les  valves  sont  ornées,  à 
peu  de  distance  du  bord  dont  il  suit  les  contours,  d’un  liséré 
rouge  ;  une  crête  assez  saillante,  partant  du  sommet  pour 
se  diriger  obliquement  en  bas  et  en  arrière,  divise  ieur'cavité 
en  deux  parties.  Le  cuilleron,  assez  court  et  en  forme  de 
côte,  après  s’étre  dirigé  en  avant,  se  courbe  brusquement  pour 
prendre  une  direction  opposée. 

Hab.  Aden,  dans  les  madrépores. 

Solen  digital!* 

Testa  cylindrica,  latérale  depressa,  albo-rosea,  extremitate 
anticà  oblique  truncata,  posticà  subrotundata,  margina  cardi- 
nali  et  vcntrali  parallelis;  epitesta  luteo-olivacea,  marginibus 
late  excedens.  Intus  albida  aut  leviter  violaceo-tincta,  cardo 
utriusque  valva  unidentatus. 

Dimensions  :  long.  95  à  75  millim.;  larg.  20  à  17  millim.; 
épais.  12  à  10  millim. 

Coquille  cylindriquo  latéralement  déprimée,  à  bords  paral¬ 
lèles  ;  son  extrême  antérieure  obliquement  tronquée  est 
épaissie  en  dedans  par  un  bourrelet  assez  saillant  et  terminée 
en  dehors  par  un  bord  tranchant  sur  lequel  se  prolonge  l’épi- 
test  qui  est  déprimé,  en  dehors,  par  un  petit  sillon  marginal. 
L’extrémité  postérieure,  arrondie  comme  l’extrémité  d’un  ongle, 
est  mince  et  tranchante;  à  la  surface,  d’un  blanc  jaunâtre  légè¬ 
rement  teinté  de  rose,  on  aperçoit  dos  stries  irrégulières  et  peu 
saillantes,  qui  prennant  naissance  sur  le  bord  antérieur,  sui¬ 
vent  dans  leur  contour  les  bords  inférieur  et  postérieur.  Un 
épitest  mince,  brillant  et  d’un  jaune  vert  olive,  s'étale  comme 
un  vernis  sur  les  deux  valves,  dont  il  dépasse  les  bords  de  plu¬ 
sieurs  millimètres.  A  l’intérieur,  la  valve  est  blanche  ou  d’un 
blanc  violacé,  sur  lequel  les  impressions  musculaires  et  pal- 
léalcs  d’une  teinte  plus  claire  se  dessinent  nettement.  La 
charnière  est  formée  d’une  seule  dent  sur  chaque  valve,  dont 
la  surface  de  contact,  assez  étendue  et  plane,  est  perpendicu¬ 
laire  au  bord  de  la  coquille;  en  dehors,  elle  est  soutenue  par 
une  petite  tige  beaucoup  plus  forte  et  plus  saillante  sur  ht 
valve  gauche  (c’est-à-dire  la  valve  qui  couvro  le  côté  gauche 
de  l’animal.) 

Hab.  Aden. 

Dr  Jousseaume. 


L’Ethnographie  à  l’Exposition  de  IHKI.  Bonvalot  et  le 
prince  Henri  d’Orléans. 

Les  objets  ethnographiques  et  les  photographies  de 
divers  types  de  l’Asie  forment  certainement  le  clou  de 
l’exposition  si  brillamment  organisée  au  Muséum  par 
notre  vaillant  explorateur  Bonvalot  et  son  jeune  compa¬ 
gnon  de  voyage  le  prince  Henri  d’Orléans.  Les  visiteurs 
qui  ne  cessent  d’affluer  à  l’exposition,  prolongée  jusqu’au 
31  août,  s’arrêtent  volontiers  devant  les  mannequins  ornés 
de  costumes  bizarres,  devant  la  vitrine  des  bijoux, 
devant  les  objets  de  culte  bouddhiste,  etc.  Mais  pour 
bien  faire  valoir  tout  l’intérêt  que  présente  cette  section 
de  l'exposition,  renfermant  des  objets  que  l’on  voit  en 
grande  partie  pour  la  première  fois  en  France,  il  n’est 
peut-être  pas  inulile  de  donner  une  idée  des  peuplades 
que  les  voyageurs  ont  rencontrées  et  dont  ils  ont  rap¬ 
porté  les  photographies  et  les  objets  ethnographiques. 

Avant  d’arriver  sur  le  plateau  du  Thibet  MM.  Bonvalot 
et  le  prince  d’Orléans  ont  passé  à  travers  le  Turkestan 
oriental  à  la  lisière  du  désert  de  grand  Gobi  ou  Chamo  (1). 
La  population  de  cette  région  se  compose  de  quelques 
centaines  de  familles  «  Tarantchi  »,  agriculteurs  de  race 
turque,  mahométans  pour  la  plupart  et  de  Karakourtchins 
qui  habitent  autour  de  l’extrémité  sud-ouest  du  lac  Lob- 
Nor,  connu  sous  le  nom  de  Kara-Bouran  (Tempête-Noire). 
N’ayant  pas  à  leur  disposition  de  végétation  arborescente 
à  cent  kilomètres  à  la  ronde,  ces  peuplades  sont  obligées 
de  bâtir  leurs  huttes  en  roseaux  et  de  se  servir  souvent, 
en  guise  de  canots,  des  radeaux  construits  en  tiges  de  la 
même  plante;  les  photographies  de  l’exposition  nous 
I  donnent  une  idée  de  ces  habitations  et  de  ces  embarca¬ 
tions  étranges,  en  même  temps  qu’elles  nous  présentent 
le  type  des  indigènes  de  cette  région,  type  qui  rappelle 
celui  des  Kirghiz.  Comme  objets  ethnographiques  venant 
du  côté  de  Lob-Nor  nous  n’avons  remarqué  qu’une 
longue  robe  en  laine  de  chameau  et  des  sandales  en 
peau  d’àne  sauvage. 

Après  la  traversée  des  monts  Altyn-Tagh,  surle  plateau 
de  Zaïsan,  nos  voyageurs  n’ont  pu  faire  rencontre  que 
de  quelques  groupes  de  nomades  Mongols,  les  Sok-pa 
comme  les  appellent  les  Thibétains.  Plus  heureux  que 
le  voyageur  russe  Prjevalski,  ils  n’ont  point  rencontré 
ensuite  sur  le  plateau  de  Thibet  des  hordes  de  pillards 
Golikon  Kolo,  population  du  Thibet  oriental  apparentée 
probablement  aux  Loi  os  et  aux  Mosso  de  l’Indo-Cliine; 
ces  Golik  s’aventurent  souvent  jusqu’au  voisinage  des 
passes  des  monts  Tangla  que  traversent  les  caravanes 
des  pèlerins  mongols  allant  à  Lhassa,  ville  sacrée 
des  Bouddhistes-Lamaïtes.  Ce  n’est  qu’au  sud  de  la 
chaîne  de  Tangla,  que  commencent  les  campements  des 
Thibétains  nomades  sur  lesquels  nous  allons  nous  arrêter 
un  peu  plus  longuement,  car  la  plupart  des  objets  de  la 
collection  ethnographique  se  rapportent  aux  Thibétains 
nomades  ou  sédentaires.  Nous  ne  mentionnons  que  pour 
mémoire  quelques  objets  recueillis  sur  la  route  ultérieure 
à  travers  la  province  chinoise  de  Yun-nan  et  le  Tonkin: 
vêtements  des  Lolos,  armes  tonkinoises,  etc. 

L’on  connaît  d’après  les  descriptions  sommaires  des 
voyageurs  que  les  Thibétains  appartiennent  à  la  race 
mongole,  mais  jusqu’à  présent  les  anthropologistes 
n’avaient  presque  pas  d’éléments  pour  étudier  cette  po¬ 
pulation;  c’est  à  peine  si  l’on  connaît  quelques  crânes 


184 


LE  NATURALISTE 


thibétains  et  l’on  ne  possède  des  mesures  et  des  observa¬ 
tions  anthropologiques  que  sur  les  habitants  du  «  petit 
Thibet  »,  Ladakis  et  Tchatnpa,  soumis  au  Maharadja  du 
Cachemire  et  dont  le  pays  est  accessible  aux  voyageurs 
européens.  A  défaut  d’observations  on  se  contente  de 
photographies,  mais  là  encore,  pénurie  extrême  de  do¬ 
cuments.  Quelques  photographes  hardis  ont  déjà  braqué 
leur  objectif  sur  les  Lepcha,  Thibétains  méridionaux  du 
Sikkim  (Indes Britanniques)  et  même  sur  les  indigènes  du 
Nepaul  et  du  Boutan  ;  le  voyageur  russe  Verechtchgahin 
a  bien  peint  plusieurs  portraits  superbes  des  mêmes  Bou- 
tans  ;  mais  en  ce  qui  concerne  les  Thibétains  du  Nord,  on 


et  les  Mosso  du  Tibet  oriental  et  de  l’Indo-Chine  de  l’avis 
de  Prjewalski  et  de  Fr.  Garnier. 

Les  photographies  de  la  collection  nous  donnent  aussi 
une  idée  des  habitations  des  Thibétains  montagnards  de 
l’Est  —  pauvres  huttes  en  pierres  ou  en  bois,  blotties 
entre  les  rochers,  —  en  même  temps  qu’elles  nous  mon¬ 
trent  les  tentes  noires  des  nomades  du  Thibet  septen¬ 
trional. 

Mais  la  partie  la  plus  riche  de  la  collection  est  celle 
qui  se  rapporte  au  costume. Un  des  mannequins  estaffub  lé 
d'un  «  complet  »  thibétain  qui  se  compose  des  pièces 
suivantes  :  l°Une  robe  (Kiouba)  longue  et  large,  en  laine, 


D 

Fig.  i.  —  Objets  ethnographiques  du  Thibet.  A,  Briquet.  B,  Sonnette.  C,  Sceptre  des  Lamas.  D,  Chalumeau  en 


en  était  réduit  jusqu’à  présent  aux  dessins  faits  par  la 
main  inexpérimentée  d’un  dessinateur  d’occasion,  M.  Ro- 
borovski,  compagnon  de  route  du  général  Prjévalski.  C’est 
donc  pour  lapremière  fois  que  l’on  pouvait  voir  en  Europe 
les  photographies  des  Thibétains  du  Nord,  et  la  collection 
de  MM.  Bonvalot  et  le  prince  d’Orléans  est  suffisante 
pour  donner  une  idée  générale  du  type  de  cette  popu¬ 
lation.  Ce  sont  certes  des  Mongols,  mais  des  Mongols  se 
rapprochant  plus  des  Toungour  que  des  Kalmouks.  Tout 
en  ayant  les  cheveux  droits,  lisses,  rugueux,  les  pom¬ 
mettes  saillantes,  les  yeux  bridés,  obliques,  à  paupière 
supérieure  retournée  vers  le  globe  oculaire  (caractères 
communs  à  tous  les  Mongols),  les  Thibétains  du  Nord 
ont  la  joue  plus  allongée,  le  nez  plus  grossier,  les  lèvres 
plus  lippues,  la  bouche  plus  largement  fendue,  le  teint 
plus  foncé  que  les  Mongols  proprement  dits  IKalmouks 
et  Khalkha);  par  tous  ces  caractères  ils  rappellent  plutôt 
les  Toungour.  Plusieurs  physionomies  dénotent  un  mé¬ 
lange  de  sang  aryen  et  font  penser  aux  Tsiganes 
auxquels  d’ailleurs  ressemblent  aussi  les  Kolos  ou  Lolos 


doublée  de  fourrure  et  ceinte  de  façon  à  former  une 
partie  bouffante  au-dessus  de  la  taille  et  descendant 
jusqu’aux  genoux  ;  ordinairement  on  ne  passe  pas  le  bras 
droit  dans  la  manche  de  cet  habit,  et  même  en  hiver,  le 
bras  reste  nu  (car  les  Thibétains  ignorent  l’existence 
des  chemises  ou  d’autre  linge  sous  le  vêtement).  2°  Des 
jarretières  ou  mieux  des  genouillères  ( Lhamdjim ).  3°  Des 
bottes  en  feutre  ou  en  laine  à  semelle  de  cuir.  4°  Un 
grand  sabre  droit  (Tsoussa)  porté  en  travers  sur  le  ventre 
sous  la  ceinture,  et  un  fusil  à  mèche  (Meda)  avec  sa 
fourche  d’appuie  et  son  fourreau  en  peau  de  marmotte. 
Enfin,  5°  divers  objets  attachés  à  la  ceinture  :  poire  à 
poudre  ( Dzekhou ),  sac  à  balles  ( Donkhou ),  sac  à  mèches 
(Mekenhou),  auxquels  il  faut  joindre  un  couteau,  un  bri¬ 
quet  (flg.  d,  à  gauche)  et  un  sac  pour  les  menus  objets. 
Le  mannequin  ne  porte  point  de  chapeau  et  cela  répond 
à  un  état  de  chose  réel,  car  souventles  Thibétains  pauvres 
s’en  passent  ou  enveloppent  leur  tête  d’un  mouchoir; 
cependant  ils  ont  des  loques  et  des  chapeaux  garnis  de 
fourrures  et  souvent  très  artistement  ornés.  La  façon  de 


LE  NATURALISTE 


183 


porter  la  robe  formant  un  vaste  sac  au-dessus  de  la  cein¬ 
ture  est  très  pratique,  étant  donnés  le  climat  froid  du 
pays,  et  les  mœurs  nomades.  Le  jour,  la  partie  bouffante 
de  la  robe  sert  de  poche  où  l’on  conserve  la  jatte,  le  mou¬ 
choir,  le  sac  à  tabac,  les  provisions  de  bouche,  le  moulin  à 
prières,  bref,  tous  les  objets  indispensables;  en  mêm^ 
temps  la  robe  se  trouve  relevée  jusqu'aux  genoux  et  ne 
gène  point  pendant  la  marche.  Arrive  la  nuit,  et  pour  se 
coucher,  on  n’a  qu’à  dégraffer  la  ceinture  et  laisser  des¬ 
cendre  la  robe  jusqu’aux  talons  pour  la  transformer  en 
une  couverture.  L'habillement  qne  nous  venons  de  dé¬ 
crire  est  celui  d’un  homme  du  peuple.  Les  Thibétains 
riches,  marchands,  fonctionnaires,  etc.,  s’habillent  des 
robes  et  tuniques  de  soie  bleue,  verte  ou  noire  (le  rouge 
et  le  jaune  étant  réservés  aux  prêtres  et  aux  hauts 
fonctionnaires),  ornées  de  broderies  et  se  coiffent  de 
chapeaux  ronds  garnis  de  franges  en  effilé  de  soie 
rouge,  etc.  Mais  ce  sont  les  bottes  qui  indiquent  sur¬ 
tout  les  distinctions  sociales  :  Jes  botte;  brunes  sont 
réservées  aux  petits  mandarins,  les  bottes  rouges  ou 
violettes  au  bas  peuple;  les  bottes  couleur  arc-en-ciel 
aux  «  Kalouns  »  ou  fonctionnaires  élevés,  etc.  Le  costume 
de  femmes  riches  diffère  peu  de  celui  des  hommes.  On 
en  voit  un  spécimen  dans  la  collection  à  côté  d’une  cein¬ 
ture  de  jeune  fille  en  cuir  garnie  de  pierres  blanches 
(ou  de  coquilles?)  polies  et  qui  se  met,  paraît-il,  à  même 
le  corps,  sous  les  habits. 

(A  suivre .) 

J.  Deniker. 

CONSERVATION  DES  ANIMAUX  MARINS 

(Suite.) 


40  41 

Fig.  40.  Pantopoda,  Pygnogonum.  —  Fig.  4L  Pantopoda, 
Nymphon  gracile. 


Crnstacea.  —  Les  Cladoceres  marins  sont  tués  parle  su¬ 
blimé  concentré,  ou  par  quelques  gouttes  d’acide  osmique  à 
1  0/0  dans  l’eau  de  mer  où  ils  se  trouvent.  —  Les  Ostracodes  sont 


mis  directement  dans  l’alcool  à  70”.  —  Les  Copépodes  libres  sont 
tués  dans  une  solution  de  sublimé  concentré  dans  l’eau  de  mer; 
les  parasites  sont  tués  de  même,  ou  plongés  directement  dans 
l’alcool  faible.  —  Parmi  les  Cirrhip'edes,  les  Le  pas,  Concho- 
deima,  etc.,  sont  tués  dans  l’alcool  à  30°;  les  ISalanus,  etc., 
sont  tués  dans  l’alcool  à  70°;  les  Sacculina,  Peltogaster,  etc., 
sont  laissés  pendant  la  minutes  dans  un  mélange  d’alcool  à 
90»  et  de  sublimé  concentré  à  parties  égales,  puis  passés  dans 
l’alcoul  à  70°.  — Los  Amphipodes  se  préparent  dans  l’alcool  à 70°; 
les  formes  transparentes  sont  tuées  dans  le  sublimé  concentré. 
—  Les  Isopodes sont  tués  directement  dans  l’alcool  à  70°,  excepté 
les  Bopyridæ  et  les  Entoniscidss  qui  sont  tuées  dans  le  mélange 
d'alcool  à  90»  et  de  sublimé  concentré  à  parties  égales.  -  Les 
Cumacea,  Slomapoda  sont  tués  directement  dans  l’alcool,  les 
larves  transparentes  de  Slomapodes  sont  tuées  dans  le  sublimé 
concentré.  Les  Schizopoda  dans  l’alcool  directement.  —  Deca- 
poda  :  faire  mourir  dans  l’eau  douce  et  transporter  dans  l’alcool  ; 


Mollusca.  —  Pour  préparer  les  Lamellibranches  avec  les 
valves  ouvertes,  on  narcotise  dans  l’eau  de 
on  laisse  de  6  à  12  he 
Les  Lima  seront  tuées  par  l’acide  chromique  à  1/4  0/0.  —  Les 
Dentalium  s’anesthésient  par  l’hydrate  de  chloral  au  2/ 1000e, 
en  laissant  12  à  24 'heures  ou  plus  :  on  passe  ensuite  dans  l’al¬ 
cool  à  70».  —  Gastropoda  Prosobranchia:  Les  Placophores,  Pa- 
tellidsr,  Fissurellidæ,  Haliotidæ  se  préparent  étendus  avec  de 
l’eau  de  mer  alcoolisée.  Sa t ica  Josephinia  est  fixée  par  l’addi¬ 
tion  graduelle  à  l’eau  de  mer  do  l'alcool 
à  70°;  puis  on  tue  en  versant  rapide¬ 
ment  de  l'acide  acétique  concentré  et 
on  transportant  ensuite  rapidement  dans 
l’alcool  faible.D 'autres  espèces  après  im¬ 
mersion  dans  l’eau  douce  et  l’eau  de 
mer  en  parties  égales,  sont  fixées  par 
l’acide  acétique.  —  Heteropoda  :  Les 
Allantidæ  s’anesthésient  par  l’eau  alcoo¬ 
lisée  en  y  restant  de  6  à  12 
là  on  met  dans  l’alcool, 
sont  tuées  par  immersion  dans  le  ! 


Les  Jhtllidæ  s’anesthésient  dans  le  mé¬ 
lange  d’eau  douce  et  d’eau  de  mer;  on 
tue  ensuite  dans  l’acide  acétique  con¬ 
centré  et  on  transporte  dans  l’alcool. 
Gastropteron  Meckelii  se  fixe  dans  la 
liqueur  de  Klcincnbcrg.  Doriditim  et 
'  '  "  dans  l’eau 
ito  dans  l’a¬ 


cide  acétique,  puis  transportés  en  alcool. 

Philine  est  tué  en  versant  brusquement  de  l'acide  acétique  con¬ 
centré.  Pleurophyllidia  :  on  anesthésie  par  l’eau  de  mer  alcoo¬ 
lisée  et  on  tue  après  par  l’acide  acétique  concentré.  Aplysia 
limacina  et  Punctata  sont  fixées  dans  l’acide  chromique  à  1  0/0 
et  laissées  de  la  à  60  minutes.  Aplysia  depilans  est  laissée 


186 


LE  NATURALISTE 


12  heures  dans  l’hydratc  de  chloral  à  1/1000'  et  fixé  comme  les 
espèces  précédentes.  Pleurobranchea  Meckeiii,  acide  chro- 


Pig.  43.  — Mollusca,  Aphysia  depilans. 


inique  à,  10/0.  Pleurobranchus  Meckeiii  et  Testudinariiis  sont 
tués  dans  l’acide  chromique  à  5  0/0  et  transportés  ensuite  dans 
l’acide  chromique  à  1  0/0.  Umbrella  :  on  tue  lentement  dans 


Fig.  44.  Mollusca,  Pleurobranchus.  —  Fig.  43.  Mollusca,  Do- 
riS'  _  Fig.  46.  Mollusca,  lda.Ua. 


l’eau  de  mer  alcoolisée  et  on  passe  dans  l’alcool  faible.  Les 
Elvsiidæ  et  Æolidiidæ  sont  tuées  par  l’acide  acétique  concentre, 
Phylirrhoe  bucephalum  est  fixé  dans  le  mélange  chromo-osmi- 
nuc  Doris,  Chromodoris,  etc.  :  on  anesthésie  en  ajoutant  peu 
à  peu  de  l’alcool  à  70°  à  l’eau,  puis  on  tue  avec  du  sublime 
concentré  bouillant.  Triopa,  ldalia,  Polyccra,  sont  fixes  avec 


Fig.  47.  Mollusca,  Tritonia.  —  Fig.  48.  Mollusca,  Thetliys. 

Fig.  49.  Mollusca,  Loligo. 

l’acidc  acétique  concentré.  Tritonia  :  on  immerge  les  gros  dans 
l’eau  douce  on  mettant  quelques  gouttes  d’acide  acétique,  on 
durcit  dans  l’acide  chromique  à  1/2  0/0.  Tethys  :  on  verse  dans 
l’eau  de  mer  de  l’acide  acétique  concentré  en  quantité  égale  à 
celle  de  l’eau  :  on  enlève  le  liquide  et  on  lui  substitue  de  l’a¬ 
cide  chromique  à  1  0/0  et  on  met  ensuite  dans  l’alcool  faible. 
—  Pteropoda  :  les  Uyaleidæ  sont  fixés  parle  sublimé  concentré: 
deux  minutes  après  on  lave. 

Creseis  acicula  se  prépare  avec  l’eau  de  mer  alcoolisée.  Les 
Gymnosomes  sont  mis  pendant  6  à  12  heures  dans  l’hydratc 
de  chloral  à  1  /1000e,  puis  tués  par  l’acide  acétique. —  Cephalo- 
poda:  les  préparations  réussissent  bien  quand  les  animaux  sont 
plongés  vivants  dans  des  liquides,  ceux  qui  sont  déjà  morts 
sont  laissés  une  heure  dans  l’eau  de  mer,  et,  ensuite,  il  sera  bon 


de  fixer  dans  l’acide  chromique  à  1  0/0  pendant  15  à  60  mi¬ 
nutes.  Les  formes  transparentes,  telles  Loligopsis,  Verania  sont 
immergées  dans  le  liquide  de  Kleinenbcrg,  et  une  heure  après 
transportés  dans  l’alcool  faible. 

[A  suivre .)  P.  G. 

LES  PREMIERS  ÉTATS 

de  la  SPILODES  ÆRUGINALIS ,  HB 

Lépidoptères  de  la  famille  des  Botydes 

La  Spilodes  æruginalis  est  sans  contredit  une  de  nos  plus 
belles  botydes.  Ses  taches  et  ses  bandes  d’un  brun 
verdâtre  qui  ornent  le  fond  blanc  de  ses  ailes,  la  carac¬ 
térisent  suffisamment  et  lui  donnent  un  relief  tout  spé¬ 
cial  dans  la  série  de  ses  congénères  aux  couleurs  un 
peu  trop  monotones. 

Si  nous  pouvons  la  compter  parmi  les  espèces  fran- 
ç  aises,  —  sa  découverte  en  France  est,  en  effet,  assez 
récente,  —  nous  le  devons  au  père  de  M.  G.  Dupuy, 
entomologiste  fort  zélé,  d’Angoulême,  qui  la  captura  le 
premier  en  1868  sur  certains  coteaux  des  environs  d'An- 
goulême. 

Comme  ce  papillon  n’a  été  trouvé  que  sur  les  coteaux 
où  poussent  de  nombreux  plants  d ’Artemisia  camphorata, 
et  comme  on  le  fait  toujours  partir  des  touffes  de  cette 
plante,  on  a  toujours  pensé  que  la  chenille  devait  se 
nourrir  de  cette  Artemisia,  et  cependant,  malgré -des 
recherches  très  fréquentes  et  très  minutieuses,  la  che¬ 
nille  restait  introuvable. 

En  juin  1889,  M.  G.  Dupuy,  sur  mes  indications,  par¬ 
vint  à  obtenir  des  pontes  de  Y  Æruginalis  qu’il  s’empressa 
de  m’envoyer  avec  plusieurs  plants  d  ’Artemisia  cam¬ 
phorata. 

L’éducation  de  cette  chenille  fut  rapide,  et  grâce  à 
l’obligeance  de  M.  Dupuy  qui  renouvela  à  plusieurs 
reprises  ma  provision  de  plants  <ï Artemisia,  elle  fut  ter¬ 
minée  dans  la  première  quinzaine  de  juillet. 

Œuf.  —  L’ Æruginalis  pond  ses  œufs  par  petits  amas 
ou  mieux  par  petites  plaques  composées  d’un  nombre 
variable  d’œufs,  généralement  six  à  huit,  empiétant  les 
uns  sur  les  autres,  la  partie  antérieure  de  l’un  couvrant 
la  partie  postérieure  de  l’autre  ;  on  peut  dire  d’eux  qu’ils 
sont  imbriqués,  au  sens  botanique  du  mot.  L’œuf  est  très 
aplati,  à  peine  renflé  au  centre;  son  élévation  n’atteint 
certainement  pas  un  dixième  de  millimètre  ;  dans  le  sens 
horizontal,  il  est  elliptique  un  peu  allongé  :  sa  surface 
est  comme  chiffonnée  longitudinalement,  sa  couleur  est 
jaune  verdâtre. 

Un  ou  deux  jours  avant  l’éclosion,  le  côté  antérieur 
devient  noir  :  c’est  la  tête  de  la  chenille  qui  apparaît  à 
travers  la  coquille. 

Chenille.  —  A  voir  des  œufs  si  aplatis,  on  se  demande 
comment  une  chenille  peut  se  former  et  tenir  sous  leur 
coquille  ;  il  est  vrai  que  sur  les  derniers  jours  ces  œufs 
semblent  s’exhausser  au  centre,  mais  si  peu,  si  peu  ! 

Huit  à  dix  jours  après  la  ponte,  selon  la  température, 
la  petite  chenille  sort  de  l’œuf.  Elle  est  vive,  allongée, 
de  grosseur  presque  égale,  un  peu  aplatie  en  dessous. 
—  Tête  forte,  très  aplatie  en  avant,  d’un  beau  noir  bril¬ 
lant  ;  écusson  du  premier  segment  brun  très  foncé.  Le 
corps  est  d’un  blanc  sale  légèrement  teinté  de  verdâtre, 
les  points  verruqueux  noirs  surmontés  d’un  poil  brun  ; 


LE  NATURALISTE 


187 


les  pattes  écailleuses  et  membraneuses  de  même  couleur 
que  le  corps. 

Placée  sur  les  pousses  (VArtemisia  camphorata,  elle 
s’entoure  immédiatement  de  quelques  fils  de  soie  clair¬ 
semés  et  mange  avidement.  Elle  devient  alors  plus 
verte,  ses  points  noirs  s’accentuent,  et  l'on  peut  déjà 
distinguer  la  vasculaire  qui  apparaît  plus  foncée. 

La  première  mue  s’effectue  quatre  jours  après  la  nais¬ 
sance  de  la  chenille  et  opère  de  notables  changements 
dans  l’état  de  celle-ci.  La  tête  n’est  plus  noire,  mais  d’un 
roux  plus  ou  moins  foncé  et  ornée  en  son  milieu,  près  de 
la  suture  des  deux  lobes,  de  deux  gros  points  noirs,  les 
ocelles  sont  noirs.  Quant  au  corps,  il  présente  tous  les 
caractères,  lignes,  points,  etc.,  que  possédera  la  chenille 
une  fois  adulte,  à  un  plus  grand  développement. 

Tout  en  grandissant,  la  chenille  d 'Æruginalis  ne  cesse 
de  s’entourer  de  fils  soyeux,  d’en  accroître  le  nombre  et 
la  longueur;  elle  finit  par  se  confectionner  une  sorte  de 
galerie  soyeuse  à  tissu  très  lâche  dans  laquelle  elle  cir¬ 
cule  très  librement,  très  à  l’aise,  et  qui  la  conduit  aux 
sommités  des  pousses  (VArtemisia,  dont  elle  se  montre  très 
friande. 

Un  plaisir  pour  elle,  c’est  de  se  mouvoir  en  plein 
soleil  :  sous  l’influence  de  ses  chauds  rayons,  elle  va, 
vient,  se  remue,  s’agite,  semble  heureuse  de  vivre  et 
mange  et  dévore  sa  plante  avec  une  satisfaction  non 
déguisée. 

Ce  goût  du  mouvement,  cet  amour  du  déplacement  ne 
lui  font  pas  cependant  oublier  ses  habitudes  de  pru¬ 
dence;  aussi  ne  fait-elle  jamais  un  pas  hors  de  sa  retraite 
sans  avoir  tendu  au  préalable  quelques-uns  de  ces  fils 
de  soie  qui,  elle  en  est  persuadée,  lui  constituent  un  sûr 
abri.  Tout  le  ‘plant  d 'Artemisia  ne  tarde  pas  à  en  être 
couvert  et  quand  les  chenilles  en  ont  mangé  les  feuilles 
et  qu’il  n’en  reste  plus  que  les  tiges  dénudées,  il  offre 
absolument  le  même  aspect  que  présente  une  branche  de 
fusain  dévastée  par  une  famille  d 'Hyponomeuta  cagna- 
gellus,  tant  il  est  chargé  de  tissus  soyeux...  et  d’excré¬ 
ments 

11  n’eût  vraiment  pas  été  d’un  bon  observateur  de  lais¬ 
ser  sans  solution  une  question  qui  devait  tout  naturelle¬ 
ment  se  présenter  à  l’esprit:  1  'Æruginalis  vit-elle  exclu¬ 
sivement  de  VArtemisia  camphorata ?  Ne  mangerait-elle 
pas  d’autres  plantes,  d’autres  Artemisia,  au  moins? 

Ayant  sous  la  main  les  Artemisia  campestris  et  vulgaris, 
je  pouvais  tenter  l’expérience.  J’offris  donc  à  mes  che¬ 
nilles  de  jeunes  pousses  de  ces  deux  Artemisia.  Elles 
goûtèrent  bien  aux  feuilles  les  plus  tendres,  elles  en 
mangèrent  un  peu,  mais  comme  en  rechignant  et  du 
bout  des  mandibules;  finalement,  elle  les  délaissèrent 
tout  à  fait,  ne  les  trouvant  pas  à  leur  convenance. 

De  mue  en  mue  —  elle  en  subit  cinq  dans  le  cours  de 
son  existence,  —  la  chenille  d 'Æruginalis  arrive  enfin 
à  toute  sa  taille,  à  son  complet  développement.  Elle 
mesure  alors  32  millimètres  environ  ;  sou  corps  a  la 
forme  commune  aux  chenilles  de  Botydes,  très  légère¬ 
ment  atténué  aux  extrémités;  sa  couleur  est  d’un  vert 
assez  gai  un  peu  jaunâtre,  rappelant  le  ton  de  la  plante 
nourricière.  Sur  le  dos  se  trouvent  quatre  lignes  blan¬ 
châtres  continues,  encadrant  les  trapézoïdaux,  et  sur  les 
côtés  une  large  bande  stigmatale  de  même  couleur  sur 
lesquelles  s’appuient  les  points  verruqueux  supraslig- 
mataux  ;  il  faut  encore  mentionner  une  bande  ventrale 
également  blanchâtre  et  bien  continue.  Les  points  verru¬ 
queux  sont  d’un  beau  noir  brillant  :  les  plus  forts  sont 


les  latéraux  des  trois  premiers  segments  ;  les  plus  petits 
sont  les  deuxièmes  trapézoïdaux  de  chaque  segment; 
leur  poil  est  blond.  Stigmates  à  péritrême  noir. 

La  tète  est  cordiforme,  d’un  blanc  jaunâtre  et  couverte 
de  mouchetures  rousses  avec  quelques  points  noirs  dont 
les  plus  gros  sont  ceux  signalés  plus  haut  et  se  trouvent 
en  avant.  Organes  buccaux  roux,  filière  blanchâtre  à 
pointe  ferrugineuse. 

Ecusson  du  premier  segment  bordé  latéralement  de 
brun  noir  et  chargé  de  points  noirs  de  diverses  gros¬ 
seurs.  Clapet  blanchâtre  pointillé  de  noir. 

Pattes  écailleuses  de  la  couleur  du  fond  avec  quelques 
taches  et  cercles  noirs,  ergots  roux  ;  pattes  membra¬ 
neuses  concolores  et  de  la  forme  commune  aux  chenilles 
de  Botydes,  c’est-à-dire,  comme  les  appelaient  les  ento¬ 
mologistes  du  siècle  dernier,  à.  jambes  de  bois. 

Vingt-cinq  à  trente  jours  après  son  éclosion  de  l’œuf, 
la  chenille  de  l’ Æruginalis  est  prêle  à  se  transformer.  Sa 
couleur  perd  alors  de  sa  vivacité  ;  elle  devient  jaunâtre, 
pâle.  Elle  ne  mange  plus,  et  ne  tarde  pas  à  quitter  son 
habitation  tendue  de  fils  de  soie  pour  gagner  le  sol, 
où  presque  à  la  surface  elle  se  construit  une  coque  spa- 
tieuse  dans  laquelle  elle  s’étend  et  se  repose  dans  une 
immobilité  volontaire  et  passe  ainsi  l’été,  l’automne 
et  l’hiver  et  attend  la  venue  du  printemps  pour  se 
transformer  en  chrysalide. 

Chrysalide.  —  La  coque  mesure  environ  18mm  de  long  sur 
7  à  8  de  large  :  elle  est  cylindrique  et  arrondie  aux  extré¬ 
mités.  La  soie  dont  elle  est  formée  est  d’une  finesse 
extrême,  le  tissu  en  est  très  serré  et  très  résistant  ; 
l’intérieur  est  lisse  et  luisant,  l’extérieur  est  grippant  et 
chargé  de  grains  de  terre  retenus'  solidement  à  l’enve¬ 
loppe.  La  soie  est  de  couleur  jaune  clair,  parfois  brune 
à  l’extrémité  par  laquelle  doit  sortir  le  papillon. 

La  chrysalide,  qui  mesure  9  millimètresde  Iongueursur 
2  à  3  de  largeur,  est  donc  relativement  courte  et  presque 
cylindrique.  La  partie  antérieure  est  un  peu  proémi¬ 
nente;  le  thorax  est  robuste  ;  les  segments  abdominaux 
sont  libres  ;  l’extrémité  anale  est  large,  aplatie,  arron¬ 
die  en  éventail,  d’où  partent  huit  à  dix  petites  soies 
raides. 

Comme  couleur,  elle  est  d’un  jaune  de  miel,  plus  foncé 
sur  toute  la  partie  thoracique,  aux  incisions,  aux  ptéro- 
thèques  et  à  l’anus,  mais  plus  clair  et  presque  blanch⬠
tre  à  l’abdomen. 

L’extrémité  de  l’enveloppe  des  pattes  (2e  et  3e  paires), 
libre  et  détachée  de  l’abdomen,  dépasse  les  ptéro- 
thèques. 

Les  stigmates  sont  jaunes  de  miel,  la  dernière  paire 
est  plus  saillante. 

C’est  à  l’obligeance  de  M.  Delamain,  de  Jarnac  (Cha¬ 
rente),  que  je  dois  de  pouvoir  décrire  la  chrysalide  de  la 
Spilodes  æruginalis.  M.  IL  Delamain,  ayant  de  son  côté 
fait  l’éducation  de  cette  chenille  en  1889,  en  a  surveillé 
attentivement  le  moment  de  la  transformation  et  ce  n’est 
qu’au  commencement  de  juin  1890  qu’il  a  obtenu  la  pre¬ 
mière  chrysalide  et  a  eu  la  bonté  de  me  l’envoyer. 

Mais  si  l’on  veut  bien  remarquer  que  d’habitude  c’est 
au  commencement  de  juin  qu’apparaît  le  papillon,  si 
l’on  veut  se  souvenir  en  outre  que  le  printemps  de 
1890  s’est  signalé  tout  particulièrement  par  ses  intempé¬ 
ries  et  son  manque  de  chaleur,  on  admettra  que  le  mois 
de  juin  ne  peut  être  l’époque  normale  de  la  clirysalida- 
tion  de  la  Spilodes  æruginalis.  Il  faut  la  placer  à  une  date 
antérieure,  et  je  crois  être  dans  le  vrai  en  indiquant 


188 


LE  NATURALISTE 


comme  moyenne  la  période  de  temps  qui  s’écoule  du 
20  avril  au  20  mai. 

Le  papillon  éclôt  une  vingtaine  de  jours  après. 

Dans  un  prochain  article,  je  donnerai  la  description  de 
la  Spilodes  vertical is  L.  =  einctalü  Tr. 

P.  Chhktien. 

LA  NOUVELLE  FLORE  DES  CHAMPIGNONS  ” 


MM.  J.  Costantin  et  L.  Dufour  viennent  de  publier  une 
Nouvelle  Flore  des  Champignons  pour  la  détermination  facile 
de  toutes  les  espèces  de  France  et  de  la  plupart  des  espèces 
européennes,  avec  3842  figures. 


Le  grand  succès  mérité,  obtenu  par  la  nouvelle  flore  de 
MM.  Bonnier  et  de  Layens,  ont  engagé  les  auteurs  à  employer 
une  méthode  analogue  d’exposition  ;  ils  y  ont  pleinement  réussi. 
Comme  dans  l’ouvrage  de  MM.  Bonnier  et  de  Layens  les  mots 
techniques  sont  bannis  autant  que  possible;  des  caractères 
facilement  appréciables  à  l’œil  nu  servent  aux  déterminations. 
Nous  figurons  ci-contre  deux  pages  de  l’ouvrage,  qui  donne¬ 
ront  une  idée  de  l’exposition  de  ces  tableaux  synoptiques. 

En  parcourant,  disent  les  auteurs  dans  leur  préface,  les  di¬ 
verses  flores  publiées  depuis  60  ans,  on  pourrait  croire  que  les 
Champignons  ne  font  pas  partie  du  règne  végétal.  Le  moment 
est  venu  de  réhabiliter  les  plantes  dédaignées  ;  les  progrès  de 
nos  connaissances  permettent  aujourd’hui  de  mettre  à  la  portée 
de  tons  une  science  attrayante,  qui  n’a  été  jusqu’à,  ce  jour  que 
l'apanage  de  quelques  privilégiés.  Parmi  les  causes  qui  ont 


*  Pied  lisse 


gn 


dations. 


olorant  m  bleu.  ->  1338.  B.  badius. 

site  sur  les  Seleroderma. 
icd  granulé ,  jaunâtre,  blai 
ou  jaune  abricot  pâle,  3-6 

non  <  lettes  laiteuses.  _Q . 

parasite.  I  §  Pied  lisse;  chapeau  jaune 
l  nus,  var.  jnitis  Kr. 


/  A  Esf 
J  A  Espèce 


->  1339  B  parasiticus. 

Dchàtre  à  la  base  ;  chapeau  brun  (B-îJÎ-©) 
c.  ;  pores  jaunâtres  couvert  de  goutte- 


fauve  ou  abricot.  1345.  B.  bovi- 


1350.  B.  granulatus  L. 

B.  granulé  ;  e-a.  C.  >î< 


66.  FISTULINA  Bull.  FISTULINE.  —  Planche  47,  p.  156.  —  Champignons  charnus,  à  pied  latéral  ou  nul,  à  tubes 

normalement  séparés  les  uns  des  autres;  poussant  sur  les  arbres. 

Chapeau  épais,  rouge  (R)  ou  roux,  foncé,  généralement  fixé  par  le  côté  ;  chair  rougeâtre,  aigrelette,  succulente  ;  1351.  F.  hepatica  Huds. 
pores  ronds,  blanc,  crème  puis  rosés.  _Q_  [Langue  de  bœuf,  Foie  de  bœuf.]  (Troncs  d'arbres)  F.  foie  ;  e-a.  C.  >J< 

67.  POROTHELIUM  Fr.  POROTHÈLE.  —  Planche  47,  p.  15G.  —  Champignons  étalés  en  croûte  mince,  présentant  des 

papilles  indépendantes  les  unes  des  autres,  s’ouvrant  au  fommet  et  s* allongeant  m  tubes. 
O  Pores  ayant  la  forme  d’une  urne  ;  croûte  blanche  ou  jaune  crème,  frangée  au  bord  dans  la  forme  type,  1352.  P.  fimbriatum  Pers. 

non  frangée  dans  la  var.  Friesii  Mont.;  pores  groupés  par  places,  blancs,  bordés  d'un  liséré  incarnat .  P.  frangé  ;  p.  R. 

(Troncs  d’arbres.) 

G  Pores  ayant  la  forme  d’une  coupe;  croule  blanche  à  bord  découpé;  pores  blancs .  1353*.  P.  Vaillantii  Fr. 

\  sur  les  arbres  P  e-a  R 

68.  MERXJLIUS  Pers.  MÉRULE.  —  Planche  47,  p.  156.  —  Champignons  mous,  sans  pied ,  à  hyménium  présentant  des 

plis  sinueux  réunis  en  un  réseau  peu  élevé  ;  poussant  sur  le  bois. 

1354.  M  tremellosusSchrad. 
M.  tremblotant  ;  a.  AC. 

1355.  M.  papyrinus  B. 

M.  papier  ;  a.  AC. 

1356*.  M.  niveus  Fr. 

M.  blanc  dr  neige  ;a.  AR. 
1357*.  M.  aureus  Fr. 

M.  doré  ;  e.  R. 

1358.  M.  himantioides  Fr 
M.  en  courroie;  a.  R. 

1359.  M.  molluscusFr. 

—  M.  mou;*.  AR. 


□  Un  ch 
peau 
séparé  d 


^  O  Espèce  gélatineuse,  à  contours  irréguliers;  hyn 
j  O  Espèce  (  (  Chapeau  finement  velouté ,  blanchâtre 
(  latine  use.  (  (  Chapeau  glabi'e,  blanc  de  neige;  hym 

/  S  Croûte  jaune  d'or ,  à  bordure  blanche . 

(B),  lilas  pâle  au  bord  ;  plis  ro 

orangés. . . . 

f  Croûte  d’un  blanc  hyalin  ;  plis  glauque  verdâtre, 
on  frangée  au  bord.  ( Voyez  la  suite  de  l'analyse ,  | 


=  Croûte  ]  /  Croû 
frangée  < 

au  bord,  1  f  Croûte  blanchâtre  ;  plis  incarnats 


(1)  Nouvelle  Flore  des  Chammgnons,  pour  la  détermination 
facile  de  toutes  les  especes  de  France  et  de  la  plupart  des  es¬ 
pèces  européennes  avec  3842  figures,  par  MM.  J.  Costantin  et 
L.  Dufour.  Prix  relié  toile  anglaise,  6  francs,  franco  6  fr.  40 
(aux  bureaux  du  journal). 


empêché  la  vulgarisation  de  l’étude  des  Champignons,  on  peut 
signaler,  en  effet,  le  manque  absolu  d’ouvrages  pratiques,  à  la 
portée  de  tous. 

MM.  Costantin  et  Dufour  ont  essayé  de  modifier  cet  état  de 
choses  et  on  peut  dire  que  le  résultat  obtenu  est  analogue  au 


I, E  NATURALISTE 


18‘J 


succès  de  la  nouvelle  flore  de  MM.  Bonnier  et  de  Lâyens. 
L’emploi  du  microscope  dans  l’étude  des  Champignons  n’est 

doute,  par  exemple,  pour 
■  les  spores  afin  de  voir  si  elles  sont  anguleuses,  ar¬ 
rondies,  etc.  Les  auteurs  disent  à  ce  sujet  qu’il  n'est  pas  neces¬ 
saire  d’avoir  un  instrument  très  coûteux  pour  ces  études  élé¬ 
mentaires  et  que  la  maison  Deyrolle  (Paris,  46,  rue  du  Bac), 
fournit  à  très  bon  compte  un  microscope  pourvu  de  deux  objec¬ 
tifs  qui  permet  de  faire  toutes  les  observations  nécessaires. 
Nous  savons,  en  effet,  que  la  maison  Deyrolle  a  construit  dans 
ce  but  un  microscope  moyen  qu’elle  donne  pour  30  francs  et 
qui  comporte  deux  objectifs  et  un  oculaire  ;  ce  microscope  est 
droit,  il  a  23  centimètres  de  haut,  et  possède  une  vis  micromé¬ 
trique. 

La  Nouvelle  Flore  des  Champignons  est  divis . .  plusieurs 

parties  dont  nous  énoncerons  les  principales  :  Premières  notions 
sur  les  Champignons,  usage  des  tableaux  illustrés,  clé  des  fa¬ 
milles,  clé  des  genres,,  tableaux  illustrés  servant  à 


tous  terminerons  en  disant,  qu’à  l’aide  de  cet 
de  vulgarisation,  éminemment  scientifique,  tout  le 
monde  est  à  même  de  déterminer,  sans  difficulté  aucune,  toutes 
les  espèces  de  champignons  de  France,  chose  à  peu  près  im¬ 
possible  jusqu’à  ce  jour  à  ceux  qui  ne  se  spécialisaient  pas 
;  ces  études. 


ACADEMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  G  juillet.  —  MM.  Pomel  et  Ficheur  adressent 
note  sur  les  formations  éocènes  de  l’Algérie.  Les  fc 
de  l’éocône  moyen  s’étendent  sur  une  zone  étroite  voisine  du 
littoral  et  ne  dépassent  pas  la  chaîne  du  Tell;  elles  se  laissent 
diviser  en  trois  étages  et  renferment  Nummillites  lævigala  et 
.V .  perforai u :.  L’éocénc  inférieur  forme  lias  assises  caractérisées 
par  Ninnm.  planulata,  No,, nu.  biarritzensis  et  Numm.  gize- 
hensis.  On  le  rencontre  sur  le  Haut  Tell  et  les  Hauts  Plateaux 
de  Constantine  et  il  redescend  au  sud  vers  le  Sahara.  — 
M.  Victor  Willem  adresse  une  note  sur  la  structure  des  Ocelles 
de  la  Lithobie.  Deux  auteurs,  Graber  et  Grenadier, se  sont  déjà 
occupés  de  ce  sujet,  mais  leurs  descriptions  diffèrent  tellement, 
qu’ils  semblent  avoir  étudié  des  animaux  différcnts.M.  Willem, 
en  pratiquant  des  coupes  a  reconnu  que  la  structure  des  Ocelles 
répond  dans  ses  grandes  lignes  à  la  description  de  Gronacher. 
Chaque  Ocelle  a  la  forme  d’un  cylindre  allongé,  limité  exté¬ 
rieurement  par  la  cornée,  et  enveloppée  par  une  membrane 
conjonctive  que  traverse  le  nerf  optique.  Dans  la  cavité  îles 
Ocelles  on  trouve  d’abord  les  Haarzelien  de  Grenadier, formant 
par  leur  ensemble  un  manchon  creux  qui  sépare  la  cornée  de 
la  rétine,  et  se  terminant. par  des  cils  du  côté  interne.  Le  fond 
du  cylindre  est  occupé  par  une  vingtaine  de  cellules  rétiniennes 
constituées  par  un  segment  basal  renfermant  le  noyau  et  le 
pigment,  et  en  communication  avec  une  fibre  nerveuse,  et  par 
un  segment  terminal,  le  bâtonnet  de  Grenacher,  strié  transver¬ 
salement. —  M.  (le  Lacaze'-Duthiers  transmet  une  note  de  M.  A. 
Malaquin  sur  l’étude  comparée  du  développement,  et  de  la 
morphologie  des  parapodes  chez  les  Syllidicns.  Le  parapode 


cirre  ventral  et  d’une  rame  dorsale  postérieure  avec  un  cirre 
dorsal.  Ce  maximum  de  complication  se  rencontre  chez  certains 
Syllidicns  au  moment  do  la  reproduction.  Syllidés  et  Exo- 
gonés  formes  sexuées.  11  se  fait  ensuite  une  rétrogradation 
dans  Tordre  suivant  :  1°  Disparition  de  la  rame  dorsale  (Syl- 
lydés  et  Exogonés  (souches).  2°  Disparition  du  cirre  ventral 
(Antolytés  souches).  3°  Disparition  du  cirre  dorsal  (genre  Pro- 
cerastca).  4°  Réduction  de  la  rame  ■ 

Dans  la  formation  par  ' 
l’apparition  des  diverses  parties  du  parapode  suit  Tordre  in¬ 
verse  de  la  rétrogradation.  La  rame  ventrale  apparaît  d'abord, 
puis  le  cirre  dorsal,  ensuite  le  cirre  ventral  et  enfin  la  rame 


bulbe  sétigére. 


Séance  du  13  juillet.  —  .IL  de  Lacaze-Dulhiet  s 
note  do  M.  Louis  Bouton  sur  la  forme  larvaire  du 
L’examen  de  ces  larves  recueillies  au  terre-plein  de  Suez 
firme  les  données  fournies  par  l’étude  du  développement  de 
Fissurelle.  Le  tortillon  est  rudimentaire,  très  i 
partie  inférieure;  l’échancrure  est  très 

'  i  la  coquille  qui  n’est  que  très  partiellement 


rapproché  de  la 
à  la  portion  an- 


lucC 


par  le  manteau.— .V. 

1-eils  circulatoire  et  respiratoire  de  quelque  Arthropodes.  Àm- 
phipodes  :  Los  :irléiv<  l.i  i '-r;.  |.->  émanant  du  m-iir  existent  dans 
tout  le  groupe  Arachnides.  Chez  le  Scorpion,  les  vaisseaux  dé¬ 
crits  par  New  port  et  Blanchard  doivent  conserver  .elle  quali¬ 
fication,  et  ne  sont  nullement  des  lacunes  comme  on  Ta  pré¬ 
tendu  depuis.  L’auteur  signale  aussi  un  certain  nombre  d’anas¬ 
tomoses  transverses  encore  non  décrites.  Chez  les  Aranéides, 
il  n’existe  pas 'd’enveloppe  chitineuse  autour  du  poumon.— 
M.  Duchartre  présente  une  note  de  M.  Paul  Parmentiei  - 

Euclea  des  Ebénacées.  L’auteur  fait  l’historique  du  genre 
;  observations  le  conduisent  à  faire  dériver  toutes 
;  d'un  même  type  nodal  représenté  par  l’Euclea  race- 
dont  la  majeure  partie  des  caractères  morphologiques  et 
niques  sont  autant  d’affinités  pour  chacune  des  formes 
descendent.  Les  diverses  espèces  d’Euclea  émanant  du 
acemosa  se  groupent  en  quatre  séries.  —  M.  Il, 
note  de  M.  Maurice  Bovelacque  sur  la 
du  système  libéro-ligneux  primaire  et  la  dispositi 
foliaires  dans  les  rameaux  de  Lépidodendron 
L’auteur  met  d’abord  en  relief  les  caractères  delai., 
ligneuse  comprenant  un  bois  primaire  central  et  une 
libérienne,  sans  insister  sur  les  tissus  secondaires. 

te  les  rapports  des  traces  foliaires  avec  le  système  libéro- 


A.  E. 


CHRONIOUE 


Le  callovien  de  Toul  à  Neufchâtcan.  —  Sous  ce  titre 
M.  Wohlgemuth,  professeur  à  Nancy,  signale  aux  collection¬ 
neurs,  aux  kilomètres  91  et  80  du  chemin  do  fer  qui  réunit  ces 
deux  villes,  des  montagnes  de  déblais  qui  sont  très  fossilifères 
et  proviennent  des  zones  à  Am.  Macrocephalus  et  Anccps. 

Il  rappelle  dans  cette  note  que  la  nature  des  couches  infé¬ 
rieures  atteintes  par  les  érosions  pléistocèncs  provoqué  la 
forme  du  relief  actuel.  Ce  sujet,  ébauché  par  beaucoup,  n’a 
jamais  fait  l’objet  d’un  travail  d'ensemble.  Il  cite  autour  de  la 
vallée  du  Vair  des  failles  d’effondrement,  bien  nettes,  et 
donne,  mais  sans  orienter  ses  coupes,  le  dessin  do  l’une  d’elles. 
Ce  défaut  d’orientation  fait  perdre  presque  tout  l’intérêt  ulté¬ 
rieur  de  ces  coupes.  Tard  y. 

Missions  scientifiques.  —  M.  Boule,  notre  distingué  collabo¬ 
rateur,  est  chargé  d’une  mission  à  l’effet  de  représenter  le  mi¬ 
nistère  de  l’Instruction  publique  et  des  Beaux-Arts  à  la  cin¬ 
quième  session  du  congrès  international  de  géologie  qui  se 
tient  à  Washington  au  i 

—  M.  Lacroix,  docteur 
de  Fx-ance,  est  chargée  d’u 
point  de  vue  géologique, 

(Prusse  rhénane). 

La  maladie  îles  greffes-boutures.  —  M.  Viala,  prof. 
l’Institut  agronomique,  vient  de  signaler  à  l’attention  des  viti¬ 
culteurs, une  affection  qui  parait  causer  des  dégâts  sérieux  dans 
le  Sud-Ouest  et  dans  le  Midi  de  la  France,  sur  I 
turcs.  On  a  l’habitude  do  stratifier  dans  le  sable,  en 
le  moment  de  les  employer,  les  greffes-boutures  î 


ès  sciences,  préparateur  au  Collège 
d’une  mission  à  l’effet  d’explorer,  au 
la  région  de  l’Eifcl  et  du  lac  Laach 


fem 


préparées  c 
languettes  i 


,e  pleine  ou  en  fente  anglaise.  Au  niveau  de; 
des  fentes  se  développent  des  nodules  noms,  d 
lonnés.Dans  ces  conditions  la  soudure  ne  se  produit  pas 
greffes-boutures  sont  inutilisables  et  se  de; 
mis  en  culture, ont  donné  les  différents  états  du  Peziza  Fucke- 
liana,  champignon  qui  se  développe  assez  fréquemment  dans 
iprès  M.  Viala,  la 
frais  qui  n’ont  pas 
été  récemment  aérés.  Le  seul  remède  est  de  brasser  le  sable 
de  le  dessécher  complètement  par  exposition 


. —  Nous  avons  à 
célébrités  en  histoire  naturelle  :  P.  J.  Krulizlci,  botaniste, 
du  musée  botanique  do  Tuniversité  de  Saint-Pé- 
,  J.  Maximowiez,  bien  connu  par  ses  travaux  sur 
la  flore  de  l’Asie  centrale,  décédé  à  Saint-Pétersbourg  à  Tige 
de  G4  ans;  Felipe  Poey,  qui  s’est  distingué  par  scs  études  sur 
la  faune  de  Cuba,  mort  à  92  ans:  Dr  Alex.  Winchell,  profes¬ 
seur  de  géologie  à  l’université  de  Michigan.  Prof.  Joseph 
Leidy,  mort  à  Philadelphie;  Professeur  John  Leconte,  le  co- 


LE  NATURALISTE 


190 


léoptéristc  bien  connu:  Dr  Richard  Schomburgk,  directeur  du 
jardin  botanique  d’Adélaïde  (Australie). 

Terrain  houillerdu  Nivernais.—  Dans  une  étude  d’ensemble 
du  terrain  carbonifère,  du  terrain  houiller  et  des  autres  étages 
géologique  dont  les  assises  environnent  la  ville  de  Moulins, 
M  Lefort  montre  que  l’on  aurait  pu  deviner  l’origine  fluviale 
(dépôts  d’estuaire)  de  la  houille  dans  les  divers  bassins  de 
Sert,  le  Moutet,  Bourbon  l’Archambault,  la  Machine.  Il  omet 
toutefois  de  dire  que  sa  théorie  demande,  pour  être  exacte,  un 
bassin  houiller,  entre  la  Machine  et  Saint-Honorc-les  Bains, 
indépendant  du  bassin  de  la  Machine.  Ces  conclusions  confir¬ 
ment  celles  de  M.  Fayol  sur  le  mode  d’enfouissement  des  com¬ 
bustibles  minéraux  et  leur  charriage  par  les  eaux,  avant  l’en¬ 
fouissement  dans  les  limons  sableux  ou  argileux  transportes 
par  les  mêmes  courants.  Cette  théorie  permet  d’expliquer  tous 
es  gîtes  houiUers,  marins  ou  lacustres.  Tardy. 

Exposition  Bonvalot  et  Henri  d’Orléans.  —  Nous  sommes 
heureux  d’annoncer  aux  lecteurs  du  Naturaliste  que  l’exposition 
Bonvalot  et  Henri  d’Orléans,  dont  le  compte  rendu  a  été  com¬ 
mencé  dans  le  dernier  numéro  du  journal,  restera  ouverte 
jusqu’au  1er  septembre  prochain. 

Nous  profitons  de  cette  occasion  pour  combler  une  lacune 
que  nous  avions  laissée  à  notre  insu,  dans  le  compte  rendu  en 
question.  A  la  liste  dés  préparateurs  du  Muséum  qui  ont  très 
habilement  monté  les  animaux  de  la  collection,  il  faut  ajouter 
M  Richard  auquel  on  doit  plusieurs  montages  très  réussis 
(Gazella  subguttûrosa,  Aretomys  robustus),  notamment  celui 
de  l’ours  à  collier  que  nous  avous  signalé  tout  spécialement  aux 
visiteurs  de  cette  belle  exposition.  E.  L.  B. 

Excursion  géologique.  —  M.  Stanislas  Meunier,  docteur  ês 
sciences,  aide-naturaliste  au  Muséum,  fera  du  4  au  11  août 
prochain  une  excursion  géologique  publique  aux  environs  de 
Nancy  et  dans  les  Vosges.  On  visitera  successivement  les  en¬ 
virons  de  Lunéville,  Plombières  et  la  vallée  des  Roches,  Remi- 
remont,  la  Bresse  et  le  Haut  du  Roc,  le  lac  des  Corbeaux,  les 
tourbes  de  Lispach,  les  lacs  de  Longemer,  de  Retourncmir,  de 
Gerardmer  et  le  Hohneck. 

Le  rendez-vous  est  à  la  gare  de  l’Est  le  4  août  ou  1  on 
prendra  à  1  heures  du  matin  le  train  pour  Nancy. 


BIBLIOGRAPHIE 


ZOOLOGIE 

319.  Maggi,  L.  Deux  faits  craniologiques  observés  chez 
quelques  mammifères. 

Arch.  liai  de  Biol.  1891,  pp.  119-124. 

330.  Milnes,  H.  Hélix  hortensis  v.  lutea  1204a  at  Dovedale. 

Journ.  of  Conchol.  1891,  p.  34 4 . 

331 .  Moniez,  R.  Sur  l’Allantonema  rigida  v.  Siebold,  para¬ 
site  de  différents  Coléoptères  coprophages. 

Note  additionnelle. 

Rev.  Biol,  du  Nord.  1891,  pp.  282-284. 

333.  Posselt.  H.  J.  Todarodes  saglttatus,  Lmk.  Stop..  En 
anatomisk  Studio.  PI.  VIII-IX. 

Videnskal.  Meddelelser.  1890,  pp.  301-331. 

333.  Pouchet,  G.  Sur  la  bouche  des  Crustacés.  Fig. 

Journ.  de  l’Anat.  1891,  pp.  166-168. 

321.  Pouchet,  G.  et  Beauregard,  H.  Sur  un  Cachalot 
échoué  à  l’Ile-dc-Ré.  PI.  VIII  et  IX. 

Journ.  de  l’Anat.  1891,  pp.  117-133. 

335.  Roja,  R.  Quelques  recherches  morphologiques  et  phy¬ 
siologiques  sur  l’hydre. 

Arch.  liai,  de  Biol.  1891,  pp.  123-128. 

326.  Roule,  L.  Considérations  sur  l’embranchement  des  tro- 
chozoaires. 

Ann.  Sci.  Nat.  XI,  1891,  pp.  121-178. 

327.  Santesson.  C.  G.  Einige  Worte  über  Neubildung  von 
Muskelfasem  und  über  die  sogenannten  <c  Muskclspin- 
deln  ». 

Verli.  Biol.  Ver.  in  Stokholm.  1890,  pp.  26-30. 

328.  Segond,  A.  Généalogie  abstraite  des  Arthropodes.  Dé¬ 
termination  des  formes  typiques  [suite). 

Journ.  de  l’Anat.  1891,  pp.  134-161. 

329.  Smith,  E.  A.  On  the  Nomenclature  of  Certain  Gênera 
of  Briüsh  Land  and  Freshwater  Shells. 

Journ.  of  Conchol.  1891,  pp.  331-344. 

330.  Sonsino,  P.  D’un  nouveau  trématode  observé  sur  le 
Pagrus  orpheus. 

Arch.  liai,  de  Biol.  1891,  pp.  147. 


331.  Standen,  R.  Vertigo  moulinsiana  Dupuy  in  Dor- 
setshire. 

Journ.  of  Conchol.  1891,  pp.  348-349. 

332.  Sonsino  P.  Sull’Octocotylc  (Vallisia)  striata,  Par.  e  Per. 

Zoolog.  Anzeig.  1891,  pp.  87-88. 

I  333.  Studemund.  Ein  Beitrag  zur  Lehre  vom  Eiweissbe- 
darf  des  gesunden  Menschen. 

Arch.  für  Physlol.  1891.  pp.  378-391. 

334.  Teplouchow,  Th.  Tomicus  Judeichii,  Kirsch.  PI.  IX. 
Bull.  Soc.  Nat.  Moscou.  1890,  pp.  173-186. 

333.  Thallwitz,  J.  Uber  einige  noue  indo-pacifische  Crus- 
taceen. 

Zoolog.  Anzeig.  1891,  pp.  96-97. 

336.  Tizzoni  et  Cattini  J.  Sur  une  manière  de  conférer  à 
certains  animaux  l’immunité  contre  le  tétanos. 

Arch.  liai,  de  Biol.  1891,  pp.  1  48-152. 
j  337.  Villot,  A.  La  classification  dans  l’état  actuel  de  la 
science. 

Rev.  Biol,  du  Nord.  1891,  pp  245-261. 

338.  Wirén,  A.  Histologiska  meddelanden  om  Chætoderma 
nitidulum,  Lovén. 

Ver  h.  Biol.  Ver.  in  Stockholm.  1890,  pp.  37-48. 

339.  Zaroudnoï,  N.  Recherches  zoologiques  dans  la  contrée 
Transcaspiennc  (fin). 

Bull.  Soc.  Nat.  de  Moscou.  1890,  pp.  288-315. 

340.  Zeller,  E  Bcrichtigung,  betreffend  die  Samenaufnahme 
der  WciblichcnTritonem.  Fig. 

Zeitsch.  Wissensch.  Zool.  51,  1891,  pp.  717-741. 

341 .  Zsehokke,  F.  Weiterer  Beitrag  zur  IŸenntnis  derFauna 
von  Gebirgsseen. 

Zoolog.  Anzeig.  1891,  pp.  119-123. 

BOTANIQUE 

341  bis.  Almquist,  E.  Zur  Végétation  Japans,  mit  bcsonderer 
Berücksitchtigung  der  Lichenen.  (A  suivre.) 

Bot.  Jalirbücher.  1891,  pp.  221-224. 

342.  Baker,  J. -G.  New  Feras  from  West  Bornéo. 

Lindsaya  trilobata.  —  Nephrodium  polytrichum.  — 
Polypodium  barathrophyllum.  —  Meniscium  stcnophyl- 
lum.  —  Hemionitis  Hosei. 

Journ.  of  Bot.  1891,  pp.  107-108. 

343.  Baker,  J. -G.  On  the  vascular  Crvptogamy  of  the  Island 
of  Saint-Vincent.  PL  X-XI. 

Ann.  of  Bot.  1891,  pp.  163-172. 

3  44.  Barber,  C.-A.  The  structure  of  Pachytheca.  PL  IX. 
Ann.  of  Bot.  1891,  pp.  145-162. 

343.  Baker,  J. -G.  A  Summary  of  the  New  Feras  which 
hâve  bcen  discovered  or  dcscribcd  since  1874.  PL  XVI. 
(A  suivre.) 

Ann.  of  Bol.  1891,  pp.  181-221. 

346.  Baldaeci,  A.  Nel  Monténégro.  Il  mio  viaggio  nel  1890. 

Malphigia  IV.  1890-91,  pp.  439-471. 

3  17.  Bennett,  A.  The  Nomenclature  of  Potamogetons. 
Journ.  of  Bot.  1891,  pp.  150-152. 

348.  Bescherelle.  Selectio  novorum  muscorum.  (A  suivre.) 

Journ.  de  Bot.  1891,  pp.  142-148. 

349.  Botanieal  Magazine. 

7167.  Vanilla  planifolia . 

7168.  Asarum  geophilum. 

7169.  Epidendrum  sceptrum. 

7170.  Furcræa  Bedinghausi. 

7171.  Rosa  Banksiæ. 

Bot.  Mag.  avril  1891. 

330.  Bower,  F. -O.  Is  the  Eusporangiatc  or  the  Lcptospo- 
rangiate  the  more  primitive  .ypo  in  the  Feras.  Pl.  VIL 
Ann.  of  Bot.  1891,  pp.  109-134. 

334.  Brizi,  U.  Cinclidotus  falcatus  Kindbg. 

Malphigia.  IV,  1890-91,  pp.  560-561. 

332 .  Bureau  et  Tranchet.  Plantes  nouvelles  du  Thibet  et 
de  la  Chine  occidentale. 

Pcdicularis  goniantha.  —  P.  Princeps.  —  Phteiros- 
permum  tenuisectum.  —  Incarvillea  Principis.  —  Inc. 
lutea.  —  Inc.  grandiflora.  —  Inc.  Delavayi.  —  Inc.  Bon- 
valoti. 

Journ.  de  Bot.  1891,  pp.  128-130,  136-142. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


PARIS.  —  IMPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13“  ANNÉE 


2®  SÉKIE  —  N‘  107 


13  AOUT  1891 


L’Ethnographie  à  l’Exposition  de  11.  Bonvalot  et  le 
prince  Henri  d’Orléans. 

[Suite  et  fin.) 

11  y  a  peu  d’objets  à  l'exposition  se  rapportant  à 
l'aliraentalion,  car  cette  dernière  n’est  pas  bien  va¬ 
riée,  et  les  ustensiles  de  ménage  sont  peu  nombreux. 
En  effet,  la  base  de  la  nourriture  est  la  chair  de  mouton 
ou  de  yack  que  l’on  mange  crue  ou  à  peine  cuite  ;  on  y 
ajoute  parfois  un  plat  de  farine  ou  de  lait  caillé  et  des¬ 
séché  délayé  avec  un  peu  d’eau  bouillie;  ou  bien  une 
infusion  de  thé  en  brique  dont  on  peut  voir  le  spécimen 
à  l’exposi¬ 
tion.  Une  des 
photogra  - 
phies  de  la 
collecti  o  n  • 
nous  repré¬ 
sente  la  cui¬ 
sine  locale  : 
un  Thibétain 
au  milieu  du 
désert  cou¬ 
ché  sur  le  sol 
devant  un 
faible  feu  ali 
menté  par 
les  excré  - 
ments  dessé- 
chésde yacks 
(seul  com 
bustible  de 
ce  pays  pri¬ 
vé  de  bois)  en 
train  de  ver¬ 
ser  d’un  sac 
un  peu  de  fa 
rinedansune 
petite  tasse 
métallique 
soigneuse¬ 
ment  posée 
sur  les  bou- 


Fig.  2.  —  Un  Obo,  ; 


rien  qu’en  regardant  l’image,  du  goût  de  ce  plat  primitif. 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  sur  quelques  autres 
objets;  les  armes,  dont  on  remarque  surtout  un  très  bel 
arc.  dit  arc  composé  ou  asiatique  dans  le  genre  de  ceux 
qu’emploient  les  archers  mongols,  les  lances,  les  sabres 
ornés  d’argent  et  de  corail,  etc.  Les  bijoux  fort  nombreux 
sont  pour  la  plupart  en  argent  et  en  corail,  jade  ou  tur¬ 
quoise.  Les  boucles  d’oreilles  pour  homme  ( Amd-jo ),  les 
diadèmes  (Padjvon),  les  fermoirs  qui  se  portent  sur  le 
tablier  ( Ngou-tigra )  etc.,  viennent  la  plupart  du  Thibet 
méridional  et  dénotent  dans  le  travail  l’influence  hindoue. 
Parmi  les  bagues,  la  plus  intéressante  est  celle  qu’on 
appelle  le  6eeo;  elle  est  haute  de  3  centimètres  et  se 
porte  au  pouce  comme  ornement;  jadis  elle  avait  son 
utilité  en  protégeant  le  pouce  au  moment  de  tirer  la 
corde  de  l'arc;  les  archers  mongols  s’en  servent  encore 
couramment  aujourd’hui. 


Passons  maintenant  à  la  religion  des-Thibétains  et  aux 
objets  du  culte  exposés.  On  sait  que  les  Thibétains,  pri¬ 
mitivement  fétichistes,  ont  été  convertis  au  bouddhisme, 
■vers  le  vu®  siècle  de  l’ère  vulgaire,  par  les  moines  venus 
du  Boutan  et  du  Nepaul.  La  religion  que  prêchaient  ces 
moines  n’était  point  le  bouddhisme  primitif  de  Sakya 
Mouni,  mais  une  modification  de  cette  doctrine  issue 
de  la  division  de  l’église  primitive  et  connue  sous  le 
nom  de  bouddhisme  septentrional,  doctrine  du  «  grand 
véhicule  de  la  Loi  »  (Maha-yana),  par  opposition  au  boud¬ 
dhisme  méridional  (ou  du  «  petit  véhicule  »)  qui  florissait 
à  Ceylan,  et,  plus  tard,  au  Siam.  Cette  religion  se  trans¬ 
forma  en  ce  qu’on  appelle  aujourd’hui  le  bouddhisme 
lamdile,  caractérisé  surtout  par  une  puissante  organi- 
satiou  du 
clergé  et  par 
une  régie  - 
mentation 
compliquée; 
du  culte  exté¬ 
rieur.  Le  la¬ 
maïsme  a  ré¬ 
duit  toutes 
les  grandes 
idées  du 
bouddhisme 
antique  en 
quelques  for¬ 
mules,  creu 
ses  répétées 
sans  cesse 
pendant  la 
prière.  Il  faut 
dire  que  le 
fétic  Ii  i  sme 
primitif  des 
Thibétains, 
la  religion  de 
Bo-pa,  s’est 
conservé 
presque  dans 
toute  sa  force 
chez  le  peu¬ 
ple  et  que  le 
bouddhisme 
lui-même  a 
consacré 
mainte  pra¬ 
tique  chamaniste,  en  la  faisant  entrer  dans  le  nouveau 
culte.  Ainsi,  la  coutume  d’ériger  des  amas  de  pierres, 
des  Obo  (fig.  2),  sur  les  sommets  et  les  cols  des  montagnes, 
n’est  qu’un  reste  de  l’ancien  culte  des  hauts  lieux  qui 
s'accommode  très  bien  avec  le  bouddhisme  ;  seulement 
comme  on  peut  le  voir  sur  la  réduction  d’un  de  ces  Obo 
à  l’exposition,  on  a  soin  d’y  ajouter  quelques  lambeaux 
d’étoffe  portant  des  prières  imprimées  en  «  saints  »  ca¬ 
ractères  et  de  graver  sur  une  des  pierres,  la  formule 
sacrée  de  tous  les  bouddhistes  Ommani-padmè-houm, 
dont  la  signification  exacte  n’est  pas  moins  obscure 
pour  les  savants  européens  que  pour  les  théologiens 
bouddhistes.  Une  autre  survivance  des  croyances  cha¬ 
manistes  mélangée  aux  débris  du  culte  civaïte  de  l’Inde 
est  représentée  à  l’exposition  par  les  «  images  à  invo¬ 
cations  »  qui  servent  aux  lamas  dans  leurs  opérations 
magiques. 


vénérées  par  les  bouddhistes  lamaïtcs. 


i.E  NATURALISTE,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


LE  NATURALISTE 


192 


L’exposition  de  MM.  Borivalot  et  le  prince  d’Orléans 
ne  pouvait  donner  qu’une  faible  idée  de  la  variété  et  du 
grand  nombre  d’objets  se  rapportant  au  culte  extérieur 
bouddhiste  lamaïte,  tel  qu’il  se  pratique  dans  les  tem¬ 
ples  de  lhassa  et  dans  les  grands  couvents  et  dont  plu¬ 
sieurs  attributs  rappellent  le  culte  catholique,  comme  l’a 
déjà  fait  remarquer  le  père  Hue.  Les  voyageurs  ne  rap¬ 
portèrent  naturellement  que  quelques  objets  qu’ils  ont  pu 
se  procurer  un  peu  au  hasard.  Mentionnons  tout  d’abord 
le  moulin  à  prière  ( Manc-Korlo )  (1)  que  doit  posséder  tout 
bon  lamaïte;  c’est  un  petit  cylindre  orné  extérieure¬ 
ment  d’inscriptions  et  renfermant  intérieurement  des 
prières  écrites  sur  des  bandes  de  papier;  l’on  peut  tourner 
ce  cylindre  sur  un  pivot  tenu  à  la  main;  une  petite  boule 
en  métal  est  attachée  par  une  chaînette  au  cylindre  afin 
d’en  faciliter  la  rotation.  Autant  de  fois  on  a  tourné  le  Mané- 
Korlo,  autant  de  fois  on  a  dit  la  prière;  c’est  commode 
et  expéditif.  Après  le  moulin,  voici  l’habillement  rouge 
d’un  lama  de  la  secte  «  des  bonnets  rouges  »  ou  Pembo, 
qui  s’est  formée  vers  le  xve  siècle  et  dont  les  adeptes, 
nombreux  dans  la  province  de  Kham,  tournent  le  Manè- 
Korlo  de  droite  à  gauche,  tandis  que  les  «  bonnets  jaunes  » 
lamaïtes  orthodoxes,  le  tournent  de  gauche  à  droite.  La 
coiffure  de  ce  même  lama  en  forme  de  casque  des 
anciens  grenadiers  prussiens  se  met  aussi  bien  pendant 
l’office  que  dans  l’intérieur  du  couvent,  mais  pas  pour 
sortir  dehors. 


Fig-  3- 


■  Trompette  en 


chez  les  bouddhistes  lamaï 


(1)  Vovez  à  ce  propos  notre  travail  sur  les  ICalmouks, 
le  Bulletin  de  la  Soc.  d' Anthropologie,  1883,  p.  7G8. 


Quant  aux  images  des  dieux  et  des  «  esprits  »  bouddhistes, 
il  n’y  en  a  que  quelques  spécimens  des  plus  primitifs  (sur 
folio  et  dans  une  autre  vitrine).  Les  instruments  de  mu¬ 
sique  qui  jouent  un  rôle  si  important  dans  le  culte  la¬ 
maïte  et  dont  on  compte  24  variétés  sont  représentés 
par  sept  ou  huit  pièces  :  d’abord  la  sonnette  ( Tchribon 
en  thibétain,  Khanta  en  sanscrit)  que  le  lama  principal 
lient  pendant  l’office  dans  sa  main  gauche  (fig.  1,  der¬ 
nier  numéro,  au  centre),  tandis  que  dans  la  main  droite 
il  a  une  espèce  de  sceptre  (Doguw  ou  Da-dja  en  thibétain, 
Vadjra  en  sanscrit)  qui  sert  à  éloigner  les  mauvais  es¬ 
prits  et  dont  on  peut  voir  un  beau  spécimen  à  l’exposi¬ 
tion  (fig.  t  à  droite);  puis  un  petit  tambour  Ngeou  ou 
Nga  ( Bheri  en  sanscrit),  un  chalumeau  en  tibia  humain 
(fig.  1  en  bas),  (Koudou),  une  trompette  (fig.  3)  en  co¬ 
quille  de  Triton  ou  de  Buccin  avec  une  embouchure  de 
métal  ( Tsang-Kio-Pomba ),  une  longue  trompette,  de 
cuivre  (Radou),  trois  séries  de  cymbales,  etc.  Mention¬ 
nons  enfin  comme  objets  de  cplte,  les  coupes  à  offrande 
de  différentes  formes,  les  chapelets  à  109  grains,  les 
reliquaires,  les  paquets  de  bougies  et  baguettes  odorifé- 
rentes  qu’on  brûle  devant  les  autels,  le  vase  contenant 
l’eau  lustrale,  etc.  Malgré  leur  petit  nombre,  ces  objets 
forment  une  collection  précieuse,  car  jusqu’à  présent  on 
ne  trouvait,  même  dans  les  musées  spéciaux,  que  très 
peu  d’objets  de  culte  venant  du  Thibet. 

J.  Deniker. 


NOTE  SUR  LA  FAUNE  ORTHOPTÉROLOGIQUE  DE  L’ILE  D’YÉSO  (JAPON). 


à  Yéso,  dont  les  belles 
fait  connaître  la  végétation  de  cette 
i  ortkop  - 

cours  de  ses  explorations  botaniques;  bien 
ibreuses  et  ne  comprenant  qu'une  douzaine 
les  captures  de  M.  Faurio  offrent  un  réel  intérêt, 
ment  parce  que  sur  un  aussi  petit  nombre  d’individus 
itiennent  quatre  types  nouveaux,  mais  encore 


pas  aine 
affinités  do 


très  méridionales.  Les  matériaux  dont  je  dispose  ne  me 
maintenant,  d’une  façon 
faune  orthoptérologique  d’Yeso;  on 
peut  cependant  conclure,  d’après  les  observations  de 
M.  Faurio,  que  cette  faune  est  très  pauvre.  Placée  à  la  pointe 
l’ile  d’Yéso  est  couverte  de  montagnes 
les  influences  climatériques  de  la  Sibérie,  dont  elle 
n’est  pas  très  éloignée,  s’y  font  vivement  sentir;  aussi  le  froid 
y  est-il  excessif  et  les  neiges  persistantes;  ces  conditions  sont 
peu  favorables  au  développement  des  orthoptères,  lesquels  se 
montrent  d’autant  plus  nombreux  en  espèces  et  variés  de 
que  la  région  est  plus  chaude. 

Les  insectes 
quatre  : 

Locustaires  et  des  Gi-illonicns  ; 

1  ’Anisolabis  marilima  Bonn., 
méditerranéen  et  sur  le  littoral  Japonais,  et  par  le  For/icula 
Japonica  Bonn.,  qui  parait'  spécial  à  l’empire  du  Japon;  dans 
la  seconde  famille  on  remarque  deux  Pezzotettix  nouveaux 
(/’.  Fauriei  Bol.  et  P.  Mikado  Bol.),  1  ’Oxya  chinenssis  Tliunb., 
commun  aux  deux  empires  Chinois  et  Japonais,  le  Pachytylus 
cinerascens  Fabr.,  répandu  dans  une  grando  partie  de  l’ancien 
monde  et  jusqu’en  Polynésie,  et  enfin  le  Pachytylus  miyra- 
tovioides  Reich.,  dont  les  migrations  embrassent  l’Abyssinie, 
l’Inde,  les  Philippines  ri  l'Australie;  cette  dernière  espece 
n’est  pas  permanente  à  Yéso  ;  elle  n’y  apparaît  qu’à  certaines 
années,  en  troupes  nombreuses  qui  constituent  des  invasions 
à  celles  du  Criquet  pèlerin  dans  le  Nord-Afrique 


ï  insectes  que  j’ai  reçus  de  M.  Faurie  se  répartissent 
les  quatre  familles  des  Forficulàires,  des  Acridiens,  des 
s  ;  la  première  est  t 


LE  NATURALISTE 


les  Platycleis  Bonneli  Bol.  et  Declicus  Japonicus  Bol.;  un 
type  commun  à  l’Europe,  au  Turkestan,  à  la  Sibérie  et  à  la 
région  de  l’Amour  :  le  Phaneroplera  falcata  Scop.  et  enfin  le 
Dieslrammena  marmorata  Haan,  dont  l’habilat  est  restreint 
au  Japon. 

Quant  aux  Grillonicns,  je  n’en  connais  jusqu'à  présent  que 
deux  espèces  à  Ycso  :  le  Grillus  milratus  Borm.  qui  se  retrouve 
à  Java  à  Malacca  et  dans  les  îles  de  la  Sonde  et  le  Grillolalpa 
africana  P.  B.,  dont  l’aire  de  dispersion  comprend  une  partie 
<le  l’Afrique,  Madagascar,  l'Inde,  la  Chine,  Java,  Sumatra  et 
le  Japon. 

Dr  Bonnet. 


Recherche  et  Préparation  des  Reptiles 

(Suite.) 

Préparation  des  Reptiles.  —  La  préparation 
des  Reptiles,  de  même  que  la  chasse  de  ces  animaux, 
diffère  selon  l’ordre  auquel  ils  appartiennent. 

Préparation  des  Tortues.  —  Les  Tortues  ont  le  corps 
proLégé  par  une  cuirasse  écailleuse  dont  la  partie  supé¬ 
rieure  porte  le  nom  de  carapace  et  la  partie  inférieure 
celle  do  plastron-,  avant  de  préparer  ces  animaux  il  faut 
s'assurer  si  la  carapace  est  intimement  unie  au  plastron 
et  ne  forme  qu’un  seul  corps  avec  lui  ou  si  elle  y  est  sim¬ 
plement  réunie  par  un  cartilage  ;  dans  le  premier  cas  on 
sépare  ces  deux  pièces  au  moyen  d’une  scie  très  fine,  en 
ayant  soin  de  ne  pas  entamer  les  bords  de  ces  parties; 
dans  le  second  cas  on  les  sépare  avec  le  scalpel.  Les 
extrémités  de  l’animal  restent  adhérentes  à  la  carapace. 

Lorsque  le  plastron  est  enlevé,  on  place  la  Tortue 
sur  le  dos  et  on  enlève  facilement  les  intestins  et  les 
viscères.  On  détache  les  pattes,  le  cou  et  la  tête,  en 
coupant  leurs  articulations  près  de  la  carapace,  mais  en 
ayant  soin  de  ne  pas  couper  la  peau.  On  dépouille  les 
jambes  de  derrière  que  l’on  refoule  dederrièreen  dedans 


pour  en  détacher  la  peau.  Il  n’est  pas  nécessaire  de  lais¬ 
ser  une  partie  des  os  et  on  détache  tout  ce  que  l’on  peut 
enlever  sans  léser  la  peau.  On  passe  ensuite  à  la  queue 
que  l’on  dépouille  avec  précaution  ;  si  on  craignait  de  la 
casser,  on  la  fendrait  par-dessous,  on  l’écorcherait  en 
rejetant  la  peau  sur  les  côtés  puis  on  la  passerait  au 
préservatif  ;  il  suffirait  de  la  recoudre  ensuite  et  de 
la  bourrer. 

On  dépouille  les  jambes  de  devant  de  la  même  manière 
que  les  autres,  puis  le  cou  et  la  tête  ;  le  crâne  doit  être 
vidé  parle  trou  occipital  sans  l’agrandir;  les  yeux  enle¬ 
vés  sont  remplacés  par  de  l’étoupe  hachée  placée  dans  les 
orbites.  Lorsque  la  tête  est  nettoyée  de  toutes  ses  chairs, 


on  passe  sur  les  os  et  sur  tout  l’intérieur  de  la  peau 
une  couche  épaisse  de  préservatif  ;  puis  on  bourre 
toutes  les  parties  avec  de  l'étoupe  hachée.  On  peut  alors 
placer  les  fils  de  fer.  Une  carcasse  entière  n'est  pas  né¬ 
cessaire,  parce  que  l’animal  étant  toujours  porté  sur  le 
plastron  et  jamais  sur  ses  pattes  il  suffit  de  faire  dessé¬ 
cher  celles-ci  dans  une  bonne  attitude  pour  qu’elles  se 
conservent  toujours  ;  mais  il  n’en  est  pas  de  même  de 
la  tête  ;  on  y  passe  toujours  un  fil  de  fer  pour  pouvoir 
la  maintenir  dans  une  direction  quelconque.  Le  cou  des 
Tortues,  lorsqu’il  n’est  pas  très  tendu,  offre  des  plis  de 
la  peau  qui  doivent  être  conservés.  Si  le  préparateur  ne 
se  sentait  pas  assez  habile  pour  cela,  il  représenterait 
l’animal  le  cou  tendu,  mais  cette  attitude  est  toujours 
disgracieuse  (Boitard). 

Pour  placer  les  fils  de  fer  on  doit  les  disposer  comme 
pour  les  petits  Mammifères  ;  on  passe  successivement  ces 
fils  dans  les  pattes,  la  queue  et  le  cou;  on  les  réunit  soli¬ 
dement  ensemble  et  on  achève  de  bourrer. 

line  reste  plus  qu’à  replacer  le  plastron  que  l’on  unit 
à  lacarapace  avec  de  la  colle  forte,  ou,  mieux  encore,  en 
perçant  les  bords  du  plastron  et  de  la  carapace  des  trous 
correspondants  par  lesquels  on  passe  des  fils  de  fer  que 
l’on  tord  ensuite  au  moyen  d’une  pince.  On  donne  à  la 
tête  et  aux  jambes  une  attitude  naturelle;  on  colle  les 
yeux  artificiels  dans  les  orbites  avec  un  peu  de 
somme;  on  fixe  le  sujet  sur  un  socle  en  bois  et  on  le 
laisse  sécher.  Avant  de  le  placer  dans  la  collection  on 
peut  passer  sur  toutes  les  parties  une  couche  de  vernis 
à  l’alcool. 

Les  individus  très  jeunes  se  conservent  dans  l’al¬ 
cool.  Les  œufs  qui  ont  une  coque  calcaire  doivent  être 
préparés  comme  ceux  d’Oiseaux. 

Conservation  (les  Reptiles  par  voie  lin 

ml  de.  —  Il  est  d’usage  de  n’empailler  que  !•  - 
d’une  grande  taille  ;  les  autres  sont  conservés  en  alcool. 
Pour  les  Reptiles  écailleux,  dit  Lataste,  j’emploie  de 
l'alcool  à  80-90  degrés  centigrades.  Autant  que  possible 
je  plonge  l’animal  vivant  dans  la  liqueur  afin  qu’il  s’en 
imbibe  mieux.  S'il  est  trouvé  ou  m'est  apporté  déjà  mort 
j'ai  soin  de  lui  ouvrir  proprement  le  ventre  sur  une  cer¬ 
taine  longueur  afin  que  l’alcool  puisse  assez  vite  impré¬ 
gner  ses  chairs.  Sans  cette  précaution  la  corruption  étant 
très  rapide  chez  ces  animaux  et  l’endosmose  très  difficile 
et  très  lente  à  travers  leur  peau  chitineuse,  les  intestins 
se  pourriraient,  l’épiderme  se  soulèverait  par  place  et 
l’objet  serait  complètement  détérioré.  Pour  les  Reptiles 
nas,  comme  pour  les  ccailleiur,  il  faut  prendre  des  vases 
assez  grands,  afin  que  l’eau  contenue  dans  le  corps  de 
l’animal  n’affaiblisse  pas  sensiblement  la  liqueur,  et 
avoir  soin,  au  premier  signe  de  fermentation,  de  renou¬ 
veler  le  liquide  ou,  du  moins,  de  filtrer  l’ancien  et  d’aug¬ 
menter  son  degré  en  ajoutant  de  l’alcool. 

Quelques  personnes  conservent  les  Serpents  dans  des 
tubes.  Si  le  tube  est  fermé  à  la  lampe,  l’évaporation  est 
impossible,  mais  il  faut  briser  le  tube  quand  on  veut 
prendre  l’animal  eu  main  pour  l’étude  et  des  bouchons 
de  liège  seront  bien  vite  altérés  par  le  contact  direct  de 
l’alcool.  Il  faut  d'ailleurs  observer  que  l’on  ne  peut  met¬ 
tre  en  tube  que  des  objets  déjà  complètement  saturés 
d’alcool,  sans  quoi  la  très  petite  quantité  de  liquide  que 
peut  contenir  le  tube  serait  vite  modifiée  et  perdrait  ses 
propriétés. 

11  est  préférable  de  placer  ces  animaux  dans  des  lia- 


LE  NATURALISTE 


104 


cons,  comme  nous  l’avons  indiqué  pour  les  Batraciens, 
et  d’employer  les  memes  procédés  pour  la  fermeture  des 
flacons. 

A.  (ÎRANGER. 


A  propos  d’une  monstruosité  du  Polyporus  squamosus 


Le  Polyporus  squamosus  est  un  beau  champignon  qui 
n’est  pas  très  rare  dans  nos  environs  sur  les  troncs  ca¬ 
riés  de  différents  arbres  :  le  noyer,  le  tilleul,  le  peuplier 
sont  ses  supports  habituels.  Il  est  formé  d’un  chapeau 
large,  orbiculaire  ouréniforme,  blanc -jaunâtre,  élégam¬ 
ment  maculé  de  squames  brunes  ou  noires;  son  stipeest 
épais,  obèse,  plus  ou  moins  excentrique  et  noirâtre' dans 
sa  partie  inférieure.  L’hyménium  est  blanc-crème,  sa 
surface  qui  est  d’abord  simplement  ponctuée,  se  montre 
bientôt  creusée  de  pores  amples,  anguleux  et  lacérés,  en¬ 
tièrement  recouverts  par  les  organes  sporifères. 

Deux  énormes  spécimens  de  cette  plante,  récoltés  sur 
une  souche  de  peuplier  près  de  Boissy-Saint-Léger,  pré¬ 
sentaient  un  processus  supplémentaire  bien  remar¬ 
quable.  Du  centre  de  chacune  des  alvéoles  liyméniennes 
s’élevait  une  pointe  rigide  dont  la  hauteur  atteignait 
exactement  celle  des  parois  de  ces  alvéoles,  en  sorte  que 
la  face  inférieure  du  chapeau  offrait  à  la  fois  les  carac¬ 
tères  d’un  polypore  et  ceux  d’un  hydne.  Les  basides 
étaient  également  distribuées  sur  les  cloisons  des  al¬ 
véoles  et  sur  les  pointes,  aucune  modification  ne  se  re¬ 
marquait  dans  la  forme  des  spores  ou  dans  leur  abon¬ 
dance. 

Un  examen  attentif  d’un  certain  nombre  de  ces  aiguil¬ 
lons  accidentels- permettait  de  se  rendre  compte  de  leur 
mode  de  formation. 

On  sait  que  dans  le  Polyporus  squamosus,  comme  dans 
un  grand  nombre  d’hyménomycètes  tubulifères  ou  la- 
mellés,  la  surface  des  tubes  ou  des  lames  présente  sou¬ 
vent  des  lignes  saillantes  ou  des  veines  en  relief  qui 
partent  du  chapeau  et  aboutissent  à  la  tranche  en  dimi¬ 
nuant  peu  à  peu  d’épaisseur.  Ces  lignes  sont  recouvertes 
par  l’hyménium  comme  les  parties  planes,  et  leur  tissu 
n’est  que  la  continuation  de  celui  de  la  trame. 

Dans  le  cas  de  la  monstruosité  qui  nous  occupe,  on 
pouvait  voir  que  certaines  alvéoles,  principalement  celles 
placées  près  du  pourtour  du  chapeau,  avaient  une  de  ces 
lignes  saillantes  beaucoup  plus  développée  qu’à  l’ordi¬ 
naire;  souvent  cette  ligne  se  prolongeait  jusqu’au  centre 
de  l’alvéole  et  avait  alors  l’aspect  d’une  lame  insérée 
sur  la  paroi.  Parfois  cette  lame  s’échancrait  à  son  som¬ 
met  dans  la  partie  touchant  la  cloison  alvéolaire  :  pre¬ 
mier  indice  de  l’isolement  d’une  pointe  libre  ;  ailleurs 
l’échancrure  atteignait  les  3/4  delà  longueur  de  la  lame, 
enfin  celle-ci  n’était  plus  réunie  à  la  paroi  que  par  une 
faible  saillie  du  fond  du  tube,  saillie  qui  elle-même 
manque  dans  la  majorité  des  cas. 

Ainsi  donc  la  portion  hydnique  de  notre  champignon 
est  originairement  une  simple  dépendance  de  la  paroi 
des  alvéoles. 

Bien  qu’on  ne  doive  accorder  qu’une  confiance  très  li¬ 
mitée  aux  indications  tirées  des  accidents  tératologiques, 
le  cas  actuel  nous  semble  expliquer  parfaitement  la  cons¬ 


titution  d’un  genre  fort  peu  connu  et  paradoxal  ;  le  genre 
Theleporus  de  Fries. 

Dans  les  Fungi  Natalenses,  page  18  (1848),  Fries  donne 
la  diagnose  suivante  de  son  genre  Theleporus  :  «  Hymé¬ 
nium  membranaceum,  in  superficie  celluloso-porosutn.  Pori 
contigui,  regulares,  a>quales,in  cenlro  papillam  cylindricam 
poros  œquanlem  gerentes.  Sporophora  tetraspora.  » 

Or  cette  diagnose  s’applique  très  exactement  à  nos 
spécimens  monstrueux  de  Polyporus  squamosus. 

Le  Muséum  possède  une  frustule  de  l’échantillon  ori¬ 
ginal  récolté  par  Walberg  à  Natal  :  le  Theleporus  cretaceus  : 
l’exiguïté  de  ce  fragment  ne  permet  pas  de  suivre  la  for¬ 
mation  des  pointes,  mais  sa  similitude  de  forme  avec  la 
monstruosité  décrite  plus  haut  autorise  à  croire  à  une 
similitude  d’origine. 

La  plante  de  Walberg,  qui  ne  paraît  pas  avoir  été  re¬ 
trouvée,  est  un  véritable  Poria  et  le  genre  Theleporus  éta¬ 
bli  vraisemblablement  sur  une  déformation  doit  être 
supprimé. 

N.  Patouillabu. 


SILEX  ECLATES  PAR  LA  GELÉE 


Les  premières  pierres  taillées  par  les  hommes  pri  • 
mitifs  ont  d’abord  été  contestées  et  regardées  comme 
des  accidents  naturels,  malgré  les  traces  évidentes  d’un 
travail  demandant  l’intervention,  d’un  être  intelligent . 

Aujourd’hui,  non  seulement  l’origine  de  ces  outils  des 
premiers  représentants  de  l’humanité  sur  la  terre  est 
loin  d’être  contestée;  mais  encore,  certaines  personnes 
sont  peut-être  entraînées  trop  loin  et  croient  pouvoir 
regarder  comme  instruments  préhistoriques  des  silex 
ou  fragments  de  roches  diverses  qui  n’ont  que  des 
formes  plus  ou  moins  approchées  des  beaux  types  que 
l’on  admire  dans  les  musées. 

M.  Adrien  Thieullen,  membre  distingué  de  la  Société 
d’anthropologie,  à  qui  on  doit  la  découverte  et  l’étude 
d’une  très  belle  sépulture  près  de  Crécy-en-Brie,  consi¬ 
dère  les  plus  beaux  instruments  en  roches  taillées  et 
polies  comme-  des  outils  de  luxe  ayant  appartenu  à  des 
privilégiés  de  l’àge  de  pierre.  Pour  M.  A.  Thieullen, 
tout  fragment  pointu  a  dû  être  employé  comme  poinçon, 
et  toute  pierre  plate  à  arêtes  un  peu  tranchantes  a  dû 
servir  de  hache  ou  de  couteau;  surtout  s’il  existe  sur  les 
bords  des  apparences  de  retouches. 

Il  est  évident  que  certains  spécimens  très  remar 
quables,  soit  par  la  perfection  de  la  taille,  soit  par  la 
nature  de  la  roche,  quelquefois  inconnue  dans  le  pays 
d’où  ils  proviennent,  ne  devaient  pas  servir  ;  ils  ont  été 
donnés,  échangés  ou  plutôt  pris  à  la  suite  de  combats. 
Mais  cela  n’est  pas  une  raison  pour  considérer  tous  les 
outils  bien  travaillés  comme  des  objets  de  parade. 

La  perfection  de  l’outillage  a  suivi,  depuis  l’apparition 
de  l’homme,  une  progression  toujours  croissante,  et  à 
toutes  les  époques,  un  ouvrier  ayant  employé  un  outil 
perfectionné  a  dû,  non  seulement  renoncer  à  l’usage 
d’instruments  grossiers,  mais  encore  éviter  de  les  uti¬ 
liser.  Plus  un  artisan  est  habile,  plus  il  emploie  des 
outils  choisis  et  bien  appropriés  à  l’usage  auquel  il  les 
destine.  On  peut  cependant,  faute  de  mieux,  avoir  pris  le 
premier  caillou  venu  pour  en  faire  un  outil  ;  cela  s’est 
fait  à  toutes  les  époques  et  encore  actuellement,  on  est 
souvent  bien  heureux  de  rencontrer  et  de  pouvoir  uti- 


LE  NATURALISTE 


User  momentanément  un  de  ces  instruments  d’un  autre 
âge,  mais  cela  est  et  a  toujours  été  tout  à  fait  accidentel. 

Quant  aux  silex  présentant  des  cassures  en  biseau,  que 
l'on  trouve  si  fréquemment  dans  l’argile  à  silex,  ils 
doivent  cette  forme  coupante  à  la  nature  compacte  et 
homogène  de  la  roche. 

Dans  le  pays  de  Bray,  on  voit,  sur  les  flancs  de  la 
lèvre  méridionale,  une  épaisse  couche  d’argile  sableuse 
à  silex,  très  remaniée,  provenant  de  la  démolition  lente 
et  de  la  dénudation  atmosphérique  des  puissantes  for¬ 
mations  crétacées  supérieures  qui  constituaient  les 
crêtes  de  la  région.  Parmi  les  éléments  qui  ont  le  mieux 
résisté  aux  agents  destructeurs,  il  faut  naturellement 
citer  les  silex  qui  sont  descendus  progressivement  en 
formant  une  bande  de  plus  en  plus  épaisse,  qui  a  fini 
par  venir  reposer  à  la  base  de  toutes  les  couches  dé¬ 
truites  après  avoir  parcouru  lentement  un  chemin  ver¬ 
tical  considérable.  Mais,  si  lent  qu’ait  été  cet  effondre¬ 
ment,  il  ne  s’est  pas  fait  sans  que  les  silex  se  soient 
brisés,  par  suite  du  frottement  qu’ils  ont  subi  les  uns 
contre  les  autres. 

A  la  Chapelle-aux-Pots,  près  de  la  route  de  Beauvais 


miner  l’idée  de  courants  locaux  superficiels  résultant 
du  ruissellement  des  eaux  sauvages,  plus  ou  moins 
abondantes  à  la  surface  des  terrains  partiellement  per¬ 
méables. 

J’aurai  bientôt  à  revenir  sur  ces  phénomènes  super¬ 
ficiels  locaux  qui  donnent  l’explication  de  bien  des  stra¬ 
tifications  entrecroisées  sur  des  plateaux  élevés,  sans 
qu’il  y  ait  à  faire  intervenir  l’hypothèse  de  cours  d’eau 
importants. 

Pour  la  plupart  des  silex  dont  il  est  question  ici,  les 
éclats  et  les  fausses  retouches  des  arêtes  ont  pour  cause 
principale  la  gelée,  dont  l’action  s’est  fait  sentir  d'autant 
plus  profondément  que  la  couche  de  cacholong  était 
plus  épaisse  ;  en  effet,  les  parties  hydratées  sont,  comme 
on  sait,  très  poreuses,  puisque  certains  silex,  entière¬ 
ment  transformés  en  cacholong,  ont  Une  densité  appa¬ 
rente  plus  faible  que  l’eau.  Quand  cette  couche  constitue 
seulement  une  patine  plus  ou  moins  épaisse,  comme 
cela  est  le  cas  le  plus  ordinaire,  l’eau  ne  peut  pas  péné¬ 
trer  profondément;  l’action  de  la  gelée  est  alors  loca¬ 
lisée  à  la  surface;  il  se  produit  sur  les  arêtes  de  petites 
fractures  dentelées,  et  sur  les  parties  planes,  on  voit  se 


à  Gournay,  on  voit,  au-dessus  d’une  exploitation  d’ar¬ 
giles  panachées  pour  poteries,  une  assez  belle  coupe 
dans  les  sables  verts  du  gault;  ces  sables,  primitivement 
verts  par  suite  de  la  grande  quantité  de  grains  de  glau¬ 
conie  qu’ils  contenaient,  ont  été  fortement  oxydés  et 
présentent,  de  nombreuses  marbrures  rouges  d’oxyde  de 
fer  sur  un  fond  jaune.  La  partie  supérieure  de  la  car¬ 
rière  est  fort  intéressante  à  étudier  au  point  de  vue  des 
silex  brisés  ;  ceux-ci  y  sont  localisés  dans  une  zone 
de  0m,90  à  1  mètre,  formée  de  lits  entrecroisés  alterna¬ 
tivement  argileux  et  sableux.  Le  tout  est  recouvert  par 
une  couche  uniforme  de  0m,T6  de  terre  de  bruyère. 

Les  silex  sont  [brisés,  mais  non  roulés;  presque  tous 
présentent  sur  les  arêtes  de  petits  éclats  semblables 
à  ceux  qui  résultent  de  la  retouche  des  outils  de  l’àge  de 
la  pierre  taillée;  ils  sont  fortement  palinés  sur  toutes  les 
faces.  L’absence  de  surfaces  frottées  et  d’angles  arrondis 
démontre  d’une  façon  évidente  qu’il  n’y  a  pas  eu  char¬ 
riage  violent,  mais  simplement  affaissement  progressif. 
Je  dis  charriage  violent,  parce  que  je  ne  veux  pas  éli- 


détacher  des  esquilles  ;  quelquefois,  les  petites  cupules 
coniques  ainsi  formées  sont  tellement  nombreuses,  que 
toute  la  surface  paraît  grêlée. 

Parmi  les  silex  que  j’ai  examinés  dans  la  carrière,  de 
la  Chapelle-aux-Pots,  j’en  ai  vu  un  qui  m’a  paru  parti¬ 
culièrement  curieux  :  c'est  celui  qui  a  été  dessiné  ici 
d’après  nature.  Il  résulte  justement  de  l’action  de  la 
gelée  sur  un  bloc  primitivement  beaucoup  plus  volumi¬ 
neux.  Quand  on  le  regarde  du  côté  de  la  face  extérieure 
(fig.  t),  il  ressemble  tout  à  fait  à  une  hache  taillée;  les 
retouches  latérales  sont  nombreuses  sur  tout  le  pour¬ 
tour;  il  faut  retourner  l’échantillon  pour  être  convaincu 
de  l’origine  parfaitement  accidentelle  de  cette  pierre;  en 
effet,  de  ce  côté  (fig.  2),  on  voit  le  moule  interne  d’un 
inocéramus  de  la  craie,  dont  la  charnière  fait  une  légère 
saillie  à  l’extérieur.  Ce  fossile  a  d’ailleurs  joué  un  rôle 
important  dans  la  fracture  des  silex;  le  test  calcaire  qui 
se  trouvait  emprisonné  dans  la  masse  siliceuse  a  fini 
par  disparaître  par  dissolution  lente  ;  l’eau  a  rempli  la 
cavité  peu  épaisse  ainsi  formée,  puis  la  gelée  survenant. 


Fig.  I .  —  Silex  éclate  ayant  la  forme  d’une  hache  taillée. 
Grandeur  naturelle  (d’après  nature). 


LE  NATURALISTE 


le  bloc  a  éclaté  sous  l’effort  de  ce  coin  puissant. 

Les  deux  faces  du  silex  sont  recouvertes  de  cacholong, 
mais  l’épaisseur  de  cette  couche  est  naturellement  beau¬ 
coup  plus  épaisse  du  côté  extérieur,  qui  a  été  exposé 
depuis  plus  longtemps  à  l’action  des  agents  de  déshy¬ 
dratation.  Les  cupules  coniques  dont  il  a  été  question 
plus  haut  sont  visibles  sur  la  figure  1. 

Les  fossiles  emprisonnés  dans  les  silex  de  la  craie  sont 
assez  fréquents,  mais  ils  sont  particulièrement  abon¬ 
dants  dans  le  pays  de  Bray.  J’ai  vu  récemment  un  bloc 
éclaté,  dont  un  seul  fragment  de  quatre  ou  cinq  déci¬ 
mètres  cubes,  contenait  une  dizaine  d’empreintes  de 
miçràster.  Ces  fossiles,  ou  plus  exactement  ces  moules  de 
fossiles  étaient  malheureusement  en  trop  mauvais  état 
pour  être  rapportés,  mais  le  fait  m’a  semblé  bon  à. 
signaler,  d’autant  plus  que,  dans  la  craie,  les  gisements 
riches  sont  très  rares. 

Henri  Boursaült. 


CONSERVATION  DES  ANIMAUX  MARINS 

(Suite  et  fin.) 


Br. ><>/,« a.  —  Les  Pedieellina,  Loxosoma  sont  laissés  uni 
heure  dans  l’hydrate  de  chloral  à  1/10MP,  tués  ensuite  par  h 
sublimé  concentré  et  laves  après.  Quelques  Bug  nia  sont  tué: 
par  le  sublimé  chaud.  Fluslra,  Cellepora,  Crisia,  etc.,  sont  fixé: 
en  ajoutant  lentement  de  l’alcool  à  10°  à  la  surface 


Fig.  50.  Bryozoa.  Pedieellina.  —  Fig.  51.  Bryozoa.  Fluslra. 

Fig.  52.  —  Bryozoa.  Crisia. 

Brackiopoda.  Ou  anesthésie  avccl’eau  de  mer  alcolisce  et 
on  transporte  dans  l’alcool. 

Tnnicata.  —  Les  Appendicularia  sont  fixés  en  laissant  5  mi¬ 
nutes  dans  le  mélange  chromo-osmique.  —  Ascidiæ  simplices  : 
pour  fixer  Clavellina  et  Perophora,  on  immerge  dans  l’hydrate 
de  chloral  à  1/1000%  puis  on  tue  avec  le  mélange  chromo-acé¬ 
tique  et  on  transporte  dans  l’acide  chromiquo  à  10/0;  une 
demi-heure  après  on  passe  dans  l’alcool  à  35°  puis  à  70».  Asci- 
dia  ( Phallusia )  :  on  laisse  3  à  6  heures  dans  l’hydrate  de  chlo¬ 


ral  à  1/1000%  et  on  durcit  à  l’acide  cliromique  à  1  0/0  en  lais¬ 
sant  une  demi-heure.  Ciona  intestinalis  est  tuée  lentement  par 
quelques  gouttes  du  mélange  chromo-acétique  dans  l’eau  de 
mer,  on  transporte  dans  l'acide  chromique  à  1  0/0  et  on  porte 
ensuite  dans  l’alcool  faible.  Molgula,  Polycarpa,  Rhopalea, 
Chevreidius  restent  12  heures  dans  l’hydrate  de  chloral  à  1  /1000e, 
puis  par  le  mélange  chromo-acétique,  durcis  ensuite  par  l’acide 
chromique  à  1  0/(1.  Cynthia  et  Styela  sont  anesthésiées  dans 
l’hydrate  de  chloral  à  2/1 000e  en  24  heures,  puis  traités  comme 
précédemment.  —  Ascidiæ  compositæ  :  les  formes  gélatineuses 
doivent  être  laissés  2  heures  dans  l’hydrate  de  chloral  à  1/1000% 
et  on  tue  par  le  sublimé  concentré  chaud,  puis  on  passe  immé- 


Fig.  53.  Tunicata.  Phallusia.  —  Fig.  34.  Tunicata.  Salpa. 

Fig.  55.  — 'Tunicata.  Pyrosoma. 

diatement  dans  l’acide  chromique  à  1/2  0/0.  Les  Pyrosoma 
sont  plongés  dans  l’alcool  chlorhydrique  (alcool  à  50  0/0,  100  ce; 
ac.  chlorhydrique  conc.  5cc.)  ;  un  quart  d’heure  après  ou  trans¬ 
porte  dans  l’alcool  à  60°  et  successivement  dans  des  alcools  plus 
loris.  Salpidiæ  :  les  espèces  à  corps  dur  s’immergent  dans  un 
mélange  d’eau  douce  (lOOce)  et  d’acide  acétique  concentré  (10cc) 
où  on  les  laisse  15  minutes  ;  on  lave  dans  l’eau  douce,  on  passe 
ensuite  graduellement  dans  l’alcool.  Les  formes  semi-dures  se 
fixent  par  le  mélange  chromo-acétique,  puis  on  passe  directe¬ 
ment  dans  l’alcool  faible.  Les  formes  molles  s’immergent  dans 
le  mélange  chromo-osmique  pendant  15  à  60  minutes,  on  lave  à 
l’eau  et  on  passe  dans  l’alcool  faible.  Les  Doliolidæ  sont  tuées 
par  un  mélange  do  sulfate  de  cuivre  et  de  sublimé  ;  après 
2  minutes  on  lave  à  l’eau  douce  et  graduellement  on  les  trans¬ 
porte  dans  l’alcool  à  70°. 

Poissons.  —  \  1  Amphioxu s  est  tué  dans  l’eau  de  mer 
alcoolisé  à  10  0/0,  on  transporte  ensuite  dans  l’alcool  à  50° 
qu’on  porte  peu  après  à  70".  Les  Cyclostomes,  Sélaeaciens,  Ca¬ 
ndides,  sont  plongés  directement  dans  l’alcool  pour  les  petits 


Poissons.  Amphii 


exemplaires;  pour  les  grands,  on  doit  faire  au  ventre  une  inci¬ 
sion.  Les  Téléostéens  se  préparent  de  même,  mais  il  est  néces¬ 
saire  d’injecter  les  grosses  especes.  Les  poissons  à  peau  argen¬ 
tée  se  fixent  dans  le  sublimé  concentré  en  quelques  minutes. 
En  général,  les  poissons  devront,  autant  que  possible,  être  plon¬ 
gés  vivants,  car  c’est  seulement  ainsi  qu’ils  conservent  bien  la 
forme  du  corps  et  les  nageoires  bien  étendues. 


ENTOMOLOGIE  APPLIQUEE  »  L'AGRICULTURE 


MŒURS  ET  METAMORPHOSES  DE  L’ERASTRIA 
SC1TULA,  Rambur.  (Lépidoptère  nocturne). 
L’insecte,  dont  nous  allons  décrire  la  vie  évolutive,  est  un 
Lépidoptère  nocturne  du  groupo  des  Noctuelles  (Érastrides), 


LE  NATURALISTE 


1' 


dont  les  première  et  deuxième  phases  se  passent  sous  le  cou¬ 
vert  d’une  coque  que  la  chenille  traîne  après  elle  durant  son 
existence,  et  qui  lui  sert  plus  tard,  lorsqu’cst  venu  le  moment 
de  sa  deuxième  transformation,  à  mettre  à  couvert  la  chrysa¬ 
lide. 

Coque  :  longueur,  7  millimètres,  largeur  4mm  1/2. 

Formée  des  débris  des  dépouilles  du  Lccanium  olcæ,  juxta¬ 
posées  les  unes  contre  les  autres  et  maintenues  par  une  légère 
membrane  grise  paraissant  en  partie  formée  d’un  réseau  soyeux 
de  fils  entrelacés,  la  coque  à  la  forme  d’un  bateau  renversé  ; 
l’intérieur  en  est  lisse. 

Pareille  aux  sauvages  qui  ornent  leur  corps  des  peaux  des 
oiseaux  qu’ils  viennent  d’abattre,  la  chenille  dont  nous  allons 
donner  la  description  prend,  pour  orner  sa  carapace,  les  coques 
vides  des  coccus  dont  elle  s’est  repue. 

Chenille  Longueur  6  millimètres,  largeur  4  millimètres. 

Corps  charnu,  épais,  cylindrique,  rougeâtre,  atténué  à  sa 
partie  antérieure,  fortement  renflé  à  l’extrémité  opposée,  avec 
poils  bruns  clairsemés. 

Tête  lisse,  écailleuse,  en  partie  enchâssée  dans  le  premier  seg¬ 
ment  thoracique,  noire  luisante,  avec  quelques  longs  poils 
épars  sur  la  surface,  légèrement  excavée  au  milieu  de  sa  région 
postérieure  où  elle  reçoit  une  pièce  membraneuse  pâle  formant 
corps  avec  le  premier  anneau  thoracique;  épistôme  transverse, 
tcstacé  pâle;  labre  gris  pâle,  pubescent,  en  demi  ovale;  mandi¬ 
bules  cornées,  ferrugineuses,  à  extrémité  noire,  quadridentées, 
creuses  vues  de  profil  ;  mâchoires  peu  apparentes  formées  d’un 
lobe,  cilié  intérieurement;  palpes  maxillaires  de  trois  articles 
testacés,  annelés  de  brun  à  l’extrémité,  les  deux  premiers  gros, 
coniques,  le  troisième  grêle  â  extrémité  obtuse;  menton  gris 
pâle  trapézoïdal,  pubescent,  fortement  charnu  et  comme  bour¬ 
souflé,  ceint  dans  scs  lignes  d’un  trait  brun;  languette  triangu¬ 
laire,  encadrée  de  deux  petits  palpes  dont  la  direction  est  inté¬ 
rieure  :  entre  les  palpes  labiaux  et  les  palpes  maxillaires  sont 
deux  petits  filets  noirs  â  extrémité  très  déliée;  antennes  de  deux 
articles  émergeant  d’un  tubercule  â  base  testacée;  premier  arti¬ 
cle  conique,  gris  clair  à  extrémité  noire,  deuxième  cylindrique, 
noir,  â  extrémité  brune  ;  ocelles  bruns,  cornés,  au  nombre  de 
quatre,  disposés  en  demi-cercle  en  arrière  des  antennes. 

Segments  thoraciques  charnus  et  rougeâtres,  lisses  et  luisants, 
un  peu  pubescents  de  gris  ;  premier  segment  enchâssant  une 
partie  de  la  région  postérieure  de  la  tête  qu'il  dépasse  en  lar¬ 
geur,  un  peu  plus  rougeâtre  que  les  deux  segments  suivants, 
portant  en  son  milieu  deux  plaques  écailleuses  noires  séparées 
par  un  trait  rougeâtre  ;  les  deuxième  et  troisième  segments,  un 
peu  plus  gros  que  le  premier,  sont  incisés  transversalement;  une 
incision  en  demi- cercle,  au  milieu  de  chaque  anneau,  et  des 
rides  latérales,  formant  dans  leurs  intervalles  de  légères  bour¬ 
souflures. 

Segments  abdominaux.  Les  cinq  premiers  participent  de  la 
forme  et  de  la  couleur  des  deux  derniers  segments  thoraciques, 
tout  en  augmentant  de  volume  :  les  quatre  suivants  diminuent 
au  contraire  de  volume,  se  terminent  circulaircmcnt  en  forme 
de  couronne  dont  le  sommet  affleure  la  région  dorsale;  le  der¬ 
nier  anneau  testacé  pâle  porte  une  double  couronne  de  crochets 
bruns  au  centre  desquels  est  l’anus  :  le  rôle  de  ces  crochets  est 
de  maintenir  la  chenille  dans  sa  coque. 

Dessous  déprimé  jusqu’au  huitième  segment,  avec  de  fortes 
incisions  et  de  fortes  rides  formant  boursouflure  dans  l’inter¬ 
valle;  â  partir  du  neuvième,  les  anneaux  se  relèvent  pour  se  ter¬ 
miner  en  diminuant  au  douzième  et  dernier  â  la  couronne  de 
crochets  signalée  ;  les  deux  derniers  sont  pubescents,  le  pénul¬ 
tième  porte  deux  impressions  en  forme  de  fossettes. 

Pattes  thoraciques  grises  et  membraneuses  en  dessous,  noires 
et  écailleuses  en  dessus,  naissant  d’une  pièce  cardinale  mame¬ 
lonnée;  de  trois  articles,  les  deux  premiers  coniques  avec  quel¬ 
ques  petits  poils  gris  clair,  le  troisième  brun  clair  terminé  par 
un  onglet  acéré. 

Pattes  membraneuses  au  nombre  de  deux  paires  placées  aux 
huitième  et  neuvième  segments,  formées  de  deux  pièces,  la  pre¬ 
mière  en  forme  de  tubercule  avec  quelques  cils  bruns  sur  les 
côtés,  la  deuxième  en  forme  d’éventail,  surmontée  d’une  cou¬ 
ronne  de  crochets  très  rapproches. 

Stigmates  ovales,  gris,  à  péritrème  roux. 

C’est  en  juin,  sur  les  oliviers  des  environs  de  Ria  (Pyrénées- 
Orientales),  alors  que  le  Lccanium  olcæ  a  acquis  son  plus  grand 
développement,  que  se  montre  la  chenille  du  Thalpocares  sci- 
tula  ;  jusqu’à  cette  époque,  coccus  et  chenille  à  peu  près  sem¬ 
blables  en  taille,  en  forme  et  en  couleur,  se  confondaient  sur  les 
feuilles  et  sur  les  brindilles  des  oliviers  ;  dès  le  mois  de  juillet  la  . 
coque  de  la  chenille  est  le  double  de  celle  du  Lecanium,  cl  | 


quoiqu’elles  soient  encore  toutes  deux  ressemblantes,  un  peu 
d’attention  permet  de  les  distinguer  l'une  de  l’autre  ;  à  partir  de 
la  fin  de  juillet,  il  ne  saurait  y  avoir  de  méprise,  la  carapace 
de  la  chenille  dépasse  de  six  à  huit  fois  de  volume  celle  du 
coccus.  Au  reste,  un  trait  différentiel  les  distingue  toutes  deux 
à  tout  âge,  la  première  se  meurt,  progresse,  le  deuxième  reste 
toujours  immobile. 

La  marche  de  la  chenille  est  vive;  durant  son  trajet,  elle 
tend  des  fils  qui  lui  servent  à  se  maintenir  suspendue  lors¬ 
qu’elle  tombe  de  l’arbre.  C’est  par  une  des  extrémités  qu’elle 
entame  les  téguments  de  sa  victime  immobile  et  incapable  de 
se  défendre;  de  scs  mandibules,  elle  attaque  la  couche  der¬ 
mique,  la  perfore  et  plonge  dans  le  corps  qui  lui  sert  de  nour¬ 
riture  ;  dès  qu'une  coque  est  vidée,  elle  se  met  à  la  recherche 
d’une  autre,  la  vide  encore,  cette  activité  se  continuant  tant 
que  le  rameau  nourricier  renferme  des  moyens  d’existence;  puis 
elle  gagne  un  autre  rameau  le  débarrasse  à  son  tour  de  ses 
parasites,  passant  ainsi  d’un  rameau  à  un  autre  tant  que  dure 
sa  vie  larvaire,  de  telle  sorte  qu’il  suffit  de  quelques  chenilles 
pour  dépouiller  de  la  vermine  qui  la  tue  une  grande  branche 
d’olivier. 

Fin  juillet,  arrivée  au  terme  de  sa  première  évolution,  la  che¬ 
nille  quitte  le  rameau,  descend  le  long  des  branches,  et  si,  dans 
son  parcours  sur  le  tronc,  elle  trouve  un  dessous  d’écorce,  un 
interstice,  un  creux  susceptible  de  la  mettre  à  l’abri  de  l’eau  et 
du  soleil,  elle  s’arrête  à  cet  endroit  :  la  place  choisie  est  débar¬ 
rassée  de  ses  parties  saillantes  et  raboteuses,  elle  est  tapissée 
d’une  couche  de  fils  de  soie  qui  fixent  en  même  temps  les  parois 
intérieures  de  la  coque  contre  le  plan  de  position  ;  ainsi  abritée, 
elle  se  prépare  à  subir  sa  transformation  en  chrysalide  ;  si  le 
tronc  de  l’olivier  ne  lui  offre  pas  un  gîte  assuré,  elle  descend 
au  pied  de  l’arbre,  et  là,  au  ras  du  sol,  contre  une  pierre,  sous 
une  motte  de  terre,  elle  s’installe  en  utilisant  et  en  employant 
les  mêmes  moyens. 

L’état  transitoire  par  lequel  la  chenille  passe  pour  arriver  à 
sa  morphose  dure  quatre  à  cinq  jours,  au  bout  desquels  appa¬ 
raît  la  chrysalide. 

Chrysalide.  Longueur  G  millimètres,  largeur  3mm  1  '2  à  4  mil¬ 
limètres. 

Corps  cylindrique,  brun  rougeâtre,  plus  pâle  au  fourreau  des 
ailes  et  aux  derniers  segments,  atténué  à  l’extrémité  posté¬ 
rieure  laquelle  se  termine  par  une  demi-couronne  de  six  soies 
rougeâtres,  à  bout  en  forme  de  patte;  contre  la  base  de  la 
demi-couronne  est  une  rangée  de  fortes  spinules  noirâtres;  une 
autre  rangée  de  quatre  autres  spinules  de  même  couleur  dont 
les  deux  médianes  sont  plus  courtes  fait  suite;  d’autres  spinules 
noires,  courtes,  éparses,  ornent  la  région  dorsale  des  trois  der¬ 
niers  arceaux  ;  l’anus,  dont  la  fente  est  longitudinale,  est  sis  entre 
deux  petits  bourrelets  de  couleur  un  peu  plus  accentuée  que 
celle  du  fond;  les  antenucs  glissent  entre  les  bords  des  ailes 
supérieures  et  la  deuxième  paire  de  pattes;  les  stigmates  sont 
roux  à  péritrème  brun  :  le  reste  du  corps  n’olîre  aucune  autre 
particularité  digne  de  remarque.  La  demi-couronne  de  crochets 
vers  laquelle  sont  re’oulécs  les  peaux  chiffonnées  de  la  chenille, 
sert  à  la  chrysalide  â  se  fixer  contre  la  coque. 

C’est  dans  le  courant  du  mois  d’août  qu’a  lieu  l’éclosion  de  la 

chrysalide;  presque  aussitôt  après  suit  l’accouplement. 

Adulte.  Trouvé  pour  la  première  fois  dans  les  Pyrénées- 
Orientales,  où  il  n’est  pas  rare,  en  particulier  dans  les  olivettes 
des  environs  de  Ria;  il  a  été  décrit  et  figuré  par  Rambur  (An. 
.S oc.  ent.fr.,  1834),  puis  par  Duponchel  (suppl.  vol.  3,  pl.  47 
f.  4),  et  en  dernier  lieu  par  Berce  ( Lépidopl .  de  France,  1870, 

P  Les  premiers  états  ont  été  décrits  et  figurés  par  Millièrc 
Soc.  franç.  d'Enl.  1884,  p.  1,  pl.  1,  s-  f-  1-4),  mais  un  peu  suc¬ 
cinctement. 

Étant  donnée  la  conformation  particulière  de  la  chenille,  nous 
avons  cru  devoir  nous  étendre  un  peu  plus  longuement;  de 
plus,  décrire  la  chrysalide,  ajouter,  enfin,  aux  observations 
connues,  quelques  traits  de  mœurs  complémentaires. 

D’après  Millièrc,  la  chenille  vivrait  aux  dépens  des  Coccides, 
qui  sont  particuliers  aux  figuiers,  aux  pêchers,  aux  lauriers- 
roses.  Cet  auteur  a  été  induit  en  erreur  lorsqu’il  dit  (loc.  cil.)  : 

Cette  chenille  exerce  ses  ravages  parmi  les  Cossus,  Hyménop- 
lèves y  elc.  » 

C’est  un  hémiptère,  homoptère  du  groupe  des  Coccides,  le 
Lccanium  oleœ,  Bernard,  qui  forme  exclusivement  la  base  de 
la  nourriture  de  la  chenille  de  l’E.  Scitula,  hémiptère  qui  vit 
aussi  bien  sur  l’olivier  que  sur  l’oranger,  sur  le  figuier  ou  sur 
le  laurier-rose. 

Aux  environs  de  Ria,  localité  où  U  nous  a  été  donné  de  taire 


LE  NATURALISTE 


id  des  services  inappré¬ 
ciables  en  débarrassant  les  rameaux  des  oliviers  des  innom¬ 
brables  Lecanium  qui  infestent  l’arbre,  l'affaiblissent  au  point 
d’en  épuiser  la  sève,  et  le  rendent  par  suite  improductif. 

En  débarrassant  l’arbre  des  générations  de  parasites  sans 
cesse  renaissantes,  un  double  effet  se  produit:  la  Morfée  (fuma- 
gine),  autre  maladie  qui  n’envahit  les  oliviers  que  s’ils  sont 
déjà  atteints  par  le  Lecanium  et  qui  achève  de  les  ruiner,  dis¬ 
parait  à  son  tour. 

Nous  avons  donc  dans  la  chenille  de  l'Erastria  scitula  un 
auxiliaire  des  plus  précieux. 

Capitaine  Xamiïeu. 


LE  ROLE  DU  FOIE  CHEZ  LES  ANCIENS-  -  ALLÉGORIE  D’ARISTÉE 


La  découverte  de  la  fonction  glycogénique  du  foie  est  une 
des  plus  belles  conquêtes  de  la  physiologie.  Elle  a  aidé  à  se 
rendre  compte  d’un  grand  nombre  de  maladies  dont  elle  a  in¬ 
diqué  par  suite  le  traitement  rationnel  ;  elle  a  conduit  à  la  dé¬ 
monstration  de  l’influence  capitale  des 


sset: 


5  (Diabète  expérimental,  polyurie,  etc.), 
iter  une  fois  do  plus  l’identité  des 
fonctions  chez  les  êtres  vivants,  les  animaux  comme  les  plantes 
pouvant  produire  de  la  matière  sucrée.  Cette 
française  est  due  à  l’illustre  Claude  Bernard 
pourra  jamais  là  lui  contester. 

Toutefois,  il  m’a  paru  intéressant  de  rechercher  si  notre 
grand  physiologiste  n’avait  pas  eu  de  précurseurs;  si  avant 
lui,  la  fonction  glycogénique  était  demeurée  complètement 


inconnue  et  quelles  idées  on  se 
du  foie  dans  l’économie. 


Le  foie  occupe  un  tel  volume  dans  le  corps  que  les  anciens  lui 
attribuaient  un  rôle  capital  ;  pour  eux,  en  effet,  l’importance  des 
organes  était  proportionnelle  à  leur  grosseur.  L’école  romaine 
le  considérait  comme  un  des  quatre  domiciles  de  la  vie.  ■(  Cor, 
cerebrum,  pulmones,  jecur;  hæc  pnim  sunt  domicilia  vit».  » 
(Cic.,  Nat.  Deorum,  i,  35.) 

Remarquons  en  passant  que  les  langues  saxonnes  reflètent 
toutes  la  même  idée.  En  allemand,  le  mot  foie  se  traduit  par 
le  ber  et  provient  du  radical  leb,  leben,  vivre  ;  de  même  que  le 
mot  anglais  correspondant  hiver  provient  de  Live,  vie. 
MM.  Chauveau  et  Kauffmann,  dans  une  note  à  l’Institut  (1S86), 
ont  démontré  que  la  cause  primordiale  de  la  vigueur  muscu¬ 
laire  provenait  du  sucre  formé  dans  le  foie.  Plus  le  muscle 
produit  de  l’énergie,  plus  il  consomme  de  la  matière  sucrée. 
Dans  les  langues  saxonnes,  le  mot  vigoureux  s’exprime  par  les 
termes  lebhast  et  lively  dans  lesquels  on  retrouve  intacts  les 
radicaux  qui  expriment  simultanément  la  vie  et  le  foie. 

Pour  tous  les  anciens,  sans  exception,  c’était  du  foie  que 
provenaient  les  excitations  physiques  les  plus  violentes,  il 
était  le  siège  des  passions  et  l’origine  de  toute  vigueur. 

Ferventes  diffîcili  bile  tumet  jecur. 

(Hor.,  Od.,  i,  13.) 

De  quelle  colère  brûle  ton  foie  desséché,  dit  Juvénal:  Quanta 
siceum  jecur  ardcat  ira!  ( Juv .,  i,  45.)  C’était  principalement 
l’amour  qui  résidait  dans  ce  viscère  et  l’importance  de  l’organe 
correspondait  bien  à  l’importance  de  cette  passion  qui  domine  et 
dirige  le  plus  souvent  toutes  les  autres.  «  Cogit  amare  jecur  », 
c’est  le  foie  qui  excite  à  l’amour,  disait-on.  «  Si  torrerc  jecur 
quæris  idoneum  »,  répétait  Horace,  et  il  ajoutait  ce  vers  qui 
peint  bien  les  mœurs  d’alors  : 

Non  ancilla  tuum  jecur  ulceret  ulla  puerve. 

(Hor.  Epit.,  i,  18,  72  ) 

Qui  ne  se  rappelle  encore  cette  phrase  si  curieuse  d’Ana¬ 
créon  :  L’amour  tendit  son  arc  et  me  frappa  au  milieu  du  foie. 
Ce  qu’il  y  a  d’intéressant  à  remarquer,  c’< 


s  plus 

unsi  que,  dans  le  Midi,  quand 
la  troisième  fois,  on  dit  que  scs 
mortes  parce  qu’il  avait  le  foie 
Abio  lé  fédgé  tro  caoùt! 

En  définitive,  maintenant  que  nous  connaissons  le  vrai  rôle 
du  foie  dans  l’économie  et  l’importance  de  cet  organe  dans  la 
énergio,  ne  pourrions-nous  pas  dire 
■  Cogit  amare  jecur  1»  En  plaçant  le  siège 


Le  foie  étant 


remarquable  ■ 


l’examiner  afin  d’en  tirer  des  présages.  En  sanscrit  le  mot  Hari 
signifie  couleur  verte,  et  les  Romains  nommèrent  Harispex, 
Aruspices  les  individus  chargés  de  prédire  l’avenir  par  l’ins¬ 
pection  du  foie  et  de  la  partie  de  l’intestin  grêle  où  se  déverse 
la  bile  et  qui  est  ordinairement  colorée  en  vert-jaunâtre. 
L’étymologie  du  mot  foie  lui-même  révèle  un  fait  des  plus 


que  sous  le  nom  de  jecur;  mais,  lorsque  enrichis  par  leurs 
conquêtes  ils  dépensèrent  des  sommes  folles  pour  leurs  habita¬ 
tions,  vêtements,  plaisirs,  les  raffinements  culinaires  ne  connu- 

de  l’époque,  un  certain 
possédait  plus  qu’un  million 
dont  tout  le  monde  connaît  les  exploits 
a  laissé  un  traité  intitulé  :  De  re  culi- 
naria.  Il  nous  apprend  entre  autres  choses  combien  le  foie 
était,  un  aliment  recherché.  Afin  que  ce  mets  fut  plus  sucré  et 


jue  les  Romains  avaient  constaté 
fait  très  important  de  la  physiologie  du  foie  :  l’ac- 
du  sucre  dans  cet  org; 
cet  usage  dans  une  de  ses  satires  : 

Pinguibus  et  ficis  pastum  jecur  anseris  a) 

Dans  les  menus,  on  annonçait  les  foies  d’o 
avec  des  figues  par  le  terme  \  jecur  ficatum,  et  comme  cela  se 
produit  presque  infailliblement,  le  nom  scientifique  disparut 
devant  le  qualificatif,  et  le  mot  ficatum  (sous-entendu  jecur ) 
désigna  le  foie  considéré  comme  aliment.  Par  suite  d’une 
transformation  successive  dans  les  langues  d’origine  latine,  le 
nom  ficatum  devient  fegato  (italien)  et  iligado  (espagnol)  ;  et 
defegato  dérivèrent  les  termes  fedgato ,  fëdg'e,  foie. 

Si  nous  passons  du  domaine  de  la  linguistique  dans  celui  de 
la  Mythologie,  noui 
dignes  d’attention. 

On  ne  doit  plus  considérer,  en  effet,  la  mythologie  i 
simple  tissu  de  fables  ou  comme  la  somme  des  rêveries  plus  ou 
moins  poétiques  et  fantastiques  créées  par  l’imagination  des 
peuples  primitifs.  Les  faits  scientifiques  observés  étaient  trans- 
en  générations  dans  les 


générations  dans  les  castes  religieuses, 
dépositaires  jalouses  de  leur  savoir.  On  les  cachait  au  peuple 
afin  de  pouvoir  le  dominer  plus  facilement.  Du  reste,  fort  sou¬ 
vent,  le  vulgaire  n’aurait  pas  été  à  même  de  comprendre,  et  les 
quelques  faits  qu’on  voulait  bien  lui  présenter  lui  étaient  tou¬ 
jours  cachés  sous  des  allégories  plus  ou  moins  brillantes.  Les 
poètes  s’en  emparaient  volontiers  et  les  répandaient  dans  les 
masses;  aussi  les  nommait-on  quelquefois  vates,  parce  qu’ils 
parlaient  la  même  langue  dont  se  servaient  les  devins  et  les 
prêtres  des  dieux,  très  souvent  leurs  maîtres  et  leurs  initia- 


C’est  Virgile  qui  nous  apprendra  par  qui  fut  d 
même  peut-être  bien  avant  l’apparition  de  l’hom 
terre,  la  fonction  glycogénique  du  foie.  Avec 
pourrons  répéter  alors  :  «  Je  sais,  je  sens  que  toute  parole  de 
Virgile,  de  ce  grand  poète  sacré,  a  une  valeur  très  grave,  une 
autorité  que  j’appellerai  augurale  et  pontificale.  » 

livre  des  Géorgiques  que  nous  avons  tous 
de  l’école,  nous  trouvons  l’histoire  d’A- 
très  bon,  courageux.  11  était  fils  de  la 
nymphe  Cyrène  et  d’Apollon,  dieu  de  la  médecine  et  des  arts, 
père  d’Esculape  et  type  parfait  de  la  beauté  toujours  jeune. 
Apollon  confia  aux  muses  l’éducation  d’Aristéc  qui  fut  instruit 
par  elles  dans  l’art  de  la  médecine  et  de  la  divination.  Aristée 
représente  donc  la  personnification  primitive  des  sciences  na¬ 
turelles  et  médicales,  sciences  qui  permettent  souvent  de  pré¬ 
voir  la  marfche  future  des  maladies  et  des 
passer  ainsi  pour  devin  c 
seigna  aux  hommes  la  culture  de  l’olivier  et  l’élevage  des 
abeilles.  C’est  encore  une  allégorie  charmante  pour  exprimer 
que  les  résultats  do  l’étude  des  sciences  naturelles  sont  aussi 
bienfaisants  que  l’huile  et  aussi  doux  que  le  miel. 

Par  ses  études,  Aristée  fut  amené  à  supprimer  en  partie, 
dans  la  nature,  l’intervention  immédiate  des  divinités  et  il  se 
trouva  ainsi  en  désaccord 
Une  allégorie  nouvelle  noi 

Eurydice  personnifie  le  révélateur  des  mystères  sacrés  et  le  c 


lateur  religieux.  Aristée  s’occupant  un  peu  trop 
usa  involontairement  sa  mort.  C’est  l’effet  na 


merveilleux  et  : 


iturels  et  chaque  page  de  la  physiqti 


LE  NATURALISTE 


que  les  plus  puissants  efforts  pour  sortir  de  la 
ne  et  des  erreurs  sont  méconnus  et  trop  souvent  accueillis 

i  jour  ou  l’autre  la  lumière  reparaît  plus  belle  et  plus  vive 
elle  sur  les  ruines  des  idées 

En  attendant,  Aristée pleure,  c’est  dans  l’ordre  de  la  nature; 

int  abattre.  Il  invoque  sa  mère,  c’est-à- 
du  passé  et  l’expérience  acquise.  Mon 
lils,  dit  Cyrènc,  va  trouver  le  vieux  Protée,  il 
toutes  les  façons  a 
illusions  et  de  t’effrayer,  il 
manières,  en  eau,  en  leu,  et 

Yariæ  illudent  specics  atque  ora  ferarum, 

Fiet  enîm  subito  sus  horridus,  atraque  tigris, 

Squamosus  draco  et  fulva  cervicc  lteena . 

Mais  ne  crains  . .  -  :  -le  le  plus  tn  plu»  fart,  il  te  dira 


Sed  quanto  ille  maris  formas  se  vertet  in 
Tanto,  nate,  ma 
Tu  triompheras  de  tes 
faiteur  de  l’humanité.  Qu'était-ce  que  Prêtée?  La  plus  belle  de 
toutes  les  personnifications  de  la  nature,  se  transformant  de 
toutes  les  manières,  se  retrouvant  toutefois  identique,  soit  dans 
l’eau,  le  feu,  la  terre,  les  monstres  mêmes.  La  nature  à  qui  on 
doit  toujours  s’adresser  en  dernier  ressort  et  qui  ne  livre  ses 
secrets  qu’au  savant  que  les  difficultés  n’intimident  point  et 
qui  sait  resserrer  de  plus  en  plus  les  expériences  jusqu’à  l’ac¬ 
quisition  de  la  vérité.  Diderot  a  développé  la 
du  vieux  Protée  sous 'une  forme  moins  énergiqi 
duisante.  a  La  nature,  dit-il,  est  une  femme  qui  aime  à  se  tra¬ 
vestir  et  dont  les  différents  déguisements  laissant  échapper 
tantôt  une  partie,  tantôt  une  autre,  donne  quelque  espérance  à 
ceux  qui  la  suivent  avec  assiduité  de  connaître  un  jour  toute 

Qu’apprit  Aristée  dans  l’étude  de  la  nature,  dans  ce  livre 
toujours  ouvert? 

La  saison  était  très  rigoureuse, 
fleurs  pour  butiner  et  elles  mour; 

Amissis,  ut  fama,  apibus 
Aristée  choisit  huit  jeunes 


qu’il  signale  et  c’est  une 
lait  et  de  l’explication  que 


du 

gorie  d’ Aristée 
On  récolte  les  essaims  en  les  attirant  avec 
ces  régions  où  le  Nil  couvre  la  terre  de  ses 


miel  que 


servir  à  l’histoire  des  Insectes  »  (1734-1742),  raconte  une  his¬ 
toire  analogue  :  Lorsque  le  temps  est  mauvais,  on  voit,  dit-il, 


d’un  sirop 


:  que  l’on  place  près  de  leurs  ruches  ;  quelquc- 
ans  les  boucheries  du  village,  sur  les  foies  des 
des  veaux,  et  quand  elles  rentrent  à 


animaux,  mais  là  où  ils 
lion,  c’est  lorsqu’ils  croyaient  que  les  1 
de  la  substance  même  du  foie.  Virgile  peut-être  n’t 
point  ces  idées  de  génération  spontanée  et  a-t-il  voulu  simple¬ 
ment  indiquer  que  le  savant  est  maître  de  la  nature  cl  qu’il  sait 
tirer  la  vie  de  la  morl 


je  propose  de  l’allé- 


la  ruche,  elles  ont  toutes  une  petite  goutte  : 

En  résumé,  et  pour  conclure,  la  découverte  de  la  fonction 
glycogénique  du  foie,  attribuée  à  Claude  Bernard,  est  d’origine 
bien  plus  ancienne;  on  doit  la  faire  remonter  non  seulement 
aux  Egyptiens,  mais  aux  époques  géologiques  où,  pour  la  pre¬ 
mière  fois,  des  hyménoptères  ou  des  diptères,  amateurs  de 
liquides  sucrés,  se  trouvèrent  en  présence  de  viscères  de  mam- 

M.  Giard,  dans  un  article  intitulé  :  La  fonction  glycogénique 
du  foie  découverte  par  les  guêpes  (Bull.  sc.  du  Mord,  1875)  fit 
ressortir  cette  observation  de  Réaumur  qui  «  eût  pu  mettre  sur 
la  trace  de  la  belle  découverte  de  la  glycogénie.  Malheureuse¬ 
ment  l’esprit  des  entomologistes  est 
compter  les  poils  de  la  patte  d’un  i 


LE  PARASITISME  CHEZ  LES  ANIMAI  \ 
ET  CHEZ  LES  PLANTES 

Suite  et  fin.) 


2. . —  Nous  avons  étudié  précédemment  les  divers  gen¬ 
res  d'endoparasitisme.  Si  nous  passons  maintenant 
à  l’ectoparasitisme,  nous  trouverons  d’abord  avec  le 
premier  une  différence  essentielle  : 

Tandis  que  l’endoparasite,  logé  dans  un  organe  ou  un 
tissu,  se  laisse  vivre,  se  faisant  gorger  par  un  hôte 
complaisant  malgré  lui,  l'ectoparasite  est  un  être  actif  ; 
il  n’attend  pas  que  les  aliments  viennent  d’eux-mêmes  à 
sa  portée,  mais  fixé  sur  son  hôte,  il  va  au-devant  d’eux. 

C’est  pour  cela  que  les  Copépodes  établissent  une 
transition  ;  ils  possèdent  un  siphon,  preuve  certaine  qu’ils 
mettent  à  profit  cet  adage  :  <<  Aide-toi,  le  ciel  t'aidera. 

Si  nous  les  avons  rangés  dans  le  groupe  précédent,  c  est 
que  d 'ordinaire,  ils  sont  parasites  internes  et  offrent  des 
adaptations  concordantes. 

De  plus,  ce  sont  des  Arthropodes,  et  l'ectoparasite,  le 
plus  souvent,  appartient  à  une  classe  relativement 
élevée  des  Crustacés  Amphipodes  et  Décapodes,  des 
Arachnides  acariens,  et  la  puce,  un  insecte;  du  côté  des 
plantes,  le  Gui  (  Viscum  album)  (fig.)  de  nos  ancêtres  gau¬ 
lois. 

Sur  eux  aussi,  le  parasitisme  a  eu  une  influence  modi¬ 
ficatrice,  les  antennes  des  Crustacés,  en  particulier, 
s’atrophient  ou  se  replient  en  zig-zag,  tandis  que  les 
péreiopodes  (1)  se  transforment  en  crochets. 

Le  végétal  conserve  sa  chlorophylle,  mais  pousse  ses 
racines  dans  le  tissu  de  l'arbre  qui  le  porte. 

Somme  toute,  ils  n’offrent  rien  d’attrayant,  et  nous 
n’insisterons  pas  à  leur  sujet  (2). 

Parasitisme  indirect 

Plus  intéressants  que  les  ectoparasites,  plus  intéres¬ 
sants  peut-être  que  les  endoparasites,  mais  d’un  intérêt 
ont  autre  sont  les  parasites  indirects. 


200 


LE  NATURALISTE 


Ici,  l’adulte  est  libre,  il  folâtre  joyeusement  dans  l’air 
quand  le  soleil  darde  ses  plus  brûlants  rayons,  mais  il 
fait  de  ses  fils  des  parasites  involontaires.  Il  a  ses  rai¬ 
sons  pour  cela. 


Comme  d’autres  assurément,  il  pourrait  accumuler 
autour  de  la  ponte  des  provisions  succulentes  ;  il  veut 
pour  ses  larves  des  plats  toujours  très  frais,  un  légume 
sur  pied,  une  chair  palpitante. 


sont  surtout  des  Hyménoptères  (I),  les  uns  s’attaquent 
aux  plantes,  les  autres  aux  animaux. 

Tout  le  monde  connaît  les  galles  du  chêne  et  autres 
arbres,  produites  par  des  Tenthrédinidés  ou  des  Cyni- 
pidés,en  particulier,  cette 
excroissance  chevelue,  le 
bédégar,  qui  a  pour  au¬ 
teur  le  Rhodites  rosæ  . 
Le  procédé  mis  en  usage 
est  fort  simple  :  le  mo¬ 
ment  de  leur  ponte  cor¬ 
respond  à  l’époque  du 
bourgeon,  ils  piquent  ce 
dernier,  et  en  même  temps 
qu’ils  y  déposent  leurs 
œufs,  déversent  dans  le 
tissu  parenchymateux  un 
liquide  âcre.  L’acide  dé¬ 
termine  un  afflux  de’ suc 
végétal  gonflant  l'œuf  et 
amenant  fortement  au 
contact  les  écailles  épais¬ 
sies  du  bourgeon  qui  de¬ 
vient  un  corps  charnu,  la 
galle  (2). 

La  manière  d’opérer  est  donc  fort  primitive  ;  il  n’en 
est  plus  de  même  chez  les  Hyménoptères  qui  s’adressent 
aux  animaux,  et  l’on  dirait  vraiment  que  ces  curieuses 
bestioles  ont  passé  leur  vie  dans  l’étude  difficile  de 
l’anatomie. 

Les  uns,  des  Cynipidés  plongent  leurs  œufs  dans 
la  cavité  viscérale  d’une  chenille,  mais  sans  la  tuer 
pour  cela;  bien  plus,  la  larve  qui  naîtra  dévorera 
prudemment  son  hôte,  se  gardant  de  toucher  aux  or¬ 
ganes  délicats.  Elle  permet  ainsi  à  son  garde-manger 
ambulant  d’arriver  à  la  phase  chrysalide.  Mais  alors  le 
Cynipide  a  atteint  son  état  parfait,  il  brise  la  paroi  de 
sa  prison  et  s’échappe  à  l’air  libre,  laissant  derrière  lui 
un  cadavre. 

auffés,  les  Bembex,  agissent  plus  merveilleu¬ 
sement  encore;  ils  construi¬ 
sent  un  nid  et  l’approvision¬ 
nent.  M.  J.- H.  Fabre  a  raconté 
d'une  façon  trop  remarquable 
les  faits  et  gestes  de  ces  in¬ 
sectes  pour  oser,  après  lui,  ébau. 
cher  un  tableau.  Nous  avons 
tous  admiré  par  sa  plume  cette 
intuition,  cette  science  hérédi¬ 
taire  qui  guide  l’animal  ;  nous 
sommes  restés  muets  d’étonne¬ 
ment  au  récit  de  ces  luttes  pen¬ 
dant  lesquelles  l’habile  Hymé - 
noptère,  enlaçant  étroitement 
son  antagoniste,  le  frappe  à  plu¬ 
sieurs  reprises  et  le  paralyse  du 
coup,  enfonçant  son  dard  empoisonné  dans  les  gan¬ 
glions  nerveux  de  sa  chaîne  ventrale  ;  tous,  nous  nous 
sommes  extasiés  devant  l'extrême  précision  de  certaines 


La  plante  n’offre  rien  de  semblable.  A-t-elle  besoin 
d’ailleurs  de  se  préoccuper  des  graines  qu’elle  porte? 
Aussi  les  parasites  indirects  appartiennent-ils  exclusi¬ 
vement  au  règne  animal,  à  la  classe  des  insectes;  ce 


(t)  Nous  laissons  de  côté  les  (Kstres  cl,  autres  Diptères, 
satellites  insignifiants  du  parasitisme  indirect,  qui  déposent 
leurs  œufs  sous  la  peau  do  certains  Mammifères. 

(2)  Certains  auteurs  prétendent  que  la  présence  seule  de 
l’œuf  suffit  pour  déterminer  l’afflux  de  sève. 


LE  NATURALISTE 


“201 


espèces,  poignardant  la  victime  trois  fois  et  non  plus, 
chaque  coup  paraissant  porter  sûrement  où  l'insecte  le 
veut. 

Puis,  la  larve  à  son  tour,  pareille  à  celle  du  Cynipide, 
dévore  lentement  sa  proie,  évitant  d'entamer  les  centres 
de  la  vie  pour  garder  fraîche  jusqu’au  bout  la  chair  que 
lui  laisse  la  mère. 

Y  a-t-il  science'?  y  a-t-il  instinct?  Ce  n’est  pas  le  mo¬ 
ment  de  discuter  la  chose.  Constatons  seulement  ce 
merveilleux  phénomène  et  laissons  de  côté  —  bien  qu’à 
regret  —  ces  brillants  anatomistes. 


L’homme,  comme  on  pourrait  le  croire,  n’a  pas 
inventé  le  commensalisme;  il  a  tout  uniment  copié 
l’animal  —  tant  il  est  vrai  que  le  singe  nous  est  proche 
parent! 

Le  commensal  a  bien  toujours  pour  but  de  vivre  aux 
dépens  d’autrui,  mais  il  ne  se  nourrit  pas  du  corps  do¬ 
sa  victime,  il  s’assied  à  la  table  de  1  hôte  et  dévore  vive¬ 
ment  les  vivres  que  ce  dernier  réservait  pour  lui-même. 
C’est,  en  particulier,  le  cas  du  Pinnatherus  pisum. 

Crustacé  Décapode  Brachyure  qui,  vivant  entre  les 
valves  des  Moules,  détourne  à  son  profit  les  proies 
diverses  attirées  par  le  mollusque. 

Tel  est  le  commensal  direct,  d'autres  agissent  pour 
leurs  larves. 

Certains  Hyménoptères  Chrysididés  déposent  leurs 
œufs  dans  le  nid  du  voisin  —  un  Fouisseur  d’ordinaire 
—  qui  nourrira  l’intrus  avec  ses  propres  rejetons.  Le 
Coucou  d’Europe  (Cuculus  eurupæus)  ne  procède  pas 
autrement.  De  même  fait  le  Malathrus,  oiseau  d’Aus¬ 
tralie  ;  mais,  chose  digne  de  remarque,  ce  dernier 
ébauche  parfois  un  nid,  jamais  il  ne  l'achève,  il  est  vrai. 
Il  y  aurait  là  pour  le  philosophe  sujet  à  dissertation. 
Gardons-nous  d’aborder  ce  sujet  dangereux. 

Mutualisme 

Nous  voici  presque  au  terme  de  notre  course  rapide 
dans  le  monde  des  parasites;  c’est  ici  la  dernière  étape, 
nous  pouvons  stationner  sans  craindre  les  malfaiteurs. 

En  réalité,  avons-nous  bien  là  des  parasites  au  vrai 
sens  du  mot?  Vivent-ils  réellement  aux  dépens  du  pro¬ 
chain?  Ce  n’est  pas  sans  quelque  hésitat.iôn  que  je 
répondrai  oui. 

Allant  au  fond  des  choses,  pesant  le  pour  et  le  contre, 
l’Algue  et  le  Champignon,  la  Fourmi  et  le  Puceron  sont 
bien  en  réalité  parasites  deux  à  deux,  parasites  mutuels. 
C’est  là  l’histoire  de  l’aveugle  et  du  paralytique,  l’un 
marchant,  l’autre  guidant,  ils  peuvent  aller  au  bout  du 
monde  ;  seulement,  les  avantages  sont  inégaux. 

Voici  le  Champignon,  il  n’a  pas  de  chlorophylle,  voici 
l'Algue,  elle  combine  difficilement  les  albuminoïdes; 
l’un  et  l’autre  vont  s’unir  et  s'enlr’aider.  L’Algue,  grâce  à 
la  chlorophylle,  va  procurerai!  champignon  les  hydrates 
de  carbone  au  moyen  desquels  ce  dernier  créera  les 
matières  albuminoïdes  pour  l’usage  de  l’association 
qu’on  nomme  lichen. 

Quel  est  des  deux  le  plus  favorisé? 

La  balance  tend  à  pencher  vers  le  Champignon,  sans 
que  l’abri  qu’il  procure  à  l’Algue  contre  les  intempéries 
funestes  puissent  niveler  complètement  les  plateaux. 

De  même,  le  Puceron,  véritable  bétail,  aide  à  l'ali¬ 
mentation  de  la  Fourmi.  Celle-ci,  en  retour,  logeant  l’hé- 
miptère,  veille  à  ce  qu'il  lui  soit  servi  copieuse  pitance. 


L’analogie  est  presque  parfaite,  une  seule  différence 
peut  être  mentionnée  :  l’avantage  est  assurément  plus 
sérieux  pour  la  Fourmi  que  pour  le  Champignon. 

Parcourant  ainsi  ce  monde  grouillant,  nous  voici  à  1a 
conclusion.  Nous  avons  suivi  dans  cette  étude  la  série 
descendante;  le  commencement  n’aurait-il  pas  dù  se 
trouver  à  la  fin  ? 

Peut-être  oui. 

Certains  penseront  que  la  bête  cunimè  la  plante  n’en 
est  arrivée  au  parasitisme  complet,  absolu,  qu’après  de 
longs  tâtonnements,  de  longues  hésitations. 

Qui  sait  si,  poussé  dès  l'abord  dans  l'éternel  combat 
où  chacun  lutte  pour  la  vie,  celui  que  nous  voyons 
endoparasite  aujourd’hui  ne  fut  pas  alors  timide  mutua¬ 
liste?  puis,  par  le  droit  du  plus  fort,  devenu  com¬ 
mensal  ou  ectoparasite  —  de  l’un  à  l’autre  il  n’y  a  pas 
loin  —  ne  serait-il  pas  maintenant  l’être  apathique, 
dégradé,  attendant,  pores  ouverts,  l’arrivée  du  repas? 

La  question  est,  pour  l’instant,  difficile  à  résoudre. 
Aussi,  préférant  le  certain  à  l’incertain,  avons-nous 
mieux  aimé  montrer  dès  l’abord  ceux  d’entre  les  êtres 
qui  méritaient  le  mieux  l'épithète  de  parasite.  Qu’ils 
aient  été  mutualistes  ou  commensaux,  peu  nons  im¬ 
porte;  pourquoi  tenterions-nous  d’éclairer  ces  ténèbres  ? 
nous  pourrions  nous  brûler  sans  y  voir  pour  cela. 

Etienne  Rabaud. 


DESCRIPTION  DE  MOLLUSQUES  NOUVEAUX 


Kdwardsi 


Tcsla  oblonga,  gibbosa,  roslrata,  subtortuosa,  nitenle  alba  ; 
extremitas  postica,  contracta,  utriusque  valvæ  bicarinata. 

Dimensions  :  long.  16  millim.;  larg.  6  millim.;  épais.  3,5  millim. 

Coquille  oblongue,  arrondie  en  avant,  finissant  en  bec  de 
flûte  en  arriére  et  à  test  mince,  fragile,  opaque  et  de  couleur 
blanche.  La  valve  gauche  (j’appelle  ainsi  la  valve  qui  se  trouve 
à  la  gauche  de  l’animal  placé  dans  sa  position  normale,  la  tète  en 
avant  et  le  sommet  en  haut)  est  grande  relativement  à  l’autre, 
qui  semble  lui  servir  de  couvercle  ;  sa  face  externe,  très  con¬ 
vexe  et  si  finement  striée  qu’elle  parait  lisse,  s’allonge  en  forme 
de  rostre  assez  saillant  en  arriére.  Sur  cette  partie  s’élèvent 
divisées  par  un  sillon  deux  fortes  carènes,  qui  partent  de  l’ex¬ 
trémité.  Pour  se  diriger  vers  le  sommet  où  elles  se  terminent  en 
s’unissant.  A  la  face  interne,  profondément  excavée,  ces  deux 
carènes  sont  remplacées  par  deux  sillons  ;  en  face  le  sommet 
se  trouve  la  charnière,  formée  d’une  dent  unique  ;  la  valve 
droite,  légèrement  concave  en  dehors  et  convexe  en  dedans, 
présente,  comme  la  précédente,  deux  carènes  sur  sa  face  ex¬ 
terne  et  trois,  au  contraire,  à  la  face  interne  sur  laquelle 
s’élève,  près  du  crochet,  une  petite  dent  saillante  dirigée  en 
bas  et  en  dehors. 


miration  pour  les  savants  travaux  de  l’infatigable  membre  de 
l’Institut  et  de  l’Académie  de  médecine,  M.  le  professeur  Milne- 
Edvards  ont  présidé  à  la  dédicace  de  cette  espèce. 


des  valves.  Les  stries  rayonnantes,  fines,  assez  régulièrement 
disposées,  n’occupent  que  b.  moitié  postérieure  des  valves, 
alors  que  les  stries  concentriques,  étendues  d’une  extrémité  a 
l’autre,  et  très  fines  a  la  partie  postérieure  ou  elles  forment 
avec  les  stries  rayonnantes  un  réticulé  à  peine  visible,  se  réu- 


LE  NATURALISTE  - 


202 


nisscnt  en  avant  pour  former  des  boursouflures  ou  des  ondes 
saillantes;  en  arrière,  sur  le  canal  qui  est  en  général  très 
court,  les  stries  concentriques  se  courbent  brusquement  pour 
se  diriger  de  bas  en  haut.  A  intérieur  des  valves  se  présentent 
près  du  bord  les  impressions  palléales  qui,  à  la  naissance  du 
canal,  remontent  vers  les  cuillerons  en  décrivant  une  légère 
courbe.  Entre  cette  courbe  et  son  extrémité,  le  canal  est  plaqué 
d’une  épaisse  couche  d’enduit  blanchâtre;  la  charnière  est 
formée  d’un  large  cuilleron  pour  chaque  valve;  le  cuiileron 
de  la  valve  gauche,  obliquement  dirigé  en  dehors,  est  doublé 
d’une  -petite  dent  saillante.  Sur  la  valve  droite,  au  contraire, 
le  cuilleron  dirigé  vers  l’intérieur  do  la  coquille  est  simple. 
Le  crochet,  sur  cette  valve,  est  presque  toujours  usé  et  perforé 
par  le  frottement,  alors  qu'il  reste  intact  sur  la  valve 
opposée. 

Hah.  Aden.  Cette  espèce,  avec  un  certain  nombre  d’autres 
appartenant  à  des  genres  de  la  faune  sénégalienne,  ne  me 
laisse,  aucun  doute  sur  la  présence,  à  une  époque  reculée,  de 
l’existence  d’un  bras  de  mer  faisant  communiquer  l’océan  Atlan¬ 
tique  avec  l’océan  Indien  à  travers  le  désert  de  Sahara  ;  l’atter¬ 
rissement  de  cette  partie  de  l’Afrique  n’a  été  que  la  conséquence 
des  bouleversements  volcaniques  qui  se  sont  produits  sur  toute 
l’étendue  de  la  mer  Rouge,  c’est  à  eux  que  l’on  doit  ce  golfe 
immense  de  l’océan  Indien  et -les  chaînes  de  montagne^  qui 
l’ont  enserré  dans  ses  limites  actuelles. 

Ods.  —  C’est  la  première  espèce  du  genre  Tugonia  observée 
dans  l’océan  Indien.  Le  Tugqnia  divaricata  de  Reevc,  trouvé  à 
Coylan,  appartenant  à  un  autre  groupe  auquel  j’ai  donné,  dans 
mon  manuscrit  sur  les  coquilles  de  la  mer  Rouge,  le  nom  géné- 
ri  que  de  Turjonella. 

Dr  Jousse aume. 


La  Flore  de  l’Inde  dans  ses  rapports  avec  la  Flore 
de  France 

(Suite.) 

FUMAHIACÉES 

Ilypecoum  procumlens  L.  —  Cette  espèce  croit  dans  le  Midi 
de  la  France  et  en  Corse.  On  la. rencontre  ici  dans  les  parties 
les  plus  arides  du  Panjab,  à  Peshawer,  à  Mooltan  et  dans  le 
Sait  Range.  . 

Distribution  générale  :  Asie  occidentale,  Région  méditer¬ 
ranéenne. 

Le  o-enre  CorydaMs  n’offre  point  d’espèces  communes.  Les 
espèces  qui  le  représentent  dans  l’Inde  habitent  le  Thibet  et 
T  Himalaya. 

Fumaria  parviflora  Lamarck.  —  Cette  espèce  que  Hooker 
regarde  comme  la  même  espèce  que  le  Fumaria  VaitlantU  de 
Loisel,  habite  les  plaines  de  l’Indus  et  du  Gange,  les  parties 
basses  de  l’Himalaya  elles  Nilgiris.  Je  l’ai  observée  dans  ces 
deux  dernières  localités.  C’est  une  plante  qui  envahit  les  cul¬ 
tures.  Cette  mauvaise  herbe  se  trouve  au  Maroc,  à  Tripoli  et 
généralement  dans  les  champs  des  régions  tempérées  de  Tan- 
cien  Continont. 

CRUCIFÈRES 

Les  geni*cs  Malthiola  et  Cheirantlius  n’offrent  point  d’es¬ 
pèces  communes.  Les  diverses  espèces  de  ces  deux  genres  sont 
cantonnées  dans  le  Thibet. 

NasLurthnn  officinale  R.  Brown.  —  Plante  parisienne,  com¬ 
mune  en  France  dans  les  ruisseaux.  Dans  l’Inde  on  la  ren¬ 
contre  dans  le  Rohilcund,  dans  le  Panjab  et  à  peu  près  dans 
toutes  les  stations  montagneuses,  par  exemple  aux  Nilgiris, 
aux  Shivaro  hills  ;  mais  dans  ces  dernières  cette  espèce  paraît 
avoir  été  introduite. 

Distribution  générale  :  Afghanistan,  Asie  tempérée,  Europe. 

Nasturtium  palustre  D.  G.  —  C'est  le  Boripa  nasturtioides  de 
Spach.  Cette  espèce  parisienne  habite  en  France  les  lieux 
humides.  Elle  est  abondante  dans  l’Himalaya  tempéré,  où  elle 
s’élève  jusqu’à  3.000  mètres.  On  la  trouve  aussi  dans  le  nord- 
ouest  de  l’Inde.  Elle  est  rare  dans  le  Bengale  et  dans 
l’Assam. 


ACADEMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  20  juillet.  —  Mémoire  de  M  Emile  Blanchard, 
concernant  les  preuves  de  communications  terrestres  entre 
l’Europe  et  l’Amérique  pendant  l’âge  moderne  de  la  Terre. 
Ces  deux  continents  devaient  autrefois  se  relier  par  .l’Ecosse, 
les  îles  Feroë,  l’Islande,  le  Groenland,  les  nombreuses  îles  du 
détroit  do  Davis  et  le  Labrador.  Ce  qui  le  démontre,  c’est  la 
quantité  et  la  qualité  des  végétaux  et  des  animaux  habitant  à 
la  fois  l’Europe  et  l’Amérique.  Parmi  les  végétaux  communs  à 
ces' deux  pays,  l’auteur  cite  des  Anémones-,  Crucifères,  Vio¬ 
lettes,  Stellaires,  Astragales,  Saxifrages,  Rhododendron,  Prime¬ 
vères,  Liliacées,  Orchidées,  Aunes,  Saules,  Genévriers,  If,  etc. . 
Parmi  les  Insectes,  des  centaines  sont  passées  en  Amérique 
par  les  régions  arctiques  de  l’Europe,  entre  autres  des  Cara- 
bides  qui  ne  se  disséminent  cependant  qu’avec  une  extrême 
lenteur,  et  un  grandnombre  de  Lépidoptères.  Parmi  les  Mam¬ 
mifères,  on  trouve  comme  représentant  communs  aux  deux 
continents,  la  Marte,  la  Fouine,  l’Hermine,  le  Lemming,  le 
Lièvre  variable,  le  Castor  et  le  Renne.  Enfin,  comme  Poissons 
d’eau  douce  ne  descendant  jamais  jusqu’à  la  mer  nous  trouvons 
en  Amérique  aussi  bien  qu’en  Europe,  la  Perche,  le  Chabot  et  le 
Brochet.  —  M.  Marey  présente  une  note  de  M.  Charpentier  sur 
les  oscillations  rétiniennes.  Si  on  fait  donner  k  raison  d’un  tour 
en  deux  secondes  un  disque  noir  sur  lequel  on  a  fixé  un  sec¬ 
teur  blanc  plus  ou  moins  large,  et  qu’on  tienne  l’œil  fixé  au 
contre  du  disque,  on  observe  que  le  côté  du  secteur  blanc  qui 
pénétre  le  premier  sur  le  fond  noir  est  bordé  par  une  bande 
noire  séparée  du  fond  par  une  bande  blanche  semblable.  L’é¬ 
tendue  angulaire  de  ces  deux  bandes  augmente  proportion¬ 
nellement  avec  la  vitesse  L’auteur  cite  d’autres  expériences  et 
interprète  les  effets  produits  sur  l’appareil  visuel  comme  le  ré¬ 
sultat  d’une  oscillation  rétinienne  née  sous  l’influence  du  début 
de  l’excitation  lumineuse.  — M.  Chauveau  présente  une  note  de 
M.  Ch  Contejean  sur  l’innervation  de  l’Estomac  chez  les  Batra¬ 
ciens.  Innervation  motrice.  C’est  le  pneumogastrique  qui  pré¬ 
side  aux*  mouvements  de  l’estomac.  Son  action  motrice  porte 
sur  le  cardia,  le  pylore  et  les  fibres  longitudinales.  Ce  nerf  a  de 
plus  une  action  inhibitrice  sur  les  contractions  réflexes  de  l’es¬ 
tomac.  Les  fibres  circulaires  sont  sous  la  dépendance  du  sym¬ 
pathique  et  plus  particulièrement  du  plexus  cœliaque.  Inner¬ 
vation  vaso-motrice.  Le  pneumogastrique  fournit  des  filets  va 
so-dilatatcurs,  tandis  que  le  sympathique  agit  comme  vaso- 
constricteur.  Innervation  sécrétoire.  Le  centre  du  réflexe  pré¬ 
sidant  à  la  sécrétion  des  glandes  gastriques  se  trouve  dans  les 
plexus  nerveux  intrastomacaux .  Le  pneumogastrique  et  le 
lympathique  n’exercent  ici  qu’une  influence  régulatrice.  — 
M.  Milne-Edwards  présente  une  note  de  M.  Louis  Moule  sur  le 
développement  du  Mésoderme  des  Crustacés  et  sur  celui  de  scs 
organes  dérivés.  Ce  Mésoderme  est  produit  par  la  presque  to¬ 
talité  du  blastoderme,  ses  éléments  évoluent  suivant  le  procédé 
mésenchymateux  ;  le  Cœlome  est  représente  par  l’ensemble  de 
l'appareil  circulatoire  et  des  cavités  périviscérales,  mais  on  no 
constate  pas  do  métamérisation  comme  chez  les  Annélides  et  les 
Vertébrés.  —  M.  de  Lacaze-Duthiers  présente  une  note  de  Af.  A la- 
taquin,  sur  l’homologie  des  appendices  pédieux  et  Céphaliques 
chez  les  Annélides.  L’auteur  établit  d’abord  que  le  segment  cé¬ 
phalique  peut  porter  des  antennes  ayant  la  forme  de  rames  séti- 
gères  ;  puis  par  des  exemples  nombreux  tirés  de  la  morphologie 
comparée,  du  développement  et  des  connexions  des  appendices 
céphaliques  et  pédieux,  il  démontre  qu’une  rame  sétigère  peut 
se  transformer  eu  un  cirre  sensitif.  —  M.  Duchartre  présente 
une  note  de  MM.  P  rit  Heur  el  Delacroix,  sur  la  Muscârdine  du 
Ver  blanc.  Les  auteurs  distinguent  par  des  caractères  bien  tran¬ 
chés  deux  espèces  de  Botrytis  ;  le  B.  Tenclla,  et  le  B.  Bassiana 
le  premier  qui  est  la  Muscârdine  du  Ver  blanc,  le  second  celle 
ver  à  soie  ;  mais  ils  peuvent  néanmoins  attaquer  les  mêmes 
Insectes.  Pour  répandre  la  Muscârdine  des  Vers  blancs  dans 
h-s  champs,  il  faut  avoir  recours  à  des  Vers  blancs  préalable¬ 
ment  infectés.  Ces  vers  meurent  au  bout  de  10  à  Ici  jours  et  le 
Botrytis  se  développe  en  rayonnant  autour  de  chaque  vor  enva¬ 
hissant  une  masse  de  terre  de  8  à  10  centimète?  de  diamètre. 

A.  E.  Malabo, 


Le  Gérant:  Emile  DEYROLLE. 


TARIS.  —  IMPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13°  ANNÉE 


Série  —  IV  108 


SEPTEMBRE  1891 


LE  BALÆNICEPS  Rex. 


De  tous  les  Echassiers  qui  habitent  le  vaste  continent 
africain,  le  plus  singulier  est  sans  contreditle  Balæniceps, 
Whale-headed  Stork  des  Anglais,  c’est-à-dire  la  Cigogne  à 
tête  de  Ba¬ 
leine.  Sa  dé¬ 
couverte  est 
relativement 
récente,  et 
c’est  au  com¬ 
mencement 

de  18b  l  que 
Gould  le  pre¬ 
mier  en  don- 
nala  descrip¬ 
tion.  Aujour¬ 
d’hui,  il  est. 
encore  d’une 
rareté  extrê¬ 
me;  le  Mu¬ 
séum  de  Pa¬ 
ris  en  pos¬ 
sède  trois 
exemplaires 
et  en  France 
la  ville  de 
Boulogne  - 
sur  -  Mer  en 
compte  un 
dans  son  Mu¬ 
sée.  Ces  oi¬ 
seaux  exci  - 
tent  toujours 
la  curiosité 
du  public 
par  leur  as- 
pectétrange. 

«  A  première 
vue,  dit  W.  F. 

Parker  dans 
ses  notes  sur 
l'Ostéologie 
du  Balæni¬ 
ceps,  cet  oi¬ 
seau  rappel¬ 
le  leSq,vacou, 
le  Héron  et  le 
Marabout . 

D’autres  pi 
seaux  se  pré¬ 
sentent  aus¬ 
si  à  l’esprit  : 
ce  sont  le  Pé¬ 
lican,  le  Toucan,  les  Calaos  et  les  Podarges.  »  La  forme 
bizarre  du  bec  explique  en  effet  cette  comparaison  avec 
des  oiseaux  appartenant  à  des  groupes  si  divers,  et  le 
Balæniceps  mériterait  aussi  bien  que  le  Savacou  le  nom 
de  Boat-bill  ou  bec  en  bateau,  car.  son  bec  rappelle 
aussi  bien  les  petites  barques  de  pêche  que  l’on  voit  re 
tirées  à  sec  la  quille  en  l’air  sur  nos  plages. 

Ce  bec  mesure  0  ni.  23  cent,  de  longueur,  et  à  sa  base 
Om.  10  cent  de  hauteur  et  0  m.085  de  largeur.  La  man¬ 
dibule  supérieure,  fortement  bombée,  présente  sur  la 


ligne  médiane,  une  arête  légèrement  surélevée,  qui,  as¬ 
sez  large  à  son  origine,  va  en  se  rétrécissant,  et  en  se  dé¬ 
primant  sensiblement  jusque  vers  la  moitié  de  sa  lon¬ 
gueur  pour  se  relever  ensuite  en  approchant  de  l’extré¬ 
mité  antérieure,  où  elle  se  termine  par  un  crochet  puis¬ 
sant,  qui  paraît  surajouté  comme  chez  les  Albatros.  Sur 
tout  sou 
pourtour  , 
jusqu’à  la 
naissance  du 
crochet,  cet¬ 
te  mandibu 
le  présente 
une  forte 
convexité, 
qui  forme 
comme  un 
bourrelet  au- 
dessus  de 
son  tran¬ 
chant  dirigé 
un  peu  vers 
l’intérieur. 
La  mandibu- 
leinférieure, 
robuste,  é- 
chancréeàsa 
pointe  pour 

cliet,  présen¬ 
te  un  tran¬ 
chant  des 
plus  acérés 
qui  consti¬ 
tue  avec  n 
lui  de  la  man¬ 
dibule  supé¬ 
rieure  une 
paire  de  ci: 
sailles  re¬ 
doutables  . 
La  couleur 
du  bec  est 
d’un  jaune 
pâle  passant 

leur  de  corne 


supérieure, 
et  parsemée 
sur  toute  ^sa 
surface  de  ta¬ 
ches  d’un 
brun  sombre. 

Les  narines 

i  sont  à  peine  visibles,  et  placées  dans  une  fente  étroite  à 
la  base  du  bec,  contre  l’arête.  La  langue  est  très  petite  et 
|  tout  à  fait  hors  de  proportion  avec  la  vaste  capacité 
I  buccale  ;  c’est,  là  un  caractère  qui  pourrait,  rapprocher 
le  Balæniceps  du  Pélican.  La  tête  robuste,  le  cou  et  la 
gorge  sont  garnis  déplumés  d’un  gris  d'ardoise  plus  ou 
moins  foncé  tirant  sur  le  vert,  et  ne  présentent  pas  l’as- 
j  pect  repoussant  des  peaux  nues  du  Marabout.  Comme 


chez  ce  dernier,  la  peau  de  la  gorge  est  susceptible  de 
se  dilater  en  une  poche  volumineuse.  Sur  l’occiput  les 


LE  NATURALISTE,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


204 


LE  NATURALISTE 


plumes  s’allongent  et  forment  une  petite  crête.  Le  corps 
est  puissant,  couvert  sur  le  dos  de  plumes  gris  d'ardoise 
bordées  de  gris  cendré.  Sur  la  poitrine,  elles  sont  lan¬ 
céolées  et  marquées  d’une  strie  médiane  sombre.  Enfin 
les  parties  inférieurës,  abdomen,  flancs  et  cuisses  sont 
gris  pâle,  les  rémiges  et  les  rectrices  noires.  Suivant 
Verreaux,  les  plumes  du  dessous  de  la  queue  seraient 
molles  et  décomposées,  mais,  elles  ne  rappellent  que  de 
loin  les  plumes  duveteuses  si  recherchées  du  Marabout. 
Les  ailes  bien  développées  indiquent  un  oiseau  de  haut 
vol,  cependant,  de  tous  les  os  des  membres  aussi  bien 
antérieurs  que  postérieurs,  l’humérus  seul  est  pneuma- 
tisé.  Les  pattes  vigoureuses  se  terminent  par  quatre 
doigts  excessivement  longs,  dépourvus  de  la  membrane 
interdigitàle  qu’on  voit  chez  la  plupart  des  ciconiidés. 
Les  ongles  sont  puissants,  à  peine  courbés,  et  celui  du 
doigt  médian  n’est  pas  pectiné  comme  chez  les  Hérons. 

On  ne  rencontre  le  Balæniceps  que  dans  l’eau  ou  près 
de  l’eau,  mais  il  préfère  les  marais  aux  rivières.  Aussi 
n’est-il  abondant  sur  les  bancs  du  Nil  que  pendant  la 
saison  brûlante  qui  précède  les  pluies  et  quand  tout 
l’intérieur  est  desséché.  Pendant  le  reste  de  l’année,  il 
habite  les  étangs  et  les  marécages  naturels,  où  les  eaux 
peu  profondes  recouvrent  de  vastes  étendues,  et  pré¬ 
sentent  de  nombreux  îlots,  d’un  abord  plus  facile  que  les 
bancs  du  Nil  qui  toujours  s’inclinent  d’une  façon  plus  ou 
moins  abrupte  dans  une  eau  profonde.  Dans  ces  parages, 
on  les  rencontre  par  paires  ou  par  troupes  de  cent  et  plus, 
cherchant  leur  nourriture  avec  une  patience  à  toute 
épreuve,  ouhien  immobiles  sur  une  patte,  le  cou  rentré,  la 
tête  sur  les  épaules.  Vient-on  aies  déranger,  ils  s’envolent 
en  rasant  la  surface  de  l’eau  pour  s’arrêter  à  quelque  dis¬ 
tance.  Mais  lorsqu’un  coup  de  feu  vient  à  les  effrayer, 
ils  s’élèvent  à  une  grande  hauteur,  volent  .en  cercle  et 
planent  quelque  temps,  puis  vont  s’abattre  sur  les  arbres 
les  plus  élevés  où  ils  demeurent  jusqu’à  ce  que  les  im¬ 
portuns  se  soient  éloignés. 

Les  tortues  d’eau  des  plaines  marécageuses,  les  pois¬ 
sons,  et  à  leur  défaut  les  grenouilles  et  les  lézards, 
forment  la  base  de  leur  nourriture.  D’après  Pétherick, 
ils  ne  dédaigneraient  pas  les  animaux  morts,  dont  ils 
éventrent  les  carcasses  avec  leur,  puissant  crochet.  Ils 
passent  la  nuit  à  terre  sur  des  arbres  ou  des  rochers 
élevés.  Pour  ce  qui  est  de  la  nidification  et  de  la  ponte, 
les  opinions  sont  des  plus  contradictoires.  D’après  Ver¬ 
reaux,  le  Balæniceps  construit  son  nid  sur  de  grands 
arbres  avec  de  la  terre,  et  des  débris  de  végétaux,  ro¬ 
seaux,  graminées.  —  C’est  plutôt  une  aire  qui  peut  at¬ 
teindre  12  pieds  de  circonférence  et  rappelle  celle  des 
grands  Rapaces.  La  femelle  y  pond  deux  œufs  sem¬ 
blables  à  ceux  des  Marabouts.  Il  est  assez  difficile  de 
concilier  cette  opinion  avec  celle  de  Pétherick,  qui  s’ex¬ 
prime  ainsi  qu’il  suit.  «  Les  Balæniceps  pondent  en  juil¬ 
let  et  août,  et  choisissent  pour  cela  les  roseaux  ou  les 
herbes  hautes  qui  bordent  l’eau,  ou  quelque  îlot  sec  et 
un  peu  élevé.  Ils  creusent  un  trou  en  terre,  et  la  femelle 
y  dépose  ses  œufs.  J'ai  trouvé  jusqu’à  12  œufs  dans  le 
même  nid.  » 

Le  Balæniceps  est  encore  si  peu  connu,  que  ces  contra- 
dictionsn’ont  rien  qui  doive  nous  surprendre.  Les  auteurs 
ne  s’accordent  pas  davantage  au  sujet  des  affinités  de  cet 
oiseau  étrange.  Gould  prétend  que  c’est  avec  le  Pélican 
qu’il  présente  les  affinités  les  plus  étroites,  et  ce  serait  le 
type  échassier  des  Pélicanidés.  Pour  Yerreaux,  son  plus 
proche  parent  serait  le  Marabout  dont  il  a  les  allures,  et 


il  représenterait  dans  ce  groupe  ce  que  représente  le  Sa- 
vacou  d’Amérique  dans  le  genre  Héron.  Pour  Ch.  Bona¬ 
parte,  il  est  intermédiaire  entre  le  Pélican  et  le  Savacou. 
Si  nous  écoutions  Reinhurdt,  il  faudrait  placer  le  Balæni¬ 
ceps,  non  pas  à  côté  du  Savacou,  mais  à  côté  du  genre 
africain  Scopus  ou  Ombrette.  Le  Savacou,  dit-il,  n’est 
qu’un  Héron  affublé  d’un  bec  singulier  qui  a  une  faible 
analogie  avec  celui  du  Balæniceps,  et  non  une  véritable 
ressemblance  ;  les  narines  diffèrent  de  forme  et  de  po¬ 
sition  chez  ces  deux  ciseaux  et  chez  le  Savacou  il  existe 
sous  la  mandibule  inférieure  une  poche  dilatable  qu’on  ne 
trouve  pas  chez  le  Balæniceps.  Renflez  au  contraire  le  bec 
de  l’Ombrette  et  vous  aurez  le  bec  du  Balæniceps.  Même 
position  des  narines,  une  arête  supérieure,  un  crochet. 
L’examen  ostéologique  conduit  Parker  à  rapprocher  le 
Balæniceps  du  Savacou  et  la  classification  actuelle  s’est 
rangée  à  cet  avis.  Lafamilledes  Ardéidés  se  trouve  donc 
subdivisée  en  cinq  sous-familles,  dont  les  trois  dernières 
ne  comprennent  chacune  qu’un  seul  genre. 

:  Ardeinés  (Hérons  proprement  dits). 

I  Botaurinés.  Butors. 

Ardéidés....  '  Scopinés.  Ombrette. 

!  Cancrominés.  Savacou. 

\  Balænicepinés.  Balæniceps . 

Tous  les  Balæniceps  qu’on  a  reçus  jusqu’à  ce  jour,  soit 
à  l’état  de  dépouilles,  soit  vivants,  provenaient  de  la  ré¬ 
gion  du  Nil  Blanc.  Mais  en  1882  M.  H.  Johnston,  voya¬ 
geant  dans  le  Congo,  affirme  avoir  rencontré  le  Balæni- 
.ceps  sur  la  rivière  de  Cunene  entre  Benguela  et  Angola, 
où  il  serait  même  très  commun.  Cette  régiona  cependant 
été  visitée  scrupuleusement  par  un  célèbre  explorateur 
portugais  d’Anchieta,  qui  s’occupait  de  rassembler  des 
collections  pour  le  Musée  de  Lisbonne.  Les  assertions  de 
M.  Johnston  sont  pourtant  très  explicites. 

«  J’ai,  dit-il,  aperçu  distinctement  sur  l’herbe  courte, 
éparpillée  entre  les  mares,  et  sur  les  bancs  de  sable,  au 
milieu  des  crocodiles  endormis,  des  Pélicans,  des  Mara¬ 
bouts,  des  Grues  couronnées,  des  Balæniceps  et  des  Oies  à 
ailes  éperonnées  ou  oies  de  Gambie.  »  Ses  assertions  ont 
été  confirmées  par  d’autres  voyageurs  dignes  de  foi  ; 
malheureusement  il  manque  la  meilleure  de  toutes  les 
confirmations,  c’est-à-dire  une  dépouille  de  ces  magni¬ 
fiques  échassiers.  On  ne  peut  donc  que  prendre  note  de 
l’avis  de  M.  Johnston,  et  espérer  que  quelque  voyageur 
enrichira  un  jour  nos  musées  de  Balæniceps  de  ces  ré¬ 
gions.  La  présence  du  Balæniceps  dans  le  Sud-Ouest  de 
l’Afrique  n’est,  après  tout,  pas  impossible.  Un  singe,  le 
Colobe  guéréza  y  a  été  trouvé,  il  n’y  a  pas  bien  long¬ 
temps,  lors  de  l’expédition  de  M.  de  Brazza  au  Congo  ;  on 
croyait  cependant  cette  espèce  localisée  dans  l’Abyssi¬ 
nie  et  les  pays  circonvoisins.  Une  question  se  pose  éga¬ 
lement;  le  Balæniceps  aperçu  par  M.  Johnston  est-il  le 
même  que  celui  du  Nil  Blanc?  Ne  serait-ce  pas  un  nou¬ 
veau  type  qui  viendrait  accroître  cette  famille  qui  ne 
comprend  encore  qu’un  genre  et  qu’une  espèce,  le  Balæ¬ 
niceps  rex,  et  faire  cesser  toute  contestation  sur  ses  affi¬ 
nités  ? 

E.  DE  POUSARGUES. 


LA  FAUNE  TERTIAIRE  DE  LA  PATAGONIE 


Xouvelles  decouvertes  de  MM.  Ameqhino. 

Une  lettre  de  M.  Fl.  Amcghino,  en  date  du  5  mai  1891,  nous 
donne  de  nouveaux  renseignements  sur  les  decouvertes  faites 
par  son  frère  Carlos  Amoghino  dans  les  couches  éocènes  de 


LE  NATURALISTE 


20S 


la  Patagonie  Australe  (Rio  Gallegos),  et  dont  les  résultats 
peuvent  se  résumer  de  la  façon  suivante  : 

1°  Pour  la  première  fois  les  Lémuriens  ( Prosimiæ )  sont  si¬ 
gnalés  dans  l’éocène  inférieur  de  Patagonie. 

2°  La  découverte  de  nouveaux  échantillons  en  bon  état  de 
Microbiotheridæ  vient  confirmer  l’opinion  émise  par  M.  Ame- 
ghino  dans  son  dernier  travail  sur  les  Plagiaulacidæ.  Les 
Microbiotheridæ  ont  des  incisives  multiples  (quatre  de  chaque 
côté),  et  semblent  représenter,  par  conséquent,  le  type  ances¬ 
tral  des  Plagiaulacidæ  et  de  tous  les  Marsupiaux  Diproto- 
dontes. 

3°  Le  même  gisement  fournit  tout  un  groupe  nouveau  de 
Plagiaulacidæ  à  dents  molaires  multituberculées,  mais  ayant 
la  même  formule  dentaire  que  les  genres  déjà  connus.  La  der¬ 
nière  molaire  est  cependant  tout  à  fait  rudimentaire.  Ces  types 
nouveaux  forment  le  passage  des  Plagiaulacidés  de  Patagonie 
précédemment  décrits  aux  Plagiaulacidés  d’Europe  et  de  l’A¬ 
mérique  du  Nord. 

Dr  E.  Trouessart. 


Des  différentes  Galles  'produites  par  les  Acariens 

SUR  LES  VÉGÉTAUX 

La  morphologie  de  ces  galles  ne  fournit  pas  un  bon 
caractère  de  classement,  car  on  trouve  une  foule  de  dé¬ 
formations  faisant  le  passage  les  unes  aux  autres,  en 
sorte  que  les  noms  employés  ne  correspondent  pas  à 
quelque  chose  de  nettement  défini.  La  division  proposée 
par  Thomas  est  plus  heureuse  :  il  appelle  Plcurocécidies, 
les  galles  formées  sur  les  organes  latéraux,  les  feuilles, 
par  exemple,  et  Acrocécidies  celles  qui  affectent  les 
pointes  axillaires. 

Dans  les  pleurocécidies,  le  corps  de  l’Acare  peut  res¬ 
ter  en  dehors  de  l’Epiderme  ou  bien  il  pénètre  dans  l’in¬ 
térieur  du  tissu  foliaire.  Dans  le  premier  cas,  la  Cécidie 
est  formée  uniquement  par  l’épiderme,  c’est  la  forme 
érineum.  Dans  le  deuxième  tout  le  tissu  delà  feuille  inter¬ 
vient  dans  la  production  de  la  galle  et  il  se  produit  un 
enroulement  marginal  et  des  plis  foliaires,  ainsi  que  des 
boursouflures  situées  aux  angles  des  nervures  et  qui  se 
forment  en  rayonnant  à  partir  d’un  point  central. 

C’est  à  côté  qu’il  faut  placer  les  galles  glandulaires 
des  feuilles  de  Populus  tremula ,  les  galles  corniculées  du 
Tilleul,  les  galles  sphériques  perliformes  de  l’Acer,  qui 
toutes  ont  une  position  indéterminée. 

Quand  l’Acarien  habite  dans  le  parenchyme,  il  y  a  pro¬ 
duction  de  pustules  foliaires,  comme  sur  le  poirier. 

Les  Acrocécidies  sont  surtout  représentées  parles  bour¬ 
geons  laineux  du  Serpollet,  etc.,  par  les  déformations 
particulières  des  bourgeons  qui  peuvent  figurer  des  balais 
magiques. 

Les  productions  pathologiques  les  plus  fréquentes  et 
les  plus  importantes  produites  par  les  Acariens  peuvent 
se  ramener  à  cinq  types  principaux  : 

1)  Le  feutrage  de  poils  anormaux  produits  par  l’épi¬ 
derme  des  feuilles  et  auquel  on  attribuait  jadis  une  ori¬ 
gine  fungique.  Ce  sont  les  Erineums. 

2)  Les  pustules  des  arbres  portant  des  fruits  à  noyau 
(Poirier)  ;  il  y  a  agrandissement  des  lacunes  intercellu¬ 
laires  pour  donner  asile  aux  Acares  et  à  leurs  œufs. 

3)  Les  galles  en  clou  (Tilleul),  formé  par  l’hypertro¬ 
phie  du  parenchyme,  ce  sont  des  organes  creux  tapissés 
à  l’intérieur  par  des  poils. 

4)  Le  plissement  des  feuilles  et  leur  enroulement 
partant  des  bords. 

o)  Les  déformations  des  bourgeonsproduitespar  la  pré¬ 
sence  de  ces  animaux  entre  les  jeunes  feuilles. 


1)  Dans  le  premier  groupe,  les  formations  les  mieux 
étudiées  sont  celles  qui  se  trouvent  sur  les  feuilles  de  la 
Vigne  et  qui  offrent  l’aspect  d’une  boursouflure  formant 
une  saillie  du  côté  de  la  face  supérieure  et  correspondant 
à  une  dépression  dans  la  face  inférieure.  Ces  galloïdes 
sont  garnis  de  poils  dans  leur  partie  concave.  La  couleur 
de  ces  poils  est  variable  avec  leur  ôge.  D’abord  blan¬ 
châtres,  puis  blancs  au  début,  ils  deviennent  de  plus  en 
plus  bruns  à  mesure  qu’ils  vieillissent.  Une  coupe  de  la 
feuille  à  cet  endroit  (fig.  3,  Naturaliste,  du  lo  mai)  fait 
voir  que  ces  poils  sont  dus  à  l’hypertrophie  de  cellules 
épidermiques  démesurément  allongées.  Souvent  renflés 
et  quelquefois  ramifiés,  ils  présentent  parfois  des  cloi¬ 
sons  transversales.  Ils  s’intriquent  les  uns  avec  les 
autres  et  forment  ce  feutrage  si  connu.  Les  cellules 
sous-jacentes  sont  gorgées  d’amidon,  dans  les  premières 
phases  de  la  croissance,  ce  qui  est  un  indice  d’un  tra¬ 
vail  cellulaire  important,  nécessaire  à  la  production  des 
poils  et  à  la  prolifération  des  cellules  du  parenchyme 
toujours  plus  ou  moins  épaissi. 

Ces  végétations  curieuses  forment  des  plaques  souvent 
très  larges,  envahissent  la  face  inférieure  des  feuilles,  le 
pétiole,  les  vrilles,  les  grappes  et  même  les  feuilles  à  peine 
sorties  des  bourgeons.  On  comprend  que  les  fonctions  des 
feuilles  ainsi  modifiées  anatomiquement  ne  puissent  s’ef¬ 
fectuer  dans  des  conditions  normales  et  qu’il  en  résulte 
nécessairement  une  diminution  de  la  récolte. 

Le  mal  que  provoque  le  Phytoptes  par  ses  piqûres 
répétées  des  cellules  épidermiques  est  surtout  dangereux 
lorsqu’il  est  concomitant  avec  une  autre  maladie,  ou 
une  autre  cause  d’affaiblissement.  J’ajouterai  que  tous 
les  cépages  ne  sont  pas  atteints  'au  même  titre  :  mais  très 
peu  restent  complètement  indemnes. 


Fig.  1.  —  Feuille  de  vigne  contaminée  (face  super.). 


i  Vérinose  se  distingue  facilement  du  Mildcw  par  ses 
I  boursouflures  (fig.  I).  Les  fructifications  du  Peronospora 


LE  NATURALISTE 


206 


vitüola  ont  un  aspect  laiteux,  elles  ressemblent  à  une 
moisissure  très  blanche  qui  s’enlève  avec  l’ongle  de  sorte 
qu’on  a  pu  les  comparer  à  des  efflorescences  salines. 

La  forme  Erineum  se  rencontre  dans  une  multitude 
de  plantes  dont  les  plus  communes  sont  les  suivantes  : 

L’Erable  champêtre  qui  outre  les  poils  de  la  face  infé- 
des  feuilles  (E.  purpurascens  Grâtn.)  porte  encore,  ainsi 
que  le  Marronnier  ( Ph .  hippocastani  Focken),  des  touffes 
de  poils  aux  angles  des  nervures  ( Phyllerium  axillare 
Optiz)  ;  l’Aune  glutineux  (E.  alneum ,  Ph.  brevitarsus, 
Focken)  et  les  autres  espèces;  le  bouleau  blanc  (E.  6e- 
tilunum )  ;  le  Charme  faux-bouleau  ;  le  Hêtrè  des  bois 
(E.  fagineum  Pers.  et  E.  nenisequum  Kzc.)  ;  le  Noyer 
royal  ;  lePoirier  commun  (E.pyrinum  Pers.,  qui  ne  pro¬ 
duit,  pas  de  boursouflures  à  la  face  supérieure,  ce  qui 
distingue  ces  formations  des  taches  dues  à  l'Exoascus)  ; 
le  Pommier  ( E .  Mali  Kalt)  ;  le  Peuplier  tremble  ( E .  popu- 
linum  Pers.);  le  Chêne,  attaqué  en  outre  par  un  grand 
nombre  deCynipides;  le  Groseillier  à  grappes  que  j’ai  vu 
attaqué  à  côté  d’une  Vigne  atteinte  d’Erinose  ;  la  Ronce 
et  ses  différentes  espèces  (E.  Rubi )  ;  le  Saule,  le  Sorbier 
(E.  Sorbi  Kzc.)  ;  le  Tilleul  à  grandes  fleurs,  la  plante  la 
plus  riche  en  acarocécidie  ;  la  Viorne  lantane;  le  Poten- 
tille,  la  Benoîte,  etc. 

2)  Les  feuilles  plissées,  enroulées  partiellement  sous 
l’influence  de  l’excitation  produite  par  la  piqûre  des 
Acares,se  rencontrent  souvent  dans  les  plantes  suivantes; 
le  Charme,  la  Clématite,  les  Aubépines  ( E .  oxyacanthæ 
Pers.  et  pyracanthæ  D.  C.)  ;  le  Fusain  d’Europe,  le  Hêtre 
des  bois  ( Crepidoptes  involventes  Am.  et  uncinantes  Am.); 
les  différentes  espèces  de  Lonicera,  le  Tremble,  le  Rho¬ 
dodendron  dont  l'enroulement  marginal  se  fait  en  cylin¬ 
dre  ;  la  Pervenche,  le  Saule,  dont  la  déformation  se  fait 
suivant  les  espèces  vers  le  haut  ou  vers  le  bas  et  s’ac¬ 
compagne  parfois  de  boursouflures  charnues  ;  le  Sureau, 
les  différentes  espèces  de  Tilleul,  mais  l’enroulement  dif¬ 
fère  de  celui  produit  par  les  Cécidomyes;  la  Luzerne,  l’Es- 
parcette,  la  Coronille,  la  Violette,  etc. 

3)  Dans  ce  troisième  groupe,  les  galles  du  Poirier  seules 
ont  été  bien  étudiées.  Les  feuilles  portent  des  excrois¬ 
sances  colorées,  plus  ou  moins  fusionnées  et  qui  leur 
donnent  un  aspect  boursouflé  (fig.  3,  Naturaliste  du 
Ier  mars);  les  mamelons  d’abord  rouge  carmin  devien¬ 
nent  jaunes,  puis  plus  tard  ils  sont  bruns  et  noirs,"  net¬ 
tement  délimités.  On  peut  trouver  ces  formations  sur 
toute  la  surface  de  la  feuille. 

La  première  pustule  apparaît  d’abord  en  relief  à  la  face 
inférieure  ;  puis  elle  s’affaisse  et  bientôt  s’accuse  supé¬ 
rieurement  quand  la  structure  normale  de  la  feuille 
commence  à  se  modifier.  L’épaisseur  peut  être  double  de 
celle  de  la  feuille  (fig.  1). 

Dans  tous  les  cas,  on  trouve  à  la  face  inférieure  une 
ouverture  dans -l’épiderme.  Cet  orifice,  situé  au  fond 
d’une  légère  dépression, a  ^  ou  g  de  mm.  Les  bords  jau¬ 
nissent,  se  dessèchent  ;  la  mortification  et  la  coloration 
des  cellules  progressent  du  centre  vers  la  périphérie. 
En  outre,  le  parenchyme  qui  était  compact  se  modifie 
par  prolifération  et  allongement  des  cellules  en  sorte 
qu’il  y  a  un  agrandissement  considérable  de  lacunes 
interstitielles.  Ce  processus  aboutit  en  repoussant  l’épi¬ 
derme,  à  la  formation  d’une  pustule  visible  d’abord  à  la 
face  inférieure  de  la  feuille. 

On  n’a  pu  voir  si  l’animal  pique  une  cellule  épidermique 
ou  pique  entre  deux  cellules  adjacentes.  Les  premières 
ouvertures  apparues  semblent  formées  par  séparation  des 


cellules  épidermiques  grossies  et  non  blessées.  Il  est  cer¬ 
tain  quela  piqûredans  laparoi  de  séparation  de  deux  cel¬ 
lules  modifie  les  conditions  devie  de  l’épiderme  dontles 
cellules, subissantunetension  par  suite  dudéveloppement 
des  cellules  mésophylliennes,  s’écartent  pour  agrandir 
l’orifice,  il  y  a  aussi  formation  d’un  orifice,  par  la  piqûre 
d’une  cellule,  car  le  contenu  étant  altéré,  les  parois  de 
la  cellule  ne  peuvent  plus  suivre  l’accroissement  du  mé- 
sophylle  comme  cela  arrive  pour  les  cellules  intactes, 
et  la  cellule  lésée  meurt  petit  à  petit.  L’ouverture  ne 
peut  donc  que  s’accroître. 

La  multiplication  cellulaire  se  fait  dans  la  direction 
de  la  moindre  résistance,  c’est-à-dire  dans  la  direction 
de  la  piqûre  ;  l’épiderme  y  est  soulevé  en  sorte  que  la 
galle  semble  fuir  du  côté  opposé  à  l’endroit  de  la  bles¬ 
sure,  car  les  parois  des  cellules  en  contact  avec  l’air  se 
durcissent  et  se  cuticularisent  tout  d’abord  du  côté  de 
l’ouverture.  Alors  la  turgescence  croissante  par  l’afflux 
de  sève  ne  peut  distendre  que  les  parois  non  durcies  qui 
sont  du  côté  de  la  face  supérieure.  11  s’ensuit  un  bom¬ 
bement  de  la  surface  supérieure. 

Lorsque  la  galle  qui  se  produit  est  au  voisinage  du 
bord,  la  résistance  n’est  pas  la  même  dans  tous  les 
sens  ;  elle  est  moins  forte  du  côté  du  bord  de  la  feuille,  en 
sorte  qu’il  se  produit  en  outre  un  enroulement  vers  le 
bas  de  ce  bord  foliaire. 

En  mai,  ces  galles  renferment  dans  leurs  espaces  aéri- 
fères  des  corps  grisâtres  ovales  ayant  ordinairement  de 
42  [J.  à  55  p-  de  long  et  de  37  à  45  |a  de  large.  Leur  contenu 
est  gris  clair,  régulier,  avec  des  gouttelettes  de  graisse. 
Ces  corpuscules  sont  les  œufs  du  Phytoptus  piri  Pag. 
qui  produit  lamaladie  des  poiriers,  car  on  a  trouvé  à  côté 
les  jeunes  animaux  encore  munis  de  l’enveloppe  de 
l’œuf. 

Sorauer  qui  les  a  observés  affirme  qu’ils  sont  très  ré¬ 
fringents,  non  colorés  en  brun  et  pas  encore  annelés, 
mais  que  pour  le  reste  ils  sont  identiques  à  des  animaux 
plus  âgés.  Il  admet  même  que  le  jeune  Phytopte  subit 
dans  l’intérieur  du  parenchyme  foliaire  plusieurs  mues 
en  grossissant  avant  d’acquérir  sa  maturité  sexuelle. 
L’hibernation  se  fait  dans  les  bourgeons  des  branches 
d’un  an  (avec  un  Acarien  à  8  pattes  Typhlodromus ,  Scheu- 
ten).  Les  piqûres  sont  dues  'aux  Acariens  hibernants,  et 
les  œufs  n’y  sont  déposés  que  lorsque  les  ouvertures  se 
sont  agrandies. 

Cette  forme  de  galle  ne  se  retrouve  guère  que  dans  les 
plantes  voisines  du  Poirier;  dans  le  Cotonéaster  vulgaire 
qui  présente  en  outre  des  excroissances  corticales 
formées  par  un  tissu  spongieux  lâche  dans  lequel  vivent 
les  Acares  ;  le  Cognassier  du  Japon  ;  le  Noyer  dont  les 
pustules  parenchymateuses  noircissent;  le  Pommier 
(Typhlodromus  Mali  Am.)  ;  les  Sorbiers  ;  l’Orme  champê¬ 
tre  où  les  pustules  se  rencontrent  sur  les  feuilles,  les  pé¬ 
tioles  et  les  jeunes  branches,  sur  la  Centaurée  Scabieuse. 

4)  Les  galles  en  clou  du  Tilleul  possèdent  une  ouver¬ 
ture  à  la  face  inférieure  de  la  feuille  (fig.  2  et  3)  ;  tout  le 
parenchyme  de  la  feuille  prend  part  à  la  formation  de 
cet  organe  creux  tapissé  à  l’extérieur  par  l’épiderme  su¬ 
périeur  et  à  l’intérieur  par  l’épiderme  inférieur  qui  y 
produit  de  nombreux  poils  entre  lesquels  s’abritent  les 
parasites  (Ph.  tiliæ  Nal.). 

Des  formations  semblables  se  rencontrent  assez  fré¬ 
quemment  sur  les  feuilles  de  l’Erable,  de  l’Aune  (Cephalo- 
neonpustulatum  Br.),  du  Frêne,  du  Prunier  domestique,  du 
Prunier  putiet.  du  Saule,  de  l’Orme,  et  sur  les  branches 


LE  NATURALISTE 


207 


de  certaines  conifères,  par  exemple  du  Pin  sylvestre, 
où  ces  galles  atteignant  la  grosseur  d’un  pois,  d’un  hari- 


Fig.  2.  Galles  en  clou  (lu  Tilleul.  —  Fig.  3.  Coupe  d’une 
galle  du  Tilleul. 

cot,  sont  formées  par  le  parenchyme  cortical  et  sont  divi¬ 
sées  en  un  certain  nombre  de  compartiments  plus  ou 
moins  fusionnés  dans  lesquels  se  tiennent  les  Acares 
(V.  Sorduer). 

S)  Les  piqûres  de  ces  animaux  peuvent  amener  en 
outre  la  déformation  des  bourgeons.  Vivant  entre  les 
feuilles  du  bourgeon,  ils  y  amènent  un  tel  grossissement 
que  l’organe  devient  un  amas  de  feuilles  en  forme  de 
roses.  Le  type  de  cette  forme  se  trouve  dans  le  Noisetier 
(Ph.  avellanæ,  Ph.  vermiformis,  Nal.)  et  dans  le  Saule 
pleureur. 

Les  bourgeons  du  Noisetier  sous  l’influence  des  Acares 
peuvent  devenir  presque  sphériques  et  acquérir  un  dia¬ 
mètre  d’environ  1  centimètre  ( Calycophthora  Avellanæ 
Am.).  L’axe  très  raccourci  est  devenu  charnu  ainsi 
que  les  jeunes  feuilles  qui  composent  le  bourgeon.  Le 
grossissement  commence  au  printemps,  au  moment  où 
les  Acares  quittent  leurs  anciens  abris,  et  les  écailles 
deviennent  toutes  verruqueuses  par  hypertrophie  du 
mésophylle.  Les  animaux  se  tiennent  dans  les  dépressions, 
l’attaque  se  borne  quelquefois  aux  écailles  extérieures, 
en  sorte  que  le  bourgeon  peut  encore  s’allonger  de  quel¬ 
ques  centimètres  mais  jamais  plus. 

Dans  le  Bouleau  blanc  cette  déformation  des  bour¬ 
geons  amène  la  formation  d’un  faisceau  de  branches 
comparable  à  un  balai  des  sorcières  (Ormerod). 

Dans  le  Buis  les  bourgeons  axillaires  déformés  sont  en 
outre  poilus. 

Dans  le  Cyprès,  ils  sont  très  rares. 

Le  Frêne  élevé  produit  de  nombreuses  galles;  mais  les 
plus  visibles  consistent  dans  la  déformation  des  inflores¬ 
cences.  Le  pédoncule  floral  porte  d’abord  une  masse  glo¬ 
buleuse  verte  qui  devient  brune  en  août  et  qui  morpholo¬ 
giquement  possède  assez  de  ressemblance  avec  l’inflo¬ 
rescence  du  chou-fleur.  La  surface  est  couverte  de  poils 
courts.  Le  nombre  de  ces  déformations  est  variable  avec 
les  années  et  diminue  si  les  gelées  d’hiver  ont  été  fortes. 

J'ai  rencontré  plusieurs  fois  sur  le  Frêne  des  houppes 
foliaires  particulières,  situées  à  l’extrémité  des  branches; 
je  pense  qu’elles  provenaient  du  développement  des 
feuilles  sur  le  pédoncule  raccourci  ainsi  attaqué  par  les 
Acares. 

On  a  trouvé  sur  le  Tremble  une  maladie  des  bour¬ 
geons  qu’on  attribuait  au  Calycophthora  popu.li  Am. 
D’autres  individus  portent  des  galles  corticales  dues  à 


des  Acares,  d’autresdes  houppes  foliaires  dans  lesquelle 
les  entre-nœuds  sont  très  raccourcis,  les  nœuds  très 
rapprochés  portent  chacun  trois  feuilles  formées  par 
dédoublement  du  parenchyme. 

Des  formations  identiques  à  celles  du  Noisetier  se  ren¬ 
contrent  encore  dans  le  Ribes  alpinumL.  etle  R.nigrumL. 
Les  balais  magiques  du  Saule  sont  souvent  dus  au  Phy- 
toptes.  Ils  sont  produits  soit  par  des  chatons  feuilles, 
soit  par  des  bourgeons  infestés,  dont  la  maladie  consiste 
en  la  production  d’un  nombre  exagéré  de  rameaux  très 
rapprochés,  car  la  branche-mère,  devenue  charnue,  ne 
s’allonge  plus.  Ces  formations  diffèrent  pourtant  notam¬ 
ment  de  celles  dues  à  l'Exoascus .  Les  axes  étant  moins  dé¬ 
veloppés  il  en  résulte  un  glomérule  de  feuilles  plus  fourni. 

Lorsque  les  chatons  seuls  sont  attaqués,  les  carpelles 
sont  gros  et  foliiformes.  Le  Lilas  peut  présenter  les 
mêmes  phénomènes. 

Le  Brome,  laFestuque,  les  Aspérules,  certains  Gaillets, 
la  Caméline,  la  Centaurée,  la  Crépide,  le  Serpollet  (Ph. 
Thomasi  Nal.,  Ph.  thyrhi  Nal.)  peuvent  présenter  des 
déformations  analogues  des  bourgeons,  mais  dans  la 
Véronique  petit-chène,  c’est  un  Diptère  gallicole,  la 
Cecidomya  ver  nonicæ  Bremi,  qui  produit  les  houppes 
foliaires  laineuses. 

Je  ne  ferai  que  citer  d’autres  Acariens  qui,  tout  en  n'é¬ 
tant  pas  gallicoles,  peuvent  être  si  préjudiciables.  Ainsi  le 
Tetranychus  humuli  Fleisch.  —  T.  telarius  L.  qui  est  très 
répandu  et  produit  tant  de  dégâts  dans  les  houblon- 
nières  ;  le  Tetranychus  taxi,  le  Tyroglyphus  echinopus  qui 
attaque  le  cœur  des  oignous  de  Jacinthe  et  le  Dendrop- 
tus  Krameri  Kühn,  dans  les  fleurs  des  différentes  espèces 
d’Agrostis. 

Il  ne  fautpas  exagérer  l’importance  des  torts  des  Phytop- 
tes.  Ils  ne  sont  réellement  dangereux  que  pour  les  plan¬ 
tes  très  jeunes,  alors  que  la  plante  a  besoin  du  dévelop¬ 
pement  de  toute  la  feuille.  En  incinérant  au  printemps 
les  premières  feuilles  atteintes  ou  en  sacrifiant  les  bour¬ 
geons  on  arrête  facilement  le  mal. 

Menegaux. 


DIAGNOSES  DE  MOLLUSQUES  NOUVEAUX 


Lutraria  Tiirncri 

Testa  hians,  oblongo-ovalis,  in  medio  ventricosa  concen- 
trice  rugoso-striata,  alba;  cpitesta  ingrescente  viridis;  cxtre- 
m'tas  anlica,  rotundata  sensim  decrcsccns,  tertiam  longitu- 
dinis  partem  æquans. 

Dimensions  :  long.  10  cent.;  larg.  5  cent.;  épais.  3,3  cent. 

Cette  taille  peut  varier  d’un  centimètre  en  moins  ou  en  plus 
sur  des  exemplaires  également  adultes. 

Coquille  épaisse,  oblonguc,  à  extrémités  arrondies  et  bail¬ 
lantes.  L’antérieure,  qui  diminue  de  largeur  en  s’éloignant  des 
crochets,  atteint  à  peine  le  tiers  de  la  longueur  totale  de  la 
coquille  ;  la  postérieure,  courbée  et  déjetée  du  côté  des  cro 
chcts,  décroît  à  peine  et  finit  par  un  bord  arrondi,  légère¬ 
ment  tronqué  sur  les  sujets  adultes.  La  face  externe,  tour¬ 
mentée,  rugueuse  et  sillonnée  do  fortes  stries  concentriques 
et  de  plis  ondulés  plus  forts  et  plus  marqués  sur  l’extrémité 
postérieure,  est  recouverte  cl’un  épitést  d’un  noir  légèrement 
verdâtre,  beaucoup  plus  épais  à  l’extrémité  que  sur  la  partie 
postérieure  où  il  est  moins  adhérent  et  se  détache  par  places, 
sous  l’influence  de  la  chaleur.  Le  bord  inférieur  est  très  long 
et  falciforme,  le  supéro-postéricur  légèrement  concave  et  le 
supéro-inférieur  presque  droit  ou  à  peine  convexe;  les  crochets 
peu  saillants  et  en  contact,  se  courbent  en  dedans.  L’intérieur, 
d’un  blanc  de  porcelaine,  sur  lequel  se  dessinent  nettement 
les  impressions  musculaires  et  palléales,  présente  dans  sa  partie 
inférieure  do  larges  rugosités,  rayonnantes,  très  irrégulières  et 
à  peine  saillantes.  La  charnière  est  formée  d’une  large  fossette 


LE  NATURALISTE 


-208 


ligamentaire,  assez  profonde  et  de  forme  triangulaire,  sur  le 
bord  antérieur  de  laquelle  s'élève  en  face  le  crochet  de  chaque 
valve,  une  dent  très  saillante,  droite,  et  bifide  sur  la  valve 
gauche. 

Hab.  Golfe  d’Adcn.  —  J’ai  dédié  cette  nouvelle  espèce  a 
M.  Turner,  directeur  de  la  Périm  cold  Company ,  qui,  pendant 
mon  séjour  à  Périm,  a  facilité  mes  recherches.  Puisse  ce  faible 
témoignage  de  ma  reconnaissance  trouver  chez  lui  l’écho  de  la 
sympathie  qu’il  a  su  m’inspirer. 

Siinetliiia  SinieUioii 

Testa  orbiculari  ovalis,  crassa,  lævigala,  albida,  siepe  livido 
purpurca  irregulariter  lincata.  latcralibus  æqualibus  brevibus 
prolongata:  intus  alba  aut  violaceo  maculata;  margo  tenuis- 
sime  crenulatus. 

Dimensions  :  larg.  20  à  15  millim.  ;  haut.  16  à  12  millimj 
épais.  8  à  6  millim. 

On  a  donné  le  nom  de  Sunetta,  et  Meroë,  h  des  coquilles 
donaciformes,  c’est-à-dire  courtes  et  tronquées  à  l’une  des  extré¬ 
mités,  et  beaucoup  plus  longues  que  larges,  il  en  est  d’autres, 
tels  que  les  S.  vaginalis  et  menstruûlis,  dont  les  extrémités 
sont  à  peu  près  égales  et  dont  la  longueur  dépasse  peu  la  lar¬ 
geur.  C'est  à  ce  groupe,  que  j'ai  désigné  sous  le  nom  de  Sunet- 
tina,  qu’appartient  l’espèce  que  je  décris. 

Coquille  d’un  ovale  court,  épaisse  et  solide,  à  bord  inférieur 
décrivant  une  courbe  arrondie  et  à  sommet  un  peu  saillant  d’où 
partent  en  ligne  presque  droite  les  deux  bords  supérieurs.  Sa 
couleur  blanche  ou  d'un  blanc  jaunâtre  est  souvent  tachetée 
par  des  lignes  d’un  brun  violet,  disséminées  en  forme  de  zig-zags, 
irrégulières  et  souvent  interrompues.  Chez  presque  tous  les  in¬ 
dividus  adultes,  il  existe  sur  le  milieu  de  chaque  valve  une  zone 
concentrique,  de  teinte  plus  foncée  et  terne,  qui  semble  indi¬ 
quer  une  interruption  dans  le  développement  normal  de  la 
coquille.  La  fossette  ligamentaire  qui  occupe  toute  l’étendue 
du  bord  postérieur  est  étroite  et  très  profonde.  A  l’intérieur 
des  valves,  les  impressions  ligamentaires  et  palléalcs  sont  peu 
marquées,  cette  dernière  est  éloignée  du  bord  inférieur,  ce  bord 
très  épais  est  crénelé  intérieurement  de  petites  dents  très  fines 
et  régulièrement  disposées.  La  coloration  interne  est  également 
variable,  tantôt  blanche  ou  d’un  blanc  jaunâtre  uniforme, 
tantôt  maculée  d’une  large  teinte  d’un  violet  plus  ou  moins 
foncé  qui  s’étend  quelquefois,  sur  toute  la  face  interne,  le  bord 
reste  blanc. 

Hab.  Aden.  Quoique  assez  abondante,  on  ne  trouve  que  très 
rarement  des  individus  atteignant  les  dimensions  que  je  viens 
d’indiquer. 

Dr  JoUSSEAUME. 


NOTE 

SUR  QUELQUES  OPHIDIENS  OE  L’AMÉRIQUE  INTERTROPICALE 

APPARTENANT  AU  GENRE  TRETANORIIINUS 

(Suite) 


2.  —  Tretanorhinus  variabilis,  Var.adnexus  (1)  Jan. 

Caractères.  —  Tête  assez  allongée  et  à  contour  supérieur 
faiblement  arqué.  Museau  étroit.  Rostrale  plus  large  que  haute 
et  â  cinq  pans.  Une  frênaie  (2).  Doux  préoculaires.  Internasales 
petites  et  subtriangulaires.  Deux  préfrontales  beaucoup  plus 
grandes.  Frontale  à  six  pans.  Pariétales  longues  et  relative¬ 
ment  largos  en  avant.  Huit  supéro-labialos  ;  la  quatrième 
forme  le  contour  inférieur  de  l’œil.  Six  temporales  ;  la  première 
seule  est  en  contact  avec  les  deux  postoculaires.  Dix  inféro-la- 
biales  ;  les  six  premières  sont  en  rappoi't,  avec  les  inter-sous- 
maxillaires.  Quatre  paires  de  squames  gulaires,  suivies  par  cent 
cinquante-deux  à  cent  cinquante-trois  gaslrostèges.  Queue  ayant 
environ  le  quart  de  la  longueur  totale,  garnie  en  dessous  par 
soixante-neuf  à  soixante-dix  plaques  doubles.  Ecailles  disposées 
vers  le  milieu  du  tronc  en  dix-neuf  séries  longitudinales  ;  celles 
de  la  nuque  et  celles  des  deux  rangées  inférieures  du  corps  ne 
portent  pas  de  carène;  celles  des  autres  régions  en  portent  une, 
d’abord  peu  élevée,  puis  progressivement  saillante  jusqu’à  l’ox- 

(1)  Tretanorhinus  variabilis D uméril  et  Bibron,  Loc.  cit  1854 
p.  351.  —  Id.  Var.  adnexus  Jan,  Elenco  sist.  dcgli  ofidi  1863, 
p.  76. 

(2)  Sur  l’individu  du  Mexique,  on  compte  deux  frênaies  du  côté 
gauche  et  une  seule  du  côté  droit. 


trémité  de  la  queue.  Voici  le  nombre  de  dents  donné  par  les  Au¬ 
teurs  de  l’ Erpétologie  générale  :  maxillaires  Palatines  15. 

Ptérygoïdiennes  32. 

Longueur  de  l’individu  provenant  du  Mexique. ...  0m  670 

Longueur,  du  bout  de  la  queue  à  l’anus .  0“  495 

Longueur  de  la  queue . .  0m  175 

Voici  le  mode  de  coloration,  d’après  les  auteurs  de  l 'Erpétologie 
générale  :  «  Le  troisième  individu,  non  moins  âgé  que  le  se¬ 
cond,  est  en  dessus  d'un  brun  olivâtre  ;  dos  taches  noirâtres,  de 
moyenne  grandeur,  de  figure  irrégulière  et  se  tenant  entre  elles, 
constituent  une  sorte  de  chaîne  sur  la  ligne  moyenne  du  dos; 
d’autres,  plus  petites,  forment,  au  milieu  de  chaque  côté  du 
corps,  une  raie  qui,  partant  de  l’œil,  va  se  perdre  sur  la  queue. 
Les  régions  inférieures  et  les  lèvres  sont  jaunes.  On  aperçoit 
quelques  légers  nuages  bruns  sur  les  gastrostèges,  les  urostèges 
on  offrent  de  plus  épais  et  plus  séparés  entre  eux.  Les  écailles 
de  la  série  longitudinale  qui  bordent  les  lames  protectrices  du 
ventre  ont  un  encadrement  brunâtre.  » 

Le  Muséum  possède  deux  individus  identiques  de  cette  va¬ 
riété  :  l’un  vu  par  les  auteurs  de  l 'Erpétologie  générale  et  dont 
la  tète  osseuse  a  été  enlevée  pour  l’étude,  provient  du  Mexique; 
l’autre,  originaire  de  Cuba  (1),  a  été  donné  depuis  par  M.Poey. 

Cette  variété  diffère  peu  du  Tret.  variabilis,  représenté  au 
Muséum  par  les  deux  individus  précédents,  cependant  on  peut 
la  distinguer  par  les  particularités  suivantes  :  1°  Tète  légè¬ 
rement  arquée  au  lieu  d’étre  concave;  2°  Pariétales  plus  larges  ; 
3°  Lamelles  inter-sous-maxillaires  relativement  plus  longues  ; 
4°  Quatre  paires  de  squames  gulaires  au  lieu  de  cinq.  Ecailles 
des  deux  séries  inférieures  du  tronc  lisses.  5°  Coloration  tout  à 
fait  différente. 

(A  suivre .)  Bocourt. 


GRANIT  NODULEUX 

En  Vendée  le  granit  recouvre  une  grande  surface;  la 
vallée  de  la  Sèvre  y  trace  un  sillon  sud-est  nord-ouest  qui 
marque  la  direction  des  reliefs  les  plus  accusés  consis¬ 
tant  en  collines  et  en  plateaux.  Les  collines  se  profilent 
à  l’horizon  par  des  lignes  soutenues  sur  lesquelles  les 
sommets  qui  ne  dépassent  pas  trois  cents  mètres  d’alti¬ 
tude  déterminent  cependant  des  saillies  sensibles.  Les 
roches  éruptives  ou  stratifiées  partagent  la  direction 
marquée  :  par  les  sommets  granitiques,  par  les  por¬ 
phyres,  par  les  dépôts  houillers  et  graphiques  de  Chan- 
tonnay  à  Vouvant  et  à  Faymoreau. 

En  plusieurs  points,  les  granits,  les  gneiss  et  les  mica¬ 
schistes  sont  traversés  par  des  porphyres  quatzifères  et  des 

amphibolites  qui  peuvent  compléter  la  série  de  roches 
que  l’on  rencontre  avec  les  mêmes  caractères  dans  le 
centre  de  la  France. 

Une  autre  particularité  très  curieuse  des  mêmes  gra¬ 
nits  est  de  renfermer  des  noyaux  dont  je  dois  un  beau 
spécimen  à  l’extrême  obligeance  de  M.  le  Dr  Miquen.  Il 
a  été  recueilli  en  plein  granit  à  la  carrière  de  Riaillié, 
commune  de  Saint-Hilaire-de-Lonlay,  à  cinq  cents  mètres 
au  nord  de  Montaigu  (Vendée).  La  trouvaille  de  sem¬ 
blables  noyaux  est  des  plus  rares  ;  d’après  M.  le  Dr  Mi¬ 
quen,  elle  n’a  pas  été  faite  plus  de  cinq  ou  six  fois  de¬ 
puis  vingt  ans  ;  mon  aimable  correspondant  en  conserve 
un  échantillon  d’un  quart  plus  petit  que  celui  qu’il  a 
bien  voulu  m’offrir. 

Ce  dernier  présente,  comme  le  montre  la  figure  jointe 
à  cet  article,  la  forme  d’un  ellipsoïde  aplati,  sensible¬ 
ment  régulier,  dont  les  trois  axes  mesurent  respective¬ 
ment  douze,  huit  et  sept  centimètres.  Ce  très  bel  échan¬ 
tillon  esta  l’extérieur  fort  brillant  à  causede  l’abondance 

(1)  Sur  l’individu  provenant  de  Cuba,  la  lèvre  du  côté  gauche 
est  garnie  de  neuf  supéro-labialcs,  la  cinquième  étant  divisée 
anormalement. 


LE  NATURALISTE 


200 


<ics  lames  de  mica  noir  qui  l’enveloppent  complètement  ;  I  noyaux  granitiques,  j’ajouterai  que  j’ai  cherché  en  vain 
mais  le  mica  n’est  en  proportion  exceptionnelle  que  tout  I  dans  celui-ci  le  calcite  dont  M.  de  Kroustchoff  a  indiqué 


Noyau  ellipsoïdal  de'granit  recueilli  dans  la  carrière  de  Riaillié,  prés  Montaigu  (Vendée).  Grandeur  naturelle,  échantillon 

du  Muséum. 


à  fait  à  la  périphérie.  Un  trait  de  scie  au  travers  du  mo¬ 
dèle  montre  qu’à  l’intérieur  de  celui-ci  les  paillettes  sont 
en  quantité  tout  à  fai  t  normale  et  n’observent  aucune  orien¬ 
tation  spéciale.  Il  s’agit  donc,  non  pas,  comme  on  pour¬ 
rait  le  croire,  d’une  masse  sphéroïdale  constituée  par 
des  feuillets  concentriques  comparables  aux  tuniques 
d’un  organe,  mais  d’un  noyau  de  granit  à  structure  or-  | 
dinaire  enveloppé  d’une  sorte  de  gaine  micacée  qui  le  j 
sépare  de  la  roche  granitique  dans  laquelle  il  est  em¬ 
pâté.  L’examen  microscopique  d’une  lame  mince  montre 
comment  les  faisceaux  de  lames  de  mica  enveloppent 
les  éléments  de  la  région  superficielle  :  on  y  voit  aussi  j 
que  ce  mica,  très  brun  comme  la  biotite,  passe  çà  et  là  j 
d'une  façon  insensible  au  mica  blanc  ;  il  est  1res  actif 
sur  la  lumière  polarisée  et  se  colore  très  vivement.  Les  i 
paillettes  micacées  sont  habituellement  tordues  et  bri¬ 
sées  par  les  autres  minéraux  qui.  attestant  leur 
ancienneté  relative,  sont  venus  se  monter  sur  elles. 

Le  quartz  est  remarquable  par  le  très  grand  nombre  de  ! 
ses  inclusions,  les  unes  entièrement  solides,  les  autres  i 
contenant  un  noyau  liquide  ou  gazeux.  Dans  la  première 
catégorie  sont  de  véritables  cristaux,  tantôt  circulaires' à 
la  façon  du  rutile,  tantôt  ayant  la  forme  du  quartz  lui- 
même.  Il  faut  rapprocher  de  ce  dernier  des  inclusions 
de  la  forme  d’une  section  suivant  l’axe  du  prisme  bi py¬ 
ramide,  mais  dont  la  substance  consiste  en  granulations 
opaques. 

Le  feldspath  comprend  de  l’orthore,  du  microiline  et 
du  plagioclase  en  lamelles  hémitropes.  Dans  le  microi¬ 
line,  parfois  à  texture  quadrillée  très  nette,  on  retrouve,  | 
outre  des  paillettes  micacées  et  une  matière  nébuleuse  I 
blanchâtre,  de  longues  aiguilles  cristallines  analogues  à  I 
celles  déjà  mentionnées  dans  le  quartz. 

Sans  oser  risquer  une  hypothèse  quant  ;YTorigine  des 


l’existence  dans  ses  modèles  analogues  signalés  aux  en¬ 
virons  de  Vermont,  aux  États-Unis,  par  Hithchock  et  que 
nulle  part  les  acides  n’y  ont  provoqué  d’effervescence 
sensible.  Stanislas  Meunier. 

La  Flore  de  l’Inde  dans  ses  rapports  avec  la  Flore 
de  France 

(Suite.) 


CRUCIFÈRES 

Distribution  générale  :  Un  grand  nombre  de  régions  tem¬ 
pérées. 

Barbarea  vulgaris  R.  Brown.  —  Espèce  de  la  flore  pari¬ 
sienne,  affectionne  les  lieux  humides.  Habite  aux  Indes  la 
région  subalpine  de  l'Himalaya  tempéré  et  le  Thibct  occi¬ 
dental  de  1.800  à  3.000  mètres. 

Cette  espèce  compte  aux  Rides  deux  variétés  : 

B.  vutg.  lauri'-a  D.  C.  habite  le  Cachemir  et  le  Thibet  occi¬ 
dental,  1.800  à  3.000  mètres. 

B.  vitlff.  sicula  Sp.  habile  le  Thibet  occidental,  l’Himalaya 
t . péré  et  les  Nilgiris,  1.800  à  5.000  mètres. 

Distribution  générale  :  Europe,  Asie  occidentale,  Sud  de 
l’Afrique,  Australie. 

Turritis  glabre.  L.  —  C’est  VArabis  glabra  de  Crantz.  Cette 
espèce, qui  appartient  .i  la  flore  d  ■  Paris,  habite  en  France  les 
bois  découverts.  On  la  rencontre  dans  l’Himalaya  occidental 
du  Cumaon  au  Cachemir  île  1.800  à  3.000  mètres. 

Distribution  générale  :  Europe  tempérée,  Asie  tempérée, 
Nord  de  l’Amérique,  Alpes  australiennes. 

Arabis  auriculata  D.  C.  —  Cette  espèce  croit  en  France  dans 
les  départements  du  Midi  et  habite  les  coteaux  calcaires.  Aux 
Indes,  on  la  trouve  au  Cachemir  de  1.500  à  1.KU0  mètres. 

Distribution  générale  :  Afghanistan,  Asie  occidentale,  Ré¬ 
gion  méditerranéenne. 

Arabis  alpina  L.  —  Plante  des  hautes  montagnes  de  la 
France.  Se  rencontre  au  mont  Cenis  en  particulier.  Habite 
l’Himalaya  occidental  de  1.500  à  3.500  mètres. 


210 


LE  NATURALISTE 


Distribution  générale  :  Régions  alpines  et  arctiques  de  l’Eu¬ 
rope,  Asie.  Nord  de  l'Amérique,  Abyssinie. 

Cardamine  hirsuta  L.  —  Espèce  parisienne  qui  affectionne 
les  lieux  humides.  Elle  habite  toutes  les  régions  tempérées  de 
l’Inde.  Durant  la  saison  froide  elle  croît  dans  le  Bengale. 
Distribution  :  Aire  extrêmement  étendue. 

Cardamine  impatiens  L.  —  Espèce  parisienne.  Habite  l’Hi- 
malaya  tempéré  du  Sikkim,  au  Cachemir,  de  1.500  à  3.600  m. 
Distribution  :  Afghanistan,  Europe  et  Asie  tempérées. 
Cardamine  pratensis  L.  —  Espèce  de  la  flore  de  Paris  qui 
se  plaît  d  ms  les  lieux  humides.  On  la  trouve  à  Hassora  dans 
le  Thibct  occidental. 

Distribution  :  Nord  et  ouest  de  l'Asie,  Europe,  Abyssinie, 
nord  de  l’Amérique. 

Farsetia.  ■ —  Ce  genre,  qui  n’offre  point  d'espèce  commune, 
est  répandu  dans  le  Panjab, 

Alyssun  minimum  Willd.  —  C’est  le  Clypeola  Jonthlaspi  de 
Linné.  Il  habite  le  midi  de  la  France.  Il  croit  au  Cachemir  à 
une  altitude  qui  varie  dé  1.200  à  1.800  mètres. 

Distribution  :  Afghanistan,  Asie  occidentale,  sud  de  l’Eu¬ 
rope. 

Draba  incana  L.  —  Plante  des  Pyrénées  et  du  Dauphiné. 
Oette  espèce  habite  la  région  alpine  de  l’Himalaya,  du  Sikkim 
au  Thibct  occidental,  3.000  à  4.100  mètres. 

Distribution  :  Régions  arctiques  et  alpines  de  l’Europe,  de 
l’Asie,  de  l'Amérique. 

Draba  helvetica  Schleich.  Draba  fladnitzensis  Wulf.  —  Es¬ 
pèce  des  Alpes  et  des  Pyrénées  qui  habite  l’Himalaya  occi¬ 
dental,  dans  le  Cumaon,  le  Kunawar  et  le  Thibet,  3.900  à 
4.500  mètres. 

Cette  espèce  offre  deux  variétés  :  Dr.  homolricha  et  hete- 
rotricha. 

Distribution  :  Régions  alpines  et  arctiques  de  l’Europe,  de 
l’Asie,  de  l’Amérique. 

Draba  muralis  L.  —  Espèce  'parisienne,  plante  des  murs  et 
des  champs.  Elle  habite  aussi  la  Corse.  Aux  Indes  on  la  ren¬ 
contre  dans  le  Cachemir  à  1.700  mètres. 

Distribution  :  Asie  Mineure,  nord  de  l’Afrique,  Europe. 
Erophila  vulgaris  D.  C.  —  Cette  espèce,  que  Ton  trouve 
dans  la  région  parisienne,  se  rencontre  partout  en  France.  Aux 
Indes  on  la  trouve  dans  le  Cachemir  de  1.500  à  1.800  mètres. 
Distribution  :  Afghanistan,  Asie  occidentale,  Europe. 
Cochlearia.  —  Ce  genre  est  réparti  dans  THimalava,  au 
Sikkim. 

Malcolmia  africana  R.  Br.  —  Plante  du  Midi  de  la  France 
qui  croit  dans  les  plaines,  les  lieux  incultes  et  déserts  du 
Panjab,  du  Cachemir,  du  Thibet  occidental  et  s’élève  jusqu’à 
3.900  mètres. 

Distribution  :  Asie  occidentale  ét  région  méditerranéenne. 
On  la  trouve  en  Judée. 

Sisymbrium  Thalianum  Gay.  —  C’est  VArabis  Thaliana  de 
Linné.  Espèce  parisienne  qui  aime  les  terrains  sablonneux. 
Elle  habite  l’Himalaya  tempéré  du  Bhoutan  au  Cachemir  et 
dans  le  Thibet  occidental  de  1.500  à  3.000  mètres.  Elle  croit 
aussi  dans  le  Panjab. 

Distribution  :  Europe  et  Asie  tempérées,  Abyssinie. 
Sisymbrium  Sophia  L.  —  Espece  parisienne  habitant  les 
bords  des  chemins.  Se  trouve  dans  le  Panjab,  dans  le  Sait 
Range  et  près  de  Peshawer,  dans  l’Himalaya  tempéré  du  Cu¬ 
maon  au  Cachemir  de  1.500  à  2.100  mètres  et  dans  le  Thibet 
occidental,  2.700  à  4.200  mètres. 

Distribution  :  Asie  occidentale,  Europe,  nord  de  l’Afrique, 
nord  et  sud  de  l’Amérique. 

Sisymbrium  Columnæ  Jacq.  —  Habite  les  lieux  incultes  du 
midi  de  la  France.  Se  rencontre  dans  THimalava  occidental 
du  Cumaon  au  Cachemir  et  s’élève  jusqu’à  3.000  mètres  :  dans 
le  Thibet  occidental,  2.700  à  4  200  mètres. 

Distribution  :  Europe  centrale. 

Sisymbrium  Paunonicum  Jacq.  —  Cette  espèce  croît  dans  les 
Vosges.  On  la  trouve  à  Hanora  dans  le  Thibet  occidental, 
2.400  mètres. 

Sisymbrium  Irio  L.  —  Espèce  qui  pousse  dans  les  moissons 
et  le  long  des  murs.  Récoltée  au  mont  Cenis.  Sc  rencontre 
dans  le  nord  do  l’Inde  du  Rajputana  au  Panjab. 

Distribution  :  Afghanistan  et  à  l’occident  jusqu’aux  îles  Ca¬ 
naries.  Maroc. 

Sisymbrium  Alliaria  Scop.  -  -  Espèce  parisienne  que  Ton 
trouve  aussi  en  Corse.  Plante  des  haies  et  des  bords  des 
routes.  Habite  l’Himalaya  occidental  du  Cumaon  au  Cachemir, 
1.800  à  3.900  mètres. 

Distribution  :  Europe  occidentale. 


Erysimum  hieracii folium  L.  —  Plante  de  l’Himalaya  central 
et  occidental,  1.800  à  3.900  mètres. 

Distribution  :  Sibérie,  Caucase,  nord  de  l’Europe. 

Brassica  nigra  Koch.  —  Espèce  parisienne.  Champs  et  dé¬ 
combres.  Elle  est  cultivée  dans  diverses  parties  de  l’Inde  et  du 
Thibet. 

Brassica  campestris  L.  Brassica  rapa  L.  Brassica  napus  L. 
—  Ces  trois  espèces,  que  Hooker  réunit  en  une  seule,  sont  cul¬ 
tivées  dans  l’Inde. 

Sinapis  alba  L.  —  Espèce  des  champs  signalée  en  Corse  à 
Ajaccio  et  cultivée  à  Ferozepore  dans  le  Panjab.  C’est  le 
Brassica  alba  de  Hook.  et  Th. 

Distribution  :  De  la  Syrie  jusque  dans  l’Europe  méridio¬ 
nale. 

Diplotaxis.  —  Ce  genre  n’offre  qu’une  espèce  qui  habite 
Kalcbag  dans  le  Sait  Range  (Panjab). 

Eruca  saliva  Lam.  —  Espèce  parisienne  qui  croit  sur  les 
décombres  et  dans  les  moissons.  Elle  habite  les  lieux  cultivés 
du  nord  et  du  centre  do  l’Inde,  THimalaya  occidental  jusqu’à 
3.000  mètres  et  la  vallée  supérieure  du  Gange. 

Distribution  :  A  l’occident  jusqu’aux  Canaries. 

Moricandia  arvensis  D.  C.  —  Espèce  propre  à  Marseille,  où 
elle  est  rare  et  quelquefois  cultivée.  Se  trouve  en  Corse. 
Distribution  :  Perse,  Arabie,  région  méditerranéenne. 
Capsella  Bursa-pastoris  Mœnch.  —  Espèce  parisienne  qui  se 
plaît  dans  les  lieux  cultivés.  On  la  trouve  dans  tous  les  lieux 
cultivés  de  l'Inde  tempérée,  notamment  aux  Nilgiris  et  aux 
Shivaro-hills. 

Distribution  :  Mauvaise  herbe  des  cultures.  Judée,  Tripoli, 
Maroc. 

Capsella  elliptica  C.  A.W. —  C’est  VHutchinsia  procumbens  de 
Desvaux.  Croit  en  France  dans  les  lieux  humides  et  surtout 
dans  le  Midi.  On  la  rencontre  au  Thibet  occidental.  4.200  m. 

Distribution  :  Sud  de  l'Europe  et  Nord  de  l’Afrique,  Aus¬ 
tralie  et  Chili,  où  elle  a  peut-être  été  introduite. 

Lepidium  sativum  L.  —  Espèce  parisienne  qui  n’a  été  ren¬ 
contrée  dans  l’Inde  et  le  Thibet  occidental  qu’à  l’état  cultivé. 
Distribution  :  Europe  occidentale,  Tripoli. 

Lepidium  draba  L.  —  C’est  le  Cardaria  draba  de  Desv. 
Espèce  parisienne  des  champs.  C’est  une  plante  qui  croît  dans 
le  Panjab  et  est  une  mauvaise  herbe  des  cultures. 

Distribution  :  Europe  et  Asie  occidentale. 

Lepidium  ruderale  L.  —  Espèce  parisienne  qui  se  plaît  dans 
les  lieux  stériles.  Croit  dans  la  région  tempérée  du  Thibet  occi¬ 
dental,  2.100  à  3.900  mètres. 

Distribution  :  Asie  occidentale,  Europe. 

Thlaspi  arvense  L.  —  Espèce  parisienne.  Plante  des  mois¬ 
sons.  Mauvaise  herbe  des  champs  que  Ton  rencontre  dans 
i’Himalaya  tempéré  et  subalpin  jusqu’à  une  altitude  de 
4.200  mètres. 

Distribution  :  Europe,  Asie;  toujours  dans  les  lieux  cultivés. 
Thlaspi  alpestre  L.  —  Plante  des  hautes  montagnes  do 
France.  Habite  la  région  tempérée  et  subalpine  de  THimalaya, 
le  Thibet  occidental  ;  on  la  trouve  du  Sikkim  au  Cachemir, 
2.100  à  3.600  mètres.  Dans  le  Sikkim,  elle  habite  seulement  les 
chaînes  centrales  les  plus  arides. 

Distribution  :  Région  alpine  des  Alpes  en  Europe,  régions 
alpines  de  l’Asie,  région  alpine  des  Andes  (Amérique). 

Iberidella.  —  Ce  genre  est  distribué  dans  THimalaya  de 
3.600  à  4.800  mètres. 

Isatis  tinctoria  L.  —  Espèce  parisienne  des  lieux  pierreux  et 
des  vieux  murs.  Croit  aussi  en  Corse.  Lieux  cultivés.  Thibet 
occidental. 

Distribution  :  A  l’occident,  en  Europe  et  jusqu’aux  îles 
Canaries. 

Neslia  paniculata  Desv.  —  Espèce  parisienne  qui  affectionne 
les  moissons  et  les  terrains  calcaires.  Se  trouve  dans  la  région 
liivnalayenne  du  Panjab  de  Hazara  à  Béas,  Cachemir,  4.500  à 
1.800  mètres. 

Distribution  :  Dans  les  champs  :  Perse,  Asie  occidentale, 
Judée,  Europe  tempérée. 

Crambe.  —  Genre  réparti  dans  le  Thibet  et  THimalaya  occi¬ 
dentaux,  3.000  à  4.200  mètres. 

Raphanus  sativus  L.  -  Espèce  cultivée,  qui  croit  dans  THi¬ 
malaya  jusqu’au-dessus  de  4.800  mètres  d’altitude. 

Distribution  :  Cultivée  dans  les  zones  chaudes  et  tempérées. 
Raphanus  raphanistrum  L. —  Raphanistrum  arvense  de  Mer. 
Rattachée  par  Hooker  à  l’espèce  précédente. 

Même  station  et  même  distribution  que  le  Raphanus  sa¬ 
tivus  I.. 


LE  NATURALISTE 


21 


CAPPARIDÉES 

Capparis  spinosa  L.  —  France  :  Midi,  rochers. 

Inde  :  Vallées  chaudes  de  l’Himalaya  occidental  en  se  din- 
seant  vers  le  Népal.  Thibet  occidental  jusqu’à  3.900  mètres. 

Sindh,  Panjab,  . 'i  de  la  Péninsule  dans  les  monts  Maha- 

bleshwar. 

Distribution  :  Afghanistan,  Asie  occidentale,  Europe,  nord 
(le  l’Afrique,  Australie,  iles  Sandwich,  Judée. 

Var.  galeata  maritime.  Du  Sindh  à  l’Arabie  et  a  1  Afrique 
oriental. 

Var.  vulgaris.  Forme  commune  de  l’Inde  et  de  l’Orient. 

Var.  leucophvlla,  confirmé  dans  l’Inde,  dans  les  basses  val¬ 
lées  de  l’IIimalaya  et  en  Perse. 


Réséda  L.  —  Pas 
Panjab.  Sindh. 

(A  suivre.) 


des  deux  flores. 


Hector  Léveii.i.é. 


DESCRIPTION  D’EN  PAPILLON  NOEYEAE 


Hcratcra  Faluella,  n.  sp. 

31  millimètres.  Dessus  des  supérieures  d’un  blanc  laiteux 
brillant  avec  un  ou  deux  petits  points  noirs  à  la  base  de  l’aile, 
quelques  petites  taches  le  long  de  la  côte,  l’orbiculaire,  cerclée 
partiellement,  se  détachant  bien  sur  le  fond  blanc,  enfin  une, 
large  bande  médiane  vert  olive,  coupée  en  deux  dans  son  mi¬ 
lieu  où  le  blanc  du  fond  do  l’aile  est  tacheté  de  jaune  ter- 


Dans  la  partie  ! 


meure  de  la  bande  la  réniforme,  noire,  se 
de  fines  lignes  bleuâtres  l’entourent  en 
partie.  Le  dessin  de  l’aile  sc  complète  par  une  ombre  subter¬ 
minale  partielle,  une  ligne  terminale  grise,  puis  une  série  de 
traits  internervuraux  vert  olive;  ces  derniers  dessins  s’arrêtent 
tous  avant  l’apex  qui  reste  blanc  pur.  Franges  rousses,  blanches 
à  l'apex. 

Dessin 

point  cellulaire  central  et  bordé  d'une  double  ligne 
seconde,  plus  large,  en  forme  de  traits).  Cette  double  ligne  est 
plus  ou  moins  accentuée  et  disparait  i 
l’un  de  mes 


rant  les  individus, 
jardin  du 


marqué  d’un 
îe  noirâtre  (la 


qués  et  disparaissent  plus  ou  moins  sui 
Quatre  ÿ  dont  deux  prises  dans  le 
Loja  les  29  mars  et  7  avril  1890,  ’ 
le  24  avril  de  la  même  année. 


LES  MOUILLES 

Parmi  les  champignons  qui  sont  utilisés  pour  l'alimen¬ 
tation,  il  n’en  est  bien  certainement  pas  un  seul  qui 
puisse  lutter  avec  les  Morilles.  Le  Mousseron,  l’Oronge 
elle-même  ne  possèdent  point  ce  goût  incomparable,  ce 
fumet  délicieux  qui  font  de  la  Morille  le  roi  des  Cham¬ 
pignons.  On  pourra  me  faire  une  objection,  me  dire  que 
la  Truffe  revendique  pour  elle  cette  royauté  :  il  ne  faut 
pas  oublier  que  la  Truffe  est  avant,  tout  un  condiment 
destiné  à  communiquer  aux  mets  une  saveur  spéciale  et 
non  un  aliment  dans  le  véritable  sens  du  mot. 

Ce  n’est  pas  d'hier  que  la  Morille  est  recherchée  ; 
Charles  de  l’Écluse  au  xvie  siècle  en  célèbre  la  grande 
valeur  et  en  décrit  déjà  un  certain  nombre  de  formes. 
Krombholz,  Persoon  en  ont  examiné  les  nombreuses 
variétés  et  leur  ont  imposé  des  dénominations  particu¬ 
lières.  Dillenius  en  1719  avait  donné  à  la  Morille  son 
nom  générique  de  Morchella  de  l’allemand  Morchell. 
Antérieurement  on  se  contentait  d’en  faire  un  Boletus  ou 
un  Phallus. 


Fig. 


Morchella  csculenta, 
ar.  vulgaris. 


Où  devons-nous  placer  la  Morille  ;  et  dans  quel  grou¬ 
pe  de  Champi  - 
gnon  ?  —  Si  nous 
pratiquons  une 
tranche  fine  à 
travers  une  espèce 
quelconque  de 
Morchella,  nous 
sommes  de  suite 
frappés  par  cette 
circonstance  que 
les  spores  (orga¬ 
nes  de  reproduc¬ 
tion)  sont  renfer¬ 
mées  dans  destin 
ques  ou  asques. 
n  ■■  |i|i\\>|  La  Morille  est  donc 

gptj  •'  !  |  j-j  un  Ascomycète, 

I  l  ,  mais  celan’est pas 

i|:  !  suffisant.  Il  est 

'  '  facile  de  voir  que 

ces  asques  sont 
superficiels,  pla¬ 
cés  à  la  surface 
d'un  réceptacle 
qui  est  arrondi  ou 
plus  ou  moins  co¬ 
nique,  rugueux,  sinueux,  ou  creusé  d’alvéoles  généràle- 
menlirrégulières.  Les  asques  se  trouvant  à  la  surfaced’un 
réceptacle  ondisque,  on  peutdire  quelaMorille  estun  cham¬ 
pignon  de  l’ordre  des  Discomycètes.  Si  nous  ajoutons  à 
ce  que  nous  savons  déjà  de  l’aspect  extérieur  du  cham¬ 
pignon  qu’il  est  creux  intérieurement,  que  le  réceptacle 
fait  suite  directement  à  un  pied  plus  ou  moins  long,  que 
les  asques  renferment  (sauf  de  très  rares  exceptions) 
8  spores  simples,  transparentes  (sous  le  microscope)  et. 
ovales,  [nous  aurons  le  signalement  complet  du  genre 
Morchella.  Pourquoi  a-t-on  voulu  rejeter  il  y  a  quelques 
années  ce  nom  de  Morchella  qui  date  de  plus  d’un  siècle 
déjà  pour  lui  substituer  celui  deMorilla?  Nous  ne  pouvons 
l’expliquer  que  par  une  haute  fantaisie  ou  par  ce  besoin 
inné  chez  de  trop  nombreux  naturalistes  de  changer  a 
tort  et  à  travers,  pour  le  seul  plaisir  de  changer.  Un 
mycologue  connu,  coutumier  du  fait,  interrogé  derniè¬ 
rement  par  un  de  nos  amis,  sur  cette  manie  de  change¬ 
ment,  ne  trouvait  que  cette  réponse  stupéfiante.  «  Eli  ! 
ma  foi,  ça  fait  un  synonyme  de  plus.  »  Après  celle-là,  il 
ne  reste  plus  qu’à  tirer  l’échelle  ! 

Quoi  qu’il  en  soit,  le  genre  Morchella  est  représent'- 
par  24  espèces  dans  le  Sylloge  .le  M.  Saccardo.  Mais 
quelques-unes  d’entre  elles  sont  fortement  douteuses, 
tandis  que  d’autres  déjà  signalées  par  les  anciens,  par 
Krombholz  entre  autres,  ont  été  omises  et  devront  re¬ 
prendre  dans  la  systématique  le  rang  qui  leur  est  dù.  On 
rencontre  les  Morilles  dans  le  monde  entier;  dans  toute 
l’Europe,  dans  l’Amérique  du  Nord,  aux  Falklands,  en 
Asie,  à  Java,  au  Kashmir,  aux  Indes  orientales,  en  Afrique. 
àTénériffe,  en  Australie.  Ceux  qui  voient  partoutdans  la 
nature  le  doigt  de  Dieu,  ne  sauraient  trop  remercier  la 
divine  Providence  de  la  bonté  avec  laquelle  elle  a  jeté  en 
pâture  à  l'homme,  sous  toutes  les  latitudes  et  sous  tous  les 
climats,  ce  délicieux  champignon  qui  vaut  bien  la  manne 
du  désert!  De  ces  nombreuses  espèces,  quelques-unes  seu¬ 
lement  sont  l’objet  des  recherches  des  amateurs  et  d’un 
d’une  certaine  importance.  Au  premier  prin- 


212 


LE  NATURALISTE 


temps  les  bois  des  environs  de  Paris  sont  visités  dans  leurs 
recoins  les  plus  écartés  par  des  bandes  de  chercheurs 
qui  en  sont  fréquemment  pour  leur  peine.  C’est  que  les 
Morilles  sont  par  nature  capricieuses  et  n’apparaissent 
pas  tous  les  ans  avec  la  même  profusion.  L’année  1891  a 
été  tout  particulièrement  favorable  ;  on  les  a  vues  appa¬ 
raître  dans  des  contrées  où  elles  étaient  d’habitude  dis¬ 
séminées  avec  une  remarquable  parcimonie. 


Une  même  espèce  varie  à  l’infini,  tantôt  pâle  ou  brune, 
arrondie  ou  conique.  Elles  peuvent  rester  fort  petites  ou 
bien  acquérir  d’énormes  dimensions.  C’est  ainsi  qu’un 
jardinier  des  environs  de  Verrières-le-Buisson  m’en  a 
apporté  il  y  a  quelques  jours  un  exemplaire  pesant 
1050  grammes.  Il  paraît  même  que  cet  échantillon  n’était 
pas  unique  et  que  le  propriétaire  d’un  parc  boisé  où  ce 
spécimen  s’étaitdéveloppé,  en  avait  fait  jeter  aufumierune 


quantité  capable  de  remplir  un  tombereau.  11  n’avait  osé 
consommer  des  champignons  de  cette  dimension,  habitué 
qu’il  était  à  ne  manger  que  des  Morilles  de  petite  taille. 
Le  gourmet  préférera  toujours  ces  dernières,  les  formes 
monstrueuses  ayant  une  chair  consistante,  élastique  et 
sans  parfum. 

Afin  de  permettre  de  reconnaître  facilement  les  diverses 
espèces  de  Morilles,  je  reproduis  le  tableau  suivant  em¬ 
prunté  à  M.  Gillet  ( Discomycètes  de  France)  : 

1.  Réceptacle  (chapeau)  plus  ou  moins  profondément 
excavé  en  aréoles  rhomboïdes  ou  polymorphes. 

A.  Pédicule  (pied)  plus  court  que  le  réceptacle:  M.  escu- 
lenta. 

15.  Pédicule  3-4  fois  plus  long  que  le  réceptacle:  M.  cras- 
sipes. 

2.  Alvéoles  du  réceptacle  formées  de  côtes  longitudi¬ 
nales  réunies  par  des  rides  transversales. 

A.  Pied  gros  3-4  fois  plus  long  que  le  réceptacle  : 
M.  data. 

B.  Pied  plus  court. 

a.  Réceptacle  cylindrique  ou  subcylindrique  :  M.  deli- 
ciosa. 

b.  Réceptacle  conique  :  M.  conica. 

Aux  environs  de  Paris,  c’est  principalement  le  M.  escu- 
lenta  qu’on  récolte  sous  ses  diverses  formes,  blanche, 
fauve  ou  noirâtre,  à  chapeau  arrondi  ou  cylindrique.  De 
ces  formes  quelques-unes  doivent  très  probablement 


être  séparées  à  titre  d’espèces,  entre  autres  le  M.  rotunda 
Pers.  à  alvéoles  se  rétrécissant  en  entonnoir,  et  le  M.  ri- 
gida  Kromb.  à  fond  des  alvéoles  plat.  Cette  dernière 
plante  a  été  recueillie  cette  année  dans  les  Alpes-Mari¬ 
times  et  aux  environs  de  Troyes.  Je  dois  ces  renseigne¬ 
ments  à  l’obligeance  de  M.  Boudier,  le  savant  mycologue 
do  Montmorency,  qui  prépare  une  Monographie  des 
Morilles  où  la  science  du  botaniste,  l’habileté  et  l’exacti¬ 
tude  du  dessinateur  pourront  aller  de  pair. 

Le  Morchella  deliciosa  n’a  été  qu’à  peine  rencontré 
dans  la  région  parisienne  ;  quant  au  M.  conica  on  le  re¬ 
cueille  de-ci  de-là  assez  fréquemment.  Il  parait  recher¬ 
cher  la  tannée  des  serres. 

On  a  longtemps  placé,  parmi  les  Morilles,  quelques 
champignons  qui  en  diffèrent  véritablement,  même  par 
leurs  caractères  extérieurs.  Les  Morchella  rimosipes,semili- 
bera  par  exemple,  se  distinguent  des  morilles  proprement 
dites  par  la  manière  toute  spéciale  dont  le  pédicule  se 
continue  avec  le  réceptacle.  Dans  ces  dernières  espèces 
le  réceptacle  n’est  pas  uni  intimement  au  pied,  mais  il 
est  libre  dans  une  partie  de  sa  largeur.  Ce  caractère  im¬ 
portant  adonné  lieu  à  la  création  par  LévéiMé  du  genre 
Mitrophora.  Quelques  espèces  de  ce  genre  se  trouvent 
aux  environs  de  Paris  et  pourront  être  facilement  recon¬ 
nues  au  moyen  du  tableau  suivant  : 

1,  Pied  long,  plus  ou  moins  ridé  longitudinalement  : 
M.  rimosipes. 


LE  NATURALISTE 


2.  Pied  lisse. 

A.  Pied  squamuleux-écailleux;  12  à  14  centimètres  : 
M.  gigas. 

B.  Pied  glabre  ou  poussiéreux. 

a.  Chapeau  conique  :  M.  semilibera. 

b.  Chapeau  ovale  :  M.  patula. 

En  réunissant  les  caractères  de  ces  deux  genres  on 
arrivera  facilement  à  constituer  une  famille  desMorchel- 
lées,  caractérisée  d’après  M.  Boudierparun  «  hyménium 
alvéolé,  à  côtes  stériles  sur  la  tranche  ».  Cette  famille 
réunie  à  celle  des  Helvellées  dont  nous  aurons  occasion 
de  parler  plus  tard,  formera  la  tribu  des  Mitrées  dans 
laquelle  les  réceptacles  sont  disposés  en  massue  ou  en 
chapeau  et  toujours  pédicules. 

Toutes  les  Morilles  sont  comestibles;  les  accidents 
signalés  en  Allemagne,  il  y  a  quelques  années,  doivent 
être  attribués  probablement  à  la  consommation  de 
quelque  espèce  de  la  famille  des  Helvellées.  Il  n’est  pas 
étonnant  que  la  perfection  et  la  valeur  vénale  de  la 
Morille  aient  fait  naître  des  tentatives  de  culture.  Cordier 
dit  qu’un  cultivateur  était  arrivé  à  produire  des  Morilles 
en  semant  des  fragments  de  ce  champignon  sur  une  I 
couche  préparée  en  vue  de  la  culture  de  l’agaric.  La 
couche  ne  doitpas  être  profonde  (15  centimètres  au  plus) 
et  disposée  de  telle  sorte  que  l’eau  ne  puisse  y  séjourner  : 
l'air  et  la  lumière  doivent  être  distribués  avec  mesure.  Je 
ne  crois  pas  que  ces  expériences  aient  été  reprises. 

Le  mycélium  serait  utilisable.  11  y  aurait  la  matière  a 
recherches  et  à  expériences  d’un  véritable  intérêt  scien¬ 
tifique  et  culinaire.  On  a  remarqué  en  effet  que  la  Morille 
persistait  au  môme  lieu  pendant  de  longues  années  con¬ 
sécutives. 

Tout  récemment,  un  amateur  de  Falaise  a  prétendu 
être  arrivé  à  cultiver  la  Morille  :  je  ne  sais  malheureuse¬ 
ment  pas  ce  qu’il  faut  en  croire.  M.  le  baron  d’Yvoire  a 
de  son  côté  fait  connaître  un  procédé  simple  et  facile 
(sur  le  papier)  de  récolter  des  morilles  dans  son  jardin. 
L’honorable  expérimentateur  parait  tellement  sùr  du 
succès  qu’il  n’hésite  pas  à  dire  que  le  terrain  de  culture 
ne  doit  pas  être  «  éloigné  d’une  grande  ville  afin  de 
pouvoir  vendre  les  morilles  dans  toute  leur  fraîcheur. 
On  pourrait,  il  est  vrai,  faire  des  conserves  de  morilles  en 
boîte,  avec  la  certitude  d’en  trouver  promptement  un 
facile  débit.  »  Le  procédé  sùr  et  facile  de  M.  le  Baron 
consiste  à  préparer  un  carreau  d’artichaut  et  à  y  jeter 
çà  et  là  quelques  morilles  fraîches  ou  sèches  pour  la 
semence.  Mais  ce  n’est  pas  tout  :  à  l’automne,  au  moment 
de  donner  une  couverture  aux  artichauts,  on  doit  ré¬ 
pandre  sur  le  carreau  du  marc  de  pommes  sur  une  hau¬ 
teur  de  1  centimètre.  11  parait  que  le  marc  de  poires  ne 
produit  que  des  Pézizes.  Cette  préférence  exclusive  de  la 
Morille  me  rappelle  la  boutade  d’un  médecin  qui  pendant 
une  épidémie  cholérique  avait  soigné  deux  de  ses  clients 
avec  des  haricots.  L’un,  menuisier  de  son  état,  était  mort, 
l’autre,  un  maçon,  se  portait  comme  un  charme.  Interrogé 
surles  effets  si opposésduféculentetharmonieuxlégume, 
l’Esculape,  sans  être  embarrassé  une  minute,  avait  ré¬ 
pondu  :  «  Haricot  bon  pour  les  menuisiers,  mauvais  pour 
les  maçons.  »  On  pourrait  peut-être  trouver  une  cause 
du  même  genre  à  la  préférence  de  la  Morille  pour  la 
pomme,  et  cet  amour  de  la  pomme  est  tel  qu’il  a  donné 
lieu  au  fait  suivant  que  je  n’invente  pas,  mais  dont  je  ne 
saurais  garantir  l’authenticité.  Le  propriétaire  d’un  parc 
voisin  du  castel  de  M.  le  baron  d’Yvoire  avait  offert  à  une 


compagnie  de  pompiers  des  rafraîchissements  accompa¬ 
gnés  de  pommes.  Les  pompiers  avaient  rejeté  (comment 
et  par  où!)  les  débris  de  pommes  qu’ils  avaient  mangés. 
Au  printemps  suivant  la  place  de  chaque  pompier  était 
restée  marquée  par  des  Morilles  disposées  en  un  rang  très 
régulier. 

Fermons  la  parenthèse  et  recouvrons  le  marc  d’un  lil 
de  feuilles.  Vers  le  1er  avril,  il  faudra  en  enlever  une 
portion;  c’est  là,  paraît-il,  la  partie  difficile  de  l’opération 
de  laquelle  dépend  le  succès.  Vers  le  15  avril  paraîtront 
les  premières  Morilles  et  la  cueillette  pourra  commencer 
et  se  continuer  jusque  vers  le  15  mai. 

Le  procédé  que  je  viens  de  signaler  aux  lecteurs  du 
Naturaliste  est  comme  le  sabre  de  M.  Joseph  Prudhomme, 
il  est  à  deux  fins  :  il  peut  servir  à  donner  des  Morilles  et, 
ce  qui  ne  surprendra  personne,  une  quantité  considé¬ 
rable  de  sauvageons  qu’on  pourra  utiliser  en  pépinières. 

Essayez,  chers  lecteurs,  et  quand  vous  aurez  mangé 
des  Morilles  de  vos  cultures,  vous  aurez  la  bonté  de  me 
le  faire  dire  !  P.  Hariot. 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  27  juillet.  —  Note  de  M.  Émile  Blanchard  sur  les 
preuves  de  communications  terrestres  entre  l’Asie  et  l’Amé¬ 
rique  pendant  l’âge  moderne  de  la  Terre.  Comme  dans  sa  der¬ 
nière  note  sur  les  communications  qui  ont  dû  exister  entre 
l’Europe  et  l’Amérique,  le  savant  professeur  du  Muséum  insiste 
sur  les  représentants  végétaux  et  animaux  communs  aux  deux 
continents.  Pour  les  végétaux  :  Ce  sont  des  Anémones,  des  Re¬ 
noncules,  le  Tulipier,  découvert  récemment  en  Chine,  des  Vio¬ 
lettes,  un  Erable,  des  Rosacées,  quelques  Saxifrages  diverses, 
Ombelliféres,  etc...  Pour  le  monde  animal,  ce  sont  des  Carabes 
qui  n’ont  cependant  que  leurs  pattes  comme  moyen  de  locomo¬ 
tion,  des  papillons  appartenant  à  différentes  familles,  qu’on  re¬ 
trouve  depuis  l’Europe,  la  Sibérie  et  le  Kamtschalka  jusqu’en 
Californie.  Parmi  les  Vertébrés,  le  Souslik  de  Sibérie  se  re¬ 
trouve  dans  la  presqu’île  d’Alaska,  ainsi  que  la  Zibeline  et  le 
Glouton.  Comme  on  le  voit,  des  végétaux  et  des  animaux  se 
sont  répandus  dans  les  régions  arctiques  européennes,  asia¬ 
tiques  et  américaines  accomplissant  le  périple  entier  à  l’époque 
de  la  continuité  des  terres.  —  Note  de  M.  Albert  Gaudry  sur 
l’Ichthyosaure  de  Sainte-Colombe  (Yonne),  offert  au  Muséum 
par  MM.  Millot,  et  trouvé  dans  les  exploitations  des  ciments  de 
Vassy.  L’examen  ostéologique  amène  M.  Gaudry  à.  nommer  pro. 
visoirement  ce  fossile  Ichthyosaurus  Burgundiæ  ;  cette  détermi¬ 
nation  ne  saurait  être  définitive  qu’après  une  comparaison  faite 
avec  les  nombreuses  pièces  du  British  Muséum  et  du  YVurtem- 
berg.  —  Note  de  M.  .1.  F.  Marion.  Sur  les  travaux  de  zoologie 
appliquée,  effectués  à  la  station  maritime  d’Endoume  durant 
Tannée  1890.  Ces  travaux  comprennent  des  relevés  statistiques 
et  des  remarques  sur  le  régime  biologique  et  la  reproduction 
des  espèces  de  poissons  comestibles  des  côtes  de  Provence.  Le 
professeur  de  la  Faculté  de  Marseille  signale  aux  pouvoirs  pu¬ 
blics  l’appauvrissement  des  fonds  en  espèces  sédentaires,  sur¬ 
tout  pour  ce  qui  concerne  le  Maquereau,  l’Anchois,  et  princi¬ 
palement  la  Sardine,  dont  les  jeunes  alevins  sont  péchés  en 
nombre  considérable  par  des  matelots  d’origine  génoise  à  l’aide 
d’engins  dont  il  serait  bon  de  réglementer  l’usage.  —  M.  A. 
Milne-Edwards  présente  une  note  de  M.  .V.  Gré  liant  sur  un 
nouvel  appareil,  le  myographe  dynamométrique,  lequel  a  permis 
à  l’auteur  collaborant  avec  M.  Ch.  Quinquand  de  mesurer  la 
puissance  musculaire  chez  des  animaux  soumis  à  un  certain 
nombre  d’intoxications  par  l’oxygène  comprimé,  l’alcoolisme 
aigu  et  le  curare.  —  M.  Marey  présente  une  note  de  .1/.  Aug. 
Charpentier  sur  la  relation  entre  les  oscillations  rétiniennes  ei 
certains  phénomènes  entoptiques.  Cette  note  complémentaire 
des  précédentes  du  même  auteur  sur  le  même  sujet  explique 
comment  les  surfaces  blanches  soumises  à  un  mouvement  de 
rotation  déterminé  colorent  uniformément  en  violet  pourpre. 
Cette  coloration  serait  la  vision  entoptique  du  pourpre  rétinien. 
—  M.  Bouchard  présente  une  note  de  M.  G.  Colin  dont  diverses 


LE  NATURALISTE 


214 


expériences  prouvent,  contrairement  à  l’idée  admise  dans  ces 
derniers  temps,  que  la  chèvre  n’est  pas  réfractaire  a  la  tuber¬ 
culose.  —  M.  Chauveau  présente  une  note  de  M.  Lortet  sur  les 
microbes  pathogènes  des  vases  de  la  mer  Morte.  On  sait  que 
les  eaux  de  ce  lac  ne  renferment  aucun  organisme  vivant,  vé¬ 
gétal  ou  animal.  Mais  les  vases  du  fond  diluées  convenable¬ 
ment  et  ensemencées  dans  des  milieux  nutritifs  ont  produit 
deux  micro-organismes  très  reconnaissables,  celui  de  la  gan¬ 
grène  gazeuse  et' celui' du  tétanos,  qui  avaient  résisté  au  con¬ 
tact  de  ces  énormes  masses  d’eau  chargées  cependant  de  sels 
nocifs  en  quantité*  considérable.  —  M.  de  Lacàzé-Diithiers  pré¬ 
sente  une  note  de  M.  P.  Marchai  sur  l’appareil  excréteur  des 
Caridies  et  la  sécrétion  rénale  des  Crustacés.  L’auteur  signale 
les  variations  qui  se  présentent  dans  les  diverses  parties  de  cet 
appareil  chez  la  Nika  edulis,  Alpheus  ruber,  Candina.  Desma- 
restii.  —  M.'  de  laeaze-Dulhiérs  présente  une  note  de  M.  b. 
Saint-Remy  sur  le  système  nerveux  des  Monocotylides.  Les 
observations  de  l'auteur  ont  porté  sur  deux  types  :  Pseudo- 
cotyle  squatlnœ..  et  Microbothrium  apiculatum  ;  elles  montrent 
que  ce  système  nerveux  est  construit  sur  le  même  plan  que 
celui  des  Tristomides  avec  une  complication  plus  grande  bien 
qu’inattendue.  —  M:  Duchartre  présente  une  note  de 
1/1/  Kilnckel  d’Herculais  et  Frédéric  Saliba  sur  le  Rhizœcus 
faicifer  (Künck.)  Cette  cochenille  hypogée  fut  découverte  en 
1878  par  M.  Kiinckel  dans  les  serres  du  Muséum.  Sa  présence 
plusieurs  fois  signalée  depuis  dans  diverses  localités  vient 
d’ètre  de  nouveau  constatée  par  M.  Saliba  en  Algérie  où  elle 
cause  le  dépérissement  du  cep  dans  certains  vignobles.  Cette 
découverte  soulève  plusieurs  questions  :  1°  Celle  de  connaître 
la.  plante  type  sur  laquelle  se  développait  originairement 
cette  cochenille  avant  ses  diverses  adaptations  et  ses  migra¬ 
tions;  2°  cette  cochenille  est-ello  le  parasite  de  la  vigne 
signalé  depuis  l’antiquité  par  Strabon.  Les  auteurs  optent  pour 
l’affirmative.  —  M.  Duchartre  présente  une  note  de  M.  Gêneau 
de  Lamarlière  sur  l’assimilation  spécifique  dans  les  Ombelli- 
feres.  Des  expériences  de  l’auteur,  il  résulte  que  des  plantes 
de  la  même  famille  et  même  appartenant  à  des  espèces  très 
voisines  peuvent  ne  pas  absorber  l’acide  carbonique  de  l’at- 
mosphère  avec  la  même  intensité  pour  une  même  surface. 
Ainsi  les  Ombeliifères  k  feuilles  très  découpées  assimilent  plus 
que  les  Ombeliifères  à  feuilles  entières  ou  peu  découpées,  ce 
qui  s’explique  par  la  disposition  en  plusieurs  assises  du  tissu 
palissadique  chez  les  premières.  —  M.  Duchartre  présente  une 
note  de  M.  G.  Poiraull  sur  les  tubes  criblés  des  Filicmées  et 
des  Equisétinées.  Dans  ces  familles,  on  trouve  les  deux  types 
de  tubes  des  Phanérogames,  soit  à  cloisons  terminales  à  un 
seul  crible,  soit  à  cloisons  obliques  portant  un  nombre  plus  ou 
moins  grand  de  cribles.  Contrairement  à  l’assertion  de  M.  de 
Janezewski,  on  trouve  un  cal  dans  toutes  les  Fougères  et  les 
Equisétacées.  Les  Ophioglossées  font  seules  exception. 

Séance  du  3  août.  —  M.  de  Lacaze-Duthiers  présente  une 
note  de  M.  Yves  Delage  sur  le  développement  des  Eponges.  Il 
résulte  des  recherches  de  l’auteur  que  l’ectoderme  se  forme  aux 
dépens  de  cellules  primitivement  intérieures.  Quant  aux  cel¬ 
lules  ciliées,  elles  passent  à  l’intérieur,  sont  capturées  par  des 
cellules  amœboïdes  mésodermiques  et  sont  libérées  ensuite 
pour  former  les  corbeilles  et  les  canaux.  —  M.  Giard  adresse 
une  note  sur  l’Isaria  densa,  parasite  du  Ver  blanc,  en  réponse 
à  la  dernière  communication  de  MM.  Prillieux  et  Delacroix,  et 
résume  une  série  de  questions  qu’il  avait  résolues  dans  des 
publications  antérieures.  Il  revendique  la  priorité  et  accepte  la 
responsabilité  de  tout  ce  qu’il  a  dit  relativement  à  la  destruc¬ 
tion  du  Ver  blanc  par  l’Isaria.  —  M.  Blanchard  présente  une 
note  de  M.  Le  Moult  sur  le  parasite  du  hanneton.  Il  rend 
compte  des  succès  qu’il  obtient  pour  la  production  artificielle 
de.  la  semence  de  la  Muscardine.  D’après  l’auteur,  il  se  déve¬ 
lopperait  deux  appareils  fructifères  bien  différents,  quoique 
produisant  des  spores  identiques.  —  M.  Chauveau  présente  une 
note  de  M.  Ch.  Cornevin  sur  l’action  de  poisons,  sur  la  germi¬ 
nation  des  graines  des  végétaux  dont  ils  proviennent;  tantôt 
elle  entrave  la  germination,  par  exemple  la  nicotine,  tantôt  elle 
la  favorise,  exemple  l’opium.  —  M.  Chauveau  présente  une  note 
de  M.  Lober l  sur  la  résistance  du  virus  rabique  à  l’action  du 
froid  prolongé.  Un  lapin  ayant  succombé  à  la  rage  fut  soumis 
pendant  10  mois  à  une  température  variant  entre  — 10  et  —  20°. 
Après  ce  temps,  l’auteur  put  avec  le  bulbe  de  cet  animal  ino¬ 
culer  avec  succès  d’autres  lapins. 

A.  E.  Malard. 


BIBLIOGRAPHIE 


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Ber.  Deutsch.  Bot.  Ges.  1891,  pp.  91-99. 

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X Journ.  of  Bot.  1S91,  pp.  97-106. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


PARIS,  —  1MPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13”  ANNÉE 


2°  Série  —  l  O 


SEPTEMBRE  1891 


LES  TIMBRES-POSTE  ZOOLOGIQUES 

On  sait  combien  le  goût  de  collections  des  timbres-  i 
poste  a  pris  d’extension  depuis  une  trentaine  d’années,  j 
Si  la  timbromanie  est  une  passion  peu  dangereuse  pour 
les  gens  qui  en  sont  épris,  il  faut  reconnaître  qu’elle  est 
instructive  pour  les  enfants  auxquels  elle  apprend  l’his¬ 
toire  et  la  géographie  :  les  timbres-poste,  en  effet,  leur 
enseignent,  par  les  effigies  qu’ils  représentent,  la  suc¬ 
cession  des  règnes  dans  l’histoire  contemporaine  et,  par  J 
les  divers  timbres  en  usage  dans  les  colonies,  on  peut 
facilement  apprendre  à  quelle  puissance  ces  colonies 
appartiennent.  Mais  certains  timbres-poste  peuvent 
encore  fournir  des  notions  de  zoologie  :  Ce  sont  ceux 
qui  représentent  des  animaux  spéciaux  à  certaines  con¬ 
trées.  Nous  avons  fait,  à  ce  sujet,  quelques  recherches  J 
que  nous  résumons  dans  cette  notice. 

Nous  ne  parlerons  pas  des  timbres  sur  lesquels  sont 
figurés  des  animaux  qui  ne  sont  que  les  armes  d’un  paÿs  : 
tels  que  ceux  du  Mexique  émis  en  1864  et  représentant 
un  aigle  dévorant  un  serpent  sur  un  nopal. 

Le  Canada  a  eu,  le  premier,  l’idée  de  figurer  sur  ses  | 


Fig.  I.  —  Timbre  du  Canada  représentant  un  castor  i,l  . 

timbres  le  Castor,  dont  la  peau  constitue  pour  ce  pays 
une  branche  importante  de  commerce.  C’est  en  1861  que 
fut  émis  un  timbre  de  la  valeur  de  3  pence  représentant 
un  Castor  (fig.  1.) 

En  1854  une  colonie  anglaise,  l’australie  occidentale, 
adopta  comme  type  de  sa  première  émission  de  timbres- 
poste  le  Cygne  noir  ( Chenopsis  atralus ).  On  sait  que  cet 


Fig.  2.  — Cygne  noir  d  Australie  Chenopsis  airains  . 
oiseau,  commun  sur  tous  les  lacs  et  rivières  d’Océanie, 
était  si  abondant  dans  cette  partie  de  l’Australie  que  les 
Anglais  nommèrent  cette  colonie  Black  s wan  Hiver 
(Rivière  des  Cygnes  noirs).  Malheureusement  on  fail 
à  ces  oiseaux  une  guerre  sans  pitié  :  «  on  enlève  leurs 
œufs,  on  les  poursuit  pendant  la  mue,  époque  à  laquelle 

(1)  Les  clichés  de  timbres-poste,  que  nous  figurons  ci- 
contre,  nous  ont  été  obligeamment  prêtés  par  M.  Arthur 
Maury,  le  négociant  en  timbres-poste  bien  connu  des  collec¬ 
tionneurs. 

LE  XATURALISTE,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


ils  sont  incapables  de  voler,  on  les  tue  pour  le  plaisir 
de  les  tuer.  Gould  raconte  que  les  canots  d’un  baleinier 
remontèrent  un  fleuve  et  revinrent  remplis  jusqu’au 
bord  des  cadavres  de  Cygnes  noirs.  L’arrivée  des  Euro- 


Fig.  3.  —  Timbre  d'Australie  occidentale  avec  le  Cygne  noir. 

péens  a  été  la  perte  de  ces  oiseaux;  partout  où  fisse 
sont  établis,  ceux-ci  ont  dû  disparaître.  Aujourd’hui  déjà 
les  Cygnes  noirs  sont  complètement  détruits  dans  des 
endroits  où  on  les  trouvait  autrefois  par  milliers  et  nous 
ne  pouvons  espérer  malheureusement  de  voir  la  fin  de 
cette  destruction.  »  (Brehm.)  Depuis  1854,  tous  les  dif¬ 
férents  timbres-poste  de  l’Australie  Occidentale  repré¬ 
sentent  le  Cygne  noir  (fig.  2,  3). 

Une  autre  colonie  anglaise ,  celle  de  Terre-Neuve 
(Neiofoundland), suivit  en  1866  l’exemple  des  deux  précé¬ 
dentes  en  émettant  ;  1°  un  timbre  de  la  valeur  de  2  cents 


Fig.  1.  —  Timbre  de  Terre-Neuve,  montrant  une  morue. 
Fig.  5.  —  Timbre  de  Terre-Neuve  avec  un  phoque. 


représentant  la  Morue  (fig.  4),  dont  la  pêche  constitue 
une  source  de  richesse  pour  ce  pays  ;  2°  un  timbre  de 


Fig.  6.  —  Tête  du  chien  do  Terre-Neuve  représentée  sur  le 
timbre-poste  de  Terre-Neuve. 


5  cents  figurant  un  Phoque  (fig.  5),  ce  malheureux  car¬ 
nassier,  objet  d’une  chasse  sans  merci  qui  amènera 
dans  ces  contrées  sa  disparition,  comme  celle  du  Cygne 


LE  NATURALISTE 


216 


noir  en  Australie;  3°  en  1887  un  timbre  de  1/2  cent  re¬ 
présentant  le  Chien  de  Terre-Neuve  (fig.  G.  7). 


Fig.  7.  —  Timbre  de  Terre-Neuve. 


En  1866,1e  gouvernement  du  Pérou  créait  des  tim¬ 
bres  figurant  le  Lama  ( Lama  Peruviana)  (fig.  6)  ;  c’était 
un  hommage  bien  mérité  rendu  à  ce  Ruminant/si  pré¬ 


cieux  à  plus  d’un  titre.  Le  Lama  était  la  seule  bête 
employée  par  les  habitants  de  Pérou  lors  de  la  dé¬ 
couverte  de  l’Amérique  et  cet  ani¬ 
mal  n’y  existait  déjà  plus  à  l’état 
sauvage;  de  Humboldt  pense  que 
ceux  qu’on  rencontre  à  l’état  de  li¬ 
berté  dansles  gorges  des  Cordillières 
ne  sont  que  des  descendants  d’in¬ 
dividus  soumis.  Les  timbres-poste 
de  1866  lurent  remplacés  en  1874 
par  un  timbre-taxe  plus  élégant,  sur 
lequel  figure  également  '  le  Lama 
(fig.  8,  9). 

La  République  de  Guatemala  adopta  en  1879  des  tim¬ 
bres  représentant  le  Quelzal  ou  Trogon  resplendissant 
Phavomacrus  resplendens.  Nous  avons  publié  une  note 
relative  à  cet  oiseau  dans  le  Naturaliste  (n°  104,  1er  juil¬ 
let  1891). 

En  1883  la  colonie  anglaise  dei  Vân-diemen  ou.  Tas¬ 
manie  émettait  des  timbres  fiscaux,  employés  également 
pour  la  poste,  et  qui  représentaient  YOrnithorhynquc 
paradoxal  (fig.  10).  Cet  animal  si  bizarre  ne  se  rencontre, 
en  effet,  que  dans  cette  contrée  et  restera  un  des  types 
les  plus  curieux  à  étudier  pour  le  naturaliste.  Jules 


Fig.  9.  —  Timbre 
du  Pérou  repré¬ 
sentant  le  Lama. 


Yerreaux,  qui  a  observé  ce  Monotrème  en  Tasmanie,  a 
dit  à  son  sujet  :  «  Son  organisation 
extérieure  le  rapprocherait  en  quel¬ 
que  sorte  delà  Taupe  parle  corps, 
du  Castor  par  la  queue  et  du  Ca¬ 
nard  parle  bec;  par  son  organi¬ 
sation  intérieure,  il  ressemble  à 
certains  reptiles  et  paraîtrait  for¬ 
mer  un  chaînon  entre  les  Mammi¬ 
fères  et  les  Sauriens.  » 

Enfin  une  autre  colonie  anglaise 
d’Australie,  la  Nouvelle-Galles  du 
Sud,  a  imité  l’exemple  de  la  Tasmanie  et,  pour  célébrer 
en  1888  le  centenaire  de  sa  fondation,  a  émis  les  trois 
timbres  suivants  : 

l°Un  timbre  de  2  pence  (flg.  U;  12)  représentant  l’Emou, 
cet  oiseau  gigantesque  qui  remplace  l’Autruche  en  Aus¬ 


tralie,  et  qui,  sans  cesse  persécuté  par  les  Européens, 
disparaîtra  dans  un  avenir  prochain  de  cette  colonie  où 
il  n’en  restera  d’autre  souvenir  que  son  image  sur  un 
timbre-poste  ! 

2°  Un  timbre  de  8  pence  (fig.  13,  14)  montrant  1a.  Lyre 


Fig.  13.  —  L’oiseau  Lyre. 


Fig.  10. —  Timbre  de 
Tasmanie  ,  mon¬ 
trant  l’Ornitho- 
rhynque. 


LE  NATURALISTE 


217 


(Menura  lyra),  encore  un  oiseau  qui  devient  très  rare  et 
qui  sera  prochainement  éteint,  vu  la  chasse  dont  il  est 
toujours  l’objet. 

3°  Un  timbre  d’un  shilling  (flg.  13),  représentant  le 
Kanguroo  géant  ( Macropus  giganteus),  qui  habite,  avec 
l’Emou,  les  plaines  de  la  Nouvelle-Galles  du  Sud;  la  chair 
de  ces  animaux,  qui  est  excellente,  et  leur  peau  qui 


Fig.  12,  14,  13.  —  Timbres  de  la  Nouvelle-Galles  du  Sud  re¬ 
présentant  l’Emou,  la  Lyre,  le  Kanguroo  géant. 


fournit  une  fourrure  recherchée  les  exposent  à  une  guerre 
continuelle  :  les  habitants  les  chassent  avec  fureur  et 
dressent  des  chiens  pour  les  combattre,  et  bientôt  peut- 
être  ces  malheureux  Mammifères  subiront  le  sort  de 
l’Emou,  du  Cygne  noir  et  de  la  Lyre. 

Albert  Changer. 


SOCIÉTÉ  PHILOMATIQUE  DE  PARIS 

SECTION  DES  SCIENCES  NATURELLES 


BULLETIN  DU  DEUXIÈME  TRIMESTRE 

Zoologie.  —  M.  Joannes  Ghatin  étudie  le  Fonctionnement 
de  l’aiguillon  dans  l’Heterodera  Schachlii,  anguillule  parasite 
de  la  Betterave.  Chez  la  femelle,  l’aiguillon  se  réduit  beaucoup 
et  ne  sert  qu’à  ponctionner  la  plante;  il  est  puissant,  au  con¬ 
traire,  chez  le  mâle,  où  il  sert  en  outre  à  perforer  les  tissus  de 
la  plante  et  à  creuser  un  chemin  à  leur  intérieur.  —  M.  Ciiatin 
décrit  en  outre  l' Appareil  buccal  des  Phryganes  ;  il  montre 
qu’il  présente  des  affinités  avec  celui  des  Lépidoptères,  et  qu’au 
lieu  d’étre  rudimentaire,  il  présente  toutes  scs  parties  nor¬ 
males,  à  l’exception  des  mandibules.  —  M.  Gaubert  présente 
des  observations  sur  la  structure  des  glandes  venimeuses  des 
Aranéides,  et  établit  notamment  que  leurs  fibres  musculaires 
sont  séparées  de  la  couche  conjonctive  portant  les  cellules 
glandulaires  par  une  couche  de  tissu  conjonctif.  —  M.  Pizon 
expose  le  résultat  de  scs  observations  Sur  la  blastogén'ese  chez 
les  Botryllidés,  Il  confirme  la  blastogénèse  continue  que 
M.  Jourdain  avait  observée  et  il  trouve  que  trois  générations 
sont  ordinairement  représentées  dans  Je  cormier,  mais  que  par¬ 
fois  on  en  observe  quatre, la  plus  ancienne  étant  en  dégénéres¬ 
cence,  la  plus  jeune  ofiï-ant  u,u  seul  diverticule  ectodermique. 
Les  individus  en  dégénérescence  servent  à  l’accroissement  de  la 
tunique  commune,  mais  une  partie  considérable  de  leur  masse, 
passant  par  les  tubes  ectodermiquos  qui  la  mettent  encore  en 
relation  avec  la  génération  suivante,  est  absorbée  par  celle-ci, 
et  par  suite  aussi,  par  celles  qui  en  dérivent  et  qui  peuvent 
s'élever  à  deux.  Avant  la  ponte,  les  individus  adultes  sont  her¬ 
maphrodites;  ils  restent  mâles  après  la  ponte,  puis  ils  de¬ 
viennent  neutres  ;  leur  évolution  est  dès  lors  terminée  et  ils 


Botryllidés, 


a  lion  des  colonies 


>  qu’on  ne  l’a  indiqué  jusqu’à 


dév  données* 
dc\  oioppees, 


ment  dW  bourgeon  sous  forme  d’un  diverticule  endoder¬ 
mique.  Dans  certains  cas,  les  larves  de  cetto  espèce  ne  sortent 
pas  du  cloaque,  mais  y  bourgeonnent,  et  les  individus  ainsi 
formés  s’ajoutent  à  ceux  du  système  auquel  appartient  la 
larve.  —  MM.  A.  Milne-Edwards  et  E.-L.  Bouvier  font  une 


étude  des  Paguriens  du  genre  Canceltus.  Us  établissent  que  ces 
Crustacés  présentent  le  même  mode  d’adaptation  que  le  Pylo- 
cheles,  en  ce  sens  qu’ils  se  logent  dans  la  cavité  des  pierres  et 
qu’ils  en  ferment  l’entrée  avec  leurs  pinces,  dont  la  forme  est 
singulière  ment  modifiée,  mais  ils  insistent  sur  ce  fait  qu’il 


en  réalité  aucune  affinité  directe  entre  les  deux  genres  : 
les  Pylocheles  peuvent  être  considérés  comme  des  macroures, 
voisins  des  Thalamicidés,  qui  ont  acquis  des  caractères  pagu¬ 
riens  en  s'adaptant  à  vivre  dans  les  pierres  creuses;  les  Can- 
cellus,  au  contraire,  sont  des  Paguriens  (voisins  des  Clit/ana- 
riées )  qui  ont  abandonné  les  coquilles  pour  prendre  le  genre 
de  vie,  et  par  conséquent  la  forme  extérieure  des  Pylocheles. 


nvulsifs.  Le  retour  à  la  vie  prul 
110  heures  après  la  submersion,  mais  alors  il 
être  permanent  quand  la  sub¬ 
duré  S0  à  fiO  heures.  —  M.  Contejean  décrit  l 'épi¬ 
thélium  du  poumon  du  Colimaçon,  et  dit  qu’en  hiver,  cet  épi¬ 
thélium  se  compose  de  cellules  plates  à  noyau  central  et  ne 
entient  pas  de  cellules  vibratilcs.  —  Dans  une  autre  communi- 
ation,  le  même  aut  eur  s’occupe  du  temps  nécessaire  pour  faire 
ne  grenouille  salée.  Si  l’on  saigne  une  grenouille  à  blanc  et 
:  on  chasse  le  sang  par  une  injection  intravcinçugi;, d’eau 
salée  à  7.3  /Ô00,  on  trouve  toujours  Quelques  globules  conge¬ 
lé  liquide  qui  s’échappe  d’une  artère  sectionnée.  Le 
calcul  montre  d’ailleurs  qu’il  faut  un  temps  infini  pour  enlever 
,  le  sang  suivant,  cette  méthode.  M.  Contejean  signale  en 
outre  la  tétradactylie  dans  les  membres  postérieurs  du  cobaye 
et  indique  une  méthode  pour  doser  les  peptones  au  moyen 
d’une  solution  au'IOO0  de  permanganate  de  potasse.  —  MM.  Phi- 
salix  et  Contejean  étudient  la  physiologie  des  glandes  à 
venin  de  la  Salamandre  terrestre;  la  sécrétion  de  ces  glandes 
est  duc  à  l’influence  du  système  nerveux.  Les  centres  présidant 
à  leur  fonctionnement  se  trouvent  dans  les  lobes  optiques,  le 
bulbe  et  Taxe  près  de  la  moelle. 

Botanique.  —  M.  Ciiauveàud  signale  l’absence  de  plan  de 
symétrie  chez  les  Asclépiadées .  Chez  les  plantes  de  cette  fa- 
mille,  l’embryon,  complètement  développé,  parait  présenter  un 
plan  de  symétrie  perpendiculaire  à  celui  de  la  graine.  Cet  as¬ 
pect  n’est  en  réalité  qu’une  apparence,  au  moins  dans  certaines 
espèces'.  En  effet,  chez  celles-ci,  l’embryon  est  disposé  au  début 
de  telle  sorte  que  le  plan  de  ses  cotylédons  coïncide  avec  le 


plan  de  symétrie  de  l’ovaire,  mais,  à  mesure  que  les  cotylédons 
s’allongent,  ils  subissent  un  mouvement  de  torsion  qui  a  pour 
effet  do  placer  leur  nouveau  plan  à  43°  du  précèdent.  Ils  s  élar¬ 
gissent  alors,  et  comme  ils  étaient  restés  étroits  et  accoles  l’un 
à  l’autre  dans  leur  portion  tordue,  cette  dernière  parait  être  la 
continuation  de  Taxe,  et  l’embryon  semble  avoir  alors  un  plan 
de  symétrie  dont,  en  réalité,  il  est  complètement  dépourvu. 

Géologie.  —  Dans  une  intéressante  conférence,  M.  Boule 
entretient  la  Société  des  méthodes  et  des  procédés  en  usage 
dans  les  recherches  pétrographiques  ;  il  montre  quels  sont  les 
résultats  déjà  obtenus  en  présentant  et  analysant  divers  tra¬ 
vaux  de  MM.  Fouquê,  Michel  Lévy  et  Lacroix,  Roscmbuch, 
Bertrand. 

L.  B. 


LE  CRIQUET  PÈLERIN 

Acridiurn  peregrinum  01  iv. 

Ses  métamorphoses.  Son  parasite  cryptogame 

J’ai  eu  l’occasion  d’observer  cet  été.  en  Algérie,  des 
quantités  prodigieuses  de  criquets  pèlerins  qui  passaient 
sans  discontinuer  au-dessus  de  Mustapha  et  d’Alger. 
On  était  assailli  lorsqu’on,  sortait  dans  les  rues.  J’ai 
donc  pu  voir  facilement  l’attitude  de  ces  acridiens 
pendant  le  vol. 

Lorsqu’ils  veulent  s’envoler,  ils  se  donnent  un  violent 
élan  à  l’aide  de  leurs  pattes  de  la  troisième  paire  qu’ils 
détendent  comme  un  ressort  et  qui  restent  pendantes 
durant  quelques  instants.  Si  l’insecte  veut  continuer  son 
vol  et  monter  davantage,  il  replie  les  jambes  sur  les 
cuisses  de  la  troisième  paire  de  façon  à  ce  qu’elles  soient 
parallèles  à  l’abdomen.  Les  pal  tes  des  deuxième  ettroi- 


218 


LE  NATURALISTE 


sième  paires  se  relèvent  et  s-'appliquemt  contre  le  tho- , 
rax,  la  jambe  repliée  contre  la  cuisse.  Les  antennes 
sont  dirigées  en  avant.  Si  l’insecte  veut  se  poser,  il 
laisse  pendre  toutes  ses  pattes  et  relève  ses  ailes,  se 
laissant  alors  soutenir  dans  l’air  à  la  façon  d’un  para¬ 
chute.  M.  Poujade,  qui  a  étudié  l’attitude  de  divers 
insectes  pendant  le  vol,  a  représenté  une  Locuste  verte, 
au  vol,  ayant  les  pattes  pendantes.  Peut-être  cet  insecte 
replie-t-il  ses  pattes  comme  le  font  les  cifquets  pèlerins 
quand  il  veut  se  soutenir  quelque  temps  dans  l’air. 

J'ai  observé  l’accouplement  et  la  ponte  des  criquets 
pèlerins.  Pour  les  criquets  d’un  même  vol  l’accouple¬ 
ment  a  lieu  pendant  plus  de  huit  jours  consécutifs,  c’est- 
à-dire  que  tous  ne  s’accouplent  pas  le  même  jour.  Il  en 
résulte  que  les  éclosions  se  font  dans  le  même  rapport. 
Ils  ne  s’envolent  pas  lorsqu’on  s’approche,  ils  sautillent 
et  même  la  plupart  du  temps,  le  mâle  reste  cramponné 
sur  sa  femelle.  Si  on  les  observe  sans  les  effrayer,  on 
voit  que,  pendant  l’accouplement,  le  mâle  redresse  par 
moment  ses  pattes  de  la  troisième  paire  et  frémit  vérita¬ 
blement  de  jouissance.  La  femelle  agite  aussi  ses  pattes 
postérieures,  tandis  que  le  mâle  lui  chàtouille  en  quel¬ 
que  sorte  les  côtés  du  thorax  avec  ses  deux  paires  de 
pattes  antérieures.  Il  en  est  de  même  pendant  la  ponte, 
le  mâle  reste  sur  sa  femelle  et  ses  pattes  de  la  troisième 
paire  sont  encore  agitées  fiévreusement,  il  semble  vou¬ 
loir  l’aider  à  accoucher.  La  femelle  enfonce  alors  son 
abdomen  dans  le  sol,  même  dans  les  terrains  les  plus 
durs,  j’en  ai  vu  sur  les  routes  battues  ;  souvent  elle  fait 
des  trous  qu’elle  abandonne  sans  avoir  pondu,  semblant 
ainsi  vouloir  se  rendre  compte  de  la  nature  du  sol. 
L’abdomen  s’enfonce  à  une  profondeur  qui  varie  entre 
o  centimètres  et  8  centimètres.  Jamais  je  n’ai  rencontré 
de  femelle  ayant  enfoncé  son  abdomen  à  une  plus  grande 
profondeur,  bien  qu’on  ait  dit  souvent  le  contraire.  La 
femelle  dépose  au  fond  du  trou  une  sorte  de  bave  qui  se 
solidifie,  bave  légère,  blanchâtre,  ressemblant  à  du  blanc 
d’œuf  battu.  Elle  dépose  ses  œufs  et  les  recouvre  encore 
de  cette  substance  spumeuse.  Les  pontes  ne  sont  pas 
isolées  ;  en  général  les  criquets  se  réunissent  en  certains 
points  qui  peuvent  avoir  ime  superficie  de  plusieurs 
mètres  carrés  ;  là  ils  sont  entassés,  serrés  les  uns  contre 
les  autres  ;  il  y  en  a  même  souvent  trois  ou  quatre  les  uns 
sur  les  autres. 

Ces  grandes  plaques  de  pontes  ne  sont  pas  distantes 
les  unes  des  autres  x  et  lorsqu’on  les  voit  de  loin  on 
croirait  qu’elles  ne  forment  qu’une  seule  et  immense 
plaque  jaune. 

J’ai  observé  en  diverses  localités,  notamment  à  Pales¬ 
tre,  où  l’administrateur  adjoint,  M.  Vecchi,  s’est  mis  gra¬ 
cieusement  à  ma  disposition,  puis  à  Bordj  Bouira  où  le 
maire,  M.  Paoli,  m’a  accompagné  avec  une  grande  com¬ 
plaisance  pendant  une  journée  entière,  j’ai  observé, 
dis-je,  une  moyenne  de  35  pontes  par  décimètre  carré, 
contenant  chacune  de  80  à  90  œufs,  c’est-à-dire  plus  de 
3,000  œufs  par  décimètre  carré  ;  on  peut,  juger  ■  de  ce 
qu’il  peut  y  avoir  d’œufs  dans  des  lieux  où  les  pontés 
recouvrent  une  superlicie  de  plusieurs  centaines  de 
mètres  carrés  ;  trente  millions  d’œufs  dans  cent  mètres 
carrés  ! 

Après  la  ponte,  les  insectes  restent  en  général  anéan¬ 
tis  et  meurent.  M.  Durand  a  constaté  qu’un  dixième 
seulement  des  femelles  meurent  après  la  ponte  ;  les 
survivants,  dit-il,  mâles  et  femelles  prennent  leur  vol 
vers  le  nord  et  disparaissent.  II  en  est  ainsi  lorsque  tout 


se  passe  naturellement,  mais  il  y  a  des  cas  où  ces  acri¬ 
diens  meurent  sans  pouvoir  pondre,  c’est  lorsqu’ils  sont 
atteints  d’une  maladie  cryptogamique;  nous  en  parlerons 
plus  loin. 

Le  sol  où  ont  eu  lieu  les  pontes  est  facile  à  reconnaî¬ 
tre,  même  de  loin  ;  il  est  craquelé,  éclaté,  effrité  ;  en 
outre,  les  trous  de  pontes  sont  surmontés  de  ces  bou¬ 
chons  spumeux  dont  il  a  été  question  plus  haut. 

J’ai  recueilli  des  mottes  de  terre  contenant  des  œufs, 
il  m’a  été  possible  d’assister  à  l’éclosion,  et  ayant  rap¬ 
porté  en  France  près  de  cent  individus  récemment  éclos, 
j’ai  pu  suivre  leurs  métamorphoses  jusqu’à  l’état  adulte, 
en  les  nourrissant  avec  des  salades,  des  feuilles  de 
choux,  etc. 

Les  œufs,  cylindriques,  sont  longs  de  sept  à  dix  milli¬ 
mètres  au  moment  de  laponte,  sur  un  à  deux  millimètres 
de  diamètre.  Ils  sont  disposés  un  peu  obliquement  dans 
le  trou  de  ponte.  Leur  couleur  est  d'un  gris  brunâtre  et 
leur  surface  est  recouverte  de  petits  linéaments  blan¬ 
châtres  qui  ne  sont  autre  chose  que  des  dépôts  de  la 
substance  spumeuse  sécrétée  par  la  femelle. 

J’ai  suivi,  dans  leur  développement,  des  criquets  pèle¬ 
rins  qui  se  sont  abattus  le  15  mai  1891  à  Birmandreis, 
dans  un  champ  planté  en  choux-fleurs  dépendant  de  la’ 
propriété  de  M.  Bigle.  Ils  dévorèrent  tout  immédiate¬ 
ment,  à  tel  point  qu'il  ne  restait  que  les  tiges  de  ces 
plantes.  Le  lendemain,  16  mai,  l’accouplement  com¬ 
mença,  et  le  17  mai  eurent  lieu  les  premières  pontes. 

On  laboura  une  partie  du  champ  pour  empêcher  les 
éclosions,  mais  on  réserva  des  champs  d’expérience  en¬ 
tourés  de  lames  de  zinc  de  1  mètre  de  hauteur  que 
M.  Henri  Paul,  préfet  d’Alger,  mit  gracieusement  à  ma 
disposition,  pour  mes  essais  sur  les  cryptogames  para¬ 
sites. 

Le  3  juin,  c’est-à-dire  au  bout  de  19  jours,  eurent  lieu 
les  premières  éclosions,  qui  se  succédèrent  sans  inter¬ 
ruption  pendant  dix  jours;  mais  dans  les  lieux  labourés, 
les  éclosions  n’eurent  pas  lieu,  ou  furent  retardées 
de  deux  ou  trois  jours,  là  où  les  mottes  de  teTre 
n’avaient  pas  été  suffisamment  divisées.  J’avais  fait  tas¬ 
ser  le  sol  en  certains  points,  espérant  empêcher  les  éclo¬ 
sions,  mais  cela  ne  fit  que  les  retarder  d’une  huitaine  de 
jours.  Sous  des  cloches  en  toile  métallique  de 
25  centimètres  de  diamètre,  placées  sur  des  lieux  de 
pontes,  sortirent  des  centaines  de  diptères,  déjà  signalés 
par  M.Künckel,  comme  vivant  à  l’état  larvaire  aux  dépens 
des  œufs  des  criquets  (Sarcophaga  clathrata).  Au  moment 
de  l’éclosion  si  l’on  examine  les  œufs,  on  constate  qu’ils 
semblent  plus  gros  qu’ils  n’étaient  au'  moment  de  la 
ponte;  ils  ont  de  10  à  12  millimètres  de  long  sur  3  milli¬ 
mètres  de  diamètre.  On  voit  déjà  deux  points  noirs  qui 
indiquent  l’emplacement  des  yeux. 

A  un  moment  donné,  la  membrane  de  l’œuf  s’ouvre  à 
l’extrémité  supérieure  et  l’on  voit  apparaître,  non  pas  la 
tête,  mais  la  partie  antérieure  et  dorsale  du  prothorax. 
La  jeune  larve,  après  des  efforts  répétés,  sort  sa  tête, 
puis  ses  pattes  antérieures,  l’abdomen,  les  autres  pattes 
auxquelles  reste  souvent  accrochée  une  membrane  pel- 
lucide.  En  effet  la  larve  vient  de  sortir  de  l'œuf  et  d’opé¬ 
rer  la  première  mue.  M.  Künckel  a  signalé  ce  dernier  faii 
en  avril  dernier  à  une  séance  de  la  Société  d’agriculture 
d’Alger,  et  à  la  suite  de  sa  communication,  j’ai  fait 
observer  que  déjà  en  1881  j’avais  appelé  l’attention  sur 
un  fait  de  même  ordre.  Ayant  rapporté  d’Alger  en 
avril  1881  des  oothèques  de  mantes,  j’avais  assisté  à  leur 


LE  NATURALISTE 


-219 


éclosion,  et  j’avais  remarqué  que  la  première  mue  s’opé¬ 
rait  immédiatement  au  moment  de  l’éclosion.  (Voir  C.  H. 
Acad.  Sc.  et  Ann.  Soc.  Entom.  Fr.)  Voilà  donc  la  pre¬ 
mière  mue  qui  vient  de  se  produire  ;  le  jeune  Acridien  est 
à  son  second  état;  le  premier  état  n’a  duré  que  quelques 
instants  pendant  le  temps  qu’il  a  mis  à  sortir  de  l’œuf  et 
à  opérer  la  première  mue.  L’éclosion  se  fait  générale¬ 
ment  pendant  là  nuit  ou  aux  premières  lueurs  du  soleil. 
Le  jeune  criquet  est  de  couleur  vert  d’eau  ;  il  brunit 
petit  à  petit  et  devient  noir  au  bout  de  douze  heures  en¬ 
viron. 

Six  jours  après  il  change  de  peau  pour  la  seconde  fois. 
Celte  seconde  mue  est  celle  quia  été  regardée  en  géné¬ 
ral  comme  la  première  parce  qu’on  négligeait  de  comp¬ 
ter  celle  qui  se  fait  au  sortir  de  l’œuf.  De  noir  qu’il  était, 
le  jeune  criquet  devient  noir  avec  des  bandes  blanches 
sur  les  anneaux  thoraciques,  des  points  blancs  sur  le 
dessus  de  l’abdomen  et  une  ligne  rosée  sur  Içs  côtés  de 
l’abdomen  où  s’ouvrent  les  stigmates. 

C’est  généralement  au  bout  de  six  à  huit  jours  que  la 
troisième  mue  s’opérera.  La  teinte  générale  est  la  même, 
mais  le  rose  s'accentue;  la  tête  devient  brune  de  noire 
qu'elle  était.  Huit  jours  s’écoulent,  la  quatrième  mue  se 
produit,  le  criquet  long  déjà  de  35  millimètres  change 
tout  à  fait  de  couleur,  les  taches  sont  les  mêmes  mais  au 
blanc  et  au  rose  fait  place  une  couleur  jaune  citron;  la 
ligne  des  stigmates  est  marquée  de  blanc.  Enfin  l’in¬ 
secte  a  les  premiers  rudiments  des  ailes.  Il  est  extrême¬ 
ment  actif  et  dévore  tout  ce  qu’il  trouve.  Il  lui  faut  une 
dizaine  de  jours  pour  arriver  à  opérer  la  cinquième 
mue;  l’insecte  a  une  longueur  de  40  millimètres;  les 
teintes  jaunes  deviennent  plus  vives  ou  bien  font  place  à 
des  tons  rougeâtres.  Le  prothorax  offre  un  pointillé 
jaune  fort  remarquable,  l’insecte  mange  beaucoup  et  son 
abdomen  s’allonge  notablement.  Quinze  ou  vingt  jours 
après,  la  sixième  mue  a  lieu;  l’insecte  s’accroche  par  les 
pattes,  la  tète  en  bas  et  quitte  sa  dépouille,  il  est  adulte. 
De  ses  moignons  d’ailes  longs  de  10  à.  12  millimètres 
sortent  des  ailes  plissées  d’abord,  mais  qui  sont  bientôt 
longues  de  50  millimètres. 

Les  criquets  qui  se  sont  abattus  sur  les  environs  d’Al¬ 
ger  cet  été  étaient,  les  mâles,  d’un  jaune  brillant  uni¬ 
forme  avec  des  taches  brunâtres  sur  les  ailes,  les  fe¬ 
melles  moins  jaunes,  plus  brunâtres,  quelquefois 
grisâtres  même,  avec  le  dessous  de  l’abdomen  et  du  tho¬ 
rax  d'une  teinte  plombée. 

Mais  les  criquets  auxquels  ils  ont  donné  naissancè, 
ceux  que  j’ai  suivis  dans  leurs  métamorphoses  sont 
d’une  tout  autre  couleur.  Ils  ne  sont  pas  jaunes,  mais 
roses,  bleutés  et  noirs.  Seul  le  prothorax  offre  quelques 
points  jaunes. 

J’ai  reçu  tout  récemment  d'Alger  plusieurs  exemplaires 
de  criquets  adultes,  de  la  même  génération,  et  qui  ont 
les  mêmes  couleurs  que  les  miens. 

Dans  l’ouvrage  de  Brehm  sur  les  Insectes,  M.  Küuckel 
cite  une  note  de  M.  Ilauvel  (1878)  sur  les  Acridiens,  qui 
signale  cette  teinte  rose  violacée,  sans  toutefois  y  atta¬ 
cher  d’importance. 

La  tête  en  avant,  les  antennes,  les  yeux,  sont  bruns; 
la  tète  est  grise  sur  les  côtés  ;  le  prothorax  est  noir  sur 
les  côtés,  rougeâtre  ou  noirâtre  au-dessus,  parsemé  de 
points  blancs  ou  jaunes.  Le  mésothorax  et  le  métathorax 
sont  brunâtres,  l’abdomen  est  gris  rosé  avec  des  bandes 
brunes.  Les  pattes  sont  d’un  rose  vif,  les  ailes  sont  roses, 
bleutées,  marquées  de  taches  de  pigment  noir. 


M.  J.  Kiinckel  d’Hercuiais  a  signalé,  le  2  février  der¬ 
nier,  à  l’Académie,  des  Criquets  pèlerins  qu’il  avait 
reçus  de  l’Extrême-Sud  de  l'Algérie  et  chez  lesquels  les 
colorations  jaunes  étaient  également  remplacées  par 
«  de  belles  nuances  rouge  carminé  très  foncé,  passant  au 
rose  sur  les  ailes  inférieures  et  les  pattes  ».  Ces  indi¬ 
vidus  étaient  donc  plus  foncés  que  ceux  que  j’ai  élevés. 

«  A  quoi  tient  cette  différence  de  coloration  des  pig¬ 
ments?  dit  M.  Kiinckel;  les  générations  qui  se  déve¬ 
loppent  dans  les  régions  septentrionales,  par  rapport  à 
l’habitat  normal,  y  perdent-elles  leur  teinte  primitive?  » 
Les  criquets  jaunes  produisent-ils  des  criquets  roses,  et 
réciproquement?  Il  semblerait  plutôt  que  les  criquets 
changent  de  couleur  pendant  la  durée  de  leur  existence; 
le  pigment  jaune  envahirait  peu  à  peu  toutes  les  parties 
du  corps,  de  sorte  que  les  criquets  jaunes  seraient  ceux 
qui  ont  voyagé,  les  criquets  roses,  ceux  qui  viennent  de 
muer,  Il  y  aurait  là.  ce  me  semble,  une  constatation 
intéressante,  qui  aurait  une  portée  pratique,  car  les  cri¬ 
quets  roses  étant  ceux  qui  viennent  de  muer,  là  où  l’on 
en  trouverait,  on  serait  bien  près  de  leur  point  d’ori¬ 
gine,  et  ce  serait  là  qu’il  faudrait  les  combattre  princi¬ 
palement. 

Or,  quels  sont  les  moyens  de  les  combattre  ? 

Tous  sont  ruineux. 

Lorsque  les  criquets  arrivent,  les  propriétaires  des 
champs  sur  lesquels  ils  veulent  descendre  allument 
des  feux,  espérant  que  la  fumée  écartera  ces  ravageurs; 
il  n’en  est  rien.  On  fait  du  bruit  en  tapant  sur  des 
casseroles  ou  autres  ustensiles  ;  cela  les  chasse  évi¬ 
demment,  mais  de  cette  façon,  on  se  contente  de  les 
faire  passer  chez  le  voisin.  Le  mieux  est  de  les  laisser 
pondre  et  de  détruire  les  œufs  en  labourant  après  la 
ponte.  Mais,  pour  que  ce  moyen  puisse  réussir,  il  faut 
consciencieusement  émietter  les  mottes  de  terre,  sinon 
l'éclosion  est  simplement  un  peu  retardée,.  Encore  ne 
peut-on  labourer  partout.  Tasser  la  terre  est  un  moyen 
nuisible  aux  culturesdans  la  plupart  des  cas;  d’ailleurs, 
nos  essais  ont  montré  que  cela  ne  faisait  que  retarder 
l’éclosion  de  huit  jours. 

Le  moyen  le  plus  sûr  jusqu’ici  est  celui  qui  consiste 
à  arrêter  les  jeunes  criquets  dans  leur  marche,  au  moyen 
des  appareils  cypriotes,  c’est-à-dire  de  bandes  de  toile 
bordées  en  haut  par  de  la  toile  cirée,  et  maintenues  par 
des  piquets.  On  dirige  alors  les  criquets  de  façon  à  ce 
qu’ils  tombent  dans  des  fpsses  profondes  creusées  régu¬ 
lièrement  et  bordées  de  lames  de  zinc  pour  les  empêcher 
de  remonter.  I.orque  les  fosses  sont  pleines,  on  les 
comble  en  les  désinfectant,  ou  bien  on  porte  leur  con¬ 
tenu  dans  une  grande  fosse  commune. 

Mais  ces  fosses  provisoires  ne  sont  pas  commodes,  et 
M.  Rolland,  administrateur-adjoint  de  la  commujie  d’Ain- 
Bessem,  m’a  montré,  lorsque  j’ai  visité  ses  chantiers, 
l’appareil  qu’il  a  imaginé  pour  remplacer  les  petites 
fosses;  c’est  ce  qu’il  appelle  des  fosses  mobiles,  sortes 
d’entonnoirs  en  toile  qui  font  corps  avec  l'appareil  en 
toile  (appareil  cypriote).  Lorsque  ces  grandes  poches 
sont  remplies  de  criquets,  qui  y  sont  tombés,  on  les 
vide  par  le  fond  dans  des  sacs  dont  on  va  déverser  le 
contenu  dans  de  grandes  fosses  communes.  On  écono¬ 
mise  ainsi  de  la  peine  eL  du  temps. 

M.  Holland  mérite  donc  tous  les  éloges,  et  nous 
souhaitons  que  M.  le  ministre  de  l’agriculture  lui  sache 
gré  du  dévouement  qu’il  a  montré  pendant  cette  cam¬ 
pagne  contre  les  criquets,  sous  les  ordres  de  M.  l’adrni- 


LE  NATURALISTE 


nistrateur  Michaud.  Je  suis  heureux  de  témoigner  à  ces 
zélés  fonctionnaires  toute  ma  reconnaissance  |  pour  la 
façon  dont  ils  m’ont  reçu  ce  printemps. 

Quelquefois,  au  lieu  de  l’appareil  en  toile,  on  emploie 
des  lames  de  zinc  que  l’on  fixe  au  moyen  de  pieux  spé¬ 
ciaux  en  fer.  On  peut,  par  ce  moyen,  diriger  les  tout 
jeunes  criquets  vers  les  fosses;  mais  le  zinc  a  l’incon¬ 
vénient  de  s’oxyder,  et  les  criquets  peuvent  grimper  sur 
les  parois. 

Charles  Broncniaut. 

(A  suivre.) 


un  certain  nombre  de  faits  qui  montrent  que  les  plantes  para¬ 
sites  telles  que  le  Gui,  la  Cuscute,  le  * 
produits  qui  n’existent 
C’est  une  preuve 

mt  une  nourriture  déjà  élaborée  et  spéciale, 
en  outre  à  une  élaboration  nouvelle  et  complémentaire 
part  certains  principes  déjà  existants  et 
i  d’autre  part  des  : 


que  si  ces  plantes  parasites 


LE  RAPHIA  RUFFIA  Mart. 


SOCIÉTÉ  BOTANIQUE  DE  FRANCE 


M.  Godfrin  estime  que  l 'Urocystis  primulicolà  Magnus  est 
plus  répandue  qu’on  ne  le  croit  généralement,  parce  qu’elle 


propos 


a  1  intérieur  de  l’ovaire  des  Primula  et  que  ses  spor 
ées  par  le  calice  persistant.  Des  renseignements  sur 
la  distribution  géographique  de  1  ’Urocystisviolæ  de  Waldh.  sont 
fournis  par  M.  E.  Roze.  —  M.  A.  Dangeard  signale  une  Ustila- 
ginée  vivant  sur  les  Glaucium  du  Jardin  Botanique  de  Caen.  II 
désigne  cette  espèce  qui  lui  semble  nouvelle  sous  le  nom  d’En- 
tyloma  Glaucii.  —  Le  Silene  nemoralis AValdst.  et  Ivit..  une  plante 
d'Allemagne,  d’Autriche-Hongrie  et  de  Serbie  a  été  trouvée 
pour  la  première  fois  en  France  par  M.  l'abbé  H.  Coste.  C’est 
dans  l’Aveyron,  sur  les  rochers  de  Lar/ar  aux  environs  de 
Tournemire  que  cette  espèce  a  été  observée.  —  M.  G.  Rouy 
décrit  une  espèce  nouvelle  pour  la  Flore  Espagnole.  L’asperula 
bœtica  qu’il  place  dans  la  section  j'richogaliopsis  Lange.  A 
de  la  publication  des  Planta’  Europeæ  le  même  auteur 
n  certain  nombre  d’additions  et  de  rectifications  se 
rapportant  principalement  à  la  distribution  géographique  des 
plantes.  —  M.  G.  Camus  a  trouvé  à  Ivry  près  des  fortifications 
le  Cirsmm  pulchrum,  forme  nouvelle  qui  lui  parait  être  un  hv- 
bride  de  Circium  lanceolatum  +  Cirsium  arvense  Dans  une  se¬ 
conde  note,  M.  (i.  Camus  étudie  le  G.  Cirsium  dans  les  limites 
de  lu  flore  des  environs  de  Paris.  Il  signale  plusieurs  hybrides 
nouveaux  ce  qui  porte  à  huit  espèces  et  à  huit  hybrides  le 
nombre  des  formes  constituant  le  G.  Cirsium  dans  les  environs 
de  Pans.  L’auteur  ajoute  un  tableau  qui  permet  la  détermina¬ 
tion  de  ces  plantes.  —  M.  A.  Chatin  communique  une  notice 
sur  J.  Clarion  qui  fut  professeur  de  Botanique  à  l'Ecole  de 
Pharmacie  de  Paris  de  1819  à  1844.  -  A  propos  de  la  chute 
de  neige  du  19  janvier  1891,  qui  a  recouvert  le  sol  d’Alger 
pendant  3  jours,  M.  J.  A.  Baitandier  signale  dans  une  lettre 
à  M.  Malinvaud  que  si  les  plantes  exotiques  ou  sahariennes  cul¬ 
tivées  ont  été  atteintes  par  le  froid,  les  plantes  vraiment  indi- 

. .  1 .  pas  souffert.  —  M.  J.  Vallet  signale  tu  persistant  e 

de  la  vie  chez  un  sapin  après  la  rupture  de" la  lige  près  du  sol. 
L’arbre  cité  est  dans  les  gorges  de  la  Dioraz  près  de  Servez 
(Haute-Sav.oie).  Depuis  sa  rupture  il  a  produit  8G  couches  de 
tronc  a  donc  nu  vivre  pendant  SC  ans  et  vit  encore 
-  Dans  une  classification 
Pli.  Van  Tieghem  rectilic 
proposées  par  les  auteurs  précédents  qui 
s'appuyaient  exclusivement  sur  la  morphologie.  On  doit  dis¬ 
tinguer  deux  groupes  chez  ces  plantes.  Dans  les  unes  le  bois 
secondaire  est  normal  (Mélastomccs),  dans  les  autres  il  ren¬ 
ferme  des  ilôts  de  liber  disposés  en  autant  de  cercles  concen¬ 
triques  (pie  la  tige  compte  d’années  de  végétation  (Méniécy- 
lées).  La  tribu  des  Mélastomées  se  subdivise  ensuite  en  quatre 
sous-tribus  :  la  première  (Dermomyelodesmes)  caractérisée 
par  la  présence  .le  faisceaux  übéro-ligneux  surnuméraires  dans 
la  -moelle  et  dans  l’écorce; 


me  pu  vivre  pe 
seule  feuille. 
itomique  des  Mélastomacées,  M 
classifications 


trième  (Adesme)  en  est  complètement  dépourvue.  La  tribu  dos 
Méncc.ylées  se  subdivise  à  son  tour  eu  deux  sous-tribus  suivant 
le  parenchyme  de  la  feuille  possède  des  scléritos  (Ptcr- 
. On  a  donc  ainsi 


est  dépourvue  (Mouririées). 
Pour  la  répartition  des  gen 


l’auteur  tient 

ît  de  la  forme  de  la  graine,  de  la  posi- 
aminaux,  de  la  nature  du  fruit  cl,  do  l’ha- 
Dans  une  contri- 
biologie  tles  plantes  parasites,  M.  A.  Chatin  cite 


Ce  magnifique  Palmier  s’élève  à  la  hauteur  de  vingt 
mètres;  son  stipe  est  cylindrique,  blanc,  lisse  et  épais, 
et  se  termine  par  un  superbe  bouquet  de  feuilles,  à  pin- 
nules  linéaires.  Le  bois  intérieur  du  stipe  est  très  estimé 
et  est  employé  dans  les  constructions,  pour  la  charpente 
et  Kébénisterie,  il  sert  aussi  à  ctonfectionner  des  boîtes 
et  des  caisses. 

Le  tissu  cellulaire  que  renferme  le  tronc  donne  du 
sagou  de  bonne  qualité;  le  bourgeon  de  jeunes  feuilles 
se  mange  cru  ou  cuit,  c’est  un  excellent  Chou  palmiste  ;  on 
obtient  aussi  par  incision  un  très  bon  vin  de  palme;  les 
feuilles  sont  employées  à  divers  usages  domestiques,  les 
pétioles  servent  pour  établir  des  clôtures  et  des  palis¬ 
sades. 

Depuis  un  grand  nombre  d’annéès,  il  est  importé  en 
Europe  sous  le  nom  de  fibres  du  'Japon,  des  ligatures 
jaunâtres  destinées  à  remplacer  le  jonc  et  l’osier  pour 
attacher  les  plantes.  Pendant  longtemps,  les  botanistes 
ignorèrent  le  nom  de  l’arbre  qui  donnait  ces  fibres  et  les 
importateurs  prenaient  soin  du  reste  d’en  cacher  l’origine 
et  le  pays  producteur;  mais  depuis  quelques  années,  on 
sait  que  ces  fibres  ne  viennent  pas  du  Japon  et  qu’elles 
sont  fournies  par  le  Raphia  ruffia  ;  cette  découverte  est 
due  aux  études  micrographiques  faites  dans  ce  but.  Ces 
fibres,  ou  plutôt  ces  pellicules  minces  et  résistantes,  sont 
extraites  de  la  partie  extérieure  des  folioles  des  feuilles 
incomplètement  développées. 

Voici  le  procédé  employé  pour  recueillir  les  fibres- 
liens  :  on  coupe  les  folioles  qui  se  trouvent  alors  pliées 
en  deux  longitudinalement  et  appliquées  le  long  du 
rachis.  On  casse  l’extrémité  du  limbe,  et  en  tirant,  on 
détache  la  pellicule  qui  deviendrait  la  face  inférieure 
d’une  foliole  entièrement  développée.  Ces  fibres  sont  très 
longues,  très'  légères,  d’une  Solidité  "et  d’une  souplesse 
remarquables,  elles  peuvent  aussi  se  diviser  en  fils  très 
tenus  sans  rien  perdre  de  toutes  ces  qualités;  c'est  à  la 
fois  le  meilleur  et  le  moins  coûteux  de  tous  les  liens 
employés  en  horticulture,  mais  il  ale  défaut  de  se  pour¬ 
rir  assez  vite;  pour  remédier  à  cet  inconvénient,  il  suffit 
de  le  faire  tremper  pendant  quarante-huit  heures  dans 
une  solution  de  100  grammes  de  sulfate  de  cuivre  (cou¬ 
perose  bleue)  par  hectolitre  d’eau  et  de  le  sécher  ensuite 
à  l’air. 

Les  fleuristes  en  font  également  une  certaine  consom¬ 
mation.  En  1886,  Madagascar  en  a  expédié  450  tonnes 
qui  ont  été  vendues  en  Europe  au  prix  de  85  à  90  cen¬ 
times  le  kilogramme. 

A  Madagascar,  les  indigènes  fabriquent  avec  les  fibres 
du  Raphia  ruffia  des  étoffes  plus  ou  moins  fines  dont  ils 
se  vêtissent;  ils  nomment  ce  tissu  Rabanne;  les  por¬ 
teurs  de  bagages  ne  se  mettent  jamais  en  route  sans  être 
munis  d’une  chemise  faite  de  rabanne  un  peu  forte,  int- 


LE  NATURALISTE 


-2-21 


perméable  à  la  pluie;  on  s’en  sert  également  pour  pré¬ 
server  de  l’humidité  les  colis  que  l’on  monte  de  la  côte  à 
la  capitale. 

Voici,  d'après  le  R.  W.  Ellis,  quelques  détails  intéres¬ 
sants  sur  la  toile  de  Rofia  ou  Roflla.  Les  filaments  qui  la 
composent  n’ont  pas  plus  de  trois  à  quatre  pieds  de 
long,  mais  dans  le  tissage  les  ouvriers  indigènes  ont 
soin  de  nouer  les  fils  les  uns  aux  autres,  et  les  étoffes 
mesurent  généralement  4 
yards  de  long  sur  I  m. 
de  large. 

Ce  tissu  est  grossier, 
dur  au  toucher,  mais  il  est 
très  serré  et  d’un  excel¬ 
lent  usage  ;  sa  couleur  est 
d’un  jaune  nankin.  Il  est 
bordé  de  deux  ou  trois 
rayures  bleues  nuance  ob¬ 
tenue  au  moyen  d’une 
préparation  d’indigo,  pro¬ 
duit  du  pays.  La  toile  de 
Rofflaest  employée  à  toutes 
espèces  d’usage  à.  Madagas¬ 
car  et  constitue  presque 
exclusivement  le  vête¬ 
ment  de  la  classe  pauvre. 

Les  fils  de  cette  toile  sont 
plats  et  détors  ;  les  mé¬ 
tiers  à  tisser  sont  extrê¬ 
mement  simples  et  la  fa¬ 
brication  est  lente  et  la¬ 
borieuse.  Les  fils  sont 
teints  avant  d’ôtre  tissés, 
jamais  l’étoffe  n’est  im¬ 
primée  après  le  tissage. 

Les  dessins  sont  faits  avec 
beaucoup  d’exactitude  et 
de  goût  ;  les  couleurs  sont 
généralement  très  vives 
et  beaucoup  plus  variées 
qu’on  ne  pourrait  le  croi¬ 
re;  la  fabrication  de  cette 
toile  est  réservée  aux  es¬ 
claves. 

Dans  quelques  localités, 
et  surtout  à  Sainte-Marie, 
les  femmes  industrieuses 
savent  fabriquer  une  ra¬ 
banne  très  fine  dite  Tinom 
bazaha  (toile  des  blancs) 
et  connue  dans  le  commer¬ 
ce  sous  le  nom  de  Pagne 
de  Madagascar-,  elles  con¬ 
fectionnent  aussi  des  cha¬ 
peaux  qui  imitent  assez 
bien  ceux  de  Panama. 

Outre  la  rabanne  com¬ 
posée  entièrement  de  fi¬ 
bres  du  raphia,  on  trouve 
la  rabanne  dite  «  de  soie», 
dont  la  trame  est  en  raphia  et  la  chaîne  en  soie.  Très 
souple  et  fine,  aux  reflets  soyeux,  d’une  couleur  jaune 
pâle,  elle  peut  être  employée  à  tendre  des  appart  ements. 
Son  prix  est  assez  élevé.  Une  pièce  mesurant  6  mètres  de 
long  sur  50  centimètres  de  large  vaut  environ  4  francs.  | 


La  première  catégorie  de  rabanne  se  vend  moins  cher. 
La  rabanne  blanche,  forte,  dont  se  servent  les  porteurs, 
ne  vaut  pas  plus  de  20  centimes  la  pièce  de  2  m.  50  sur 
90  cent,  de  large.  Elle  est  employée  principalement  à  la 
Réunion  et  à  Saint-Maurice  pour  l’exportation  du  café. 
Celle  de  couleur,  plus  fine,  propre  à  faire  des  rideaux, 
des  tentures,  est  achetée  ordinairement  au  prix  de 
80  centimes  la  pièce  de  2  mètres  sur  t  m.  40  de  large. 


LE  RAPHIA  RUFFIA 

En  1885,  il  a  été  expédié  de  Tamatave  pour  la  France 
el  l’Angleterre  pour  une  somme  de  s. 581  francs  de  ra- 
bannes  ordinaires.  Les  Malgaches  en  font  aussi  des 
nattes,  des  sacs,  des  cordages  et  autres  objets  divers. 

Ce  tissu  a  trouvé  une  application  toute  récente  en 


LE  NATURALISTE 


222 


Europe;  nos  tapissiers  s’en  servent  pour  garnir  les  dos¬ 
siers  des  fauteuils  rustiques  en  osier;  l'effet  produit  par 
cette  ornementation  ne  manque  pas  d’une  certaine  ori¬ 
ginalité  due  surtout  aux  couleurs  particulières  dont  les 
rabannes  sont  rayées. 

On  voyait,  à  l’Exposition  universelle  de  Paris  en  1889, 
de  nombreuses  fibres  dé  celle  Lépidocarynée,  teintes  en 
différentes  couleurs  dans  le  pavillon  de  Madagascar.  Le 
Raphia  Ruffia  croît  spontanément  sur  la  côte  Est  de 
Madagascar,  principalement  à  Vatamandrey,  Vahanoro, 
Sambava  et  Anlalaha,  ainsi  que  sur  la  côte  Ouest.  On  le 
rencontre  aussi  dans  le  haut  Sénégal;  on  en  voit  des 
fruits  à  l’Exposition  permanente  des  Colonies,  qui  onL 
été  rapportés  de  cette  région,  il  y  a  quelques  années. 

En  1878,  j’ai  vu  à  Rio-de-Janeiro,  dans  le  parc  de  l’an¬ 
cienne  résidence  impériale  de  Saint-Christophle,  plu¬ 
sieurs  exemplaires  de  ce  magnifique  Palmier;  ils  étaient 
chargés  de  fruits.  Ce  végétal  a  été  introduit  dans  plu¬ 
sieurs  .région?  chaudes  du,  globe,  où  il  développe  un 
luxe  inouï  de  végétation  et  produit  une  abondante  quan¬ 
tité  de  fruits  qui  amènent  parla  suite  la  mort  de  ce 
Palmier. 

Cette  Lépidocarynée  porte  les  synonymes  latins  sui¬ 
vants  :  Metroxylon  Ruffia  Spreng.  —  Raphia  lyciosa  vel 
polymita  Comm.  —  Raphia  peduneulata  Pal.  Beauv.  - — 
Sagus  farinefera  Goertni  —  S.  peduneulata  Lam.  — 
S.  Ruffia  Jacq.  —  A.  Madagascar  ce  palmier  se  nomme, 
dans  le  pays,  Rofia  ou  Roflia. 

Henri  Joret. 


DIAGNOSES  DE  MOLLUSQUES  NOUVEAU 


Savigii jarea  Savigujrarea.  —  Testa  curva,  cuneiformis, 
venlricosa,  medio  coarotala,  lalere  antico  parva,  attenuata, 
rotundata,  postice  expansa  et  longissima,  margine  ventrali 
curvata,  vix  hiante,  alba  radiatim  striata;  epitesta  fusca,  antice 
laminæ  postice  acuminato  squamosæ  induta  ;  area  ligamenti 
angusta,  cardo  lateralibus  dentatus,  medium  bore  lævigatus  ; 
color  internus  lacteus,  postice  late  rufus.  Dimensions  :  long.  70 
à  50  millim.  ;  larg.  34  à  28  millim.  ;  épaiss.  27  à  24  millim. 

Par  sa  forme  anormale  et  la  disposition  des  dents  de  sa 
charnière,  ccttc  espèce  ne  pouvant  se  rapporter  à  aucun  groupe 
connu,  j’ai  dû  lui  assigner  un  nom  générique  nouveau. 

Coquille  cunéiforme  fortement  arquée  en  forme  de  croissant, 
légèrement  ventrue  et  très  atténuée  à  son  extrémité  antérieure, 
alors  que  la  postérieure  est  relativement  très  largo  et  presque 
trois  fois  plus  longue.  La  face  externe  de  la  coquille  blanche 
et  finement  striée  est  recouverte  d’un  épitest  d’un  brun  noi¬ 
râtre,  hispidc  en  arrière  et'  lamelleux  en  avant;  beaucoup  de 
coquilles  sont  érodées  dans  une  étendue  plus  ou  moins  grande. 
L’intérieur  des  valves,  d’un  blanc  mat  dans  sa  moitié  anté¬ 
rieure,  est  d’un  violet  foncé  en  arrière  ;  toute  la  surface  est 


prise  entre  le  bord  et  l’impression  palléale  est  brillante  comme 
de  l’émail.  Des  stries  irrégulières  et  effacées,  qui  semblent 
partir  du  sommet,  s’étendent  jusqu’au  bord  inférieur  de  la 
coquille.  La  charnière  légèrement  sinueuse,  étroite  au  milieu  et 
large  aux  extrémités,  mesure  à  peu  près  la  moitié  de  la  lon¬ 
gueur  totale  de  la  coquille  ;  son  extrémité  postérieure,  plus  large 
que  l’antérieure,  porte  quatre  ou  cinq  dents  obliquement  diri¬ 
gées  de  haut  en  bas  et  d’arrière  en  avant,  alors  qu’à  l’extrémité 
antérieure  les  dents  sont  un  peu  plus  nombreuses  et  plus 
courtes,  une  lamelle  assez  étroite  et  très  longue  relie  en  r.nmnlé- 


ies  valves,  large  et  épais,  remplit  jusqu’au 
fossetto  ligamentaire.  En  faco  des  sommets 
et  divisés  par  une  dépression  existe,  sur  la 
lu  bord  inférieur,  un  léger  cntrcbâillc- 


à  travers  lequel  passe  le  bissus.  Ce  bisstis  a  la  forme 
;  longue  lamelle  d’un  carné  noirâtre,  dont  l'extrémité 
e  finit  en  pointe,  alors  que  colle  qui  adhère  au  corps 
t  plus  large,  arrondie  et  laciniée  sur  les  bords. 

Hab.  Aden. 

Itlodinla  Siraliensis.  —  Testa  eiongata-rhumboides  fcrc 
cylindrica,  tenuis,  nitens,  lineis  concentricis  irregulariter  ius- 
tructa,  latere  antico  brevis,  rotundata,  postico  elongata  oblique 
truncata,  colora  postice  ferruginea  antice  olivacea,  zona  alba 
oblique  divisa.  Dimensions  :  long.  40  millim.;  larg.  15  millim.; 
épais.  12  millim. 

Coquille  dont 


Coquille  dont  la  forme  rappelle  l'espèce  figurée  par  Recve 
sous  le  nom  de  M.  Rhomboidea,  mais  plus  petite,  à  test  plus 
mince  et  moins  dilatée  à  son  extrémité  postérieure,  ce  qui  lui 


avant  qu’en  arriére,  où  elle  fo 
couleur,  d’un  vert  olive  en  avant, 

en  arrière.  Ces  deux  zones  sont  séparées  par  une  bandi 
châtre  qui,  du  sommet,  se  dirige  obliquement  en  bas  et  en  ar¬ 
riére;  scs  deux  bords,  dont  l’inférieur  est  plus  long  que  le 
L’extrémité  antérieure  ( 


t  presque  parallèles, 
arrondie  alors  que  b 


large' est  obliquement  tronquéé'dc  haut  en  bas  fet  d’avant  en  ar¬ 
riére.  L’intérieur  des  valves,  d’un  blanc  légèrement  nacré  et 


:  valves,  d’u 
postérieur, 


ondes  et  des  stries.  Le  ligament  très  long,  étroit, 
Une  seule  valve  ayant  atteint  un  âge  très  avancé, 

rÆ-  de  longueur  sur  22  millimètres  de  largeur  ; 
c’est,  je  crois,  la  limite  extrême  à  laquelle  peut  arriver  la  taille 
de  cette  coquille.  Hab.  Aden. 


DE  LA  PRÉSENCE  D’CEUFS  ÉTRANGERS 

DANS  LE  NID  DES  OISEAUX 


Nous  savons  tous  que  le  Coucou  pond  régulièrement 
dans  le  nid  des  autres  Oiseaux,  et  qu’il  leur  abandonne 
les  soins  de  Te'closion  et  de  l’alimentation  de  son  jeune. 
Dès  le  siècle  dernier,  un  naturaliste,  Lottinger,  dans  un 
livre  devenu  rare  Discours  apologétique  ou  mémoire  sur 
le  Coucou  (1773),  révéla  cette  curieuse  particularité. 

Un  ouvrage  nouveau  de  M.  Paul  Leverkühn,  intitulé  : 
Des  œufs  étrangers  dans  le  nid,  rappelle  les  célèbres  expé¬ 
riences  de  Lottinger  et  les  données  d’autres  ornitholo¬ 
gistes  ;  mais  il  est  surtout  riche  d’observations  récentes. 
11  énumère  un  g'rand  nombre  de  cas  où  l’Oiseau  a  reçu 
dans  son  nid  des  œufs,  soit  de  son  espèce,  soit  d’une 
espèce  différente,  voire  même  d’un  genre  différent,  in¬ 
troduits  par  un  Oiseau  ou  même, par  l'Homme.  Je  eilerai 
quelques  exemples  : 

L’auteur  a  trouvé  sur  I’ile  de  Sylt  des  couvées  doubles 
de  Goélands  ( Larus  argentatus,  L.  cahus;)  deux  femelles 
de  la  même  espèce  avaient  pondu  dans  chacun  des  nids. 
Ces  faits  se  présentent  souvent  chez  les  Oiseaux  qui  vivent 
en  colonies  ( Sterna ,  Uria,  Somateria ).  Généralement  les 
Gallinacés  couvent  plus  volontiers  les  œufs  appartenant 
à  des  groupes  très  divers.  Grimm  a  vu,  en  Galicie.  une 
Poule  faire  éclore  un  œuf  de  Crécerelle  (F.  tinnunculus)  ; 
mais  elle  manifesta  une  surprise  indescriptible  au  point 
de  menacer  le  jeune  Oiseau.  Le  contraire  s’observe 
encore.  On  radonte  que  Wilhelmi  possédait  une  Ruse 
( Buteo  vulgaris)  en  captivité,  et  qu’il  lui  confia  successi¬ 
vement  cinq  œufs  de  Poule.  Le  Rapace  les  couva  et 
prodigua  ses  soins  aux  poussins.  En  liberté,  les  expé¬ 
riences  d’intrusion  d’œufs  étrangers  sont  nombreuses. 
Dans  un  nid  de  Bergeronnette  ( Motac .  alba )  qui  contenait 
trois  œufs  récemment  pondus,  Link  introduisit  deux 


LE  NATURALISTE 


œufs  du  Rouge-queue  ( Rutic .  tithys).  L’un  d’eux  fut  aus¬ 
sitôt  éloigné ,  après  quoi  la  Bergeronnette  pondit  un 
autre  œuf,  et  les  cinq  jeunes  furent  élevés  ensemble. 

Des  tableaux  nous  renseignent  en  détail  sur  le  résultat 
de  ces  faits,  et  l’on  y  distingue  des  cas  où  ces  œufs  ont 
été  adoptés  ou  rejetés.  Rarement  cette  intrusion  a  décidé 
les  Oiseaux  à  abandonner  leur  nid.  Grâce  aux  documents 
très  nombreux  qu’il  nous  présente,  l’auteur  intéressera 
à  son  ouvrage  ceux  qui  s’occupent  de  la  biologie  des 
Oiseaux. 

F.  HE  SCHAECK. 


DIAGNOSE  D’UN  LÉPIDOPTÈRE  NOUVEAU 


Sabolodes  Proximata,  n.  sp.  —  Taille  et  port  de  Rusti- 
cata  Mssn  (Stiibel,  pl.  8,  fie.  1,  page  133),  dont  cette  espèce 
est  extrêmement  voisine.  Elle  s’en  distingue  fort 
d’ailleurs  par  la  direction  de- la  ligne  transversale  d 
des  ailes;  dans  Rusticata,  cette  ligne  s’arrondit 
avant  d’atteindre  la  côte  des  quatre  ailes,  tandis  que,  dans 
Proximata,  la  ligne  s’infléchit  extérieurement  avant  d’atteindre 
la  côte  des  inférieures  et  reste  droite  sans  aucune  inflexion 
aux  supérieures.  Sauf  cette  différence  il  serait  malaisé  de  dis¬ 
tinguer  ces  deux  espèces  l’une  de  l’autre;  toutes  deux,  elles 
varient  quelque  peu  quant  à  la  taille,  certains  individus  sont 
plus  colorés  et  ont  les  dessins  mieux  marqués  que  d’autres. 
Dans  mes  spécimens  de  Rusticata,  un  exemplaire  a  trois  points 
peu  avant  l’apex  des  supérieures  tant 


s  nombreux  exemplaires  que  j’ai  sous  les  yeux 
peu  avant  l’apex,  un  seul  point  noir,  en  général 
le  dessus  que  sur  le  dessous  de  ces  ailes. 
Trente-quatre  exemplaires  provenant  de  Loja  et  environs, 
alors  que  de  la  même  localité  je  n’ai  reçu  que  quatre  exem-  ' 
plaircs  de  Rusticata. 


SOCIÉTÉ  Z00L0GIQUE  DE  FRANCE 


Séance  du  14  avril  1891.  —  Dans  sa  note  sur  la  Diminu¬ 
tion  des  Oiseaux  par  la  destruction  de  leurs  nids,  M.  Xaviep. 
Raspail  relève  les  observations  qu’il  a  faites,  d’avril  et  juil¬ 
let  1890,  dans  une  propriété  de  troi 
déjà  se  reproduire  un  assez  grand  nombre  d’o 
trente-sept  nids  qu’il  a  surveillés  avec  la  plus  minutieuse 
attention,  huit  seulement  ont  réussi,  vingt^neuf  ont  été  dé¬ 
truits,  dont  quatorze  par  le  chat  domestique,  et  cependant 
tous  les  efforts  de  l’e 


Séance  du  28  avril.  —  M.  Eue..  Simon  donne  une  liste  des 
Arachnides  recueillis  par  M.  Cli.  Rabot  dans  la  Sibérie  occi¬ 
dentale,  en  1890.-  sauf  trois  espèces  ( Phalangium  Nordens- 
kioldi  L.  Koch,  Tilanœca  sibirica  L.  Koch,  Tetragnatha  groen- 
lundica  Thorell),  ces  Arachnides  appartiennent  tous  à  la  faune 
de  l’Europe  centrale.  M.  Simon  donne,  en  outre,  les  D 


par  M. 


quelques  Arachnides  du  Costa-Rica,  communiquées 


A.  Gelas  [de  Genève).  Les  espèces 
de  cinq  ;  une  appartient  au  genre  h 
îe  autre  au  genre  Peucetia  (P.  quad 


ceps),  une  autre  au  genre  Peucetia  (P.  quadrilinealu) 
autres  à 

Cupiennius  C.  Getasi,  oculalus,  celerrimus  .  -  MM.  Jules  de 
OuERNEf  ét  Jules  Richard  signalent  les  Entromostracés,  Roli- 
fères  et  Protozoaires  provenant  des  récoltes  de  M.  E.  Uelloc 
dans  les  étangs  de  Cazau  et  de  Rourtius  (Gironde).  Les  espèces 
observées  sont  presque  toutes  différentes  de  celles  recueillies 
précédemment  par  M.  Adrien  Dollfas  dans  l’étang  do  Cazan 
et  décrites  par  M.  Moniez.  Ce  fait  s’explique  en  partie  par 
l’écart  des  dates  (avril,  septembre)  auxquelles  les  recherches 

suffisance  de  ces  recherches.  —  Les  Scalpellvm  sont  des  Cir- 
rhipèdes  thoraciques  à  pédoncules,  qui  diffèrent  des  Anatifes 
par  leur  pédoncule  court  et  écailleux.  Dans  sa  b 
d’une  nouvelle  espèce  de  Scalpellum  du  Japon,  M.  1’.  I-'i 


I  [  1 1 : 1  II  1 1  ■  •  1 .  ■  n  X- .  quarante-trois  d'entre  elles  aval 
durant  l’expédition  du  Challenger,  de  1811  à 
profondeur.  L’espèce  nouvelle,  décrite  par  M. 


tarife, 


nombre  de  cin- 
d’entre  elles  ayant  été  recueillies 
?.200  mètres  de 
Fischer  S.  cal- 

ferum ),  fut  draguée  à  une  faible  profondeur  à  Enoshima  ; 
elle  est  remarquable  par  l’épaisseur  des  pièces  rostro-latérales 
et  carino-latérales,  ainsi  que  par  la  saillie  très  prononcée  et 
la  forme  recourbée  en  ergot  des  pièces  carino  latérales.  —  La 
note  de  M.  Raphaël  Blanchard  sur  les  migrations  du  Taenia 
gracilis  (Krabbe)  est  relative  à  un  parasite  qui  fut  décrit  som¬ 
mairement  par  M.  T.  Scott,  dans  un  travail  récent  sur  les 
Ostracodes.  Ce  parasite,  qui  fut  découvert  par  Scott  dans  le 
Caudona  rostrata,  était  resté  méconnu  jusqu’ici;  M.  R.  Blan¬ 
chard  le  considère  comme  un  Cysticercoïdo  du  Tænia  gracilis, 
et  l’assimile. complètement  au  Cysticercoïdo  de  la  même  espèce 
que  O.  von  Leristow  trouva  dans  l’intestin  de  la  Perche. 

du  12  mai  1891.  —  M.  Émile  Topsent  donne  une 
Spongiaires  des  côtes  océaniques  de  Fr 
mens  que  lui  ont  communiqué  de  : 

Tandis  que  la  liste  publiée  en  1883,  par  M 

la  plupart  ] 

M.  Topsent  en  signale  quarante 
ulcment  (Esperella  lingua,  Axinella  disto 
et  Chondrosia  uniformis  semblent  n’avoir  pas  encore  été  vues 
dans  la  Manche.  —  Dans  une  Note  relative  à  un  travail  de 
M.  de  Kerhervé  sur  les  Mania.  M.  H.  Viai.i.anes  observe  que  les 
trois  parties  signalées  dans  le  cerveau  des  Monia  par  M.  de 


Arthropodes 

venus  classiques  de  protocérébron , 
tritocérébron.  —  Complétant  sa  note  du  mois 


M.  Certes  fait  re- 


deutocérébron  < 

marquer  qu’il  n'a  pu 
du  marché  de  Paris,  avant  la  fin  d’avril.  Il  donne,  en  outre,  un 
dessin  de  la  baguette  cristalline  de  la  Palourde  avec  Trgp.  Bal- 
bianii  in  situ.  —  M.  A.  Milne-Edvards  décrit  trois  Pagurides 
nouveaux  des  Açores  (campagne  de  l’Hirondelle),  dont  deux 
Sympagurus  (S.  nudus,  S.  gracilipes)  et  un  Eupagurus(E.  ruti- 
cheles). 

Séance  du  26  mai.  —  M.  J.  Richard  donne  la  liste  des  Ento- 
mos tracés  du  lac  Ralaton,  d’après  les  spécimens  recueillis  par 
M.  le  comte  de  Lamotte,  dans  une  pèche  pélagique  faite  h- 
22  septembre  1890.  La  liste  comprend  treize  Copépodes  et  dix- 
huit  Cladocères,  en  tout  vingt-neuf  espèces  réparties  en  treize 
genres.  —  M.  Héron-Royer,  à  propos  du  Triton  Blasiusi ,  pense 
que  cet  L'rodèle  est  réellement  un  hybride  fécond.  —  M.  Xa¬ 
vier  Raspail  communique  scs  observations  sur  l’augmentation 
de  la  ponte  par  l'enlèvement  de  leurs  œufs  chez  deux  Picidés. 
<,  En  captivité,  dit-il,  l’enlèvement  successif  des  œul's  et,  par 
suite,  l’impossibilité  de  couver,  amènent  certains  Oiseaux,  sur¬ 
tout  les  Gallinacés,  à  pondre  un  nombre  d’œufs  relativement 
considérable  par  rapport  à  ceux  qu’ils  produisent  lorsqu’ils 
vivent  à  l’état  libre.  ->  Des  observations  de  cette  nature  ont  été 
faites  sur  les  Cailles,  qui  peuvent  pondre  ainsi  jusqu’à  soixante 
œufs,  sur  la  Starue  grise,  le  Faisan  à  collier  et  sur  deux 
espèces  de  Manchots.  Quant  à  nos  Oiseaux  indigènes  ordi¬ 
naires,  ils  ne  paraissent  pas  se  plier  à  cette  règle.  —  Conti¬ 
nuant  ses  recherches  sur  les  Mammifères  et.  Oiseaux  d'Europe 
présentant  des  anomalies  ou  des  variétés  de  coloration,  M.  Ch. 
van  Ixempen  signale  un  certain  nombre  de  monstres  qu’il  a 
recueillis  dans  sa  collection  :  veaux  à  deux  têtes,  bœuf  a  tète 
do  chien,  chat  à  huit  pattes,  lapin  à  un  œil,  poule  à  trois 


juin.  —  M.  A.  R.uli.iet  développe  ses 
tions  sur  le  Développement  expérimental  du  Cg 
tenuicollis  chez  le  Chevreau.  Un  Tænia  marginata,  recueilli 
dans  l’intestin  d'un  Chien,  a  été  pris  par  un  Chevreau  qui  a 
succombé  au  bout  de  neuf  jours,  grâce  aux  nombreuses  lésions 
du  foie  et  du  poumon  produites  par  les  Cysticerqucs  du  Ténia. 
—  M.  A.  Railliet  étudie,  en  outre,  la  durée  de  la  vie  des  Cé- 
nures  chez  le  Cénure  serial ,  parasite  des  Léporides.  D’apres 
l’auteur,  ce  Cénure  peut  vivre  au  moins 
causer  la  mort  de  son  hôte.  —  Enfin,  MM.  A. 
Le  cf.t  signalent,  la  présence  du  Sarcoptes  minor 


Naturaliste  du  1”  juin  (21,  n»  102, 


LE  NATURALISTE 


22  i 


c/irz  le  Rat  il' eau, où  il  11’avait  pas  encore  été  observé  jusqu’ici. 

—  M.  \V.  Stiles  résume  scs  recherches  sur  la  dent  des  em¬ 
bryons  d?  Ascaris,  et  conclut  que  les  trois  lèvres  de  VAscaris 
peuvent  se  développer  chez  l'embryon  et  que  probablement  ce 
sont  elles  que  les  auteurs  ont  décrites  comme  une  dent  perfo¬ 
rante.  —  Dans  une  note  préliminaire  sur  quelques  parasites , 
le  même  observateur  relève  des  observations  sur  le  Coccidium 
bigeminum  Stiles.  parasite  de  l’intestin  du  Chien,  sur  la  Filaire 
de  l’Epinoche  et  sur  le  Meruics  crana ,  des  larves  de  Chiro- 
nomus.  —  M.  R.  Blanchard  signale  un  nouveau  cas  (le  second! 
de  Ténia,  nain  (Hymenolopis  nana )  en  Amérique,  et,  donne  une 
description  de  l’animal.  —  M.  H.  Viallanes  décrit  la  structure 
de  la  lance  ganglionnaire  située  en  avant  des  yeux  des  Crus¬ 
tacés  décapodes.  Après  avoir  critiqué  les  généralisations 
hâtives  qu’on  a  proposées  ici  pour  la  structure  intime  des 
centres  nerveux,  il  décrit  les  cléments  de  la  lance  et  notam¬ 
ment  dos  neurommatidies,  grosses  masses  protoplasmiques  à 
structure  a  réolaire.  qui  correspondent  chacune  à  une  omma- 
tidée  de  l’œil  composé  et  qui  sont  traversées  purement  et  sim¬ 
plement  par  les  faisceaux  des  sept  cylindres-axes  issus  de  cette 
dernière;  quant  aux  cellules  ganglionnaires  de  la  lance,  elles 
sont  unipolaires,  constituent  plusieurs  rangées  et  leur  prolon¬ 
gement  -se  rend  au  plexus  nerveux  qui  entoure  les  neuromma¬ 
tidies.  D’après  M.  Viallanes,  l’excitation  lumineuse  d’une  omma- 
tidie  se  transmet  au  cerveau  par  les  sept  cylindres-axes  et  qui 
pourront  donner  une  idée  de  la  forme  ;  mais  l’influx  nerveux 
agirait  aussi  par  induction  sur  les  neurommatidies  et  indirec¬ 
tement  par  celles-ci  sur  le  plexus;  du  plexus  les  courants  ner¬ 
veux  gagneraient  des  centres  plus  profonds  et  produiraient  des 
sensations  spéciales  susceptibles  d’avertir  l’animal  des  déplace¬ 
ments  du  corps  lumineux.  —  M.  E.  Topsent  donne  une  note 
sur  les  Pycnogonides  provenant  des  campagnes  du  yacht  /'Hi¬ 
rondelle.  Les  individus  recueillis  sont  seulement  au  nombre 
de  dix  et  appartiennent  à  cinq  espèces  différentes. 

Séance  du  23  juin.  —  Dans  une  Note  sur  le  genre  Svnagris, 
M.  H.-E.  Sauvage  se  base  sur  la  disposition  et  la  structure 
des  écailles  pour  justifier  les  opérations  des  poissons  du  genre 
Dente. r  et  ceux  du  genre  Synagris;  M.  Sauvage  étudie,  en 
outre,  les  Chromidés  des  eaux  douces  de  Madagascar.  Les 
Chromidés  sont  à  peu  près  les  seuls  poissons  d'eau  douce  de 
Madagascar,  où  ils  remplacent  d’une  manière  absolue  les 
Cyprius  et  les  Characères,  qui  sont  pourtant  bien  représentés 
en  Afrique  ;  bien  plus,  à  l’exception  du  genre  Paretroplus ,  dont  i 
les  écailles  sont  cycloïdes  comme  celles  de  tous  les  Chromidés 
africains,  tous  les  Chromidés  de  Madagascar  ont  les  écailles 
sténoïdes  comme  ceux  do  l’Amérique  du  Sud.  «  De  l’étude  de 
la  faune  herpétologique  et  de  la  faune  iclithyologique  des  eaux 
douces  de  Madagascar,  dit  M.  Sauvage,  il  ressort  que  cette 
île,  l’Afrique  australe  et  l’Amérique  du  Sud  ont  dû,  à  l’époque 
prétertiaire,  faire  partie  d’un  ensemble  de  terre  ayant  eu  une 
laune  de  même  origine  et  de  même  caractère...  La  rupture 
entre  Madagascar  et  l’Afrique  australe  a  dû  se  produire  avant 
le  commencement  de  l’époque  miocène,  car  on  ne  trouve  ni 
Cyprius,  ni  Characères  à  Madagascar.  »  —  M.  Em.  Moreau  dé¬ 
crit  le  Syngnathus  microchirus,  espèce  nouvelle  trouvée  par 
M.  R.  Blanchard,  dans  l’étang  d’eau  douce  de  Pinette,  près 
Bastia.  Cette  petite  et  très  curieuse  espèce  ne  mesure  pas  plus 
de  huit  centimètres  de  longueur.  —  M.  E.  Simon  donne  la 
description  de  deux  espèces  nouvelles  d' Arachnides  recueillies 
dans  le  Sahara  par  le  Dv  R.  Blanchard.  L’une  de  ces  espèces 
est  le  Cercidia  décora  des  environs  de  Biskra,  l’autre  la  Ga- 
leodes  Blanchard),  des  bords  du  chott  Mèlrir. 

E.-L.  Bouvier 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  10  août.  —  Note  de  MM.  Fouqué  el  M.  Lévy  sur 
la  reproduction  artificielle  d’un  trachyte  micacé,  obtenue  en 
faisant  agir  l’eau  sous  pression  au  rouge  vif,  sur  un  verre 
provenant  de  la  fusion  du  granité  de  Vire.  —  Note  de  M.  de 
Lacaze- Dut  hiers,  sur  des  expériences  d’ostréiculture  au  labora¬ 
toire  de  Roscoff.  La  plupart  du  temps,  les  huîtres  élevées 
dans  des  espaces  clos  et  non  soumis  aux  courants  de  la  mer 
restent  infécondes;  cependant,  des  huîtres,  élevées  depuis  trois 
ans  dans  le  vivier  du  laboratoire,  ont  donné  cette  année  du 
naissain  viable;  toutefois  les  huîtres  fécondes  étaient  en  mino¬ 
rité.  —  M.  de  Lacaze-I)ul hiers  présente  une  Note  de  M.  F.  Gui- 


tel  sur  les  mœurs  du  Gobius  minutus.  Quand  vient  l’époque  de 
la  reproduction,  le  mâle  s’introduit  sous  une  valve  de  Cardium 
ou  de  Tapes,  en  débarrasse  la  concavité  à  coups  de  nageoires 
et  en  produisant  des  courants,  recouvre  la  Coquille  de  sable 
pour  la  cacher  aux  yeux  de  ses  ennemis,  puis  sur  les  flancs  du 
petit  monticule  ainsi  formé,  ménage  un  trou  et  un  couloir, 
dont  les  parois  sont  formées  de  sable  agglutiné  par  du  mucus, 
et.  qui  conduit  jusque  sous  la  coquille.  La  femelle  s’introduit 
alors  dans  ce  nid  et  dépose  ses  œufs  qui  se  collent  à  la  face 
interne  de  la  coquille.  Le  mâle  les  féconde  et  veille  sur  les 
œufs  jusqu’à  l’éclosion  des  jeunes. 

Séance  du  17  août.  —  M.  A.  Schneider  adresse  une  note  sur 
le  système  artériel  des  Isopodes.  Des  injections  du  Porcellion 
et  de  la  Lygie  ont  montré  des  particularités  de  vascularisation, 
dont  la  découverte  contribue  à  rapprocher  les  Isopodes  des 
Amphipodes.  —  M.  Milne-Edwards  présente  une  note  de 
M.  Moynier  de  Villepoix  sur  l’accroissement  de  la  Coquille 
chez  l’Helix  aspersa.  Les  éléments  producteurs  du  test  sont 
d’avant  en  arrière.  lü  La  gouttière  palléale  quL donne  nais¬ 
sance  à  l’épiderme  avec  les  poches  glandulaires,  qui  produisent 
les  globules  auxquels  il  faut  attribuer  les  sculptures  de  la  Co¬ 
quille.  2°  La  bandelette  ou  glande  palléale  qui  sécrète  le  cal¬ 
caire.  3°  L'épithélium  palléal  qui  fournit  le  pigment,  et  com¬ 
plète  la  calcification  par  le  dépôt  de  couches  organo-calcaircs 
homologues  des  couches  de  nacre.  Quand  l’animal  a  atteint  sa 
taille  définitive,  la  bandelette  et  les  glandes  à  globules  dispa¬ 
raissent.  L’épithélium  palléal  demeure  actif,  pour  l’épaississe¬ 
ment  interne  du  test. 

Séance  du  24  août.  —  M.  Bouchard  présente  une  note  de 
M.  E.  Werlheimer  sur  le  rejet  par  le  foie  de  la  bile  introduite 
dans  le  sang.  Après  avoir  lavé  la  vésicule  cystique  d’un  chien 
i  à  jeun  pour  la  débarrasser  do  la  bile  qu’elle  renferme,  on 
injecte  dans  la  veine  fémorale  de  la  bile  de  mouton,  différente 
de  celle  du  chien  à  l’examen  spectroscopique.  Quinze  minutes 
après  l’injection,  la  bile  sécrétée  par  le  chien  présente  le 
spectre  de  celle  du  mouton.  La  cellule  hépatique  a  donc  la 
propriété  de  s'emparer  des  pigments  biliaires  circulant  dans 
le  sang,  pour  les  rejeter  au  dehors.  Cette  propriété,  n’est  pas 
sans  importance,  car  on  sait  que  ces  pigments  représentent 
l’élément  le  plus  toxique  de  la  bile. 

A.  E.  Malard. 


BIBLIOGRAPHIE 


BOTANIQUE 

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LE  NATURALISTE 


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Jour»,  de  Bot.  189!,  pp.  183-136. 

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Proc.  Zool.  Soc'.  London.  1891,  pp.  9-21. 

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Bull.  Soc.  Zool.  de  France.  1891,  pp.  119-120. 

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C.  Jamesi. 

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(Abramis  blicea,  Bloch)  without  Pelvic  Fins.  PI.  X. 

Proc.  Zool  Soc.  London,  1891,  pp.  108-109. 

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Zool.  Jahrbücher  (Anal.).  1891,  pp.  631-052. 

«44».  Bürger,  Otto.  Bell  rage  zur  Enlwicklungs" geschichle 
der  Hirudineen.  Zur  Embryologie  von  Nenhelis  PI  XI  l 

XLI1I. 

Zool.  Jahrbücher  Anal.  .  1891,  pp.  697-738 
440.  Butler,  Arth.-G.  Révision  of  the  Noctiiid  Moths  in 
the  Natural-Ilistory  Muséum  hitherto  referred  to  Erionas 
and  Callopistria.  PI.  IX. 

Ann.  Mag.  Nat.  Hist.  2.  1891,  pp.  70- 


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virons  de  Paris. 

Bull,  s.,,-  Zool.  de  France.  1891,  pp.  82  '  :. 

Mîî.  Certes,  A.  Sur  le  Trypanosoma  Balbianii. 

Bull.  Zool  Soc  de  F  ram  e.  1891,  pp.  130  134. 

!  4  4  3.  Certes,  A.  Sue  le  Trypanosoma  Balbianii. 

Bull.  Soc.  Bot.  île  France.  1891,  p.  95. 

:  44  4.  Cobb,  N. -F-,  et  Olliff,  S.  Insect-Larva  (Cecidomyiu, 
Sp.  catine'  Rust  on  Wheat  and  Flax. 

Ann.  Mag.  Nat.  Hist.  1.  1891,  pp.  489-493. 

445.  Contejean,  Ch.  Sur  les  rlnmeements  de  la  circulation 
fœtale  au  moment  de  la  naissance.  (A  suivre.) 

Bull.  Soc.  Philom.  1891,  pp.  39-40. 

4  4  48.  Contejean,  Ch.  Sur  la  respiration  du  colimac 
Bull.  Soc.  Philom.  1891,  pp.  12-11. 

14  7.  Cuénot.  L.  Études  sur  le  sang  cl  les  glandes  lympha¬ 
tiques  dans  la  série  animale. 

Arch.  de  Zool.  Expérim.  1891,  pp.  13-90. 
j  448.  Drieseh,  H.  Tektonische  Studien  an  Hydroidpolypen. 
III.  Schluss'  Antennularia. 

Jenaische  Zeitsch.  1891,  pp.  467-479. 
j  44».  Dresser,  H  -E.  On  a  collection  of  Birds  from  Erze- 
’i'ôom? 

Ibis.  1891,  pp.  364-370. 

j  480.  Dresser,  H  -E.  Notes  on  some  of  the  rarcr  Western 
Palæarclic  Birds. 

Ibis.  1891,  pp.  366-364. 

484  Edwards,  Charles-L.  Beschrcibung  einigci 

Copepoden  und  eines  neuen  copepodennochnlichcn 
Krcbses,  Lenckartella  paradoxe.  PI.  III-IV. 

Arc  hiv.  für  Xalurge.rh.  1891,  pp.  75-104. 

438  Etzold.  F.  Die  Entwicklung  der  Testikel  von  Frin- 
gilla  domestica  von  der  Wintcrruhe  bis  zum  Eintritt  der 
Brunft.  PI.  VI. 

Zeitsch.  für  Wissensch.  Zool.  1891,  pp.  46-84. 

«33.  Fischer,  F.  Description  d’une  nouvelle  espèce  de 
Scalpellum  du  Japon. 

S.  Calcariferum. 

Bull.  Soc.  Zool.  de  France.  1891,  pp.  116-118. 

434.  Frédéricq,  Déon.  Sur  la  conservation  de  Thémoevn- 

Arch.  de  Zool.  Expérim.  1891,  p.  124. 

435.  Frédéricq,  Léon.  Sur  la  physiologie  de  la  branehie. 

Arch.  de  Zool.  Expérim.  18iu,  pp.  117.123. 

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Zool.  Jahrbücher  System  .  ism,  pp.  751-860. 

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Bull.  Soc.  Philom.  1891,  pp.  5-7. 

438.  Gaubert,  P.  Note  sur  les  organes  h  informes  .les 
arachnides. 

Bull.  Soc.  Philom.  1891,  pp.  14-16. 

489.  Gilbert,  C.-H.  A  supple . ntary  iisl  of  Fishes  collet 

lcd  at  the  Galapagos  Islands  and  Panama,  with  Descrip¬ 
tions  of  onc  New  Genus  and  three  new  species. 

Priacanthus  serrula.  —  Dialommus  N.  G.)  fusciis.  _ 

Citharichlhys  plafnphrgs. 

Bull.  U.  S.  Nat.  Mus.  1891.  N°  840,  pp.  449-455. 

43».  Godwin-Austen.  On  a  collection  ..f  Lan.l-sh,  IN  m;.,l 
in  Bornéo  By.  M.  A.  Evorett.  PI.  II- VI. 

Proc.  Zool.  Soc.  London.  1891,  pp.  22-46. 

431.  Goppert,  E.  Kemtheilung  durch  indirektc  Fragmenti- 
rung  in  der  lvmphalischen  Randschicht  der  Salamandri- 
nenleber.  PI.  XX. 

Arch.  für  Mikrosk.  Anal.  1891.  pp.  375-391. 

438.  Goette,  A.  Bemcrkungen  liber  .lie  Embryonal  enlwiek- 
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Zeitsch.  für  Wissensch.  Zool.  1891,  pp.  158-168. 

433.  De  Graff,  L.  Sui  l’organisation  des  Tui 
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M.  J.  T.  Last.,  in  the  collection  of  H.  Grose-Smith. 
Papilio  morandavana.  —  Belenois  mabellu.  —  B.  maliobo. 
—  Libylhea  tsiandava. 

Ann.  Mag.  Nat.  Hist.  2.  1891,  pp.  78-81. 

435.  Guitel,  Frédéric.  Recherches  sur  la  ligne  Lu- 
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Arch.  de  Zool.  Expérim.  1891,  pp.  125-144. 


LE  NATURALISTE 


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Archiv.  für  Naturgesch.  1891,  pp.  1-14. 

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Jenaische  Zeitsch.  1891,  pp.  1-13. 

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Jenaische  Zeitsch.  1891,  pp.  565-576. 

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chiles. 

Bull.  Soc.  Zool.  de  France.  1891.  pp.  131-134. 

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with  Remarks  on  No.  10  Rule  of  the  «  Stricklandian 

Ann.  Mag.  Nat.  Hist.  1.  1891,  pp.  522-526. 

156.  Ortmann,  A.  Die  Decapoden-Krebse  des  Strassburger 
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par  M.  Dybowski  dans  le  Sahara. 

Bull.  Soc.  Zool.  de  France.  1891,  pp.  39-64. 

158.  Parker,  W.-K.  On  the  Morphology  of  a  Reptilian 
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Transad.  Zool.  Soc.  London.  13. 1891,  pp.  43-85. 

159.  Parker,  G.-H.  The  Compound  Eyes  in  Crustaceans. 
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Bull.  Mus.  Comp.  Zool.  21.  1891,  pp.  45-140. 

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Bull.  Soc.  Philom.  1891,  pp.  16-20. 

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Lungenschneckcn.  PI.  XXXII-XXXV. 

Zool.  Jahrbücher  (Anal.).  1891,  pp.  505-630. 

468.  Poeoek,  R. -J.  On  Pherusa  fucicota,  Leach  and  the 
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Ann.  Mag.  Nat.  Hist.  1.  1891,  pp.  530-534. 

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Abh.  naturw.  Ver.  Bremen.  1891,  pp.  59-64. 

464.  Poppe,  S.-A.  Beitrag  zur  Ivenntnis  der  Gattung  Cly- 
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Abh.  naturw.  Ver.  Bremen.  1891,  pp.  131-142. 

165.  Preyer,  W.  On  Anabiosis. 

Ann.  Mag.  Nat.  Hist.  1.  1891,  pp.  503-507. 

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161.  Raspail,  Xavier.  Sur  l’augmentation  de  la  ponte  par 
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Bull.  Soc.  Zool.  de  France.  1891,  pp.  139-143. 

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Bull.  Soc.  Zool.  de  France.  1891,  pp.  135-137. 

169.  Sala,  L.  Zur  feineren  Anatomie  des  grosen  Seepferde- 
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Zeitsch.  fur  Wissensch .  Zool.  1891,  pp.  18-45. 

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111.  Salvin,  Oshert.  Note  on  the  Collared  Petrel  ( Œstre - 
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Ibis.  1891,  pp.  411-414. 

118.  Sehafer,  J. -B.  On  the  Minute  Structure  of  the  Musclo- 
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Proc.  Roy.  Soc.  London.  49.  1891,  pp.  280-286. 

413.  Schuberg,  Dr. -A.  Ueber  sogenannte  a  überzàhligê 
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Arbeit.  Zool.  Zool.  Inst.  Wurzburg.  1891,  pp.  119-125. 

114.  Schuberg,  Dr.-A.  Ueber  den  Bau  und  die  Funktion 
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Arbeit.  Zool.  Zoot.  Inst.  Wurzburg.  1891,  pp.  57-118. 

115.  Schuberg,  Dr  -A.  Das  neue  zoologisch-zootomische 
Institut  der  Künigl.  Julius-Maximilians-Universitât  zu 
Würzburg.  PI.  I-Ill. 

Arbeit.  Zool.  Zoot.  Inst.  Würzburg.  1891,  pp.  1-12. 

416.  Sehwink.  Untersuehungen  über  die  Entwicklung  des 
Endothels  und  dcr  Blutkôrperchen  der  Amphibien. 
PI.  XYII-XIX. 

Morphol.  Jahrb.  17.  1891,  pp.  288-333. 

111.  Selater,  P. -L.  Remarks  on  Macgregor’s  Paradise-bird. 
Cnemophilus  maegregori.  PI.  X. 

Ibis.  1891,  pp.  414-415. 

418.  Selater.  On  a  second  collection  of  Birds  from  the  Pro¬ 
vince  of  Tarapaca,  Northern  Chili.  PI.  XIII. 

Phrygilits  coracinus. 

Proc.  Soc.  1891,pp.  131.-138. 

419.  Selater.  Exhibition  of,  and  Remarks  upon,  specimens 
of  the  three  species  of  Purple  Waterliens.  (Porphirio 
poliocephatus.  —  P.  cœruleus  and  P.  smaragdonolus. 

Proc.  Zool.  Soc.  London.  1891,  p.  47. 

180.  Seebohm,  Henry.  On  a  collection  of  Birds  from 
Westerd  Szcchuen. 

Ibis.  1891,  pp.  370-381. 

181.  Sharpe,  Bowdler.  Diagnoses  ol  new  Species  of  Birds  - 
from  Central  East  Africa. 

Ibis.  1891,  pp.  443-445. 

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Arbeit.  Zool.  Zool.  Inst.  Würzburg.  1891,  pp.  1 3—36. 

183.  Sibree,  J.  On  the  Birds  of  Madagascar,  and  their  Con¬ 
nection  with  Native  Folk-lore,  l’roverbs,  and  Supersti¬ 
tions. 

Ilris.  1891,  pp.  416-443. 

18  4.  Stebbing,  Thomas-R.-R.  On  the  Genus  Urothoc 
and  a  new  Genus  Urothoides.  PI.  I-IV. 

Transad.  Zool.  Soc.  London.  13.  1891,  pp.  1-42. 

185.  Simon,  Eug.  Liste  des  arachnides  recueillies  par 
M.  Rabot  dans  la  Sibérie  occidentale,  en  1890. 

Bull.  Soc.  Zool.  de  France.  1891,  pp.  107-109. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


PARIS.  —  IMPK.  P.  I.EVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


Ci6  ANNÉE 


2°  SÉRIE  —  X”  B  B  O 


1"  OCTOBRE  1891 


COLLECTIONS  ETHNOGRAPHIQUES 

RAPPORTÉES  DE  MÉLANÉSIE 
par  LE  D'  François 

Dans  la  première  quinzaine  du  mois  de  juillet  a  eu 
lieu  au  Muséum  de  Paris  (au  laboratoire  d’anthropo¬ 
logie)  l’exposition,  fort  intéressante,  des  collections 
ethnographiques  rapportées  de  Mélanésie  par  M.  Pli. 
François,  docteur  ès  sciences  naturelles  et  maître  de 
conférences  à  la  faculté  de  Rennes,  qui  a  passé  trois 
ans  en  Australie  et  en  Mélanésie  chargé  d’une  mission 
scientifique  du  ministère  de  l’instruction  publique. 

Malheureusement,  cette  belle  exposition  n’a  pas  duré 
assez  longtemps  (du  2  au  18  juillet  seulement)  pour  que 
tous  ceux  qui  s’intéressent  aux  questions  ethnogra- 


et  les  îles  Viti  ou  Fidji.  11  se  compose  de  deux  groupes 
d’iles.  Le  groupe  septentrional  comprend,  en  allant  du 
N. -O.  au  S.-E.,  les  îles  Espiritu  Santo,  Aurora,  Aoba 
ou  île  des  Léprexuv,  Mallicolo,  Pantecote,  Ambn/m,  Api 
et  Faté,  Vatse  ou  île  Sandwich,  et  plusieurs  petites  îles 
et  îlots  qui  les  entourent  ;  le  groupe  méridional  est 
formé  de  trois  grandes  îles  qui  sont  (en  allant  toujours 
du  N. -O.  au  S.-E.)  :  Erromanga ,  Tanna  et  Anatom , 
quelques  îlots  et  rochers. 

D’après  la  convention  du  22  octobre  1887  conclue 
entre  la  France  et  l’Angleterre,  les  Nouvelles  Hébrides 
sont  sous  le  contrôle  d’une  commission  navale  mixte, 
composée  d’officiers  de  marine  anglais  et  français  et 
chargée  de  maintenir  l’ordre  et  de  protéger  les  per¬ 
sonnes  des  sujets  français  et  britanniques.  Cependant, 
il  faut  noter  que  presque  la  totalité  du  territoire  des¬ 
îles  est  la  propriété  de  la  Société  française  des  Nouvcllcs- 


Fig.  I.  —  MÉLANÉSIENS  et  POLYNÉSIENS. 


phiques  l’aient  pu  examiner  à  leur  aise  et  apprécier  à 
sa  juste  valeur.  Cette  exposition  mérite  une  mention 
spéciale  parce  que  M.  François,  au  contraire  de  beau¬ 
coup  d’autres  collectionneurs,  n’a  pas  ramassé  le  plus 
possible  d’objets  quelconques,  mais  s’est  attaché  à 
réunir  pour  chaque  île  de  la  région  qu’il  a  visitée,  des 
objets  typiques,  et  leurs  variantes,  tous  de  provenance 
exactement  connue  et  pour  la  plupart  échangés  aux 
indigènes  eux-mêmes.  De  cette  façon  il  a  réussi  à  cons¬ 
tituer  une  collection  authentique  aussi  complète  qu’ins¬ 
tructive,  qui  donne  une  juste  idée  de  la  vie  mate¬ 
rielle  des  populations  mélanésiennes.  Le  gros  de  cette 
collection  se  rapporte  aux  Nouvelles-Hébrides;  aussi 
ne  nous  occuperons-nous  ici,  que  de  ces  dernières  îles 
en  mentionnant  incidemment  des  objets  provenant  des 
îles  Salomon,  Gilbert,  Loyalty  et  d’autres  parties  de  la 
Mélanésie. 

L’archipel  des  Nouvelles-Hébrides  est  situé,  comme  on 
le  sait,  à  l’est  de  l’Australie,  entre  la  Nouvelle-Calédonie 

I.E  NATURALISTE,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


Hébrides,  qui  exploite  les  richesses  du  pays  depuis  dix 
ans  environ. 

Les  Néo-llébridais  (fig.  î).  appartiennent  à  la  race  Méla¬ 
nésienne,  caractérisée  principalement  par  les  cheveux  très 
frisés,  presque  crépus,  par  la  couleur  foncée  d’un  gris 
noirâtre  de  la  peau,  par  la  forme  allongée  du  crâne  (doli- 
chocéphalie),  par  le  nez  très  large  vers  le  bas,  un  peu 
aplati,  et  dont  la  pointe  est  très  épaisse  et  grossière.  Les 
Néo-llébridais  purs  présentent  tous  ces  caractères  plus 
ou  moins  accusés.  Ils  sont  en  général  d’une  taille  au- 
dessous  de  la  moyenne,  bien  proportionnés  et  bien 
musclés.  Leur  système  pileux  est  en  général  bien  déve¬ 
loppé.  Les  personnages  que  l’on  voit  sur  notre  figure  2 
(reproduction  comme  la  première  d’une  photographie  de 
M.  François)  sont  des  représentants  de.  ce  type  pur.  Mais 
dans  beaucoup  d’iles,  surtout  à  Aoba,  à  Tanna,  à  Espi¬ 
ritu  Santo  le  type  primitif  est  modifié  par  les  mélanges 
avec  les  Polynésiens.  Parmi  les  indigènes  de  ces  îles  on 
trouve,  à  côté  des  Mélanésiens  typiques,  des  individus 


LE  NATURALISTE 


228 


de  très  grande  taille,  aux  cheveux  moins  crépus,  dont 
la  peau  a  un  teint  plus  clair,  dont  les  traits,  plus  fins, 
le  nez  plus  allonge'  et  plus  mince.  (Voy.  fig.  1,  les  deux 
individus  debout  à  droite,  derrière  l’individu  assis  ;  ce 
dernier  a  le  type  mélanésien  comme  les  quatre  autres 
à  gauche.)  L’influence  du  type  polynésien  (haute  taille, 
teint  jaune-brunâtre,  face  allongée,  nez  droit,  étroit, etc.), 


st  aussi  probable  que 
Mélanésiens  métissés  est 


est  manifeste  dans  ces  ca 
la  forme  crânienne  f  de  c< 
plus  arrondie,  mais  oirn’a 
pas  de  données  précises  à 
ce  sujet.  Fait  à  noter,  les 
cas  d’albinisme  ne  sont 
pas  rares  parmi  les  Néo- 
Iiébridais  et  l’on  pouvait 
voir  à  l’exposition  de  M. 

François  la  photographie 
d’un  de  ces  albinos,  «qui 
présentait  toute  les  parti¬ 
cularités  de  la  race  méla¬ 
nésienne  sauf  la  couleur 
foncée  de  la  peau. 

Le  caractère  moral  du 
Nêo-Hébridais  varie  sui¬ 
vant  les  îles  ou,  pour 
mieux  dire,  suivant  les 
conditions  dans  lesquelles 
ils  se  trouvent  vis-à-vis 
des  blancs.  Les  indigè¬ 
nes  de  certaines  îles  (Es- 
piritu  Santo,  Tanna),  ont 
une  mauvaise  réputation 
de  gens  sournois,  querel¬ 
leurs, prêts  àtuerun  hom¬ 
me  dans  l’embuscade  mê¬ 
me  sans  aucun  prétexte-, 
tandis  que  les  habitants 
des  îles  Anatom,  Ambryin, 

Aoba  sont  relativement 
doux  et  pacifiques.  Tout 
dépend  dans  ces  cas,  ce 
nous  semble,  des  rapports 
qu’ont  eus  les  blancs  avec 
ces  indigènes.  Souvent 
peut-être  lamauvaise  con¬ 
duite  desindigènes  n’était 
qu’une  réponse  à  un  trai¬ 
tement  un  peu  dur  infligé 
par  certains  blancs  qui 
venaient  faire  la  traite  dans  ces  parages.  C'est  ici  que  sc 
place  la  question  de  l’anthropophagie.  L'accusation  de 
cannibalisme  a  été  portée  sur  tant  de  peuples  divers, 
elle  a  été  si  souvent  reconnue  fausse  pour  la  plupart 
d'entre  eux,  qu’il  faut  être  très  circonspect  chaque  fois 
qu’on  parle  de  cette  coutume.  N’a-t-on  pas  répété  à 
satiété  dans  mille  articles  et  livres  divers,  et  cela  sous  le 
couvert  de  l’autorité  de  Darwin  et  de  Fitz-Roy  que  les 
Fuégiens  mangent  les  vieilles  femmes  de  leur  tribu?  El 
cependant  ni-  le  missionnaire  Bridges  qui  a  vécu  trente 
ans  parmi  ces  sauvages,  ni  le  D1'  Hyades  qui  les  a  observés 
pendant  plus  d’un  an,  ni  d’autres  voyageurs  modernes, 
n’ont  jamais  vu  ni  entendu  parler  d’un  seul  exemple 
d’anthropoj  Dhagie  parmi  ces  sauvages  déshérités  (11. 


Les  faits  de  ce  genre  n’excluent  cependant  pas  la  pos¬ 
sibilité  de  l’existence  du  cannibalisme  chez  certaines 
peuplades;  ils  montrent  seulement  que  cette  coutume 
est  beaucoup  moins  répandue  qu’on  ne  le  pense  en 
général.  Quant  aux  Néo-Hébridais,  les  affirmations  des 
voyageurs  sérieux  et  dignes  de  foi  avec  lesquels  nons 
avons  pu  causer  ou  dont  nous  avons  lu  les  récits,  nous 
autorisent  à  dire  que  c’est  une  de  ces  rares  populations 
qui  pratiquent  régulièrementl’anthropophagie.  D’ailleurs 


Fig.  2.  —  NÉO-HÉBRIDAIS  PURS 


les  faits  positifs  ne  manquent  pas,  et  souvent  l'inter¬ 
vention  de  nos  marins,  l’envoi  des  troupes,  sont  motivés 
précisément  par  le  meurtre  et...  comment  dirait-on?...  la 
consommation  des  Européens,  ou  des  gens  à  leurservice. 

En  fs;?,  un  Malais  fui  mangé  dans  l’île  Faté;  en  1876 
les  indigènes  dévoraient  l’équipage  d’un  navire  anglais  ; 
en  1S78,  un  Français,  habitant  Mallicolo,  fut  tué  et  ses 
quatre  membres  servirent  de  repas  aux  indigènes.  En 
1887,  un  colon  français  d’Aurora  surprit  les  indigènes 
mangeant  deux  de  ses  ouvriers,  Polynésiens  d’origine; 
M.  François  visita  une  des  îles,  précisément  étant  à 
bord  du  navire  de  guerre  français,  qui  s’y  est  rendu 
pour  châtier  les  indigènes  reconnus  coupables  d’avoir 


Ethnographie  par  Hyades  et  Dcnikcr,  Pans,  1891,  in-4° 
p.  257. 


I ;  Voyez  Mission  du  Cup  Horn ,  t.  VU  Anthropologie  et 


LE  NATURALISTE 


22*1 


miingt)  un  Suédois,  etc.  Ordinairement  le  repas  canni- 
lialique  est  précédé  de  danses  guerrières  et  de  chants,  ce 
<|ui  indique  que  la  coutume  en  question  est  liée  à  des 
idées  superstitieuses. 

La  langue  des  Néo-Hébridais  paraît  être  un  idiome 
agglutinant  de  la  famille  des  langues  mélanésiennes; 
elle  comporte  plusieurs  dialectes  qui  parfois  sont  si 
differents  I  un  de  l’autre  que  les  indigènes  de  deux  îles 
voisines  ne  se  comprennent  pas  entre  eux.  Souvent 
même  on  parle  plusieurs  dialectes  distincts  dans  la 
même  île  ne  comptant  que  quelques  centaines  d’habi¬ 
tants.  Les  marins  et  les  colons  se  font  comprendre  des 
indigènes  en  parlant  un  certain  jargon  composé  de 
mots  anglais  et  français  corrompus  et  connu  dans  toute  la 
Melanésie  sous  le  nom  de  Bichlamar  (nom  espagnol  de 
l'holothurie). 

J.  Denise». 

(.1  suivre). 


La  Flore  de  l’Inde  dans  ses  rapports  avec  la  Flore 
de  France 

(Sut  le.) 


Viola  biflora  L.  —  France  ;  Alpes,  Pyrénées. 

Inde  :  Himalaya  tempéré  du  Cachemir  au  Sikkim.  1  800  à 
O.ltOO  mètres. 

Distribution  :  Asie  septentrionale,  Caucase,  Europe. 

Viola  odorata  L.  —  France  :  Espèce  parisienne.  Haies,  bois 

Indes  :  Cachemir,  1.300  à  t.800  mètres. 

Distribution  :  Europe,  nord  de  l'Afrique,  nord  et  ouest  de 
l’Asie. 

Viola  sylvatica  Fries.  —  France  :  Appartient  à  la  flore  de 
Paris.  Haies,  bois. 

Inde  ;  Cachemir  et  Kistlnvar,  1.200  à  2.400  mètres. 

Distribution  :  Nord  .le  l’Asie  et  à  l’ouest  jusqu’à  l’océan 
Atlantique. 

PO  LT  G  AXÉES 

Polygala  L.  —  Pas  d’espèce  commune.  Himalaya,  Nilgiris, 
Ceylan,  Travancores,  Carnatic. 

KRANIvÉNIACÉES 

Frankenia  pulverulenta  L.  —  France  :  Midi,  Corse. 

Inde  :  Plaines  du  Panjab  et  du  Simili. 

Distribution  :  Est  et  sud  de  l'Europe,  Sénégal,  sud  de 
l’Afrique,  Tripoli,  Maroc. 

CARYOPHYIXÉES 


Dianthus  caryophyllus  L.  —  Franco  :  Se  trouve  dans  la 
flore  parisienne.  Ouest.  Vieux  murs. 

Inde  :  Attock  (Panjab),  Balli,  2.100  à  2.400  mètres. 
Distribution  ;  Europe  centrale  et  occidentale. 

Dianthus  deltoïdes  L.  —  France  ;  Espèce  parisienne.  Lieux 
secs,  sablonneux. 


Inde  :  Thibet  occidental. 

Distribution  :  Europe  occidentale. 

Gysophila  L.  —  Pas  d’espèce  commune.  Panjab,  Thibet, 
Himalaya,  900  à  .'1.900  mètres. 


L.  —  France  :  Espèce  parisienne.  Mois- 


Inde  :  Champs  de  blé  dans  l’Inde  et  le  Thibet. 

Distribution  ;  Mauvaise  herbe  des  cultures,  très  répandue. 
Tripoli,  Maroc. 

Silene  inflata  D.  C.  -  Franco  :  Espèce  parisienne.  Moissons 
et  lieux  incultes. 

Inde  :  Himalaya  tempéré  du  Népal  à  l’Indus,  1.300  à 
•1.600  mètres. 

Distribution  :  Asie  tempérée,  Europe,  nord  de  l’Afrique. 
Silene  conoidea  L.  —  France  :  Midi. 


2.400  mètres:  de  i’Oude  au  Panjab  dans  les  plaines;  Thibet 
occidental,  2.400  à  3.300  mètres. 

Distribution  :  A  l’ouest  jusqu'à  l'océan  Atlantique,  Judée. 
Silene  gallica  L.  —  France  :  Espèce  parisisicnne.  Moissons 


Inde  :  Garhival,  Carnatic.  Mauvaise  herbe  introduite. 
Distribution  :  Mauvaise  herbe  des  cultures. 

Cucubalus  bacciferus  L.  —  France  :  Espèce  parisienne.  Buis¬ 
sons,  lieux  ombragés. 

Inde  :  Himalaya  tempéré,  du  Cachemir,  1.500  à  2.400  mètres, 
au  Sikkim,  2.4011  à  3.600  mètres,  monts  Khasias,  Boga,  Pani, 
1.500  mètres. 


Distribution  :  Europe  méridionale  et  occidentale,  Sibérie 
occidentale. 

I.ychnis  coronaria  Lam.  —  France  :  Pyrénées. 

Vallées  du  Cachemir,  abondant  dans  les  bosquets  et  les 
champs. 

Distribution  :  Asie  occidentale,  sud  de  l’Europe. 

Ilotosteum  umbellalum  L.  —  France  :  Espèce  parisienne. 
Vieux  murs,  champs. 

Inde  :  Cachemir. 

Distribution  :  Asie  Occidentale,  nord  de  l’Afrique,  Europe. 

Cerastïum  trigynum  Villars.  Stellaria  ceruslioides  L.  — 
Franco  :  Alpes,  Pyrénées. 

Inde  :  Région  alpine  de  l’Himalaya  occidental ,  3.300  à 
5.100,  Kulu  au  Cachemir,  Thibet  occidental. 

Distribution  :  Afghanistan,  Sibérie,  Asie  occidentale,  Ré¬ 
gions  arctiques,  Alpes  d’Europe.  C’est  une  forme  intermé¬ 
diaire  entre  les  genres  Cerastïum  et  Stellaria. 

Cerastium  vulgatum  L. —  France  :  Espèce  parisienne.  Bords 
des  chemins. 


Inde  :  Régions  tempérées  et  subalpines  de  l’Inde  et  de 
Ceylan,  monte  jusqu’à  4.500  mètres  dans  Sikkim  cl  Thibet 
occidental. 

Distribution  :  Europe  tempérée,  nord  de  l’Europe,  nord  de 
la  zone  tempérée  en  Asie;  introduit  dans  plusieurs  contrées. 

Malachimn  qquaticum  Fries.  —  France  :  Espèce  parisienne. 
Fossés,  ruisseaux. 

Inde  :  Himalaya  tempéré,  Népal  à  Marri,  1.200  à  2.400  m. 

Distribution  :  nord  et  ouest  de  l'Asie,  Nord  de  l’Afrique, 
Europe. 

Stellaria  media  L.  —  France  :  Espèce  parisienne.  Terres 
cultivées. 


Inde  :  Par  tout  le  Panjab  et  les  régions  tempérées  de  l’Inde. 
Nilgiris,  Sliivaro-hills,  s’élève  dans  l’Himalaya  jusqu’à 
3.600  mètres  et  dans  le  Thibet  occidental  jusqu'à  4.300  mètres. 
Ceylan  :  NeWera-Ellia. 

Distribution  :  Toutes  les  régions  arctiques  et  tempérées  du 
Nord,  Maroc. 

Stellaria  graminea  L.  —  France  :  Espèce  parisienne.  Prés 
humides. 

Inde  :  Thibet  occidental,  3.300  à  4.500  mètres. 

Distribution  :  De  l’Afghanistan  à  l’Europe  occidentale. 
Stellaria  glauca  Withering.  —  France  :  Espèce  parisienne. 
Est-Centre. 

Inde  :  Himalaya  tempéré  occidental,  Thibet  occidental. 
Vallée  de  l’indus.  ' 

Distribution  :  Sibérie,  Asie  occidentale,  Europe  et  Groen- 


Stellaria  aquatica  D.  C.  Stellaria  uliginosa  Murr.  —  France  : 
Espèce  parisienne.  Lieux  humides.  Corse. 

Inde  :  Région  tempérée  et  alpine  de  l'Himulaya,  dans  les 
lieux  humides  de  1.200  à  3.000  mètres.  Commune  au  Sikkim, 
4.800  mètres;  monts  Khasias,  1.500  à  1  800  mètres  ;  Nilgiris, 
1.500  à  2.400  mètres. 

Distribution  :  Régions  tempérées  de  l’hémisphère  nord. 

Arenaria  serpyllifolia  L.  —  France  :  Espèce  parisienne 
Vieux  murs,  lieux  sablonneux,  arides. 

Inde  :  Himalaya  tempéré  et  subtropical,  du  Népal  au  Ca¬ 
chemir;  Rohilcund  et  Panjab,  300  à  3.300  métros;  Thibet  occi¬ 
dental,  3.300  à  3.900  mètres. 

Dislrilmli .  \ 

Sagina  procumbens  L.  -  ■  France  :  Espèce  parisienne.  Lieux 
humides. 

Inde  :  Région  alpine  et  tempérée  de  l’Himalaya,  Thibet  occi¬ 
dental,  2.100  à  3  200  mètres,  s’élève  jusqu’à  4.800  mètres  dans 
le  Sikkim. 


Distribution  :  Zone  tempérée  des  deux  hémisphères. 
Spergula  arvensis  L.  —  France  :  Espèce  parisienne.  Mois- 


à  I’Indus,  300  à 


LE  NATURALISTE 


230 


Inde  :  Champs  cultivés  dans  les  diverses  régions  fraîches  de 
l'Inde. 

Distribution  :  Tout  l’hémisphère  nord. 

Spergula  penlandvci  L.  —  Comme  la  précédente. 

Spergularia  rubra  Pers.  —  France  :  Espèce  parisienne.  Ter¬ 
rains  sablonneux. 

Inde  :  Plaines  du  Panjab. 

Distribution  :  Nord  et  ouest  de  l’Asie,  Europe. 

Polycarpon  L.  —  Pas  d’espèce  commune.  Toutes  les  parties 
les  plus  chaudes  de  l’Inde.  Champs  et  terres  incultes.  ' 

POHTULACÉES 

Portulac'a  oleracea  L.  —  France  :  Espèce  parisienne.  Vignes, 
jardins,  décombres. 

Inde  :  Par  toute  l’Inde,  monte  dans  l’Himalava  jusqu’à 


Distribution  :  Tous  les  climats  chauds 
{A  suivre.) 


Hector 'Lèveillé. 


Les  Insectes  tertiaires  de  l’Amérique  du  Nord 

D’après  les  travaux  de  M.  Scudder 


Fig.  1.  — Prodryas  j/crsejdi one,  papillon  fossile  de  Florissant 
(de  la  famille  des  Nymphalidæ ),  de  grandeur  naturelle  A  et 
grossi  B  ;  C,  antenne  fortement  grossie. 


à  l’époque  tertiaire,  trouvés  jusqu’à  ce  jour  dans  l’Amérique 
du  Nord.  C’est  en  quelque  sorte  le  développement  de  l’impor¬ 
tant  travail  d’ensemble  que  M.  Scudder  a  publié  récemment 


(l  i  Tertiary  Insects  of  North  America  (Vol.  XIII  of  U.  S.  Geo- 
logical  Survey  of  lhe  Terrilories ,  F.-V.  Hayden,  Geologist  in 
charge),  Washington,  1890. 


en  rédigeant  le  chapitre  des  Arthropodes  dans  le  Traité  de 
Paléontologie  de  Zittel.  Toutefois,  ce  travail,  pour  être  com¬ 
plet,  devra  être  suivi  d’un  ou  de  plusieurs  autres  volumes,  car 
l’auteur  nous  prévient  dès  le  début  que  les  espèces  provenant 
du  riche  gisement  de  Florissant  et  appartenant  aux  ordres 
supérieurs  des  Insectes  (Coléoptères,  Diptères,  Lépidoptères, 
Hyménoptères)  ne  sont  pas  compris  dans  le  présent  volume. 
Quoi  qu’il  en  soit,  612  espèces  d’Arthropodes  sont  décrites  ici 
et  en  grande  partie  figurées.  Ce  nombre  se  répartit  comme  il 
suit  entre  les  différents  ordres  :  1  Myriapode,  34  Arachnides, 
06  Névroptères,  30  Orthoptères,  266  Hémiptères  (y  compris  les 
types  de  Florissant),  puis  112  Coléoptères,  79  Diptères,  1  Lépi¬ 
doptère  et  23  Hyménoptères,  provenant  des  autres  gisements. 

Il  ne  faut  pas  s’attendre  à  trouver  dans  ce  volume  la  des¬ 
cription  de  quelque  forme  étrange  et  de  grande  taille,  analogue 
à  celles  que  Brongniart,  en  France,  Scudder  lui-même  en 
Amérique,  ont  montré  avoir  vécu  à  l’époque  secondaire.  Comme 
nous  l’avons  fait  remarquer  ailleurs  (1),  et  à  l’opposé  de  ce  qui 
s'observe  pour  les  classes  les  plus  élevées  du  règne  animal  (les 
Mammifères,  par  exemple),  la  faune  entomologique  du  début  de 
l'époque  tertiaire  avait  déjà,  à  peu  de  chose  près,  le  faciès  et 
la  distribution  géographique  qu'elle  affecte  aujourd’hui.  Ce  fait 
est  surtout  frappant  quand  on  étudie  les  Coléoptères,  type  rela 
tivement  récent  et  qui  possède  à  l’époque  actuelle  des  repré¬ 
sentants  de  grande  taille  ( Dynastes ,  Goliathus,  Acrocimis,  Tita- 
ntts,  etc.),  confinés  dans  la  zone  intcrtropicale.  Jusqu’à  ce  jour. 


Fig.  2.  —  Prolibythea  vagabimda,  papillon  de  Florissant  (fa¬ 
mille  des  Libytheinæ)  ;  de  grand,  nat.  A;  ailes  grossies  B  ; 
tète  fortement  grossie  C. 

aucun  type  do  Coléoptères  gigantesques  n’a  encore  clé  trouvé, 
pas  plus  en  Europe  que  dans  l’Amérique  du  Nord,  dans  les 
couches  tertiaires  qui  renferment  tant  de  Vertébrés  d’une  taille 
colossale. 

L’intérêt  principal  du  livre  'le  M.  Scudder  est  dans  la  com¬ 
paraison  qu’il  établit  entre  les  insectes  tertiaires  de  l’Amérique 
du  Nord  et  ceux  décrits  des  gisements  contemporains  en  Eu- 

(1)  E.  Troukssart,  La  Géographie  zoologique,  18UU,  p.  217 
et  313. 


LE  NATURALISTE 


rope.  Si  l’on  met  à  pai't  les  nombreux  insectes  trouvés  dans 
l’ambre,  on  voit  que  l'Amérique  du  Nord  est  actuellement  plus 
riche  que  l’Europe  en  formes  tertiaires.  Le  seul  gisement  de 
Florissant,  en  une  seule  saison  de  recherches,  a  fourni  déjà 
plus  d’échantillons  qu’Hecr  n’en  a  trouvé  en  trois  ans  à 
(Eningen,  en  Bavière.  Dans  l'introduction  do  ce  volume,  l’au¬ 
teur  nous  donne  des  détails  sur  cette  localité  de  Florissant, 
devenue  si  rapidement  célèbre  par  scs  fossiles,  et  nous  fait  un 
tableau  de  sa  faune  encore  incomplètement  connue. 

Le  lac  tertiaire  de  Florissant  occupe  une  vallée  étroite  au  milieu 
des  montagnes,  à  l’extrémité  sud  de  Front-Rangé  dans  le  Colo¬ 
rado,  non  loin  du  Pic  de  Pike.  Le  fond  du  lac  où  se  sont  dé¬ 
posés  tant  de  débris  do  plantes  et  d’insectes,  est  formé  do  cen¬ 
dres  et  de  laves  volcaniques  ayant  plus  de  1S  mètres  d’épais¬ 
seur.  L’époque  de  ces  dépôts  doit  prendre  place  entre  la  fin 
du  Crétacé  et  le  commencement  de  l’époque  éocèno.  D’après  la 
flore,  si  bien  étudiée  par  Lesquereux,  le  climat  devait  être 
celui  des  Etats-Unis  du  Sud,  des  bords  septentrionaux  du  golfe 
du  Mexique,  notamment  de  la  Géorgie.  La  végétation, 
basse,  est  celle  d’une  vallée  de  montagne  :  un  s< 

(Sabal),  s’y  montre  au  milieu  de  nombreux  Conifères.  L’eau  du 
lac  devait  incontestablement  être  douce,  d'après  l'examen  des 
plantes  aquatiques,  des  larves  de  Libellules,  des  Coléoptères 
aquatiques  et  des  poissons  qu’on  y  trouve. 

Les  Coléoptères  de  Florissant  appartiennent,  pour  les  deux 
cinquièmes,  aux  Ryncliophorcs.  Les  Carabiques  ont  25  espèces 
bien  conservées,  tandis  que  les  Hydrocanthares  sont  plus 
rares  (6  csp.)  qu’on  ne  devait  s’y  attendre  d’après  la  nature  du 


les  Diptères  dominent.  Sous  ce  rapport,  Florissant  se  rap¬ 
proche  davantage  de  Radoboj  en  Croatie. 

Un  bon  tiers  des  empreintes  de  Florissant  se  rapporte  à  des 
Diptères.  —  Les  Hyménoptères 


leur  coloration  primitive  et  méin 
ils  étaient  parés  pendant  la  vie. 

Les  Lépidoptères  sont  rares  comme  partout.  Sur  huit  es- 
pèces,  dont  sept  ont  été  décrites  ailleurs  par  l’auteur  (1),  et  qui 
sont  toutes  des  genres  éteints,  sept  sont  des  Nymphalidæ, 
une  appartient  aux  Pieridæ.  Tous  1rs  Nwnphalidés  sont  du 
groupe  des  Vanesses,  à  l’exception  de  deux  espèces  appar¬ 
tenant  à  la  sous-famille,  rare  aujourd’hui,  des  lÀhystheinæ  : 
l'une  d’elles  forme  le  genre  nouveau  Barbarotheca.  Les  papil¬ 
lons  de  nuit  sont  mal  caractérisés,  et  l’on  a  trouvé  une  seule 
chenille. 

Nous  arrivons  aux  ordres  dont  les  formes  do  Florissant  sont 
décrites  dans  le  présent  volume.  Laissant  de  côté  les  Myria¬ 
podes  et  les  Arachnides  qui  présentent  peu  d’intérêt,  nous 
voyons  que  les  Névroptères  sont  moins  bien  représentés  qu’en 
Europe,  surtout  en  Odonates  (Libellules).  Un  Thysanourc 
remarquable  (Plànoeephalu. »),  type  du 
lostoma,  6  espèces  de  Termites  a 
éteints,  des  Ephémères,  ( 
d’une  espèce  de  Sialidm  (i Corydalites ),  enfin,  des  Trichoptères 
de  la  famille  des  Hydropsychidæ ,  caractérisés  d’après  la  dé¬ 
pouille  de  l’insecte  parfait  et  d’après  les  cases  où  vivaient  les 
larves  (. Indusia ).  représentent  cet  ordre. 

Les  Orthoptères  sont  peu  nombreux,  comme  dans  les  gise¬ 
ments  contemporains  d'Europe.  Les  Forficules  seuls  sont  abon¬ 
dants.  Les  Mantidæ  Tettigidæ  Dect'rcidæ,  Oryllidæ,  représentés 
en  Europe,  font  défaut  ;  un  seul  Phasmidc,  6  Acridiens,  5  Lo- 
custiens  et  :l  Grillons  sont  décrits.  Les  Blattes,  si  abondantes  à 
l’époque  secondaire,  n'ont  plus  que  4  genres. 

Les  Hémiptères  sont,  de  tous  les  ordres,  celui  qui  est  le 
mieux  représenté  à  Florissant,  et  la  description  de  ces  types 
nombreux  occupe  plus  du  tiers  du  volume.  Les  Homoptères  ont 
ries  types  de  toutes  les  familles,  à  l’exception  des  Stridulantia 
(Cigales),  soit  33  genres  et  120  espèces,  plus  du  double  de  ce 
que  l’on  connaît  en  Europe.  Sur  ce  chiffre,  il  y  a  peu  de  Coc- 
cidæ  et  de  Psyllidæ,  mais  les  Aphididæ,  Fulgoridæ,  Jassidæ  et 
Cercopidæ  sont  très  variés.  Le  sous-ordre  des  Hétcroptèrcs 
n’est,  pas  moins  remarquable  :  il  compte  ici  80  genres  et  loi  es¬ 
pèces  (contre  77  g.  et  201  esp.  en  Europe)  ;  mais  si  l’on  exclut 
les  types  de  l’ambre,  la  supériorité  absolue  reste  à  l’Amérique 
(l’Europe  se  trouvant  réduite  à  58  g.  et  162  esp  ).  Les  Lygæidæ 


les  Pentatomidæ  ont  un  nombre  à  peu  prés  égal  de  genres  et 
d'espèces. 

Ainsi  que  nous  l’avons  dit  en  commençant,  les  Coléoptères, 
Diptères,  Lépidoptères  et  Hyménoptères  décrits  dans  ce 
volume  n’appartiennent  pas  à  Florissant,  mais  à  d'autres 
gisements  Nord- Américains  plus  anciennement  connus,  tels  que 
ceux  do  White-River  (Colorado),  de  Green-River  (Wyoming), 
do  Scarboro  (Ontario),  de  Quesnel  (Colombie  anglaise),  etc. 

L’intérêt  qui  s’attache  à  cette  étude  nous  fait  dési 
que  l'auteur  la  complète  dans  un  second  volume  dont  il 
la  prochaine  publication. 

D'-  E.  Trouessart. 


DIAGNOSES  DE  MOLLUSQUES  NOUVEAUX 


—  Testa 

raliter  costata,  albo-flavida;  anfr.  13  leviter  convcxi,  primi 
slriis  duabus  prominentibus  carinati,  ultimus  1/3,  longitudi¬ 
nale  tequans,  striis  fortis  octo  cinctus;  sutura  vix  distincta  ; 
apertura  ovato-oblonga,  antice  lato  conaliculata.  Columclla 
incrassata,  subarcuata  ;  labro  acuto,  crenulato,  sinu  lato  ;  ca- 
nali  brevissimo.  Dimensions  :  long.  26  millim.  ;  diam.  9  millim. 

Coquille  fusiforme  à  spire  allongée,  cerclée  à  la  surface  de 
côtes  saillantes.  Ces  côtes,  au  nombre  de  deux  sur  le  premier 
tour,  augmentent  sur  les  tours  suivants  par  l’addition  de  côtes 
intermédiaires,  et  sur  le  dernier,  on  en  compte  de  huit  à  dix. 
Deux  d’entre  elles,  placées  près  de  la  suture,  sont  séparées 
de  la  partie  antérieure  par  un  large  sillon  qui  correspond  à 
l’échancrure  du  bord  externe  de  l’ouverture.  Dans  ce  sillon  se 
trouvent  deux  côtes  intermédiaires  ;  sur  des  individus  très  âgés, 


LE  NATURALISTE 


232 


les  côtes  antérieures  forment  près  de  l’ouverture  des  crûtes 
saillantes;  la  couleur  générale  de  la  coquille  est  blanc  jau¬ 
nâtre.  La  spire  est  formée  de  treize  tours  à  peine  convexes, 
déprimée  au  milieu  par  un  large  sillon.  Le  dernier,  qui  égalé  a 
peu  prés  le  tiers  de  la  longueur  totale  de  la  coquille  est 
étranglé  en  avant  par  un  canal  court,  large  et  profond.  L’ou¬ 
verture  étroite,  anguleuse  en  arrière  et  découpée  par  le  canal 
en  avant,  a  la  forme  d’un  ovale  allongé.  Son  bord  externe, 
découpé  dans  son  quart  postérieur  par  une  large  échancrure, 
se  prolonge  dans  sa  partie  antérieure  en  décrivant  une  courbe 
très  convexe,  arrondie  et  crénelée.  Le  bord  columcllairc,  très 
épais,  présente  une  saillie  médiane  sur  laquelle  on  aperçoit  une 
dent  que  l’on,  peut  apercevi 
Hab.  la  mer  et  le  golfe  d’Adcn. 

acuminato-tui 

Costis  7  oppo- 
interruptis.  Anfr.  11  vix  con- 
ti,  sutura  distincta  separati; 
ovalo-oblonga,  margine  columellaris  elongata,  incur- 
vata,  incrassata,  labio  simplice, 
viusculo  externe  spiraliter  tenuissime  costato.  E 


longue  et  turriculée,  blanc  jaunâtre  ou  jaune 
ornée  de  sept  côtes  longitudinales  très  saillantes  et 
de  très  fines  stries  circulaires  ;  la  spire  est  formée  de  onze  tours 
convexes,  séparés  par  une  dépression  large  et  profonde  au 
fond  de  laquelle  on  aperçoit  la  suture  ;  les  deux  premiers,  lisses 
et  brillants,  forment  un  petit  sommet  tronqué  à  la  pointe.  Les 
tours  suivants  sont  ornés  de  stries  circulaires  et  de  gros  plis 
qui  forment,  par  leur  réunion,  des  côtes  longitudinales  inter- 
par  la  dépression  suturale.  Ces  plis,  au  nombre  de 
■  les  premiers  tours,  sont  assez  souvent  de  huit  sur 
dernier,  celui-ci  finit  en  s’amincissant  par 
;ourt  et  échancré  à  la  base.  Beaucoup  plus  développé 
jurs  précédents,  il  mesure  à  peu  près  le  tiers  de  la 
totale  de  la  coquille.  Ses  côtes  saillantes  et 


taille, 


concave  en  arrière  où  il  finit,  par  un  tubercule  saillant,  est 
presque  rectiligne  en  avant  où  il  se  dresse  pour  former  le 
bord  gauche  du  canal;  le  bord  externe  convexe,  mince  et 
tranchant  et  doublé  en  dehors  d’une  forte  varice,  est  échancré 
par  le  sinus  large  et  profond  en  arrière,  et  en  avant  par 
sinus  plus  petit  et  moins  profond.  C< 
varie  entre  15  et  25  millimètres  de 
en  général  de  20.  Hab.  golfe  d’Aden. 

En  dédiant  cette  espece  à  M.  Ceccl 
à  Aden,  je  suis  heureux  de  lui  témoigner  toute  ma 
pathie  et  ma  reconnaissance  pour  tout  le  zèle,  et  le  dé 
ment  qu’il  a  mis  pour  faciliter  mes 


LE  CRIQUET  PÈLERIN 

Acridium  peregrinum  Oliv. 

Ses  métamorphoses.  Son  parasite  cryptogame 


( Suite  et  fin.) 

Au  commencement  de  juin,  j’ai  eu  la  bonne  fortune 
de  découvrir  un  parasite  cryptogame  sur  les  criquets 
pèlerins  qui  nous  envahissaient. 

Depuis  1878,  je  m’occupais  de  cette  question  des  para¬ 
sites  microscopiques  capables  de  tuer  les  insectes  nui¬ 
sibles,  et  j’ai  publié  à  ce  sujet  diverses  notes,  soit  en 
collaboration  avec  mon  beau-frère,  M.  Cornu,  professeur 
au  Muséum,  soit  seul. 

Mais  j’avais  vainement  essayé  de  reproduire  dans  des 
milieux  de  culture  des  champignons  du  groupe  des  Ento- 
mophthora. 

Le  11  mai  dernier,  M.  le  Moult  faisait  connaître  un 


parasite  cryptogame,  le  Botrylis  tenella  (1)  qu’il  avait 
recueilli  dans  le  département  de  l’Orne  et  qui  amenait 
la  mort  des  vers  blancs.  MM.  l'rillieux  et  Delacroix  mon¬ 
trèrent  que  ce  champignon  pouvait  être  cultivé  dans  des 
bouillons  ou  autres  milieux  de  culture. 

Aussitôt  après  la  note  de  M.  Le  Moult,  je  me  mis  eu 
campagne  pour  essayer  de  trouver,  sur  les  Sauterelles 
qui  nous  envahissaient,  un  parasite  analogue  à  celui  des 
vers  blancs.  Je  l’ai  trouvé  aussi  bien  dans  les  endroits  les 
plus  secs  que  dans  les  lieux  les  plus  humides.  A  Bordj 
Bouira,  à  Paleslro,  à  La  Reghaïa,  à  l’Arba.  et  aux  envi¬ 
rons  d’Alger,  de  grands  vols  de  Criquets  pèlerins  s’abat¬ 
taient  et  pondaient.  Après  les  pontes,  quelques  individus 
reprenaient  leur  vol,  tandis  qu’il  en  restait  un  grand 
nombre  sur  le  sol.  Ceux-ci  devenaient  languissants  et 
mouraient,  quelques-uns  après  avoir  pondu;  d’autres, 
en  plus  grand  nombre,  avant  d'avoir,  opéré  la  ponte. 

Dans  les  premiers  jours  de  juin,  je  recevais  de 
M.  Delacroix,  puis  de  M.  Le  Moult,  des  vers  blancs  tués 
par  le  Botrytis  tenella  et  des  cultures  de  ce  champignon 
sur  divers  milieux  solides  dans  des  tubes,  enfin  des  vers 
blancs  tués  par  le  Botrylis  bassania  de  M.  Lambert,  de 
la  Station  séricicole  de  Montpellier. 

Les  Criquets  pèlerins  que  j’avais  trouvés  morts  ou 
mourants  sur  les  lieux  de  pontes  portaient  tous  les  traces 
d’un  champignon  parasite.  Les  anneaux  de  l’abdomen 
n’étaient  pas  distendus,  comme  cela  se  présente  poul¬ 
ies  Criquets  tués  parles  Entomophthora.  On  remarquait 
sur  les  côtés  de  l’abdomen,  aux  points  de  réunion  des 
arceaux  dorsaux  et  ventraux,  de  petites  boursouflures 
brunâtres  et  d’un  aspect  gras,  puis  entre  les  anneaux  et 
à  la  base  des  pattes  de  la  troisième  paire,  là  où  les  tégu¬ 
ments  sont  plus  minces,  moins  chitineux,  on  voyait  un 
revêtement  blanchâtre. 

Ces  Sauterelles  mouraient  sur  le  sol,  ou  cramponnées 
aux  arbustes ,  aux  lierbes.  Dans  le  premier  cas,  leurs 
pattes  conservaient  la  position  qu’elles  avaient  avant  de 
mourir;  dans  le  second  cas,  elles  repliaient  leurs  pattes 
contre  le  sternum,  comme  cela  a  lieu  pour  les  Criquets 
entomophthorés. 

Examiné  au  microscope,  le  champignon,  qui  envahit 
principalement  les  organes  respiratoires,  se  présente 
sous  forme  de  mycélium  court  et  trapu,  peu  abondant, 
accompagné  d’un  grand  nombre  de  spores.  Celles-ci 
sont  de  deux  sortes  :  celles  qui  proviennent  des  pubes¬ 
cences  blanchâtres  sont  arrondies,  ou  ovoïdes  ou  plus 
allongées  et  alors  offrent  souvent  une  cloison  qui  amène 
un  étranglement;  leur  contenu  offre  des  granulations 
assez  réfringentes. 

J’annonçai  ma  découverte  à  l’Académie  le  8  juin  et 
dans  la  séance  du  15  juin  M.  Trabut.  donna  à  ce  champi¬ 
gnon  le  nom  de  Botrylis  acridiorum. 

Après  avoir  entrepris,  dès  le  9  juin  (le  jour  qui  a  suivi 
la  découverte  du  champignon),  des  cultures  dans  le 
laboratoire  de  la  station  agronomique  que  M.  Henri 
Paul,  préfet  d’Alger,  avait  mis  à  ma  disposition,  je  pou¬ 
vais  déjà  annoncer  à  l’Académie  le  22  juin,  que  j’avais 
obtenu,  avec  le  concours  de  M.  Jules  Marchand,  attaché 
au  laboratoire  de  la  station  agronomique,  de  bonnes  cul¬ 
tures  du  champignon  des  criquets  pèlerins. 

Tandis  que  je  publiaisces  résultats  positifs,  MM.  Kiinc- 


I  M.  Giard  pense  que  ce  Botrylis  tenella  Socc  n’est  autre 
chose  que  V harki  densa  Link,  mais  cela  n’est  qu’une  question 
secondaire  qui  n’enlève  pas  la  valeur  de  la  découverte. 


LE  NATURALISTE 


233 


kel  d’Herculais  et  Langlois  adressaient,  dans  la  même 
séance ,  c’est-à-dire  quinze  jours  après  la  découverte  du 
champignon,  une  Note  où  ils  indiquaient  que  des  expé¬ 
riences  analogues  les  avaient  conduits  à  des  résultats  né¬ 
gatifs.  Bien  qu’il  soit  question,  sans  aucun  doute,  dans 
cette  Note,  du  même  cryptogame,  les  auteurs  parlent  du 
Polyrhizium  Leptophyei  (Giard)  et  disent  qu’ils  avaient 
cru,  au  premier  examen,  être  en  présence  d’un  Empusa, 
(forme  du  genre  Entomophthora) ,  «  mais  alors  d’une  es¬ 
pèce  spéciale  ».  Les  spores  des  Entomophthorées  sont 
cependant  très  différentes  de  celles  qu’on  peut  observer 
sur  les  criquets.  Depuis,  M.  Giard  a  désigné  ce  parasite 
sous  le  nom  de  Lachnidium  Acridiorum.  Les  cultures  que 
j’ai  entreprises  montreront  si  ce  champignon  est  un 
Botrytis,  un  Isaria  ou  tout  autre  champignon. 

La  question  de  détermination,  tout  en  ayant  son  inté¬ 
rêt,  reste  un  peu  secondaire  dans  le  cas  présent.  Ce  qui 
•est  important,  c’est  :  1°  d’avoir  trouvé  un  champignon 
parasite  capable  de  tuer  les  criquets;  2°  d’avoir  pu  re¬ 
produire,  dans  des  milieux  artificiels  stérilisés,  ce 
champignon  parasite  ;  3°  d’obtenir  la  mort  des  criquets 
en  les  contaminant  directement  avec  les  spores  de  ce 
•cryptogame. 

M.  Künckel  s’est  attaché  à  montrer  que  l’épidémie 
était  bénigne  et  ne  tuait  qu’un  petit  nombre  d’acridiens. 
Cependant,  partout  où  j’ai  été,  je  l’ai  constatée,  aussi 
bien  dans  les  endroits  les  plus  secs  que  dans  les  lieux  hu¬ 
mides  (et  ces  derniers  ne  sont  pas  nombreux  en  été  en 
Algérie). 

11  est  évident  que,  normalement,  les  acridiens  ne 
meurent  pas  tous  de  cette  maladie,  car,  s’il  en  était 
ainsi,  nous  n’aurions  pas  à  nous  occuper  de  leurs  ra¬ 
vages  et  à  dépenser  tant  de  millions  pour  leur  destruc¬ 
tion.  Le  problème  consiste  précisément  à  généraliser 
une  maladie  qui  ne  se  trouve  habituellement  qu’à  l’étal 
sporadique.  Néanmoins,  dans  la  nature,  on  observe  par¬ 
fois  de  véritables  épidémies  qui  déterminent  la  mort  des 
criquets  adultes  sur  des  espaces  considérables.  A  l’Arba, 
j’ai  eu  l’occasion  d’étudier  une  de  ces  épidémies.  Un  vé¬ 
ritable  foyer  d’infection  occupait  une  superficie  de  plus 
d’un  hectare,  et  là,  les  acridiens  attaqués  par  le  champi¬ 
gnon  étaient  morts  ou  sur  le  point  de  mourir,  la  plupart 
des  femelles  sans  avoir  pu  opérer  la  ponte. 

D’autres  naturalistes  ont  obtenu,  au  moyen  de  cham¬ 
pignons  du  même  groupe,  des  résultats  satisfaisants. 
M.  Krassilstchick  a  pu  contaminer,  sur  une  grande  sur¬ 
face,  des  charançons  qui  attaquaient  des  champs  de 
betteraves  en  Russie  ;  une  usine  fut  même  créée  pour 
produire  des  spores  ( Isaria  destructor). 

M.  Le  Moult,  tout  dernièrement,  et  MM.  Prillieux  et 
Delacroix,  ont  montré  que  l’on  pouvait  propager  aisé¬ 
ment  par  des  cultures  un  champignon  du  même  genre  que 
le  nôtre,  qui  détermine  la  mort  des  vers  blancs  et  d’autres 
insectes  du  même  groupe  (.Isaria  densa  —  Botrytis  tenella ). 

La  muscardine  ( Botrytis  bassiana )  a  causé  de  grands 
dommages  dans  les  magnaneries  et  l’on  a  été  obligé  de 
lutter  contre  le  champignon,  qui  alors  détruisait  des 
insectes  utiles.  Chacun  connaît  les  mémorables  travaux 
de  M.  Pasteur  sur  ce  sujet. 

Ce  dernier  exemple  vient  montrer  que  la  possibilité 
de  la  destruction  des  insectes  nuisibles  et  par  consé¬ 
quent  des  criquets,  par  le  moyen  des  cryptogames  ento- 
mophytes,  est  un  point  acquis  en  principe,  et  nos  expé¬ 
riences  montrent  d’une  façon  précise  quelle  est  la  voie 
à  suivre  à  cet  égard. 


Si  l’on  considère  spécialement  la  lutte  contre  les  cri¬ 
quets  qui  ravagent  constamment  l’Algérie,  nous  estimons 
que  ce  n’est  pas  sur  le  littoral  seulement  qu’il  faut  pro¬ 
céder  à  leur  destruction.  C’est  dans  le  sud  de  l’Algérie 
qu’il  faut  aller  les  chercher,  les  étudier  et  les  arrêter. 
C’est  même  la  première  chose  qu’on  aurait  dù  faire. 
Lorsque  l’on  connaîtra  leur  point  d’origine,  alors  seu¬ 
lement  les  efforts  pourront  porter  leurs  fruits. 

Il  est  donc  à  souhaiter  que  l’on  organise,  à  la  fin  de 
cette  année  ou  au  commencement  de  l’année  prochaine, 
une  expédition  de  naturalistes  qui  iront  dans  le  sud  de 
l’Algérie  étudier  les  lieux  d’origine  des  criquets.  On 
pourra  alors  lutter  méthodiquement  et  d’une  façon  plus 
décisive  contre  ces  ravageurs  de  notre  colonie. 

Charles  Brongniart, 
du  Muséum  d'histoire  naturelle. 


LA  MUSIQUE  DE  LA  NATURE 

OISEAUX  CHANTEURS 

Sur  plus  de  dix  mille  espèces  d’oiseaux  il  ne  s’en 
trouve  pas  une  seule  qui  ne  possède  une  voix,  mais  il 
n’en  est  pas  moins  vrai  qu’il  n’en  est  que  doO  environ 
qui  méritent  le  nom  d 'oiseaux  chanteurs,  dans  l’accep¬ 
tion  véritable  du  mot,  en  d’autres  termes,  qui  sont  ca¬ 
pables  de  rendre  des  sons  caressant  notre  oreille  et  nous 
paraissant  agréables,  harmonieux.  Brehm  (1),  dans  son 
livre  sur  les  oiseaux  chanteurs,  n’en  compte  guère  que 
140  espèces.  D’autre  part,  Cari  Russ  (2)  dans  le  «  Règne 
des  Emplumés  »  montre  que  les  oiseaux  qui  chantent 
n’occupent  qu’une  place  restreinte  parmi  tous  les  oiseaux 
existant  en  ce  sens  que  le  nombre  de  ceux-là  est  de 
1,3  0/0,  ce  qui  tendrait  à  démontrer  d'ailleurs  que  les 
oiseaux,  en  tant  que  chanteurs  esthétiques,  sont  relati¬ 
vement  très  peu  nombreux,  presque  rares. 

Maintenant  que  nous  connaissons  le  nombre  total  des 
espèces  d’oiseaux  en  général  et  celui  des  chanteurs  en 
particulier,  la  question  qui  se  pose  est  celle  de  savoir 
quel  est  le  point  du  globe  terrestre  où  il  existe  le  plus 
d’oiseaux  chanteurs. 

Il  est  à  remarquer  que  les  zones  tempérées  sont  de 
beaucoup  plus  riches  en  oiseaux  qui  nous  occupent  que 
les  tropiques  et  les  régions  polaires.  C’est  qu’en  effet 
tandis  qu’en  Afrique  et  Amérique  tropicales  le  nombre 
des  oiseaux  qui  rendent  des  sons  musicaux  n’atteint 
guère  que  des  dixièmes  pour  cent,  dans  le  climat  tem¬ 
péré,  au  contraire,  sur  dix  espèces  d’oiseaux  il  y  en  a 
une  de  chanteurs.  C’est  ainsi  que  Lequë  en  énumérant 
les  oiseaux  de  notre  pays  désigne  le  nombre  total  des 
espèces  par  le  chiffre  287  et  celui  des  oiseaux  chanteurs 
par  30,  de  sorte  que  le  nombre  de  ces  derniers  en  France 
est  de  10,3  0/0.  D’un  autre  côté,  d’après  les  indications 
données  par  M.  Zograpli,  il  est  à  constater  qu’en  Russie 
et  plus  particulièrement  dans  la  zone  moyenne  les  oi¬ 
seaux  artistes  se  trouvent  dans  un  nombre  qui  se  rap¬ 
proche  sensiblement  de  celui  de  la  France. 

D’une  manière  générale,  presque  tous  les  oiseaux 
jouissant  d’une  voix  musicale,  harmonieuse,  appartien¬ 
nent  à  l’ordre  des  passereaux,  notamment  au  sous-ordre 

(1)  Aristotelcs.  Historiée  animalium,  liber  IV,  9.  Avium  gémis 
vocale  est.  Potissimumque  loquuntur  cæ  quibus  aut  inediocris 
linguæ  latitudo  aut  ipsa  lingua  tenuis  est. 

(2)  Cari  Russ.  Vie  gefiederte  XVelt.  Dresdcn  und  Leipzig, 
1887-88. 


LE  NATURALISTE 


234 


des  Oscines  que  l’on  nomme  oiseaux  chantears  pour  les 
distinguer  des  Clamatores  ou  oiseaux  criards.  Ceux-ci. 
en  raison  du  moindre  développement  de  leur  appareil 
vocal,  rendent  des  sons,  des  cris  uniques,  incohérents, 
saccadés.  Pour  ce  qui  concerne  les  oiseaux  ne  faisant 
par  partie  du  groupe  des  Passereaux  et  qui  n’en  sont 
pas  moins  capables  de  chanter  plus  ou  moins  agréable¬ 
ment,  il  convient  de  mentionner  quelques  Échassiers, 
notamment  plusieurs  représentants  de  la  famille  des  bé¬ 
casses  (Scolopacides).  Ces  derniers  rendent  un  siffle¬ 
ment  qui  rappelle  sensiblement  celui  de  la  flûte  piccola. 
L’Agamy  de  Guinée  que  nos  savants  français  ont  baptisé, 
à  juste  titre,  du  nom  d’oiseau-trompette  ( Psophia  crépi¬ 
tons)  donne  des  sons  hauts  et  traînants  dans  le  genre  de 
ceux  que  produit  le  trombone  de  basse;  lui  aussi  doit 
être  rangé  parmi  les  oiseaux  chanteurs.  Il  est  toutefois 
à  relater  que  dans  les  deux  derniers  cas,  bien  que  les 
sons  se  prêtent  aisément  à  être  saisis  par  notre  oreille 
et  à  la  notation  ou  reproduction  musicale,  ils  n’en  de¬ 
meurent  pas  moins  uniques,  saccadés,  en  un  mot,  sont 
loin  d’être  une  de  ces  mélodies  de  longue  durée  aussi 
délicieuses  que  variées  que  nous  fournit  de  temps  à 
autre  le  rossignol  ou  l’alouette. 

Ainsi  que  nous  l’avons  insinué  plus  haut,  la  faculté 
des  oiseaux  chanteurs  de  varier  leur  voix  et  de  fredonner 
des  airs  plus  ou  moins  musicaux  est  étroitement  liée  à  la 
constitution  de  leur  appareil  vocal.  Cette  dernière  con¬ 
sidération  a  échappe  aux  anciens  naturalistes  pour  avoir 
admis  à  tort,  avec  Aristote,  le  père  des  sciences  natu¬ 
relles,  que  la  voix  des  oiseaux  relevait  directement  de 
la  forme,  de  la  longueur  et  de  l’épaisseur  de  leur  langue. 
On  comprendra  facilement  l'erreur  des  partisans  d’Aris¬ 
tote  lorsqu’on  aura  tenu  compte  de  ce  fait  que  les  oi¬ 
seaux  produisent  leurs  sons  non  pas  dans  cette  partie 
de  la  trachée  qui,  chez  l’homme  et  les  mammifères, 
porte  le  nom  de  larynx,  mais  au  niveau  du  point  ou 
celle-là  se  divise  en  deux  branches  (bronches)  s’enga¬ 


geant  réciproquement  dans  les  poumons  droit  et  gauche. 
C’est  ce  point  de  la  trachée  qui  joue  un  rôle  capital  en 
l’espèce.  Il  ne  serait  peut-être  pas  inutile  à  l’effet  de 
mieux  comprendre  le  mécanisme  de  la  production  des 
sons  chez  les  oiseaux,  de  dire  un  mot'  sur  ce  que  l’on 
appelle  larynx  inférieur. 

On  sait  que  chez  les  animaux  en  question  il  existe 
deux  larynx  dont  l’un  porte  le  nom  de  supérieur  et 
l’autre  inférieur.  Le  premier,  tout  à  fait  rudimentaire,  est 
situé  comme  de  coutume  derrière  la  langue  sur  le  plan¬ 
cher  de  la  cavité  buccale  ;  il  est  homologue  aux  larynx 
des  autres  vertébrés  sans  toutefois  être  capable  de  pro¬ 
duire  dessons  et  ne  sert,  somme  toute,  qu’à  livrer  passage 
à  l’air  nécessaire  à  la  respiration.  En  ce  qui  concerne  le 
larynx  inférieur  ou  syrinx  on  lui  reconnaît  le  rôle  d’ap¬ 
pareil  vocal  et  il  doit  être  considéré  comme  une  acqui¬ 
sition  secondaire  particulière  aux  oiseaux.  Il  est  généra¬ 
lement  situé  au  point  de  jonction  de  la  trachée  avec  les 
bronches,  comme  on  peut  le  voir  sur  la  figure  ci-dessous, 
rarement  à  l’extrémité  postérieure  de  la  trachée  ou  sur 
les  bronches  mêmes.  Dans  le  premier  cas,  qui  est  le  plus 
fréquent,  c’est-à-dire  lorsque  le  larynx  est  broncho-tra¬ 
chéen,  l’union  des  anneaux  supérieurs  des  bronches 
avec  la  trachée  est  mobile  et  il  existe  un  système  de 
muscles  très  compliqué,  qui  détermine  la  tension  ou  le 
relâchement  de  membranes  vibrantes  (membranes  tym- 
paniformes  internes  et  externes).  Un  point  qui  est  aussi 
à  relever,  c’est  que  l’extrémité  inferieure  de  la  trachée 
présente  une  modification  toute  spéciale  ;  elle  constitue 
ce  qu’on  appelle  le  tambour.  Celui-ci  est  très  développé 
chez  les  oiseaux  aquatiques,  par  exemple  les  canards 
mâles,  et  présente  des  dilatations  asymétriques  fonction¬ 
nant  comme  appareil  résonnateur  et  que  l’on  désigne 
sous  le  nom  de  tympan  ou  de  labyrinthe.  En  outre,  l’ori¬ 
fice  inférieur  du  tambour  qui  conduit  dans  les  bronches 
est  divisé  dans  l’immense  majorité  des  cas  par  une  lan¬ 
guette  osseuse  qui  présente  à  ses  deux  extrémités  anté¬ 
rieure  et  postérieure  deux  appendices  recourbés  vers  le 
bas  et  constitue  de  la  sorte  un  double  cadre  sur  lequel  se 
trouve  tendu  de  chaque  côté  un  repli  de  la  membrane 
tympaniforme  interne  (membrane  vibrante  interne). 
Chez  les  oiseaux  chanteurs  il  s’ajoute  encore  au-dessus 
de  la  languette  un  pli  semi-lunaire  qui  n’est  autre  chose 
qu’un  prolongement  de  la  membrane  vibrante.  Pour 
compléter  la  description  de  'l’appareil  vocal,  disons  que, 
dans  de  nombreux  cas,  il  se  développe  aussi  sur  le  côté 
interne  du  tambour,  entre  les  deux  derniers  anneaux 
trachéens  le  plus  souvent,  ou  entre  les  deux  premiers 
demi-anneaux  bronchiques,  ce  qui  est  rare,  un  autre 
repli  membraneux  qui  est  connu  sous  le  nom  de  mem¬ 
brane  tympaniforme  externe  (membrane  vibrante  ex¬ 
terne). 

Voyons  maintenant,  cela  étant  établi,  quels  sont  les 
éléments  de  l’appareil  vocal  que  les  oiseaux  mettent  en 
jeu  à  l’effet  de  produire  des  sons,  ceux-ci  étant  des  mé¬ 
lodies  ou  bien  des  cris  aigus,  saccadés. 

La  majorité  des  physiologistes  s'accordent  à  recon¬ 
naître  que  la  voix  des  oiseaux  est  produite  principalement 
par  les  membranes  résonnantes  internes  qui  vacillent 
en  même  temps  que  le  pli  semi-lunaire,  grâce  à  l’ai r 
expiré,  et  en  partie  par  les  vibrations  des  bords  des 
membranes  tympaniformes  externes.  La  participation  à 
la  vibration  de  tel  système  de  membranes  ou  de  tel 
autre,  la  résonance  du  son  dans  la  trachée,  dans  les  os 
du  creux  et  de  la  poitrine  (chez  la  grue  et  le  cygne), 


Fig.  1.  — Larynx  inférieur  ou  Syrinx  de  Xenorhynclius  sene- 
yalemis  (d’après  G.  von  Hayek). 


LE  NATURALISTE 


235 


voilà  de  nombreuses  causes  ayant  pour  résultat  la  variété 
«le  timbres  et  de  nuances  que  nous  admirons  dans  le 
chant  des  oiseaux. 

Depuis  une  haute  antiquité,  à  commencer  par  le  nègre 
fétichiste  jusqu’aux  artistes  les  plus  éminents  du  monde 
moderne,  Ton  s’inclinait  devant  l'art  de  ces  petites  créa¬ 
tures  et  on  leur  rendait  hommage.  Que  de  merveil¬ 
leuses  œuvres  d’art,  dans  le  sens  rigoureux  du  mot,  a 
inspirées  ce  délicieux  concert  de  la  nature  !  Rappelons- 
nous  les  cris  sauvages  de  nuit  entrecoupés  par  des  lamen¬ 
tations  des  esprits  de  forêts  ou  de  déserts  dans  les 
«  Troyens  »  de  Berlioz,  notamment  le  passage  où  Énée 
et  üidon  courant  cherchent  à  se  mettre  à  l’abri  des  élé- 
ments  irrités.  Rappelons-nous  aussi  le  fameux  Adagio 
dans  la  sixième  symphonie  pastorale  de  Beethoven,  avec 
le  coucou,  le  rossignol  et  la  caille.  Et  le  «  Saint-Fran¬ 
çois  »  de  Lizt,  qui  comprend  si  bien  le  langage  des 
•oiseaux  ou  le  «  Vogel  als  Prophet  »  (oiseau  en  tant  que 
prophète)  de  Schumann,  de  leur  côté,  ne  sont  pas  dénués 
d’intérêt  non  plus.  Ce  sont  là  des  œuvres  où  les  auteurs 
se  sont  évertués  à  imiter  non  pas  le  chant  de  tel  oiseau 
ou  de  tel  autre,  mais  la  musique  de  la  nature  dans  son 
•ensemble.  A  côté  de  ces  œuvres  d’art  il  en  est  d’autres 
où  l’artiste  imite  d’une  manière  plus  ou  moins  exacte, 
d’autres  fois  avec  quelques  menus  détails,  le  chant  de 
plusieurs  oiseaux.  C’est  encore  le  rossignol  qui  a  eu  sous 
ce  rapport  le  plus  de  chances;  ses  trilles  sont  imitées 
par  Beethoven,  comme  nous  l’avons  mentionné  plus  haut, 
dans  sa  symphonie  pastorale,  de  même  que  dans  le 
«  Méphisto-Walzer  »  de  Lizt.  D’après  M.  Zograph,  le  cla¬ 
quement  du  rossignol  est  très  bien  saisi  dans  la  fameuse 
romance  de  Davidoff  «  Et  la  nuit,  et  la  lune,  et 
l’amour  ». 

Il  en  résulte  donc  qu’on  ne  manque  pas  de  reproduc¬ 
tions  musicales  de  différents  chants  d’oiseaux,  mais  il 
est  à  constater  qu’en  raison  de  l’impossibilité  de  repro¬ 
duire  exactement  le  timbre  et  certaines  nuances,  la 
plupart  de  ces  notations  laissent  à  désirer. 


Fig.  2.  —  Le  chant  de  l’alouette,  d’après  Lequë. 


Le  plus  heureux  à  c»  point  de  vue  se  trouve  être 
«  Lequë  »,  et  c’est  pourquoi  nous  croyons  à  propos  de 
donner  la  musicue  de  'alouette  et  du  loriot,  d’après 
ce  savant  auteur. 

(Les  doubles  lignes,  séparant  différents  motifs  de 
chant  de  l’alouette  et  du  loriot ,  indiquent  que  ces 
mélodies  sont  chantées  par  les  oiseaux  en  question,  à 
divers  moments  et  en  différentes  circonstances.) 

Que  les  oiseaux  rendent  des  sons  et  des  cris  divers 
suivant  les  circonstances  où  ils  se  trouvent,  cela  est 
connu  dès  le  début  de  l’existence  de  l’homme.  Tout  le 
monde  connaît  que  n’importe  quel  oiseau  lorsqu’il  pré¬ 
vient  ses  camarades  du  danger  commun  qu’ils  courent, 
crie  d’une  voix  tout  à  fait  différente  de  celle  dont  il  les 
convoque  à  partager  sa  proie  abondante.  Sa  voix  prend 
un  tout  autre  timbre  lorsqu’il  se  met  à  tranquilliser  la 
femelle  qui  protège  à  son  tour  les  petits  en  les  recou¬ 
vrant  de  ses  ailes.  Prenons,  par  exemple,  la  grive.  Comme 
le  pense  M.  Zograph,  celle-ci  dispose  de  sept  ou  huit 
voix.  C’est  ainsi  qne  le  mâle  de  la  grive  réserve  son  ail¬ 
le  plus  agréable  pour  le  moment  où  il  est  en  train  de 
faire  son  nid  en  compagnie  de  sa  femelle.  Dès  que 
celle-ci  s’est  installée  dans  le  nid  Ton  remarque  un  chan- 


Fig.  3.  —  Le  chant  du  loriot,  d’après  Lequë. 


gefnent  de  timbre  dans  les  voix  du  couple,  en  ce  sens 
qu’elles  deviennent  à  la  fois  plus  rudes,  plus  aiguës,  plus 
saccadées.  Quelque  temps  après  avoir  mis  au  monde  les 
petits,  la  femelle  s’amuse  à  gazouiller  un  air  doux,  pro¬ 
tecteur,  en  donnant  à  sa  progéniture  certaines  instruc¬ 
tions  en  ce  qui  touche  l’art  du  vol,  la  façon  dont  il  faut 
chercher  une  bonne  nourriture  et  un  abri  commode,  etc. 
Si,  par  malheur,  un  chasseur  apparaît  soudainement,  la 
femelle  se  met  immédiatement  à  sonner  l’alarme  d’un 
claquement  caractéristique,  afin  de  prévenir  ses  petits 
du  danger  menaçant  ;  au  cas  où  l’un  des  jeunes  s’oublie 
et  ne  fait  pas  autrement  attention  aux  signaux  de  la 
mère,  celle-ci  commence  à  craquer  d’une  voix  haute  et 
non  moins  caractéristique.  Enfin,  la  grive  blessée  rend 
des  sons  et  des  cris  hauts  et  glapissants,  quelquefois 
plaintifs,  surtout  lorsque  l’oiseau  est  poursuivi  par  le 
chasseur.  Ce  sont  là  des  variations  du  chant  des  oiseaux 
que  les  amateurs  appellent  la  langue  des  oiseaux.  Cette 
particularité  était  déjà  connue  d’Aristote  qui,  dans  son 
Historia  animalium,  fait  mention  de  plusieurs  cas  de  la 
vie  des  oiseaux  où  ils  chantent  et  crient  très  fortement 
et  énergiquement  (1). 

Pour  ce  qui  est  des  amateurs  du  chant  des  oiseaux,  cer¬ 
tains  d’entre  eux,  afin  de  provoquer  des  mélodies  de 


(1)  Liber  IV, cap.  ix.  Quædem  quoque  inter  pugnandum  voeem 
edunt  ut  coturnix;  alùc,  cum  pugnam  incunt,  provocantes 
(ut  perdrix )  :  nonnullæ  ctiam  victoriam  canunl,  ut  gallus. 
Maris  femimeque  cantus  in  quibusdam  idem  est,  ut  lucineæ  ; 
sillet  tamen  femina.  quam  diu  incubât  pullosque  cducat.  Sunt 
in  quibus  potius  canal  mas,  quam  femina,  ut  in  gcncre  galli- 
nacco  cl  coturnicum  :  feminæ  cnim  non  canunl. 


236 


LE  NATURALISTE 


plus  on  plus  musicales  et  harmonieuses,  s’évertuent  à 
varier  de  diverses  façons  les  conditions  d’existence  de 
leurs  petites  idoles.  C’est  ainsi  que  d’aucuns  et  principa¬ 
lement  ceux  qui  cherchent  à  obtenir  le  chant  du  rossi¬ 
gnol  font  des  crépuscules  artificiels  dans  la  cage  du  petit 
chanteur,  ce  qui  simule  une  lumière  précédant  le  soleil 
levant.  Les  amateurs  du  Harz,  d’après  M.  Lenz  de 
Schnepf entai,  distinguent  pour  les  serins  dix-neuf 
manières  de  chanter  dont  chacune  porte  un  nom  spécial. 
Le  chant  le  plus  recherché  en  Thuringe  s’appelle 
Schmalkader  Doppelschlag  (le  double  coup  de  Schmal- 
kader);  en  outre,  il  est  des  airs  de  serins  qui  portent 
respectivement  les  noms  de  Scharfer  Weingesang  (le 
chant  aigu  de  vin),  de  Reiter  (écuyer),  etc.  M.  Lenz,  dont 
l’autorité  en  cette  matière  ne  saurait  être  contestée,  pré¬ 
tend  avoir  constaté,  à  plusieurs  reprises,  que  les  oiseaux 
d’une  contrée  déterminée  sont  capables  d’apprendre  les 
airs  d’autres  oiseaux  de  passage,  si  bien  qu’il  n’est  pas 
rare  de  voir  les  oiseaux  dont  il  s’agit  oublier  le  chant 
qui  leur  est  propre  et  chanter  sur  celui  de  leurs  voisins 
passagers.  Voici  un  fait  qui  semblerait  corroborer  la 
manière  de  voir  de  M.  Lenz  :  En  1832,  les  serins  du  Harz 
ont  reçu  la  visite  des  oiseaux  de  Thuringe  dont  le  chant, 
très  réputé  d’ailleurs,  est  connu  sous  le  nom  de  «  Thu- 
ringer  Weida  ».  Au  bout  d’un  certain  temps  relativement 
très  court,  on  n’entendait  guère  le  chant  caractéristique 
des  sei'ins  du  Harz.  C’est  que  ces  derniers  ont  commencé 
par  imiter  certaines  notes  de  leurs  hôtes  et  ont  fini  par 
adopter  tout  à  fait  l’air  de  «  Thuringer  Weida  »  et  oublier 
le  leur. 

Ou  sait  que  la  faculté  des  oiseaux  de  s’approprier  le 
langage  de  leurs  confrères  s’explique  par  ce  fait  que  cer¬ 
taines  espèces  jouissent  de  la  propriété  d’imiter  des  sons 
musicaux,  des  cris  et  des  chants  d’autres  espèces  d’oi¬ 
seaux  ou  animaux,  voire  môme  le  langage  de  rkomme, 
comme  nous  l’avons  fait  remarquer  dans  notre  première 
étude  sur  la  musique  de  la  nature  (1).  Nous  n’avons  pas 
l’intention  de  conter  certaines  histoires  et  anecdotes  sur 
les  perroquets  et  les  étourneaux  parlant;  nous  nous  bor¬ 
nerons  seulement  à  faire  observer  que  le  nombre  des 
oiseaux  capables  d’imiter  des  sons  musicaux  et  le  lan¬ 
gage  n’est  pas  si  considérable  qu’on  le  croit  d’ordinaire, 
A  part  la  fameuse  grive  persifleuse  ( Mimis  polyglottus ) 
habitant  la  moitié  méridionale  des  États-Unis  et  le 
Mexique,  qui  se  distingue,  elle,  par  ses  facultés  d’imita- 
lionles  plus  prononcées,  et  l’oiseau  flûte  d’Australie 
( Gymnorhina  tibicen),  qui  est  à  même  d’apprendre  à  imi¬ 
ter  non  seulement  des  sons  uniques,  des  cris,  mais  aussi 
des  chansons  tout  entières  en  leurs  menus  détails, 
M.  Lequë  ne  compte  guère  que  sept  oiseaux  bons  imita¬ 
teurs,  en  ce  qui  concerne  la  France. 

A  en  croire  plusieurs  amateurs,  très  réputés  du  reste, 
il  y  aurait  moyen  de  développer  considérablement  les 
facultés  musicales  et  artistiques  des  oiseaux  :  l’on  n’au¬ 
rait.  qu’à  élever  ceux-ci  en  compagnie  de  bons  chanteurs 
pour  arriver  à  transformer  de  fond  en  comble  leur  chant 
ordinaire.  C’est  ainsi  que  le  fameux  menuisier  de  Paris 
M.  Chrétien  est  parvenu  à  modifier  considérablement  la 
voix  des  alouettes  qu’il  élevait  à  partir  de  1832.  Au  bout 
de  vingt-six  ans,  car  c'est  en  1878  qu’ont,  été  publiées  les 
observations  de  Chrétien,  il  apu  constater  que  chaque  nou¬ 
velle  génération  de  ses  alouetl  esavait  acquis  une  nuance 
particulière  dans  son  chant,  et  cela  crescendo  d’une  géné¬ 


ration  à  l’autre,  si  bien  que  la  voix  des  dernières  alouet¬ 
tes,  en  tant  que  mélodie  et  timbre,  ne  rappelait  en  rien 
celle  de  leurs  ancêtres. 

J.  Gutman. 


LA  TISCHERIA  COMPLANELLA,  Hubn. 

Microh’pidoptèrc ,  section  des  Tinéinêes. 

Le  chêne,  ce  roi  des  forêts,,  comme  on  se  plaît  à  l’ap¬ 
peler,  nourrit  une  multitude  d’insectes  de  toutes  sortes, 
soit  à  l’extérieur,  soit  à  l’intérieur  de  ses  organes.  Parmi 
ces  hôtes  intéressés,  il  en  est  un  dont  la  petitesse  n’attire¬ 
rait  guère  nos  regards,  s’il  ne  décelait  sa  présence  à  l’état 
de  chenille,  par  les  taches  dont  il  souille  les  feuilles  du 
géant  majestueux.  C’est  l’infime  petit  papillon  qui  a  reçu 
le  nom  de  Tischeria  complanella  Hubn. 

En  parcourant  aux  mois  de  septembre  et  d’octobre  les 
bois  où  le  chêne  croît  abondamment,  on  sera  certaine¬ 
ment  frappé  de  s’apercevoir  qu’un  grand  nombre  de 
feuilles  ont  leur  surface  maculées  de  taches  blanchâtres 
ou  de  couleur  feuille  morte.  Ces  taches  sont  déterminées 
par  la  disparition  de  la  substance  verte  ou  parenchyme 
de  la  feuille,  dont  l’épiderme  est  conservé  sur  les  deux 
faces.  La  même  feuille  porte  souvent  plusieurs  de  ces 
taches,  vers  le  centre  desquelles  se  trouve  une  plus  pe¬ 
tite  tache  ronde  très  nettement  accusée,  plus  blanche  que 
le  reste  de  la  surface  jaunie.  En  regardant  par  transpa¬ 
rence  une  feuille  ainsi  souillée,  c’est-à-dire  en  l’exposant 
entre  l'œil  et  un  endroit  du  ciel  bien  éclairé,  on  aper¬ 
cevra,  ordinairement  dans  la  petite  tache  ronde,  une 
toute  petite  chenille  courbée  en  cercle  :  c’est  la  chenille 
de  la  Tischeria  complanella  (Hubn.),  qui  vit  en  mineuse 
dans  l’intérieur  de  la  feuille,  qui  l’a  réduite  à  cet  état 
misérable  et  l’a  fait  se  dessécher  ainsi,  longtemps  avant 
l’époque  où  les  feuilles  jaunissent. 

Ouvrons  la  mine  creusée  par  la  petite  chenille  et  exa¬ 
minons  avec  soin  l’auteur  du  dégât  que  nous  mettons 
ainsi  en  lumière.  C’est  un  petit  ver  jaune  clair  de  a  à 
6  millimètres  de  longueur,  dont  les  segments  sont  très 
nettement  séparés  par  un  étranglement.  La  tête  est 
brune  et  triangulaire  :  elle  s’enchàsse  en  quelque  sorte 
dans  le  premier  segment  très  large,  coupé  carrément  en 
avant,  dans  lequel  elle  peut  s’enfoncer  presque  entière¬ 
ment  :  les  autres  segments  vont  ensuite  en  décroissant 
du  troisième  au  dernier  dont  l’extrémité  est  ordinaire¬ 
ment  brune  :  ce  dernier  segment  est  bien  plus  étroit  que 
les  autres.  La  tête  affecte  quelquefois  l’apparence  cordi- 
forme  :  les  mandibules  sont  fortes,  assez  saillantes  et 
très  distinctes  :  le  milieu  du  premier  segment  est  brun 
clair  :  le  Canal  alimentaire  se  détache  en  brun  sur  les 
derniers  segments.  La  chenille  est  apode,  un  peu  apla¬ 
tie,  composée  de  douze  segments  non  compris  la  tête:  le 
dessous  est  semblable  au-dessus  :  les  deux  derniers  seg¬ 
ments  se  distinguent  peu  l’un  de  l’autre  :  lu  troisième 
est  le  plus  large  de  tous. 

Cette  chenille  vit  ainsi  dans  la  feuille  ;  on  la  trouve 
très  fréquemment  à  l’automne  dans  sa  mine  où  elle 
passe  l’hiver,  que  la  feuille  reste  attachée  à  l'arbre  ou 
qu’elle  soit  emportée  par  le  vent  d’automne.  Quelque¬ 
fois  on  voit  sur  la  même  feuille  plusieurs  mines  ayant 
toutes  leur  cellule  blanche  et  ronde  ;  d’autres  fois  on 
voit  une  seule  mine  occupant  la  plus  grande  partie 
de  la  feuille,  mais  avec  deux,  trois,  quelquefois 
quatre  cellules,  dans  chacune  desquelles  une  chenille. 


(1)  Voir  le  Naturaliste  du  1"  janvier. 


LE  NATURALISTE 


237 


Ces  cellules  n’existent  pas  toujours  au  commencement 
de  la  vie  de  la  chenille  ;  au  mois  d’août  on  voit  souvent 
la  mine  occupée  par  la  chenille  sans  qu’il  ait  de  cel¬ 
lule  ronde.  Pendant  le  mois  d’octobre  la  chenille  a  at¬ 
teint  tout  son  développement  et  elle  se  tient  immobile 
dans  la  mine  :  mais  au  mois  d’août  on  peut  la  voir  man¬ 
ger,  en  regardant  la  feuille  par  transparence.  Lorsque 
les  feuilles  jaunissent  et  tombent,  la  mine  est  moins  vi¬ 
sible,  mais  la  tache  blanche  ronde  est  toujours  bien  dis¬ 
tincte.  Dans  certains  bois  un  très  grand  nombre  de 
feuilles  sont  habitées  par  les  Tischerias  ;  dans  d’autres  au 
contraire,  on  en  trouve  très  peu.  La  chenille  passe  l’hiver 
dans  sa  cellule  ronde  où  elle  demeure  engourdie,  ne 
faisant  de  mouvement  que  si  on  la  touche,  et  courbée  en 
cercle.  On  peut  ramasser  des  feuilles  tombées  où  la  che¬ 
nille  se  conserve  tout  aussi  bien  que  dans  celles  qui 
persistent  et  demeurent  attachées  à  l’arbre.  Ce  n’est  que 
pendant  le  mois  de  mai  que  la  chenille  se  métamorphose 
en  chrysalide.  Pourtant  on  trouve  encore  des  chenilles 
non  chrysalidées  et  vivantes,  à  la  fin  de  juin,  dans  les 
feuilles  recueillies  en  novembre  ;  mais  probablement, 
ce  sont  des  chenilles  peu  vigoureuses,  qui  n’ont  pu  su¬ 
bir  la  métamorphose  et  qui  finissent  par  mourir  sans  se 
chrysalider. 

Lanymphose  dure  environ  quinze  jours  etl’insecte  éclôt 
dans  le  milieudejuin,  laissant  l’enveloppe  de  la  chrysalide 
engagée  dans  l’épiderme  qui  constitue  la  cellule  ronde. 
Cette  chrysalide  est  d’un  brun  fauve  et  longue  d’environ 
trois  millimètres  à  quatre.  Quelques  chenilles  plus  pré- 


Fig.  1.  Feuille  de  chêne  minée  par  la  chenille  de  Tischcria 
complanclla.  —  Fig.  2.  Chenille  de  Tischeria  complanella 
très  grossie.  —  Fig.  3.  Tischeria  complanclla  (très  grossie). 


coces  se  chrysalident  dès  le  mois  d’avril,  mais  généralement 
pour  celles-là  la  nymphose  dure  un  peu  plus  longtemps. 
11  y  a  du  reste  bien  certainement  deux  générations  par 
an  de  ce  petit  papillon.  J’a.  en  effet  recueilli  dès  les  pre¬ 
miers  jours  d’août  des  feuilles  minées  renfermant  dans 
leur  cellule  ronde  des  chrysalides,  qui  quelques  jours 
après  m’ont  donné  le  papillon.  Dans  le  mois  de  juillet 
même  j’ai  pris  des  papillons,  mais  il  n’est  pas  certain, 
que  ce  ne  fussent  pas  des  insectes  de  l’année  précédente 
éclos  un  peu  tard  au  mois  de  juin.  Quoi  qu’il  en  soit,  la 
génération  qui  éclôt  en  juillet  ou  août,  paraît  être  bien 
moins  abondante  que  celle  qui  passe  l’hiver  à  l’état  de 
chenille  et  qui  n’éclôt  qu’au  printemps.  Au  mois  d’août, 
on  aperçoit  peu  de  feuilles  minées  par  les  Tischeria.  bien 
que  beaucoup  de  feuilles  de  chêne  soient  alors  minées 
par  des  chenilles  de  Lithocollet  is,  de  Gracilaires  et 
d’autres  espèces  mineuses.  On  trouve  du  reste  pendant 
les  mois  de  juin,  juillet,  août,  un  grand  nombre  de 
feuilles  minées  qui  sont  déjà  abandonnées  par  les  hôtes 
qui  les  ont  habitées.  Mais  c'est  au  mois  d’août  seulement 
qu’on  commence  à  trouver  dans  les  mines  faites  par  les 
Tischeria  complanclla,  des  chrysalides  vides,  le  papillon 
étant  éclos.  Puis  peu  de  temps  après  on  voit  de  nouvelles 
mines  qui  se  forment  et  dans  lesquelles  on  peut  obser¬ 
ver  les  chenilles  pendant  les  mois  de  septembre,  oc¬ 
tobre  et  novembre.  Ces  chenilles  ont  quelquefois  au¬ 
tour  d’elles  de  petits  grains  noirs,  qui  ne  sont  autres  que 
leurs  excréments  et  qui  serviront  avec  quelques  fils  de 
soie  à  confectionner  le  petit  cocon  léger  qui  enveloppe¬ 
ra  la  chrysalide. 

Le  papillon  a  de  huit  à  neuf  millimètres  d'envergure. 
Les  palpes  sont  grêles  et  très  petites  ;  la  trompe  est 
longue  et  très  élargie  à  la  base  :  la  face  est  nue  ainsi  que 
le  front,  mais  la  tête  porte  des  poils  ou  écailles  :  les  an¬ 
tennes  sont  assez  longues  et  annelées.  La  tète,  le  corse¬ 
let  et  les  ailes  supérieures,  sont  d’un  jaune  d’ocre  doré 
uni,  sans  taches  ni  dessins,  seulement  un  peu  plus  clair 
au  bord  interne  des  ailes.  La  frange  très  longue  est  de  la 
|  même  couleur,  un  peu  grisâtre  :  le  dessous  des  ailes  su¬ 
périeures  est  d’un  gris  noirâtre,  passant  au  jaune  vers  le 
bord  externe  :  les  secondes  ailes  très  étroites  cultri- 
l'ormes,  à  frange  très  longue,  sont  d’un  gris  noirâtre  en 
dessus  et  en  dessous  :  l’abdomen  est  de  la  couleur  des 
ailes  inférieures  :  les  pattes  sont  à.  peu  près  de  la  cou¬ 
leur  des  ailes  :  les  tibias  postérieurs  portent  de  longs 
poils  argentés. 

Bien  qu’enfermées  dans  leur  mine,  les  chenilles  de 
Tischeria  ne  sont  pas  à  l'abri  de  leurs  ennemis;  elles  sont 
souvent  dévorées  par  des  parasites  qui  vivent  dans  leur 
intérieur  et  de  leur  substance,  sans  cependant  arrêter 
leur  développement.  On  trouve  souvent,  à  côté  de  la 
Tischeria  en  chrysalide,  la  nymphe  d’un  très  petit  h  y- 
ménoptère  Chalcidite,  qui  donne  un  très  petit  insecte  à 
quatre  ailes  hyalines  sans  nervures,  les  ailes  supérieures 
munies  seulement  d’un  très  court  rameau  partant  de  la 
côte.  Ce  parasite  est  d’un  vert  doré  brillant  et  métal¬ 
lique  ;  la  tête  noire,  les  antennes  noires  aussi,  coudées  et 
composées  d’articles  assez  gros  ;  les  pattes  noires  à  ge¬ 
noux  et  quelques  autres  parties  blanchâtres.  Lorsqu’on 
trouve  dans  la  mine  la  chrysalide  de  ce  parasite  à  côté 
de  celle  de  la  Tischeria,  il  est  inutile  d’attendre  l’éclosion 
de  celle-ci,  sa  substance  a  été  dévorée  par  la  larve  du 
Chalcidite. 

La  Tischeria  est  encore  souvent  victime  d’un  autre  pa¬ 
rasite,  un  Braconide,  dont  on  trouve  aussi  le  cocon  desoie 


238 


LE  NATURALISTE 


blanche  dans  la  mine,  où  la  larve  a  dévoré  la  chenille  de 
laTischeria, 

La  chenille  de'  Tischeria  complanella  paraît  vivre  aussi 
dans  la  feuille  du  charme. 

E.  Pissot, 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  31  août  1891.  —  M.  Ad.  Chalin  présente  à  l’Aca¬ 
démie  le  dernier  fascicule  de  la  partie  de  son  Anatomie  com¬ 
parée  des  végétaux,  partie  relative  aux  Phanérogames  para¬ 
sites.  Il  en  prend  occasion  pour  indiquer  quelques-uns  des 
résultats  de  ses  recherches.  Dés  1840,  dans  sa  Thèse  inaugu¬ 
rale  à  l’École  de  pharmacie,  il  faisait  déjà  ressortir  l’utilité  de 
l'application  de  l’Anatomie  végétale  à  la  diagnose  des  familles, 
des  genres  et  des  espèces.  L’auteur  le  prouve  en  empruntant 
des  citations  à  son  dernier  travail  sur  les  Parasitos„ll  passe 
en  revue  un  certain  nombre  de  familles,  qu’il  serait  trop  long 
d’énumérer  et  dans  lesquelles  on  a  pu  établir  des  divisions 
bien  fondées  sur  des  caractères  anatomiques  intéressant  les 
différents  tissus.  L’auteur  termine  en  faisant  remarquer  les 
immenses  services  qu’a  rendus  l’étude  de  l’anatomie  des  végé¬ 
taux  appliquée  à  la  classification  et  qu’elle  est  appelée  à  rendre 
encore  malgré  l’opinion  émise  autrefois  par  les  maîtres  do  la 
science,  qui,  après  les  tentatives  infructueuses  de  Mirbel, 
déclaraient  qu’ori  ne  pouvait  pas  suivre  les  zoologistes  dans 
cette  voie. 

Séance  du  7  septembre.  —  Note  de  M.  A.  Chauveau  sur  la 
fusion  des  sensations  chromatiques  perçues  isolément  par 
chacun  des  deux,  yeux.  Cette  fusion  répond  à  un  fait  réel 
comme  l’avaient  pensé  Foucault  et  Régnault.  L’auteur  décrit 
longuement  les  expériences  qu’il  a  faites  avec  un  appareil  sté¬ 
réoscopique,  en  prenant  toutes  les  précautions  nécessaires 
pour  empêcher  l’antagonisme  des  champs  visuels  qui  fait  pré¬ 
dominer  alternativement  la  sensation  de  l’un  des  deux  yeux. 
C’est  pour  n’avoir  pas  tenu  compte  de  cet  antagonisme  que 
Helmholtz  concluait  que  la  fusion  des  couleurs  n’était  qu’une 
apparence,  un  acte  de  jugement  se  produisant  à  un  moment 
donné  de  la  lutte  des  deux  champs  visuels.  —  M.  Duchartre 
présente  une  note  de  M.  Pierre  Lesage  sur  la  quantité  d’a¬ 
midon  contenue  dans  les  tubercules  du  radis.  Le  radis  pris  au 
moment  où  on  le  consomme  d’ordinaire  contient  peu  ou  point 
d’amidon.  Il  en  est  tout  autrement  lorsque  la  plante  est  sou¬ 
mise  à  des  arrosages  salés  ;  l’amidon  so  développe  alors  dans 
le  tubercule  et  le  maximum  se  rencontre  dans  les  cultures 
aiTOsées  avec  de  l’eau  contenant  5  grammes  pour  1000  de  chlo¬ 
rure  de  sodium.  Les  radis  arrosés  à  20  grammes  pour  1000 
étaient  tués  par  le  sel. 

A.  E.  Malard. 


BIBLIOGRAPHIE 


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Bull.  Soc.  Nat.  de  Moscou.  1890,  pp.  269-287. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYR0LLE. 


PARIS.  —  IMPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13"  ANNÉE 


2*  Série  —  RI*  1  1  l 


13  OCTOBRE  1891 


COLONIES  HIBERNANTES  DE  CHAUVES-SOURIS 


Chacun  sait  que  l’on  trouve  quelquefois  des  Chauves- 
Souris  hivernant  en  colonies  plus  ou  moins  nombreuses 
dans  des  grottes,  des  carrières  souterraines,  des  souter¬ 
rains,  etc.,  fait  observé  chez  différentes  espèces  de  ces 
animaux  si  curieux.  Mais  c’est  particulièrement  dans  les 
légions  méridionales  de  la  France,  pour  ne  parler  que 
de  ce  pays,  qu’on  voit  de  telles  colonies,  parfois  compo¬ 
sées  de  plusieurs  milliers  d  individus  dormant  les  uns 
plus  ou  moins  près  des  autres. 

Dans  la  Normandie,  où  j’habite,  je  n’ai  observé  l’hiver¬ 
nage  des  Chauves-Souris  en  colonie,  malgré  denombreuses 
recherches  chiropte'rologiques,  que  dans  deux  carrières 
souterraines  calcaires,  situées  dans  le  département  de 
l’Eure  :  à  Pont-Audemer,  et  à  Saint-Samson-de-la-Rocque, 
commune  si¬ 
tuée  dans  les 
environs  de 
cette  ville. En 
oùtre,  ces  co¬ 
lonies  n’é¬ 
taient  com¬ 
posées  que 
d’une  seule 
espèce  :  le 
Rhinolophe 
grand-fer- à  - 
cheval  (  Rhi-, 
nolophui-fer- 
rum-equinum 
Schreb.),  qui 
est,  avec  le 
Vespérien 
pipistrelle 
( Vesperugo 
pipistrellus 
Schreb.)  , 
plus  com 

mun  des  Chi- Colonie  de  chauves-souris  (Rhinolophe  gr. 
roptères  uor- 
mands  ;  et  le 

nombre  des  individus  formant  chacune  de  ces 
ne  dépassait  point  180. 

Comme  simple  curiosité  d’Histoire  naturelle,  j’ai  eu, 
cette  année,  la  fantaisie  de  photographier  quelques-unes 
de  ces  colonies.  Cela  peut-être  a  déjà  été  fait,  mais,  à 
ma  connaissance,  on  n’a  pas  encore  publié  une  telle  pho¬ 
tographie. 

Si,  dans  certaines  conditions,  photographier  une  colo¬ 
nie  de  Chauves-Souris  plongées  dans  le  sommeil  hibernal 
ne  jprésente  pas  de  difficulté,  je  puis  dire  qu’il  n’en  a  pas 
été  de  même  pour  moi.  Il  m’a  fallu  gravir,  avec  d’en¬ 
combrants  appareils,  une  côte  très  rapide,  puis  les  in¬ 
troduire  un  à  un  dans  la  carrière  souterraine,  en  ram¬ 
pant  et  à  reculons,  pendant  une  petite  distance,  avant 
d’arriver  dans  les  différentes  chambres.  Quant  à  la  mise 
au  point,  —  rendue  fort  difficile  par  suite  de  la  presque 
impossibilité  d’approcher  une  lumière  tout  près  de  ces 
animaux,  qui  alors  se  réveillent  et  ne  tardent  pas  à  s’en¬ 
voler,  —  et  aux  autres  manipulations,  je  puis  affirmer 
qu’elles  ne  s’effectuent  pas  avec  la  même  aisance  que  dans 
un  atelier  de  photographe.  J’ajouterai  que  les  colonies  en 
question  étaient,  sauf  celle  représentée  par  la  figure, 

LE  NATURALISTE,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


sur  un  fond  quelque  peu  sombre, parsemé  de  silex  noirs, 
de  telle  sorte  que  les  Chauves-Souris  ne  s’y  détachaient 
pas  d’une  façon  nette. 

La  ligure  1,  obtenue  directement  sur  une  de  mes  pho¬ 
tographies,  représente  une  colonie  du  Rhinolophe  grand- 
fer-à-cheval  composée  d’environ  80  individus.  J’ai  pho¬ 
tographié,  le  12  mars  1891,  cette  colonie,  qui  passait 
la  saison  froide  suspendue  au  plafond  d’une  chambre 
basse,  dans  une  carrière  souterraine  calcaire,  à  Saint- 
Samson-de-la-Rocque  (Eure)  ;  j’ai  pris  mes  photographies 
avec  un  objectif  grand  angulaire  de  Steinheil,  et  par  un 
éclair  magnésique  puissant,  produit  avec  de  la  poudre 
de  magnésium  pure  brûlant  subitement  dans  la  flamme 
d’une  lampe  à  alcool  spéciale. 

Pour  ainsi  dire  le  seul  intérêt  de  la  ligure  1  réside  dans 
son  originalité.  Je  voudrais  qu’elle  engageât  plusieurs 
personnes  compétentes, placées  dans  des  conditions  bien 


que  celles  où 
je  me  suis 
trouvé,  à 
prendre  des 
photogra  - 
pliies  de  ces 
animaux  bi¬ 
zarres,  dor¬ 
mant  en  co¬ 
lonies.  Il  y  a 
là  un  intéres¬ 
sant  sujetd’é- 
tudes  photo¬ 
graphiques. 

J’ai  cons¬ 
taté  que  le 
Rhinolophe 
grand-fer- à - 
cheval  hiver¬ 
ne  parfois  , 
dans  une  mê¬ 
me  carrière 
carrière  calcaire,  souterraine  , 
à  l’état  isolé 
et  à  l’état  co. 

lonial;  les  colonies  étant  composées  de  mâles  et  de 
femelles.  Pourquoi?  Est-ce  parce  que  tel  et  tel  endroits 
leur  plaisent  d’une  façon  toute  particulière,  bien  que 
ces  endroits  ne  m’aient  paru  offrir  absolument  rien  de 
spécial  ;  mais  alors  pourquoi  ne  s’y  réunissent-ils  pas 
tous?Est-ce  uniquement  une  question  de  caractère,  les 
uns  étant  très  sociables  et  les  autres  aimant  la  soli¬ 
tude  ?  Est-ce  le  résultat  de  disputes  ?  Je  ne  sais. 

Au  cours  de  la  saison  froide,  les  Rhinolophes  grand- 
fer-à-cheval  dormant  en  colonie  se  réveillent  à  certains 
moments,  —  il  en  est  de  même,  évidemment,  des  indi¬ 
vidus  isolés,  —  et  se  transportent  dans  un  autre  endroit 
de  la  carrière  souterraine  ;  mais  j’ignore  si  tous  les  in¬ 
dividus,  isolés  et  groupés,  se  déplacent,  et  si  la  colonie, 
reformée  sur  un  autre  point,  se  compose  de  la  totalité 
des  individus  qui  la  formaient  précédemment  ou  même 
d’un  nombre  plus  élevé.  Je  suis  porté  à  croire,  sans 
toutefois  le  prétendre,  que  les  colonies  reformées  sont 
moins  nombreuses  en  individus  qu’elles  ne  l’étaient  au¬ 
paravant. 

Mon  excellent  ami  M.  A.  Duquesne,  savant  botaniste 
à  Pont-Audemer  (Eure),  a  bien  voulu  m’accompagner 


LE  NATURALISTE 


240 


dans  cette  fatigante  excursion,  "en  m’aidant  avec  une 
grande  obligeance.  Qu’il  reçoive,  à  cet  égard,  mes  très 
vifs  remerciements. 

Henri  Cadeau  de  Kf.r ville. 


LA  DESTRUCTION  DU  YER  BLANC 


Quand  le  Hanneton  n'est,  pas  victime  des  espiègleries  des 
écoliers,  et  que  la  main  de  l’homme  n’entrave  pas  l’œuvre  de 
la  nature,  il  ne  meurt  pas  sans  laisser  derrière  lui  une  nom¬ 
breuse  postérité  ;  il  s’accouple,  et  la  femelle  dépose  dans  la 
terre  le  fruit  de  ses  courtes  amours. 

Ce  sont  les  futurs  vers  blancs  que  les  agriculteurs  appellent 
tantôt  turcs,  tantôt  mans,  meunier,  etc...  Les  ravages  qu’ils 
causent  en  France  s’élèvent  annuellement  à  près  de  trois  cents 
millions  de  francs.  Ce  n’est  pas,  comme  on  voit,  une  bagatelle. 
Les  vers  blancs  s’attaquent  aux  racines  des  arbres  fruitiers, 
des  salades,  des  fraisiers,  et  font  leur  régal  des  pommes  de 
terre  et  des  betteraves.  Les  prairies  auxquelles  ils  s’attaquent 
ont  bientôt  fait  de  perdre  leurs  vertes  couleurs,  et  les  jardins 
qu’ils  visitent  prennent  un  aspect  désolé.  Pendant  deux  ans, 
ils  exercent  leur  dévastation;  constamment  en  mouvement, 
remontant  à  la  surface  du  sol,  et  s'enfonçant  de  nouveau  dans 
la  terre,  suivant  les  saisons.  Puis,  leur  dernière  course  ache  ¬ 
vée,  le  ver  se  change  eu  nymphe,  pour  se  transformer  enfin  en 
Hanneton. 

Jusqu’à  présent,  c’est  seulement  dans  cè  dernier  état  qu’il 
était  possible  de  l’atteindre  et  de  lui  faire  la  guerre.  Des  syn¬ 
dicats,  dits  de  hannetonnage  s’étaient  formés,  et  de  véritables 
battues  étaient  organisées.  On  secouait  les  arbres  sur  lesquels 
ils  se  réfugient,  et  les  hannetons,  en  tombant,  étaient  ramassés 
à  pleines  poignées.  Mais,  hélas  !  ils  ne  mouraient  pas  tous,,  et 
il  suffisait  qu’un  petit  nombre  survécût  pour  qu’une  génération 
nouvelle  naquît,  prête  à  venger,  sur  les  cultures  inolïensives, 
ses  ancêtres  massacrés. 

Le  hannetonnage,  tout#en  ayant  du  bon,  n’était  donc  qu  un 
palliatif.  11  atténuait  le  mal  sans  le  guérir. 

Nos  savants  viennent  de  trouver  un  véritable  remède. 

Un  jour  de  l’an  dernier,  le  président  du  syndicat  du  hanne¬ 
tonnage  de  Goiron  (Mayenne),  trouve  dans  un  champ  un  ver 
malade.  Il  se  rappelle  qu’un  chimiste  lui  avait  dit  que  les  vers 
blancs  pouvaient  bien  souffrir  d’une  maladie,  et  que  si  1  on 
arrivait  à  découvrir  des  vers  malades,  les  procédés  scienti¬ 
fiques  enseignés  par  Pasteur  permettraient  sans  doute  d’utiliser 
cette  maladie  pour  en  répandre  les  germes  dans  les  champs 
infestés  et  contaminer  les  vers  blancs. 

M.  Le  Moult  s’en  alla  donc  porter  ses  vers  atteints  do  ma¬ 
ladie  aux  mycologues  de  Paris.  M.  Giard,  de  l’Ecole  Normale, 
MM.  Prillicux  et  Delacroix,  de  l’Institut  agronomique,  les  exa¬ 
minèrent,  les  retournèrent  en  tous  sens,  et,  finalement,  décla¬ 
rèrent  que  la  maladie  était  un  champignon  parasite,  qu’ils 
baptisèrent  Botrytis  tenella. 

Ainsi  muni  d’un  état  civil,  le  champignon  parasite  ne  devait 
pas  rester  longtemps  sans  rencontrer  des  âmes  charitables 
pour  s’intéresser  à  son  sort. 

Au  lendemain  des  communications  faites  a  l’Académie  des  . 
sciences  par  les  savants,  MM.  Fribourg  et  Hesse,  26,  rue  des 
Ecoles,  entreprirent  dans  leur  usine  la  culture  en  grande  .sur¬ 
face  du  précieux  parasite,  et  ils  sont  arrivés  aujourd’hui  a 
fournir  aux  agriculteurs  les  spores  qui  tuent  le  ver  blanc,  sous 
une  formé  pratique  et'  d’un  usage  facile. 

Ces  spores  sont  renfermées  dans  des  tubes  en  verre  (1). 

Voici  la  façon  de  procéder  : 

1°  Prendre  une  centaine  de  vers  blancs  ri  1rs  mettre  dans 
un  plat  r II  terre  ou  en  l'aimer,  d’assez  grande  dimension  ;  le 
fond  du  plat  doit  être  tapissé  d’une  couche  de  terre  ou  de 
sable  d’environ  un  centimètre  d’épaisseur  et  légèrement  hu¬ 
mide  ;  l’enterrer  dans  un  endroit  frais  à  l’ombre. 

2°  Pulvériser  très  finement,  entre  les  doigts,  le  contenu  du 
tube,  et  le  répandre  sur  les  vers  blancs  contenus  dans  le  plat. 
Les  fragments  qui  ne  s'écraseraient  pas  sous  le  doigt,  seront 
mélangés  avec  un  peu  de  terre  humide,  et  seront  répandus  sur 
les  vers.  Chaque  ver  doit  être  touché,  par  la  poudre. 

3°  Recouvrir  le.  plat  avec  des  planches  sur  lesquelles  on 
étend  des  linges  humides,  ou  mieux  de  la  mousse  mouillée. 

(1)  Chaque  tube  coûte'  G  francs,  en  vente  aux  bureaux  du 
journal. 


4°  Au  hout  do  six  heures,  les  vers  sont  atteints  de  la  ma¬ 
ladie.  On  les  prend  un  à  un  et  on  les  disperse  dans  différentes 
parties  du  champ,  à  environ  20  centimètres  dans  le  sol,  en 
évitant  de  les  endommager.  On  les  enfonce  légèrement  en  les 
recouvrant  de  terre.  Choisir  de  préférence  lès  endroits  les 
plus  attaqués  par  les  vers  blancs  pour  y  placer  les  vers  blancs 
malades. 

Il  est  bon  de  conserver  quelques-uns  des  vers  qui  se  sont 
trouvés  dans  le  plat;  dans  ce  but,  les  placer  dans  un  pot  à 
fleurs  avec  de  la  terre  humide.  Les  vers  doivent,  au  bout  de 
quinze  jours,  être  morts,  gonflés  et  d’une  nuance  rose  clair. 

On  voit  que  c’est  assez  simple,  et  qu’il  n’est  pas  nécessaire 
d’ètre  un  grand  clerc  pour  débarrasser  les  champs  et  les  jar¬ 
dins  des  terribles  ravageurs  qui  sont  les  vers  blancs.  Un  peu 
de  soin,  d’application,  de  persévérance,  il  n’en  faut  pas  plus 
pour  utiliser  une  des  plus  belles  conquêtes  de  la  science,  que 
des  industriels  bien  outillés  ont  su  mettre  à  la  portée  de  tous. 

Tous  ces  efforts,  si  heureusement  combinés,  sont  une  nou¬ 
velle  manifestation  de  ce  que  peut  Taire  l’industrie  mise  au 
service  de  la  science,  et  sont  bien  faits  pour  provoquer  l’admi- 

Car  tout  cela  est  vraiment  admirable. 

La  découverte  elle-même,  et  la  rapidité  avec  laquelle  elle  a 
été  mise  au  point,  et  les  expériences  faites  d’après  des  mé¬ 
thodes  si  rigoureuses,  qu’elles  ne  laissent  aucune  place  à  l’in¬ 
certitude  ou  au  doute,  voilà  une  belle  page  à  ajouter  à  l’histoire 
de  cette  fin  de  siècle  ! 


UTILISATION  DE  L’ALFA 


Dans  deux  articles  précédents  nous  avons  exposé  les 
caractères  botaniques  de  l’Alfa  et  les  diverses  phases  de 
son  exploitation.  Il  nous  reste  aujourd’hui  à  étudier  la 
structure  des  feuilles,  les  caractères  morphologiques  des 
fibres  et  les  usages  auxquels  elles  sont  propres. 

La  feuille  sèche  d’Alfa  telle  que  le  commerce  nous  la 


Fig.  1 .  —  Coupe  d’une  feuille  d’Alfa. 

livre  est  à  peu  près  cylindrique,  par  rapprochement  des 
deux  bords,  de  telle  façon  qu’une  section  transversale 
de  cette  feuille  présente  le  contour  reproduit  par  la 
figure  1.  On  voit  que  la  face  inférieure  ne  présente  au¬ 
cune  saillie  tandis  qu’à  la  face  supérieure  se  dessinent 
très  nettement  7  nervures  principales  séparées  par  des 
sillons  profonds.  L’épiderme  de  la  face  inférieure  est 
lisse  et  dépourvu  de  stomates  ;  celui  de  la  face  supé¬ 
rieure  est  au  contraire  hérissé  de  poils  et  présente  des 
stomates  sur  les  côtés  des  nervures,  dans  les  points  où 
le  tissu  fibreux  fait  défaut  sous  l'épiderme.  Dans 
chaque  nervure  principale  on  rencontre  un  gros  fais¬ 
ceau  libéro-ligneux  avec  généralement  quatre  plus  petits. 
Ces  faisceaux  sont  englobés  dans  un  tissu  fibreux  qui 
réunit  celui  de  la  face  supérieure  à  celui  de  la  face  infé¬ 
rieure.  La  feuille  possède  ainsi  pne  charpente  fibreusq 


LE  NATURALISTE 


241 


très  développée;  mais,  comme  l’a  montré  M.  Trabut,  cette 
charpente  s’arrête  au  niveau  de  l’insertion  du  limbe  sur 


Fin-,  2.  —  Partie  de  la  section  transversale  d’une  feuille  d’Alfa. 

la  gaine,  ce  qui  permet  la  désarticulation  des  feuilles  en 
ce  point. 

L'épiderme  est  formé  de  cellules  allongées  alternant 
avec  des  cellules  plus  courtes.  Les  cellules  allongées 
dessinent  des  rectangles  dont  le  côté  le  plus  long  est 
parallèle  à  l’axe  de  la  feuille.  Ces  cellules  sont  d’ailleurs 
reconnaissables  à  leur  membrane  très  inégalement 
épaissie  et  non  pas  plissée  comme  on  le  dit  à 
tort.  Ce  caractère  ne  manque  pas  d’une  certaine  im¬ 
portance  car  on  retrouve  un  grand  nombre  de  ces 
cellules  épidermiques  avec  des  fibres  dans  les  pâtes  à 
papier,  ce  qui  permet  d’y  reconnaître  la  présence  de 
l’Alfa;  elles  ont  en  moyenne  une  longueur  de  70  n, 
et  environ  il  à  12s*,  de  largeur.  Avec  ces  cellules  on 
retrouve  aussi  parfois  des  poils  de  la  face  supérieure  ; 
ils  sont  lignifiés  comme  l’épiderme  et  présentent  géné¬ 
ralement  une  extrémité  un  peu  recourbée. 

Le  tissu  fibreux  de  la  feuille  d’Alfa  comprend  deux 
sortes  de  fibres  :  les  unes  situées  directement  sous  l’é¬ 
piderme  sont  complètement  lignifiées  ;  les  autres  situées 
plus  profondément  f  f  sont  presque  complètement,  cel¬ 
lulosiques  ;  mais  la  substance  qui  les  réunit  est  ligni¬ 
fiée  de  telle  façon  que  si  on  traite  une  section  transver¬ 
sale  par  le  chlorure  de  zinc  iodé  ou  le  chlorure  de  calcium 
iodé  on  distingue  nettejnent  un  réseau  jaune  (lignifié) 
englobant  les  fibres  cellulosiques.  Il  y  a  d’ailleurs  tous 
les  passages  entre  les  fibres  lignifiées  et  les  fibres  cel¬ 
lulosiques. 

Au  point  de  vue  de  la  forme  les  fibres  d’Alfa  repré¬ 
sentent  assez  bien  des  fuseaux  à  pointes  plus  ou  moins 
émoussées  ;  les  extrémités  ramifiées  m’ont  paru  très 
rares.  Sur  10  mesures  les  longueurs  des  fibres  isolées 
ont  été  1 ,680  h-,  i  ,380  f-,  920  n,  756  |r,  1,860 l,320n, 
1,560iil,  1,800  [i,  2,040  |i,  1,440  (i.  La  moyenne  de  ces 
nombres  est  de  1,485  (i,  c’est-à-dire  environ  lmm.  5, 

Ces  fibres  ont  une  section  polygonale  et  le  plus  grand 
diamètre,  au  milieu  de  la  longueur,  est  d’environ  10 


à  13  [i.  Leur  membrane  est  très  épaisse  et  assez  souvent 
le  canal  intérieur  est  à  peine  visible. 

Comme  on  le  voit  par  les  chiffres  cités  plus  haut,  la 
faible  longueur  des  fibres  d’Alfa  ne  permet  pas  de  les 
employer  pour  le  tissage  à  l’état  isolé  ;  ce  qu  on  utilise 
ce  sont  des  faisceaux  de  fibres  et  non  des  fibres  bien 
séparées. 

Les  industries  qui  emploient  l’Alfa  peuvent  l’utiliser 
à  l’état  naturel  pour  la  sparterie,  les  nattes,  la  vannerie, 
les  chaussures,  etc.,  ou  bien  à  la  suite  d’un  rouissage  in¬ 
complet  les  tissus  non  fibreux  sont  désorganisés  tandis 
que  les  fibres  incomplètement  séparées  forment  des 
faisceaux  qui  seront  utilisés  pour  faire  des  cordes,  des 
tapis,  des  tentures  et  des  étoffes  ;  malheureusement  ces 
tissus  sont  incapables  de  résister  aux  lessives  alcalines 
qui  dissocieraient  complètement  les  fibres.  Enfin  pour  la 
fabrication  des  pâtes  à  papier  les  fibres  sont  complète¬ 
ment  dissociées  par  des  agents  tels  que  la  soude  après  un 
traitement  mécanique  préalable. 

C’est  incontestablement  la  papeterie  qui  utilise  la 
plus  grande  quantité  d’Alfa.  Ce  textile  donne  en  effet  un 
papier  souple,  soyeux,  léger,  faisant  matelas  sous  les  ca¬ 
ractères  d’imprimerie,  .ce  qui  est  une  qualité  fort  re¬ 
cherchée  et  n’ayant  ni  la  sécheresse  ni  la  sonorité  désa¬ 
gréable  du  papier  de  paille.  C’est  à  l'emploi  de  la  pâte 
d’alfa  qu’est  due  la  supériorité  reconnue  des  papiers 
d’impression  anglais.  11  en  entre  une  grande  quantité 
dans  l’excellent  papier  du  Times. 

Malheureusement  l’industrie  française  ne  peut  guère 
recourir  à  l’utilisation  de  ce  succédané  du  chiffon,  car  la 
soude  et  le  chlorure  de  chaux  nécessaires  au  traitement 
de  l’Alfa  pour  la  préparation  de  la  pâte  à  papier  sont  à 
un  prix  trop  élevé.  Malgré  ces  conditions  défavorables  il 
existe  dans  notre  pays  quelques  établissements  où  l’on 
prépare  des  pâtes  d'Alfa  pour  des  papiers  de  luxe.  En 
Angleterre  le  prix  de  revient  de  cette  pâte  est  notable¬ 
ment  inférieur  à  celui  de  la  pâte  de  chiffons,  aussi  pres¬ 
que  tout  l’Alfa  d’Algérie  est-il  transporté  dans  ce  pays. 
C’est  ainsi  que  pour  l’année  1887  sur  83,000  tonnes  ex¬ 
portées  d’Algérie, 75, 000  étaient  destinées  à  l’Angleterre, 
2,600  à  la  France,  3,300  à  l'Espagne,  800  au  Portugal  et 
1,300  à  la  Belgique. 

L’étendue  de  l’article  que  nous  avons  consacré  à  l’Alfa 
serait  évidemment  exagérée  si  nous  avions  eu  seulement 
pour  but  de  prouver  que  cette  matière  première  ne 
peut  être  utilisée  chez  nous.  Ce  que  nous  avons  voulu 
montrer,  c’est  que  l’Algérie  renferme  une  mine  d’Alfa, 
que  des  milliers  d’hectares  sont  menacés  d’une  non- 
exploitation  parce  que  l’Angleterre  est  à  peu  près 
l’unique  pays  d’exportation,  et  que  les  indigènes  ne  ver¬ 
ront  malheureusement  pas  accroître  une  source  de 
revenus  qui  n’était  pas  négligeable.  Par  contre  les  in¬ 
dustriels  français  fabriquent  du  papier  avec  les  pâtes  de 
bois,  souvent  de  provenance  étrangère  —  la  Suède  et 
surtout  la  Norwège  nous  en  expédient  des  quantités  con¬ 
sidérables  —  alors  que  l’Alfa  de  notre  colonie  devrait 
venir  tout  naturellement  à  leurs  usines.  Et  tout  ceci  pour 
une  seule  raison  :  parce  que  les  produits  chimiques  né¬ 
cessaires,  soude  et  chlorure  de  chaux,  sont  à  un  prix 
trop  élevé.  C’est  encore  un  des  mille  exemples  des  in¬ 
convénients  que  présentent  les  tarifs  protecteurs  mal 
étudiés:  en  protégeant  une  industrie  on  en  détruit  une 
autre. 

Henri  Lecomte. 


242 


LE  NATURALISTE 


DESCRIPTION  DE  LÉPIDOPTÈRES  NOUVEAUX 


Pliægoptera  Minerva,  n.  sp.  65  millimètres.  Très  voisin 
de  Phægoptera  Mansueta  Edwards  (Biol.  Centr.  Ann.  pl.  10, 
fig.  1).,  mais  de  taille  plus  petite.  Les  supérieures,  semi- 
transparentes,  d’un  gris  terreux,  ont  les  nervures  bien  indi¬ 
quées  et  de  teinte  plus  foncée;  leur  base  est  ornée  de  trois 
petites  touffes  de  poils,  les  deux  supérieures. de  teinte  orange, 
l’inférieure  blanche;  un  peu  plus  loin,  Taile  est  traversée  par 
une  première  bande  irrégulière,  puis  immédiatement  par  une 
seconde  plus  large,  toutes  deux  s’arrêtant  à  la  sous-médiane; 
puis  vient  une  troisième  bande  plus  pâle,  suivie  d’une  qua¬ 
trième  mieux  marquée',  lesquelles  atteignent  le  bord  interne. 
Toutes  ces  lignes  sont  plus  fortement  indiquées  à  la  côte. 
Enfin,  une  large  bande  arrêtée  à  l’intérieur  par  une  ligne  dé 
zigzags  plus  foncés,  longe  le  bord  terminal.  Franges  noirâtres, 
coupées  de  jaunâtre  à  l’extrémité  de  chaque  nervure,  dessous 
comme  le  dessus,  mais  plus  pâle.  Inférieures  transparentes, 
finement  bordées  de  brun  sur  la  moitié  apicale  et  ayant  une 
frange  jaunâtre.  Palpes,  tète  et  collier  noir  et  orange;  ce  der¬ 
nier,  marqué  en  outre  de  deux  points  blancs.  Ptérygodes  orange 
bordés  de  noir  et  entourés  de  poils  blancs;  thorax  brun  clair. 
Abdomen  jaune  rougeâtre  en  dessus,  bordé  de  chaque  côté 
de  cinq  taches,  en  formes  de  coin,  blanches,  cerclées  de  noir  ; 
blanc  laiteux  en  dessous,  où.  il  est,  en  outre  marqué  de  deux 
séries  de  taches  jaunes  entourées  de  noir.  Une  Ç  très  fraîche, 
provenant  des  environs  de  Loja,  1891). 

Pluegoptera  Ergana,  n.  sp.  o  ’  3a  à  39  millimètres,  Ç  60 
à  64.  Les  supérieures,  transparentes  au  milieu,  n’ont  aucun 
dessin  et  sont  simplement  recouvertes  de  fines  écailles  jaune 
dore,  plus  densess  sur  les  bords  et  garnissant  bien  la  moitié 
extérieure  de  Taile.  (Il  est  probable  qu’au  moment  de  l’éclosion, 
les  écailles  recouvrent  également  la  partie  centrale,  mais  en  dis¬ 
paraissent  au  moindre  mouvement  des  ailes.)  Inférieures  trans¬ 
parentes,  également  un  peu  plus  opaques  à  leurs  extrémités. 
Nervures  jaunes  aux  quatre  ailes.  Franges  concolores.  Antennes 
jaunes,  plus  fortement  pcctinées  chez  le  a”.  Cuisses  de  la  pre¬ 
mière  paire  et  dessus  du  corps  d’une  belle  teinte  rouge  rosé  ; 
palpes  rouge  et  jaune  ;  front,  collier  et  ptérygodes  jaunes  semés 
de  quelques  poils  rouges  ;  pattes  et  dessous  de  l’abdomen  jaunes.  . 
Derniers  anneaux  de  l’abdomen  marqués  sur  les  côtés  de  touffes 
de  poils,  jaunes,  notamment  dans  la  Ç  j  où  ces  touffes  sont  en 
outre  finement  bordées  de  noir.  Deux  ’çf  et  trois  2  des  envi¬ 
rons  de  Loja,  1S90. 

Phægoptera  Medica,  n.  sp.  66  millimètres.  Dessus  des 
supérieures  brun  foncé;  avec  quelque  attention,  on  distingue 
en  teinte  sombre  une  tache  discoïdalc,  et  en  dehors  de  la 
cellule,  une  bande  transversale,  toutes  deux  fondues  dans  la 
teinte  générale  de  l’aile;  puis  aussi  quelques  traces  de  traits 
ochres  sur  les  nervures.  Dessous  des  supérieures  de  teinte  uni¬ 
forme  et  mate.  Inférieures  semi-transparentes  au  milieu,  grises, 
plus  sombres  sur  les  bords.  Franges  concolores.  Palpes,  tète  et 
antennes  brunes.  Collier,  dessous  du  thorax  et  dessus  du  corps 
rouge  rosé  et  garnis  de  poils  couleur  brique.  Ptérygodes  recou¬ 
verts  de  longs  poils  jaunes  ochracés.  Pattes  et  dessous  de 
l’abdomen  noirs.  Derniers  anneaux  de  l'abdomen  noirs  en  des¬ 
sus  et  frangés  transversalement  de  poils  rouges.  Une  P  des 
environs  do  Loja.  Cette  espèce  a  quelque  analogie  avec  Lopho- 
campa  Erebella  Mssn  et  se  place  à  côté  de  Phænoptera  ochra- 
ceator  Wlk. 

Hjalnrga  IVoguei,  n.  sp.  69  millimètres.  Ailes  blanchâtres, 
transparentes;  les  supérieures  complètement  entourées  d’une 
bordure  jaune  ochre  lisérée  de  noir.  La  bande  jaune  trans¬ 
versale  de  VHyalurga  Fenestra  Linn.  est  remplacée  dans 
cette  espèce  par  quelques  atomes  noirâtres  faisant  ligne,  mais 
ne  s’apercevant  que  sous  un  certain  jour.  Inférieures  bordées 
il.'  jaune  ..dire  liséré  de  noir  le  long  du  bord  terminal  ;  la 
bande,  très  mince  à  l’apex,  s’élargissant  vers  l’angle  anal.  Bord 
interne  et  côte  bien  garnis  de  poils  et  d’écailles  d’un  beau 
blanc  mat.  Palpes  droits  dépassant  la  tété,  noirs  dessus,  blancs 
dessous,  sauf  le  dernier  article  qui  est  tout  noir  ;  _tète  garnie 
de  poils  blancs  et  noirs;  collier  noir  bordé  de  blanc;  ptérygodes 
jaune  ocre  entourés  de  poils  bruns  ou  noirs  ;  dessus  du  thorax 
blanc  pur,  garni  de  chaque  côté  de  poils  bruns;  dessus  de  l’ab¬ 
domen  brun  ;  dessous  blanc  avec  une  raie  centrale  noire.  Des¬ 
sous  du  thorax  blanc  pur.  Pattes  noires  on  dessus,  blanches  en 
dessous.  Une  Ç  des  environs  de  Loja,  1889. 

P.  Doonin. 


Recherche  et  Préparation  des  Reptiles 

(Suite.) 

Empaillage  des  Reptiles.  —  Les  Sauriens  sont 
faciles  à  empailler,  mais  la  peau  doit  être  tenue  cons¬ 
tamment  humide  pendant  l’opération  ;  on  les  dépouille 
à  peu  près  comme  les  mammifères,  on  pratique  une  fente 
longitudinale  sous  le  ventre  et  on  la  prolonge  jusqu’à 
l’extrémité  de  la  queue  en  ayant  bien  soin  de  ne  pas  faire 
tomber  les  écailles  de  la  peau.  Si  néanmoins  il  y  en  a 
quelques-unes  qui  se  détachent,  on  les  recueille  et  on 
les  recolle  après  l’empaillage.  La  peau  de  la  tête  ne  doit 
pas  être  retournée,  on  défonce  la  voûte  du  palais  pour 
extraire  la  cervelle  et  les  yeux;  par  une  incision  sous  la 
mâchoire  on  arrache  la  langue,  etc...  ;  on  passe  sur  tout 
l’intérieur  du  corps  une  couche  de  préservatif;  on  disp  ose 
les  fils  de  fer  comme  pour  les  Batraciens  ürodèles  ;  puis  on 
bourre  le  sujet  et  on  recoud  l’incision  ventrale  ;  on  place 
les  yeux  artificiels  et  on  fixe  l’animal  sur  un  socle  en 
bois,  après  lui  avoir  donne'  une  attitude  naturelle.  On  le 
laisse  sécher,  puis  on  le  vernit  à  l’alcool. 

Certaines  espèces,  comme  les  Iguanes,  ont  une  crête 
membraneuse  sur  la  tête  ou  le  dos;  on  comprime  cette 
crête  entre  deux  petites  plaques  de  liège  ou  de  carton 
que  l’on  maintient  jusqu’à  dessiccation  complète;  on 
écarte  au  moyen  d’e'pingles  les  doigts  des  pattes,  comme 
on  le  fait  pour  les  Oiseaux  aquatiques. 

Les  serpents  demandent  beaucoup  de  précautions 
pour  être  préparés.  Quand  on  manie  le  corps  d’un  ser- 
pent  venimeux,  on  doit  éviter  d’être  blessé  par  une  de 
ses  dents.  Dans  ce  cas  on  fera  bien  d’arracher  provisoi¬ 
rement  les  crochets;  avec  une  pince  on  saisit  les  vési¬ 
cules  qui  renferment  le  venin  et  on  les  coupe  le  plus  près 
possible  de  la  mâchoire.  Lorsque  l’animal  sera  préparé 
et  desséché,  on  pourra  figurer  ces  vésicules  avec  de  la  cire 
et  y  implanter  les  crochets,  après  les  avoir  plongés  dans 
l’alcali  volatil. 

Il  arrive  fréquemment  que  les  Serpents  capturés  ont 
avalé,  grâce  à  l’élasticité  de  leurs  mâchoires,  un  animal 
volumineux  qui  forme  un  bourrelet  dans  l’intérieur  du 
corps.  Dans  ce  cas  on  saisit  le  serpent  par  la  queue  et  on 
le  tient  suspendu  la  tête  en  bas;  avec  la  main  gauche  on 
presse  au-dessus  de  la  grosseur  et  on  la  fait  descendre 
lentement  vers  la  gueule  où  elle  s’arrête  le  plus  souvent  ; 
alors  on  place  le  serpent  sur  une  table,  on  lui  distend 
avec  force  les  attaches  des  mâchoires  et  à  l’aide  d’un 
•crochet  introduit  dans  la  gorge  on  retire  l’objet  qui  aurait 
gêné  pendant  l’opération  de  l’empaillage. 

On  peut  empailler  les  serpents  par  deux  procédés  : 

«  On  étend  l’individu  sur  une  table,  le  ventre  en  haut 
et  la  tête  en  avant,  puis  appuyant  de  la  main  gauche  sur 
le  cou  du  reptile  afin  de  l’assujettir  en  position,  on  pra¬ 
tique,  avec  un  scalpel,  une  incision  longitudinale  sur  la 
peau  du  ventre.  On  donne  à  cette  incision  assez  d’étendue 
pour  que  le  dépouillement  s’exécute  sans  peine.  Ensuite 
on  dégage  le  corps  de  chaque  cêté,  en  appuyant  vers  le 
dos.  Arrivé  à  l’anus,  on  dépouille  la  queue  et,  lorsque 
cette  opération  est  terminée,  on  dépouille  le  cou  et  la 
peau  adhérente  au  bout  du  crâne.  On  coupe  la  tête  à  son 
articulation  avec  la  colonne  vertébrale  ;  on  enlève  les 
parties  charnues  qui  recouvrent  les  mâchoires  et  les  os 
'du  crâne.  On  arrache  ensuite  les  yeux  et  le  cerveau  ;  on 
met  de  l’étoupe  hachée  et  du  préservatif  partout  à  l’inté¬ 
rieur  et  on  retourne  la  tête  de  la  même  manière  que 


LE  NATURALISTE 


24.3 


pour  les  autres  reptiles  ;  ensuite  on  retourne  la  peau  du 
corps.  On  introduit  par  le  sommet  du  crâne  ou  par  la 
gueule  du  serpent  un  fil  de  fer  un  peu  plus  long  que  le 
corps  et  on  le  pousse  jusqu’à  l’extrémité  de  la  queue.  On 
bourre  ensuite  le  corps  avec  de  l’étoupe  ou  bien  de  la 
sciure  de  bois  et  on  fait  les  coutures  de  la  peau  en  ayant 
bien  soin  de  ne  pas  perdre  les  écailles,  qui  se  détachent 
assez  facilement.  On  finit  de  bourrer  la  gueule  et  on 
place  les  yeux.  »  (Capus.) 

Le  second  procédé  consiste  à  écorcher  les  serpents  par 
la  gueule  ;  oh  ouvre  fortement  les  mâchoires  en  profitant 
de  leur  extrême  facilité  de  dilatation,  qu’on  favorise  en¬ 
core  en  coupant  les  muscles  qui  les  réunissent;  on  pra¬ 
tique  à  la  base  du  crâne  une  incision  circulaire  qui  per¬ 
met  de  détacher  le  cou  à  sa  naissance.  Lorsque  le  tronc 
est  bien  détaché,  on  renverse  la  mâchoire  inférieure 
d’un  côté  et  le  crâne  de  l’autre  et  on  saisit  avec  des 
pinces  le  tronçon  qui  se  présente  à  l’ouverture;  on  le  tire 
à  soi  et  on  l'écorche  en  renversant  la  peau  jusqu’à  ce 
qu’on  parvienne  aux  dernières  vertèbres  qu’il  est  pru¬ 
dent  de  ne  pas  chercher  à  dépouiller.  Le  corps  étant 
complètement  dépouillé,  on  s’occupe  de  la  tête  :  par  un 
trou  pratiqué  à  la  partie  inférieure  du  crâne,  on  extrait 
la  cervelle  et  les  yeux,  en  ayant  soin  de  ménager  les 
plaques  caractéristiques  qui  couvrent  la  tête  et  qu’on 
pourrait  endommager  en  essayant  de  retourner  la  peau. 
On  enduit  tout  l’intérieur  de  la  peau  d'une  couche  de 
préservatif;  puis  on  prend  un  fil  de  fer  d’une  longueur 
proportionnée  à  celle  du  Reptile,  on  l’entoure  d’étoupe 
et  on  le  place  dans  la  peau,  qu’on  fait  remonter  par  des¬ 
sus  jusqu’à  ce  qu’elle  ait  recouvré  sa  forme  primitive; 
ce  fil  de  fer  doit  atteindre  jusqu’à  l’extrémité  de  la 
queue  sans  la  dépasser.  On  referme  les  mâchoires  et  on 
les  maintient  en  place  au  moyen  d’une  ligature,  on  pose 
les  yeux  artificiels  et  on  donne  au  sujet  une  attitude 
naturelle.  On  peut  le  monter  sur  des  tiges  de  cuivre,  le 
représenter  enroulé.  Dans  ces  deux  cas,  on  le  place  sur 
un  socle  en  bois.  Pour  les  grandes  espèces,  il  faut  cher¬ 
cher  surtout  à  leur  donner  une  attitude  qui  n’exige  pas 
une  place  trop  grande  dans  la  collection. 

Lorsque  le  serpent  est  en  position,  on  le  lave  avec 
soin,  puis  on  l’éponge  en  passant  à  plusieurs  reprises 
un  linge  bien  sec  sur  ses  écailles;  on  passe  ensuite  sur 
tout  le  corps  une  bonne  couche  d’essence  de  térében¬ 
thine  qui  a  l’avantage  de  hâter  la  dessiccation,  tout  en 
ravivant  les  couleurs  ternies  des  écailles.  Il  ne  reste  plus 
qu’à  le  vernir  à  l’alcool  et  à  le  placer  dans  la  collection. 

«  Les  yeux  des  Serpents  sont  recouverts,  comme  tout 
le  reste  du  corps,  d’un  épiderme  écailleux  qui  tombe  et 
se  renouvelle  chaque  année;  c’est  cette  écaille  qui,  en 
ternissant  un  peu  l’œil  de  ces  animaux,  leur  donne  ce 
regard  terne  et  sinistre  si  effrayant.  On  peut  remplacer 
cette  écaille  par  une  goutte  de  vieux  vernis  un  peu  épais 
et  mêlé  à  une  parcelle  de  vermillon.  C’est  surtout  dans 
les  Serpents  à  crochets  que  cette  méthode  produit  un 
effet  que  l’on  ne  soupçonnerait  pas  avant  de  l’avoir  em¬ 
ployée.  »  (Boitard.) 

Collection  de  Reptiles.  —  Cette  collection  se 
compose  de  deux  parties  :  les  sujets  empaillés  et  ceux 
conservés  en  alcool  ;  le  tout  peut  être  placé  dans  des 
vitrines:  les  flacons  doivent  être  fréquemment  visités 
pour  réparer  les  pertes  produites  par  l’évaporation  de 
l’alcool.  Il  est  prudent  de  tenir  les  Reptiles  à  l’abri  de  la 
lumière  qui  détériore  leurs  couleurs. 


Pour  la  classification,  on  peut  consulter  l’ouvrage  de 
Duméril  et  Bibron  :  Erpétologie  générale  ou  histoire  natu¬ 
relle  complète  des  Reptiles  et  celui  de  l 'Histoire  naturelle 
de  la  France  que  nous  avons  rédigé  sur  les  Reptiles  et  Ba¬ 
traciens  (2  francs  aux  bureaux  du  journal). 

Emballage  et  expédition.  —  On  doit  suivre 
pour  l’expédition  de  ces  animaux  les  indications  que 
nous  avons  données  pour  les  Batraciens.  Si  les  Reptiles 
sont  vivants,  il  faut  les  placer  dans  une  caisse  en  bois 
remplie  de  foin,  pour  éviter  le  ballottement;  les  pores 
du  bois  et  les  joints  de  la  caisse  laisseront  filtrer  assez 
d’air,  pour  que  ces  animaux  puissent  y  vivre  longtemps. 
Mais  on  ne  saurait  prendre  trop  de  précautions  pour  les 
Reptiles  venimeux,  et  nous  engageons  à  ne  jamais  expé¬ 
dier  ces  animaux  vivants. 

Les  Tortues  ne  réclament  aucun  soin  particulier, 
même  pour  un  voyage  d’environ  quinze  jours. 

Albert  Changer. 

COLLECTIONS  ETHNOGRAPHIQUES 

RAPPORTÉES  DE  MÉLANÉSIE 
par  le  Dr  François 
(Suite) 

L’habillement  des  indigènes  des  Nouvelles-Hébrides 
est  tout  à  fait  rudimentaire;  il  se  réduit  ordinairement, 
pour  les  deux  sexes,  à  une  ceinture.  Les  hommes  de 
Mallicolo  portent  une  large  ceinture  en  écorce  rigide, 
serrée  autour  du  ventre  à  l’aide  d’une  corde  en  fibres 
végétales  ;  en  outre  ils  entortillent  leur  membre  viril 
dans  une  bande  d’étoffe  dont  les  bouts  sont  ramenés 
sous  la  ceinture  de  façon  à  soulever  les  organes  génitaux 
(voir  fig.  1,  précédent  numéro).  Dans  I’ile  Espiritu  Santo 
la  ceinture  est  moins  large  et  un  court  tablier  d’étoffe 
y  est  suspendu  par  devant  (voir  fig.  1,  précédent  numéro;. 
Dans  la  même  île  on  porte  aussi  un  autre  costume,  assez 
bizarre  :  un  grand  ovoïde  en  bois  qui  se  met  transversa¬ 
lement  sur  les  lombes  et  des  deux  bouts  duquel  partent 
des  fils  de  perles  qui  couvrent  le  bas-ventre.  Comme 
ornement,  il  faut  citer  tout  d’abord  les  bracelets  en  fibres 
végétales  autour  des  bras  et  des  jambes,  utilisés  aujour¬ 
d’hui  pour  porter  la  pipe(iig.  2,  précédent  numéro),  puis 
des  colliers  en  coquillages,  en  prothorax  de  certains 
grands  insectes  ( Scarabæus ?)  (fig.  2,  pi.  II),  etc.  et  des 
pendeloques  en  dent  recourbée  de  cochon  (fig.  2,  précé¬ 
dent  numéro).  On  fait  exprès  dévier,  par  une  sorte  de 
massage,  les  canines  des  cochons  qui  ont  une  tendance 
à  sortir  en  dehors  de  la  bouche  ;  ne  s’usant  plus  contre 
les  dents  supérieures,  ces  canines  continuent  de  croître, 
se  recourbent  et  leur  extrémité  rentre  souvent  dans  la 
mâchoire,  au  voisinage  de  l’alvéole  de  la  dent,  formant 
ainsi  un  cercle  complet.  Dans  cet  état,  la  dent  est  portée 
comme  bracelet.  Notons  encore  comme  ornement  com¬ 
mun  aux  deux  sexes  les  peignes  garnis  de  plumes, 
(fig.  5  et  6,  pl.  II)  ou  de  dessins  tressés  en  paille  de  dif¬ 
férente  couleur.  La  forme  allongée  de  ces  peignes  dit- 
fère  de  celle  qui  est  la  plus  commune  dans  les  îles  Sa¬ 
lomon  (pl.  II,  fig.  4).  Certains  bracelets  que  l’on  ren¬ 
contre  surtout  dans  l’ile  Falé  sont  en  étoffe  et  portent  des 
broderies  en  zigzag  (fig.  I,  précédent  numéro);  les  petites 
pièces  de  coquille  de  différente  couleur  qui  servaient  jadis 
àfaire  cesdessins  sont  aujourd’hui  remplacées  par  la  ver¬ 
roterie  multicolore  importée  de  l’Europe.  Les  armes  prin- 


pi.  I.  —  ),  Mannequin  funéraire  de  Malicolo.  —  2, 
Malicolo.  —  7,  Sagaie  à  quatre  dents.  —  8,  Mr  — 
12,  Massue  de  l’ile  Mêle  (près  de  Faté).  1 
nette  de  l'ile  Espiritu  Sauto. 


Lances  do  Malicolo.  -  4,  Lance  d’Espiritu  Santo.  -  5,  6  Lances  de 
de  Malicolo.  -  9,  Massue  de  Faté.  -  10,  U,  Massues  de  Mahcolo  - 
13,  Marteau  pour  assommer  les  porcs  dans  les  cérémonies  (Malicolo).  —  1 1:  Henni- 


LE  NATURALISTE 


245 


cipales  sont  la  massue  etla  lance  ou  sagaie,  employée  plus 
communément  que  l’arc  et  la  flèche.  Les  formes  des  mas¬ 
sues  varient  à  l’infini,  mais  dans  chaque  île  ontrouvedeux 
ou  trois  types  qui  lui  sont  particuliers.  Nous  reproduisons 
sur  la  planche  I  les  formes  typiques  de  l'ile  Faté  (fig.  9), 
de  l’ilot  Mêlé  (près  de  Faté,  fig.  10)  et  les  deux  formes  les 
plus  communes  de  l’ile  Mallicolo  :  la  massue  plate  comme 


à  imiter  les  tatouages  et  porté  dans  une  case  spéciale 
appelée  case  des  chefs.  Ce  mannequin  peut  avoir  une,  deux, 
trois  têtes  si  le  chef  a  perdu  un  ou  deux  fils  ;  il  peut  aussi 
porter  des  sculptures  grossières  de  2, 4  ou  6  têtes  sur  des 
espèces  de  bâtons  perchés  sur  ses  épaules.  Détail  à  noter  : 
les  mains  du  mannequin  en  question  sont  simulées  par 
des  mâchoires  de  cochons.  Toutes  les  cérémonies  reli¬ 


une  rame  (fig.  11)  et  la 
massue  à  quatre  crêtes, 
en  hallebarde  (fig.  12.), 
ainsi  que  la  petite  massue 
de  commandement  (fig.  8) 
Les  sagaies  offrent  des 
formes  presque  aussi  va¬ 
riées  que  les  massues  :  la 
plupart  ont  leur  extré¬ 
mité  barbelée  en  os  hu¬ 
main  (fig.  3  à  5,  pi.  I), 


mais  il  y  en  a  aussi  à 
pointe  unie  (fig.  6.)  ou  à 
quatre  dents  (fig.  2  et  7 
de  la  même  planche).  Ce 
qui  varie  le  plus,  c’est  l’or¬ 
nementation  de  la  partie 
comprise  entre  la  hampe 
et  la  pointe  :  tantôt  c’est 
un  dessin  tressé  en  paille 
(fig.  2,  pl.  I),  tantôt  une 
tête  sculptée,  avec  des  or¬ 
nements  à  jour  (fig.  3  et 
7),  tantôt  des  touffes  de 
plumes  (fig.  b),  etc.  Les  ha¬ 
ches  et  herminettes(f.  14) 
sont  emplo  yées  plutôt 
comme  outils  que  comme 
armes;  cependant  on  s’en 
sert,  ainsi  que  de  certains 
marteaux  (pl.  I,  fig^  13) 
pour  assommer  les  co¬ 
chons  dans  les  cérémonies 


ayant  un  caractère  mys¬ 
tique  ou  religieux.  Nous 
employons  exprès  ces  ter¬ 
mes,  car  la  plus  grande 
partie  des  croyances  reli¬ 
gieuses  des  Néo-Hébri- 
dais  révèlent  un  caractère 
mystérieux  et  sont  basées 
sur  une  sorte  de  crainte 


indigènes  ont  peur  des 
ténèbres,  de  la  nuit;  ils 
ne  sortent  jamais  le  soir. 
Outre  cette  crainte  de  l’in 
connu,  leurs  idées  religieu¬ 
ses  se  bornent  à la  croyance 


Planche  II.  —  Ornements  et  parures  des  Mélanésiens.  —  I.  Masque  de  Mallicolo.  —  i.  Collier 

'■Il  prothorax  d’insectes  de  Sanu-Cni/..  —  :i.  Ki l'urine  modelée  sur  un  . .  (Mallieol,.  .  — 

4.  Peigne  de  Malaïta  (iles  Salomon).  —  ü  à  7.  Peignes  de  Faté  et  de  Mallicolo.  —  8.  Ornement 
de  poitrine  en  Tridachue  (Santa-Cruz).-  9.  Bracelet  en  dent  de  cochon  Nouvelles-Hébrides). 


aux  esprits  bons  ou  malfaisants,  à  l’honneur  desquels  on 
élève  des  temples  et  l’on  sacrifie  les  cochons.  Il  doit  exis¬ 
ter  chez  ces  insulaires  également  quelques  croyances  dans 
la  vie  de  l’autre  monde,  comme  le  montre  lacoutume  sui¬ 
vante:  à  la  mort  d’un  chef  on  l’enterre  ;mais  au  bout  d’un 
certain  temps  on  retire  son  squelette  :  la  tête  est  détachée 
pour  être  placée  sur  un  mannequin  fait  de  paille  et  de 
lianes  (fig.  1,  pl.  I);  le  tout  est  enduit  de  terre  glaise, 
peint  avec  des  couleurs  noire,  rouge  et  bleue,  cherchant 


gieuses  sont  accompagnées  de  festins  où  l’on  mange  beau¬ 
coup  et  pendant  lesquelles  on  exécute  des  danses  spé¬ 
ciales;  les  danseurs  principaux  portent  différents  orne¬ 
ments  :  des  faux  seins  en  noix  de  cocûl,  des  éventails  en 
écorce,  des  têtes  modelées  sur  coco  et  fixées  au  bout  d’un 
bâton  (fig.  3,  pl.  II)  et  surtout  des  masques  plus  ou  moins 
extraordinaires  (pl.  II  fig.  1). 

Les  missionnaires  protestants  etcatholiquesn’ont  réussi 
jusqu’à  présent  à  convertir  que  fort  peu  d’indigènes. 


LE  NATURALISTE 


246 


Outre  la  chasse  et  la  pêche,  l’agriculture  est  une  des  i 
ressources  principales  des  Néo-Hébridais.  Ils  cultivent 
l’igname,  la  patate,  le  taro  et  la  banane.  On  fait  une 
récolte  par  an.  La  façon  de  cultiver  est  tout  à  fait  primi¬ 
tive  :  l’indigène  se  borne  à  déblayer  le  terrain,  à  enlever 
les  mauvaises  herbes,  puis,  au  moyen  d’un  pieu,  il  creuse  j 
un  trou  profond  de  30  centimètres  dans  lequel  il  met 
l’exlrémité  d’une  igname  de  la  récolte  précédente,  extré- 


ils  les  cuisent  en  les  mettant  entre  des  pierres  rougies 
au  feu.  Pour  se  procurer  le  feu  ils  frottent  un  morceau  de 
bois  dur  sur  un  morceau  de  bois  tendre,  jusqu’à  ce  que  ce 
dernier  s’enflamme.  Il  va  de  soi  que  partout  où  les  Euro¬ 
péens  ont  passé,  l’usage  des  allumettes  s’est  bien  vite 
répandu  parmi  les  indigènes. 

La  boisson  ordinaire  est  l’eau  fraîche  ou  l’eau  de  la 
noix  de  coco.  Comme  boisson  fermentée,  il  faut  noter 


PI.  III.  —  Instruments.  —  I,  2,  3,  couteaux  en  bois;  4,  plat  en  bois:  5  à  8,  poteries  ;  9,  cuiller  en  noix  de  coco, 
le  tout  de  Espiritu  Santo. 


mité  qui  a  germé  et  a  quelques  racines;  la  banane  et  la 
patate  se  plantent  par  boutures.  Ce  sont  généralement 
les  femmes  qui  sont  chargées  des  travaux  de  la  terre, 
tandis  que  les  hommes  vont  à  la  chasse  et  à  la  pêche. 
La  base  de  la  nourriture  est  l’igname;  les  bananes,  les 
patates,  les  mollusques,  les  poissons  ne  viennent  qu’en 
seconde  ligne.  Les  jours  des  Sin-Sin  ou  fêtes  à  l’occasion 
de  la  récolte,  de  la  semaille,  etc.,  on  tue  des  porcs  et 
des  volailles.  Les  ignames,  râpées  sur  des  espèces  de 
claies  garnies  d’épines  ou  sur  des  râpes  que  les  indi¬ 
gènes  fabriquent  aujourd’hui  avec  des  boîtes  à  sardines, 
sont  transformées  en  une  sorte  de  pâte.  On  étale  ensuite 
cette  pâte  sur  des  plats  en  bois  tpi.  III,  fig.  4)  avec  des  cou¬ 
teaux  de  bois  qui,  s’ils  n’étaient  pas  si  grands,  ressemble¬ 
raient  à  s’y  méprendre  à  nos  coupe-papiers  (pi.  III,  üg.  1, 
2  et  3).  On  se  sert  aussi  parfois  de  cuillers  en  noix  de  coco 
(pl.  III,  fig.  9).  Sauf  les  indigènes  du  nord-oues  de  l’île 
Espiritu  Santo,  qui  fabriquent  des  poteries  de  différents 
modèles  fort  élégantes  (pl.  III,  fig.  a  à  8),  les  Néo-Hébri¬ 
dais,  comme  la  plupart  des  Océaniens  non  civilisés,  ne 
se  servent  point  de  vaisselle  pour  préparer  leurs  aliments  : 


le  cava  ou  kaiva  (d’importation  polynésienne)  ou  le  jus 
d'une  pipéracée  que  l’on  fait  fermenter  en  y  crachant  ; 
la  salive  agit  probablement  dans  ce  cas  par  sa  ptyaline. 
La  préparation  du  cava  est  réservée  aux  femmes.  Au  con¬ 
tact  des  blancs  plusieurs  indigènes  ont  appris  à  boire 
l’eau-de-vie  et  souvent  ils  deviennent  alcooliques.  Fem¬ 
mes  et  hommes  sont  très  friands  de  tabac. 

Les  Néo-Hébridais  vivent  par  villages  formés  de  10  à 
200  cases;  les  cases,  en  bambou  et  roseaux,  sont  couvertes 
d’un  toit  en  herbes  sèches  mêlées  de  feuilles  de  cocotier 
et  de  pandanus  tressées.  Comme  chez  tous  les  Mélanésiens, 
dans  chaque  village  il  y  aune  espèce  de  temple  «  la  case 
du  chef  »  dont  il  a  élé  fait  mention  plus  haut,  à  propos 
du  mannequin  funéraire,  et  une  case  destinée  a  1  habita¬ 
tion  de  jeunes  gens  célibataires  de  la  tribu.  A  l’intérieur 
des  cases  se  trouvent  d’immenses  sculptures  représentant 
des  têtes  humaines  qui  servent  de  fétiches. 

En  fait  d’art  on  cultive  le  dessin  et  la  sculpture  comme 
on  a  déjà  pu  s’en  apercevoir  à  propos  des  ornementations 
des  armes  et  des  objets  usuels.  Les  principaux  instru¬ 
ments  de  musique  sont  :  la  flûte  de  Pan,  la  trompe  en 


LE  NATURALISTE 


coquille,  la  flûte  en  bambou  et  les  énormes  tambours 
formés  de  troncs  d’arbres  creux  réunis  en  grande  quantité 
sur  les  places  réservées  aux  fêtes  et  aux  danses  publiques. 

l/état  social  est  le  même  que  dans  le  reste  des  tribus 
mélanésiennes  :  la  polygamie  ;  la  condition  misérable 
de  la  femme  ;  le  pouvoir  très  étendu  d’un  chef,  basé  sur 
quelques  usages  séculaires  comme  le  tabou  ;  les  guerres 
ou  plutôt  les  embuscades  continuelles  d’une  tribu  contre 
l’autre  ;  l'esclavage  qui  s’ensuit,  etc. 

J.  Deniker. 


UN  ENKYSTEMENT  IICOOT 

DUDISTOIUM  LANCEOLATUM  MEHL. 


jusque  prés  de  la  ventouse  médiane.  Los  parois  du  canal  sont 
contractiles  et  les  dilatations  vermiculaires  se  suivent  du  bord 
supérieur  vers  le  foramen.  On  dirait  qu’on  est  en  face  d’une 
vésicule  contractile  d’un  Radiolaire  quelconque,  seulement 
allongée. 

Perpendiculairement  au  canal  décrit,  et  sur  deux  rangées 
parallèles,  abouchent  de  petits  canaux  ciliés.  Le  courant  des 
cils  vibratiles  est  dirigé  vers  le  canal  central. 

Je  n’ai  pas  pu  observer  autre  chose  de  loin-  organisation  el 
après  les  détails  bien  intéressants,  surtout  sur  leur  appareil 
excréteur  que  je  viens  d’indiquer,  .il  nous  reste  à  chercher  la 
solution  de  cet  enkystement.  Et  pour  être  suivi,  il  me  semble 
utile  de  rappeler  en  peu  de  mots  l’évolution  connue  des  vers 


i,o  foie  de  i 


mouto 


Roumanie)  est  presque 


jour: 


bourré  de  Dislomes  et  des  deux  espèces,  hepatici 


lanceolatum. 

Le  29  mars  dernier,  vérifiant  dans  mon  laboratoire  de 
l’Université  les  préparations  du  système  nerveux  de  l’Ano- 
donta,  faites  parles  étudiants  de  ladite  école,  je  fus  frappé  de 
l’aspect  lactescent  et  grumeleux  de  la  base  du  pied  et  de  la  pé¬ 
riphérie  dés  glandes  reproductrices,  d’un  des  exemplaires  dis¬ 
séqués  . 

Sous  le  microscope,  chaque  grain  pris,  de  l’endroit  indiqué, 
sc  présentait  comme  un  kyste  rempli  de  fines  granula¬ 
tions  graisseuses,  entourant  un  certain  nombre  de  vers,  impos¬ 
sibles  à  reconnaître.  On  voyait  tout  au  plus  deux  gros  sacs  à 
rayures,  s’emboîtant  et  dans  un  espace  très  limité,  plus  obscur, 
on  apercevait  les  vers  qui  remuaient,  sans  pouvoir  les  distinguer. 

En  exerçant  une  toute  petite  pression  sur  la  lamelle  couvre- 
objet,  et,  à  plusieurs  reprises,  crevant  un  certain  nombre  de 
kystes,  je  me  suis  convaincu  qu’ils  renfermaient  sans  excep¬ 
tion,  pour  cinq  vers  distomes,  deux,  rarement  trois,  bien  déve¬ 
loppés  et  trois,  dans  un  état  d’atrophie  graduelle. 

Les  gros  vers  portaient  appendu  à  leur  extrémité  cau¬ 
dale  un  des  sacs  à  rayures  qu’on  apercevait  à  travers  la 
membrane  du  kyste  et  dont  ils  se  débarrassaient  assez  rapide¬ 
ment  pour  s’élancer  dans  l’eau.  Les  atrophiés  avaient  aussi 
d’attaché  un  tout  petit  sac  et  leur  ventouse  médiane  était 
assez  proéminente,  comme  pêdonculée.  Ceux-ci,  une  fois  hors 
du  kyste,  restaient  sur  place,  si  ce  n’est  le  plus  gros  d’entre  eux, 
qui  essayait  en  quelque  sorte  de  sc  distendre,  car  tous  sont 
courbés  sous  l’enveloppe  commune. 

Les  gros  vers  ont  tous  les  caractères  du  D.  lanceolatum , 
excepté  la  taille  et  l'organisation  complète  des  glandes  repro¬ 
ductrices. 

U  ouverture  buccale  fendue  transversalement  au  milieu  de  la 
ventouse  du  bout  allongé  du  corps  ventouse  buccale),  a  sa  lèvre 
inférieure  très  mobile,  et  suivant  qu’elle  s’éloigne  ou  s’approche 
de  la  lèvre  supérieure,  l’ouverture  gagne  ou  perd  en  largeur. 
Quand  les  lèvres  se  rapprochent,  on  aperçoit  des  rayures  sur 
l’inférieure  dues  à  son  plissement. 

Au  pharynx,  suit  un  oesophage  assez  long,  puis  l'intestin  sous 
forme  do  cæcums,  descendant  jusqu’à  l’extrémité  caudale,  plus 
renflée  que  le  bout  opposé.  Pendant  les  contractions  du  corps, 
les  cæcums  intestinaux  prennent  des  plissements  tels,  qu’ils  ne 
laissent  aucun  doute  sur  leur  isolement  au  milieu  des  autres  vis¬ 
cères.  Le  tube  digestif  a,  non  seulement  des  parois  propres, 
mais  il  est  libre,  au  moins  dans  sa  plus  grando  partie,  do  toute 
adhérence  avec  les  parois  de  la  chambre  viscérale.  Les  cæcums 
intestinaux  ne  portent  aucune  ramification. 

La  ventouse  médiane,  trois  fois  plus  volumineuse  que  la  buc¬ 
cale  a  les  bords  internes  de  la  cupule  garnis  d’une  membrane 
assez  mobile,  qui  lui  donne  l’apparence  d’une  perforation.  Si 
jamais  les  dénominations  de  distome  et  de  trématode  données 
à  ces  vers  ont  leur  justification,  c’est  bien  le  cas  avec  ces  spé¬ 
cimens.  Cette  ventouse  est  plus  rapprochée  de  l’extrémité 
caudale,  à  l’opposé  de  ce  qu’on  observe  chez  les  lanceolatum 
adultes. 

Au  bout  caudal  on  aperçoit  fort  bien  le  foramen  caudale , 
large  et  béant,  par  lequel  le  Distomc  était  attaché  au  sac  duquel 
il  vient  se  débarrasser.  La  délivrance  des  vers  a  lieu  sans  déchi¬ 
rement  par  une  simple  dilatation  du  foramen  caudale,  lâchant 
une  papille  par  laquelle  le  sac  était  appendu  au  corps  de  l’ani- 


A  l’intérieur  d’un  œuf  se  forme  une  larve  ciliée— protc 
—  semblable  à  un  infusoire  et  reconnaissable  à  la  croi 
qu’elle  porte  sur  une  des  faces. 


Au  foramen  suit  un  canal  qui  parce 


ûlieu  du  corps, 


A  l’intérieur  du  proloscolex  et  par  voie  agame.  naissent  un 
certain  nombre  de  petits  —  deutoscolex  —  lesquels,  une  fois 
hors  du  corps  de  leur  mère  et,  soit  sous  la  forme  de  Sporo- 
cystes  (sans  tube  digestif),  soit  sous  celle  de  Redi  (à  cæcum  in¬ 
testinal),  pénétrent  dans  l’organe  respiratoire  d’un  Mollusque 
quelconque.  , . 

A  l’intérieur  des  (leutoscoléaTél  toujours  par  voie  agame  s  or¬ 
ganisent  lies  larves  —  cekcair.es  —  à  queue  ayant  presque  la 
forme  des  tréinatudes  adultes.  Grâce  à  un  aiguillon  porte  sur 
l’extrémité  libre,  chaque  cercaire  pénètre  cl  s’enkyste  dans  les 
tissus  d’un  animal  ou  végétal,  destinés  à  être  mangés  par  un 
autre  animal  à  l’intérieur  desquels  les  cercaires  prendront  les 
caractères  définitifs  des  adultes.  Pendant  l’enkystement,  les 
cercaires  perdent  l’aiguillon  et  la  queue  dont  ils  sont  porteurs. 

Si  nous  nous  demandons  à  quel  état  évolutif  se  trouvent  les 


kystes  décrits,  je 


que  i 


,‘st  à- celui  de  deutoscoi.kx 


■ers  de  l’intérieur  représentent  autant  de  cercaires,  nés  par  voie 
a"ame  à  l’intérieur  des  sporocystes  réduits  à  dés  sacs  a  parois 
minces  et  remplis  de  granulations  graisseuses.  Ils  diffèrent  des 
cercaires  classiques,  si  je  puis  m'exprimer  ainsi,  par  1  absence 
de  l’aiguillon  frontal  et  l’aspect  de  leur  appendice  caudal. 

Vu  le  nombre  incalculable  des  kystes,  il  faut  supposer  qu’une 
foule  de  Sporocystes  ont  pénétre  probablement  à  l’intérieur  des 
corps  Bajanie.ns  de  l’Anodonte  parles  orificesdont  ils  sont  por¬ 
teurs  et  de  là,  dans  le  système  lacunaire  de  la  base  du  pied  et 
de  la  masse  viscérale  ct'que  là,  perdant  les  caractères  des  spo¬ 
rocystes  ont  pris  ceux  des  kystes  décrits  à  cinq  vers  chacun. 


iportante  à  plusieurs  points  do 


1°  Par  la  singularité  du  choix  du  Mollusque,  vu  que  les  larves 
du  lanceolatum  infestent  les  Gastéropodes  (. Planorbis )  et  non 
les  Lamellibranches.  ... 

2“  Par  l’aspect  particulier  des  spécimens  trouvés  qui  n  ont 
„uère  les  caractères  des  cercaires  connus,  et  comme  chez  nous 


mange  beaucoup  les  An 


si  ja 


seul 


détruit  par  la  cuisson,  il  est  capable  d’in- 


istcr  le  mangeur. 

Dire  qui  ces  spéciim  ns  représentent  des  i  en  aires  enkystes 
;  Ii’esl  pas  possible,  vu  qu’à  leur  intérieur  il  y  a  jusqu’à  cinq  vers 
queue,  à  moins  de  prouver  que  les  vrais  cercaires  peuvent  a 


leur 


mdr 


rer  par  vote  ; 


à  leur 


sième  génération  à  queue,  a  laquelle  on  devrait  donner  une 
nouvelle  dénomination. 

3"  Que  l’animal,  au  point  du  détachement  du  soi-disant  appen¬ 
dice  caudal  porte  le  foramen  caudale  qui  reste  fort  longtemps 
assez  béant  et  fort  contractile,  fait  non  encore  relaté. 

4°  Que  le  canal  d’écoulement  central  se  dilate  et  se  resserre 
régulièrement  de  la  ventouse  médiane,  vers  le  foramen,  et  qu’il 
reçoit  quatre  canaux  ciliés  (1). 


(1)  On  a  tort  de  considérer  les  organes  segmentaires  comme 

des  tubes  se  terminant  par  de  petits  entonnons  ciliés  et  s’ouvrant 
dans  les  lacunes  du  corps.  Ces  tubes  sc  terminent  par  des  ren¬ 
flements  creux  et  ciliés  à  l’intérieur  et  plongent  dans  le  liquide 
qui  remplit  les  lacunes  du  corps,  et  quand  il  y  a  des  entonnoirs, 
ceux-là  appartiennent  aux  organes  de  la  reproduction.  En  com¬ 
primant  ces  renflements  (glomcrules),  on  aperçoit  le  mouve¬ 
ment  des  cils  et  on  a  l’apparence  d’une  ouverture  —  la  flamme 
vibratile  —  des  naturalistes.  Et  d’ailleurs,  à  quoi  serviraient  ces 
ouvertures? 

Je  ne  saurais  trop  m’élever  contre  ces  assertions  sur  la 
™^phologie  et  la  fonction  des  organe*  segmentaires.  Que  dire 


encore  de  la  série  des  noms  sous  laquelle  ils  sont  décrits'] 


248 


LE  NATURALISTE 


6°  Que  les  cæcums  intestinaux  ont  des  parois  propres  et  sont 
suspendus  dans  la  chambre  viscérale. 

Et  pour  terminer,  est-il  bien  sûr  que  la  queue  des  cercaires, 
sert  à  la  natation? 

Il  est  plus  prudent  de  demander  des  recherches  minutieuses 
sur  le  mode  de  l’organisation  des  cercaires  à  l’intérieur  des 
sporocystes,  ce  que  nous  n’avons  pas.  Ce  n’est  que  de  la  sorte 
que  nous  comprendrons  la  présence  de  ees  sacs  qui  se  détachent 
comme  un  bouton  de  sa  boutonnière. 

Dr  Léon  C.  Cosmovici, 

DIAGNOSES  D’ESPÈCES  KOWELLES  011  PEE  COMEES 

POUR  LA  FLORE  DE  LA  PÉNINSULE  IBÉRIQUE  (1) 

Coincya  Genus  Rouy  (Cruciferæ). 

Calyx  erectus,  bisaccatus.  Petala  4,  hypogyna,  integra, 
longe  et  anguste  unguieulata,  venosa,  obtusa.  Tori  glan- 
dulæ  4,  3  latérales  angulatæ  supra  basin  breviorum  sta- 
minum,  2  infra  longiorum  staminum  paria.  Stamina  6, 
libéra,  hypogyna,  tetradynima  ;  filamentis  flliformibus 
edentulis.  Stigma  capitatum,  vix  emarginatum.  Siliqua 
biarticulata,  articulis  haud  secedentibus,  articula  infe- 
riore  breve  (3-4  millim.  longo),  dehiscenti,  bivalvi,  mem- 
branaceo,  obiongo,  plus  minusve  compresso,  mono-vel 
dispermo,  rarius  aspermo,  valvis  3-5- nervis,  semine  pen- 
dulo,  articulo  superiore  indehiscenti  mesocarpio  spongioso, 
elliptico,  longe  rostrato,  non  elongato  (15-18  millim  cum 
rostro),  biloculari  (septo  tandem  evanido),  2-4 -spermo, 
facie  utraque  longitudinaliter  lœviterque  7-9 -nervis,  semi- 
nibus  erectis.  Semina  omnia  ovata  subcompressa,  alveo- 
lata,  non  marginata.  Embryonis  cotylcdones  longitudina¬ 
liter  conduplicatæ  radiculam  in  sinu  foventes. 

Coincya  r-upestris  Rouy  —  Raphanus  rupestns  Porta 
et  Rigo  Iter  secundum  Hispanicum,  ann.  1890,  n°  494.  — 
Planta  perennis  ;  radix  crassiuscula,  ramosa.  Caules  fo- 
liis  radicalibus  duplo  vel  subtriplo  longiores,  6-8  decim. 
longi,  erecti,  ramos  floriferos  multos  patulos  elongatos 
emittentes.  Folia  radicalia  lyrato-pinnatipartita,  petio- 
lata,  adpresse  tomentosa,  utrinque  segmentis  3-5  sæpis- 
sime  oppositis,  grosse  et  obtuse  dentatis  sublobatisve, 
lateralibus  ovatis,  remotis,  terminali  maximo,  elliptico 
vel  obiongo,;  folia  caulina  6-8,  late  viridia,  brevius  petio- 
lata,  inferiora  pinnatipartita,  pubescentia,  segmentis 
ovatis  dentatis;  superiora  oblonga  basi  pinnatipartita 
segmentis  2  lanceolatis  acutis  subintegris.  Racemi  ebrac- 
teati,  jam  sub  anthesi  laxiusculi:  fructiferi  elongati,  as- 
cendentes  vel  patuli,  in  paniculam  grandem  ambitu  ova- 
tam  dispositi  ;  pedicelli  filiformes  floribus  breviores, 
erecti,  mox  patuli.  Sepala  erecta,  lutescentia,  tarde  deci- 
dua,  lateralia  basi  gibbosa.  Petala  lutea,  violaceo-venosa 
calyce  duplo  longiora;  unguis  tenuis  limbo  obovato  in- 
tegro  sepalisque  longior.  Siliquæ  18-22  millim.  longæ, 
3-5  millim.  latæ,  articulo  inferiore  dehiscenti.  valvis 
3-5-nervis,  articulo  superiore  biloculari,  utraque  facie 
7-9-nervis,  indehiscenti,  longe  rostrato.  Semina  ovata, 
nigrescent.ia. 

Hab.  ESPAGNE  :  prov.  d’ALBACETE  :  Alcaraz,  fentes  des 
rochers  de  la  Sierra  de  la  Mula. — (de  Coincy,  28  mai  1890, 
exempl.  florifères;  Porta  et  Rigo,  juillet  1890,  exempl.  fruc¬ 
tifères.) 

Le  genre  Coincya  appartient,  par  la  position  des  coty- 

\1)  Voir  le  Naturaliste  des  1er  décembre  1883  (Echium  Davæi , 
Centaurea  Herminii),  1er  février  1884  ( Picridium  Gaditanum  var. 
Lusitanicum,  Aconitum  Lusitanicum,  Armeria  Berlengensis ), 
15  novembre  1884  ( Evax  Cavanillesiï),  15  octobre  1887  ( Senecio 
Gibraltaricus),  15  novembre  1887  ( Mercurialis  Reverchoni, 
Stachys  Lusitanica  var.  interrupta,  Rhamnus  Frangula  var. 
longifolia). 


lédons,  à  l’ordre  des  Orthoplocées,  et  à  la  tribu  des 
Raphanées  parles  siliques  biarticulées.  Très  différent  des 
Raphanus,  surtout  par  l’article  inférieur  déhiscent,  éga¬ 
lant  environ  la  longueur  du  bec  et  la  moitié  de  la  lon¬ 
gueur  de  l’article  supérieur  ovale  absolument  dépourvu 
d’étranglements  entre  les  graines,  ce  genre  doit  être 
placé  à  côté  de  l 'Hemicrambe,  dont  il  rappelle  quelque 
peu  le  faciès,  mais  dont  il  est  absolument  distinct  par 
plusieurs  caractères. 

Santolina  Benthamiana  Rouy  (Jord  et  Fourr. 
Icônes,  tab.  CCXXIX-310,  =  S.  pectinata  Benth.  Cat.  pl. 
119,  pro  parte,  non  Lag.).  —  Dans  le  Bulletin  de  la  So¬ 
ciété  botanique  de  France  (XXXVIII,  p.  263)  j’ai  nommé 
récemment  Santolina  Benthamiana,  le  S.  pectinata  Benth. 
non  Lag.  (1),  bien  que  MM.  Jordan  et  Fourreau  aient  déjà 
employé  ce  même  nom.  Mais  ils  l’ont  appliqué  exclusi¬ 
vement  à  la  plante  de  Prats-de-Mollo,  en  lui  attribuant 
comme  synonyme  S.  pectinata  Benth.  pro  parte,  non  Lag. 
Cependant  le  S.  pectinata  Benth.  est  en  réalité  très  va¬ 
riable  dans  son  ensemble,  et  la  plante  de  Prats-de-Mollo 
n’est  qu’une  des  formes  de  ce  type  spécifique  qui  se 
rencontre  à  segments  des  feuilles  ±  écartés,  ±  allongés, 
±  larges,  ±  lobés  ou  entiers,  ±  épais,  ±  obtus  ou  acu- 
tiuscules,  ±  velus  ou  glabrescents,  et  à  capitules  ±  gros, 
à  écailles  de  l’involucre  ±  scarieuses  aux  bords.  Il  en 
résulte  qu’en  appliquant  au  S.  pectinata  Benth.  (non  Lag.) 
le  nom  trop  précis  de  S.  Benthamiana  Jord  et  Fouit., 
sans  réserve  aucune,  ou  ne  saurait  dénommer  l’en¬ 
semble  des  formes  qui  constituent  la  plante  dont  il  s’agit. 

Je  n’ai  pas  cru  devoir  toutefois  donner  un  nom  nou¬ 
veau  à  ce  Santolina  et  je  lui  ai  laissé  le  nom  spécifique 
imposé  par  Jordan  et  Fourreau  à  l’une  de  ses  formes 
mais  en  étendant  ce  nom  au  S.  pectinata  Benth.  tout 
entier,  tel  qu’il  doit  être  compris.  On  pourra  donc,  à 
l’avenir,  écrire  :  S.  Benthamiana  (Jord  et  Fourr.,  sensu 
stricto ),  =.  S.  pectinata  Benth  pro  parte,  non  Lag.,  ou 
plus  simplement  S.  Benthamiana  Rouy,  en  appliquant  le 
nom  de  var.  Ruscinonensis  {—  S.  Benthamiana  Jord.  et 
Fourr.)  à  la  plante  de  Prats-de-Mollo  ( Reliquiæ  Mailleanæ, 
n°  1277  !),  à  feuilles  allongées,  cendrées,  à  rachis  très 
étroit,  à  segments  étroitement  linéaires  ou  sétacés,  iné¬ 
gaux,  acutiuscules,  écartés,  à  calathides  petites,  à 
écailles  internes  scarieuses  aux  bords. 

Le  S.  Benthamiana  ( sensu  lato )  est  assez  répandu  en 
Catalogne  :  à  Besora,  à  Saint-Aniol,  au  mont  Seny,  au 
mont  Serrât  ;  et  en  Aragon  ;  à  Torla,  Jaca,  Aranda  del 
Conde,  etc.  — En  France,  on  le  rencontre  aussi  près  de 
Mont-Louis  (Pyrénées  Orientales)  (2)  et  à  Gèdre  (Hautes- 
Pyrénées)  (3). 

M.  Willkomm  a  jadis  indiqué  aussi  le  S.  Benthamiana  en 
Corse,  d’après  Sieber,  mais  je  n’ai  aucune  donnée  nou¬ 
velle  à  ce  sujet,  et  la  plante  n’est  signalée  récemment  en 
Corse  ni  dans  le  Catalogue  de  M.  Marcilly  ni  dans  le  Com- 
pendio  fl.  Italiana  de  MM.  Cesati,Passerini  et  Gibelli. 

(A  suivre.)  C.  Rouy. 


(1)  Le  S.  pectinata  Lag.  1816 (S.  pectinata  Benth.  var.  hetero- 
phylla  D  C.)  est  la  var.  hcterophylla  Willk.  du  S.  rosmarini- 
folia  L. 

(2)  Plante  trapue,  à  feuilles  glabrescentes,  courtes,  denses,  à 
segments  rapprochés,  courts,  obtus,  relativement  larges;  capi¬ 
tules  de  grosseur  moyenne.  —  Var.  subalpina  Rouy. 

(3)  Taille  élevée;  feuilles  canescentes,  assez  courtes,  réguliè¬ 
rement  pectinécs,  à  rachis  large,  à  lobes  courts,  entiers,  li¬ 
néaires,  non  subulés  ;  capitules  relativement  gros,  à  peu  près 
doubles  de  ceux  de  la  plante  de  Prats-de-Mollo.  —  Var.  Vyre- 
na'ica  Rouy. 


LE  NATURALISTE 


Description  de  la  Chenille  de  Spilodes  verticalis,  L. 

Papillon  de  la  famille' des  Bolydes. 


Dans  un  précédent  article,  j’ai  décrit  la  chenille  d'une  inté¬ 
ressante  espèce  de  Botyde,  la  Spilodes  æruginalis  Hb.,  dent 
on  ne  connaissait  pas  les  premiers  états  ;  aujourd’hui,  je  vais 
en  décrire  une  autre  du  même  genre  Spilodes  qui  n’était  guère 
mieux  connue. 

Autant  la  Spilodes  æruginalis  se  trouve  localisée,  cantonnée 
sur  quelques  points  de  notre  territoire,  autant  la  Spilodes  ver¬ 
ticalis  est  répandue,  habitant  les  plaines  comme  les  montagnes  I 
et  se  rencontrant  aussi  bien  sur  les  coteaux  secs  et  arides  que  I 
dans  les  prairies  humides. 

C’est  là  le  résultat  d’une  cause  bien  simple  :  l 'Æruginalis  ne  j 
s’accommode  volontiers  pour  sa  nourriture  que  d’une  sorte  de 
végétal  lui-même  fort  localisé,  VArlemisia  camphorala  :  il  est  j 
donc  tout  naturel  qu’on  ne  voie  point  le  papillon  où  ne  pousse 
pas  cette  plante.  Par  contre,  la  Verticalis  étant  polyphage, 
n'est  point  arretée  par  la  crainte  de  ne  pouvoir  se  nourrir 
ailleurs  qu’aux  endroits  où  végéterait  une  plante  unique,  déter¬ 
minée;  elle  se  dissémine,  se  répand  au  loin,  sure  de  ne  pas 
mourir  d’inanition  et  d’avoir  une  abondante- nourriture  toujours 


à  sa  portée. 

J’ai  élevé  plusieurs  fois  la  chenille  de  Spilodes  verticalis  et 
chaque  fois  sur  des  végétaux  différents,  ce  qui  semblait  ne  la 
chagriner  en  rien.  Et  quand  j’aurai  cité  les  noms  des  plantes,  — 
telles  que  Medicago  saliva,  Urlicadioica,  Rumen  acelosa,  Cen- 
taureu  nigra,  —  que  je  lui  ai  servies,  on  pourra  être  persuadé 
que  la  chenille  de  Spilodes  verticalis  n’est  pas  difficile  sur  ce 


chapitre. 

Une  autre  différence  considérable  qu’il  faut  noter  également 
entre  les  chenilles  de  ces  deux  Spilodes  réside  dans  la  confec¬ 
tion  de  leur  habitation. 

J'ai  dit  que  la  Spilodes  æruginalis  était  extrêmement  lileuse, 
qu’elle  se  construisait  des  sortes  de  galeries  tubulaires,  1  i  -■ 
desquelles  elle  se  retirait  pour  digérer,  se  reposer,  muer,  etc.  : 
moins  travailleuse  que  sa  congénère,  la  Spilodes  verticalis  pré¬ 
fère  confectionner  sa  demeure  à  l’aide  des  diverses  parties  du 
végétal  dont  elle  se  nourrit  :  elle  emploie  à  la  vérité  ses  res¬ 
sources  elle  met  en  œuvre  ses  instruments  naturels,  sa  filière, 
mais  c’est  pour  approcher,  relier,  attacher  les  unes  aux  autres, 
les  ti"ès,  les  feuilles  de  la  plante  nourricière;  les  feuilles  de 
Rumex,  celles  de  Centaurea  nigra  surtout,  elle  les  enroule  en  un 
large  et  spacieux  cornet  au  milieu  duquel  elle  se  retire  et 
qu'elle  dévore  peu  à  peu  à  son  extrémité  supérieure.  Sa  vora¬ 
cité  m’a  semblé  un  peu  inférieure  à  celle  de  VÆruginalis.  Si 
cette  dernière  se  hâte  tant  de  manger,  ne  serait-ce  point  qu’elle 
devine  d’instinct  que  les  ardeurs  du  soleil,  que  la  sécheresse, 
suite  nécessaire,  vont  durcir  les  rameaux  de  Y Artemisia  camjiho- 
rata  et  les  rendre  réfractaires  à  ses  mandibules  délicates  et 
immangeables? 

La  Vert  irai  iv,  vivant  de  plantes  herliaeees,  de  plante.  I,. 
n'a  pas  à  redouter  un  semblable  désagrément,  qu’offre  tout  sous- 
frutescent  en  été. 

Ces  quelques  détails  comparatifs  donnés,  passons  à  la  des¬ 
cription  de  la  Verticalis. 

CEcf.  —  La  Spilodes  verticalis  Ç  pond  scs  œufs  en  petites 
plaques  comme  le  fait  VÆruginalis  ;  ils  sont  imbriqués  égale¬ 
ment,  se  recouvrant  presque  à  moitié  les  uns  les  autres.  Tout 
autant  aplatis,  ils  sont  moins  elliptiques,  plus  arrondis  que 
ceux  à’ Æruginalis  ;  en  outre,  la  surface  de  l’œuf  de  Verticalis 
est  régulièrement  couverte  de  petites  dépressions  polygo¬ 
nales  dont  les  bords  en  saillie  ont  un  relief  relativement  fort. 
Couleur  d’un  jaune  très  pâle,  blanchâtre  mémo  et  reluisant. 

Chenille.  —  Ordinairement  éclose  dans  la  première  quin¬ 
zaine  d’août,  la  chenille  arrive  à  toute  sa  grosseur  dans  le  cou¬ 
rant  de  septembre.  Elle  est  moins  allongée  que  VÆruginalis , 
et  un  peu  obèse.  Elle  est  d’un  vert  gai,  un  peu  jaunâtre,  sur¬ 
tout  aux  incisions  des  segments. 

Comme  lignes  longitudinales,  elle  ne  possède  que  la  dorsale  et 
les  stigmatales  toutes  jaunâtres,  la  dorsale  est  géminée. 

Les  points  verruqueux  sont  tous  très  gros  et  luisants.  En 
eénéral,  ils  sont  noirs,  et  dans  ce  cas,  les  trapézoïdaux  forment 
tache  pleine,  à  part  ceux  des  derniers  segments  qui  sont  évidés 
ainsi  que  les  verruqueux  latéraux.  Quelquefois,  tous  les  verru¬ 
queux  sont  pâles,  n’ayant  de  noir  que  le  point  central  où  prend 
naissance-le  poil  qui  les  surmonte,  et  dans  ce  cas  encore  les 
trapézoïdaux  des  derniers  segments- soni-ccrctés  de  noir. 


Tête  cordiforme,  de  couleur  ocracée,  avec  des  marbrures  et 
des  points  d’un  brun  roux.  Ecusson  du  premier  segment  bordé 
latéralement  d’un  fin  liséré  noir  et  chargé  de  quelques  taches 
brunes  sur  le  dessus.  Stigmates  très  petits  et  bruns.  Pattes 
écailleuses  et  membraneuses  de  couleur  claire  avec  points  noirs 
luisants  ;  ergots  et  crochets  de  la  couronne,  roux.  Clapet  clair 
avec  maculatures  brunes  en  bandes  latérales. 

Comme  VÆruginalis,  la  chenille  de  Verticalis  passe  l'hiver 
dans  un  cocon  formé  de  soie  et  de  terre  et  ne  se  chrysalide 
qu’au  printemps. 

Plusieurs  entomologistes  pensent  que  la  Spilodes  verticalis 
a  deux  générations  par  an  :  c'est  un  détail  que  je  n’ai  pu  vérifier, 
toutes  les  Verticalis  que  j'ai  capturées,  l’ayant  été  en  juillet  ; 
mais  peut-être  est-ce  exact  pour  le  Midi. 

Voici  maintenant,  aussi  brièvement  que  possible,  ce  qui  a  été 
dit  par  différents  auteurs  sur  cette  chenille  de  Spilodes  verti¬ 
calis  :  Schrank  parait  être  le  premier  qui  en  ait  parlé.  Après 
avoir  décrit  Fauna  boica,  II,  n°  1117)  le  papillon  sous  le  nom 
de  Pyralis  limbalis  Hb.,  il  dit  de  la  chenille  :  «  Wohnort  :  auf 
Spartium  scoparium...  Raupenzeit  :  Junius.  —  Anm.  :  Ich 
kenne  nur  die  Raupe.  »  —  J’en  doute;  Schrank  a  dù  confondre 
deux  espèces. 

Après  Schrank,  nous  voyons  Trcitschke,  VII,  97,  qui  impose, 
on  ne  sait  trop  pourquoi,  à  la  Verticalis  L.  le  nom  de  Cinctalis , 
nous  répéter  ce  qu’a  dit  Schrank  en  faisant  remarquer  que  l’on 
trouve  le  papillon  dans  beaucoup  d’endroits  où  ne  pousse  pas 
le  genêt. 

Après  Trcitschke,  Duponchel  nous  réédite  le  renseignement 
de  Schrank. 

Après  Duponchel,  GuenécfS'pecies,  386,  et  dans  son  Catalogue 
d’Eure-et-Loir),  ne  nous  en  apprend  pas  davantage. 

Après  Guenée,  Berce,  en  1878,  nous  cite  encore  Schrank  et 
fait  absolument  la  même  remarque  que  Treitschke. 

Après  Berce,  Rouast  '1834),  au  genêt  de  Schrank  ajoute  les 
«urticacées  ». 

Cependant,  en  1868,  von  Nolcken,  dans  sa  Lepidopterolo- 
gische  Fauna  von  Estland,  Livland  and  Kurland,  dit  avoir 
trouvé  la  chenille  de  Spilodes  verticalis  dans  des  feuilles  enrou¬ 
lées  de  Cirsium  arvense.  11  regrette  d’avoir  négligé  d’en  prendre 
une  description  exacte  et  détaillée,  et  de  s’èlre  borné  à  noter 
ce  qui  suit  :  «  Cette  chenille  qui  mesurait  un  peu  plus  de  3/4 
i  (le  pouce,  était  d'un  vert  clair  et  avait  sur  chaque  segment,  par 
côté,  trois  taches  noires;  les  deux  supérieures  étaient  rondes 
comme  de  gros  points,  l’autre  était  circulaire  avec  un  vide  au 
I  milieu.  La  tête  était  d'un  brunâtre  très  clair  et  tacheté  de  plus 
|  sombre.  » 

Cette  note  est, en  effet, insuffisante;  malgré  cela.  M. Hoffmann, 
die  Kleinschmetterlingsraupen,  Ist.'i  n’a  pas  craint  de  l’écour- 
i  ter  encore  :  Hellgrün,  dit-il,  mil  drei  scliwarzen  IVarzen,  mif 
jedem  Segmente.  Kopf,  etc.  Mais,  ayant  omis  le  an  der  Seite,  de 
V,„,  Nnlrkon.  à  l'insuffisance  de  sa  note  Hoffmann  ajoute  l'inexac¬ 
titude  :  car  ces  trois  taches  noires  sur  chaque  segment  consti¬ 
tuent  un  caractère  qu’aucune  chenille  do  Botyde  ne  présentera 
jamais.  . 

I  Mentionnons  encore  pour  mémoire  : 

Stainton,  .1  manuale  ofBritish  Butterflies,\<.  133  :  Carva  on 
brun,,,.  VI  juin  . 

Merrin,  Lepidopterist’s  Calendar  :  Larva  on  broom  (gcnél, 
and  clower  ?  (trèfle). 

C’est  peu  de  chose,  comme  Ton  voit,  et  la  belle  chenille  de 
la  Spilodes  verticalis  méritait  mieux. 

Depuis  longtemps  elle  attendait  qu’on  s’occupât  d’elle.  C’est 
fait  maintenant.  P-  Chrétien. 


— 

ACADÉMIE  DES  SCIENCES 

Séance  du  14  septembre  1891.-  Noti  de  M  I.  < 
l'histoire  botanique  de  la  Truffe  Kammé  de  Damas  {Tarfezia 
Claveryi).  Ces  tubercules,  assez  volumineux,  atteignent  un 
poids  moyen  de  73  grammes.  Le  périderme  est  mince,  d’une 
couleur  blanche  teintée  de  jaune  brun.  La  chair  en  est  ferme 
et  homogène  ;  les  thèques  sont  nombreuses,  ovoïdes,  â  pédicule 
court  ounul;  les  spores,  au  nombre  de  huit  dans  chaque  thèque, 
sont  presque  incolores,  arrondies,  réticulées,  mais  les  alvéoles 
présentent  une  grande  variabilité  de  grandeur.  Tous  ces  carac¬ 
tères  différencient  nettement  ce  Tarfezia  de  ceux  déjà  connus,  et 
autorisent  la  création  d’une  nouvelle  ospéce  q.ue  l’auteur  nomïne 
Tarfezia  Claveryi.  Cette  espèce,  qu’on  rencontre  aux  onvirons  de 


230 


LE  NATURALISTE 


Damas,  se  retrouve  dans  le  désert  de  l’Algérie,  au  sud  de  Biskra. 
—  M.  Berthelot  présente  une  note  de  M.  A.  Rommier  sur  la 
levure  de  vin.  Le  bouquet  d’un  vin  dépend  de  la  levure  qui  le 
fait  fermenter,  et  on  peut  communiquer  le  bouquet  d’un  vin  de 
qualité  à  un  vin  commun  en  changeant,  sa  levure.  C’est  ainsi 
qu’un  viticulteur,  M.  Hençi  de  Meynot,  a  pu  communiquer  le 
bouquet  du  Saint-Emilion  à  des  vins  de  la  Dordogne,  ordinai¬ 
rement  sans  caractères,  et  cela,  en  amorçant  ses  cuvées  avec 
du  moût  de  Saint-Emilion.  —  M.  de  Lacaze-Duthiers  présente 
une  note  de  .1/.  Maupas  sur  la  déterminisme  de  la  sexualité 
chez  l 'Hydatina  senta.  Chez  l’Hydatine,  certaines  mères  pondent 
exclusivement  des  œufs  femelles,  tandis  que  d’autres  pondent 
exclusivement  des  œufs  mâles;  cette  prédestination .  sexuelle 
s’établit  dès  l'origine  de  chaque  œuf  femelle  quand  il  se  diffé¬ 
rencie  et  commence  à  s'accroître  dans  1  ovaire  maternel.  Ce 
moment  passé,  aucune  influence  ne  peut  modifier  l’état  sexuel 
revêtu  par  l'œuf.  Mais,  au  début  de  l'ovogenèse,  ;  l’œuf  est 
encore  neutre,  et  si  l’on  abaisse  la  température,  les  œufs  qui 
vont  se  former  revêtent  l’état  de  pondeuses  d’œufs  femelles  ; 
si  on  l’élève,  on  obtient  des  pondeuses  d'œufs  mâles. 

Séance  du  21  septembre.  —  M.  A.  Chauveau  communique 
une  note  sur  les  sensations  chromatiques  excitées  dans  l'un 
des  deux  yeux  par  la  lumière  colorée  qui  éclaire  la  rétine  de 
l’autre  œil.  L'auteur  expose  longuement  les  diverses  expé¬ 
riences  qui  l’amènent  à  conclure  que  -l’excitation  d’une  rétine 
par  de  la  lumière  colorée  influence  non  seulement  les  centres 
percepteurs  qui  correspondent  à  cette  rétine,  mais  aussi  ceux  du 
côté  opposé;  ces, derniers  sont  alors  rendus  aptes  à  distinguer 
dans  le  blanc  la  couleur  excitatrice,  et  la  rétine  excitée  ne  voit 
dans  le  blanc  que  la  couleur  complémentaire  de  la  couleur  exci¬ 
tatrice.  —  M.  E.  Blanchard  présente  une  note  de  M.  Ch. 
Brongniart  sur  les  métamorphoses  des  Criquets  pèlerins.  Une 
première  mue  a  lieu  en  même  temps  que  l’éclosion,  et  le  Criquet, 
alors  vert  d’eau,  brunit  peu  à  peu  et  devient  noir  au  bout  de  douze 
heures.  Six  jours  après  a  lieu  une  deuxième  mue.  Les  anneaux 
thoraciques  ont  alors  des  bandes  blanches,  et  la  ligne  des  stig¬ 
mates  sur  les  côtés  de  l’abdomen  est  rosée,  le  fond  restant 
noir.  Six  ou  huit  jours  après  vient  la  troisième  mue;  et  après 
une  huitaine,  la  quatrième  mue,  la  ligne  des  stigmates  se 
marque  de  blanc,  et  on  aperçoit  les  premiers  rudiments  des 
ailes.  Une  cinquième  mue  arrive  dix-sept  jours  après,  l’ab¬ 
domen  s’allonge,  le  prothorax  est  pointillé  de  jaune.  Enfin, 
une  sixième  mue  s'opère;  l’insecte  est  alors  adulte.  Dans  cet 
état,  les  Criquets  changent  de  couleur,  un  pigment  jaune  en¬ 
vahit  les  téguments,  et  la  chitine  s’épaissit,  comme  l’ont 
montré  les  Criquets  qui  se  sont  abattus  récemment  sur  l’Al¬ 
gérie.  Dans  les  deux  numéros  du  Naturaliste,  notre  collabora¬ 
teur,  M.  Ch.  Brongniart,  a  consacré  un  article  sur  cette  note.  — 
M.  Duchartre  présente  une  note  de  M.  Lucien  Daniel  sur  la 
greffe  des  parties  souterraines  des  plantes.  Ces  recherches 
montrent  qu’on  peut  obtenir  des  greffons  sur  racines  chez 
des  plantes  voisines,  que  la  grelfe  peut  réussir  d’une  plante 
sur  une  autre  de  famille  différente,  et  qu’il  n’est  pas  besoin 
pour  cela  .que  les  assises  génératrices  soient  en  contact.  Tou¬ 
tefois,  il  y  a  insuccès  quand  les  membranes  du  greffon  font 
obstacle  au  passage  de  certaines  substances  nutritives,  l’Inu- 
line,  par  exemple.  _  A.-E.  Malard. 

LIVRES  NOUVEAUX 

Les  Méthodes  de  synthèse  en  minéralogie,  par  M.  Sta¬ 
nislas  Meunier.  —  Sous  ce  titre,  la  librairie  polytechnique 
Baudry  et  Cie  met  en  vente  aujourd’hui  les  leçons  professées 
cette  année  dans  la  chaire  de  géologie  du  Muséum  par  notre 
collaborateur  M.  Stanislas  Meunier  (1).  La  synthèse  minéra¬ 
logique  a  déjà  été  traitée  dans  plusieurs  ouvrages,  mais  celui 
que  nous  annonçons  se  distingue  par  un  plan  absolument  dif¬ 
férent.  Ce  n’est  plus  une  série  de  notices  relatives  aux  espèces 
minérales  pour  chacune  desquelles  sont  exposés  les  procédés 
de  reproduction;  c’est  un  tableau  des  méthodes,  avec  l’indi¬ 
cation  des  résultats  que  chacune  d’elles  a  procurés.  Il  se  dé¬ 
gage  de  cette  distribution  des  matières  une  philosophie  inter¬ 
dite  à  l'autre  et  qui  se  signale  par  sa  très  haute  portée.  D'ail¬ 
leurs,  une  table  alphabétique  rédigée  avec  le  plus  grand  soin 
permet  de  retrouver  immédiatement  tous  les  faits  concernant 
tel  ou  tel  minéral  en  particulier.  Les  leçons  publiques  du  Mu¬ 
séum  ont  retenu  un  public  nombreux  et  fidèle  ;  on  peut  croire 
que  le  volume  aura  le  même  succès. 

(1)  Un  volume  grand  in-8°  de  360  pages;  prix  :  12  l’r.  50; 
en  vente  aux  bureaux  du  journal. 


Les  Coquilles  marines  des  côtes  de  France.  Description  des 
familles,  genres  et  espèces,  par  Arnould  Locard  (1). — Jus¬ 
qu’à  ce  jour,  il  n’a  été  publié  sur  la  faune  malacologique  ma¬ 
rine  française  que  des  catalogues  généraux  ou  locaux  et  des 
monographies  partielles  :  mais  il  n’existe  que  peu  d’ouvrages  dans 
lesquels  on  puisse  trouver  la  description  de  toutes  les  espèces  de 
coquilles,  telles  qu'on  les  rencontre  sur  nos  côtes,  sauf  la  faune 
des  mollusques  de  France  de  A.  Granger,  faisant  partie  de 
l’histoire  naturelle  de  la  France. Nous  présenterons,  dans  ce  nou¬ 
veau  volume,  chaque  espèce  classée  dans  son  ordre  zoologiquc  et 
suivie  de  ses  caractères  descriptifs,  de  façon  à  permettre  d’en 
faire  rapidement  et  avec  certitude  la  détermination,  sans  avoir 
besoin  de  recourir  à  d’autres  ouvrages,  parfois  très  rares,  tou¬ 
jours  fort  dispendieux.  Etant  admis  que  toutes  les  espèces, 
dans  un  genre  donné,  peuvent  se  grouper,  suivant  leurs  affi¬ 
nités  réciproques,  autour  d’un  certain  nombre  de  types  prin¬ 
cipaux,  nous  avons  donné  une  exacte  figuration  et  une  des¬ 
cription  un  peu  plus  détaillée  de  tous  ces  types  ou  têtes  de 
groupes,  de  façon  à  n’avoir  plus  à  différencier  les  formes  voi¬ 
sines  que  par  leurs  caractères  les  plus  essentiels.  Cette  mé¬ 
thode,  simple  et  pratique,  facilitera,  croyons-nous,  beaucoup 
les  recherches.  Nous  espérons  ainsi  pouvoir  arriver  à  ce  résul¬ 
tat  :  Etant  donnée  une  coquille  quelconque  appartenant  à  une 
faune  marine  actuelle,  et  sans  autres  études  préalables,  pou¬ 
voir  la  déterminer  rapidement  et  la  classer  facilement,  avec 
toute  la  certitude  possible. 

Marchands  de  cheval  et  Marchands  de  chevaux  (2),  par 
A.  Pierre,  vétérinaire  en  premier,  ancien  professeur  à  l’ccole 
de  cavalerie  de  Saumur.  —  L’auteur  n’a  pas  l’intention  de 
faire  ici  une  monographie  complète  de  l’extérieur  du  cheval, 
le  but  qu’il  se  propose  est  beaucoup  plus  simple  ;  accompagner 
l’acheteur  chez  les  marchands  dont  il  a  cherché  à  étudier  de 
près  et  de  loin  les  faits  et  gestes  ;  le  mettre  en  présence  de 
l’animal  en  vente  ;  lui  indiquer  la  façon  de  l’examiner  rapide¬ 
ment  sous  toutes  les  faces  sans  se  laisser  éblouir  par  la  mise 
en  scène  ;  lui  apprendre  à  saisir  vite  les  grandes  lignes,  dé¬ 
couvrir  les  défectuosités,  synthétiser  tous  les  détails  et  for¬ 
muler  une  appréciation  exacte  pouvant  parfois  faire  aboutir 
à  la  solution  du  problème  suivant:  Trouver  pour  cent  écus  le 
cheval  de  trois  mille  francs.  Pour  arriver  au  résultat  que 
M.  Pierre  souhaite,  il  divise  son  programme  en  chapitres  com¬ 
prenant  :  la  préparation  à  la  vente  ;  les  marchands  et  établis¬ 
sements  de  vente  de  Paris  ;  les  foires  en  province  ;  l’examen  à 
l’écurie:  l’examen  d’ensemble  et  de  détail,  etc.,  etc.  Un  cha¬ 
pitre  spécial  est  consacré  à  la  question  :  Législation. 

L’Amateur  d’Oiseaux  de  volière,  espèces  indigènes  et  exo¬ 
tiques,  caractères,  mœurs  et  habitudes,  reproduction  en  cage 
et  en  volière,  nourriture,  chasse,  captivité,  maladies  (3),  par 
Henri  Moreau.  —  Depuis  quelques  années,  le  goût  de 
l’élevage  des  oiseaux  en  cage  ou  en  volière  s’est  étendu  à 
toutes  les  classes  de  la  société.  Il  suffit,  pour  s’en  convaincre, 
de  consulter  les  statistiques  des  expéditions  d’oiseaux  exotiques 
importés  par  les  principaux  ports  de  France,  d’Angleterre  et 
d’Allemagne.  Malheureusement  amateurs,  éleveurs  et  marchands 
n’ont  le  plus  souvent  que  des  données  vagues  sur  les  carac¬ 
tères,  les  mœurs,  les  habitudes  et  les  besoins  des  oiseaux. 
M.  Henri  Moreau  a  voulu  combler  cette  lacune,  et  il  y  a  plei¬ 
nement  réussi.  Son  livre  est  celui  d’un  amateur  doublé  d’un 
savant,  et  la  lecture  en  est  rendue  particulièrement  attachante 
par  la  clarté,  Tordre,  la  concision  et  la  sobriété  du  style  qu’il 
s’est  attaché  à  observer.  11  contient  la  description  de  trois 
cents  espèces  d’oiseaux  indigènes  ou  exotiquos.  Cette  œuvre 
de  vulgarisation,  simple  sans  banalité,  savante  sans  préten¬ 
tion,  est  indispensable  aux  marchands  et  importateurs,  aux 
éleveurs  qui  veulent  se  créer  par  le  peuplement  de  leurs  vo¬ 
lières  une  source  de  profits  et  surtout  aux  amateurs  auxquels 
il  évitera  bien  des  tâtonnements  et  peut-être  bien  des  décep¬ 
tions. 


(f)  Un  vol.  grand  in-8°  avec  348  lig.  dessinées  d’après  nature 
et  intercalées  dans  le  texte.  Prix  :  18  fr.  Chez  J.-B.  Baillière, 
éditeur,  et  aux  bureaux  du  journal. 

(2)  Un  volume  in-8°,  illustré  de  70  dessins,  par  A.  Barthé¬ 
lemy,  aide-vétérinaire.  Prix  :  6  fr.  Chez  J.-B.  Baillière,  et  aux 
bureaux  du  journal. 

(3)  Un  volume  in-16  de  432  pages,  avec  51  figures.  Prix  :  5  fr. 
Citez  J.-B.  Baillière,  éditeur,  et  aux  bureaux  du  journal. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


PARIS.  —  1MPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13e  ANNÉE 


Série  —  IV»  1 


l'r  NOVEMBRE  1891 


LA  RESSEMBLANCE  PROTECTRICE 

CHEZ  LES  LÉPIDOPTÈRES  EUROPÉENS  (1) 


L’entomologiste  voyageur  qu’attire  à  Java  la  faune 
remarquablement  riche  de  cette  île  a  l’occasion  d’ob¬ 
server  le  curieux  phénomène  suivant  :  un  magnifique 
Lépidoptère  diurne  rappelant  nos  Apatura  ou  Mars  chan¬ 
geants  d’Europe,  le  Kallima  paralekta  Horsfield,  vole  en 
étalant  aux  regards  la  face  supérieure  de  ses  ailes  d’un 
bleu  profond  ou  d’un  brun  foncé  traversée  par  une  large 
bande  orangée  ou  blanche  ;  puis  disparaît  tout  à  coup, 
comme  par  magie,  au  voisinage  d’un  arbrisseau  des¬ 
séché. 

Inutile  de  chercher  l’Insecte  à  moins  que  l’on  ne  con¬ 
naisse  d’avance  le  procédé  dont  il  fait  usage;  et  cepen¬ 
dant  il  estlà,àquel- 
ques  pas,  complè¬ 
tement  dissimulé, 
grâce  à  la  ressent-  - 
blance  protectrice. 

Tandis  que  la  face 
supérieure  des  ailes 
est  parée  des  belles 
couleurs  que  je  dé¬ 
crivais  plus  haut,  la 
face  inférieure  de 
ces  organes  du  vol 
est,  au  contraire, 
grise  ou  brune,  par¬ 
courue  par  une  li¬ 
gne  médiane  prin¬ 
cipale  et  des  lignes 
transyerses  secon¬ 
daires;  le  tout  co¬ 
piant  fidèlement 
une  feuille  sèche 
grise  ou  brune  avec 
ses  nervures. 

Suivant  les  obser¬ 
vations  de  A.  B. 

Wallace  (2),  l’Insec¬ 
te  ne  se  pose  ja 
mais  sur  des  végé¬ 
taux  verts,  toujours 
sur  des  végétaux 
secs.  Il  relève  alors  F‘g-  1-  —  Kallima  paralekta  sur  une 
ses  ailes  en  les  ap¬ 
pliquant  l’une  contre  l’autre,  comme  le  font  la  plupart 
des  Rhopalocères  et  se  transforme  instantanément  (3)  en 
feuille  morte. 

Tout  concourt  ici  à  l’imitation  :  de  petites  queues  que 
présentent  les  ailes  postérieures  simulent  le  pétiole  de 
la  feuille  ;  et  une  tache  vitrée,  sans  écailles,  placée  vers 
le  milieu  des  ailes  supérieures,  représente,  avec  fidélité, 


tige  sèche  de  caféier.  (D’après  nature.) 


i  Voyez  mon  irliclo  La  ress  m  blance  protech 
mimétisme  chez  les  Iraignées  (Le  Naturaliste,  H®  année, 
2e  série,  n°s  63,  64  et  63,  octobre-novembre  1869)  et  L.  Cuenot 
Sur  les  moyens  de  défense  des  Arthropodes  (même  recueil, 
12e  année,  nos  71  et  12,  février-mars  1890). 

(2)  Wallace.  La  Sélection  naturelle ,  traduction  de  de  Can- 
dolle,  pages  38  -60.  Paris  1872. 

(3)  J.  B.  Skertchly  (Ann.  and  May.  of  natural  History,  sep¬ 
tembre  1889,  pp.  209  et  suiv.),  insiste  sur  la  rapidité  avec 
laquelle  les  Kallima  prennent  leur  attitude  do  feuille  sèche. 

LE  NATURALISTE,  46,  rue  du  Bae,  Paris. 


un  trou  rongé  dans  la  feuille  par  une  larve  quelconque. 

La  figure  1  que  j’ai  dessinée  d’après  un  Kallima  posé 
sur  une  branche  sèche  de  Caféier  peut  donner  une  idée 
de  l’étonnante  ressemblance  que  l’insecte  présente 
avec  une  feuille  desséchée  ;  mais,  comme  pour  les  figures 
suivantes  qui  accompagnent  cet  article,  il  y  manque  les 
détails  de  coloration  qui  ajoutent  beaucoup  à  l’illusion. 

D’autres  Rhopalocères  exotiques  tels  que  :  l’Anœa 
Pliantes  et  le  Siderone  clara  de  l'Amérique  du  Sud  imitent 
de  la  même  manière  des  feuilles  entièrement  ou  par¬ 
tiellement  sèches. 

Ces  faits  sont  assurément  bien  curieux;  cependant  on 
aurait  tort  de  croire  que,  pour  les  observer,  il  faille 
exécuter  un  long  voyage  et  s’exposer  au  climat  souvent 
meurtrier  des  régions  tropicales.  Le  vrai  naturaliste, 
non  l’amateur  qui  ne  connaît  que  les  insectes  séchés 
alignés  sur  des  é- 
pingles,  mais  le  vé¬ 
ritable  amant  de  la 
nature  parcourant 
les  plaines  et  les 
bois  en  utilisant  de 
bons  yeux  et  une 
intelligence  exer¬ 
cée,  peut,  chez  nous 
et  presque  en  toute 
saison,  rencontrer 
des  centaines  de 
cas  de  ressemblan¬ 
ce  protectrice,  aussi 
complets  ,  aussi 
merveilleux. 

L’article  actuel  a 
pour  objet  la  dé¬ 
monstration  de  cet¬ 
te  thèse.  Je  puise¬ 
rai  dans  l’ensemble 
des  documents  que 
je  réunis  depuis  des 
années,  limitant 
toutefois  mon  sujet 
aux  Lépidoptères , 
afin  de  ne  pas  las¬ 
ser  la  patience  du 
lecteur. 

Commençons  par 
ceux  de  nos  Papil¬ 
lons  qui,  à  l’exem¬ 
ple  des  Kallima  javanais,  profitent  de  la  couleur  et  des 
dessins  de  la  face  inférieure  de  leurs  ailes  pour  se 
rendre  à  peu  près  invisibles  à  l’état  de  repos. 

L’Aurore  mâle,  Anthocharis  cardamines,  a  les  ailes 
de  la  première  paire  parées,  au-dessus,  d’une  belle 
plaque  orangée;  mais  le  dessous  des  ailes  de  deuxième 
paire,  seul  exposé  quand  l’insecte  cesse  de  voler,  est 
maculé  de  taches  vertes  très  découpées;  de  sorte  que 
durant  les  instants  d’immobilité,  ce  joli  animal  prend 
tout  à  coup  l’aspect  du  menu  feuillage  des  Achillées,  des 
Ombellifères  et  des  Cardamines  des  prairies  (ligure  2). 

L’Aurore  femelle  et  le  PierisDaplidice,  plus  méridional 
offrent  des  taches  verdâtres  analogues  sur  la  face  infé¬ 
rieure  des  secondes  ailes  et  le  même  procédé  de  dissi¬ 
mulation. 

Chez  le  Citron,  Gonepteryx  Rliamni,  le  mâle  est  jaune. 


LE  NATURALISTE 


la  femelle  verdâtre;  cependant,  dans  les  deux  sexes,  la 
face  inférieure  des  ailes  reproduit  admirablement,  par 


Fig.  2.  —  Anlhocharis  Vtirdamines  »a  repos,  dissimulé  dans  le 
feuillage  de  l’Achillée.  (D’après  nature.) 
sa  teinte  générale,  par  ses  nervures  et  même  par  quelques 
petites  taches,  une  feuille  plus  ou  moins  jaunie. 

Si  vous  ne  pourchassez  pas  l’animal,  comme  le  font 
les  enfants  et  les  chasseurs  novices,  mais  si  vous  le 
suivez  des  yeux  jusqu’à  ce  qu’il  se  pose,  au  repos,  les 
ailes  fermées ,  vous  le  trouverez  neuf  fois  sur  dix  sur  ou 
plus  souvent  sous  des  feuilles  de  trèfle,  de  fève,  etc., 
déjà  jaunes  et  qu’il  choisit  de  préférence  à  d’autres 
(figure  3). 


Fig.  3  —  (lonepteryx  Rhamni  sur  des  feuilles  jaunies  de  Gly¬ 
cine.  (D'après  nature.) 

Notre  Thécla  de  la  Ronce,  Thecla  Rubi,  brun  au-dessus, 
d’un  beau  vert  en  dessous,  devient  brusquement  introu¬ 
vable  dès  qu’il  se  pose  sur  une  feuille  vivante. 

Lacordaire,  auquel  peu  de  phénomènes  échappaient, 
cite,  dans  son  Introduction  à  l'entomologie  (1  ),  les  Vanesses 


et  les  Satyres  pour  la  faculté  qu’ils  présentent  d’imiter 
en  se  posant  des  feuilles  séchées.  Je  ne  puis  que  con¬ 
firmer  ses  dires  :  nos  Vanesses,  surtout  Vanessa  C.  album, 
V.  polychloros  et  V.  Urticæ,  ornées  de  couleurs  assez 
vives  au-dessus,  sont,  en  dessous  d’une  couleur  brune 
ordinairement  foncée.  A  l’état  de  repos  total  (f)  les  ailes 
complètement  relevées  et  appliquées  les  unes  contre  les 
|  autres,  elles  ne  se  distinguent  plus  des  feuilles  brunies 
de  dimensions  analogues  encore  attachées  aux  rameaux  ou 
pendant  entre  les  plantes  aux  toiles  d’araignées.  Il  faut 
le  coup  d’œil  exercé  du  chasseur  pour  les  découvrir. 

Le  Paon  de  jour,  Vanessa  Io,  malgré  la  coloration 
presque  noire  de  sa  face  inférieure,  se  dissimule  fort 
bien  par  le  même  moyen.  Dès  que  le  ciel  est  assombri 
par  des  nuages,  il  se  place,  en  posture  de  feuille  morte, 
sous  un  rameau  feuillu  retombant.  Si  vous  le  prenez 
délicatement  à  la  main  et  si  vous  le  faites  voler,  vous  le 
voyez,  confiant  dans  sou  travestissement,  se  remettre, 

I  quelques  mètres  plus  loin,  dans  une  position  et  une 
situation  identiques. 

j  Nos  Satyres  ( Satyms  Semele,  Pararge  Mura,  P.  Megœra. 

|  P.Ægeria,  Epinephele-Janira,  etc.),  se  cachent  d  une  façon 
semblable.  Ed.  B.  Poultonattribue  à  ce  moyen  de  dissi¬ 
mulation  fort  répandu  le  fait  de  la  disparition  presque 
complète  des  Rhopalocères  lorsque  le  temps  est  couvert. 

Passons  aux  Lépidoptères  nocturnes;  ici  les  exemples 
de  ressemblance  protectrice  abondent;  on  n’a  que  l’em¬ 
barras  du  choix. 

La  Venilla  macularia,  cette  Phalène  jaune  maculée  de 
noir,  si  commune  dans  les  taillis,  copie  exactement  la 
couleur  et  les  taches  des  feuilles  de  Bouleau  et  de  Peu¬ 
plier  tombées  ou  séchées  sur  l’arbre  et  pointillées  de 
taches  noires  ou  brunes.  La  ressemblance  est  si  parfaite, 
j  que  l’insecte,  immobile,  doit  presque  toujours  passer 
inaperçu  (figure  4). 


Fig.  4.  —  Venilla  macularia  sur  uni1  feuille  de  Bouleau  macu¬ 
lée  de  taches  foncées.  (D’après  nature.) 

Plusieurs  Phalènes  toutes  blanches  imitent  les  larges 


(1)  J’insiste  sur  l’expression  de  repos  total.  En  effet,  lorsque 
ces  Insectes  ne  $e  posent  que  momentanément  sur  une  fleur  ou 
sur  la  partie  humide  d’un  tronc,  d’arbre,  les  ailes  restent  ouver¬ 
tes  et  l’illusion  n’existe  pas.  Ed.  B.  Poulton  (The  Colories  of 
Animais,  p.  54)  emploie  le  termo  de  repos  complet  torpide. 


J  Suites  à  Ruffon ,  t.  II,  p.  -469. 


LE  NATURALISTE 


253 


gouttes  déterminées  sur  les  feuilles  par  les  excréments 
des  oiseaux.  Mieux  que  cela  encore,  de  petits  papillons 
dont  les  ailes  supérieures  blanches  sont  marquées  à  la 
base  d’une  tache  foncée  et  dont  les  organes  du  vol  sont 
en  quelque  sorte  roulés  autour  du  corps  à  l’état  de 
repos,  constituant  ainsi  un  cylindre  étroit  noirâtre  à  une 
de  ses  extrémités,  d’un  blanc  de  craie  à  l’autre,  copient 
si  bien  la  lîente  des  passereaux,  que  l’illusion  est  com¬ 
plète  et  que  des  personnes  peu  familiarisées  avec  ces 
phénomènes  sont  stupéfaites  lorsqu’en  le  touchant  on 
fait  s’envoler  l’objet  sur  la  nature  duquel  elles  s’étaient 
totalement  méprises.  Tels  sont  :  Cille  spinula,  Perl- 
thinci  pruniana,  etc.  (figure  3). 


Fig.  5.  —  Penthina  pruniana  un  peu  grossie.  (D’après  nature.) 

Un  certain  nombre  de  nos  Nyctéolides  ou  Bombyciens 
tortriciformes  ,  Hylophila  prasinana ,  Halias  quercana 
Earias  chlorana,  une  Noctuelle,  Luperina  virens,  quelques 
Phalènes,  Geometra  papilionaria,  Phalœna  thymiaria,  une 
tordeuse,  Tortrix  viridana  se  confondent  avec  les  feuilles 
sur  lesquelles  elles  sont  appliquées,  par  suite  de  leur 
coloration  d’un  beau  vert. 

Les  Noctuéliens  suivants  :  Bryophila  muralis,  Motna 
Orion,  Agrolis  prœcox ,  Dischenia  aprilina,  exposent  aux 
regards  des  ailes  supérieures  vertes  parcourues  par  des 
dessins  noirs  et  imitent  certains  Lichens.  Les  Lichens 
gris  sont  copiés  par  Acronycta  leporim,  A.  psi,  A.  Mega- 
cephala,  Hadena  Brassicæ,  Calocala  nupta,  etc.,  dont  les 
ailes  antérieures,  seules  visibles,  sont  couvertes  de 
dessins  indécis  gris  sur  gris  ou  noir  sur  gris. 

L’imitation  est  fort  bonne,  mais  les  contours  trop 
nets  des  Noctuelles  en  question  rendent  un  cadre  ou  un 
fond  de  Lichens  véritables  indispensables.  Une  Phalène 
très  commune,  Halia  ( Fidonia )  Wavaria,  mieux  travestie, 
se  passe  de  cet  entourage  :  blanchâtre,  saupoudrée  de 
gris,  les  ailes  antérieures  marquées  de  trois  taches  fon¬ 
cées,  elle  se  pose  sur  les  murs,  les  rochers,  les  écorces 
nues  et  représente  fidèlement  une  petite  plaque  de 
Lichen  avec  ses  découpures  caractéristiques. 

Innombrables  sont  les  Lépidoptères  nocturnes  d’un 
brun  plus  ou  moins  grisâtre  qui,  posés  dans  diverses 
attitudes  spéciales,  simulent  de  petits  éclats  de  bois,  des 
feuilles  desséchées  soit  étalées,  soit  roulées  et  ces 
myriades  de  brindilles  tombées  sur  les  mousses  ou 
salissant  les  toiles  des  Epe'ires. 

Tout  le  monde  connaît  les  Bombyciens  vulgairement 
appelés  feuilles-mortes  :  Lasiocampa  quercifolia,  qui  a 


absolument  la  coloration  des  feuilles  sèches  du  Chêne 
L.  populifolia  copiant  les  feuilles  de  Hêtre  ou  de  Charme, 
L.  Pruni  qui  ressemble  surtout  aux  feuilles  de  Charme 
rougies  avant  la  chute,  L.  ilicifolia  ayant  effectivement 
la  couleur  des  feuilles  sèches  du  Houx,  etc.,  etc. 

Je  rappellerai  encore  Gonoptera  libalrix,  Noctuélien 
imitant  une  feuille  tombée,  demi  rongée  et  couverte  de 
cryptogames  (1),  Clostera  curtula  ressemblant  à  une 
vieille  feuille  de  Charme  roulée,  Philodontis  palpina 
rappelant  une  feuille  roulée  plus  pâle,  Lithosia  griseola 
(figure  6)  qui,  posée  au  pied  d’un  arbre,  simule  une 


Fig.  6.  —  Lithosia  griseola  imitant  une  Samare  de  Frêne. 
(D’après  nature.) 

samare  de  Frêne  un  peu  décolorée  par  les  pluies  d’hiver, 
enfin  beaucoup  de  Tortrix  et  autres  Micro-lépidoptères 
que  l’on  confond  avec  des  brins  de  graminées  ou  des 
aiguilles  de  Sapin. 

La  ressemblance  protectrice  ne  suppose  pas  toujours 
l’état  de  repos,  les  Pterophores,  Pteropliorus  pentadac- 


Fig.  7.  —  Pteropliorus  monodaclylus  imitant  au  vol  une  akène 
de  Composée.  (D’aprcs  nature.) 

Chez  l’animal  vivant  le  battement  des  ailes  rend  celles-ci 
confuses  et  augmente  l’illusion. 


(1)  Cité  par  Ed.  B.  Poulton  ( The  Colotirs  of  Animais,  p.  35). 
J’ai  vérifié  le  fait.  G.  libalrix  passant  l’hiver  en  vie  est  proba¬ 
blement  très  protégée  par  sa  ressemblance  avec  des  débris 
végétaux  partiellement  décomposés. 


LE’  NATURALISTE 


254 


li/las,  Pt.  monodactylus,  etc.,  au  vol  assez  paresseux, 
exécutant  surtout  de  courtes  excursions  de  haut  en  bas 
et  de  bas  en  haut,  ressemblent  pendant  leur  locomotion 
aérienne  à  des  Akènes  de  Composées  emportées  par  le 
vent  (1}  (figure  7).  „ 

Ces  exemples,  glanés  çà  et  là,  suffisent,  et  si  l’on  prend 
la  peine  de  faire  le  relevé  des  chenilles  et  des  chrysalides 
que  cachent  aux  yeux  de  leurs  ennemis  la  couleur,  la 
forme,  l’aspect  du  fourreau,  on  arrive  à  cette  conclusion 
qu’il  n’y  a  peut-être  pas  un  seul  de  nos  Lépidoptères 
qui,  au  moins  sous  l’un  de  ces  trois  états  successifs, 
n’ait  recours  à  une  ressemblance  protectrice  plus  ou 
moins  complète. 

Ne  franchissons  donc  pas  les  mers  pour-  aller  étudier 
aux  Indes  néerlandaises  ou  au  Brésil  un  des  phénomènes 
les  plus  intéressants  qu’offre  à  notre  admiration  la  gent 
animéé;  restons  chez  nous,  car  les  faits  de  ressemblance 
protectrice  -présentés  par  nos  insectes  indigènes  sont  si 
nombreux,  qu’une  partie  seulement  de  ces  faits  est 
connue  et  qu’il  reste  beaucoup  de  petites  découvertes  à 
effectuer.il  est  évident  que  ce  n’est  pas  en  regardant 
des  collections,  où  les  animaux  piqués  dans  des  boîtes 
au-dessus  de  papier  blanc  sont  totalement  privés  du 
cadre  végétal  ou  minéral  indispensable,  qu’on  peut  se 
former  une  opinion  à  cet  égard.  C’est  dans  les  jar¬ 
dins,  les  prairies,  les  forêts,  en  un  mot  en  visistant  la 
nature  chez  elle,  qu’on  a  chance  de  surprendre  quel¬ 
ques-uns  de  ses  secrets. 

F.  Plateau. 


LE  FOU  DE  BASSAN 

(Sula  Bassana.  Brisson.) 

Le  Fou  blanc  ou  Fou  de  Bassan  passe,  chaque  année, 
sur  les  côtes  de  Picardie,  en  plus  ou  moins  grande  quan¬ 
tité  selon  l’état  de  l’atmosphère  et  l’abondance  des  pois¬ 
sons  dont  il  aime  à  faire  sa  nourriture  :  Célans  (2), 
Maquereaux,  Harengs,  qui  se  rapprochent  des  terres,  en 
automne,  par  les  vents  d’amont. 

C’est  ordinairement  vers  le  milieu  et  la  fin  de  sep¬ 
tembre  que  les  Fous  apparaissent  dans  nos  parages.  Ils 
y  prolongent  leur  séjour  pendant  tout  le  mois  d’octobre 
et  même  les  premiers  jours  de  novembre,  si  les  vents 
sont  favorables  et  y  retiennent  les  bancs  de  poissons. 

Par  les  vents  de  terre,  en  effet,  le  poisson  atterrit,  et 
s’éloigne  par  les  vents  du  large.  Les  oiseaux-pêcheurs 
suivent  le  mouvement  de  cette  proie  essentiellement 
inconstante  et  mobile.  Aussi,  par  les  vents  d’amont  les 
rencontre-t-on  près  des  côtes  et  par  eaux  d’aval  en  haute 
mer. 

Lorsque  les  colonnes  serrées  des  voyageurs  de  l’onde 
entrent  dans  la  baie  de  la  Somme,  Fous  et  Cats-marins 
remontent  à  leur  suite.  On  en  voit  s’engager  de  la  sorte 
jusqu’au  fond  de  cette  échancrure  profonde.  Le  Fou,  du 
reste,  oiseau  pe'lagien,  s’aventure  parfois  dans  l’intérieur 
des  terres  où  il  est  presque  toujours  victime  de  ce  chan¬ 
gement  insolite  de  milieu. 

S’il  n’y  a  pas  d’années,  je  crois,  où  noûs  ne  voyons  au 
moins  quelques-uns  de  ces  oiseaux,  il  en  est  qui  sont 
privilégiées,  et,  toujours,  comme  je  l’ai  dit,  ce  sont  les 


(1)  J.  li.  Taylor.  Mimicry  in  the  Plume  Mollis  (Nature  analaise, 
vol.  XXVI,  n°  G72,  p.  477., Sept.  14,  1882). 

(2)  Clupea  Pllchardus,  Bl. 


années  où.  à  pareille  époque,  les  bandes  de  certaines 
espèces  de  Poissons  longent  nos  côtes. 

Je  trouve,  par  exemple,  dans  mon  carnet  de  chasse 
pour  l’année  1886,  que  vers  la  fin  de  septembre  eut  lieu 
un  passage  Considérable  de  Fous  de  Bassan.  Ces  oiseaux 
arrivèrent  en  même  temps  qu’un  grand  nombre  de  Cats- 
marins  et  de  Puffins  attirés  par  des  bandes  de  Célans,  de 
Blanches  (1),  de  Maquereaux  qui  se  rapprochèrent  de  la 
côte  à  cette  époque. 

Le  7  octobre,  par  une  bonne  brise  de  sud-est,  je  me 
rendis  à  la  mer  avec  un  de  mes  amis  qui  chassait  depuis 
plus  de  dix  ans  dans  nos  parages.  Il  m’affirma  n’avoir 
jamais  vu  une  telle  abondance  de  Fous  et  de  Puffins. 
Arrivés  dans  la  baie,  à  la  hauteur  du  petit  port  du 
Hourdel,  nous  rencontrâmes  une  bande  d’une  vingtaine 
de  Fous  en  train  de  pêcher.  Ils  se  laissèrent  approcher 
assez  facilement.  Nous  en  tuâmes  quatre.  Plus  loin,  dans 
la  passe  nord-ouest,  nous  en  abattirnes  quatre  autres. 
J’estime  à  plus  de  trois  cents  le  nombre  des  Fous  que 
j’observai  durant  cette  marée  et  en  vue  seulement  des 
bancs  de  Somme.  La  plupart  étaient  des  jeunes  d’un  an 
ou  des  sujets  n’ayant  pas  encore  revêtu  leur  plumage 
parfait.  Nous  vîmes  cependant  quelques  adultes  et  parmi 
les  douze  oiseaux  que  nous  rapportâmes  se  trouvait  un 
individu  en  livrée  complète.  Ces  oiseaux  spnt  très  durs 
à  abattre  lorsque  Je  plomb  ne  les  frappe  pas  à  la  tête 
ou  ne  leur  casse  pas  une  aile.  Plusieurs,  visiblement 
touchés,  emportaient  fort  gaillardement,  après  s’être 
secoués  un  instant,  notre  plomb  n°  4  et  même  n"  2.  En 
faisant  dégorger  les  sujets  que  nous  avions  tués, 'j’ai 
remarqué  qu’ils  avaient  pêché  principalement  des 
Maquereaux  de  petite  taille. 

Le  9,  je  retournai  à  la  mer,  par  uu  vent  de  nord-ouest, 
les  Fous  se  tenaient  au  large,  je  n’en  rencontrai  pas  un 
seul  dans  la  baie  ni  au  pied  des  bancs.  De  violents 
coups  de  vents  d’ouest  régnèrent  du  12  au  20.  Le  22  et 
le  24  je  me  rendis  de  nouveau  à  la  mer,  et  je  m’avançai 
bien  au  delà  des  passes,  je  ne  vis  pas  un  seul  Fou.  Les 
tempêtes  avaient  chassé  les  bandes  de  poissons  au  grand 
large  et  avec  elles  les  Fous.  Aussi  la  pêche  du  Hareng, 
dans  les  parcs  de  la  côte,  fut-elle  très  peu  abondante. 

Cette  présente  année  1890  a  été  pauvre  en  Fous.  Dans 
la  saison  où  les  Harengs  visitent  ordinairement  nos 
côtes,  les  vents  se  sont  tenus  presque  constamment  dans 
la  partie  de  l’ouest,  soufflant  avec  violence,  aussi  la 
pêche  à  pied  de  ce  poisson  a-t-elle  été  presque  nulle. 

Tels  sont  les  rapports  intimes  qui  lient  les  oiseaux- 
pêcheurs  à  leur  proie,  le  mangeur  au  mangé. 

Le  Fou,  oiseau-pêcheur  de  premier  ordre,  pêche  au 
vol.  Il  ne  poursuit  pas  sa  proie  sous  Feau  comme  le 
Cormoran,  mais  se  précipite  sur  elle  du  haut  des  airs. 
Son  vol  est  très  varié,  tantôt  il  donne  de  vifs  et  rapides 
coups  d’ailes,  puis  se  laisse  glisser  rapidement  sur  l’air, 
tantôt  il  plane,  tourne  en  cercle  et  repart  subitement. 
Quelquefois  il  descend  presque  à  la  surface  de  l’eau  pour 
s’élever  ensuite  à  de  grandes  hauteurs.  Sa  course  dans 
le  vent  a  de  brusques  arrêts  suivis  d’élans  inattendus. 
Il  parcourt  ses  lieux  de  pêche  en  inspectant  le  flot  d’un 
œil  toujours  vigilant.  Dès  qu’il  découvre  un  poisson 
nageant  à  sa  surface,  il  tombe  sur  lui  d’une  chute  fou¬ 
droyante,  la  tête  la  première,  les  ailes  repliées,  et 
pénètre  dans  l’eau  en  la  faisant  rejaillir  violemment 
autour  de  soi. 


(1)  Harenyula  latulus,  Val. 


LE  NATURALISTE 


255 


Quand  il  pêche  avec  ardeur,  il  est  tellement  absorbé 
par  sa  quête  incessante  qu’il  semble  ne  prendre  aucun 
souci  des  dangers  qui  le  menacent.  J’en  ai  tué  qui  pas¬ 
saient  au-dessus  de  mon  bateau  de  chasse  à  la  hauteur 
d’un  mât.  En  pêchant,  il  fait  entendre  fréquemment  son 
cri  bref,  saccadé  et  rauque,  qui  est  un  mélange  du  cri  de 
l’oie  et  du  croassement  du  corbeau. 

C’est  un  gros  mangeur.  Lorsqu’il  s’est  gorgé  de  nour¬ 
riture,  il  se  pose  sur  l’eaupour  digérer  et  quelquefois  s’y 
endort.  Il  flotte  alors  comme  une  bouée,  les  bateaux  de 
pêche  lui  passent  sur  le  corps  et  on  peut  le  recueillir 
vivant  dans  l’épuisette,  en  prenant  bien  garde  toutefois 
au  bec  de  l’oiseau  éveillé,  arme  dangereuse  dont  il  se 
sert  avec  habileté  et  brutalité  (1).  Un  jeune  Fou  dont 
mon  plomb  était  venu  interrompre  désagréablement  la 
sieste  et  à  qui  j’avais  cassé  l’aile,  faillit  un  jour  me  per¬ 
forer  l’avant-bras,  protégé  heureusement  par  une  épaisse 
manche  en  velours.  A  peine  amené  à  bord,  il  se  jeta  sur 
moi  à  plusieurs  reprises.  Grâce  à  la  protection  de  ma 
solide  veste  de  chasse,  j’en  fus  quitte  pour  une  légère 
meurtrissure.  Son  émotion  lui  lit  dégorger  un  énorme 
Merlan  et  un  paquet  de  petites  Blanches  du  volume  des 
deux  poings,  ce  qui  prouve  que  ce  pêcheur  insatiable, 
tout  en  affectionnant  les  belles  pièces,  ne  dédaigne  pas 
le  fretin.  Dans  la  saison  du  Hareng,  il  en  avale  glouton¬ 
nement  une  telle  quantité  qu’il  en  est  tout  alourdi  et 
que,  pour  s’envoler,  il  est  obligé,  comme  disent  les 
marins,  de  jeter  du  lest  par-dessus  bord. 

Magaud  d’Auiîussox. 


LE  POURRIDIÉ  DE  LA  VIGNE 


Le  Pourridié  est  un  nom  commun  à  diverses  affections 
morbides  qui  depuis  quelques  années  se  sont  développées 
sur  les  racines  de  la  vigne.  M.  Viala,  professeur  à  l’Ins¬ 
titut  national  agronomique,  a  entrepris  d’établir  la  lu¬ 
mière  et  de  mettre  l’ordre  dans  ce  chaos. 

Tout  d’abord  il  a  dû  éliminer  un  certain  nombre  de 
cryptogames  qui  n’ont  aucune  action  dans  la  maladie  du 
Pourridié,  tels  que  :  Psathyrclla  ampelina,  Vibrissea 
hypogæa  et  Agaricus  melleus  qui  ne  se  rencontre  qu’acci- 
dentellement  sur  la  vigne  et  paraît  propre  plutôt  aux 
arbres  forestiers.  Le  Dematophora  necatrix  IL  Hartig  a  été 
seul  retenu  et  c’est  son  étude,  étude  intéressante  au 
premier  chef,  que  présente  M.  le  professeur  Viala  dans 
sa  Monographie  du  Pourridié  (2). 

Le  Pourridié  qui  cause  ses  ravages  dans  toutes  les  par¬ 
ties  du  l’ancien  et  du  nouveau  continent,  a  révélé  à 
l’observation  attentive  et  prolongée  pendant  plusieurs 
années,  des  faits  qui  présentent  la  plus  grande  impoi- 
tance  au  point  de  vue  du  développement  et  de  la  systé¬ 
matique.  Depuis  longtemps  on  le  connaissait  sous  le 
nom  de  blanc  des  racines.  Rob.  Hartig  lui  avait  donné  le 
nom  scientifique  qu’il  porte  actuellement,  mais  il  n'en 
connaissait  que  l’état  conidien.  M.  Viala  a  démontré 


(1)  Ce  bec  est.  assez  remarquable.  Il  parait  formé  de  trois 
pièces.  Droit,  plus  long  que  la  tète,  fendu  au  delà  de  l'angle 
postérieur  des  yeux,  terminé  en  pointe,  légèrement  courbé,  avec 
les  bords  de  la  mandibule  supérieure  dentelés  en  scie,  les  den¬ 
telures  tournées  en  arrière. 

-  Monographie  du  Pourridié  des  vignes  et  des  arbres  frui¬ 
tiers,  par  Pierre  Viala,  in-i  124  p.  et  8,  pi.  Montpellier,  Ca¬ 
mille  Poulet.  Paris,  G.  Masson.  1891. 


d’une  part  que  son  cycle  végétatif  était  polymorphe  à 
l’excès  et,  de  plus,  que  son  développement  complet  le  fai¬ 
sait  rentrer  dans  un  groupe  de  champignons  où  on  ne  se 
serait  guère  attendu  à  le  voir  figurer. 

Le  Pourridié  ne  comprend,  en  effet,  pas  moins  de 
onze  formes  mycéliennes  et  reproductives  :  tout  d’abord 
apparaît  un  mycélium  blanc  extérieur  aux  racines 
attaquées  ^  c’est  le  blanc  des  horticulteurs)  et  floconneux 
qui  bientôt  brunit  ses  plus  gros  filaments  et  se  renfle  en 
poire  au  niveau  des  cloisons.  Plus  tard  les  petits  fila¬ 
ments  blancs  se  condensent  et,  parvenus  à  une  certaine 
période  de  leur  développement,  forment  des  rhizomor- 
phes  externes  qui  rampent  à  la  surface  des  organes 
atteints  par  la  maladie  (Jlhizornorpha  fragilis  v.  subter- 
ranea).  Ces  cordons  se  continuent  dans  la  couche  géné¬ 
ratrice,  où  ils  constituent  les  rhizomorphes  sous-corticaux 
( Rhiz .  fragilis  v.  subcorlicalis).  A  un  moment  donné  l’in¬ 
vasion  se  propage  sous  forme  de  mycélium  interne  dans 
les  tissus  parenchymateux  détruits  et  dans  les  vaisseaux. 

Le  développement  des  organes  végétatifs  s’est  donc 
déjà  présenté  sous  six  formes  différentes  dont  on  a  pu 
facilement  suivre  le  développement.  Avec  la  fructifica¬ 
tion  nous  allons  assister  à  une  autre  série  de  modifica¬ 
tions.  La  fragmentation  cellulaire  avec  condensation  du 
mycélium  blanc  et  du  mycélium  brun  dont  nous  avons 
parlé  plus  haut,  va  donner  naissance  à  des  chlamydo- 
spores;  l’agglomération  du  mycélium  interne  en  masses 
de  pseudo-parenchyme  produira  des  sclérotes.  Enfin  la 
forme  la  plus  fréquente  de  fructification,  celle  sous 
laquelle  on  l’avait  connue  exclusivement  jusqu’à  ces 
derniers  temps,  fait  son  apparition.  Ce  sont  les  conidies, 
qui  forment  une  couronne  au  collet  des  plantes  attaquées. 
Les  conidiophores  s’insèrent  sur  les  sclérotes,  sur  les 
masses  mycéliennes  brunes  ou  encore  directement  sur  le 
mycélium  floconneux.  Ils  ont  l’air  de  petits  bâtons 
noirs  terminés  par  un  bouton  blanc,  qui  n’est  lui-même 
que  l’assemblage  en  panache  ou  en  panicule  d’un  nom- 
dre  considérable  de  branches  terminales  qui  portent  les 
conidies.  Ces  dernières  peuvent  être  conservées  longtemps 
dans  un  milieu  sec  sans  perdre  pour  cela  leurs  propriétés 
germinatives. 

Aux  dépens  des  sclérotes  s’organisent  les  pyenides, 
sortes  de  sacs  toujours  clos  qui  renferment  des  spores 
de  nature  particulière  qui  portent  le  nom  de  stylospores. 
Ces  spores  sont  généralement  en  petit  nombre  et  il  n’est 
pas  rare  de  rencontrer  dans  les  pyenides  quantité  de 
basides  restées  à  l’état  de  bourgeons  et  stériles.  C’esl 
encore  aux  dépens  des  sclérotes  et  du  mycélium  flocon¬ 
neux  que  se  développent,  au  milieu  des  conidiophores, 
les  pèrithèces.  Ils  forment  une  couronne  de  petits  corps 
arrondis  au  niveau  du  sol  ou  à  quelques  centimètres  au- 
dessous.  Ils  sont  durs,  cassants  et  complètement  clos. 
Leur  intérieur  renferme  des  asques  filiformes  et  allon¬ 
gées,  surmontées  d’une  chambre  à  air  tout  à  fait  carac¬ 
téristique.  Les  asques  contiennent  8  spores  unilocu¬ 
laires,  en  navette,  amincies, aux  deux  extrémités.  L’auteur 
n’a  pu  arriver  à  les  faire  germer,  du  telle  sorte  que  les 
relations  entre  les  diverses  formes  fructifères  ne  repo¬ 
sent  pas  encore  sur  des  données  expérimentales,  mais 
seulement  sur  des  observations  anatomiques  des  plus 
vraisemblables. 

La  vie  du  D.  necatrix  est  le  plus  souvent  végétative  , 
les  organes  de  fructification  n’apparaissent  que  quand 
le  champignon  vit  en  saprophyte  et  dans  des  conditions 
de  milieu  spéciales.  Les  conidies  ne  se  développent  que 


LE  NATURALISTE 


256 


sur  des  plantes  mortes,  de  12  à  16  mois  seulement  après 
le  dépérissement.  Quant  aux  périthèces,  ils  demandent 
pour  se  former  un  laps  de  temps  qui  va  de  deux  ans  à 
deux  ans  et  demi. 

De  l’ensemble  des  observations  faites  sur  le  dévelop¬ 
pement  du  Pourridié,M.  Viala  apu  fixer  la  place  que  doit 
occuper  le  Dematophora  dans  la  systématique.  Les 
pycnides  sont  closes  et  non  pourvues  d’une  ostiole  comme 
dans  les  Ascomycètes;  les  stylospores  présentent  des 
rapports  avec  les  spores  des  Hyménogaslrées.  De  plus  il  y 
a  formation  de  cavités  sporigènes  aux  dépens  des  tissus 
des  sclérotes,  chacune  restant  munie  d’une  enveloppe 
propre.  Par  l’ensemble  de  ces  caractères  :  périthèces 
clos,  peridium  et  gleba,  le  Dematophora  doit  prendre  place 
dans  les  Tubéroïdées,  entre  les  Elaphomyces  et  les  Tuber, 
où  il  constitue  une  petite  famille  naturelle  qui  relie  les 
Pyrénomycètes  aux  Tubéracées.  Le  fait  est  d’autant  plus 
remarquable  que  ce  sont  les  seules  Tubéroïdées  connues 
jusqu’à  ce  jour  dont  le  cycle  de  développement  soit 
aussi  polymorphe,  dont  on  connaisse  les  conidies  et  les 
pycnides. 

M.  Viala  a  décrit  en  sus  une  autre  espèce  de  Demato¬ 
phora  qu’il  a  décrit  sous  le  nom  de  D.  glomerata  :  il  ne 
présente  pas  le  polymorphisme  du  Pourridié;  comme  lui  il 
peut  être  parasite  ou  saprophyte.  Les  ascospores  n’en 
sont  pas  encore  connues. 

Le  travail  de  M.  le  professeur  Viala,  dont  je  n’ai  pu 
indiquer  ici  que  les  grandes  lignes,  figurera  avec  hon¬ 
neur  parmi  les  meilleures  monographies  qui  ont  été 
consacrées  aux  maladies  de  la  vigne.  Il  est  rempli  de 
faits  précis  et  d’observations  qui  intéressent  au  même 
point  le  viticulteur  et  le  mycologue.  De  bonnes  planches 
viennent  à  l’appui  du  texte  et  permettent  de  suivre  le 
développement. 

Paul  Hariot. 


SUR  UN  REMARQUABLE  ECHANTILLON  DE  FER  NATIF 


En  poursuivant  l’exploration  d’un  placer  aurifère 
nommé  Prikanavkyi,  dans  le  domaine  des  mines  de  Be¬ 
rezowsk,  en  Oural,  on  a  recueilli  plusieurs  lopins  de  fer 
métallique  d’un  aspect  très  singulier.  M.  Nicolas  Nes- 
torowsky  a  bien  voulu  en  adresser  des  spécimens  à 
M.  Daubrée,  qui  les  a  déposés  dans  la  collection  du  Mu¬ 
séum  et  qui,  avec  la  collaboration  du  signataire  du  pré¬ 
sent  article,  en  firent  une  étude  détaillée  (b). 

La  figure  ci-jointe  représente,  au  double  de  la  dimen¬ 
sion  naturelle,  un  des  échantillons  dont  il  s’agit.  Il  pesait 
72  grammes,  mais  nous  l’avons  scié,  et  soumis  à  l’action 
de  l’acide  chlorhydrique  pour  en  faire  ressortir  les  ca^ 
ractères  singuliers.  Ce  qui  frappe  à  première  vue  c’est  sa 
texture  feuilletée  et  contournée  bien  différente  de  toutes 
celles  des  échantillons  étudiés  jusqu’ici  ;  il  se  présente 
comme  résultant  de  la  réunion  d’une  série  de  lames 
métalliques  courbées  ensemble  et  qui  viennent  successi¬ 
vement  affleurer  parallèle  ment  sur  saface  convexe,  comme 
font  les  diverses  pages  sur  la  tranche  d’une  brochure 
roulée  en  cylindre.  Certains  feuillets  de  fer  ont  été  un  peu 
retroussés  sur  leurs  bords  et  il  s’est  produit  ainsi  quel¬ 
ques  crêtes  admettant  entre  elles  des  matières  ocracée». 

Le  métal  qui  compose  ce  singulier  spécimen  est  très 


(1)  Daubuér  et  Stanislas  Meunier  ;  Comptes  rendus  (le 
l’Académie  des  sciences,  t.  CXIII,  p.  172-27,  juillet  1891. 


magnétique,  mais  il  ne  manifeste  aucune  polarité.  Sa 
densité,  prise  sur  un  fragment  de  33  gr.  821,  a  été  trou¬ 
vée  égale  à  7.  59  à  17°. 

Une  surface  sciée  et  polie,  comme  celle  qu’on  voit  au 
premier  plan  de  la  figure,  est  brillante  et  de  la  teinte  or- 


Fer  natif  de  Prikanavkyi,  près  de  Berezowsk,  Oural  :  échan- 
lillon  du  Muséum  d’histoire  naturelle  ;  double  de  la  grandeur 
naturelle. 


dinaire  du  fer.  Traitée  par  un  acide,  elle  s’attaque  d’une 
façon  sensiblement  uniforme  sans  donner  de  figures 
proprement  dites  comparables  à  celles  des  fers  météori- 
liques.  Ce  fait,  ainsfque  l’absence  du  nickel,  porte  à  con¬ 
clure  que  le  métal  qui  nous  occupe  n’est  pas  d’origine 
extraterrestre. 

La  solution  du  métal  dans  l’acide  chlorhydrique  s’est 
faite  sans  résidu.  La  liqueur,  qui  était  fort  acide,  a  été 
presque  neutralisée  par  l’ammoniaque,  puis  soumise  à 
un  courant  d’hydrogène  sulfuré  préalablement  lavé.  Im¬ 
médiatement  la  liqueur  s’est  troublée  et  on  a  vu  se  dé¬ 
poser,  en  très  faible  quantité,  un  précipité  brunâtre,  qui 
est  devenu  plus  foncé  par  sa  réunion  au  fond  du  vase  et 
sa  séparation  d’avec  un  peu  de  soufre  et  quelques  flo¬ 
cons  grisâtres  indéterminés. 

Ce  sulfure  a  élé.  extrait  par  décantation,  lavé  et  ras¬ 
semblé  au  fond  d’un  tube  à  essai.  Séché,  il  est  devenu 
parfaitement  noir  et  on  l’a  dissous  dans  une  petite  quan¬ 
tité  d’eau  régale.  La  dissolution  évaporée  et  reprise  par 
une  goutte  d’eau,  a  donné  par  la  solution  alcoolique  du 
chlorhydrate  d’ammoniaque  un  léger  trouble  jaunâtre 
qui  s’est  déposé  en  grains  cristallins. 

L’ensemble  de  ces  réactions  devant  faire  1  conclure  à 
la  présence  du  platine,  on  a  procédé  à  des  vérifications. 
Tout  d’abord  on  pouvait  s’étonner  que  du  platine  con¬ 
tenu  dans  du  fer  fût  directement  soluble  dans  l’acide 
chlorhydrique.  Or,  des  expériences  très  simples  permet¬ 
tent  de  reproduire  des  alliages  de  fer  et  de  platine 
jouissant  des  mômes  propriétés.  En  effet,  quand  on  a 
réalisé,  par  la  réduction  simultanée  du  chlorure  de  fer  et 
du  chlorure  de  platine  au  moyen  de  l’hydrogène  au 
rouge,  la  synthèse  du  platine  ferrifère  (1),  on  trouve,  par 
suite  d’une  séparation  accidentelle  des  deux  métaux,  tels 
points  du  tube  où  du  platine  sensiblement  pur  s’est  dé¬ 
posé  et  tels  autres  où  des  enduits  sont  de  fer  à  peu  près 
seul.  Eh  bien  !  la  dissolulion  dans  l’acide  de  ces  enduits 
très  pauvres  en  platine  et  qu’à  première  vue  on  pren¬ 
drait  pour  du  fer  pur,  a  donné  un  liquide  qui,  par  l’hy¬ 
drogène  sulfuré,  précipite  du  platine  avec  l’allure  géné¬ 
rale  du  résultat  fourni  par  l'échantillon  de  Berezowsk. 


Q)  Stanislas  Meunier,  .Comptes rendus  t.XC,  p.  234,1890. 


LE  NATURALISTE 


257 


D’un  autre  côté,  la  quantité  de  matières  dont  on  dispo¬ 
sait  s’opposant  à  un  dosageprécis,  ona  cherché  à  avoirau 
moins  une  idée  de  la  proportion  de  platine  contenu  dans 
le  fer  natif.  Pour  cela,  1  centigramme  de  platine  étant 
dissous  dans  l’eau  régale,  on  étend  la  dissolution  avec  du 
perchlorure  de  fer  jusqu’à  ce  qu’un  volume  analogue 
à  celui  du  liquide  sur  lequel  on  avait  opéré  donnât  par 
l’hydrogène  sulfuré  un  trouble  de  même  intensité. 

Deux  essais  faits,  l’un  sur  la  limaille,  l’autre  par  im¬ 
mersion  du  bloc  dans  l’acide,  n’ont  pas  donné  des  résul¬ 
tats  bien  concordants;  ils  montrent  pourtant  que  le  pla¬ 
tine  est  en  proportion  très  faible,  peut-être  0,1  pour  100. 
Des  expériences  de  synthèse  portent  à  penser  qu’il  ne 
s’agit  sans  doute  que  d’un  mélange  de  platine  ferrifère 
avec  du  fer  natif  et  probablement  la  porportion  du  pla¬ 
tine  varie  d’un  pointé  l’autre. 

A  la  surface  des  échantillons  de  fer  de  Prikanavkyi  on 
remarque  des  grains  lilhoïdes  qui  sont  incrustés  dans  les 
portions ocreuses,  soit  à  l’extérieur,  soit  entre  les  feuil¬ 
lets  dont  le  fer  est  composé.  Ces  grains  examinés  au  mi¬ 
croscope  appartiennent  à  des  espèces  variées.  Celles 
qu’on  a  reconnues  le  plus  sûrement  sont  le  quartz,  le 
mica,  le  péridot,  le  pyroxène,  la  serpentine,  des  felds- 
paths  tricliniques,  le  fer  oxydulé  et  le  fer  chromé.  Ces  m  i- 
néraux,  détachés  les  uns  des  autres,  ne  proviennent  sans 
doute  pas  tous  du  même  gisement  originel.  Le  granit  et 
les  roches  silicatées  magnésiennes  les  ont  évidemment 
fournis. 

L’association  des  minéraux  magnésiensavec  le  fer  natif 
platinifère  mérite  d’être  notée,  à  cause  de  sa  conformité 
avec  des  faitssimilaires  déjà  constatés.  Déjà,  en  effet,  le 
platine  ferrifère  de  Nichne  Tagilsk  s’est  montré  intime¬ 
ment  uni  avec  les  roches  péridotiques  et  avec  le  fer 
chromé  (1).  D’autre  part,  des  granules  de  fer  nickelé  ter¬ 
restre,  commeon  ena  rencontré  à  la  Nouvelle-Zélande (2) 
(awaruite)  et  en  Piémont  (torrent  d’Elmo)  (3)  sont  dans 
le  même  cas  ;  et  les  uns  et  les  autres  paraissent  repré¬ 
senter  des  échantillons  fortuitement  parvenus  à  la  sur¬ 
face  du  sol,  de  roches  normalement  constituées  dans  les 
profondeurs  infragranitiques. 

L’ensemble  maintenant  considérable  de  données  rela¬ 
tives  à  ces  roches  profondes,  confirme  de  plus  en  plus  les 
aperçus  développés  antérieurement,  d’après  lesquels  le 
milieu  où  elles  ont  pris  naissance  n’était  pas  saturé  d’oxy¬ 
gène,  de  sorte  que  même  les  métaux  oxydables,  comme 
le  fer,  le  nickel  et  le  chrome,  s’y  sontconstitués  à  l’état 
métallique,  tantôt  simples,  tantôt  alliés  entre  eux.  C’est 
plus  tard,  sous  l’influence  d’une  scorification,  liée  inti¬ 
mement  sans  doute  aux  phénomènes  qui  ont  converti  le 
péridot  et  les  pyroxènes  en  serpentine,  que  le  fer  oxydulé 
et  que  le  fer  chromé  se  sont  constitués. 

Une  opinion  qui  peut  se  présenter  à  l’esprit  serait  au 
contraire  que  les  granules  métalliques  des  roches  à  fer 
natif  ont  débuté  par  l’état  oxydé  et  que  des  réductions 
postérieures  les  ont  convertis  en  métal  libre.  Mais  cette 
manière  de  voir,  qui  intéresse  à  la  fois  les  masses  ter¬ 
restres  qui  nous  occupent  et  les  météorites,  ne  saurait 
résister  à  l’examen  des  faits. 

lia  paru  intéressant  de  voir  ce  que  deviendrait  le  fer 
oxydulé  des  serpentines  soumis  à  une  influence  réduc¬ 
trice  semblable  à  celle  qu’on  vient  de  supposer.  Dans  ce 

Mj  D.vubrée.  Annales  des  mines.  7e  série  t.  IX,  1870. 

f  2)  Ulrich.  Quarterly  Journal  of  the  Geolorjical  Society  of  Lon¬ 
don,  t  XLVI  p.  6 i 9,  1890. 

(3)  Alf.  Sella.  Comptes  rendus  du  19  janvier  1891. 


but,  du  fer  oxydulé  parfaitement  compact,  extrait  de  la 
serpentine  de  Firmy,  a  été  soumis  en  fragments  de  plu¬ 
sieurs  centimètres  cubes  à  l’action,  continuée  plusieurs 
heures,  de  l’hydrogène  pur  au  rouge.  Le  résultat  a  été  un 
très  beau  métal  prenant  bien  le  poli,  ne  contenant  pas 
trace  d’oxygène,  mais  différant  de  tous  les  fers  natifs  par 
son  état  spongieux.  Celui-ci  est  tel,  que  la  densité  appa¬ 
rente  de  ce  métal  ne  dépasse  pas  4.28. 

Au  contraire,  l’expérience  montre  que  c’est  dans  tous 
leurs  détails  qu’on  reproduit  le  fer  oxydulé  et  le  fer 
chromé  des  roches,  en  soumettant  le  fernatifà  un  alliage 
convenable  de  fer  et  de  chrome  on  à  l’action  de  la  va¬ 
peur  d’eau  dans  un  tube  de  porcelaine  chauffé  au  rouge. 

Stanislas  Meunier. 


DESCRIPTION  DE  LÉPIDOPTÈRES  NOUVEAUX 


Purins  Conrregesi  n.  sp.  —  o’  32  à  39  j*j  44  millimètres. 
Dessus  des  supérieures  brun  terreux  semé  d’atomes  ochracés. 
La  base  immédiate  «le  l’aile  est  jaune,  puis  viennent  successi¬ 
vement  une  ligne  extrabasilaire  de  points,  puis  deux  gros  et 
parfois  quelques  petits  points  isolés  dans  la  partie  centrale  de 
l’aile,  enfin  immédiatement  après  la  cellule  une  ligne  subter¬ 
minale  d’un  jaune  un  peu  plus  foncé  et  bordée  de  chaque  côté 
par  des  points  de  grandeur  et  de  forme  diverses.  Tous  ces 
points  sont  jaunes.  Frange  couleur  du 
à  l’extrémité  des  nervures.  Dessous  de 
dessus,  mais  les  teintes  sont  plus  fo; 
nets.  Dessus  et  dessous  des  inférieures  jaune  paille  avec  la 
frange  concolore,  garnis  de  poils  rosés  le  long  du  bord  interne. 
Palpes  jaunes  intérieurement  bruns  sur  les  côtés  et  aux  extré¬ 
mités;  tête,  collier  et  ptérygodes  jaunes,  thorax  jaune  brun, 
dessus  de  l’abdomen  rosé.  Pattes  rosées  par-dessus,  jaunes  à 
l’intérieur;  dessous  de  l'abdomen  jaune.  Antennes  jaunes,  plus 
fortement  pectinées  chez  le  çf.  Trois  cf  cl  l  A  des  environs  de 
Lova,  1890. 

quatre  ailes  gris  terreux.  Les  supérieures  ont  vers  la  base  dans 
le  centre  des  ailes  un  trait  brun  fortement  marqué,  bordé  de 
blanc  en  dessus,  de  deux  points  blancs  en  dessous  ;  de  l’extré¬ 
mité  de  ce  trait  part  une  ligne  blanche  droite  et  qui  remonte 
obliquement  jusqu’au  dessus  delà  cellule.  Trois  rangées  succes¬ 
sives  de  taches  blanches  terminent  l’aile  :  la  première,  qui  part 
du  bord  interne  vers  le  milieu  de  l’aile;  s’arrête  à  mi-chemin,  les 
deux  autres  remontent  jusqu’à  l’apex.  Ces  dispositions  ne  sont 
bien  indiquées  que  sur  l’un  de  mes  deux  exemplaires;  dans 
l’autre,  un  peu  moins  frais,  les  dessins  restent  confus.  Il  est  à 
supposer  d’ailleurs  que  cette  espèce  comme  beaucoup  de  nos 

gris  uniformément  semé  d’atomes  noirs.  Frange  grise  et  noire. 
Dessous  des  supérieures  gris,  côte  et  bord  terminal  striés  de 
brun  sur  fond  plus  pâle.  Antennes  pectinées;  tète,  corps,  pattes 
gris,  semés  de  poils  blancs  ou  noirs.  Deux  a*  des  environs  de 
Loya,  1887  et  1839. 

Langsdorfia  nialina  n.  sp.  —  40  et  45  millimètre  Ci 
espèce  qui  se  place  tout  à  côté  de  la  Langsdorlia  Franckii  II  C. 
a  le  fond  des  ailes  brun  avec  quelques  reflets  jaunes.  Les  supé¬ 
rieures,  arrondies  à  l’apex,  ont  la  côte  coupée  de  brun  foncé; 
au  centre,  vers  la  base,  se  voit  une  large  tache  également  brun 
foncé  contenant  dans  sa  partie  inférieure  un  petit  trait  blanc 
argenté  ;  le  milieu  de  l’aile  est  traversé  par  une  bande  de  teinte 


l’une  en  forme  de  coin  entre  la  bande 
centrale  et  le  bord  terminal  ;  la  seconde,  juste  avant  l’apex,  est 
unent  cerclée  de  blanc.  Dessus  des  infé- 
pâlc.  Franges  concolorcs.  Dessous  des 


elliptique,  isolée  , 


et  pattes  gris  brun  ;  l’un 


long  que  les  ail 


i  étroites,  assez  pointues  à  l’apex,  presque  droi- 
de  celui-ci  à  l’angle  anal.  Aux  supérieures, 


258 


LE  NATURALISTE 


reliant  à  la  costale  au-dessus  delà  cellule  qui  est  très  allongée; 
de  l’extrémité  de  la  sous-costale  partent  trois  petits  rameaux 
qui  atteignent  l’apex;  nervules  inférieures  1,  2,  3  à  peu  près 
également  espacées,  la  4e  plus  écartée.  Comme  dans  l’Euryda 
Variolaris  Bdv.  il  est  à  supposer  que  la  J  diffère  très  sensible¬ 
ment  du  çf 

Lafayana  eupra  n.  sp.  : —  26  millimètres.  Ailes  transpa¬ 
rentes  avec  les  nervures  fortement  indiquées.  Les  supérieures 
sont  couvertes  d’écailles  d’un  beau  noir  à  la  base,  le  long  du 
bord  interne  et  à  l’apex, avec,  une  fine  bordure  également  noire 
le  long  de  la  côte  et  du  bord  terminal.  Les  inférieures  sont 
également  noires  à  la  côte  et  le  long  du  bord  interne.  Franges 
noires.  Palpes  noirs,  tète  noire  garnie  d’un  plumet  de  poils 
jaunes,  collier,  ptérygodes  et  dessus  du  corps  couverts  de  poils 
d’un  beau  noir  profond;  dessous  du  thorax,  base  des  ailes  et 
anus  recouverts  de  poils  rouge  orangé  vif  ;  pattes  noires,  milieu 
de  l’abdomen  en  dessous  noires  comme  le  dessus  mais  garni 
de  chaque  côté  de  quelques  poils  rouge  orangé.  Antennes 
noires.  Un  çf  des  environs  de  Lova,  1890. 

P.  Dognin. 


SOCIÉTÉ  PHILOMATIQUE  DE  PARIS 


SECTION  DES  SCIENCES  NATURELLES 
Bulletin  du  troisième  trimestre 

Zoologie.—  MM.  A.  Milne-Edwards et E.-L.  BouviERprésen- 
tent  quelques  Observations  générales  sur  les  Paguriens  recueillis 
dans  la  mer  des  Antilles  et  dans  le  golfe  du  Mexique ,  par  le 
Bi.ake  et  le  Hassler,  sous  la  direction  de  M.  Alexandre 
Agassiz.  Ils  signalent  notamment  une  variété  très  grande  dans 
les  modes  d’adaptation  des  Pagures:  tantôt  l’animal  se  loge  dans 
.une  pierre  ou  dans  une  éponge  dont  il  ferme  la  cavité  avec  scs 
pinces  ( Pylocheles ),  tantôt  il  habite  un  morceau  de  bois  per¬ 
foré  dans  lequel  il  pénètre  directement  et  qu’il  ferme  en  arrière 
par  une  sorte  de  bouclier  abdominal  ( Xylopagurus ),  enfin  cer¬ 
taines  espèces  rejettent  absolument  tout  abri  et  prennent  la 
forme  et  le  genre  de  vie  des  crabes  ( Ostraconotus ).  Partant 
de  ce  principe  que  l’adaptation  pagurienne  est  d’autant  moins 
prononcée  qu’un  plus  grand  nombre  de  pattes  paires  persis¬ 
tent  à  l’abdomen,  ils  tirent,  au  moins  pour  la  mer  des  Antilles, 
la  conclusion  suivante  qui  ne  manque  pas  d’intérêt  :  la  faune 
pagurienne  des  profondeurs  est  surtout  constituée  par  des 
espèces  plus  ou  moins  voisines  des  formes  ancestrales;  ces 
espèces  disparaissent  progressivement  à  mesure  qu’on  se  rap¬ 
proche  des  côtes,  où  elles  font  place  à  d’autres  très  éloignées 
des  formes  primitives.  —  M.  Malard,  dans  deux  notes  sur  les 
Aphrodites ,  observe  que  VA.  ecliidna  M.  Intosch,  n’a  rien  de 
commun  avec  l’A.  echidna  Quatrefages  et  propose  pour  elle  le 
nomd’A .Magellanica ;  il  considère  en  outre  l’A.sm'ceacommeune 
variété,  propre auxjners fermées,  de  l’A.  aculeatata.  —  M.  Léon 
Vaillant  présenté  quelques  Remarques  sur  les  caractères  qui 
peuvent  permettre  de  distinguer  les  Sternotliærus  nigricans 
Lacépède  et  Sternothæneus  castaneus  Schweigger  ;  les  obser¬ 
vations  de  l’auteur  ont  [été  faites  sur  des  Tortues  de  la  ména¬ 
gerie  des  Reptiles  au  Muséum. 

Dans  un  travail  sur  l’anatomie  des  glandes  annexes  de 
l’appareil  génital  mâle  de  la  Gerboise  de  Mauritanie.  M.  E.  de 
Pousargues  signale  la  présence  de  glandules  dans  l’épaisseur 
des  canaux  eflerents,  décrit  les  rapports  de  ces  canaux  avec 
les  vésicules  séminales  et  signale  la  disposition  en  couronne 
des  glandules  prostatiques. 

M.  Contejean  étudie  l’innervation  de  la  vessie  urinaire  chez 
la  Grenouille  :  dans  cet  animal,  le  centre  d’innervation  se  trouve 
au  niveau  de  la  S”  vertèbre  comptée  à  partir  de  la  tète  ;  les- 
filets  qui  en  émanent  passent  par  les  nerfs  de  la  queue  de 
cheval,  d’ailleurs  le  sympathique  ne  contient  pas  de  filets  vé¬ 
sicaux.  Dans  une  seconde  note  sur  l 'innervation  de  l’estomac 
chez  les  Batraciens ,  le  même  auteur  observe  que  le  centre 
des  réflexes  de  la  sécrétion  du  suc  gastrique  se  trouve  dans  les 
plexus  intrastomacaux.  —  D’après  une  note  de  M.  Perrin, 
la  musculature  du  pied  de  l’Axolotl  est  identique  à  celle  de  la 
Salamandre ,  sauf  quelques  exceptions  sans  importance  qui 
tiennent  surtout  à  un  nombre  différent  de  phalanges  au  pre¬ 
mier  et  au  quatrième  doigts.  —  M.  P.  Gaubert  décrit,  sous  le 
nom  de  glandes  patellaires  des  Aranéides,  des  tubes  invaginés, 


plus  ou  moins'  sinueux,  qui  sont  groupés  à  l’extrémité  de  la 
patelle  ou  4e  article  des  pattes  de  certaines  araignées  ( Cyrlau - 
chenius )  ;  par  leur  structure  ces  glandes  se  rapprochent  de 
celles  qui  sécrètent  la  soie.  —  M.  Malard  signale,  à  l’entrée 
des  cæcums  hépatiques  du  tube  digestif  des  Aphroditiens, 
deux  disques  fibreux,  se  fermant  en  soufflet  au  moyen  de  mus¬ 
cles  marginaux;  ces  disques  permettent  aux  cæcums  de  ne  dé¬ 
verser  leur  contenu  liquide,  qu’au  moment  le  plus  favorable 
pour  la  digestion. 

M.  Pizon  étudie  le  développement  du  ganglion  et  dupavillon 
vibratile  (hypophyse)  chez  les  Tuniciers  du  groupe  des  Botrylli- 
dés..Ces  deux  parties  se  développent  indépendamment  l’une  de 
l’autre.  La  vésicule  endodermique  primitive  du  blastozoïte 
émet  un  diverticule  qui  s’ouvre  secondairement  à  la  partie 
antérieure  du  sac  branchial;  un  peu  plus  tard,  ce  tube  s’obli¬ 
tère  à  son  point  d’origine  et  il  a  dès  lors  la  disposition  qu’on 
lui  trouve  chez  l’adulte.  Quant  au  système  nerveux  qui  cons¬ 
titue  au  début  un  cordon  épiblastique  allant  de  l’ouverture 
branchiale  à  l’orifice  cloaçal,  il  se  condense  sur  le  diverticule 
précédent  pour  y  constituer  le-  ganglion  définitif. 

M.  Devaux  communique  le  résultat  de  ses  expériences  sur 
le  sens  du  goût  chez  les  Fourmis.  L’auteur  a  reconnu  que  les 
solutions  de  saccharine,  dont  le  goût  sucré  est  si  accentué 
pour  l’homme,  non  seulement  n’attirent  pas  les  insectes,  mais 
semblent  au  contraire  repousser  ceux-ci  d’une  solution  conte¬ 
nant  du  sucre,  lorsqu’on  y  a  ajouté  de  la  saccharine.  — 
MM. A.  Milne-Edwards  etE.-L.  Bouvier  décrivent  unpagurien 
nouveau,  le  Paguristes  Marocanus  qui,  contrairement  aux 
autres  crustacés  du  même  groupe,  habitait  une  coquille  sénestre. 
Les  auteurs  pensent  que  ce  Pagure  s’était  probablement  four¬ 
voyé  dans  la  coquille  et  que  leur  observation  n’infirme  en 
rien  l’hypothèse,  admise  jusqu’à  ce  jour,  que  la  disparition  des 
appendices  au  côté  droit  de  l’abdomen,  dans  les  Paguriens 
typique*,  est  due  à  leur  habitat  normal  dans  des  coquilles 
dextres.  —  Dans  une  note  sur  la  digestion  stomacale  dans  la 
Grenouille  rousse,  M.  Contejean  montre  que  lès  glandes  de 
l’estomac  élaborent  de  la  pepsine  et  que  l’acide  sécrété  par  les 
parois  stomacales  est  de  l’acide  chlorhydrique.  Dans  une  se¬ 
conde  communication,  il  indique  un  procédé  opératoire  pour 
mettre  à  nu  le  nerf  pneumogastrique  de  la  Grenouille ,  et 
pour  énerver  l’estomac  de  cet  animal. 

Paléontologie.  —  M.  H.  Filhol  comble  une  importante  la¬ 
cune  en  décrivant  la  dentition  supérieure  de  l’Anthracotheriiim 
minimum  d’après  des  échantillons  provenant  de  la  Milloque 
(Lot-et-Garonne).  Cette  dentition  peut  être  formulée  ainsi. 
Inc.  3  ;  Can.  1  ;  Prém.  4  ;  Mol.  3  ;  elle  se  différéneie  d’ailleurs, 
par  un  certain  nombre  de  caractères,  de  celle  des  exemplaires 
plus  réduits  provenant  des  lignites  de  Rott  et  de  Rochette.  — 
Le  même  auteur  signale  en  outre  la  présence  des  P alœrinaceus 
dans  les  dépôts  de  phosphate  de  chaux  du  Quercy.  Ces 
hérissons  fossiles  n’étaient  connus  jusqu’ici  qu’à  Saint  Gérand- 
le-Puy  ;  leur  présence  dans  les  phosphates  montre  qu’ils  re¬ 
montent  au  moins  jusqu’au  moment  de  la  formation  des 
gypses  de  Montmartre  et  du  calcaire  de  Brie,  dans  le  bassin  de 
Paris. 

Botanique.  —  Apropos  d’une  collection  déplantés  du  Thibet 
chinois,  envoyée  au  Muséum  par  M.  Soulié,  M.  Franchet 
observe  que  la  flore  de  la  région  (Se-tchuen,  aux  environs 
de  Ta-tsien-lou)  est  intimement  liée  à  celle  de  l’Himalaya  : 
on  retrouve,  en  effet,  les  mêmes  espèces  dans  les  deux  ré¬ 
gions,  ou  bien  ce  sont  des  formes  représentatives  qui  s’y  mon¬ 
trent;  les  mêmes  genres,  tels  que  Senecio,  Pedicularis,  Gen- 
f.iana,  Pumila,  etc,  y  prédominent  d’une  façon  très  accentuée. 
\j&  travail  de  M.  Franchet,  qui  est  précédé  de  généralités  fort 
intéressantes,  renferme  la  description  de  17  espèces  nouvelles» 
appartenant  surtout  aux  genres  Senecio,  Saussurea,  Salvia, 
Pedicularis,  Genliana. 

Technique.  —  M.  Chauveau  décrit  un  nouveau  procède 
pour  la  préparation  des  coupes.  Ce  procédé  consiste  essentiel¬ 
lement  dans  l’emploi  d’un  petit  appareil  (le  microplyne)  en 
forme  d’entonnoir,  muni  à  sa  partie  inférieure  d’un  disque  de’ 
toile  de  platine.  Il  supprime  le  transport  des  coupes  d’un  réac¬ 
tif  dans  l’autre,  car.  ce  sont  les  réactifs  que  l’on  fait  successi¬ 
vement  passer  sur  les  coupes.  — M.  Contejean  donne  con¬ 
naissance  d’un  procédé  qui  permet  de  préparer  en  grande 
quantité  l’hématoxyline  nouvelle  de  M.  Ranvier  ;  il  signale 
également  une  modification  qu’il  a  apportée  à  la  méthode  de 
M.  Mathias  Duval  pour  coller  les  coupes  faites  en  série  après 
englobage  dans  la  paraffine. 

Conférences.  —  M.  Bourgeois  fait  un  rapport  sur  les  ira- 


LE  NATURALISTE 


259 


vaux  de  la  Société  française  de  minéralogie  pendant  les  an¬ 
née  1889  et  1890.  Ce  rapport,  qui  est  accompagné  de  nombreuses 
•observations  techniques,  est  imprimé  au  bulletin  de  la  Société. 

M.  H.  Filhol,  qui  vient  de  publier  un  important  volume  sur 
les  Mammifères  fossiles  de  Sausan,  retrace  l’historique  des  gi¬ 
sements  fossilifères  de  cette  localité  et  décrit  à  traits  rapides 
les  principaux  Mammifères  fossiles,  qu’il  a  mis  à  découvert 
dans  ses  fouilles. 

L.  B. 


DÉVELOPPEMENT  DE  L’HYDROPHILE  BRON 

(Hydrophilus  piceus.) 


Tous  les  êtres,  dans  la  nature,  ont  un  cachet  spécial,  une 
beauté  particulière,  quelque  chose  enfin  qui  les  rend  dignes 
d’attention...  Il  arrive  souvent  que  ce  côté  saillant,  que  cette 
particularité  nous  échappe  ;  cela  tient  le  plus  souvent  à  ce  que 
nous  ne  voyons  pas  ces  êtres  dans  le  milieu  pour  lequel  ils  ont 
été’dréés,  auquel  ils’bnt  été  adaptés. 

Il  en  est  ainsi  pour  le  grand  Hydrophile  brun. 

Voyez-le  sur  terre;  c’est  un'  coléoptère  massif,  de  couleur 
sombre,  incapable  de  se  mouvoir  avec  aisance. 

Voyez-lc  dans  l’eau  qui  est  son  élément  réel.  Aussitôt  le 
coup  d’œil  change.  Son  dos  en  carène  lui  permet  de  fendre 
l’eau  rapidement  ;  Ses  pattes,  munies  de  longs  poils  serrés  qui 
font  l'office  de  rames,  lui  rendent  la  nage  très  facile.  Sa  couleur, 
il  est  vrai,  reste  la  même  mais,  à  peine  l’insecte  est-il  plongé 
dans  l’eau,,  que  la  fine  pubescence  dont  le  métasternum  est 
recouvert,  donne  à  ce  dernier  l’aspect  d’une  lame  d’argent 
parfaitement  poli. 

Cet  effet  est  dû  à  dos  bulles  d’air  extrêmement  ténues  que 
l’insecte  accumule  en  dessous  de  son  corps  et  qui  constituent, 
dit  Brehm  «  une  provision  de  gaz  respirable  qui  se  trouve 
«  toujours  à  portée  des  stigmates  pour  permettre  à  l’animal 
«  de  demeurer  longtemps  sous  les  eaux  ». 

Ce  n’est  pas  seulement  à  l’état  parfait  que  le  grand  Hydro¬ 
phile  est  remarquable.  Chacune  des  phases  de.  son  existence 
peut  prouver  à  l’observateur  que  l’admirable  Providence  du 
Créateur  s’étend-  à  tous  les  êtres,  si  petits  soient-ils  dans  l’or¬ 
dre  des  choses. 

Nous  avons  vu  l’insecte  ;  examinons  comment  il  naît  et  com¬ 
ment  il  se  développe. 

La  ponte  de  l’Hydrophile  a  été  étudiée  avec  le  plus  grand 
soin  par  Lyonet. 

Les  œufs,  au  nombre  de  50  environs,  sont  déposés,  la  pointe 
en  haut,  dans  une  coque  ovigère  tissée  par  la  femelle  avec  des 
fils  blanchâtres  sécrétés  par  deux  tubercules  qu’elle  fait  saillir 
de-  son  abdomen. 

Cette  coque  ressemble  à  une  boule  piriforme  dont  l’extrémité 
supérieure  est  allongée  en  pointe  et  recourbée  à  angle  droit,  ce 
qui  lui  permet  de  rester  accrochée  aux  plantes  aquatiques. 

Ce  n’est  pas  tout;  comme  cet  esquif  peut,  d’un  moment  à 
l’autre, , être.  Egnversé,  la  femelle  a  reçu  l’instinct  de  làisser  au- 
dessus  de  ses  œufs  un  espace  plein  d’air,  grâce  auquel  la  coqüc 
reprend  toujours  sa  position  la  pointe  en  haut  si  un  accident 
quelconque  vient  à  la  faire  chavirer. 

Les  jeunes  larves,  une  fois  écloses,  restent  15  jours  dans  la 
coque  qui  les  a  vues  naître  et  se  nourrissent  très  probablement 
de  la  dépouille  des  œufs  d’où  elles  sont  sorties  car  on  n’en 
retrouve  jamais  de  vestiges  dans  les  coques  que  l’on  recueille. 

La  Larve.  —  Longue  de  7  à  8  centimètres  quand  elle  est  arrivée 
à  toute  sa  taille,  cette  larve  est  à  peu  près  de  la  même  couleur 
qu’une  Sangsue  dont  elle  a,  d’ailleurs,  assez  l’apparence. 

La  tète,  bombée  en  dessous  et  concave  en  dessus  vers  son 
milieu,  est  constamment  relevée,  ce  qui  lui  donne  l’air  d’étre 
placée  à  rebours. 

Cette  disposition  bizarre  a  sa  raison  d’être  car  elle  permet 
à  l’insecte  de  se  nourrir  plus  facilement  des  coquillages  àqua- 
tiques  dont  il  fait  sa  pâture  ;  en  effet,  non  seulement  la  larve 
peut  aisément,  et  sans  sortir  de  l’eau,  saisir  ces  mollusques  en 
dessous,  mais  encore  elle  brise  leur  coquille  en  la  pressant  en¬ 
tre  sa  tète  et  son  dos.  ' 

Je  n’insisterai  pas  sur  les  caractères  de  cette  larve  dont  je 
donne,  en  regard,  un  dessin  détaillé  et  grossi,  tiré  du  Cata¬ 
logue  de  Chapuis  et  Candézc.  —  La  larve  de  l’Hydrophilc  est 
cssentiellèment  carnassière  et,  à  défaut  de  coquillages,  s’ac¬ 
commode  fort  bien  de  viande  crue  lorsqu’elle  est  «n  captivité. 


Il  est  d’ailleurs  prudent,-  lorsqu’on  possède  ensemble  plusieurs 
de  ces  larves,  de  ne  pas  oublier  leur  nourriture;  sinon,  elles  se 
dévorent  entre  elles. 

Par  contre,  l’Hydrophile,  à  l’état  parfaitj  n’est  pas  carnassier. 
Certes,  s’il  est  poussé  par  la  faim,  il  ne  craint  pas  de  s’atta¬ 
quer  à  de  petits  animaux  aquatiques,  mais  il  se  nourrit,  le  plus 
habituellement,  de  plantes  d’eau  et  no  dédaigne  même  pas,  en 
captivité,  les  feuilles  de  salade.  ■ 

Ce  changement  dans  le  régime  est,  d’ailleurs,  en  rapport 
avec  une  modification  interne;  en  effet,  chez  l’Hydrophile  à 
l’état  parfait,  l'intestin  devient  beaucoup  plus  long  que  chez  la 
larve,  c’est-à-dire  quatre' ou  cinq  fois  aussi  long  que  le  corps  (1). 

Métamorphoses  de  la  Larve 

II  est  assez  facile  de  suivre  les  métamorphoses  de  la  larve  de 
1  ’Hydrophilus  piceus.  Lorsqu’elle,  est  arrivée  à  toute  sa  taille, 
ce  que  l’on  reconnaît  aisément  à  ce  qu’elle  cesse  de  manger,  il 
suffit  de  la  placer  sur  de  la  terre  humide,  que  l’on  choisit  de 
préférence  au  bord  d’une  mare  ou  d’un  ruisseau,  afin  de  se 
rapprocher  le  plus'possible  des  conditions  normales  d’existence 
de  la  larve. 

Au  bout  de  deux  à  trois  jours,  la  larve  s’enfonce  dans  la 
terre  et 's’v  construit  une  logo  dans  laquelle  elle  se  tient  pour 


1  1#  . 


4  5  6 

1  Larve  de  l’Hydrophilus  piceus.  —  2  Nymphe  £  .  —  3^  Insecte 
parfait  £  .  —  4  Tète  vue  en  dessus  et  grossie.  —  5  Tète  vue 
en  dessous.  ■ —  6  Dernier  anneau  de  l’abdomen  grossi. 

ainsi  dire  debout,  légèrement  recourbée  en  demi-cercle,  les 
pattes  appuyées  contre  Tune  des  parois.  Elle  garde  cette  posi¬ 
tion  sans  bouger,  pendant  quinze  jours  environ;  c’est  après 
cette  période  que  la  peau  se  fend  pour  laisser  passage  à  la 
nymphe;  transition  remarquable  par  le  bruit  sec  que  fait  çètte 
dernière  en  quittant  la  dépouille  larvaire. 

La  lymphe 

Ce  qui  frappe  tout  d’abord  dans  cette  nymphe,  c’est  l’ar¬ 
mature,  en  apparence  bizarre,  en  réalité  fort  utile,  dont  son 
corselet  est  orné. 

Cette  armature  consiste,  en  trois  saillies  lamelliformes  re¬ 
courbées  en  demi-cercle,  qui  sont  situées  de  chaque  côté  du 
corselet,  à  la  partie  antérieure.  Ces  trois  lames,  qui  sonf  su¬ 
perposées,  vont  en  s’amincissant  et  sont  légèrement  rougeâtres 
vers  leur  extrémité. 


(1)  C’est  Léon  Dufour  qui  a  fait  ces  observations  anato¬ 
miques. 


260 


LE  NATURALISTE 


Le  corselet  présente,  de  plus,  plusieurs  petites  épines  ré¬ 
parties  tout  autour  d’une  façon  assez  régulière. 

Quant  au  dernier  anneau  de  l’abdomen,  il  possède  deux 
prolongements  épineux,  assez  longs,  qui,  dé  même  que  l’ar-- 
Iceau  auquel  ils  sont  adaptés,  sont  de  couleur  rougeâtre. 

Disons  enfin,  pour  compléter  cette  description,  que  les  ar¬ 
ceaux  abdominaux  sont  tous  munis,  de  chaque  côté,  de  deux 
poils  spiniformes  et  qu’ils  présentent,  sur  leur  partie  dorsale, 
à  droite  et  à  gauche,  une  petite  épine  sur  chacun  d’entre  eux. 

Les  mouvements  de  la  nymphe,  le  plus  souvent  insensibles 
et  résidant  exclusivement  dans  l’abdomen,  sont  parfois  très 
violents  et  lui  permettent  de  se  retourner  complètement. 

C’est  là  que  devient  évidente  la  remarquable  utilité  des  appen¬ 
dices  du  corselet.  Si,  en  effet,  on  mouille  le  sol  sur  lequel  la 
nymphe  se  trouve,  on  la  voit  se  retourner  entièrement  par  un 
de  ces  mouvements  brusques  que  je  viens  de  signaler,  de  sorte 
que  son  extrémité  abdominale  repose  sur  les  deux  crochets  ter¬ 
minaux,  tandis  que  la  partie  antérieure  du  corps  s’appuie  sur 
les  armatures  du  corselet  dont  les  trois  lamelles  superposées 
font  exactement  l’office  de  ressorts. 

Do  la  position  prise  par  la  nymphe  pendant  l’expérience  ci- 
dessus,  il  résulte  que  le  but  des  appendices  dont  son  corps  est 
muni  est  de  l’empèchcr  d'étre  mouillée  en  cas  d’infiltration  du 
sol  sur  lequel  elle  repose,  ce  qui  doit  arriver  fréquemment, 
étant  donné  que  la  larve  de  l’Hydrophile  choisit,  pour  se  trans¬ 
former,  le  bord  des  mares  ou  des  ruisseaux  et  qu’il  pleut  sou¬ 
vent  à  l’époque,  de  sa  métamorphose,  c’est-à-dire  généralement 
vers  la  fin  de  l’été. 

Coloration  de  la  Nymphe. 

Au  sortir  de  la  dépouille  larvaire,  la  nymphe  de  l’Hydrophile 
est,  comme  celle  du  Lucanus  cervus,  entièrement  d’un  beau 
blanc  diaphane,  sauf  l’abdomen,  qui  est  d’un  blanc  d’ivoire 
opaque. 

Il  n’y  a  de  colorés  que  les  yeux  qui  sont  tant  soit  peu  lavés 
de  brun  et  les  appendices  du  corselet  et  de  l’abdomen  qui  sont 
un  peu  rosés. 

Au  bout  de  trois  jours,  la  tête  et  le  corselet  jaunissent  un 
peu  ;  les  lamelles  du  prothorax,  les  appendices  du  dernier 
arceau  abdominal,  l’extrémité  des  tarses  et  les  mandibules 
passent  au  rose  clair. 

Le  cinquième  jour,  les  mandibules  se  colorent  presque  entiè¬ 
rement  en  rouge  orangé. 

Le  sixième  jour,  les  mandibules  et  les  éperons  dont  sont 
munies  les  pattes  sont  devenus  d’un  carmin  foncé. 

Le  septième  jour,  toutes  les  parties  du  corps  sont  d’un  brun 
rouge  très  clair,  sauf  l'abdomen  qui  est  d’un  jaune  rougeâtre 
et  la  plaque  distinctive  du  mâle  à  la  patte  antérieure  qui  reste 
blanche  ;  les  crochets  des  pattes  antérieures  sont  d’un  jaune 
rougeâtre  ;  quant  aux  tarses ,  ils  commencent  à  se  dessiner  net¬ 
tement  au  travers  de  leur  enveloppe. 

Le  huitième  jour  au  matin,  le  corps  est  d’un  brun  rougeâtre 
clair,  à  part  les  yeux  et  l’extrémité  des  mandibules  qui  ont  toute 
leur  coloration  ;  les  pattes  sont  un  peu  plus  foncées.  Les  palpes 
maxillaires,  ainsi  que  les  arceaux  de  l’abdomen  (moins  le  der¬ 
nier),  sont  les  seules  parties  qui  ne  présentent  pas  trace  do 
coloration. 

Le  huitième  jour,  au  soir,  l’enveloppe  nymphale  se  sèche  et 
se  rétrécit  autour  des  organes  colorés,  au  point  que  ces  or¬ 
ganes  qui  paraissaient  boursouflés  pendant  la  vie  de  nymphe, 
n’ont  plus  que  le  volume  qu’ils  auront  chez  l’insecte  parfait.  — 
On  commence  également  à  se  rendre  compte  de  la  formation 
des  poils  dont  les  tarses  sont  munis  ;  ces  poils  sont  encore  in¬ 
colores  ;  enfin,  la  nymphe  tient  son  abdomen  tendu,  de  telle 
sorte  qu’elle  est  droite,  au  lieu  d’être  courbée  en  arc  de  cercle 
comme  elle  l’était  depuis  son  éclosion. 

Le  neuvième  jour,  au  matin,  l’insecte  a  quitté  sa  dépouille; 
les  élytres  ont  pris  leur  position  normale.  En  un  mot,  l’insecte 
est  tout  formé;  seulement,  il  est  loin  d’avoir  acquis  une  entière 
coloration;  même,  les  differentes  parties  du  corps  sont  moins 
foncées  qu’elles  ne  paraissaient  l’être  chez  la  nymphe. 

L’écusson  et  les  pattes  sont  entièrement  d’un  brun  rougeâtre 
clair;  le  corselet  et  la  tète  sont  beaucoup  plus  foncés;  les  yeux 
sont  entièrement  colorés  ;  les  élytres  sont  molles  et  d’un  jaune 
rougeâtre  clair  et  très  transparent,  comme  vernissé,  un  peu 
plus  foncé  le  long  de  la  suture. 

Les  pièces  de  la  bouche  sont  encore  blanches,  ainsi  que  les 
palpes  maxillaires  et  les  antennes,  ces  deux  dernières  pièces 
étant  encore  repliées. 

L’abdomen  est  resté  d’un  beau  blanc,  sauf  la  moitié  do 


l’avant-dernier  arceau  qui  est  d’un  brun  rougeâtre,  et  le  der¬ 
nier,  qui  a  toute  sa  coloration. 

Les  différentes  parties  du  sternum  sont  à  peine  nuancées; 
elles  le  sont  un  pou  plus  sur  les  côtés,  aux  endroits  couverts 
de  pubescence. 

Quant  à  la  carène  métasternale,  elle  est  encore  blanche,  saut 
la  pointe  qui  fait  saillie  entre  les  jambes  postérieures. 

La  dépouille  de  la  nymphe  présente  ces  mêmes  filaments 
blancs  que  j’ai  signalés  chez  la  dépouille  de  la  nymphe  de  la 
Cétoine  dorée  (1),  et  l’insecte,  quand  on  le  dérange,  rejette 
ce  même  liquide  incolore  et  transparent  dont  j’ai  constaté 
l’émission  chez  la  Cétoine. 

Le  soir  du  neuvième  jour,  les  élytres  sont  devenues  d’une 
belle  nuance  acajou  clair  vernissé,  et  le  rebord  externe  offre 
des  teintes  d’un  vert  cuivreux.  Le  métasternum,  sauf  la  carène, 
est  un  peu  plus  foncé  ;  la  pubescence  est  bien  apparente. 

Le  dixième  jour,  au  matin,  les  élytres.  encore  très  molles, 
ont  pris  leur  couleur  définitive;  les  arceaux  du  ventre  ont 
leurs  contours  colorés  en  rouge  brun  foncé;  la  saillie  métas¬ 
ternale  est  en  entier  de  la  même  couleur. 

Le  dixième  jour,  au  soir,  les  élytres  ont  pris  une  certaine 
élasticité,  mais  elles  sont  encore  molles.  Le  dessous  du  corps 
est  entièrement  rougeâtre. 

Le  onzième  jour,  les  pattes  sont  presque  entièrement  colo¬ 
rées  ;  les  palpes,  les  antennes  et  les  pièces  buccales  ont  pris 
leur  couleur  naturelle  ;  les  élytres  ne  sont  plus  molles  qu’à 
l’extrémité.  L’abdomen  et  le  métasternum,  encore  rougeâtres, 
ont  pris  de  la  consistance;  on  aperçoit  très  bien  l’ouverture 
des  trachées  sur  les  bords  latéraux  de  l’abdomen. 

Le  douzième  jour,  l’abdomen  est  devenu  acajou  foncé  et  les 
élvtrcs  ont  pris  presque  toute  leur  fermeté  ;  l’insecte  reste  tou¬ 
jours  sur  le  dos,  mais  se  débat  quand  on  le  touche. 

Enfin,  le  quinzième  jour,  l’Hydrophile  se  meut  dans  le 
bocal  où  je  l’ai  placé  ;  toutefois,  ses  élytres  ne  sont  pas  encore 
entièrement  durcies. 

Telles  sont,  notées  au  jour  le  jour,  les  différentes  phases  de 
coloration  de  1  ’Hydrophilus  piceus.  Sans  être  aussi  brillantes 
que  celles  de  la  Cétoine  dorée,  elles  ne  sont  pas  moins  curieuses 
ni  moins  belles,  et  les  nuances  très  variées  par  lesquelles 
passe  notre  insecte  procurent  à  l’observateur  plus  d’une  sur¬ 
prise  agréable. 

Lorsqu’il  est  à  l’état  libre,  l’Hydrophile  sort-il  de  sa  retraite 
dès  le  quinzième  jour?  Je  ne  le  crois  pas.  Tout  au  moins  ne 
va-t-il  pas  à  l’eau,  car  celui  sur  lequel  j’ai  expérimenté,  bien 
qu’il  fût  fort  grand  et  bien  développé,  s’est  mal  trouvé  du 
régime  aquatique  auquel  je  l’avais  soumis.  C’est  à  peine  s’il 
touchait  aux  aliments  que  je  lui  donnais,  et  quelques  jours 
après,  il  était  mort. 

J’ai  donc  tout  lieu  de  croire  qu’une  quinzaine  de  jours  au 
moins  est  nécessaire  à  l’Hydrophile,  comme  d’ailleurs  à  tous 
les  grands  Coléoptères,  pour  que  ses  organes  acquièrent  la 
force  dont  ils  ont  besoin. 

En  effet,  pour  n’en  citer  que  deux  exemples,  les  Lucanes,  que 
nous  voyons  apparaître  normalement  dès  le  commencement  de 
juin,  sont  éclos  depuis  le  mois  d’avril,  et  VAromia  moschala, 
qui  éclôt  vers  les  premiers  jours  de  juillet,  existe  depuis  le 
mois  de  juin,  toute  formée  dans  les  branches  d’osiers  où  sa 

Louis  Planet. 


Description  de  deux  espèces  nouvelles  d’Oiseaux 

APPARTENANT  AUX  FAMILLES  DES  PARADÏSEIDÆ 
ET  DES  TROGONIDÆ 


Il  y  a  peu  de  temps,  M.  Mantou,  négociant  à  Paris,  a  donné 
au  Muséum  d’histoire  naturelle  la  dépouille,  préparée  à  la 
mode  papou,  c’est-à-dire  aplatie  et  privée  de  ses  pattes, 
d’un  Paradisier  qu’il  avait  trouvé  dans  un  lot  d'oiseaux  de 
parure,  et  qu’il  avait  immédiatement  jugé  différent  du  Para¬ 
disier  proméfil  ( Plilorhis  ou  Craspedophora  magnifica  EU.), 


(1)  Naturaliste  n°  60  du  1°''  septembre  1889. 


LE  NATURALISTE 


Cette  opinion  me  parait  absolument  fondée,  et  je  crois  même 
pouvoir  aller  plus  loin  en  rapportant  la  dépouille  que  j’ai  sous 
les  yeux  à  une  espèce  distincte  de  celles  qui  ont  été  décrites 
jusqu'à  ce  jour  dans  le  genre  Ptilorhis.  Ces  espèces  sont  au 


1°  Ptilorhis  paradisea  (Sw.),  du  sud-est  de  l’Australie; 

2°  Ptilorhis  Victoria.  (Gould),  des  îles  Barnard,  au  nord-ouest 

3°  Ptilorhis  Alberti  (Ëlliot),  du  cap  York  et  de  quelques  loca¬ 
lités  du  nord-ouest  de  l’Australie; 

4“  Ptilorhis  magnifica  (VA,  du  nord  de  la  Nouvelle-Guinée 
et  de  quelques  îles  voisines  ; 

5°  Ptilorhis  intercedens  (Sharpe),  du  nord-est  de  la  Nouvelle- 


pie 


de  la  Nou- 


6“  Ptilorhis  D 
velle-Guinée; 

1"  Ptilorhis  Wilsoni  (Ogd.),  dont  l’habitat  précis  n’cst  pas 
encore  connu,  et  qui  a  été  considéré  par  M.  Salvadori  comme 
étant  peut-être  identique  au  Pt.  majoré Finsch),  ou  Pt.  magnifica 
major  (Schleg.J,  simple  variété  locale  du  Pt.  magnifica. 

Le  Ptilorhis  Duyvenbodei,  décrit  primitivement  sous  le  nom 
de  Craspedophora  Duyvenbodei,  pourrait  plutôt,  suivant  M.  le 
IV  A. -15.  Meyer,  être  pris  pour  type  d’un  genre  nouveau 
ryphephorus,  à  cause  de  la  disposition  et  de  la 


nature  érectile  dos  plumes  de  son  camail. 

Le  Ptilorhis  intercedens  se  rapproche  beaucoup  du  Pt.  ma¬ 
gnifica  et  doit  être  placé,  avec  cette  dernière  espèce  et  le 
Pt.  Alberti  dans  le  sous-genre  Craspedophora  (Gr .),  tandis  que 
les  Pt.  paradisea  et  Victoria-  sont  de  vrais  Ptilorhis,  chez  les¬ 
quels  le  plastron  métallique  de  la  gorge  et  de  la  poitrine  esl 
toujours  beaucoup  moins  étendu  et  ne  se  trouve  pas  limité  infé- 
i  dans  les  deux  premières  espèces,  par  deux 
l’une  de  couleur  pourpre,  l’autre  d’un 


je  vais  donner  une  description 
Craspedophora  par  la  présence  de 
se  distingue  facilement  des  Craspe¬ 
dophora  magnifica,  Alberti  et  intercedens  par  l’aspect  de  son 
plastron  métallique.  Ici,  en  effet,  le  menton  est  revêtu,  de 
même  que  les  côtés  de  la  tète  et  le  front,  de  plumes  courtes, 
veloutées,  d’un  rouge  pourpre  foncé,  auxquelles  succèdent  des 
plumes  un  peu  élargies  en  arrière,  légèrement  soulevées  et 
complètement  différentes  par  leur  aspect  des  plumes  réguliè¬ 
rement  appliquées  et  disposées  en  écailles  des  Craspedophora 
magnifica.  Ces  plumes  sont  d’un  vert  métallique,  à  reflets 
bleuâtres  quand  on  les  regarde  d’avant  en  arrière,  et  à  reflets 
pourprés  quand  on  les  regarde  latéralement.  Les  reflets 
pourprés  s’accusent  de  plus  en  plus  du  côté  de  la  poitrine,  où 
les  plumes  prennent  un  aspect  velouté  et  ressemblent  aux 
plumes  qui  couvrent  la  région  dorsale.  Vers  le  bas,  le  plastron, 
qui  rappelle  un  peu  celui  de  certains  Manucodes,  est  limité 
comme  je  l’ai  dit  plus  haut,  par  une  première  ceinture  d'un 
brun  pourpré  suivie  d’une  seconde  ceinture  d’un  vert  olive.doré, 
se  fondant  en  arrière  avec  la  teinte  pourprée  foncée  des  flancs 
et  de  l’abdomen,  sur  le  milieu  duquel  on  remarque  une  ou 
tachées  do  blanc.  Les  panaches  latéraux,  formés 


le  longues  plumes  décomposées  qui  portent  des  flancs, 
plus  longs  et  plus  fournis  que  chez  les  Craspedophora 
aires.  En  outre,  de  chaque  côté  de  la  poitrine,  au-dessus 


chaque  côté  de  la  poitrine, 
de  la  double,  ceinture,  on  voit  des  rudiments  de  parements, 
consistant  en  trois  ou  quatre  plumes  arrondies,  ornées  d’un 
liséié  vert  bleuâtre,  à  reflets  métalliques. 

Toute  la  partie  antérieure  du  verlex  est  couverte  de  plumes 
courtes,  veloutées,  d’un  rouge  pourpre  foncé,  se  rattachant  à 
celles  des  joues  et  du  menton  et  ressemblant  aux  plumes  qui 
garnissent  le  front  et  la  région  des  narines  dos  Craspedophora 
.ifica;  elles  sont  suivies  do  petites  plumes  vertes,  arrondies 
écailles  auxquelles  succèdent  sur  la  nuque  de 
plumes  veloutées  qui,  par  leur  nature  et  leur  mode 
ation,  établissent  la  transition  vers  les  plumes  du 
Les  plumes  vertes  de  la  région  postérieure  du  ventre 
la  calotte  métallique  qui  couvre  le  sommet 
Craspedophora  ordinaires. 

i  est  d’un  noir  de  velours,  à  reflets  pourprés,  très 
accusés  sous  un  certain  jour,  lorsqu’on  regarde  l’oiseau  en 
dessus,  et  d’avant  en  arrière.  Les  couvertures  supérieures  des 
ailes  sont  de  la  même  couleur  que  le  dos,  mais  les  couvertures 
supérieures  de  la  queue  offrent  des  reflets  pourpics  plus  ac¬ 
cusés,  et  quelques-unes  do  ces  dernières  plumes  sont  morne 
d'un  beau  violet  à  l’extrémité.  Les  rectriccs  latérales  sont  d’un 
noir  pourpré,  les  rectriccs  médianes  d’un  vert  métallique  quand 


les  regarde  d’avant  en  arrière,  et  d'u 
sens  inverse. 


i  s’ob- 


Lcs  pattes  i 

blemcnt  do  couleur  noire, 
que  chez  le< 

moins  élargi  et  plus  fortement  caréné  à  la  base,  la  carène 
s'enfonçant  dans  la  masse  des  plumes  frontales. 

La  longueur  totale  de  l’oiseau  est  de  O™, 310,  du  bout  du  bec 
à  l’extrémité  delà  queue  ;  l’aile  mesure  0“,192;  la  queue  om,120, 
et  le  bec  (culmen)  0m,0G5. 

Je  proposerai  de  désigner  cette  belle  espèce  de  Paradisier 
sous  le  nom  de  Craspedophora  Man  ton i. 

C’est  également  dans  un  lit  de  dépouilles  destinées  à  la  plu- 
masserie  que.  se  trouvait  un  spécimen  que  le  Muséum  a  acquis, 
il  y  a  quelques  mois,  de  M.  Dardelin,  et  qui  se  rapporte  proba¬ 
blement  aussi  à  une  espèce  nouvelle.  Ce  spécimen,  d’ailleurs, 
est  originaire  d'un  tout  autre  pays  et  appartient  à  un  tout 
autre  groupe  que  le  précédent.  C’est  un  Couroucou,  provenant 
sans  doute  de  l’intérieur  du  Vénézuéla  et  oflrant  les  caractères 
essentiels  du  sous-genre  Calants,  sans  pouvoir  être  attribué  à 
aucune  des  espèces  actuellement  connues  de  ce  groupe.  Toutes 
celles-ci,  en  effet,  le  Trogon  ou  Calurus  antisianus  d'Orb. 
comme  le  C.  auriceps  Gould,  le  C.  fulgidus  Gould 
C.  pavoniarus  Spix,  ont  le  ventre  d’un  rouge  vif, 

Couroucou  acquis  de  M.  Dardelin  a  l’ali 
orangé.  Et  cette  teinte  qui  s’étend  j 
n’cst  pas  le  résultat  d’une  préparation  post  mortem,  puisqu’elle 
n’est  pas  absolument  uniforme  et  apparaît  graduellement  sur 
certaines  plumes,  tandis  qu’elle  est  i 

La  tète  est  d’un  vert  métallique,  à  reflets  dorés 
principalement  sur  l’oeciput  et  sur  la  région  des  oreilles;  le 
dos,  les  couvertures  alaires  et  les  couvertures  caudales,  qui 
offrent  le  même  développement  que  chez  les  autres  Calurus, 
sont  de  la  même  couleur  sur  la  tète,  mais  avec  des  reflets  rou¬ 
geâtres  moins  accusés,  et  la  queue  ne  présente  pas  la  même 
coloration  que  chez  le  Calurus  antisianus,  ses  pennes  étant 
d’un  noir  uniforme,  de  même  que  les  rémiges.  Le  bec,  beau¬ 
coup  plus  large  que  dans  cette  dernière  espèce,  mais  également 
dépourvu  de  dentelures  sur  le  bord  de  la  mandibule  supérieure 
échancré  vers  la  pointe,  est  d’un  jaune 
que  les  pattes  sont  d’un  brun  foncé  avec  les 
ongles  noirs.  Enfin,  les  plumes  du  Iront 
do  chaque  côté, 

des  sortes  de  disqu 


if,  tandis  que  le 
i  d’un  beau  jaune 


La  longueur  totale  de  l’Oiseau  est  de  (ln’,363  ;  la  loi 
l’aile  de  0m,21î>  ;  celle  de  la  queue  de  0m,213;  celle  du  bec 
culmen)  de  0m,01ü. 

Je  proposerai  pour  cette  espèce  nouvelle  le  nom  de  Trogon 
(Calurus)  llargitti,  le  dédiant  à  mon  ami  et  collègue,  M.  Ed.  Ilar 
gitt,  membre  de  la  Société  zoologique  de  Londres. 

E.  Ol'STALET. 


ACADEMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  28  Septembre.  Néam. 

Séance  'lu  5  Octobre  Not<  d  M.  (i  Lechartrier  sur  les 
variations  de  composition  des  topinambours  au  point  de  vue 
des  matières  minérales.  Ces  variations  peuvent  être  rapportées 
à  deux  influences  ;  celle  des  engrais  employés  et  celle  des  agents 
atmosphériques,  et  la  seconde  est  au  moin 
micrc  ;  aussi  l’analyse  seule  d’une  plante  ne 

les  défauts  ou  les  qualités  de  la 


égale  à  la  pre- 


à!.  Chance 


-'haitveau présente  une  note  ,1e  M  M.  A. Rode/  et  J.  Courmoul 
sur  l’existence  simultanée  dans  les  cultures  du  staphylocoque 
pyogène,  d’une  substance  vaccinante  et  d’une  substance  prédis¬ 
posante;  la  première  est  précipitable  par  l’alcool,  , 
soluble  dans  l’alcool.  Dans  les  cultures,  les  effet: 
tance  prédisposante  marquent  ceu 
nantc  ;  il'y  adoncinlérét  â  les  isoler.— M.  K. 


ère,  le  Splanchnotrophus  WUlcmi  vit  sur  un 
îoiis  coronata,  les  feint” 
tspèce  de  sac  dans  les  téguments  du  Mollusque  ; 
nàles,  ils  sont  internes  et  libres  dans  la  cavité 
le  l'hôte. 

Une  autre  espèce  est  un  Lichomolgide 


générale  de 


262 


LE  NATURALISTE 


genre  MocLiolicola  et  habitant  la  cavité  pallêale  du  Pccten  oper- 
cularis.  Enfin  une  troisième  espèce  habite  les  branchies  des 
Sabelles,  c’est  aussi  un  Lichomolgide  du  nom  de  Sabelliphilus 
Sarsii.  , 

Séance  du  12  Octobre.  —  Note  de  M.  Chauveau  sur  la 
théorie  de  l’antagonisme  dos  champs  visuels.  Cet  antagonisme 
est  une  manifestation  de  l’influence  exercée  par  les  excitations 
d’une  rétine  sur  les  centres  optiques  on  rapport  avec  l’autre 
rétine  ;  c’est  un  acte  central  et  non  un  phénomène  périphé¬ 
rique,  l’organe  récepteur  ne  participe  pas  à  son  exécution  ; 
l’acte  se  passe  tout  entier  dans  les  organes  percepteurs.  Cette 

assertion  est  difficile  à  démontrer,  mais  les  expériences  plaident 

en  sa  faveur.  —  Dans  une  seconde  note,  M.  Chauveau  décrit,  avec 
détail  l’appareil  stéréoscopique  nécessaire  pour  l’exécution  des 
diverses  expériences  relatives  à  l’étude  du  contraste  binoculaire 
dont  les  résultats  ont  fait  l’objet  de  plusieurs  communications 
antérieures.  —  Note  de  M.  G.  Lecharlrier  sur  les  variations  de 
composition  des  topinambours  aux  diverses  époques  de  leur 
végétation.  L’auteur  insiste  principalement  sur  le  rôle  des 
feuilles  dans  l’alimentation  des  tubercules,  et  il  conclut  de  ses 
observations  que  le  dosage  comparé  de  l’acide  phosphorique  et 
delà  potasse  dans  les  feuilles  prématurément  altérées,  et  dans 
les  feuilles  saines,  permet  de  découvrir  les  principes  qui  font 
particulièrement  défaut  au  sol.  —  M.  de  Lacaze-Huthiers  pré¬ 
sente  une  note  de  M.  Alph.  Labbë  sur  les  Hématozoaires  de  la 
Grenouille.  Parmi  les  parasites  intraglobulaires  ou  Cvtozoaires, 
l’autour  insiste'sur  les  Drepanidium,  corpuscules  vermiformes 
pourvus  de  noyaux  et  de  vacuoles,  qui  attaquent  les  hématies, 
les  leucocytes,  et  les  cellules  de  la  rate  et  du  foie.  Ces  Drepani¬ 
dium  se  conjugucntà  la  manière  des  Infusoires.  Leur  parasitisme 
est  plutôt  une  symbiose,  mais  par  la  destruction  des  globules, 
les  Drepanidium  peuvent  entraîner  l’anémie.  Outre  ce  parasite 
l’auteur  cite  encore  les  Hémamibcs  et  un  Flagellé,  le  Polimilus 
montrant  trois  ou  quatre  flagella  et  se  rattachant  à  la  forme 
Trypanosoma. 

A.-E.  Malard. 


ERRATOM 

Dans  l’article  de  M.  Rouy  (Diagnoses  d’espèces  nouvelles  ou 
peu  connues ),  paru  dans  le  numéro  du  15  octobre,  lire  : 
Première  colonne,  en  descendant  : 

Ligne  1,  aulieu  de  COINCYA  Genus  Rouy  :  «  Genus  COIX 
CY\  Hong.  » 

Ligne  4,  au  lieu  de  3  latérales  :  «  2  latérales  ». 

Ligne  28,  au  lieu  de  late  viridia  :  alœte  viridia  ». 

Deuxième  colonne,  en  descendant: 

Ligne  2,  au  lieu  de  Raphanées  :  «  Cakilinées  ». 

Ligne  3,  ajouter  après  Raphanus  :  «  auquel  Vont  rapporté 
MM. ° Porta  et  Rigo  ». 


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Trans.  Linn.  Soc.  (Zool.)  5,  1891,  pp.  187-212;  245- 
263. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 


CARIS,  —  IMPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13e  ANNÉE 


28  SÉRIE  —  ï\'° 


la  NOVEMBRE  1891 


1  13 


SUR  UNE  CRISTALLISATION  REMARQUABLE  DU  GYPSE 


Au  cours  d’une  excursion  géologique  que  j’ai  faite  cet 
été  avec  les  auditeurs  du  Muséum  dans  les  tranchées 
du  nouveau  chemin  de  fer  de  Mantes  à  Argenteuil,  aux¬ 
quelles  M.  Ramond  et  M.  Dollfus  ont  consacré  des  études 
si  intéressantes  je  fus  prévenu  en  passant  à  la  station  de 
Triel  qu’on  avait  récemment  trouvé  des  plantes  fossiles 
dans  la  roche. 

En  réalité  il  s’agissait  du  très  bel  échantillon  que 
représente  la  figure  ci-jointe  et  que  très  aimablement  on 
s’empressa  de  me  donner  pour  la  collection  géologique 
du  Muséum  où  il  est  actuellement  déposé. 


L’axe  de  chacun  des  amas  cristallins  simulant  un  ra¬ 
meau  est  déterminé  par  une  très  fine  fissure  de  la 
marne  qui  paraît  avoir  déterminé  le  groupement  des 
individus  gypseux.  En  divers  points  cette  fissure  est  in¬ 
crustée  de  gypse  compacte. 

La  production  d’un  semblable  accident  ne  semble  pas 
très  facile  à  expliquer,  au  moins  à  première  vue.  Il  faut 
cependant  noter  que  le  milieu  marneux  semble  avoir 
procuré  aux  molécules  cristallins  une  facilité  spéciale 
pour  se  grouper  symétriquement.  On  sait  en  effet  que 
tous  les  beaux  cristaux  de  chaux  sulfatée  proviennent, 
non  point  des  couches  de  pierre  à  plâtre,  mais  des 
assises  marneuses  imprégnées  d’eaux  séléniteuses.  C’est 
ainsi  que  les  belles  macles  si  connues  à  cause  des  éclats 


Bloc  de  marne  renfermant  de  petits  cristaux  de  gypse  ordonnés  suivant  une  disposition  qui  rappelle  une  apparence 
végétale.  Des  couches  de  l’éocène  supérieur  des  environs  de  Triel  Seine- u-Oise  .  —  Echantillon  du  Muséum  de  paris, 
1/2  de  la  dimension  naturelle. 


C’est  un  bloc  de  marne  blanchâtre,  un  peu  magné¬ 
sienne  et  dans  laquelle  se  sont  constitués  de  très  nom¬ 
breux  cristaux  de  gypse,  de  très  faible  dimension,  et 
ordonnés,  comme  on  le  voit,  suivant  une  disposition  qui 
rappelle  en  effet  à  première  vue  des  branchages  gracieux 
couverts  de  petites  feuilles. 

Chacune  de  ces  soi-disant  feuilles  est  un  petit  cristal 
de  gypse  parfaitement  complet  rentrant  dans  la  variété 
cristallographique  que  Haüy  désignait  sous  le  nom  de 
trapézienne  et  où  l’on  reconnaît,  comme  très  prépondé¬ 
rantes,  les  faces  g1,  m  et  i.  Il  faut  ajouter  que,  pour  l’or¬ 
dinaire,  les  faces  m  et  i  sont  très  sensiblement  courtes; 
il  en  résulte  que  le  contour  général  perdant  ses  angles 
se  rapproche  d’autant  plus  de  la  forme  ovale  ordinaire 
des  limbes  de  feuilles.  La  dimension  des  cristaux 
d’ailleurs  est  fort  réduite  et  ne  dépasse  pas  quelques 
millimètres. 

LE  NATURALISTE,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


en  fer  de  lance  qu’elles  donnent  par  leur  clivage,  se  ren¬ 
contrent  exclusivement  dans  l’épaisse  assise  de  marne 
verdâtre  qui  règne  entre  la  %base  de  la  haute  masse  et 
le  sommet  de  la  seconde  masse  de  pierre  à  plâtre.  C’est 
ainsi  également  que  l’argile  plastique,  à  Vaugirard 
comme  â  Auteuil  et  ailleurs,  fournit  depuis  longtemps 
aux  collections  les  élégantes  cristallisations  de  gypse 
«  en  roses  »  que  l’on  chercherait  en  vain  dans  les  couches 
entièrement  constituées  par  du  sulfate  de  chaux. 

A  l’intérieur  des  «  masses  »  on  remarque  la  même 
chose  ;  et  il  y  a  bien  longtemps  déjà  que  j’ai  signalé  à 
Annet,  près  de  Thorigny,  à  Argenteuil,  à  Soisy  et  dans 
d’autres  localités  encore,  des  couches  subordonnées  à  la 
seconde  masse,  relativement  riches  en  éléments  mar¬ 
neux  et  où  le  gypse,  au  lieu  d’être  simplement  saccha- 
roïde,  prend  une  texture  qu’on  peut  qualifier  de  porphy- 
roïde.  On  y  remarque  en  effet,  parmi  des  éléments  cris- 


26' 


LE  NATURALISTE 


talüns  extrêmement  fins  et  mal  formés,  d’innombrables 
petites  lentilles  gypseuses  dont  les  faces  un  peu  courbes 
peuvent  être  déterminées  avec  précision. 

Du  reste  l’influence  d’un  milieu  marneux  ou  argileux 
se  fait  sentir  pour  d’autres  minéraux  que  le  gypse.  Le 
sel  gemme  cristallise  fréquemment  en  dehors  des  len¬ 
tilles  compactes  et  au  sein  des  argiles  encaissantes,  et  tout 
le  monde  connaît,  à  la  base  du  terrain  de  gypse  comme 
à  d’autres  niveaux  argileux,  des  empreintes  de  trémies 
provenant  d’un  minéral  soluble  qui  ne  peut  être  que  le 
sel  gemme  et  qui  témoigne  du  même  fait. 

Aussi  est-ce  ici  la  place  de  noter  qu’on  peut  artifi¬ 
ciellement  bénéficier  des  conditions  favorables  à  la  cris¬ 
tallisation  qui  appartiennent  si  nettement  aux  pâtes  ar¬ 
gileuses.  Il  y  a  bien  des  années  que  Séguin  aîné  (1)  a 
écrit  le  passage  que  voici  :  «  Si  l’on  délaye  de  l’argile 
avec  une  dissolution  de  sel,  que  Ton  en  fasse  un  mélange 
aussi  épais  que  Ton  voudra  et  qu’on  l’abandonne  à  lui- 
même,  au  bout  d’un  certain  temps  et  lorsque  le  mélange 
sera  durci,  on  trouvera  dans  l’intérieur  de  la  masse  des 
parties  de  sel  cristallisées  qui  ont  déplacé  l’argile,  tandis 
que  les  parties  salines  ont  traversé  la  masse  déjà  à  l’état 
solide  pour  venir  se  réunir  sur  certains  points  et  y  former 
des  cristaux  réguliers.  »  J’ai  de  mon  côté  répété  des  ex¬ 
périences  analogues  en  gâchant  de  l’argile  avec  la  solu¬ 
tion  de  gypse  dans  l’acide  chlorhydrique  et  aussi  avec  le 
mélange  des  solutions  aqueuses  du  sulfate  de  soude  et 
du  chlorure  de  calcium  dans  des  conditions  où,  sous 
l’influence  de  sursaturation,  le  sulfate  de  chaux  ne  se 
dépose  pas  encore.  Dans  les  deux  cas  j’ai  obtenu  des 
petits  cristaux  de  gypse  parfaitement  reconnaissables. 

Ces  faits,  qui  dépendent  du  grand  chapitre  des  mouve¬ 
ments  moléculaires  dans  les  masses  solides  et  auquel 
se  rattachent  par  exemple  les  exemples  de  constitution 
des  rognons  pyriteux  dans  la  craie,  s’appliquent  évi¬ 
demment  aussi  à  la  production  des  cristaux  de  gypse 
dans  la  marne  de  Triel.  Leur  étude  réserve  sans  doute 
encore  des  découvertes  intéressantes. 

Stanislas  Meunier. 


ÉLEYAGE  DE  PYROPÏÏORES 

( Coléoptère  de  la  famille  des  Elatérides.) 

M.  J. -B.  Pichl,  de  Prague,  est  arrivé  à  obtenir  sur  des 
brins  de  canne  à  sucre  secs  et  en  les  nourrissant  de  raisins,  de 
ligues  et  de  biscuits  sucrés,  des  sujets  de  Tyrophorus  ( elater ) 
noctilucus.  C’est  un  coléoptère  de  30  à  50  millimètres  de  long, 
remarquable  par  la  lumière  intense  qu'il  dégage  de  son 
thorax  et  fortement  apprécié  pour  cette  qualité  par  les  femmes 
du  Mexique,  qui  s’en  parent.  D’ailleurs,  il  n’y  a  pas  que  les 
Indiennes  qui  sachent  s’en  servir  :  les  grandes  dames  de  New- 
York  paient  volontiers  ces  petites  bêtes  vivantes  à  raison  de 

10  à  20  dollars  la  pièce  aux  matelots,  qui  les  apportent  de 
Cienfuegos,  de  Havana  ou  de  Vera-Cruz,  où  elles  sont  l’objet 
d’un  véritable  commerce  sous  la  dénomination  de  cucuyos.  Le 
transport  des  précieux  coléoptères  à  l’état  vivant  n’est  pas 
bien  difficile.  En  1766,  un  certain  nombre  de  pyrophores 
avaient  été  emportés  par  hasard  à  Paris,  dans  un  morceau  de 
vieux  bois,  et  s’étaient  envolés  au  milieu  de  la  nuit,  causant 
une  vive  émotion  dans  le  îaubourg  Saint- Antoine  ;  le  fait  est 
consigné  dans  les  mémoires  de  l’Académie  des  sciences  do  1766. 
Le  cycle  de  développement  du  pyrophorc  dure  deux  ans.  Le 
coléoptère  adulte  vit  environ  quatre  mois.  Son  activité  com¬ 
mence  au  coucher  du  soleil  ;  et,  pendant  trois  heures  de  suite, 

11  luit  avec  une  intensité  telle  qu’on  peut  lire  à  la  lumière  qu’il 
dégage  ;  puis  il  se  met  à  manger,  et  alors  la  lumière,  qui  d’ail- 

(1)  Corrélation  des  forces  physiques  par  Grovo,  p.  309, 
in- 8°,  1856.  Paris. 


leurs  est  réglée  à  volonté  par  l’animal,  devient  plus  faible. 
L’élevage  du  cucuyo  se  vulgariserait  certainement  bien  vile 
dans  le  monde  des  amateurs.  La  science  saura  tirer  profit  éga¬ 
lement  de  l’élevage  du  cucuyo  pour  approfondir  les  causes  de 
cette  phosphorescence  animale,  dont  l’étude  au  laboratoire 
n’était  pas  jusqu’ici  précisément  commode. 

Doit-on  conseruer  le  nom  de  TIPHOBIA 
appliqué  à  un  genre  de  Mollusque  ? 

Dans  un  des  derniers  numéros  du  Journal  de  Con¬ 
chyliologie,  M.  Edgar  A.  Smith,  l’auteur  du  genre  Tipho- 
bia,  remarquable  forme  de  mollusque  découverte  dans 
les  eaux  du  Tanganika,  se  refuse  à  reconnaître  l’utilité 
du  changement  opéré  par  moi  dans  la  nomenclature  par 
l’application  du  vocable  générique  Hilacantha  à  cette 
même  forme,  à  cause  de  l’existence  antérieure  d’un  genre 
de  Coléoptères  désigné  par  M.  Pascoe  sous  le  nom  de 
Tiphobia.  Tout  en  reconnaissant  avec  M.  Smith  que  les 
étymologies  diffèrent,  il  me  paraît  bon,  dans  l’espèce, 
de  suivre  la  règle  proposée  par  la  Société  zoologique  de 
France,  en  1881. 

Or,  l’assemblée  de  savants  qui  se  sont  réunis  à  cette 
époque  a  émis  l’avis  que  «  lorsque  des  noms  de  genre 
«  ou  d’espèce  auront  en  latin  une  prononciation  si  peu 
«  différente  qu’il  en  résulterait  une  confusion,  le  premier 
«  seul  devra  être  conservé  ». 

En  cette  circonstance,  les  vocables  Tiphobia  e  t  Typhobia 
n’ont  pas  seulement  une  prononciation  à  peu  près  sem¬ 
blable,  mais  encore  identique  ou  peu  s’en  faut.  M.  Smith, 
dans  son  article,  cite  quelques  exemples  de  noms  simul¬ 
tanément  employés  en  zoologie  et  qui  ont  une  pronon¬ 
ciation  analogue  sans  que  Ton  songe  à  modifier  celui  qui 
a  été  le  plus  nouvellement  proposé.  Je  dois  dire  que, 
d’abord,  dans  les  exemples  qu’il  cite,  la  différence  de 
prononciation  est  plus  appréciable  et  que,  d’ailleurs,  on 
ne  peut  ériger  en  principe  un  fait  existant.  En  d’autres 
termes,  et  si  Ton  veut  suivre  rigoureusement  le  principe 
admis  plus  haut  par  des  hommes  d’une  haute  valeur, 
ces  noms  devront  peut-être  eux-mêmes  être  changés  si 
de  leur  emploi  peut  résulter  une  confusion. 

Comme  corollaire  de  ce  qui  précède,  je  maintiens  la 
substitution  du  vocable  Hilacantha  à  celui  de  Tiphobia, 
E.  A.  Smith,  laissant  aux  naturalistes,  qui  ont  maintenant 
sous  les  yeux  toutes  les  données  de  la  discùssion,  le  soin 
de  décider. 

C.  F.  Ancey. 


SCR  CI  MOLLUSQUE  I0CYE1C 

CryptBzcca  inonodonla,  nov.  gen.  nov.  spec. 


Pendant  l’automne  de  1876  un  confrère  en  malacologie 
était  venu  à  Bayonne  curieux  de  recueillir,  de  sa  main 
et  sur  les  habitats  mêmes,  les  espèces  de  Mollusques 
spéciales  à  la  région. 

Nous  l’avions  conduit  à  Bramepan  et  lui  ayant  dési¬ 
gné  le  point  précis  où  dans  les  mousses  il  pouvait  voir 
des  Acme  Cryptomena  en  mouvement  et  en  ramasser, 
nous  étant  quelque  peu  écarté  de  lui  nous  aperçûmes 
une  petite  coquille  brillante  que  nous  mettions  à  part 
dans  un  petit  tube,  la  considérant  comme  un  exemplaire 
de  Z ua  lubrica  d’une  taille  inférieure.  Ce  fut  cette  parti- 


LE  NATURALISTE 


265 


cularité  qui  nous  décida  à  la  garder  à  part  et  comme 
son  espèce  n’avait  rien  que  de  commun,  nous  ne  par¬ 
lâmes  pas  d’une  trouvaille,  insignifiante  pensions-nous. 
L’échantillon  en  question  demeura  bien  au  moins  trois 
semaines  sans  être  regardé,  mais  aussitôt  que  nous 
l’eûmes  examiné  à  la  loupe,  il  devint  évident  pour  nous 
que  nous  nous  étions  trompé,  ce  n’était  pas  un  Zua  que 
nous  avions  recueilli.  Durant  un  certain  temps  ce  fut 
au  genre  Azeca  qu'il  fut  attribué. Le  test  trouvé  était  vide, 
rien  de  l’animal  ne  put  donc  être  reconnu.  Pendant  plus 
d'une  année  des  recherches  multipliées  et  actives  pour 
obtenir  de  nouveaux  sujets  furent  vaines,  il  ne  fut  trouvé 
que  quelques  débris  et  le  spécimen  demeura  considéré 
comme  Azeca. 

Un  jour  du  mois  de  juin  1877  près  de  Cambo,  aux 
bords  d’un  petit  affluent  de  la  Nive,  sur  un  revers  de  ter¬ 
rain  tapissé  de  plantes  diverses  et  surtout  de  mousses, 
quelques  individus  furent  découverts  s’agitant  presque 
sur  les  racines  des  dernières.  Sur  les  lieux  mêmes,  alors 
qu’ils  étaient  bien  vivants,  nous  pûmes  observer  l’animal 
et  en  écrire  immédiatement  la  description  à  laquelle  nous 
n’avons  rien  eu  à  changer,  mais  seulement  à  y  ajouter  ce 
qui  concerne  une  particularité  confirmée  par  l’anatomie. 

Animale  supra  griseo  rubescente,  super  capite  fere  nigro ,  infernê 
albesccnte  ;  tentaculis  superioribus  validis ,  apice  subinflatis ,  nigrescen- 
tibus ,  punciulo  oculare  médiocre;  tentaculis  inferioribus  valdè  sepa- 
ratis,  brevioribus;  capite  probiscidi forme,  supra  sulcato;  posteriùs 
corpore  subiter  valdè  truncato ,  truncatura  subfossulata ,  glandulas 
mucipares  includcns ,  dein  cauda  satis  elongata  terminalo;  disco 
crasso  à  corpore  sulcovalido  longitudinale  separato;  margine  elevato, 
transversim  sulcato,  et  infernê  a  sulcis  crenulato  circumcincto. 

Animal  d’une  extrême  agilité,  marchant  rapidement 
et  cependant  timide  ;  inquiet  au  moindre  obstacle  qu’il 
rencontre  sur  la  route  qu’il  suit,  ou  s’il  pressent  un 
danger,  il  relève  alors  le  mufle,  l’allonge  d’une  façon 
démesurée,  l’agite  en  tous  sens,  puis  parfois  exécute 
avec  vitesse  deux  ou  trois  tours  sur  lui-même.  Il  replie 
aisément  son  corps  pour  se  jeter  de  côté  s’il  trouve 
devant  lui  quelque  déclivité  ou  toute  autre  difficulté  pou¬ 
vant  gêner  sa  marche  en  avant  dans  la  direction  qu’il 
veut  suivre.  Le  corps  est  d’un  gris  roux  en  dessus  s’atté¬ 
nuant  jusqu’à  devenir  blanchâtre  sur  les  lianes.  La 
région  occipitale  au  contraire  est  plus  foncée,  presque 
bleue.  Tentacules  supérieurs  relativement  forts,  du  même 
gris  que  le  haut  du  corps,  terminés  par  une  légère 
enflure  en  forme  d’olive,  nerf  tentaculaire  très  foncé; 
bleu  noirâtre.  Point  oculaire  médiocre,  situé  un  peu  en 
arrière  et  en  dedans.  Les  inférieurs  très  séparés  des 
supérieurs,  de  même  nuance  que  leur  nerf  tentaculaire. 
Le  mufle  est  large,  allongé,  divisé  par  un  fort  sillon  qui 
suit  toute  la  longueur  du  cou  et  se  prolonge  sur  la  lèvre 
qu’il  divise  en  deux  lobes.  En  arrière  le  corps  est  de 
même  couleur  qu’en  avant,  il  se  tronque  brusquement 
et  sur  le  bas  de  la  troncature  on  distingue  une  cavité 
peu  profonde  dont  l’orifice  à  peu  près  rond  n’apparaît 
bien  qu’alors  qu’il  s’ouvre  et  se  ferme  comme  soumis  à 
l’action  d’un  sphincter.  Il  est  du  reste  bien  indiqué  par 
la  raison  que  la  région  qu’il  occupe  est  d’une  nuance 
plus  foncée  que  les  parties  environnantes.  Au  delà  de  la 
troncature  se  trouve  la  queue  assez  longue  et  terminée 
par  une  pointe  émoussée  presque  arrondie.  Tout  le  corps 
repose  sur  le  système  locomoteur  qui  est  fort  épais 
puisque  son  élévation  égale  à  peu  près  le  tiers  de  la 
hauteur  totale,  corps  et  pied  compris.  La  marge  qui  le 
borde  est  nettement  séparée  par  un  sillon  bien  prononcé. 
L’épaisseur  considérable  de  cet  organe  lui  donne  sans 


doute  une  grande  force,  et  c’est  peut-être  à  cette  cause 
qu’est  due  l’extrême  vivacité  du  Mollusque? Deux  faibles 
sillons  longitudinaux  divisent  les  flancs  de  l’animal  en 
trois  zones,  des  rides  transverses  les  réticulent.  La  marge 
qui  borde  le  pied  est  elle-même  divisée  par  des  sillons 
transverses  assez  vivement  prononcés,  ils  festonnent  son 
bord  inférieur  et  se  recourbent  en  arrière  dans  les  mou¬ 
vements  de  translation.  Lorsque  l’animal  est  sorti  de  la 
coquille,  une  portion  du  manteau  recouvre  l’épaississe¬ 
ment  ou  callosité  qui  rend  le  péristome  continu,  mais  il 
ne  le  dépasse  pas,  nous  reviendrons  sur  cette  particula¬ 
rité,  occupons-nous  actuellement  de  la  coquille. 

Testa  minuta ,  subelliptica,  inferne  latiore ,  apice  obtura,  longitu- 
dinaliter  minutissime  et  regulariter  striata,  translucida,  nitida,  pal- 
tido-fulva;  Anfractibus  V-  VI,  lente  crescentibus,/ere  redis,  vix 
subconvexis,  sutura  lineare,  haud  prof  unda  junclis  ;  ultimo  anfradu 
majusculo,  2/3  testa  œquantc;  Apertura  elongata,  subpyriforme,  su¬ 
perné  angusta  ;  margine  exteriore  curviter  extenso  et  intus  leviter 
inflexo,  paulo  incrassato,  svbrotundato,  bruneo,  margine  columellare, 
inferne  in  tribus  lineis  separato ,  linea  inferiore  dentem  satis 
prominentem  ferons,  linea  intermedia  columellam  sequente  et  evanes- 
cente,  linea  exteriore  incurvata,  alterum  marginem  junclante.  sic 
peristomate  continuo.  Long.  0m004,  lat.  0m00 1,6. 

Nous  avions  d’abord  eu  l’idée  que  la  petite  coquille 
dont  il  s’agit  devait  appartenir  au  genre  Azeca  et  nous 
l’avions  rangée  parmi  ceux-ci,  nous  basant  sur  sa 
forme,  sur  le  développement  du  dernier  tour,  sur  la 
courbure  du  bord  externe  de  l’ouverture,  enfin  sur  la 
dent  columellaire  qu’elle  possède. 

Ce  qui  nous  confirmait  surtout  dans  cette  opinion, 
c’est  que  nous  remarquions  sur  notre  test  un  caractère 
propre  au  genre  Azeca,  que  cependant  nous  croyons  non 
signalé.  Il  consiste  en  ce  que  le  péristome,  qui  est  sur¬ 
tout  épaissi  au  bas  de  l'ouverture,  se  trouve  toujours 
divisé  en  trois  parties  pour  rejoindre  la  columelle.  La 
ligne  qui  le  dessine  au  dedans  fait  suite  à  la  dent  infé¬ 
rieure,  c’est  la  première  partie.  Quant  au  contour  exté¬ 
rieur,  il  se  bifurque,  une  étroite  saillie  se  dessine  et  se 
prolonge  plus  ou  moins  sur  la  callosité  qui  recouvre  la 
paroi  aperturale,  elle  constitue  la  seconde  partie.  La 
troisième  prend  à  peu  près  au  même  point  que  la 
seconde,  elle  limite  par  une  saillie  nettement  établie 
l’épaississement  calleux  et  va  rejoindre  le  bord  externe. 

Revenons  à  notre  coquille.  Elle  est  beaucoup  plus 
petite  que  celle  des  Azeca,  sa  forme  est  à  peu  près  ellip¬ 
tique,  élargie  par  le  bas,  obtuse  au  sommet,  sa  couleur 
est  d’un  jaune  fauve  assez  clair,  elle  est  brillante,  très 
finement  et  assez  régulièrement  striée  dans  le  sens  longi¬ 
tudinal,  son  test  parait  mince,  il  est  assez  transparent. 
La  spire  est  presque  droite,  les  tours  qui  la  composent 
sont  au  nombre  de  six,  croissant  lentement  jusqu’au 
dernier  qui  est  de  beaucoup  le  plus  grand.  11  égale  à  lui 
seul  les  deux  tiers  de  la  longueur  totale,  cette  dimen¬ 
sion  et  le  peu  de  convexité  de  chacun  des  tours  de  spire 
imprime  à  cette  espèce  une  physionomie  assez  particu¬ 
lière,  ainsi  que  cela  se  remarque  sur  les  Azeca.  L’ouverture 
est  longue,  assez  resserrée,  presque  pyriforme;  son  bord 
externe  s’épanouit  suivant  une  double  courbure,  pour 
s’infléchir  très  légèrement  vers  le  dedans,  ce  qui  au  pre¬ 
mier  regard  semble  permettre  de  croire  qu'il  existe  une 
faible  callosité  ou  épaississement  plus  prononcé  sur  le 
point  de  l’inflexion.  Il  est  en  effet  légèrement  épaissi 
et  teinté  en  brun  roux;  l'angle  sous  lequel  il  s’inserre 
sur  la  paroi  aperturale  est  assez  aigu.  Le  bord  columel¬ 
laire  en  le  prenant  du  bas,  se  ramifie,  ainsi  que  nous 


LE  NATURALISTE 


2R0 


l’avons  indiqué  plus  haut  en  le  considérant  comme  le 
cas  d’un  caractèrè  générique.  La  ligne  interne  qui  le 
limite  au-dedans  s’enfonce  légèrement  et  vient  former 
une  dent  bien  marquée  au  bas  de  la  columelle,  le  con¬ 
tour  externe  se  bifurque,  une  ligne  médiane  faiblement 
saillante  suit  à  peu  près  la  columelle;  tandis  qu’une 
seconde  se  courbe  gracieusement  et  vient  limiter  en 


Comme  on  peut  le  reconnaître,  nous  avions  quelques 
raisons  pour  ranger  notre  coquille  parmi  les  Azeca  tant 
que  nous  n’eûmes  aucun  animal  l’habitant  en  notre  pos¬ 
session.  Mais  aussitôt  que  nous  pûmes  en  examiner  un, 
la  troncature  de  la  partie  postérieure  du  corps  et  l’ori¬ 
fice  qu’elle  montrait  et  que  nous  retrouvions  sur  tous  les 
sujets  nous  ayant  indiqué  l’existence  d’un  pore  muqueux, 


Fig.  1.  Mâchoire.  Gross.  203  diamètre. 

Fig.  2.  Forme  [générale  de  la  radula.  Gross.  [16  J  diam.  Avec 
portion  dessinée  d’une  manière  complète. 

Fig.  3.  Même  portion  gross.  400  fois  :  à  droite  et  à  gauche  se 
trouvent  six  rangées  de  plaques  carrées  séparées  l’une  de 
l'autre  par  une  ligne  plus  claire.  En  dehors  de  chacune  des 
dix  rangées  se  trouvent  de  chaque  côté  do  longues  pièces  A  B 
lig.  3  bis,  composées  de  plaques  incomplètement  formées,  les 
deux  petites  pièces  supérieures  ab,  fig.  3  ter,  de  chaque  plaque 
représentant  des  crochets  creusés  d’un  sillon  à  leur  partie 
supérieure. 

Fig.  4.  Coupe  longitudinale  du  pore  muqueux:  ep.  épiderme; 
gl.  cellules  mucipares  ;  m.  couche  musculaire  ;  cc.  cavité  géné¬ 
rale,  gross.  102. 

Fig.  5.  Coupe  transversale  dit  même  organe,  même  lettre.  — 
Gross.  150. 

Lettres  des  lig.  6,  7,  8  et  9.  —  g.  g.  Glande  hermaphrodite, 
o.  Bouche,  a.  Anus.  œ.  Œsophage,  est.  Estomac,  i.  Intestin. 
r.  Rectum,  g.  s.  Glandes  salivaires,  p.  p.  Cavité  pallèale. 
ph.  Pharynx,  o.  c.  Tentacules  supérieurs,  g.  n.  Ganglions 
susœsophagiens.^.  i.  Ganglions  sousœsophagiens.  1. 2. 3.  Gan¬ 
glions  de  la  chaire  inférieure,  c.  Cœur.  b.  g.  Organe  de  Bojanus. 
m.  y.  Pore  muqueux,  ot.  Otocystes. 

Fig.  6  et  7.  Gross.  25.  Animal  entier  avec  ses  principaux 
organes,  supposé  vu  par  transparence.  Fig.6.Face  inférieure. 


Fig.  7.  Face  supérieure.  Ces  deux  figures  permettent  do  suivre 
la  disposition  générale  des  organes  ot  le  parcours  de  l’intestin. 
Ce  dernier  s’élève  jusqu’à  l’estomac,  puis  revient  sur  lui- 
même  et  finit  par  venir  déboucher  dans  la  cavité  palléalc 
après  avoir  traversé  l’organe  de  Bojanus.  La  figure  7  montre 
la  disposition  générale  dans  le  corps  et  dans  le  manteau,  le 
rectum  étant  situé  dans  ce  dernier  au  fond  do  la  cavité  pal- 
léale  et  au  point  de  réunion  du  corps  et  du  manteau  sc  trouve 
l’organe  de  Bojanus  avec  le  cœur  situé  derrière. 

La  figure  6  montre  la  disposition  de  la  glande  génitale  entre 
deux  branches  de  l’intéstin,  elle  a  le  caractère  de  la  glande 
hermaphrodite.  Il  n’a  pas  été  possible  d’étudier  les  conduits 
générateurs  en  raison  du  peu  de  développement  de  ces  or¬ 
ganes  à  l’époque  où  les  sujets  ont  été  capturés  (juillet).  Ils 
étaient  complètement  atrophiés  chez  tous  les  exemplaires. 
L’époque  susdite  est  certainement  très  éloignée  de  celle  de 
la  reproduction  de  ces  animaux. 

Fig.  8.  Système  nerveux,  gross.  60.  Les  ganglions  sous  œso¬ 
phagiens  contiennent  les  atocystcs. 

De  chacune  des  deux  paires  de  ganglions  partent  deux  filets 
qui  se  rendent  à  deux  ganglions  plus  petits  de  forme  trian¬ 
gulaire  1-1,  qui  sont  les  premiers  d’une  chaîne  complète  de 
cinq  ganglions. 

Fig.  9.  Tube  digestif  dans  son  ensemble  avec  incurvation  nor- 
male  conservée.  Gross.  40.  J.  Barrois. 


saillie,  le  col  qui  recouvre  une  marge  assez  large  sur  la 
base  et  sur  la  paroi  aperturale.  C’est  ainsi  que  le  bord 
droit  de  l’ouverture  rejoint  le  gauche  et  que  le  péristome 
se  trouve  parfaitement  continu.  Remarquons  encore  que 
sur  le  Zua  lubrica,  le  revêtement,  calleux  est  beaucoup 
moins  développé  et  que  la  ligne  qui  le  limite  ne  part 
pas  de  la  partie  externe  du  bord  columellaire. 


nous  fîmes  en  sorte  de  nous  assurer  du  fait.  M.  le 
DrJ.  Barrois,  avec  un  amabilité  dont  nous  ne  saurions 
trop  le  remercier,  voulut  bien  établir  l’anatomie  de  l’ani¬ 
mal,  nous  allons  la  transcrire  et  avec  elle  on  suivra  faci¬ 
lement  les  figures  qu’il  nous  a  données. 

Il  résultait  donc  de  cette  étude  que  c’était  bien  un  pore 
muqueux  que  montrait  l’animal  du  Crytazeca  et  nous  nous 


LE  NATURALISTE 


267 


mîmes  aussitôt  à  rechercher  si  nous  n’en  trouverions  pas 
sur  les  Mollusques  de  la  faune  française  présentant  quel¬ 
que  analogie  avec  celui-ci.  Ni  les  Azeca,  ni  les  Glandina, 
ni  les  Zua  observés  avec  le  plus  grand  soin  ne  nous  ont 
rien  laissé  voir  de  semblable. 

En  conséquence  nous  n'avions  de  terme  pour  compa¬ 
raison  que  le  genre  Lowea,  établi  pour  des  Mollusques 
habitant  Madère  et  qui  ont  été  détachés  des  dandines 
en  raison  de  la  troncature  de  l’extrémité  postérieure  de 
leur  corps,  du  pore  muqueux  situé  sur  cette  partie  et  du 
recouvrement  d’une  portion  de  la  partie  supérieure  du 
dernier  tour  par  le  manteau. 

Notre  nouveau  genre  diffère  des  Lowea  en  ce  que  d’a¬ 
près  M.  Harrois  le  pore  muqueux  n’est  pas  formé  par 
une  glande  spéciale  et  ne  consiste  qu’en  un  amas  de 
glandes  unicellulaires  volumineuses,  fi  g.  4  et  5,  assem¬ 
blées  en  un  paquet  qui  cause  une  saillie  de  forme 
conique.  Elles  sont  situées  entre  les  couches  épidermi¬ 
ques  et  musculaires  ;  toutes  viennent  déboucher  iso¬ 
lément  à  la  surface  de  la  peau  par  des  orifices  situés 
entre  les  cellules  de  l’épiderme.  Il  en  diffère  aussi 
en  ce  que  le  développement  du  recouvrement  de  la 
coquille  par  une  portion  du  manteau  est  bien  plus 
ample  sur  les  Lowea.  Les  tests  enfin  présentent  également 
des  caractères  qui  les  écartent  les  uns  des  autres . 

Nous  avions  donc  à  nommer  le  nouveau  genre  et 
comme  nous  avions  d’abord  reconnu  certaines  analogies 
entre  sa  coquille  et  celle  des  Azeca  nous  avons  pensé 
qu’il  était  bon  de  rappeler  cette  particularité  et  en 
même  temps  d’indiquer  le  caractère  qui,  sur  l’animal, 
lui  imprimait  une  position  tout  à  fait  en  dehors  des  Mol¬ 
lusques  français  en  exceptant  les  Arion.  Ce  sont  ces 
considérations  qui  nous  ont  fait  choisir  la  dénomination 
de  Crypta:eca,  rappelant  et  la  particularité  et  le  caractère 
exceptionnel. 

Ce  genre  se  trouve  donc  constituer  une  spécialité  d’au¬ 
tant  plus  curieuse  que  ses  rapports  ou  rapprochements 
avec  d’autres  Mollusques  ne  peuvent  se  rencontrer  qu’en 
les  cherchant  sur  des  expèces  exotiques. 

En  1875  le  révérend  Boog  Watson,  dans  les  Proceed- 
inys  of  (lie  zoloogieal  Society,  p.  677,  instituait  pour  trois 
espèces  de  Madère,  Achatines,  dandines,  Oleacines, 
Azeca,  elles  avaient  été  attribuées  à  tous  ces  genres, 
c’est-à-dire  pour  les  Glandina  melampoïdes,  oriza,  et  Iri- 
ticea,  le  genre  Lowea.  Il  motivait  ce  changement  sur  ce 
que  chez  ces  espèces  le  corps  est  tronqué  en  arrière, 
qu’elles  ont  un  pore  muqueux,  enfin  que  le  manteau 
recouvre  tout  le  bord  droit  de  l’ouverture  et  s’étend  sur 
une  partie  très  notable  du  dernier  tour  de  la  coquille. 

I.e  sous-genre  Morelelia  a  été  proposé  par  Gray, 
comme  section  du  genre  Zonites,  pour  un  Mollusque  du 
Guatemala  décrit  par  Pfeiffer,  sous  le  nom  d 'Hélix 
euryompliala,  dont  l’extrémité  de  la  queue  est  pourvue 
d’un  pore  muqueux  et  dont  l’organe  locomoteur  est, 
comme  celui  des  Arion,  nettement  séparé  du  corps  par 
un  sillon  profond. 

Une  autre  coupe  voisine  de  la  précédente  comprend 
deux  espèces  de  Saint- Vincent  (Antilles),  c’est  elle  qui 
forme  le  genre  Stenopus,  de  Guilding.  Sur  celle-ci  le 
manteau  de  l’animal  se  réfléchit  sur  la  coquille,  et  elles 
sont  pourvues  d’un  pore  muqueux  ou  d’une  glande  ter¬ 
minale. 

Tels  sont  les  caractères  très  particuliers,  très  spéciaux 
même,  qui  distinguent  les  trois  genres  Lowea  Morelelia, 


et  Stenopus.  C’est-à-dire  :  troncature  de  la  partie  posté¬ 
rieure  du  corps  de  l’animal,  pore  muqueux,  système 
locomoteur  nettement  séparé  du  corps,  enfin  manteau 
recouvrant  une  certaine  portion  de  la  coquille. 

Or  l’animal  du Crypluzeca  monodonta  présente  bien  ces 
mêmes  caractères,  il  constitue  donc  pour  la  faune  fran¬ 
çaise  une  spécialité  d’autant  plus  curieuse  et  intéres¬ 
sante  qu’il  faut  aller  chercher  ses  analogues  à  Madère  et 
aux  Antilles. 

C’est  donc  un  nouveau  cas  qui,  de  même  que  l’exis¬ 
tence  chez  nous  de  la  Clausilia  Pauli  aux  allures  exoti¬ 


ques,  peut  faire  songer  que  ces  deux  types  représentent 
les  restes  d’une  faune  dont  quelques  membres  se  seraient 
répandus  dans  l’est  avant  la  disparition  des  autres  abî¬ 
més  avec  l’Atlantide,  s’il  y  a  eu  une  Atlantide  ?  Nous 
pourrions  considérer  aussi  l'helix  conslricla,  comme  étant 
dans  le  même  cas,  ses  caractères  sont  si  différents  de 
ceux  des  autres  hélices  de  notre  continent  qu’il  est  bien 
permis  de  la  regarder  comme  une  étrangère  acclimatée. 
Le  petit  nombre  des  Mollusques  pourvus  des  caractères 
que  nous  avons  indiqués  pourrait  bien  favoriser  cette 
hypothèse  'que  la  majeure  partie  de  la  famille  dans 
laquelle  ils  devaient  entrer  a  disparu,  il  est  peu  probable 
en  effet  que  ces  caractères  n’appartiennent  qu’à  un 
nombre  aussi  restreint  d’espèces. 

Cryptazecî»  mono'loiita.  va r .  hvalina. 

Testa  C.  monodonta  simile,  sed  liaud  colorata ,  diaphana ,  crystallina. 

Cette  variété  diffère,  du  type  en  ce  qu’elle  est  dépourvue  de  la 
chaude  coloration  que  celui-ci  possède  ;  au  lieu  d'être  teintée 
d’un  beau  fauve,  elle  est  cristalline.  Son  bord  externe  est  aussi 
moins  foncé  et  seulement  rosâtre. 

Cryptazeca  monodonta.  v  u  .  subcyliudrii-a. 

T.  C.  monodonta  simile,  sed  anr/ustiore ,  maju s  elonyata,  subeylindrica, 
aliquando  anfractibu»  VU,  fore  rectis,  sœpè  wbhyalina,  et  hyalina. 

Cette  seconde  variété  diffère  surtout  par  la  forme,  qui  au  lieu 
d’être  ovo'ide  est  subcvlindriqus,  la  largeur  étant  beaucoup 
moindre  et  la  longueur  plus  grande,  on  en  jugera  par  les  chif¬ 
fres  suivants. 


(  long.  3»im,6 
1JT«  j  diam.  1«;5 


var.  subeylin. 


(  long.  4mm,3 
(  diam.  l,nw,3 


La  différence  de  forme  provient  sans  doute  aussi  de  ce  que 
les  tours  de  spire  sont  moins  convexes  et  presque  droits.  La 
variété  montre  sur  quelques  sujets  un  tour  de  spire  de  plus  que 
le  type.  Enfin  elle  est  moins  colorée  cl  parfois  presque  hyaline 
et  même  quelquefois  cristalline.  Le  bord  externe  subit  lui-même 
des  changements  de  ton,  il  est  tantôt  aussi  foncé  que  d’habi¬ 
tude,  puis  rosâtre,  et  enfin  complètement  hyalin. 

Ce  Mollusque  cl  ses  variétés  vit  surtout  au  bas  des 
déclivités  où  l’humidité  s’amasse  et  demeure  plus  grande 
qtt'ailleurs.  Il  s’enfonce  dans  le  terrain  mouillé,  sous  les 
mousses  et  les  feuilles  mortes;  on  le  rencontre  aussi 
sous  les  pierres,  mais  ce  n’est  que  rarement.  On  peut  le 
considérer  comme  rare,  et  cela  tient  surtout  aux  diffi¬ 
cultés  qu’on  éprouve  pour  en  trouver  un  gîte,  dans  ce 
cas  on  peut  en  recueillir  un  assez  bon  nombre  sur  le 
même  point. 

Marquis  de  Folin. 


SOCIÉTÉ  ZOOLOGIQÏÏE  DE  FRANCE 


Séance  du  7  juillet  1891.  —  M.  Xavier  Rasiwii.  étudié  les 
erreurs  des  sens  chez  les  Insectes  de  la  famille  des  l)y  lise  ides. 
Plusieurs  insectes  de  cette  famille,  qui  prenaient  leur  vol  vers 
le  nord  où  se  trouvait  un  cours  d’eau,  sont  venus  s’abattre 
dans  un  jardin  sur  les  châssis  vitrés  des  couches;  ils  subissaient 
sans  doute,  en  apercevant  le  miroitement  des  châssis,  «  l'effet 
d’une  sorte  de  mirage  qui  leur  faisait  prendre  celte  surface 


268 


LE  NATURALISTE 


vitrée  pour  une  nappe  d’eau  ».  L’auteur  cite  en  outre  plusieurs 
exemples  qui  tendent  à  prouver  que,  chez  les  Insectes,  le  sens 
de  la  vue  est  beaucoup  plus  sujet  aux  erreurs  que  le  sens  de 
l’odorat.  —  Dans  une  note  ayant  pour  titre  :  les  Pontes  mul¬ 
tiples  so?it  normales  chez  les  Batraciens  à  vertèbres  opistho- 
cœles ,  M.  Héron-Royer  observe  que  le  nombre  des  pontes,  chez 
les  Batraciens  anoures,  est  en  rapport  étroit  avec  les  carac¬ 
tères  qui  permettent  d’établir  une  classification  naturelle  chez 
ces  animaux.  Les  Ranidés,  Hylidés,  Bufonidés  et  Pélobatidés, 
qui  ont  tous  des  vertèbres  procœliennes  sans  rudiments  costaux, 
ne  font  qu’une  ponte  pai  année,  tandis  que  les  Discoglossidés, 
Bombinatoridës  et  les  Alytidés,  qui  ont  des  côtes  rudimentaires 
et  des  vertèbres  opisthocœliennes,  en  font  deux  ou  quatre  par 
an.  Les  larves  des  dernières  pontes  passent  généralement 
l’hiver,  dans  ce  dernier  cas,  avant  de  se  transformer  en  adultes. 

Séance  du  28  juillet.  —  M.  P.  G aubert  décrit  un  nouvel 
organe  des  sens  et  les  raquettes  coxales  des  Galéodes.  L’organe 
des  sens  se  trouve  à  l'extrémité  des  palpes  et  des  pattes  de 
la  première  paire  ;  il  se  compose  de  tubes  qui  pénètrent  dans 
l’intérieur  et  qui,  terminés  par  un  renflement  en  sphère,  reçoi¬ 
vent  une  branche  nerveuse  spéciale.  Quant  aux  raquettes 
coxales,  ce  sont  aussi  des  organes  sensoriels,  probablement  tac¬ 
tiles,  qui  se  composent  d’une  palette  aplatie  portée  sur  un 
pédoncule.  Elles  sont  situées  sur  les  pattes  de  la  dernière 
paire  et  présentent  sur  le  bord  de  leur  palette  une  gouttière 
sur  laquelle  s’élèvent  les  éminences  tactiles. 

E.-L.  Bouvier. 


LES  FÈVES  SAMSES  DE  MEXIQUE 

Détermination  de  la  plante  qui  les  produit 
par  C.  V.  RILEY. 


Dans  les  «  Transactions  »  de  l’Acade'mie  des  sciences 
de  Saint-Louis  (décembre  1878,  III,  p.  6,  cxli),  j’ai  donné 
la  description  de  la  Carpocapsa  saltitans  Westwood,  et 
indiqué  de  quelle  manière  se  produisaient  les  mouvements 
de  cette  graine  sauteuse  du  Mexique  ou  «fève  du  diable  », 
et  j’ai  appelé  l’attention  sur  ce  fait  que  l’espèce  d’Euphor- 
biacée  sur  laquelle  ces  graines  se  rencontrent,  n’était  ni 
bien  connue  ni  bien  déterminée.  La  nature  vénéneuse  de 
la  plante  et  l’emploi  qu’en  font  les  Indiens  pour  empoi¬ 
sonner  leurs  flèches  sont  connus  depuis  longtemps  ;  de 
là  vient  effectivement  le  nom  d’herbe  à  flèche  ( Yerba  de 
flécha),  que  les  Mexicains  lui  donnent. 

Dans  une  lettre  que  M.  G.  W.  Barnes,  alors  président 
de  la  Société  d’histoire  naturelle  de  San-Diego,  m’avait 
adressée  en  1874,  ce  végétal  était  décrit  comme  étant 
petit,  rameux,  haut  de  4  à  8  pieds,  fructifiant  aux  mois 
de  juin  et  de  juillet,  une  cosse  contenant  de  3  à  b  graines. 
Selon  M.  Barnes,  la  feuille  ressemble  à  celle  du  Garam- 
bullo,  est  longue  d’un  demi-pouce,  large  d’un  quart  plus 
ou  moins;  les  tiges  sont  de  couleur  cendrée,  les  feuilles 
restent  vertes  en  toute  saison,  et  la  plante  ne  porte  des 
graines  qu’une  fois  tous  les  deux  ans.  Dans  une  lettre  sub¬ 
séquente,  il  affirmait  que,  d’après  ses  informations, cette 
plante  ne  pousse  que  dans  le  pays  d’Alamos  en  Sonora  : 
qu’elle  est  appelée  «  brincador  »  (sauteur)  et  ses  graines 
«  brincaderos  ».  Westwood,  dans  sa  première  description 
de  la  Carpocapsa  saltitans,  dit  que  la  plante  est  connue 
des  Mexicains  sous  le  nom  de  Colliguaya,  et  mon  vieil 
ami  le  professeur  E.  P.  Cox  m’a  informé  depuis  plu¬ 
sieurs  années  que  le  végétal  a  un  bois  quelque  peu 
semblable  à  celui  du  noisetier  ou  ( whahoo )  (?)  et  que  la 
feuille  est  comme  une  large  et  courte  feuille  de  saule. 
Il  confirme  l’assertion  concernant  son  caractère  vénéneux 
et  son  usage  pour  empoisonner  les  flèches  des  Indiens 
et  assure  qu’une  baguette  du  végétal,  quand  elle  est 
employée  pour  agiter  la  «  Penola  »  des  indigènes  (farine 
de  blé  rôtie),  produit  l’effet  d’une  purge. 


J’ai  saisi  toutes  les  occasions  possibles,  durant  ces 
quatorze  ou  quinze  dernières  années,  de  tâcher  de  me 
procurer  quelque  spécimen  de  cette  plante,  avec  l’inten¬ 
tion  de  la  déterminer  soigneusement,  aussi  ai-je  été  très 
heureux  de  recevoir  de  M.  P.  Chrétien,  membre  de  la  Socié¬ 
té  entomologique  de  France,  une  intéressante  lettre,  dans 
laquelle,  me  demandant  un  exemplaire  de  mes  articles 
sur  la  Carpocapsa  saltitans,  il  mentionnait  l’éclosion  de 
cet  insecte  qu’il  avait  obtenue  à  Paris,  considérait  la  plante 
comme  une  Euphorbiacée  du  Mexique  dunomde  Colliguaya 
odorifera  Molina,  dont  le  Croton  colliguaya  Sprengel  est 
un  synonyme. 

Cette  lettre  était  encore'  sur  mon  bureau,  quand  M.  J. 
M.  Rose,  de  la  section  de  Botanique,  m’apporta  des  spé¬ 
cimens  d’une  plante  récemment  récoltée  par  le  Dr  Edward 
Palmer.  Comme  les  sujets  envoyés  étaient  accompagnés 
de  leurs  capsules,  il  devenait  ainsi  entièrement  certain 
pour  nous  que  les  «  fèves  sauteuses  »  appartenaient  à 
cette  plante  particulière,  laquelle  se  trouvant  n’avoirpas 
encore  été  décrite,  fut  finalement  rapportée  au  genre 
Sebastiania,  et  M.  Rose  a  l’intention  de  la  décrire  sous  le 
nom  de  Sebastiania  Palmeri. 

Naturellement,  comme  cela  se  passe  pour  beaucoup  de 
graines  d’Euphorbiacée,  chaque  carpelle  se  fend  en  deux 
parties  au  moment  de  la  déhiscence;  mais  quand  elle  est 
attaquée  par  la  chenille  de  Carpocapsa,  la  graine  n’opère 
pas  sa  déhiscence,  grâce  à  la  soie  dont  elle  a  été  garnie 
intérieurement  par  la  chenille.  La  feuille,  dans  son  as¬ 
pect  général,  ne  diffère  pas  de  celle  du  saule  à  larges 
feuilles  ;  la  longueur  varie  de  1  à  3  pouces,  et  la  largeur 
de  1/2  à  1/4  de  pouce.  Le  renseignement  donné  par 
M.  Chrétien  dans  sa  lettre  paraît  donc  inexact  (1). 

En  tout  cas,  d’après  Bentham  et  Hooker,  la  Colliguaya 
odorifera  appartient  à  l’Amérique  du  Sud  et  je  ne  trouve  pas 
de  mention  de  sa  rencontre  au  Mexique.  La  comparaison 
des  spécimens  que  possèdent  les  collections  de  la  section 
de  botanique  montre  que,  bien  qu’évidemment  très  voi¬ 
sin,  Colliguaya  est  tout  à  fait  distinct  de  Sebastiania,  ce 
qui  rend  assez  surprenante  la  similitude  du  nom  donné 
par  les  Mexicains  à  la  plante  et  de  celui  qui  a  été  adopté 
pour  le  genre  d’une  plante  de  l’Amérique  du  Sud;  mais 
on  peut  raisonnablement  admettre  que  ce  nom  est  appli¬ 
qué  par  les  indigènes  indistinctement  aux  diverses  es¬ 
pèces  d’Euphorbes  qui  se  rencontrent  tant  au  Mexique 
qu’au  sud  de  l’Equateur.  Si  la  Colliguaya  se  trouve  au 
Mexique  et  si  elle  est  aussi  la  logeuse  de  la  Caipocapsa 
saltitans,  elle  pourra  être  facilement  distinguée  de  l’es¬ 
pèce  de  Sebastiania  mentionnée  ici,  par  des  feuilles  un 
peu  épaisses  et  fortement  dentelées  :  les  fleurs  mâles 
forment  un  épi  long  et  mince,  avec  beaucoup  d’éta¬ 
mines  :  la  coque  est  décrite  comme  étant  large  environ 
d’un  pouce  (2). 

(1)  Je  n’ai  vu  de  ce  végétal  que  quelques  coques  attaquées  par 
la  C.  saltitans  et  une  seule  indemne. 

Ces  coques  avaient  été  données  par  la  maison  Vilmorin  et 
Andrieux  comme  appartenant  à  la  Colliguaya  odorifera  Mol. 
—  Croton  colliguaya  Spr. 

Sommcrville  (Proc,  and  trans.  of  the  Nat.  Hist.  Soc.  of  Glas- 
cou;,  III,  p.  26,  mars  1889)  parait  être  le  premier  qui  ait  rap¬ 
porté  l’Euphorbiacéo  dont  il  est  ici  question  à  la  Colliguaya 
odorifera  Mol.  —  Note  du  traducteur. 

(2)  Le  professeur  Watson,  depuis  que  ce  qui  précède  était 
écrit,  m’informe  que  le  nom  de  Colliguay,  autant  qu’il  lui  a  cte 
capable  de  l’apprendre,  est  le  nom  chilien  de  plusieurs  espèces 
d’Euphorbe  qui  constituent  le  genre  Colliguaya  de  Molina.  Ce 
n’est  pas  un  mot  d’origne  mexicaine,  mais  ii  a  probablement 
été  importé  du  Chili  au  Mexique  par  les  Espagnols.  11  confirme 


LE  NATURALISTE 


2G‘J 


Une  très  voisine  espèce  de  Scbastiania  provenant  des 
mêmes  localités  et  non  décrite  encore  (mais  M.  Watson 
se  propose  de  la  décrire  sous  le  nom  de  Sebastiania  Prin¬ 
glei )  et  qui  a  été  précédemment  rapportée  au  genre 
Gymnanthes,  offre  aussi  des  preuves  évidentes  des  at¬ 
teintes  de  la  Carpocapsa,  et,  de  fait,  mon  honorable  ami 
M.  Eugène  Dugès,  de  Guanajuato  (Mexique),  a  obtenu 
l’insecte  parfait  de  capsules  de  cette  espèce  particulière. 

Une  troisième  espèce  me'rite  également  d’être  signalée, 
à  cause  de  ses  coques  qui  sont  biloculaires,  au  lieud’être 
triloculaires.  Elle  est  aussi  attaquée  par  une  chenille 
qui,  si  elle  n’est  pas  la  Carpocapsa  saltitans,  lui  est  très 
voisine.  Un  seul  sujet  a  été  obtenu  par  M.  Rose,  mais  il 
était  détérioré  et  je  n’ai  pu  l’examiner.  A  s’en  rapporter 
à  l’aspect  général  que  présente  cette  espèce,  M.  Rose 
pense  que,  bien  que  plus  petite,  elle  offre  une  étroite 
ressemblance  avec  celle  qui  vit  dans  les  graines  de  la 
Sebastiania  Palmeri. 

Ces  faits  ont  été  l’objet  d’une  communication  succincte 
à  la  Société  entomologi que  de  Washington  dans  sa  séance  du 
2  avril  dernier;  mais,  depuis,  j’ai  reçu  de  M.  le  profes¬ 
seur  Sereno  Watson,  de  Cambridge  (Massachusetts)  une 
intéressante  lettre  accompagnée  de  quelques  spécimens 
de  Sebastiania  bilocularis  et  de  quelques  sujets  du  papil¬ 
lon  qui  en  provenait.  Leur  examen  démontre  que  c’est 
une  espèce  beaucoup  plus  petite  que  la  Carpocapsa  salti 
tans  et  qu’elle  appartient  à  un  autre  genre  ( grapholitha ) 
de  la  même  famille.  Cette  nouvelle  espèce  à  laquelle  je 
donne  le  nom  de  Gi'apholitha  sebastiania!  sera  prochaine¬ 
ment  décrite  (!). 

Il  est  donc  bien  évident  que  l’insecte  des  «  fèves  sau¬ 
teuses  »  se  développe  dans  les  coques  d’au  moins  deux 
espèces  différentes  du  genre  Sebastiania,  sinon  dans 
celles  d’espèces  appartenant  à  d’autres  genres  très  voi¬ 
sins.  Ces  plantes  présentent  des  différences,  non  seule¬ 
ment  dans  leur  aspect  général,  leurs  feuilles,  mais  en¬ 
core  dans  leur  inflorescence  et  leurs  graines,  et  le  ta¬ 
bleau  suivant  de  nos  espèces,  préparé  pour  moi  par 
M.  Rose,  servira  4  distinguer  celles  dont  il  est  ici  ques¬ 
tion. 

Genre  Sebastiania 

Genre  considérable  d’Euphorbiacécs,  comprenant  une  qua¬ 
rantaine  d’espèces,  appartenant  surtout  à  l’Amérique  du  Sud  ; 
le  plus  souvent  arbrisseaux,  rarement  herbacées;  feuilles  alter¬ 
nes  entières  ou  finement  dentées  ;  fleurs  monoïques  :  les  fleurs 
mâles  formant  un  épi  terminal  élancé  à  la  base  duquel  habi¬ 
tuellement  se  trouvent  deux  ou  trois  fleurs  femelles;  fleurs  fe¬ 
melles  ayant  un  petit  calice  en  forme  de  bractée,  de  3  à  5  di¬ 
visions;  fruit  en  capsule,  globulaire  ou  trilobée;  capsule  se  sé¬ 
parant  à  la  maturité  en  trois  coques  contenant  chacune  une 
graine. 

Sebastiania  bilocularis  Watson  [Proc.  Amer.  Acad.,  XX,  374, 
188a).  —  Arbrisseau  de  1  à  2  pieds  de  haut,  avec  des  branches 
montantes,  minces,  glabres  et  d’un  gris  clair  ;  feuilles  linéaires- 
oblongues  ou  étroitement  lancéolées,  longues  de  1  à  2  pouces, 
obtuses  ou  acuminées,  brusquement  cunéaires  à  la  base  indis¬ 
tinctement  dentée  ;  ovaire  à  deux  loges  avec  deux  larges  stig¬ 
mates  contournés  ;  capsule  largement  ovale  aiguë,  biloculairc, 
longue  d’environ  fi  lignes;  graine  subglobulaire,  large  de  3  lignes. 


l’assertion  que  le  genre  chilien  ne  se  trouve  pas  au  Mexique  ; 
d’où  il  suit  que  la  raison  pour  laquelle  M.  Chrétien  a  rapporté 
la  plante  à  la  Colliguaya  de  Molina  est  probablement  due 
simplement  à  une  similitudo  de  noms  vulgaires. 

(t)  Dans  les  Anales  de  la  Sociedad denlifica  argenlina,  XXXI, 
p.  105  (février  1891),  M.  Carloe  Berg  a  décrit,  sous  le  nom  de 
Grapholitha  motrix,  une  nouvelle  espèce  dont  la  chenille  vit 
dans  les  coques  de  la  Colliguaya  brasiliensis  J.  Midi.  —  Note 
du  traducteur. 


Cet  arbrisseau  pousse  dans  le  lit  desséché  des  torrents  sur  les 
collines  et  les  montagnes  du  Sonora  du  Nord-Ouest  et  a  été 
rapporté  de  la  Basse-Californie. 

Sebastiania  Pabneri,  Rose,  n.  sp.  ined.  Arbrisseau  rameux 
haut  de  5  à  8  pieds,  atteignant  quelquefois  10  pieds,  de  couleur 
rougeâtre;  feuilles  étroitement  lancéolées  ou  lancéolées,  lon¬ 
gues  do  2  1/2  à  4  pouces,  finement  dentées  ;  ovaires  àtroisloges, 
ayec  trois  styles  dressés  et  faiblement  unis,  capsule  ovale,  ob¬ 
tuse,  à  trois  loges,  de  3  lignes  de  diamètre.  Récoltée  dans  di¬ 
verses  localités  montagneuses  autour  d’Alamos  (Sonora),  par 
le  docteur  Palmer  en  1890. 

Sebastia/lia  Pringlei  Watson,  n.  sp.  ined.  —  Petit  arbrisseau 
à  branches  redressées  et  do  couleur  brunâtre;  feuilles  lancéo¬ 
lées,  longues  de  1  à  3  pouces,  acuminées,  obtuses  à  la  base, 
très  finement  dentées  ;  ovaire  à  trois  loges,  avec  styles  dressés 
et  faiblement  unis.  Récolté  par  Pringle  à  Saint-Louis  de  Potosi 
en  1890  et  précédemment  par  le  professeur  José  Ramirez  sur 
les  bords  du  fleuve  Alamos,  en  Sonora. 

Il  est  difficile  de  préciser  laquelle  de  ces  espèces 
M.  Barnes  désigne  dans  sa  lettre  dont  j’ai  déjà  parlé; 
mais  ce  qu’il  dit  de  la  graine  et.  de  la  coque,  qui  con- 
iiendrait  de  trois  à  cinq  graines,  est  évidemment  inexact. 
Chaque  carpelle  contient  une  graine  qui,  lorsque  le  fruit 
est  jeune,  remplit,  selon  toute  probabilité,  toute  la  place, 
et  la  jeune  chenille  de  Carpocapsa ,  après  être  éclose  de 
son  œuf  pondu  extérieurement  sur  la  capsule,  pénètre 
dans  celle-ci  lorsqu’elle  est  encore  tendre  et  se  nourrit 
de  la  graine  véritable  comme  le  fait  le  charançon  du 
pois. 

La  plante  décrite  par  le  professeur  Cox,  dont  j’ai  parlé, 
se  rapporte  très  bien  à  la  Sebastiania  Pringlei. 

Le  docteur  Palmer  a  constaté  que  la  Sebastiania  Palmeri 
était  confinée  dans  certaines  localités  autour  d’Alamos. 
II  assure  que  cette  plante  y  est  connue  sous  le  nom  de 
Palo  de  la  flécha,  cuero  de  las  simellas,  brincaderos  (l’arbre 
à  flèche  qui  produit  les  fèves  sauteuses).  Ce  végétal  ex¬ 
sude  une  grande  quantité  de  suc  laiteux  dont  les  Indiens 
se  servent  pour  empoisonner  leurs  flèches.  Le  docteur 
Palmer  a  rencontré  cette  plante  en  différents  endroits, 
mais  il  est  constant  que  les  «  fèves  sauteuses  »  ont  été 
trouvées  seulement  sur  les  bords  d’un  ruisseau  près 
d’Alamos. 

11  n’est  pas  facile  de  se  procurer  des  capsules  habitées 
par  la  chenille  de  C.  saltitans,  parce  que  les  gamins  sont 
toujours  à  leur  recherche  etles  cueillent  pour  les  vendre, 
car  ils  en  trouvent  un  facile  écoulement. 

Le  docteur  Palmer  dit  que  cette  espèce  de  Sebastiania 
est  une  plante  rameuse,  étalée,  de  o  à  8  pieds  de  haut, 
dont  le  bois  est  très  dur,  et  dont  le  suc  laiteux  se  cris¬ 
tallise  rapidement  en  une  substance  claire,  blanche  et 
cassante. 

(Traduit  par  P.  Chrétien.) 


LES  OISEAUX  FOSSILES  DELA  RÉPLBLIOCE  UIGEOT 


M.  Francisco  P.  Morcno  vient  de  nous  adresser  un  fort  bel 
atlas  in-folio  de  photogravures  représentant  les  débris  fossiles 
d’Oiscaux  conservés  dans  le  Musée  de  La  Plata  et  provenant 
des  couches  tertiaires  dr  la  République  Argentine,  déjà  connues 
pour  leur  richesse  en  débris  de  Mammifères. 

Les  pièces  les  plus  remarquables  de  cette  collection  sont, 
sans  contredit,  les  os  de  la  patte  du  Brontornis  Burmeisteri 
(Moreno  et  Mercerat),  oiseau  véritablement  colossal,  dont  le 
tibia  a  0,76  centimètres  de  long  et  dont  le  fémur  est  aussi  ro¬ 
buste  que  celui  d’un  cheval,  indiquant  un  oiseau  comparable 
par  sa  taille  au  Dinorius  maximus  de  la  Nouvelle-Zélande.  Ces 
débris,  provenant  de  l’Eocène  de  Patagonie  (Lac  Argentin  et 
Rio  Santa-Cruz),  indiquent,  d’après  MM.  Moreno  et  Mercerat, 
un  Ordre  nouveau,  les  Sterkornithes,  qui  comprend  en  outre 


270 


LE  NATURALISTE 


5  suivants  :  Rosir 


Floweri  (Mor.  et  Merc.)  ; 

bec  a  d’abord  été  pris 


tes  types 

cos  longissimus  (Amcghino] . 
pour  la  mâchoire  d’un  Edenté  ;  StereornisRollieri  et  S.  Gaudryi 
(Mor.  et  Merc.);  Mesembriornis  Studeri,  M.  Quatrefagesi, 
M.  Milne-Edwardsi  (Moreno),  ce  dernier  du  Miocène  de  Montc- 
Hermoso,  tous  de  grande  taille.  Les  genres  Palagornis,  Üryo- 
rnis,  Darwinornis,  Owenornis  (Mor.  et  Merc.),  sont  également 
de  forte  taille  et  appartiennent  au  mémo  ordre,  qui,  d'après  les 
auteurs,  formerait  la  transition  des  Anseres  et  des  Herodiones 
aux  Aecipitres. 

Les  véritables  Struthiones  ou  Ratitœ  ont  le  genre  Proto- 
rhea  et  plusieurs  espèces  du  genre  lil, eu  encore  vivant  dans  le 
même  pays.  Celles-ci  sont  Miocènes  et  Pliocènes. 

Les  Rapaces  ( Aecipitres )  sont  représentés  par  des  Falconidæ 
(Lagopterus,  Fœtopterus)  et  des  Cathartidæ  ( Psilopterus , 
Siireoramplius  fossilh):  les  Echassiers  ^llerodbnes  par 

Palœociconia ;  —  les  Palmipèdes  par  Phalacrocorax  parn- 
peanus ;  —  et  les  Impennes  par  Palœospheniscus,  genre  qui 
comprend  quatre  espèces  des  couches  Oligocènes  de  Patagonie. 

Les  planches  dont  nous  venons  d’indiquer  le  contenu  sont 
précédées  d’une  introduction  ot  publiées  comme  faisant  partie 
du  1er  volume  des  Anales  del  Mitseo  de  La  P lata,  avec  le  sous- 
titre  :  Paleontologia  Argentina,  V Énumération  systématique, 
servant  d’explication  aux  figures.  La  seconde  partie  : 
description  systématique  des  genres  et  dos  espèces  e 
et  en  français.  Le  tout  sort  des  presses  spéciales  du  Musée 
de  La  Plata,  auxquelles  cette  publication  fait  le  plus  grand 


Dr  E.  T: 


LES  PALMIERS  POLYCÉPHALES 


Le  palmier  polycéphale  représenté  ici  (fig,  1)  est  un  Bo- 
rassus  flabelliformis.il  représente  trois  branches  situées 
un  même  plan.  La  quatrième, demême  dimension  que  sur 
les  trois  autres,  a  été  coupée  il  y  a  assez  peu  de  temps. 
On  sait  que  les  Borassus  sont  des  plantes  dioïques.  Le 
pied  branebu  est  un  pied  femelle.  Le  pied  mâle  se  trouve 


à  côté.  Le  Borassus  flabelliformis  est  une  espèce  très 
répandue  dans  l’Inde.  C’est  un  arbre  élégant  et  très  es¬ 
timé  des  Indiens,  tant  à  cause  de  ses  usages  domestiques 
que  de  ses  nombreuses  propriétés.  Ces  dernières,  selon 
un  poème  tamoul,  sont  au  nombre  de  huit  cents.  Aussi 
le  Rondier  est-il  ici  le  Palmier  par  excellence.  Le  bour¬ 
geon,  les  feuilles,  les  fleurs,  le  fruit,  la  tige,  les  racines, 
en  un  mot  tout  dans  cet  arbre  sert  à  l’Indien,  qui  en  re¬ 
lire  la  liqueur  fermentée  nommée  toddi.  Toiture,  aliment, 
breuvage,  cordages,  paniers,  nattes,  parapluies,  éven¬ 
tails,  il  tire  tout  de  ce  palmier. 

Dans  les  palmiers  polycéphales,  dont  nous  nous 
sommes  occupé  jusqu’ici,  les  branches  naissaient  à  une 
certaine  hauteur  sur  la  tige.  Dans  le  cas  qui  nous  occupe 
ci-après  il  n’en  est  pas  ainsi.  Comme  on  peut  le  voir 
sur  la  figure  ci-contre  (fig.  2),  un  même  coco  donne 
naissance  à  deux  branches  qui  semblent  au  premier 
abord  être  deux  cocotiers  distincts. 

Mais  après  dissection  méthodique,  dans  laquelle  nous 
avons  été  aidé  par  M.  Sada,  administrateur  des  Jardins 


Coloniaux  de  Pondichéry,  nous  avons  reconnu  que  les 
deux  prétendus  Cocotiers  appartenaient  à  un  même 
tronc  bifurqué  immédiatement  au-dessus  du  niveau  des 
racines.  Nous  étions  donc  en  présence  d’un  cas  de  poly- 
céphalie  ou  de  polycladie  bien  caractérisé.  Seulement, 
pour  différencier  ce  mode  de  polycéphalie,  je  propose 
d’appeler  les  palmiers  chez  lesquels  les  branches 
naissent  à  une  certaine  hauteur  sur  la  tige  :  palmiers  à 
branches  caulogynes,  et  ceux  chez  lesquels  elles  naissent 
au  contraire  presque  au  milieu  des  racines  :  palmiers  à 
branches  rhizogynes.  Nous  aurons  donc  ainsi  chez  les 
Palmiers  Polycéphales  deux  divisions  :  la  Polycéphalie 
rhizogyne  et  la  Polycéphalie  caulogyne.  Quant  à  l’expli¬ 
cation  de  cette  nouvelle  monstruosité,  elle  est  encore  à 
trouver.  Toutefois  la  cause  n’est  assurément  pas  la 
même  que  pour  les  Palmiers  dont  nous  nous  sommes 


LE  NATURALISTE 


Tt 


occupé  jusqu’ici.  Deux  de  ces  derniers  viennent  de  nous 
être  signalés  :  l’un  à  sept  branches  se  trouve  à  quelques 
milles  de  Pondichéry,  un  autre  se  trouve  à  Karikal. 

Nous  avons  trouvé  dans  le  Cocotier  qui  nous  occupe 
deux  ordres  de  racines  :  les  racines  primordiales,  courtes, 
blanches  et  fibreuses,  plongeant  dans  un  albumen  blanc 
de  neige,  devenu  compact  et  solide  et  y  puisant  un  suc 
laiteux;  les  racines  normales  auxquelles  succéderont 
plus  tard  les  racines  adventives.  Ces  racines  normales 
étaient  charnues,  épaisses  et  entouraient  la  noix  : 
quelques-unes  perçaient  déjà  à  travers  le  brou,  sorte  de 
filasse  qui  entoure  le  coco,  et  plongeaient  dans  la  terre; 
l’amande  était  devenue  extrêmement  dure. 

Ce  cocotier  a  environ  sept  mois.  Il  n’a  commencé  à 
germer  hors  de  terre  qu’au  bout  de  trois  mois  et  demi. 
On  sait  que  le  Cocotier  ne  donne  de  fruits  qu’au  bout 
de  cinq  ans.  Il  est  vrai  qu’alors  sa  fécondité  est  souvent 
prodigieuse.  Aussi  des  Cocotiers,  dont  on  retire  le  lcal- 
lou,  qui  donne  par  distillation  l’arrack,  peuvent-ils,  en 
même  temps,  trouver  encore  assez  de  sève  pour  donner 
des  fruits. 

On  n’a  jamais  vu,  dit  un  proverbe  tamoul,  d’aréquier 
tordu,  ni  de  cocotier  droit.  Eh  bien!  j’ai  vu  mieux.  J’ai 
vu  un  Aréquier  à  branches.  Le  cas  est,  sans  contredit, 
extraordinaire  pour  l’Aréquier  (Areea  Catechu)  que  nous 
figurons  ici  (fig.  3). 


fleurs  ni  fruits.  L’Inde  est  véritablement  le  pays  des 
monstres,  soit  dans  le  règne  végétal,  soit  dans  le  règne 
animal  ;  et,  dans  ce  dernier,  il  n’est  pas  rare  de  voir  les 
monstruosités  affecter  l’espèce  humaine.il  y  a  quelque 
temps  je  voyais  un  mendiant  d’un  certain  âge  dont  la  tête 
était  absolument  triangulaire  ;  la  base  du  triangle  se  trou¬ 
vant  en  arrière,  ce  qui  donnait  à  la  face  une  expression 
singulière.  Plus  récemment  encore,  j’ai  vu  un  enfant 
dont  les  bras  et  les  jambes  (ces  dernières  principalement  ) 
étaient  démesurément  gonflées  sans  cependant  qu’il  y 
eût  trace  de  maladie.  Bras  et  jambes  étaient  brusque- 
quement terminés  par  les  doigts;  les  métacarpes  et  les 
métatarses  étaientpresque  totalement  atrophiés.  Le  buste 
et  la  tête  n’avaient  rien  d’anormal.  La  marche,  quoique 
lourde  et  disgracieuse,  était  cependant  facile.  Toutefois 
il  y  avait  torsion  des  extrémités  des  membres.  L’enfant 
paraissait  au  reste  jouir  d’une  excellente  santé. 


Cet  Aréquier,  encore  jeune,  se  trouve  à  la  filature  de 
M.  Gœbelé,  à  Pondichéry.  C’est  à  sa  bienveillance  que 
nous  devons  d’avoir  pu  en  prendre  le  croquis.  Aucune 
intervention  humaine  n’a  provoqué  l’irrégularité  du  dé¬ 
veloppement  de  cet  intéressant  végétal.  Ce  palmier  pré¬ 
sente  trois  branches  dont  l’une  s’est  atrophiée  de  bonne 
heure.  Les  deux  autres  branches  ont  atteint  leur  dévelop¬ 
pement  normal.  Jusqu’à  présent  cet  arbre  n’a  donné  ni 


Nous  offrons  encore,  pour  terminer,  un  palmier  polycé- 
phale  ou  polyclade.  Ce  palmier  est  un  Rondier,  Borassii s 
/labelliformis  (fig.  4). Il  croît  à  Majankarancy,  prèsAchara- 
pakam.  Cet  arbre  a  26  branches  qui  n’ont  pu  être  toutes 
figurées  ici  :  13  sont  vivantes  et  toulTucs.  Le  tronc  de  ce 
palmier  qui  se  trouve  sur  le  bord  d’un  étang  est  incliné. 
Les  palmiers  polycéphales,  «branchingpalms»  des  savants 
angla’s,  doivent  leur  existence  à  un  insecle  coléoptère  qui 
ronge  leurs  tissus  et  amène  la  formation  d’autant  de 
branches  qu’il  y  a  eu  de  trous  pratiqués  par  cet  insecte 
qui  dirige  son  attaque  jusque  vers  le  centre  de  la  lige. 

Hector  Léveillé. 


LE  NATURALISTE 


272 


THÉORIE  DE  L'HÉRÉDITÉ 


A  l’heure  actuelle,  on  ne  rencontrerait  pas,  je  crois,  un  seul 
physiologiste  qui  osât  soutenir  avec  Barthez,  Bordeu  ou  Lor- 
dat,  l’existence  d’une  force  vitale  ou  d’une  matière  vitale  spé¬ 
ciales  aux  êtres  vivants  et  sans  lesquelles  la  vie  ne  saurait  se 
concevoir.  Mais  si  tous  les  biologistes  s’accordent  sur  ce  prin¬ 
cipe;  si,  pour  tous,  la  vie  n’est  que  la  résultante  de  forces  phy¬ 
sico-chimiques  sur  la  matière;  un  bien  petit  nombre  restent 
logiques  jusqu’au  bout.  Sans  doute  ils  sont  bien  forcés  de  se 
rendre  à  l’évidence  et  d’admettre  qu’entre  les  plantes  et  les 
animaux,  il  n’existe  point  de  ligne  de  démarcation,  et  que  les 
différences  observées  entre  ces  êtres  sont  toutes  de  simples 
différences  de  degrés.  Mais  après  avoir  accordé  comme  conces¬ 
sion  extrême  que  les  propriétés  fondamentales  du  protoplasma 
sont  identiques  dans  les  deux  règnes  organisés,  ils  s’empressent 
de  rejeter  toute  assimilation  entre  le  monde  organique  et 
inorganique,  et  un  abîme  infranchissable  sépare  pour  eux  ce 
qui  vit  et  ce  qui  ne  vit  pas. 

Nous  n’avons  pas  à  rechercher  les  motifs  de  cette  opinion  que 
nous  découvririons  sans  doute,  soit  dans  une  inversion  dans 
l’ordre  naturel  dos  études,  soit  dans  un  défaut  d’analyse,  soit 
encore  dans  la  routine  et  les  préjugés,  soit  enfin  dans  les  idées 
dogmatiques  adoptées. 

Pourtant  si  on  admet  avec  Descartes,  Bichat,  Claude  Ber¬ 
nard  et  les  organicistes,  que  la  vie  provient  de  l’action  de 
forces  purement  mécaniques  sur  la  matière,  de  quel  droit  limi- 
terait-on  ce  phénomène  aux  productions  que  l’on  nomme  orga¬ 
nisées.  Si  on  compare  attentivement  le  brut  et  le  vivant,  or. 
reconnaît  qu’un  grand  nombre  de  propriétés  attribuées  seule¬ 
ment  aux  organismes  par  une  connaissance  superficielle  de  la 
nature,  se  rencontrent  chez  les  corps  inorganiques  et  sont  en 
définitive  la  propriété  commune  de  tous  les  êtres,  de  tous  les 
atonies  que  la  chimie  moderne  considère  comme  les  éléments 
ultimes  de  la  matière.  En  ce  moment  un  grand  et  légitime 
mouvement  s’opère  en  faveur  de  ces  idées,  et  bientôt  sans 
doute  le  principe  de  la  continuité  des  êtres  dans  la  nature,  ne 
rencontrera  plus  d’opposants. Quoiqu’il  en  soit  on  est  en  droit  de 
dire  d’ores  et  déjà  avec  M.  Thoulct  qu’il  existe  une  véritable 
biologie  minérale,  que  la  matière  appelée  brute  est  loin  d’étre 
dépourvue  de  toute  activité  et  «  comme  la  science  humaine  ne 
doit  et  ne  peut  procéder  que  du  simple  au  composé,  qu’une 
conquête  dérive  d’une  conquête  antérieure,  il  en  résulte  que 
l’étude  des  corps  inorganiques,  leur  connaissance  et  celle  des 
lois  qui  les  régissent,  doit  logiquement  précéder  l’étude  des 
corps  organiques  ». 

La  première  conclusion  à  laquelle  je  désire  en  venir  est  que 
l’hérédité  doit  être  d’abord  recherchée  et  étudiée  chez  les  êtres 
les  plus  simples,  et  que  les  premières  observations  et  les  pre¬ 
mières  expériences  doivent  porter  par  conséquent  sur  les  êtres 
inorganiques.  De  tous  les  problèmes  que  la  biologie  peut  se 
proposer  de  résoudre,  il  n’en  est  pas  de  plus  intéressant,  mais 
aussi  de  plus  difficile  que  celui  de  l’hérédité.  Une  hypothèse 
est  en  effet  d’autant  moins  facile  à  établir,  que  les  faits  qu’elle 
doit  expliquer  sont  plus  nombreux,  plus  complexes  et  plus 
variés.  Mais,  «  Hérédité  et  legs  héréditaires  sont  des  phéno¬ 
mènes  tellement  généraux,  quotidiens,  qu’ordinairement  la 
plupart  des  hommes  ne  songent  pas  le  moins  du  monde  à  s’oc¬ 
cuper  sérieusement  de  la  valeur  et  de  la  signification  de  ces  phé¬ 
nomènes  vitaux.  On  trouve  tout  naturel,  tout  simple  que  chaque 
organisme  se  reproduise  et  que  dans  l’ensemble  et  les  détails, 
les  enfants  ressemblent  à  leurs  parents.  »  (Hœckel,  Histoire  île 
la  création.) 

Au  xviic  siècle,  les  théories  de  l’hérédité  étaient  déjà  si  nom¬ 
breuses,  que  Drelincourt  on  comptait  262.  A  son  avis  toutes 
étaient  fausses  ;  il  en  imagina  une  nouvelle,  ce  qui  fit  dire  à 
Blumenbach  qu’il  avait  porté  le  nombre  des  théories  fausses 
à  263.  Il  est  cependant  facile  ainsi  que  commode  de  les  rame¬ 
ner  toutes  à  cinq  catégories  principales. 

1“  Théories  animistes.  (Aristote,  Yan  Helmont,  Stahl,  etc.) 
L’âme  est  la  forme  du  corps.  Elle  se  transmet  par  les  parents 
et  façonne  les  nouveaux  êtres. 

2°  Théories  de  T emboîtement  des  germes.  (Spallanzani,  etc.) 
Les  produits  sexuels  renferment  les  ébauches, emboîtées  les  unes 
dans  les  autres,  des  générations  futures.  Ces  ébauches  s’ac¬ 
croissent  successivement  tout  en  restant  identiques  à  elles- 
mêmes. 

3°  Théories  pangénétiq lies.  (Hippocrate,  Buffon,  Darwin,  etc.) 
Chaque  cellule  de  l’organisme  envoie  dans  les  produits  sexuels 


de  petits  corpuscules  qui  s’y  groupent,  et  qui  plus  tard  s’y 
ordonnent  et  reproduisent  les  cellules  dont  elles  dérivent. 

4°  Théories  mécaniques.  (Harvey,  Hœckel,  etc.)  A  chaque 
état  des  organismes  correspond  un  mouvement  moléculaire 
particulier.  La  répétition  de  ces  séries  de  modes  de  mouve¬ 
ments  dans  les  germes  fécondés,  reproduit  l’édifice  organique 
correspondant. 

5°  Théories  de  l'immortalité  des  substances  héréditaires. 
(Nægeli,  Weismann,  NusSbaum,etc.)  La  substance  héréditaire 
persiste  à  travers  toutes  les  générations  et  constitue  la  souche 
fondamentale,  dont  les  individus  isolés,  après  une  existence 
éphémère,  se  détachent  comme  les  feuilles  se  détachent  de 
l’arbre  qui  les  porte. 

Toutes  ces  théories  sont  en  réalité  aussi  hypothétiques  les 
unes  que  les  autres,  et  au  fond  presque  toutes  se  réduisent  au 
fait  indéniable  de  la  transmission  des  propriétés  héréditaires  à 
l’aide  de  molécules  chimiques  qui  sont  le  siège  de  certaines  forces 
ordinatrices;  ces  forces,  dans  tous  les  cas,  étant  étroitement 
inhérentes  à  la  matière,  toute  force  indépendante  des  corps  et 
agissant  toutefois  directement  sur  eux  ne  pouvant  être  conçue. 

Si  nous  étudions  l’hérédité  chez  les  êtres  inorganiques  nous 
constatons  immédiatement  que  ce  phénomène  n’est  qu’une 
simple  conséquence  de  l’accroissement.  Introduisons  dans  un 
milieu  saturé  de  vapeurs  mercurielles  une  petite  sphérulc  de 
mercure  refroidi.  Ce  globule  va  s’accroître  jusqu’à  ce  que  le 
centre  unique  d’attraction  se  dédouble  en  deux  ou  plusieurs 
autres  et  qu’il  se  reproduise  ainsi  mécaniquement  des  globules 
semblables  au  premier.  Au  lieu  d’une  sphérule  de  mercure,  sup¬ 
posons,  soit  une  goutte  d’eau  salée,  soit  une  goutte  d’acide  sul¬ 
furique  anhydre  introduites  successivement  dans  une  enceinte 
saturée  de  vapeur  d’eau.  Ces  gouttes  vont  s’accroître  non  seu¬ 
lement  par  juxtaposition  de  molécules  semblables,  mais  encore 
par  intussusception  de  molécules  dissemblables  et  par  combi¬ 
naison  chimique.  La  nutrition  de  ces  gouttes  se  fera  donc 
comme  dans  la  matière  vivante,  et  les  gouttes  qu’on  pourrait 
nommer  filles  jouiront  des  mêmes  propriétés  que  les  gouttes 
initiales  au  moment  de  la  division. 

Les  phénomènes  de  sursaturation, si  bien  étudiés  par  M.  Ger- 
vex,  fournissent  également  des  données  bien  suggestives.  Si  on 
prend  une  solution  sursaturée  d’un  mélange  de  borax  octaédrique 
à  cinq  équivalents  d’eau  et  de  borax  rhombique  à  dix  équiva¬ 
lents  d’eau  ;  un  cristal  microscopique  aussi  petit  qu’on  peut 
l’imaginer  de  l’un  quelconque  de  ces  sels  fera  seul  cristalliser 
ce  sel  correspondant  ;  le  second  demeurant  entièrement  dis¬ 
sous.  Ce  n’est  donc  pas  seulement  la  composition  élémentaire 
qui  agit,  mais  la  disposition  moléculaire,  le  plus  ou  moins 
dteau  renfermé  dans  la  substance  chimique.  Dans  le  cas  de  la 
sursaturation,  les  nombreux  cristaux  qui  apparaissent  repro¬ 
duisent  toujours  les  formes  du  cristal  primitif  qui  s’est  accru 
et  qui,  par  suite  de  son  accroissement,  s’est  ainsi  multiplié.  Les 
produits  sont  toujours  semblables  aux  parents. 

On  objectera  peut-être  à  cette  assimilation,  l’absence  de 
spontanéité  présentée  par  la  matière  inorganique,  mais  on  ou¬ 
blie  involontairement,  je  veux  bien  le  croire,  que  les  divisions 
cellulaires  ne  sont  pas,  elles  aussi,  plus  spontanées  puisqu’il 
suffit  de  modifier  légèrement  les  conditions  physiques  exté¬ 
rieures  pour  retarder,  accélérer  ou  empêcher  ces  divisions.  De 
telle  sorte  qu’il  est  démontré  que  ces  phénomènes  sont  bien 
sous  la  dépendance  des  forces  physico-chimiques.  Si  on  veut, 
malgré  tout,  admettre  des  forces  intérieures,  elles  n’entrent  en 
action  que  sous  l’influence  des  forces  extérieures  et  sont  donc 
du  même  ordre. 

En  résumé,  nous  voyons  que  seule  la  continuité  d’une  même 
matière  présentant  le  même  modo  de  mouvement  interne  et  de 
groupement  moléculaire  est  l’unique  et  vraie  base  physique  des 
phénomènes  héréditaires.  Si  on  objecte  que  la  goutte  d’acide 
sulfurique  anhydre  en  s’accroissant  dans  la  vapeur  d’eau  ne 
reproduit  plus  de  l’acide  anhydre,  on  doit  se  souvenir  que  les 
actions,  provenant  des  milieux,  sur  les  parents  doivent  sc  trans¬ 
mettre  aux  produits.  De  même  que,  pendant  sa  croissance,  un 
être  organique  peut  présenter  des  métamorphoses  liées  à  l’ac¬ 
tion  des  causes  extérieures  ou  du  genre  de  vie,  de  mémo  les 
cristaux  peuvent  présenter  dans  leur  évolution  des  formes  di¬ 
verses  provenant  elles  aussi  de  variations  de  milieu. 

Les  biologistes  sont  unanimes  à  reconnaître  actuellement  que 
la  reproduction  sexuée  peut  se  ramener  facilement  à  la  repro¬ 
duction  asexuée  dont  elle  n’est  qu’une  différenciation  et  un  per¬ 
fectionnement.  Scissiparité,  blastogénèsc  externe,  blastogénèse 
interne,  parthénogénèse  et  reproduction  sexuée,  no  sont  en 
effet  que  les  différents  étapes  d’un  mémo  processus.  Les  phé¬ 
nomènes  héréditaires  peuvent  et  doivent  donc  être  étudiés  tout 


LE  NATURALISTE 


d’abord  chez  les  êtres  unicellulaires,  ou  mieux  encore  chez  les 
Monèrcs;  et  ici  comme  dans  les  globules  de  mercure,  l’augmen¬ 
tation  de  volume  autour  d’un  centre  unique  se  nommera  :  crois¬ 
sance,  et  le  dédoublement  mécanique  de  ce  même  centre  se 
nommera  :  reproduction. 

Pour  être  complcto,  une  théorie  do  l'hérédité  doit  : 

1“  Préciser  les  parties  organiques  et  les  substances  qui  trans¬ 
mettent  les  propriétés  héréditaires. 

2°  Expliquer  l’action  de  ces  substances  dans  l’évolution  do 
l’être. 

3°  Exposer  le  mode  de  leur  propre  formation. 

Chez  les  êtres  organisés,  les  parties  qui  transmettent  les  pro¬ 
priétés  héréditaires  sont,  ou  bien  les  cellules  sexuelles,  ou 
bien  des  cellules  quelconques.  (Feuilles  de  Bégonia  reprodui¬ 
sant  l’individu  en  entier.  —  Cellules  initiales  des  bourgeons 
chez  les  animaux  et  les  plantes.)  Grâce  aux  importants  et  ré¬ 
cents  travaux  des  cvtologistes,  on  a  pu  préciser  les  fonctions 
du  protoplasme  et  des  noyaux  dans  la  vio  cellulaire,  et  on 
sait  actuellement  que  la  substance  transmettant  les  propriétés 
héréditaires  se  trouve  localisée  dans  le  réseau  chromatique  du 
noyau.  On  a  pu  mémo  constater  que  toutes  les  cellules  d’un 
organisme  reproduit  par  voie  sexuelle  présentaient  dans  leurs 
noyaux  une  portion  de  la  substance  nucléaire  paternelle  et  de 
la  substance  nucléaire  maternelle,  ainsi^  que  des  portions  plus 
ou  moins  grandes  des  substances  nucléaires  ancestrales.  Par 
suite  on  a  découvert  la  substance  continue,  véritable  base  phy¬ 
sique  nécessaire  de  l’hérédité,  et  on  comprend  en  même  temps 
avec  facilité,  qu’un  produit  puisse  présenter  part. us  avec  un  di¬ 
ses  ancêtres  une  ressemblance  plus  grande  qu’avec  son  progé- 
nitcur  immédiat. 

Mais  comment  peut-on,  c’est  la  deuxième  partie  du  problème, 
expliquer  l’action  de  ces  substances  héréditaires  sur  les  phéno¬ 
mènes  de  croissance?  Ce  sont  les  phénomènes  de  nutrition  et 
de  régénération  des  cristaux  qui  vont  pouvoir  éclairer  cette  ques¬ 
tion. 

Comme  une  poussière  cristalline  tombant  dans  un  grand  vase 
renfermant  une  solution  saturée,  se  transforme  en  un  corps 
volumineux  et  régulier  parce  que  les  particules  déjà  groupées 
ordonnent  à  leur  tour  les  molécules  prises  à  la  solution  et  les 
font  passer  à  l’état  d’agrégat  solide,  ainsi  s’accroît  à  l’intérieur 
de  l’œuf, jusqu’à  l’état  d’organisme  parfait,  le  germe  minus¬ 
cule,  c’est-à-dire  le  groupe  moléculaire  qui  transmet  les  pro¬ 
priétés  héréditaires.  Quand  après  avoir  enlevé  à  un  animal,  tel 
que  la  Salamandre,  un  doigt,  un  bras  ou  une  branchie,  ou 
quelque  autre  partie  du  corps ,  nous  voyons  régulièrement 
repousser  et  sc  reproduire  les  parties  enlevées,  il  est  clair  que 
les  parties  régénérées  ne  peuvent  provenir  d’un  germe  préexis¬ 
tant.  La  plaie  du  moignon,  du  bras,  par  exemple,  a  attiré  vers 
elle  du  matériel  nutritif  et  elle  a  organisé  les  molécules  de  ce 
matériel  pour  en  former  un  bras,  mais  la  force  ordinatrice  est 
une  force  moléculaire  qui,  à  partir  de  la  portion  vivante  du 
moignon,  ne  peut  agir  à  distance;  son  action  se  borne  à  attirer 
les  molécules  nutritives  tombées  dans  la  sphère  active  de  scs 
molécules,  à  les  conduire  aux  endroits  voulus  et  à  précipiter 
ainsi  à  sa  surface  une  nouvelle  couche  vivante. 

Le  mode  d’organisation  de  cette  couche  nouvelle  dépend  de 
la  loi  d’or"anisation,  c’est-à-dire  de  la  constitution  chimique  et 
du  groupement  moléculaire  de  la  surface  sur  laquelle  cette 
couche  s’est  déposée.  En  un  mot  l’état  de  cette  coucho  est 
mathématiquement  la  conséquence  nécessaire  de  l’état  de  la 
couche  génératrice  plus  ancienne.  Mais  si  celle-ci  existait  déjà 
lors  du  développement  embryonnaire  et  avant  la  genèse  de  la 
couche  nouvelle,  elle  doit  aussi  avoir  mu-  origine  semblable  à 
celle  de  cette  dernière.  Ainsi  les  couches  se  superposent,  les 
jeunes  naissent  toujours  des  anciennes  jusqu’à  complète  géné¬ 
ration  ou  régénération  de  l’organisme  ;  et  on  comprend  dés 
lors  l’action  des  groupes  moléculaires  chargés  do  transmettre 
les  propriétés  héréditaires. 

La  dernière  partie  du  problème  de  l’hérédité  consiste  dans 
l’élude  du  mode  do  formation  de  ces  substances  qui  repro¬ 
duisent  un  organisme  semblable  à  celui  auquel  elles-mêmes 
doivent  leur  origine.  Chez  les  êtres  unicellulaires  sc  repro¬ 
duisant  par  scissiparité,  la  formation  des  substances  hérédi¬ 
taires  se  confond  avec  la  croissance  do  l’individu  initial.  Chez 
certains  vers  ( Sagitta )  et  principalement  chez  quelques  Diptères, 
les  cellules  sexuelles  dérivent  directement  de  l’oeuf  et  peuvent 
même  s’en  séparer  ( Chironomus )  avant  la  formation  du  blasto¬ 
derme.  Chez  quelques  blastozoïdcs  de  Tunicicrs,  les  Pyrosomes 
et  les  Botrylles,  on  voit  également  une  portion  de  l’ovaire  du 
parent  passer  dans  les  extroflexions  qui  deviendront  de  nou¬ 
veaux  individus.  Dans  tous  ces  exemples  on  voit  donc  mani¬ 


festement  apparaître  la  continuité,  ou,  si  l’on  veut,  l’immorta¬ 
lité  de  la  substance  héréditaire  qu’on  peut  appeler  avec  Weis- 
tnann  :  Plasma  germinatif.  Dans  d’autres  cas  moins  simples, 
les  cellules  reproductrices  (cellules  mâles,  cellules  femelles,  ou 
cellules  mères  de  bourgeons)  ne  proviennent  plus  directement 
des  cellules  sexuelles  antérieures,  mais  la  continuité  du  plasma 
germinatif  n'en  est  pas  moins  réelle,  et  c’est  peut-être  alors 
qu’il  est  plus  juste  de  dire  avec  Bray  (1692)  «  que  chaque  par¬ 
tie  du  corps  semble  contribuer  à  la  formation  de  la  semence  ». 

En  résumé  et  pour  conclure,  l’hérédité  a  pour  véritable  siège 
le  plasma  germinatif,  immortel,  susceptible  de  lentes  modifica¬ 
tions  incessantes  sous  l’influence  des  milieux.  Ce  plasma  est 
localisé  dans  le  réseau  chromatique  de  toutes  les  cellules  des 
organismes,  et  de  certaines  en  particulier.  Enfin  son  mode 
d’action  peut  s’expliquer  par  les  lois  de  la  physique  molécu¬ 
laire.  La  complexité  chimique  de  la  matière  vivante  en  rend 
seule  actuellement  les  manifestations  plus  difficiles  à  analyser. 
Les  études  sur  la  genèse  et  l’évolution  des  cristaux  pourra  seule 
apporter  les  premiers  éclaircissements  à  la  solution  de  ce  pro¬ 
blème,  le  plus  passionnant  de  tous  :  Comment  les  actions  mo¬ 
léculaires  de  la  matière  président-elles  à  la  morphologie  des 
êtres  organiques  et  inorganiques! 

F.  Lahille. 


CHRONIQUE 


Curieux  effet  de  l’électricité.  —  11  y  a  un  an  la  foudre  tom¬ 
bait  à  Kumbakonam  (Inde)  sur  un  Tamarinier.  Environ  quinze 
jours  après  avoir  été  frappé  du  feu  du  ciel,  cet  arbre  donnait 
une  floraison  extraordinaire.  On  était  alors  en  octobre. 
L'arbre  était  tout  chargé  de  fleurs  ;  chose  remarquable  :  il  ne 
possédait  pas  de  feuilles.  Plus  tard,  il  donnait  à  l’époque  nor¬ 
male  une  seconde  floraison.  Puis  épuisé  par  cette  dépense 
extraordinaire  de  sève,  il  succombait.  On  peut  rapprocher  ce 
fait  du  fait  plus  commun  de  ces  arbres  caducs  chez  lesquels  la 
floraison  est  d’autant  plus  active  qu’ils  sont  plus  menacés  de 
dépérir.  Et  alors,  en  dehors  de  l’influence  de  l’électricité  si 
nettement  accusée  dans  le  faii  que  nous  venons  de  rapporter, 
on  verra  que  les  arbres  qui  vont  mourir  subissent  une  sorte  de 
surexcitation  dernière  et  d’exagération  de  vitalité,  dont  le  but 
est  de  leur  procurer  des  descendants,  grâce  auxquels  ils  puis¬ 
sent  se  survivre.  [Le  Monde  des  plantes,  H.  Léveillé  ) 

Nécrologie.  —  Dr  A.  Barclay,  bien  connu  par  ses  travaux 
sur  les  champignons  parasites  et  pathogènes.  —  A.-V.  Pelzeln, 
ornithologiste,  ancien  conservateur  du  Musée  de  Vienne.  — 
Cari  Wedl,  histologiste,  qui  a  publié  des  travaux  remarquables 
sur  les  Enlozoaires. 

Les  mœurs  du  corbeau.  —  Le  corbeau  est-il  nuisible  réelle¬ 
ment  à  l’agriculture?  11  semble  qu’on  peut  répondre  oui  d’après 
une  enquête  que  le  ministre  do  l’agriculture  des  États-Unis 
vient  de  terminer.  Non  seulement  il  se  nourrit  de  grains, 
mais  encore  il  mange  les  jeunes  plantes  de  maïs,  de  blé,  de 
seigle,  d’avoine.  Il  agit  aussi  en  disséminant  un  grand  nombre 
de  plantes  nuisibles  dont  il  utilise  les  graines  pour  son  alimen¬ 
tation,  graines  qui  semblent  acquérir  une  vertu  germinative 
spéciale  du  fait  d'avoir  traversé  son  tube  digestif. 

Captures  d’insectes  à  la  lumière  électrique.  —  La  lumière 
électrique  est  souvent  une  grande  attraction  pour  les  cousins. 
Les  grands  foyers  à  arc  ont  fréquemment  près  de  vingt  insectes 
tournant  rapidement  autour  d’eux.  Les  lumières  plus  faibles  à 
incandescence,  qui  donnent  une  flamme  pauvre  et  couleur  de 
gaz,  ne  semblent  pas  avoir  une  attraction  spéciale  pour  les 
insectes.  On  peut  aussi  dire  que  la  lumière  électrique  attire  les 
poissons  comme  les  insectes.  tT.  Samson,  Yokohama.) 

Appât  pour  papillons.  —  Dans  plusieurs  parties  de 
l’Extrême-Orient,  j’ai  trouvé  qu’un  Omithoplera  ou  Papilio 
mort  est  un  appât  presque  certain,  pourvu,  naturellement,  que 
d’autres  spécimens  de  ces  espèces  se  trouvent  aux  environs. 
A  Java  et  Sclungor  (Péninsule  Malaise),  quand  j’avais  pris  un 
spécimen  trop  mauvais  pour  garder,  je  le  posais  toujours  dans 
un  endroit  convenable  pour  attirer  les  autres.  Je  ne  pouvais 
me  servir  d’un  bon  spécimen,  car  en  deux  minutes  il  aurait  été 
emporté  par  les  fourmis.  Ici,  au  Japon,  où  les  fourmis  et 
autres  insectes  ne  sont  pas  si  terribles,  je  laisse  aussi  de  bons 
spécimens  bien  en  vue,  comme  appât,  pendant  quelques 
minutes  ;  ainsi,  avec  le  Papilio  Maackii,  on  est  certain  d’attirer 
les  autres  ;  après  une  demi-heure,  l'attraction  parait  cesser. 

[  The  Entomologisl,  T  E.  Samson,  Yokohama.) 


274 


LE  NATURALISTE 


Plumes  des  oiseaux.  —  Tout  le  monde  sait  que  les  plumes 
jouent  un  très  grand  rôle  dans  la  confection  des  engins  pour  la 
pêche  à  la  ligne  :  elles  servent  à  la  fabrication  des  mouches 
artificielles,  des  flotteurs,  etc.  Un  particulier  de  Londres  se 
propose  d’établir  un  concours  entre  les  oiseaux  dont  les  plumes 
paraîtront  les  plus  utiles  aux  pêcheurs  à  la  ligne. 

Variété  de  Lycaena  Corydon.  —  U  a  été  pris  aux  environs 
d’Easlbourne  (Angleterre),  une  curieuse  variété  de  Lycæna 
corydon  femelle.  Les  ailes  antérieures  et  postérieures  possè¬ 
dent  la  tache  discoïdale  ordinaire  et  la  bordure  de  taches  en 
forme  d’yeux  sur  la  surface  inférieure  ;  cependant  la  couleur 
des  ailes  antérieures  est  blanchâtre  (comme  la  couleur  nor¬ 
male  du  dessous  chez  le  mâle)  et  on  ne  voit  que  trois  taches, 
les  postérieures  de  celles  qui  composent  habituellement  une 
rangée  de  sept.  Les  ailes  postérieures  sont  brunâtres,  mélan¬ 
gées  de  blanc. 


GÉOLOGIE  STMTIGRAPÏÏIQÜE 

Par  Ch.  VÉLAIN 


M.  Ch.  Vélain,  chargé  de  cours  à  la  Faculté  des  sciences  de 
Paris,  vient  de  publier  une  quatrième  édition  de  son  Cours 
élémentaire  de  géologie  slratigraphique.  On  peut  dire,  sans 
exagération,  que  l’apparition  de  ce  livre  est  un  événement 
scientifique  de  grande  portée. 

Ce  Cours  élémentaire ,  très  complet,  résume  en  effet  la  géo¬ 
logie  nouvelle;  c’est  un  lumineux  exposé  des  théories  les  plus 
récentes,  et  des  plus  importantes  découvertes  dont  l’origine  est 
essentiellement  française. 

Que  de  chemin  parcouru  depuis  dix  ans  !  Les  quatre  éditions 
de  l’ouvrage  de  M.  Ch.  Vélain  sont  intéressantes  à  consulter  à 
ce  point  de  vue.  Au  début,  l’auteur,  un  des  élèves  les  plus 
éminents  d'Hébert,  se  contentait  de  vulgariser  les  idées  du 
maître  ;  il  établissait  nettement  la  nomenclature  géologique,  et 
c’était  déjà  un  grand  service  rendu  à  l’enseignement.  Plus  tard, 
les  travaux  de  MM.  Fouqué  et  Michel  Lévy  ont  pris  la  place 
qu'ils  doivent  garder  en  pétrographie  ;  l’analyse  microscopique 
des  roches  est  devenue  un  complément  indispensable  de  la 
stratigraphie  positive  ;  enfin,  les  recherches  bibliographiques  de 
M.  de  Lapparent  et  la  puissance  synthétique  de  cet  admirable 
savant  ont  augmenté  l’éclat  de  notre  science  nationale.  Au¬ 
jourd’hui,  dans  la  quatrième  édition  du  livre  de  M.  Ch.  Vélain, 
les  élèves  en  géologie  retrouveront,  presque  in  extenso,  les 
substantielles  leçons  professées  à  la  Sorbonne  et  à  l’Ecole  nor¬ 
male  par  M.  Munier-Chalmas,  ainsi  que  les  cours  de  M.  Ber¬ 
trand  à  l’Ecole  des  mines  ;  en  d’autres  termes,  l’ouvrage  de 
M.  Ch.  Vélain  est  l’écho  de  l’enseignement  supérieur  de  Paris; 
c’est  ce  qui  le  rend  précieux. 

Nous  recommandons  particulièrement  à  l’attention  des  lec¬ 
teurs  la  troisième  partie  (Géologie  proprement  dite],  qui  con¬ 
tient  une  multitude  d’observations  inédites  et  d’aperçus  nou¬ 
veaux  dont  nous  venons  d’indiquer  les  sources. 

L’examen  des  milieux  dans  lesquels  se  sont  produits  les 
phénomènes  géologiques  a  conduit  les  savants  à  l’établissement 
de  faciès  régionaux ;  la  chronologie  stratigraphique  se  trouve 
ainsi  vivement  éclairés  et  rectifiée.  Combien  grande  est  actuel¬ 
lement  l’existence  de  la  mésologie  dans  la  science  biologique! 
M.  Giard  étudie  l’action  des  divers  milieux  sur  les  organismes 
animaux.  M.  G.  Bonnier  poursuit  les  mêmes  études  sur  les  or¬ 
ganismes  végétaux,  et  nous  entrevoyons  dans  la  géologie  nou¬ 
velle  uno  mésographie  paléontologique  prévue  par  l’Ecole  posi¬ 
tiviste,  et  particulièrement  par  Robin. 

Léon  Gérardin. 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  19  octobre.  —  M.  Pasteur  présente  une  note  de 
M.  G.  Daremberg  sur  le  pouvoir  globulicide  du  sérum  sanguin. 
Le  sérum  du  sang,  d’une  espèce  animale,  possède  le  pouvoir  de 
détruire  les  globules  rouges  du  sang  d’un  animal  d’une  autre 
espèce,  ainsi  que  l’ont  constaté  depuis  longtemps  plusieurs  au¬ 
teurs.  Ainsi  quelques  gouttes  de  sérum  do  sang  de  chien  mêlé  à 
une  trace  de  sang  do  lapin  dissolvent  les  globules  de  ce  der¬ 
nier.  Ce  pouvoir  globulicide  est  soumis  à  certaines  influences. 
Il  est  détruit  par  le  chauffage  à  50”-60<>,  ou  lorsqu’on  expose  le 


sérum  à  la  lumière  diffuse  pendant  huit  à  dix  jours.  Enfin, 
quelques  composés  chimiques  entravent  ou  détruisent  ce  pou¬ 
voir,  —  m.  Chauveau  présente  une  note  de  M.  C.  Phisalix  sur 
la  nature  du  mouvement  des  Chromatophores  et  des  Céphalo¬ 
podes.  L’auteur  se  rallie  à  l’opinion  de  Paul  Bert,  qui  attri¬ 
bue  les  mouvements  des  Chromatophores  à  des  muscles  dilata¬ 
teurs  à  contraction  rapide.  L’auteur  distingue  trois  espèces  de 
mouvements,  les  mouvements  de  trémulation,  d’ondulation  et 
d’activité  fonctionnelle,  que  l’on  peut  provoquer  en  excitant  de 
diverses  manières  les  centres  nerveux,  chromato-moteurs, 
sous-œsophagiens  et  sus-œsophagiens.  La  forme  et  les  caractères 
du  mouvement  se  rapportent  aux  propriétés  des  muscles  à  con¬ 
tractions  rapides  et  les  Chromatophores  sont  des  sphères  pig¬ 
mentaires  élastiques  dont  les  mouvements  d’expansion  sont  pro¬ 
voqués  par  la  contraction  de  muscles  disposés  en  rayons  à  son 
équateur  et  nommés  fibres  radiaires. 

Séance  du  26  octobre.  —  Note  de  M.  Bouchard  sur  les  actions 
vaso-motrices  des  produits  bactériens.  La  diapédèse  des  glo¬ 
bules  blancs  du  sang  est  le  phénomène  dominant  de  l'inflam¬ 
mation.  Le  mouvement  qui  emporte  ainsi  hors  des  vaisseaux 
les  globules  blancs,  n’est  pas  l’effet  de  l’attraction  exercée  par 
les  produits  bactériens,  l’un  de  ces  produits  même  empêche  la 
diapédèse  en  paralysant  le  centre  vaso-dilatateur.  M.  Bouchard 
nomme  cette  substance  anectasine.  Cette  substance  arrête 
aussi  les  hémorragies.  Une  autre  substance  bactérienne,  au 
contraire,  excite  le  centre  vaso-dilatateur,  et  accélère  la  diapé¬ 
dèse,  c'est  l’antagoniste  de  l’anectasine.  Pour  cette  raison, 
M.  Blouchard  la  nomme  cétasine  ;  il  l’a  découverte  dans  la  tu¬ 
berculine  de  Koch.  —  M.  Ad.  Chatin  adresse  uno  note  sur 
l’histoire  botanique  de  la  Truffe.  Parmi  les .  échantillons  de 
Truffes  qui  lui  avaient  été  envoyés  de  Bagdad,  M.  Chatin  a 
reconnu  deux  nouvelles  espèces  de  Kamès;  il  nomme  l’un 
Terfezia  Hafizî,  l’autre  Terfezia  Metaxali-,  le  premier  est  beau¬ 
coup  plus  abondant  que  le  second.  De  plus,  l’auteur  a  reconnu 
que  des  Kamès  qu’il  avait  reçus  de  Smyrne  étaient  des  Ter¬ 
fezia  Leonis,  regardés  jusqu’ici  comme  africains.  —  M.  Friedel  , 
présente  une  note  de  M.  Chabrié  sur  une  nouvelle  substance 
albuminoïde  du  sérum  sanguin  de  l’homme.  On  admettait  que 
cette  humeur  ne  contenait  que  deux  matières  albuminoïdes,  la 
paraglobuline  et  la  sérine.  L'auteur  a  pu  en  extraire  une  troi¬ 
sième  qu’il  nomme  albumone,  et  dont  il  énumère  les  caractères 
et  les  propriétés.  —  M.  Bouchard  présente  une  note  de 
M.  A.  Charrin  sur  les  substances  solubles  du  bacille  pyocya¬ 
nique.  L’injection  de  ces  substances  occasionne  la  fièvre,  tout  à 
fait  comme  l’injection  de  la  lymphe  de  Koch,  bien  que  le  bacille 
pvocanique  en  soit  très  différent.  —  M.  Bouchard  présente 
une  note  de  M.  Boger  sur  l’atrophie  musculaire  progressive 
expérimentale;  on  peut  la  provoquer  par  l’inoculation  de  cul¬ 
tures  atténuées  du  streptocoque  de  l’érysipcle.  L’examen  micros¬ 
copique  montre  alors  des  altérations  profondes  des  fibres  mus¬ 
culaires  et  des  grandes  cellules  des  cornes  antérieures  de  la 
moelle.  Le  système  nerveux  périphérique  reste  indemne.  — 
.!/.  Milne-Edwards  présente  une  note  de  ilf.  E.-L.  Bouvier  sur 
quelques  caractères  anatomiques  d’un  Hyperoodon  rostratus 
femelle,  de  7  m.2ü,  échoué  à  Saint-Vast-la-Hougue.  Les  re¬ 
cherches  de  l’auteur  ont  porté  sur  les  organes  génitaux,  les 
mamelles,  les  poches  multiples  de  l’estomac,  au  nombre  de 
,  1 1 -c ,  cl  quelques  di-pcsii  n  ,us  de  l’appareil  circulatoire  et  des 
plexus  qui  tendent  à  rapprocher  l'Hyperoodon  des  formes  an¬ 
cestrales  du  groupe.  —  M.  Milne-Edwards  présente  une  note  de 
1/  Raphaël  Blanchard  sur  les  Chromatophores  des  Céphalo¬ 
podes,  en  réponse  à  la  communication  de  M.  Phisalix.  La  na- 
i nrc  musculaire  des  filtres  rayonnantes  n'a  pas  été  vérifiée  ana¬ 
tomiquement,  et  les  expériences  de  M.  Phisalix  s’expliquent  par 
l'union  intime  du  Chromatophorc  avec  les  nerfs,  que  M.  R.  Blan¬ 
chard  avait  admise,  et  que,  selon  lui,  les  observations  de  M.  Phi¬ 
salix  n’infirment  pas.  —  M.  Marey  présente  une  note  de 
,11.  Pierre  Bonnier  sur  la  physiologie  du  nerf  de  l’espace.  Par  le 
jeu  des  osselets,  il  se  produit  des  courants  dans  l’endolymphe 
de  l’oreille  interne,  courants  variables  de  sons  ci  d’intensité, 
suivant  l’incidence  de  l’ébranlement.  Le  nerf  de  l’espace  définit 
le  lieu  des  points  perceptibles  par  l'oreille.  —  M.  E.  Blanchard 
présente  une  note  de  M.  Decaux  sur  un  moyen  de  destruction 
des  insectes  nuisibles  à  la  betterave  et  aux  céréales,  et  qui 
consiste  en  chiffons  de  laine  imprégnés  de  pétrole  ou  d’autres 
composés  hydrocarburés. 

A.  E.  Malard. 


Le  Gérant:  Émile  DEYROLLE. 

PARIS*  —  IMPR.  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13°  ANNÉE 


2°  Série  —  W 


1"  DÉCEMBRE  1891 


LE  GUÊPIER 

(Merops  apiaster.) 

Le  Guêpier  vulgaire  est,  avec  le  Rollier,  un  des  plus 
beaux  oiseaux  d’Europe,  caron  peut  leconsidérercomme 
un  oiseau  d’Europe,  où  il  se  montre  fréquemment  et 
niche  quelquefois.  C’est  le  type  le  plus  parfait  de  la  fa¬ 
mille  des  Meropidés  et  pour  la  beauté  de  son  plumage  il 


dans  les  airs  où  ils  prennent  mille  postures  diffe'rentes.  » 
Les  Guêpiers  sont  très  sociables  et  voyagent  en  colo¬ 
nies  ;  ils  font  une  guerre  acharne'e  aux  mouches,  saute¬ 
relles,  libellules,  cole'optères,  mais  ils  recherchent, 
comme  leur  nom  l’indique,  les  insectes  à  aiguillon  : 
abeilles,  guêpes,  bourdons,  frelons.  Malheureusement 
ils  sont  très  friands  d’abeilles  et  lorsque  l’un  d’eux  a  dé¬ 
couvert  une  ruche,  il  se  perche  à  proximité  et  en  quel¬ 
ques  heures  en  dévore  tous  les  habitants,  le  Guêpier 
pouvant,  sans  inconvénient,  avaler  une  grande  quantité 


LE  GUÊPIER  (Merops  apiaster  . 


peut  rivaliser  avec  beaucoup  d’espèces  exotiques.  Le 
front  estblanc,  la  partie  antérieure  de  la  tète  verte;  l’oc¬ 
ciput,  la  nuque,  le  milieu  des  ailes  d’un  brun-cannelle, 
le  dos  jaune-verdâtre,  la  gorge  d’un  jaune  d’or  clair  li¬ 
mité  par  une  bande  noire  transversale  qui  se  fond  sur 
son  bord  inférieur;  une  ligne  également  noire  s’étend  du 
bec  à  l’œil  et  se  prolonge  jusque  sur  les  côtés  de  l’occi¬ 
put  ;  le  ventre  et  le  croupion  sont  bleus-verts  :  les  rémi¬ 
ges  sont  d’un  vert  olive  ou  teintées  d’aigue  marine. 

Ces  oiseaux  se  rapprochent  des  Hirondelles  par  leurs 
mœurs  :  ils  recherchent  les  contrées  découvertes  où  il 
existe  des  places  libres  au  milieu  delà  végétation.  «  Tan¬ 
tôt,  dit  Gloger,  on  les  voit  raser  le  sol  d’un  vol  rapide 
en  suivant  un  long  espace,  tantôt  effleurer  la  surface  des 
eaux  et  parcourir  un  long  trajet  sans  paraître  remuer 
les  ailes;  tantôt  ils  se  balancent  à  une  grande  hauteur 


d’hyménoptères  dont  il  régurgite  ensuite  les  ailes  et  les 
autres  parties  cornées.^ 

Par  la  nidification  le  Guêpier  se  rapproche  du  Martin- 
Pêcheur  :  il  recherche  la  paroi  escarpée,  argileuse  ou  sa-  ■ 
blonneuse  d’un  cours  d’eau  ;  il  dépose  sur  un  peu  de 
mousse,  au  fond  d’une  galerie  longue  de  trois  à  quatre 
pieds,  4  à  6  œufs  d’un  blanc  pur,  semblables  à  ceux  du 
Martin-Pêcheur,  mais  un  peu  plus  gros.  Pline,  qui  avait 
observé  cette  particularité,  dit  dans  son  Histoire  des  ani¬ 
maux  :  Merops  nidifiait  in  specu  sex  pedum  defossa  altilu- 
dine. 

Le  Guêpier  est  de  passage  en  France,  où  on  le  rencontre 
partout  accidentellement,  mais  plus  fréquemment  dans 
le  Midi.  Il  est  très  commun  en  Italie,  en  Espagne,  en 
Tunisie  et  en  Algérie,  où  on  le  désigne  sous  le  nom  vul¬ 
gaire  de  Chasseur  d'Afrique,  la  disposition  des  couleurs 


LE  NATURALISTE,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


276 


LE  NATURALISTE 


de  son  plumage  offrant  une  certaine  analogie  avec  l’uni¬ 
forme  bleu-ciel  à  collet  jaune  de  nos  Chasseurs  d’Afrique. 

En  Grèce  on  détruit  des  quantite's  considérables  de  ces 
oiseaux  et  dans  Elle  de  Crète  les  enfants  les  prennent 
au  moyen  d’une  ligne  dont  le  hameçon  est  amorce'  avec 
une  sauterelle.  On  expe'die  d’Espagne  en  France  de  nom¬ 
breuses  caisses  remplies  des  dépouilles  de  ces  oiseaux 
préparées  pour  les  usages  de  la  mode. 

Le  Guêpier  a  été  dans  l’antiquité  le  sujet  de  nombreu¬ 
ses  fables  :  on  croyait  que,  comme  la  Cigogne,  il  rendait 
des  services  à  ses  parents  et  que,  lorsque  ceux-ci  étaient 
vieux,  il  ne  les  laissait  pas  sortir  du  nid  etleur  apportait 
leur  nourriture  ou  les  transportait  sur  son  dos  d’un  en¬ 
droit  à  un  autre.  On  retrouve  cette  opinion  dans  Pline  : 
Merops  vocatur,  genitores  suos  reconditos  pascens.  Gessner 
prétendait  que  la  chair  du  Guêpier  n’était  pas  bonne  à 
manger  :  «  On  ne  mange  pas  le  Guêpier,  dit-il,  car  sa 
chair  est  dure  et  indigeste  ;  elle  est  cependant  utile 
dans  des  cas  d’ulcères  :  le  fiel,  mêlé  à  de  l’huile  et  à  des 
olives  non  mûres,  rend  les  cheveux  d’un  très  beau  noir.  » 
La  chair  du  Guêpier  n’est  plus  employée  depuis  long¬ 
temps  pour  ces  singuliers  usages. 

Albert  Granger. 


MÉMOIRE  DE  LA  SOCIÉTÉ  ZOOLOGIQUE  DE  FRANCE 


4e  année  nos  1  et  2  1891. 

Voyage  do  la  Mélita.  M.  Chevreux  a  effectué,  du  6  novembre 
,889  au  9  mai  1890,  à  bord  de  sou  yacht  la  Mélita,  des  recher¬ 
ches  zoologiques  aux  îles  Canaries  et  sur  les  côtes  du  Sénégal. 
Les  matériaux  recueillis  pendant  ces  recherches  ont  été  con¬ 
fiés  à  des  spécialistes  dont  quelques-uns  publient  leurs  études 
dans  le  fascicule  qui  nous  occupe.  —  M.  Chevreux  décrit  lui- 
mème  un  Amphipode  nouveau,  le  Podoprion  Bolivaiï,  type  d’un 
nouveau  genre.  Le  Podoprion  se  remarque  par  la  petite  main  pré¬ 
hensile  qui  lerminelapatte  de  la2a  paire;  il  a  été  capture  en  rade  de 
Vi^o,  il  20  mètres  de  profondeur  dans  une  petite  nasse  métallique 
amorcée  de  Poisson.  —  M.  Topsent-  étudie  les  Spongiaires. 
Ces  animaux,  comme  on  sait,  sont  peu  nombreux  sur  les  côtes 
du  Sénégal  et  les  espèces  recueillies  par  la  Mélita  ne  dépas¬ 
sent  par  le  nombre  de  15,  dont  six  des  Canaries.  Mais  ces  es¬ 
pèces  offrent  un  heureux  mélange  d’animaux  méditerranéens  et 
d’animaux  du  Nord  de  la  province  lusitanienne  ;  parmi  elles  se 
trouve  une  éponge  calcaire  ( Amphoriseus  flamma )  de  Bahia  et 
une  espèce  nouvelle  trouvée  sur  la  plage  de  Rufisque,  la 
Tedania  Chevreuxii  éponge  marine  jaunâtre,  pleine  mais 
creusée  de  larges  canaux.  —  Les  Mollusques  tcstaces,  étudiés 
par  M.  üautzenberg,  sont  beaucoup  plus  nombreux.  Réunis  à 
ceux  recueillis  aux  Canaries  par  le  regretté  abbe  Culliéret,  ils 
ne  fournissent  pas  moins  de  122  espèces  pour  les  Canaries  et 
do  177  pour  le  Sénégal.  Ces  Mollusques  presque  tous  ma¬ 
rins  se  composent  pour  les  deux  tiers  au  moins  de  Gastéro¬ 
podes.  Les  espèces  nouvelles  sont  au  nombre  de  quatre  :  une 
espèce  de  Bulle,  la  Cylichna  Grimaldii  recueillie  par  5  mètres 
do  profondeur  à  Dakar  ;  un  eulimidc  le  Niso  Chevreuxii  dra¬ 
gué  y  15  mètres  dans  la  baie  de  Corée  ;  un  Dentale  de  petite 
arille  (D.  senegalense)  et  une  nouvelle  venus  (K.  Chevreuxii) 
caractérisée  par  les- hautes  lamelles  concentriques  qui  ornent 
son  test.  Comme  de  coutume,  malheureusement,  la  Spirula 
Peronvi  n’a  été  trouvée  qu’à  l’état  de  coquille.  —  Campagnes 
du  yacht  Y  Hirondelle .  Deux  nouvelles  notes  préliminaires  sur 
les  "animaux  recueillis  pendant  les  campagnes  de  ce  yacht.  — 
Dans  la  première  M.  Th.  Studer  s’occupe  des  Alcyonacés  et 
Pennutulacés  et  signale  les  deux  nouveaux  genres  :  Schizophy- 
tum  et  Gyropliyllum.  Le  Schizophytum  echeriatum  se  présente 
sous  la  forme  d’une  «  tige  épaisse,  située  longitudinalement  qui 
donne  naissance,  à  une  certaine  hauteur,  à  des  polypes  tubuli- 
formes  non  rétractiles  »  qui  jouissent  do  la  propriété  curieuse 
de  se  multiplier  par  fissiparité.  Le  Gyrophyllum  Hirondellei,  au 
contraire,  est  une  sorte  de  Pennatule  dont  les  feuilles  peu  nom¬ 
breuses  sont  ondulées  et  contournées  sur  les  bords.  C’est  un 


splendide  organisme  rose  violacé  et  long  de  13  centimètres, 
dont  les  polypes  sont  pourpre  foncé  ;  il  a  été  dragué  au  large 
des  Açores,  par  1260  mètres  de  profondeur.  Les  Pennatu- 
lidés  sont  au  nombre  de  trois  dans  la  liste  de  M.  Sluder,  les 
alcyonacés  au  nombre  de  11  dont  8  nouveaux.  —  Dans  la  se¬ 
conde  note,  M.  Allnaud  s’occupe  des  Coléoptères  recueillis  aux 
Açores  par  M.  de  Guerne.  L’auteur  observe  que  la  forme  co- 
léoptérienne  des  Açores  est  à  peu  près  exclusivement  euro¬ 
péenne,  quelques  espèces  toutefois  venant  de  l’Amérique  du 
Sud  ou  des  autres  archipels  de  l’Atlantique.  Les  Cicindélidês 
ne  se  trouvent  pas  aux  Açores,  tandis  que  les  Calosomes,  y 
sont  très  bien  représentés.  M.  Alluaud  signale  dans  sa  liste  un 
Dytiscien  nouveau,  désignépar  M.  Régimbart  sous  le  nom  à'Hy- 
droporus  Guernei.  —  Travaux  divers.  —  M.Faurot  observe  que  le 
le  Cerianthus  membranaceus,  belle  Anémone  de  mer  de  nos  côtes, 
est  caractérisée  par  des  septa  de  quatre  grandeurs  différentes  qui 
se  répètent  régulièrement  do  manière  à  constituer  des  groupes 
de  quatr  e  (quatrosepta)  bien  distincts.  Il  insiste  sur  ccfaitcurieux 
pour  établir  que,  vraisemblablement,  le  Cérianthe  se  rapproche 
beaucoup  plus,  à  cet  égard,  des  Rugueux  éteints  que  des  Acti- 
niacés  vivants.  —  M.  Héron-Royer  signale  de  nouveaux  faits 
d’hybridation  chez  les  Batraciens  anoures,  animaux  qui  hybri¬ 
dent  très  facilement  sans  qu’on  sache  d’ailleurs  si  les  produits 
hybrides  sont  féconds.  Les  hybrides  obtenus  par  l’auteur  tien¬ 
nent  du  type  paternel  sauf  ceux  de  Bombinator  qui  tiennent 
plutôt  de  la  femelle.  —  M.  A.  Dubois  fait  une  revue  critique 
des  derniers  systèmes  ornithologiques  et  propose  une  nouvelle 
classification  pour  les  oiseaux.  Dans  cette  classification  l’au¬ 
teur,  qui  veut  tenir  compte  à  la  fois  de  tous  les  caractères 
essentiels,  externes  et  internes,  conserve  la  division  en  deux 
sous-classes  de  M.  Sundevall,  suivant  que  les  oiseaux 
naissent  nus  et  faibles  ( Gymnopodes )  ou  couverts  de  duvet 
(P lilopodes) .  Tous  les  ordres  sont  conservés,  mais  quelques- 
uns  sont  scindés;  les  Martinets  Engoulevents  et  Colibris  forment 
Tordre  des  Macrochères,  les  Calaos  et  les  Martins  Pêcheurs  celui 
des  Anisodactyles,  les  Syrrhaptes  et  les  Gangas  celui  des  Hété¬ 
roclites,  les  llérons  et  les  Flamants  celui  des  Hérodiens,  enfin 
les  Kamichés  celui  des  Palamédés.  ■ —  M.  Suchetet.  continue 
ses  recherches  sur  les  oiseaux,  hybrides  rencontrés  à  l’état  sau¬ 
vage.  Ayant  montré  dans  la  première  partie  de  son  travail  que 
l’hybridation  chez  les  Gallinacés  se  présente  seulement  dans 
trois  familles  des  Perdrix,  des  Faisans  et  des  Tétras, et  particuliè¬ 
rement  chez  ces  derniers,  il  passe  maintenant  en  revue  quelques 
autres  ordres.  Chez  les  Palmipèdes,  l’hybridation  ne  se  rencontre 
guère  que  dans  la  famille  des  Canards  où  les  espèces  qui  se 
mélangent  par  hybridation  sont  très  nombreuses  et  mémo 
entre  genres  (Anas  et  Fuligula).  Elle  est  très  rare  chez  les 
Echassiers  (Héron,  Hématopiens).  D’après  divers  essais  faits 
en  captivité  chez  les  oiseaux  l’auteur  conclut  ainsi  :  «  Par  ana¬ 
logie  il  y  a  lieu  de  croire  que  les  hybrides  sauvages  sont  inca¬ 
pables  de  se  reproduire  inter  se,  mais  accouplés  avec  des 
espèces  pures,  plusieurs  paraissent  jouir  de  la  fécondité. 
Dans  ce  cas,  les  jeunes  retournent  tôt  ou  tard  au  type  dont 
le  sang  domine.  »  Ce  résultat,  comme  on  sait,  n’est  point  par¬ 
ticulier  aux  oiseaux,  mais  paraît  se  produire  partout,  aussi 
bien  chez  les  animaux  que  chez  les  plantes  (1).  —  M.  Raphaël 
Blanchard  étudie,  dans  une  première  note,  les  Cestodes  des 
Primates  anthropoïdes.  Ces  Cestodes  appartiennent  au  genre 
nouveau  Bertia  et  sont  représentés  dans  le  Chimpanzé  par  le 
B.  Studeri  et  dans  l’Orang-Outang  parle  B.  Satyri.  Les  Bertia 
sont  des  Téniadés  marins,  du  groupe  des  Anoplocéphalidés  ;  ils 
ont  une  ressemblance  frappante  avec  les  Moniéziadés  herbivores 
mais  n’ont  aucune  analogie  directe  avec  les  Cestodes  parasites 
des  autres  singes,  pas  plus  qu’avec  ceux  de  l’Homme.  Cotte 
constatation,  dit  l’auteur,  peut  paraître  bizarre,  mais  il  ne 
faut  pas  oublier  que  l'Homme,  «  en  s’élevant  au  premier  rang 
de  l’animalité,  a  changé  progressivement  de  régime  alimentaire 
et,  d’exclusivement  frugivore,  est  devenu  omnivore  et  surtout 
carnivore  :  il  a  perdu  do  la  sorte  ses  anciens  helminthes,  pour 
en  prendre  de  nouveaux  » . 

E.-L.  Bouvier. 


(1)  Lire  l’exposé  intéressant  du  phénomène  d’hybridation 
dans  Edmond  Verrier,  Traité  de  zoologie  p.  291,  pour  les  ani¬ 
maux,  et  dans  Ph.  van  Ticghem,  Traité  de  botanique  p.  964, 
pour  les  plantes. 


LE  NATURALISTE 


277 


LE  DADI-GOGO  OU  BA1ANC0UNFA 

{Çerathanthera  Beaumelzi,  Heckel),  de  la  Côte  occidentale 
et  le 

ZERUMBET  AUTRANI  Heckel. 
du  Gabon-Congo. 


Le  Kousso  d’Abyssinie,  grand  arbre  de  la  partie  orien¬ 
tale  de  l’Afrique  chaude,  est  le  tænicide  en  vogue  dans 
cette  région  :  c’est  là  un  fait  universellement  connu. 
Mais  ce  qu’on  ignorait  jusqu’à  ces  derniers  temps,  c’est 
que  le  tænicide  abyssin,  dont  la  réputation  s’est  étendue 
jusqu’au  continent  européen,  a  son  rival,  ou  mieux  son 
pendant  dans  la  partie  Ouest  de  l’Afrique  tropicale. 
Tout  aussi  exposée  aux  atteintes  du  tænia  que  la  région 
orientale,  cette  zone  torride  est  largement  occupée  par 
ce  végétal  très  utile  qui  y  joue  un  rôle  comparable  à 
celui  du  Kousso  ( Brayera  anthelminlhica,  Kunth.).  Bien 
plus,  malgré  des  travaux  très  importants  sur  la  matière 
médicale  de  la  Sénégambie  dus  à  M.  C.  Sambuc,  on 
n’était  pas  fixé  sur  le  nom,  la  nature  et  la  situation  bota¬ 
nique  de  la  plante  qui  fournit  ce  tænifuge,  et  cependant 
elle  est  rêjjandue  largement  et  utilisée  à  divers  litres 
par  les  populations  nègres,  depuis  le  Sénégal  jusqu’à 
Sierra-Leone,  c’est-à-dire  sur  une  étendue  en  latitude 
qui  dépasse  7  degrés,  soit  environ  300  lieues  terrestres. 

J’ai  pu,  dans  ces  derniers  temps,  grâce  à  des  circons¬ 
tances  heureuses  et  au  concours  bienveillant  de  la  Com¬ 
pagnie  française  de  la  côte  occidentale  d’Afrique,  qui 
possède  de  nombreux  comptoirs  dans  ces  régions,  ar¬ 
river  à  connaître  cette  plante  étrange  qui  avait  échappé 
jusqu’ici  à  toute  détermination,  sans  doute  à  cause  des 
dispositions  toutes  spéciales  de  son  système  floral  qui 
font  que,  sur  son  sol  natal,  on  ne  lui  a  pas  trouvé  jus¬ 
qu’ici  de  fleurs  complètes  en  permettant  la  détermination, 
mais  seulement  des  fleurs  cleistogames.  J’ai  nommé  Ce - 
ratantliera  Beaumelzi  cette  espèce  nouvelle,  la  dédiant 
ainsi  au  célèbre  thérapeutiste  parisien  qui  l’a  déjà  étu¬ 
diée,  à  mon  instigation,  dans  ses  Nouvelles  médications. 
mais  sous  le  nom  provisoire  et  inexact  de  Phrynium 
Beaumetzi.  En  raison  de  son  large  emploi  en  Afrique  et 
des  singularités  que  présente  sa  floraison,  elle  mérite 
de  fixer  l’attention  des  botanistes.  C'est  un  exemple  rare 
de  plante  cleistogame  et  distopique.  J’ai  qualifié  ainsi 
(de  Si;  et  toko;,  deux  lieux)  le  très  petit  nombre  de 
plantes  connues  jusqu’ici,  qui  revêtent  un  mode  de  flo¬ 
raison  différent  ( cleistogamique  ou  normal),  suivant  la 
nature  et  le  climat  des  lieux  qu’elles  occupent.  Jusqu’à 
cette  heure,  on  ne  connaissait  pas,  que  je  sache,  de 
fleurs  cleistogames  parmi  les  Zingibéracées,  famille  à 
laquelle  appartient  sans  conteste  la  plante  qui  m’occupe. 
Quant  à  l’état  distopique  qu’elle  présente,  cette  condi¬ 
tion  fort  curieuse,  il  faut  le  dire,  n’est  guère  connue  que 
dans  trois  ou  quatre  espèces  de  plantes,  telles  que  Juncus 
buf'onius  de  Russie,  qui,  sous  l’influence  culturale,  cesse 
de  donner  des  fleurs  normales  parfaites  pour  ne  plus 
produire  que  des  fleurs  cleistogames.  Inversement, 
quelques  Viola  ne  produisent  pas  leurs  fleurs  cleisto¬ 
games,  qui  sont  la  règle  ordinaire  cependant,  dès  qu’elles 
croissent  dans  les  terres  basses  ou  dans  certaines  loca¬ 
lités.  J’ai  constaté  moi-même  que  le  Linaria  spuria  ne 
donne  pas  de  fleurs  souterraines  quand  on  le  fait  végéter 
dans  un  sol  gras  et  meuble  ;  de  même,  Pavonia  hastata, 
du  Brésil,  cultivée  au  jardin  botanique  de  Marseille,  n'a 
donné  que  des  fleurs  cleistogames  et  pas  du  tout  de 


I  fleurs  parfaites,  tandis  qu’elle  s’en  couvre  dans  sa  pa¬ 
trie.  Les  fleurs  cleistogames  seules  sont  fécondes  dans 
cette  espèce.  Voyons  donc  quelle  est  cette  structure 
florale  spéciale  au  Balancounfa  ou  Dadi-gogo  (2).  Voici 
d’abord  la  description  de  la  plante  telle  qu’elle  a  fleuri 
au  jardin  botanique  de  Marseille  (Voir  flg.  1.). 

Çerathanthera  Beanmetzi  Ed.  II  ki  Plan! 
surant  environ  0,30  de  haut,  issue  par  plusieurs  rejets  d’un 
rhizome  assez  volumineux  (fi g.  1).  Ovales  et  petites  au  bas  do 


chaque  axe  aérien  (a),  mais  augmentant  leurs  dimensions  au 
fur  et  à  mesure  qu’on  s’élève  vers  l’extrémité  florale,  les  feuilles 
mesurent  dans  leur  plus  grand  développement  do  10  à  13  cen¬ 
timètres  de  long  sur  3  à  5  centimètres  de  largo  (à).  Elles  sont 
fortement  acuminées,  d’un  beau  vert  velouté;  nervure  médiane 
très  sensible  à  la  face  inférieure;  nervures  secondaires  courbes 


(!)  Sur  les  fleurs  souterraines  de  Linaria  spuria  Mil! 
(Revue  scientifique  de  la  France  et  de  la  Belqique,  do  A.  Ciiar.l. 
T.  XXII,  1890). 

(2;  Cette  plante  porte  encore,  suivant  les  régions  où  elle  ha¬ 
bite,  les  noms  divers  de  Goqué,  Goyoferi,  Raticolon,  Cassion, 
Uialili,  Barolili,  Garaboubine,  Bachunkarieo,  Abolo  et  Paqué. 


278 


LE  NATURALISTE 


et  obliques  se  détachant  à  angles  très  aigus  de  la  côte  ou  ner¬ 
vure  médiane.  Surtout  à  l’état  jeune,  ces  feuilles  sont  bordées 
de  poils  nombreux,  uniccllulaires  ;  leur  gaine  est  fendue,  velue 
sur  les  bords,  et  notamment  au  point  de  jonction  de  cette  gaine 
avec  la  feuille,  où  il  existe  un  véritable  stipule  auriculé  (slip.). 

Inflorescence  terminale  en  épi  dense  dans  lequel  chaque 
fleur  est  enveloppée  d’une  bractée  verte  spathiforme.  Ces 
feuilles  transformées  sont  de  plus  en  plus  courtes  et  rappro¬ 
chées  les  unes  des  autres  à  mesure  qu’on  s’avance  de  la  base 
vers  le  sommet  de  l’inflorescence. 

Chaque  bractée  porte  à  son  aisselle  une  seule  ou  plusieurs 
feuilles  disposées  en  épis  secondaires. 

t  Les  fleurs  ont  un  calice  d’une  belle  couleur  jaune  orange  (fig.2). 
Chacune  d’elles  porte  sur  les  côtés  de  l’ovaire  une  petite  bractée 


Fig.  2.  —  Fleur  zygomorphe  entière  A  :  ov ,  ovaire  ;  br,  bractée 
qui  l’entoure;  se,  calice  externe;  si,  si',  si",  calice  interne;  syn, 
synème;  b,  fente  do  tube  synémique;  fi,  filet;  ét,  étamine.  — 
B,  fleur  après  la  chute  des  enveloppes  ;  ov,  ovaire  ;  se,  traces  du 
calice  ;  sto,  stylodes  ;  sty,  restes  du  stylo.  3/1 

Fig.  3.  —  Bouton  floral  de  la  fleur  zygomorphe  ;  ov,  ovaire; 
sta,  staminodes;  ét,  étamine  ;  si,  grand  sépale  interne.  5/1. 

Fig.  4.  —  Stigmate  de  la  fleur  zygomorphe  ;  sty,  portion  ter¬ 
minale  du  style;  stg,  cupule  stigmatique ;  ps,  papilles  stigma- 
tiques.  30/1. 

opposée  à  la  grande  bractée  spathiforme.  Le  calice  externe  qui 
enveloppe  l’ovaire  est  jaunâtre;  il  se  termine  supérieurement 
par  trois  dents  inégales.  Le  calice  interne  jaune  orange 
comme  tout  le  reste  de  la  fleur,  revêt  la  forme  d’un  tube  cylin¬ 
drique,  courbe  sur  la  plus  grande  portion  de  son  étendue,  et  se. 
termine  par  trois  sépales,  dont  un  postérieur  concave,  très 
développé,  inséré  supérieurement  sur  le  tube  (si)  calicinal,  et 
deux  antérieurs  allongés,  mais  plus  courts  que  le  sépale  posté¬ 
rieur,  plans  et  en  forme  de  lanières  aiguës  (si'  si"). 

La  rangée  extérieure  des  étamines  est  représentée  par  deux 
staminodes  externes  et  antérieurs  superposés  aux  sépales  in¬ 
ternes  antérieurs,  plus  longs  que  ceux-ci,  mais  de  forme  simi¬ 
laire  (sta).  La  rangée  d’étamines  internes  est  formée  :  1’  par 
un  synème  peu  développé,  pendant,  bilobé,  à  deux  lobes  égaux 
(syn),  dont  la  base  remonte  vers  la  partie  supérieure  de  la 
fleur  pour  se  souder  avec  l'étamine  unique,  de  sorte  que  l’ori¬ 
fice  du  tube  est  oblique  (/>);  2°  par  une  étamine  fertile  dont  le 
filet  étroit,  subulé,  très  allongé  (fi),  courbé  en  faucille,  cana- 
liculé,  se  termine  supérieurement  par  un  connectif  qui  porte 
l’anthère  très  développée,  en  déborde  les  loges  et  en  suit  les 
contours,  leur  formant  ainsi  un  cadre(fig.  5).  Ce  connectif  élargi, 
plan,  quadrilatère,  porte  à  chacun  de  ses  angles  (apc)  un  ap¬ 
pendice  calcariforme,  sinueux,  terminé  en  pointe.  Ces  quatre 
appendices,  dont  deux  sont  en  haut  et  doux  en  bas  de  l’an¬ 
thère,  enroulés  en  tire-bouchon,  se  développent  tardivement, 
car  il  n’en  existe  pas  de  trace  dans  le  bouton  floral  (lig.  3).  Celui-ci 
revêt  transitoirement  l’aspect  (s)  et,  présente  la  constitution  qui 
sont  définitifs  et  fixés  dans  les  fleurs  do  Catimbium . 


Le  style  filiforme  est  encastré  dans  le  filet  (fig.  4);  il  insinue  son 
sommet  entre  les  deux  loges  de  l’anthère  et  vient  s’épanouir  en 
un  stigmate  concave  (sty),  infundibuliforme,  dont  les  bords  et 
la  face  interne  sont  garnis  de  papilles  très  développées  (ps). 


Fig.  5.  —  Anthère  de  la  fleur  zygomorphe;  fi,  filet;  sty, 
style  ;  stg,  stigmate  infundibuliforme  ;  a,  loges  de  l’anthère  : 
e'pe,  expansion  du  connectif  en  un  cadre  ;  apc,  appendice  cal¬ 
cariforme  stamino-connectival.  30/1. 

L’ovaire  infère  est  à  une  seule  loge,  les  cloisons  qui  devaient 
former  les  trois  loges  normales  dans  cette  famille  ayant  avorté 
et  n’étant  plus  représentées  que  par  des  traces  attenantes  aux 
parois  internes  de  l’ovaire.  Les  ovules  ont  avorté  complète¬ 
ment,  à  l’exception  d’un  ou  de  deux  qui  subsistent  au  fond  de 
l’ovaire  :  l’un  d’eux,  en  se  développant  et  se  soudant  avec, 
forme  la  substance  du  bulbille.  L’ovaire  se  termine  supérieu¬ 
rement  par  les  dents  du  calice  externe  (se),  par  le  style  long  cl. 
subulé  (sty)  et  par  deux  stylodes  courts,  allongés,  étroits  ot 
sinueux  (sto).  Les  parois  de  l’ovaire  sont  recouvertes  de  poils 
dans  le  jeune  âge,  ils  tombent  de  bonne  heure,  et  leur  cellule 
basilaire  se  soulève  en  papilles  qui  recouvrent  plus  tard  le 
bulbille  (fig.  6). 

Cette  plante  a  fleuri  deux  années  de  suite  (1889  et  1890)  en 
serre  chaude  au  jardin  botanique  de  Marseille;  jusqu’ici,  elle 
n’a  pas  donné  de  fleurs  féconde  s. 

Dr  Ed.  Heckel. 

(A  suivre). 


DESCRIPTION  DE  LÉPIDOPTÈRES  XOEYEAEX 


Theages  Merula  n.  sp.  37  millimètres.  Supérieures  noires 
à  reflets  bruns  avec  les  nervures  d’un  noir  profond  et  deux 
ombres  noires  transversales  ;  l’une  plus  large,  centrale  ;  la  se¬ 
conde,  indécise,  dans  la  partie  extérieure  de  l’aile.  Inférieures 
à  centre  blanc,  semi-transparent,  bordées  de  noir,  plus  large¬ 
ment  à  l’apex  et  au  milieu  du  bord  terminal.  Dessous  des  supé¬ 
rieures  noir  pâle,  mat;  dessous  des  inférieures  comme  le 
dessus,  mais  de  teinte  plus  pâle.  Nervures  bien  indiquées  en 
noir  dans  les  quatre  ailes.  Franges  concolores.  Palpes,  corps, 
pattes  et  antennes  de  même  couleur  que  les  supérieures.  Un  o'’ 
pris  aux  environs  de  Loja,  1889. 

Hydrias  Globulus  n.  sp.  26  millimètres.  Supérieures  très 
arrondies  à  l'apex  et  à  l’angle  interne;  inférieures  également 
très  rondes.  Dessus  des  supérieures  gris  cendré;  une  ligne 
courbe  de  six  points  part  du  bord  interne  pour  se  perdre  vers 
le  milieu  de  l’aile,  les  doux  ou  trois  premiers  de  ces  points  sont 
blancs  et  bien  marqués,  les  autres  sont  à  peine  distincts.  Un 
point  noir  avant  l’apex.  Dessus  des  inférieures  gris  plus  pâle, 
uni.  Franges  grises  entrecoupées  de  teintes  plus  foncées.  Des¬ 
sous  des  quatre  ailes  gris  uni  avec  un  reflet  plus  foncé  à  la 
côte  des  supérieures.  Tète,  antennes,  corps  et  pattes  concolores 
avec  quelques  poils  blancs  au  collier,  au  thorax  et  aux  pattes. 
Un  et'  des  environs  de  Loja,  1890.  Collection  Druce,un  spéci¬ 
men  provenant  de  Sarayacu,  Équateur. 

ltrotis  Studios:»  n.  sp.  40  à  45  millimètres.  Supérieures 


pointues  à  l'apex  avec  le  bord  ten 


quatre  ailes  brun  lerri 
ochracées;  les  supér 


peu  ar 


•ondi. 


ivec  de  nombreuses  et  fines  strie? 

par  deux  lignes 


LE  NATURALISTE 


279 


•  tiers  de  l’aile,  très  ; 


l'apex 


presque  parallèle  au  bord  terminal.  Entr 
côte  est  teintée  de  ferrugineux  ligné  de  1 
taches  jaunes  sont  placées  en  dehors  de  la  ; 

dont  l’extrémité  est  également  jaune.  Les  inférieures  ont 
cellulaire  blanc  et  sont  traversées  par  une  ligne  ar- 
ondulée,  faisant  suite  à  la  seconde  des  supérieures. 
Dessous  des  supérieures  gris  strié  de  brun,  lavé  de  jaunâtre  à 
la  côte  avec  une  très  large  bande  terminale  brun  ferrugineux 
et  un  point  cellulaire.  Dessous  des  inférieures  jaune  ochrc  strié 
de  brun,  avec  un  point  cellulaire  à  centre  blanc  et  une  ligne 
médiane  brune.  Franges  brunes.  Cinq  o”  des  environs  de 
Loja,  1890. 

Ypsipctes  Simulator  n.  sp.  38- millimètres.  Dessus  des 
supérieures  brun  vineux,  plus  clair  dans  la  partie  supérieure  de 
l’aile  et  marqué  de  différentes  taches  brun  très  foncé,  savoir  : 
une  grosso  tache  extra-basilaire  en  forme  de  triangle  mal  formé 
et  dont  la  base  touche  au  bord  interne,  une  tache  cellulaire 
plus  petite  formant  croissant,  trois  points  le  long  de  la  côte, 
puis  enfin,  au  delà  de  la  cellule,  une  série  transversale  de 
taches  dont  les  trois  premières  partant  de  la  côte  se  tiennent, 
celles-ci  sont  suivies  de  deux  plus  petites,  détachées,  et,  enfin, 
de  trois  autres  en  forme  de  coins,  également  détachées  et  dont 
la  dernière  n’atteint  pas  le  bord  interne.  Franges  brun  vineux. 
Dessus  des  inférieures  gris  cendré  uni.  Franges  gris  blond. 
Dessous  des  supérieures  gris,  la  côte  d’un  rose  vineux  est  mar¬ 
quée  de  points  noirs  et  d’une  tache  jaunâtre  à  l’apex.  Dessous 
des  inférieures  rose  vineux  très  largement  bordé  de  brun  noir 
et  traversé  de  deux  lignes  brunes,  la  secor 
guée.  Il  est  probable  que  cette  espèc 

pécnnes.  varie  beaucoup.  Un  spécimen  des  environs 
LOj“’  1890-  P.  Dognin. 


BISON  D'EUROPE 


L’animal,  que  nous  prenons  pour  sujet  du  présent 
article,  mérite  attention  à  plus  d’un  titre.  L’étude  de  sa 
vie  et  de  ses  mœurs  est  pleine  d’intérêt.  Mais  ce  qu’il  y 
a  de  plus  intéressant  encore,  au  point  de  vue  scienti¬ 
fique,  c’est  l’historique  du  Bison.  S’il  est  un  animal  qui 
a  embarrassé  les  savants,  les  anciens  aussi  bien  que  les 
modernes,  c’est,  à  n’en  pas  douter,  celui  qui  nous 
occupe.  Ce  n’est  pas  que  les  naturalistes  ne  s’en  soient 
pas  suffisamment  occupés;  bien  au  contraire  :  tout  ce 
qu’il  y  a  d’élite  dans  le  monde  des  zoologistes,  à  com¬ 
mencer  par  Aristote  jusqu’aux  Pallas  et  Cuvier,  n'est  pas 
sans  avoir  touché  à  cette  question.  C’était  à  qui  créerait 
des  espèces  et  des  genres  avec  des  noms  aussi  caracté¬ 
ristiques  que  pittoresques. 

Nos  lecteurs  ont  déjà  eu  l’occasion,  l’an  dernier,  si  la 
mémoire  ne  nous  fait  défaut,  d'apprendre  certaines  con¬ 
sidérations  importantes,  en  ce  qui  concerne  le  Bison 
d’Amérique.  Nous  allons  leur  donner  quelques  aperçus 
intéressants,  en  ce  qui  regarde  l’histoire,  la  vie  et  les 
mœurs,  de  même  que  la  chasse  de  son  congénère  d’Eu¬ 
rope.  Et  pour  faciliter  cette  étude,  nous  la  diviserons  en 
trois  parties  distinctes  :  L'historique,  l’animal  en  tant 
qu’ espèce,  sa  vie  et  ses  mœurs  et  la  chasse. 

Occupons-nous  donc,  pour  le  moment,  de  tout  ce  qui 
a  trait  à  l’histoire  de  ce  bœuf  géant  dont  est  si  fier,  et  à 
bon  droit,  ce  grand  pays  de  Russie. 

Déjà  Aristote,  en  faisant  mention  des  bœufs,  cite,  en 
regard  des  bœufs  communs,  et  donne  une  description 
assez  détaillée  d’un  bœuf  sauvage  de  Paconie  (province 
voisine  de  la  Macédonie),  qu’il  appelle  bonasus.  A  propos 
de  ce  dernier,  Buffon,  qui  est  peut-être  le  plus  compé¬ 
tent  en  la  matière,  fait  remarquer  que,  en  tenant  compte 
de  ce  fait  qu’Aristote,  en  parlant  des  bœufs  sauvages  du 


climat  tempéré,  n’a  indiqué  que  le  bonasus,  et  qu’au 
contraire,  les  Grecs  et  les  Latins  des  siècles  suivants 
n’ont  plus  parlé  du  bonasus,  mais  ont  désigné  ces  bœufs 
sauvages  sous  les  noms  d ’urus  et  de  bison,  l’on  sera 
porté  à  croire  que  le  bonasus  d’Aristote  doit  être  l’un  ou 
l’autre  de  ces  animaux  précités.  C’est  Jules  César  qui  a 
parlé,  le  premier,  de  Vurus.  Pline  et  Pausanias  sont,  de 
leur  côté,  aussi  les  premiers  qui  aient  avancé  la  déno¬ 
mination  de  bison.  A  partir  de  ce  moment,  la  confusion 
des  noms  n’a  fait  qu’augmenter  avec  le  temps;  c’est 
ainsi  qu’on  a  ajouté  le  thur  bubalus  de  Belon,  etc.  Ce 
qu’il  y  a  de  particulier,  c’est  qu’on  a  fait  autant  d’espèces 
qu'il  y  avait  de  noms  de  créés. 

D’où  viennent  les  dénominations  bison  et  urus  ? 

Buffon  et  ses  adeptes  admettent,  à  cet  égard,  qu’autre- 
fois  on  a  trouvé,  dans  les  parties  désertes  de  l’Europe, 
des  bœufs  sauvages,  les  uns  sans  bosse  et  les  autres 
avec  une  bosse.  Les  premiers  ont  reçu  le  nom  de  vrochs 
et  turochs,  dans  la  langue  des  Germains,  tandis  que  le 
nom  de  visen  a  été  donné  aux  bœufs  sauvages  à  bosse, 
dans  la  même  langue.  Les  Romains,  qui  ne  connaissaient 
ni  l’un  ni  l’autre  de  ces  bœufs  sauvages,  auront  adopté 
les  noms  qui  suivent  :  de  vrochs,  ils  ont  fait  urus  et  de 
visen,  bison. 

Telle  est  l’origine  des  deux  dénominations  urus  et  bison; 
ce  qui  nous  importe  peu  en  la  conjoncture.  Toute  la 
question  n’est  que  de  savoir  si,  oui  ou  non,  les  deux 
bœufs  sauvages  qui  portent  respectivement  les  noms 
précités,  ont  existé  simultanément.  Ici  les  opinions  se 
partagent.  D’une  part,  déjà  Pallas,  il  y  a  plus  de 
100  ans,  est  arrivé  à  cette  conclusion  que  Unis  et  Bison  ne 
sont  autre  chose  que  deux  dénominations  d’un  même 
bœuf;  de  plus,  que  l’animal  décrit  par  Herberstein  sous 
le  nom  de  Tur  n’est  qu’un  représentant  d’une  race  intro¬ 
duite  de  bœuf  sauvage.  Cette  dernière  hypothèse  a  été 
réfutée,  d’autre  part,  par  Cuvier,  qui  a  fourni  quelques 
indications  plaidant  en  faveur  de  l’existence  de  deux 
espèces  de  bœufs  sauvages,  et  estarrivéà  une  conclusion 
opposée,  à  savoir  que  le  Tur  doit  être  envisagé  comme 
un  grand  bœuf,  dont  les  restes  étaient  retrouvés  dans 
les  nouvelles  couches  terrestres  de  l’Europe.  On  sait,  au 
surplus,  que,  d’après  les  mêmes  débris,  Bojanus  établit 
une  espèce  à  part,  Bos  primigenius. 

L’opinion  de  Cuvier  a  été  partagée  par  beaucoup  de 
zoologistes  bien  connus,  tels  que  Brincken,  V.  Bayer, 
Hermann,  Mayer,  etc.,  qui  ont  tous  repris  la  question  et, 
grâce  à  leurs  recherches  personnelles,  sont  arrivés  à  un 
avis  contraire  de  celui  de  Pallas.  D’aucuns,  comme  Owen, 
Pictet,  Rutimeyer  se  sont  prononcés  purement  et  sim¬ 
plement  pour  l’hypothèse  de  Cuvier. 

11  est  à  remarquer  que  la  manière  de  voir  de  Pallas, 
pour  ne  pas  être  la  vraie,  n’en  est  point  restée  sans 
qu’elle  eût  trouvé  des  partisans.  Bojanus,  Pusch,  Ada- 
movitch  sont  du  nombre  de  ceux-ci.  Ils  admettent,  à 
l’unanimité,  comme  nous  l’avons  dit  plus  haut,  que  dans 
les  temps  historiques,  aussi  bien  en  Pologne  qu’en  toute 
l’Europe,  il  n’a  existé  qu’une  seule  espèce  de  bœuf  sau¬ 
vage  qui  continue  à  vivre,  à  l’heure  qu’il  est,  dans  la 
forêt  de  Bialovizca  et  au  Caucase. 

Notre  étude  historique  du  Bison  serait  incomplète  si 
nous  passions  sous  silence  quelques  considérations  plus 
ou  moins  importantes  au  point  de  vue  paléontologique 
d’un  des  adeptes  les  plus  ardents  de  Cuvier,  en  ce  qui 
concerne  l’animal  en  question.  Nous  voulons  parler  de 
von  Rutimeyer.  D'apres  ce  dernier  auteur,  eu  égard  à  ses 


LE  NATURALISTE 


magnifiques  recherches,  dans  les  temps  préhistoriques, 
à  côté  du  Bison  habitaient  quatre  espèces  différentes  de 
bœufs,  à  savoir  •  Bos  primigenius,  B  os  trachoceros,  Bos 
frontosus  et  Bos  brachyceros.  Von  Rutimeyer  admet  que  la 
première,  c’est-à-dire  Bos  primigenius,  est  descendue  dans 
les  couches  plus  anciennes  et  ses  restes  appartiennent, 
pour  la  plupart,  aux  animaux  sauvages.  Pour  ce  qui  est 
du  Bos  trachoceros,  il  représente  l’exemplaire  féminin  du 
précédent,  à  l’état  sauvage.  Quant  au  Bos  frontosus,  le 
savant  auteur  est  enclin  à  croire  qu’il  provient  d’une  race 
produite  artificiellement,  par  élevage.  En  ce  qui  regarde 
la  quatrième 


iî  <y a  Osfi'isS 


brachycero  s, 
von  Rutime¬ 
yer  n’en  a  pas 
compris  la 
signification: 
tantôt  il  la 
con  sidère 
comme  une 
race  appri¬ 
voisée  des¬ 
cendant  du 
Bos  primi¬ 
genius,  tantôt 
comme  une 
espèce  indé 
pendante. 

Plus  tard,  von 
Wilkens  a 
décrit  un  fos¬ 
sile  de  bœuf 
sous  le  nom 
de  Brachyce- 
phalus  de  Lai- 
bâcher  Moor. 

Il  admet  aus¬ 
si  que,  dans 
les  temps  pré¬ 
historiques  , 
on  ne  con- 
t  guè- 
în  Euro- 
pie  deux 
de 

bœufs  sauva¬ 
ges,  à  savoir  : 

Bos  primige¬ 
nius  à  lon¬ 
gues  cornes 
et  Bos  brachyceros  à  cornes  courtes. 

De  son  côté,  l’envoyé  autrichien  Herberstein  parle 
également  de  deux  bœufs  sauvages  et  en  donne  les 
dessins  caractéristiques  avec  les  noms  des  animaux, 
comme  on  peut  le  voir  ci-contre.  Sur  la  figure  qui 
représente  un  animal  ressemblant  au  bœuf  ordinaire 
sont  les  mots  suivants  :  Unis  sum,  Polonis  Tur,  Germants 
Auroch  :  ignari  bisontis  nomen  dederant  (Je  suis  l’urus,que 
les  Polonais  nomment  tur,  les  Allemands  auroch,  le  vul¬ 
gaire  bison).  Quant  à  la  seconde  figure  où  l’on  ne  peut 
méconnaître  le  bison,  elle  possède  une  inscription  qui 
suit  Bisons  sum.  Polonis  suber,  Germanis  bisont  :  ignari 
uri  nomen  dederant  (.le  sui“  le  bison  que  les  Polonais 
appellent  suber,  les  Allemands  veysent  et  le  vulgaire 


urochs ).  En  outre,  le  savant  polonais  August  Wrzêsniowski 
fait  remarquer  que  les  données  de  Herberstein  concor¬ 
dent  avec  les  résultats  paléontologiques  et  est  d’avis 
que,  tout  au  moins  jusqu’au  xvi«  siècle,  il  existait  deux 
espèces  de  bœufs  sauvages  :  le  Tur  et  le  Z ubr. 

Il  en  résulte  donc  que  la  manière  de  voir  de  Cuvier  et 
consorts  en  la  matière  ne  saurait  plus  être  contestée,  et 
ja  plupart  des  zoologistes,  d’ailleurs,  s’accordent  à  envi¬ 
sager  ce  point  si  agité  de  la  question  comme  de  ne  plus 
être  dénaturé  à  soulever  des  débats. 

Ceci  étant  établi,  il  n’est  pas  sans  intérêt  de  men¬ 
tionner  quel¬ 
ques  fai  tshis- 
loriques,  en 
ce  qui  con¬ 
cerne  la  vie 
intime  du 
Tuf  et  du 
Zubr.Ces  der¬ 
nières  consi¬ 
dérations  ue 
pourront  , 
comme  on  va 
le  voir  plus 
loin,  que  con¬ 
firmer  davan¬ 
tage  l’opi¬ 
nion  de  Cu¬ 
vier  et,  de  ce 
chef,  réfuter 
celle  de  son 
adversaire 
Pallas.  C'est 
le  savant  na- 
turaliste 
Schneeberger 
qui  va  nous 
fournir  ces 
faits  instruc¬ 
tifs  en  l’es¬ 
pèce. 

Tandis  que 
le  Tur  se  plaît 
à  fréquenter 
les  champs 
de  blé  et  de 
seigle  et  à  en 
dépouiller  la 
récolte,  a- 
lors  qu’il  pro¬ 
duit  volon- 
Zubr,  au  con- 


Le  bison,  reproduction  de  vieilles  gravures  de  Herberstein 

tiers  avec  les  vaches  apprivoisée: 

traire,  encore  qu'il  consomme  en  captivité  de  1  a  - 
voine,  fuit  les  champs  de  blé  ;  en  outre,  aucun  accou¬ 
plement  des  bisonnes  sauvages  avec  les  taureaux  appri¬ 
voisés  n’est  à  constater;  de  plus,  il  y  a  même  une  sorte 
de  haine  réciproque  entre  ces  deux  espèces. 

D’autre  part,  Bonas,  tout  en  admettant  l’existence  de 
deux  espèces  de  bœufs  sauvages  :  le  Tur  et  le  Zubr,  ne 
leur  en  voit  pas  moins  une  parenté,  en  ce  sens  qu  il 
serait  porté  à  croire  que  le  Tur  serait  le  résultat  de  la 
production  d’un  taureau  de  bison  avec  une  vache  appri¬ 
voisée.  A  propos  de  celte  dernière  remarque,  Wrzes- 
niowski  fait  observer  que  rien  n’est  venu  jusqu’à  pré¬ 
sent  confirmer  le  dire  de  Bonas  et  qu’il  n’est  pas  certain 


LE  NATURALISTE 


281 


que  les  petits  résultant  de  ce  croisement  soient  capables 
de  vivre  et  de  reproduire. 

Une  autre  indication  historique,  non  moins  intéres¬ 
sante,  et  qui  mérite,  à  ce  titre,  d’être  relatée.  Nous  la 
tenons  du  savant  polonais  Bobrowski. 

En  1846,  dans  la  pouclitcha  (forêt)  Bielowesca  furent 
pris  trois  paires  de  jeunes  bisons.  Un  de  ces  couples  fut 
employé  pour  les  recherches  de  nature  à  expliquer  l’ori¬ 
gine  de  domesticité  des  animaux.  Pour  ce  qui  est  des 
autres,  voici  ce  qu’on  constata.  Les  veaux  de  deux  mois 
tétaient  sans  difficulté  et  préféraient  les  vaches  dont  la 
couleur  ressemblait  à  la  leur.  Les  plus  âgés  (cinq  mois) 
ne  voulaient  téter  en  aucune  façon  et  on  était  obligé  de 
leur  donner  à  boire  du  lait  qui  venait  d’être  trait.  De 
plus,  un  animal  de  quinze  mois  avait  commencé  à 
brouter  de  l’avoine,  du  foin,  de  l’écorce  et  des  feuilles 
d’arbre.  Au  bout  de  peu  de  temps,  Jes  veaux  du  Bison, 
excepté  celui  de  quinze  mois,  étaient  devenus  appri¬ 
voisés  au  point  de  pouvoir  les  laisser  en  liberté,  sans 
aucune  surveillance,  dans  une  cour  soigneusement 
entourée  d'une  haie.  Plus  tard,  on  les  laissait  jouer  dans 
la  même  cour,  avec  des  veaux  apprivoisés  et,  chose 
remarquable,  les  jeunes  Bisons  faisaient  très  bon 
ménage  avec  les  apprivoisés.  Avec  le  temps,  il  s’est 
même  établi  une  amitié  entre  les  voisins,  à  tel  point 
qu’ils  ne  se  séparaient  plus.  Chaque  veau  de  Bison  avait 
à  sa  disposition  deux  vaches  pour  se  nourrir,  attendu 
qu’une  seule  ne  lui  fournissait  pas  assez  de  lait.  Il  est 
à  remarquer  que,  en  comparaison  des  veaux  de  Bison, 
qu’on  avait  laissés  à  l’état  sauvage,  ceux  qu’on  apprivoi¬ 
sait  se  portaient  à  merveille  :  ils  engraissaient  de  jour 
en  jour  et  leur  physique,  en  un  mot,  ne  laissait  rien  à 
désirer. 

On  n’a  pas  oublié  la  première  paire  qui  devait  être 
l’objet  d’étude  au  point  de  vue  du  croisement  avec  le 
bétail.  C’est  Wieliski,  propriétaire  du  gouvernement  de 
Grodno  (Lithuanie),  qui  en  avait  été  chargé.  Ce  dernier  a 
pu  constater  que,  après  plusieurs  accouplements,  la 
vache  était  devenue  grosse  et  n’avait  pas  lardé  à  mettre 
bas.  Ensuite  le  taureau  père  a  été  mis  à  même  de  saillir 
deux  vaches  apprivoisées.  L’une  a  livré  un  veau  femelle, 
l’autre,  au  contraire,  un  taureau.  Les  deux  se  sont  fait 
remarquer  par  leur  garrot  élevé,  tout  comme  chez  les 
bisonnes.  En  outre,  la  vache  était  très  sauvage,  si  bien 
qu’elle  attaquait  quiconque  s’approchait  d’elle,  sauf  son 
surveillant.  Le  veau  mâle,  au  contraire,  avait  l’air  très 
apprivoisé.  Toutefois,  après  la  mort  de  sa  compagne,  il 
est  devenu  si  méchant  et  si  irascible,  qu’on  s’est  vu 
obligé  de  l’attacher.  M.  Wieliski,  en  vue  de  pousser  ses 
investigations  plus  loin,  a  permis  à  ce  bâtard  (métis)  de 
saillir  une  vache  apprivoisée,  et  il  en  est  résulté  un 
veau  femelle  qui  se  distinguait  fort  peu  des  veaux  appri¬ 
voisés,  quant  à  son  habitus. 

Tels  sont  les  quelques  faits  intéressants  ayant  trait  au 
croisement  des  bisons  avec  le  bétail  domestique.  Qui¬ 
conque  veut  avoir  les  plus  amples  détails  à  ce  sujet  ne 
saurait  mieux  faire  que  de  consulter  Bobrowski  les 
Matériaux  pour  la  géographie  et  la  statistique  de  la  Russie. 
Gouvernement  de  Grodno,  1863,  Bd.  1,  p.  436. 

Pour  en  revenir  aux  dénominations  du  Bison  d’Eu¬ 
rope,  remarquons,  avec  Wzésniowski,  que  Tur  (unis, 
auroch)  et  Zubr  (bison)  étaient  souvent  échangés  les  uns 
pour  les  autres  et  qu’il  faut  tenir  pour  certain  que  ces 
deux  noms  étaient  destinés  à  qualifier  deux  espèces  dif¬ 
férentes  de  bœufs  sauvages. 


A  présent  que  nous  sommes  plus  ou  moins  fixés  sur 
le  Bison  d’Europe,  la  question  qui  se  posera  sera  de 
savoir  s’il  y  a  rapport  entre  le  Bison  d’Amérique  et 
«■lui  d’Europe.  Sont-ce  deux  animaux  de  la  même  espèce 
ou  de  la  même  race?  A  ce  compte,  nous  ne  saurions 
mieux  faire  que  de  citer  le  remarquable  passage  de 
Buffon  : 

«  Les  bisons  d'Amérique  pourraient  bien  venir  origi¬ 
nairement  des  bisons  d’Europe.  Les  expériences  faites 
par  M.  de  La  Nux  ont  montré  que  les  bisons  ou  bœufs  à 
bosse  des  Indes  et  de  l’Afrique  produisent  avec  les  tau¬ 
reaux  et  vaches  de  l’Europe,  et  que  la  bosse  n’est  qu’un 
caractère  accidentel  qui  diminue  à  la  première  généra¬ 
tion  et  disparaît  à  la  seconde  ou  à  la  troisième.  Puisque 
les  bisons  des  Indes  sont  de  la  même  espèce  que  nos 
bœufs  et  ont,  par  conséquent,  une  même  origine,  n’est-il 
pas  naturel  d’étendre  celte  même  origine  au  bison 
d’Amérique? 

«  Les  anciens  ont  dit  que  les  bisons  se  trouvaient  dans 
la  partie  de  la  Germanie  voisine  de  la  Scythie;  actuel¬ 
lement,  on  trouve  encore  des  bisons  dans  le  nord  de 
l’Allemagne,  en  Pologne,  en  Écosse  ;  ils  ont  donc  pu 
passer  en  Amérique  ou  en  venir  comme  les  autres  ani¬ 
maux  qui  sont  communs  aux  deux  continents;  la  seule 
différence  qui  existe  entre  les  bisons  d’Europe  et  ceux 
d’Amérique,  c’est  que  ces  derniers  sont  plus  petits;  mais 
cette  différence  même  est  une  nouvelle  présomption 
qu’ils  sont  de  la  même  espèce,  car  nous  avons  vu  que 
les  animaux  domestiques  ou  sauvages  qui  ont  passé 
d’eux-mêmes  ou  qui  ont  été  transportés  en  Amérique,  y 
sont  tous  devenus  plus  petits  ;  d’ailleurs  tous  les  carac¬ 
tères,  jusqu’à  ceux  de  la  bosse  et  de  longs  poils  aux 
parties  antérieures,  sont  absolument  les  mêmes  dans  les 
bisons  de  l’Amérique  et  dans  ceux  de  l’Europe,  aussi 
nous  ne  pouvons  nous  refuser  à  les  regarder  non  seule¬ 
ment  comme  des  animaux  de  la  même  espèce,  mais 
encore  de  la  même  race.  » 

Il  est  toutefois  à  remarquer  que  tel  n’est  point  l’avis  de 
M.  Brehm  sur  ce  point. 

J.  Gutman. 


Aristote.  Hisloria  animalium. 

Pallas.  Description  du  bœuf  à  queue  à  cheval,  précédée 
d'observations  générales  sur  les  espèces  sauvages  du  gros  bétail. 
Acta  Academire  Scicnliarum  Impcrialis  Pctropolitanæ  1377. 
Pars  posterior,  p.  233. 

Cuvier.  Recherches  sur  les  ossements  fossiles.  4e  édition. 


Paris,  1833.  Tome  VI,  p.  22S-238. 

V.  Brinlten.  Mémoire  descriptif  de  la  forêt  impériale  de  Bia- 
lovisca,  Varsovie,  1828,  p.  03. 

V.  Bauer.  Nachmaligc  Untersuchung  der  F  rage  ob  in 
Europa  in  historischcn  Zeit  zwei  Arien  von  vilden  Sticrcn 
leben  (Bulletin  scientifique  de  l’Académie  lmpér.  des  Sc.  de 
Saint-Pétersbourg,  Tome  IV,  1838,  p.  113-128). 

yer.  Untersuchungen  der  Thiorrcste  ausden  Pfahlbau- 
,  p.  01.  Ucber  die  Art  und  Ræi  der  sahmen  euro- 
Rindes  (Archiv  für  Antropologio.  Bd.  I,  p.  221.) 
Bojanus.  De  uro  nostratc  cjusque  sœlato  commentatio. 
Nova  Acia  M.  Phys.  Acad.  C;os.  Lcop.  Bd.  XIII,  Iheil.  2, 


But. 
ton,  l: 


1827,  p.  121-422. 

V.  Wilkens.  Uebcr  die  Schædelknochen  des  Rindcs  aus  dem 
Pfaubbau  des  haibacher  Moorcs  Mitlhcilungcn  der  Antropolo- 
gischen  Gesellschaft  in  Wicn,  1877,  Bd.  VII,  n°*7,  8,  p.  165-173. 


LE  NATURALISTE 


Mœurs  et  Métamorphoses  du  CORÆBUS  amethystinus. 

ÜLIV. 

Coléoptère ,  de  la  famille  des  Buprestides. 


Larve.  —  Longueur  T  à  9  millimètres;  largeur  2  millimètres. 
Corps  blanc  mat,  subcylindrique,  fortement  chagriné,  avec 
pubescence  très  légère  ;  tète  et  extrémité  caudale  noir  ferrugi¬ 
neux. 

Tète  petite,  en  partie  enchâssée  dans  le  premier  segment 
thoracique,  jaunâtre  sale  à  sa  région  postérieure,  rougeâtre  sur 
le  front,  avec  fine  ligne  médiane,  du  fond  de  laquelle  partent 
deux  autres  lignes  en  forme  de  Y  ;  au  point  de  jonction  des 
trois  lignes  sont  quatre  petits  traits  caractéristiques  en  forme 
de  virgule;  épistome  subconvexe,  transverse,  noir  ferrugineux, 
avec  trait  flave  médian  se  prolongeant  sur  le  labre  qui  est  petit, 
semi-discoïdal,  brun  ferrugineux,  fortement  cilié  au  bord  anté¬ 
rieur;  mandibules  triangulaires,  noires,  cornées,  bidentées  à 
l’extrémité,  avec  forte  échancrure  à  leur  milieu  intérieur  ; 
mâchoires  à  lobe  subarrondi,  légèrement  pubescent  avec  palpes 
maxillaires  de  deux  articles,  flaves,  pubescents,  très  courts,  mo- 
niliformes  ;  menton  formant  corps  avec  les  palpes  labiaux  qui 
sont  petits,  Inarticulés  noirs,  et  avec  la  languette  qui  est  large, 
noirâtre,  pubescente  au  bout  et  en  forme  do  palette  arrondie; 
antennes  très  courtes,  subferrugineuses,  moniliformes,  de  trois 
articles,  peut  être  de  quatre,  le  dernier  terminé  par  une  longue 
soie  rousse;  ocelles  :  en  arrière  de  la  base  antennaire  sont 
deux  points  cornés,  noirs,  que  l’on  pourrait  prendre  pour  des 
ocelles. 

Segments  thoraciques  blanc  sale,  fortement  chagrinés  avec 
de  très  petites  soies  clairsemées;  premier  segment  convexe, 
fortement  renflé,  une  fois  plus  large  que  la  tête,  parcouru  dans 
son  milieu  par  une  ligne  plus  large  en  arrière  qu’en  avant, 
teintée  de  brun  à  ses  bords;  deuxième  et  troisième  segments 
moitié  moins  larges  que  le  premier  et  pas  plus  longs  que  ce 
dernier,  à  eux  deux  réunis. 

Segments  abdominaux  :  Comme  les  deux  derniers  segments 
thoraciques;  les  huit  premiers  sont  transverses,  blanc  mat, 
avec  très  légère  pubescence,  à  peu  près  égaux  comme  forme 
et  comme  dimension,  avec  ligne  médiane  peu  accentuée:  neu¬ 
vième  segment  plus  large,  plus  pubescent,  subdéprime  avec 
rebord  latéral  antérieur  arrondi  et  très  développé,  terminé  par 
un  appendice  bifide,  fortement  denté  à  son  milieu  intérieur,  à 
pointe  obtuse,  à  bord  intérieur  verruqueux;  un  peu  en  arrière 
de  ces  appendices  est  l’anus  dont  la  fente  est  longitudinale. 

Dessous  :  La  tête  en  dessous  est  d’un  brun  ferrugineux  avec 
trait  noir  près  du  bord  latéral;  premier  segment  thoracique 
grand,  blanc  sale,  fortement  boursouflé,  légèrement  concave  à 
son  milieu,  qui  est  longitudinalement  parcouru  par  une  ligne 
bien  marquée,  tous  les  autres  segments  sont  aussi  d’un  blanc 
sale,  légèrement  chagrinés  avec  fortes  boursouflures  :  une  forte 
impression  latérale  provoque  un  bourrelet  de  séparation  de  la 
région  dorsale  à  la  région  ventrale,  excepté  au  douzième  ar¬ 
ceau  où  il  est  moindre  ;  bourrelet  qui  a  pour  particularité  de 
faire  progresser  la  larve  dans  son  réduit. 

Pattes  nulles,  granules  et  boursouflures  les  remplacent. 
Stigmates  semi-elliptiques,  flaves  à  péritrème  roux,  le  pre¬ 
mier,  le  plus  gros,  est  placé  au  tiers  antérieur  du  deuxième 
segment  thoracique  et  au-dessous  du  rebord  latéral  ;  les  huit 
autres  un  peu  au-dessus  de  ce  rebord  et  au  tiers  antérieur  des 
huit  premiers  arceaux  abdominaux. 

Issue  d’œufs  pondus  aux  premiers  beaux  jours  du  printemps, 
cette  larve  très  lente  dans  ses  mouvements,  chemine  en  ron¬ 
geant  la  partie  médullaire  de  la  tige  de  la  plante  nourricière, 
le  Carlina  vulgaris,  Linné,  et  en  comblant  de  ses  propres  débris 
les  points  de  la  galerie  qu’elle  quitte;  l’accouplement  a  lieu 
sur  la  plante  même,  l’œuf  est  déposé  au  tiers  supérieur  de  la 
tige,  le  cheminement  se  fait  en  descendant.  Quelquefois  la  larve 
plonge  jusque  dans  l’intérieur  de  la  racine,  d’autres  fois,  elle 
s’arrête  au  collet,  le  plus  souvent  elle  atteint  son  complet  dé¬ 
veloppement  un  peu  avant  d’arriver  à  la  racine  ;  chaque  tige 
ne  nourrit  qu’une  seule  larve,  il  arrive  cependant  le  cas  où 
deux  larves  se  trouvent  réunies  dans  une  même  tige  sans  tou¬ 
tefois  qu’elles  se  confondent  dans  leur  travail  de  cheminement; 
les  racines  peuvent  aussi  ètro  habitées  par  une  ou  par  deux 
larves;  dans  ce  dernier  cas,  chacune  opère  dans  sa  galerie 
propre. 

Parvenue  au  terme  de  son  existence  larvaire,  ce  qui  a  lieu 
à  la  fin  de  l’été,  elle  se  façonne  une  loge,  dont  les  deux  parois 


extrêmes  sont  obstruées  par  de  légères  fibres  de  bois,  puis 
elle  se  retourne,  prépare  en  l’évasant  lejtrou  par  lequel  l’adulte 
s’échappera;  à  l’abri  ainsi  de  tout  accident,  elle  se  contracte 
et  aussitôt  commence  un  travail  d’élaboration  intérieure,  qui 
doit  la  conduire  à  la  phase  nymphale. 

Nymphe.  —  Longueur  6  millimètres,  largeur  2  millimètres. 

Corps  d’un  blanc  mat,  glabre,  lisse,  subcylindrique,  atténué 
aux  deux  extrémités,  un  peu  moins  à  l'extrémité  antérieure, 
qui  est  arrondie  et  rendue  proéminente  par  les  yeux  qui  sont 
très  saillants;  l’extrémité  anale  est  translucide  et  inerme.. 

La  nymphe  offre  l’image  de  l’adulte,  les  ailes  étant,  comme 
toujours,  à  l’état  rudimentaire. 

Le  corselet  ne  présente  pas  chez  la  nymphe  cette  forme  (pii 
est  de  nature  à  si  bien  caractériser  le  genre. 

La  phase  nymphale  dure  un  mois  environ;  on  trouve  des 
insectes  adultes  dans  leur  loge  dès  le  mois  de  septembre;  en 
octobre  toutes  les  nymphes,  ou  à  peu  près  toutes,  ont  revêtu 
les  couleurs  de  l’adulte,  mais  ce  ne  sera  qu’aux  premiers  beaux 
jours  du  printemps,  que  l’insecte  parfait  se  fera  jour  en  rom¬ 
pant  le  cercle  où  il  était  prisonnier  depuis  si  longtemps  déjà. 

Adulte.  —  Aux  environs  de  Ria,  l’adulte  n’est  pas  rare  pen¬ 
dant  les  mois  d’avril  et  de  mai.  C’est  sur  les  feuilles  de  la 
plante  nourricière  qu’il  fait  son  séjour  de  prédilection;  sa  vue 
est  perçante,  aussi,  au  moindre  danger  se  dissimule-t-il  der¬ 
rière  la  tige  on  sous  les  feuilles  ;  forcé  dans  sa  retraite,  il  se 
laisse  tomber  à  terre  et  sauvegarde  ainsi  son  existence  me¬ 
nacée;  il  vole  mal,  ce  n’est  qu’au  milieu  du  jour,  au  moment 
où  l’astre  solaire  déverse  tous  ses  feux,  que  les  deux  sexes  se 
livrent  à  la  recherche  l’un  de  l’autre;  une  fois  l’accouplement 
terminé,  le  mâle  disparait;  la  femelle  pond  une  vingtaine, 
d’œufs  qu’elle  dépose  habituellement  un  par  tige,  puis  elle 
meurt  à  son  tour,  après  avoir  ainsi  assuré  la  l'eproduction  de 
l’espèce. 

Dans  son  ouvrage  d’entomologie  de  1790,  tome  II,  p.  Ho. 
Olivier  a  donné  la  description  de  l’insecte  parfait;  de  Marscul, 
dans  sa  monographie  des  Buprestides,  tome  II,  de  l 'Abeille, 
année  1865,  p.  426,  l’a  décrit  plus  longuement. 

On  connaissait  la  larve  du  C.  Amethystinus  comme  habitant 
le  Cirsium  échina tum :  il.  Durieu  de  Maisonneuve,  seul,  avait 
simplement  fait  savoir  dans  les  Annales  de  la  Soc.  Ent.  Fr.  1847. 
B,  p.  9,  que  les  métamorphoses  de  cet  insecte  s’accomplis¬ 
saient  dans  les  tiges  du  C.  échinatum.  La  partie  descriptive 
restait  donc  à  faire.  Cette  lacune  se  trouve  aujourd’hui  comblée, 
ainsi  que  les  particularités  afférentes  à  la  vie  évolutive  de 
l’espèce. 

Capitaine  Xambf.u. 


LES  OISEAUX  DE  FRANCE  :1) 

C’est  une  grande  satisfaction  que  nous  avons  d’an¬ 
noncer  l’apparition,  tant  désirée,  de  la  Faune  des  oiseaux 
de  France,  volume  formant  la  troisième  partie  de  V His¬ 
toire  naturelle  de  la  France,  cette  belle  publication  éditée 
avec  tant  de  soins  et  de  méthode.  C’est  notre  sympathique 
directeur,  M.  Emile  Deyrolle,  qui  est  l’auteur  de  ce  vo¬ 
lume  traitant  des  Oiseaux.  Nous  ne  saurions  trop  le  féli¬ 
citer;  nous  ne  croyons  pas  qu’il  soit  possible  de  faire 
mieux,  à  tous  les  points  de  vue.  Enfin  le  voilà  édité  ce 
volume,  et  nous  sommes  heureux  de  dire  quil  remplit 
l’idéal  de  ce  qu’on  pouvait  désirer;  d’un  style  clair  et 
concis,  il  apprend  beaucoup  en  peu  de  mots;  les  figures, 
toutes  faites  d’après  nature,  sont  d’une  exactitude  rigou¬ 
reuse  et  si  précise,  qu’on  pourrait  déterminer  toutes  les 
espèces  rien  que  par  la  forme  du  bec.  Comme  dessin, 
c’est  absolument  remarquable  ;  si  on  ajoute  à  cela  la 
coloration  aussi  réussie  que  possible,  on  conviendra  que 
c’est  réunir  beaucoup  de  talent  dans  un  ouvrage  aux 
allures  modestes  et  sans  prétention  et  d’un  prix  modique 
eu  égard  à  ce  qu’il  conlient.  Ce  volume,  en  effet,  com- 

(f)  Un  vol.  in-12,  304  pages,  132  fig.  dans  le  texte  et 27  plan¬ 
ches  en  couleur  représentant  les  tètes  de  278  espèces. 
Prix,  0  fr.  50;  franco,  5  fr.  95.  En  vente  aux  Bureaux  du 
journal. 


E  NATURALISTE 


prend  132  figures  dans  le  texte  et,  de  plus,  27  planches  en 
couleur,  représentant  les  têtes  de  278  espèces  d’oiseaux 
de  France. 

Nous  ne  voulons  pas  tenter  de  donner  une  analyse 
de  cet  ouvrage;  nous  serions  forcé  de  trop  citer 
si  nous  voulions  en  présenter  une  étude  complète. 
Donnons  donc  seulement  un  aperçu  de  ce  qu’il  contient 
et  de  ce  qu’il  est.  Mentionnons  tout  d’abord  les  tableaux 
dichotomiques  par  familles  et  par  genres  :  c’est  simple, 
clair,  précis,  ne  prêtant  pas  au  doute  ;  des  figures,  le  plus 
souvent  même,  accompagnent  ces  tableaux.  Nous  citons, 
par  exemple,  au  hasard,  le  tableau  du  groupe  des  Gros 
becs  : 

Mandibule  inférieure  présentant  une  dent  bien 

développée  à  la  base  interne  (fig.  1)  .  Bruant 

Mandibule  infér 


73 

1  2  3 

Fig.  1.  Bruant.  —  Fig.  2.  Bec-croisé.  —  Fig.  3.  Bouvreuil. 
a  Mandibule  inférieure  prolongée  en  l'air  au  point 

de  la  croiser  avec  la  supérieure  (fig.  2) .  Becs-croisés 

Mandibule  inférieure  ne  dépassant  pas  la  supé¬ 
rieure  .  b 

b  Mandibule  inférieure  presque  égale  en  hau¬ 
teur  à  la  supérieure  .(fig.  31 .  Bouvreuils 

4 

■i  5  (i 

Fig.  4.  Chardonneret.  —  Fig.  3.  Pinson.  —  Fig.  ü.  Moineau. 

Mandibule  inférieure  sensiblement  moins  haute 
que  la  supérieure  (fig.  4,  3,  6; .  Fringii.les 

Quant  aux  descriptions,  elles  sont  complètes  et  ne 
comportent  que  les  caractères  nécessaires  et  largement 


Fig.  7.  -  Pouce  du  Pipi  Richard,  Anthius  Richard i. 


suffisants  pour  la  détermination  certaine  d 
Pour  toutes  les  espèces  critiques,  c'est-à-dire  pour  celles 
qui  présentent  certaines  difficultés  de  détermination,  vu 
leurs  affinités  avec  des  espèces  voisines,  des  figures 
de  l’organe  reconnu  comme  caractère  constant,  accom¬ 
pagnent  les  descriptions,  permettant,  à  seule  vue,  de 
déterminer  sûrement  l’oiseau.  Par  exemple,  dans  les 
Pipis,  les  trois  espèces  suivantes  :  Anthus  Richardi,  pra- 
tensis,  arboreus,  offrent  une  grande  ressemblance  entre 
eux;  par  le  simple  examen  des  figures  du  pouce  de  ces 
trois  espèces,  le  doute  n’est  pas  possible  (V.  fig.  ci- 
contre).  De  même  dans  les  Pouillols,  qui  se  ressemblent 


beaucoup  comme  forme,  le  Rhyllopneuste  ru  fa, 
lais  polyglolta  et  icterina  présentent  certaines  t 


Fig.  S.  Patte  du  Pipi  des  prés,  Anthus  proie 
Fig.  f).  Patte  du  Pipi  des  arbres,  Anthus  a, 


JouiUot  Velocc,  l’hyll.  rufa  (grandes  rémiges,  ta 
égalant  la  septième;  la  première  rémige  étant, 
nulle).  —  Fig.  11.  P.  luscinoïde,  Hyp.  polyglolta  (grandes 
rémiges,  la  deuxième  presque  égale  a  la  sixième,  la  première 
étant  nulle).  —  Fig.  12.  P.  ictérine,  U.  icterina  (la  deuxième 
rémige  plus  longue  que  la  cinquième,  la  première  étant 
nulle). 

de  détermination.  En  se  reportant  aux  figures  des  ré¬ 
miges  (V.  fig.  ci-contre)  jointes  aux  diagnoses,  il  n’y  a 
pas  moyen  de  se  méprendre. 

Nous  n’avons  pas  à  souhaiter  le  succès  de  cet  ou¬ 
vrage;  il  suffira,  croyons-nous,  d’en  annoncer  1  apparition, 
car  il'répond  à  une  attente  qui,  on  peut  le  dire,  dépasse 


Le  Fruit  de  l’Hpenæa  Courbaril,  Linné 

AU  POINT  DE  VUE  ALIMENTAIRE 

L'hymenæa  courbaril  Linné  est  une  belle  légumineuse 
de  grande  taille;  son  tronc  peut  acquérir  20  à  23  mètres 
de  hauteur  et  2  à  3  mètres  de  diamètre.  On  le  trouve 
dant  les  différentes  contrées  tropicales  de  l’Amérique 
(Brésil,  Guvane,  Antilles,  Mexique).  Linné  lui  a 
donné  le  nom  d’hymenxa  parce  que  ses  feuilles  aro¬ 
matiques,  qui  sont  disposées  par  paire,  tendent  à  se 
rapprocher  pendant  la  nuit,  comme  deux  jeunes  epoux. 

D’après  un  poète  indien,  ses  feuilles  servaient  à  parer 
les  jeunes  fiancées,  ainsi  que  l’indique  le  quatrain 
suivant. 

De  tes  bosquets  la  pénétrante  odeur 
Vient  ranimer  la  vieillesse  étonnée  ; 

La  jeune  fille,  aux  autels  d’hyménéc, 

En  pare  encor  sa  mourante  pudeur. 

Le  courbaril,  incisé  au  tronc  ou  aux  tories  branches, 
laisse  transsuder  en  abondance  une  substance  gomme- 
résineuse  nommée  par  les  Brésiliens  Iolicacica  ou  Intaicica, 
et  connue  sous  le  nom  de  copal  tendre  dans  le  commerce. 


LE  NATURALISTE 


284 


Le  fruit  (flg.  I)  est  une  gousse  longue  de  H  à  17  centi¬ 
mètres,  large  de  3  à  8  centimètres,  ayant  à  peu  près 
l’aspect  d’un  rognon  de  mouton,  d’un  brun  roussàtre, 
un  peu  âpre  et  comme  chagrine'  à  l’extérieur,  à  écorce 
épaisse,  dure,  ne  s’ouvrant  pas  et  contenant  dans  une 
seule  ;  loge  de  3  à  o  semences  environnées  de  fibres  et 
d’une  pulpe  farineuse  douce  et  jaunâtre. 

Le  professeur  Brillon  a  observé  l’origine  del 'Hymenæa, 
il  a  vu  des  ovules,  très  petits,  par  rapport  à  la  masse  de 
l’ovaire,  de  forme  obovoïde.  Puis,  à  mesure  que  le  fruit 
marche  vers  sa  maturité,  toutes  ces  cellules,  sans  cesser 
de  demeurer  en  contact  par  leur  sommet,  s’allongent, 
deviennent  tubuleuses,  comme  autant  de  poils  courts  et 
pressés,  se  touchent  entre  eux  par  toute  leur  surface,  et 
des  produits  spéciaux  s’élaborent  dans  l’intérieur  de 
leur  cavité.  Ils  renferment  des  substances  amylacée, 
sucrée  et  résineuse-aromatique.  Mais  le  tissu  qui  ren¬ 
ferme  ces  substances  dépend,  non  de  la  graine,  comme 
on  a  pu  le  croire  d’après  l’examen  des  parties  adultes, 


Fruit  entier  du  Courbaril  ( Hymenæa  Courbaril)  . 
mais  bien  de  la  couche  profonde  du  péricarpe.  D’après 
ce  savant,  le  fruit  vert  est  riche  en  tanin  et  usité  en  mé¬ 
decine  comme  astringent,  tandis  que  le  fruit  mûr  ren¬ 
ferme  une  pulpe  contenant  de  l’amidon,  du  sucre  et  une 
lésine  aromatique. 

N’ayant  trouvé  aucun  renseignement  sur  les  propriétés 
nutritives  de  cel  le  pulpe,  dans  les  ouvrages  que  j’ai  con¬ 
sultés  (juin  1889).  j’ai  prié  mon  fils,  le  docteur  Charles 
Decaux,  d’analyser  cette  fécule  ;  il  a  trouvé  : 


1°  Partie  soluble  dans  l’éther  de  pétrole .  0,204  % 

2°  »  w  »  l’alcool .  24,630 

3°  »  »  »  l’eau .  8,205 

4o  Incinération  (cendres) .  U,8S0 

S»  Différence  (ligneux) .  66,101 


Celte  pulpe  est  surtout  riche  en  saccharose  et  amidon 
(34  0/0)  très  propre  à  la  nourriture  de  l’homme,  elle  est 
supérieure  à  la  pomme  de  terre,  l'arrow.  Root,  peut  se 
comparer  à  la  fécule  de  manioc.  Je  11e  saurais  trop  ap¬ 
peler  l’attention  des  économistes  sur  ses  propriétés  nutri¬ 
tives,  si  peu  connues  jusqu’ici.  D’après  les  renseigne¬ 
ments  qui  m’ont  été  donnés  à  l’Exposition  universelle 
de  1889,  ces  fruits  sont  perdus  dans  bien  des  contrées 
et  ne  sont  pas  récoltés.  Quelques  rares  Indiens  en  font 
usage  comme  nourriture  sous  forme  de  bouillie  ou  de 
galette.  Cette  pulpe  est  surtout  employée  par  les  natu¬ 
rels  à  fabriquer  une  boisson  fermentée  très  alcoolique 
qui  les  enivre. 

Au  moment  de  faire  imprimer  cette  étude,  j’apprends 
que  MM.  Heekel  et  F.  Schlagdenhauffen  ont  étudié 
toutes  les  parties  du  courbaril,  au  point  de  vue  chimique 
et  scientifique,  sans  en  tirer  de  conclusion  pour  son 
utilité  (le  Naturaliste,  lo  janvier  et  1er  février  1889), 
c’est  à-dire  quelque  temps  avant  moi.  Je  m’empresse  de 
reproduire  l’analyse  de  la  pulpe  faite  par  des  maîtres  si 
universellement  reconnus  ;  ils  ont  trouvé  : 


1°  Partie  soluble  dans  l’éther  de  pétrole .  0,228  % 

2°  Partie  soluble  dans  l’alcool .  24,596 

3°  Partie  soluble  dans  l’eau .  8,181 

1°  Incinération  (cendres) .  0,868 

5°  Différence  (ligneux) .  66,133 


Comme  on  peut  le  constater,  les  deux  résultats  ont  été 
sensiblement  les  mêmes  dans  les  deux  analyses.  Le  cour¬ 
baril  se  plaît  au  voisinage  des  eaux,  il  donne  un  bois 
solide,  dur  et  compact,  de  couleur  rouge  clair,  plus 
foncé  vers  le  centre,  surtout  dans  les  vieux  arbres,  pu 
jaune  obscur,  avec  quelques  veines  verdâtres. 

D’une  texture  fine  et  homogène,  le  bois  du  courbaril 
est  à  fibres  droites  et  sans  nœuds;  aussi  se  travaille-t-il 
facilement  dans  tous  les  sens;  il  ne  joue  pas,  prend  le 
poli  et  le  vernis.  Son  élasticité  serait  quatre  fois  plus 
grande  que  celle  du  chêne,  et  il  serait  trois  fois  aussi 
résistant. 

Les  dimensions  souvent  volumineuses  du  tronc  per¬ 
mettent  d’en  tirer  de  belles  courbes  pour  les  construc¬ 
tions  navales. 

Ce  bois,  à  raison  de  la  propriété  qu’il  a  de  résister 
longtemps  à  la  destruction,  est  recherché  en  Amérique 
pour  toutes  sortes  d’usages  :  la  charpente,  la  sculpture, 
le  charronnage  des  axes  pour  moulins  à  sucre,  la  fabri¬ 
cation  des  meubles. 

Conclusion.  —  Cet  arbre  précieux  mérite  d’être  répandu 
dans  nos  colonies  d’Amérique,  et  importé  en  Asie,  la 
Réunion,  le  Sénégal,  le  Gabon,  q,tc.,  pour  l’utilité  de  son 
bois,  la  résine  qui  s’écoule  du  tronc  ( copal  tendre),  mais 
surtout  pour  les  propriétés  nutritives  de  son  fruit;  il  est 
maintenant  démontré  que  cette  gousse  contient  20  à  30 
grammes  de  fécule  sucrée,  toute  prête  à  être  employée  à 
la  nourriture  de  l’homme,  et  surtout  de  l’enfant,  sans  au¬ 
cune  préparation  préalable.  La  nature,  toujours  pré¬ 
voyante,  en  a  fait  un  fruit  unique  pour  l’alimentation  des 
populations  primitives,  manquant  presque  toujours  des 
moyens  souvent  difficiles  pour  extraire  les  fécules  des 
fruits  ou  graines  alimentaires  connus  jusqu’ici. 

Pour  mieux  faire  comprendre  l’importance  du  fruit 
de  V Hymenæa  courbaril  L.,  je  crois  devoir  donner  la  com¬ 
position  immédiate  des  tubercules  de  lu  pomme  de  terre 
de  bonne  qualité  : 

Eau .  74 

Fécule .  20 

Cellulose  et  matière  poétique .  1  65 

Albumine  et  autres  matières  azotées.. . .  2.12  j 

Matières  grasses .  0.11  f  .... 

Sucre,  résine,  huile  essentielle .  1.06  I 

Sels  organiques  et  minéraux .  1.06  1  _ 


100,000 


LE  NATURALISTE 


La  fécule  d’arrow.  Root,  comme  aliment,  diffère  Lien 
peu  de  la  fécule  de  pomme  de  terre. 

Les  rhizomes  du  manioc  fournissent  de  30  à  3ii  O/O  de 
fécule,  après  un  travail  long  et  minutieux. 

Logiquement  l 'Iiymenæa  courbaril  L.  pourrait  se  nom¬ 
mer  l’arbre  à  fécule.  J'espère  avoir  démontré  que  cet 
arbre  a  été  méconnu  et  qu’il  devra  être  considéré,  à 
l’avenir,  comme  un  des  arbres  les  plus  précieux  de  nos 
colonies. 

Decaux. 


CHRONIQUE 


Une  ferme  d’éléphants.  —  La  Californie  finira  par  tomber  les 
marchés  d’Afrique.  Il  ne  lui  suffit  plus  de  s’étre  emparée  du 
commerce  des  plumes  d’autruche,  voilà  qu’un  de  ses  citoyens 
se  propose  defonderune  ferme  d’éléphants.  D’après  les  calculs 
de  cet  industriel,  un  éléphant,  arrivé  à  son  entier  développe¬ 
ment,  pèse  7,000  livres  et  peut  donner  3,000  livres  de  viande  de 
première  qualité,  sans  'compter  -tout  le  parti  que  l’on  peut  tirer 
do  sa  peau,  un  peu  épaisse,  à  la  vérité,  mais  facile  à  dédoubler, 
do  ses  défenses  d'ivoire.  Reste  à  savoir  si  les  éléphants,  qui 
passent  pour  négliger  l’accroissement  de  leur  famille  en  capti¬ 
vité,  modifieront  leurs  idées  sur  ce  point  pour  aider  à  la  réali¬ 
sation  de  ce  rêve. 

Culture  duTrichophyton, 
a  cultivé  le  trychophyton  a 
le  bouillon  solidifié  par  la  gélose  et  le  bouillon  ordinaire.  Les 
essais  qu’il  lit  de  les  cultiver  sur  le  corps  humain  en  employant 
,  de  la  gélatine,  du  bouillon  solidifié  par  la 
un  résultat.  D’un  autre  côté,  des  ino¬ 
culations  faites  avec  les  cultures  obtenues  par  le  bouillon  qui 
venait  de  cultures  faites  d’abord  sur  le  bouillon  solidifie  par  la 
gélose  réussirent.  La  troisième  semaine  après  l’inoculation, 
l’apparence  habituelle  de  tinea  circinata  se  produisit  et  le  cham¬ 
pignon  se  retrouva  dans  les  écailles.  L’affection  fut  laissée  à 
son  cours  pendant  deux  mois.  Les  formes  en  vessie  qu’on  ob¬ 
serve  dans  quelques  vieilles  cultures  sont  simplement,  d’après 
Mazza,  des  formes  de  dégénérescence  et  elles  n’ont  rien  à  faire 
—  ainsi  qu'on  le  suppose  —  avec  aucune  des  fonctions  généra- 
i.  11  déclare  expressément  qu’il  n’a  jamais  observé  aucun 
,  particulier  comme  les  organes  de  génération 


-  M.  E.  Gounelle  est  chargé  d’une 
Brésil,  à  l’effet  d’y  poursuivre  des  recherches  d’his¬ 
toire  naturelle  et  spécialement  d’entomologie,  et  de  réunir  des 
collections  destinées  à  l’Etat.  —  M.  Charles  Soller  est  chargé 
d’une  mission  scientifique  dans  l’Afrique  occidentale,  à  l’effet 
d’y  poursuivre  des  études  d’histoire  naturelle,  d’ethnographie  et 
de  géographie  générale. 

Vil  exemple  «le  fertilité.  —  Ou  signale  I-'  cas  suivant  de  fer- 
extraordinaire  pour  une  pomme  de  terre.  Un 
.  d’Ay  planta,  en  1890,  une  pomme  de  terre 
t  pesant  le  poids  respectable  de  1  kilog.  Elle 
54  tubercules  dont  16  pesaient  de  7  à 
1  autres  ne  s’éloignaient  pas  de  la, moyenne 
Le  poids  total  de  la  récolte  était  de  19  kilo'-. 

,  ainsi  de  3  kilos  celui  d’un  double  déca¬ 
litre  {Jardin). 

L’inventeur  des  glaces  au  gélatine  bromure.  —  il  est  ques¬ 
tion  d’ouvrir  une  souscription  en  faveur  du  docteur  Maddox, 
l’inventeur  des  glaces  au  gélatino-bromure  et  auquel  on  doit 
de  si  belles  recherches  sur  les  corpuscules  organisés  de  l'at¬ 
mosphère,  sur  l’histologie  et  la  photomicrograplne.  Cette  sous¬ 
cription  sera  universelle  et  déjà,  dans  les  diverses  contrées  de 
l’ancien  et  du  nouveau  continent,  des  comités  sont  eu  voie  de 
formation  pour  s’adresser  à  ceux  qui  ont  profité  de  la  décou¬ 
verte  des  glaces  au  gélatino-bromure  et  en  obtenir  un  témoi¬ 
gnage  de  gratitude  digne 
infortuné. 

Classification  curieuse.  -  Ui 
nièremcnl  envoyée  à  un  haut  officier  ministériel  do  L 
(Allemagne)  fut  retenue  à  la  douane.  Une  enquête  éclaira  sur  le 
fait  ;  les  douaniers  avaient  conclu  que  les  papillons  ayant  des 
ailes  doivent  être  classés  comme  volailles  et  payer  en  consé¬ 
quence.  Ce  fut  après  beaucoup  de  peines  el  de  patience  que 


Distoma  Pnlmonalis.  —  Le  Sei-l-Kway  (journal  médical) 
contient  un  extrait  du  rapport  fait  par  les  docteurs  Yamakiwa 
et  Inouye  de  Tokyo,  sur  la  présence  en  grand  nombre  de  ce 


grand 

parasite  dans  certains  villages  montagneux  du  Japon.  Il  parait 
que,  dans  les  endroits  où  le  distoma  se  trouve,  on  le  craint  tel¬ 
lement,  que  les  habitants  des  autres  villages  refusent  de  faire 
du  commerce  ou  même  d’entretenir  des  relations  de  visites  avec 
les  endroits  contaminés,  par  crainte  de  l’infection.  Les  œufs 
pénètrent  dans  le  corps  humain  par  l’absorption  de  l’eau  et 
apparaissent  ensuite  en  grand  nombre  dans  les  déjections. 
Il  est  à  penser  que  le  principal  symptôme  de  la  maladie  est 
l’heemoptysis,  mais  le  rapport  n’explique  pas  clairement  com¬ 
ment  le  parasite  passe  ■  ' 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


lrlc  entre  les  truffes  d'Asie  et  d’Afrique  (Terfaz  ou  Kamês) 
les  truffes  d’Europe.  Cette  comparaison  porte  sur  la  distri¬ 
bution  géographique,  le  climat,  le  sol,  les  plantes  nourricières, 
les  époques  de  maturation,  la  profondeur  dans  le  sol,  les  modes 
do  récolte,  la  culture,  l’odeur,  la  saveur,  etc.  L’importance  ali¬ 
mentaire  est  incontestablement  en  faveur  des  Terfaz  qui 
couvrent  d’immenses  espaces,  et  sont  pour  les  populations 
arabes,  qui  les  conservent  par  la  dessiccation,  ce  qu’est  la 
pomme  de  terre  au  paysan  d  Irlande.  La  Truffe  est,  au  con¬ 
traire,  un  aliment  de  luxe.  La  truffe  de  Périgord  donne 
lieu  à  un  commerce  de  cinquante  millions.  —  M.  Albert  Gaudry 
entretient  l'Académie  sur  le  Congrès  international  de  Géologie 
et  l’excursion  géologique  dans  les  Montagnes  Rocheuses  qui 
lui  a  fait  suite.  Un  train  spécial  est  resté  tout  le  temps’ à  la 
disposition  du  Congrès  ;  lorsqu’il  passait  devant  une  place  inté¬ 
ressante,  il  s’arrêtait.  C’est  ainsi  que  89  géologues  ont  pu 
visiter  Washington,  Chicago,  Saint-Paul.  Dans  les  Montagnes 
Rocheuses,  le  Congrès  a  admiré  les  merveilles  du  parc  na¬ 
tional,  et  en  particulier  la  falaise  d’Obsidienne,  les  nombreux 
geysers  et  le  lac  de  Yellowstone.  Enfin,  après  avoir  visité  les 
mines  d’argent  de  Butte-City,  les  houillères  crétacées  de  New¬ 
castle  et  les  couches  siluriennes  à  poissons  de  Canyon  City, 
les  congressistes  sont  revenus  à  New-York  après  avoir  fait 
excursion  géologique  de  2,500  lieues.  M.  Albert  Gau- 
émic  les  monstrueux  Dinosauriens  qu’il  a 
>s  collections  de  MM.  Marsh,  à  Newhaven, 
et  Cope,  à  Philadelphie.  Le  Bronlosaurus,  de  15  mètres  de 
long:  1  ’Atlantosaurus,  de  24  mètres,  étaient  remarquables  par¬ 
la  petitesse  de  leur  tète,  en  proportion  de  si  énormes  dimen¬ 
sions.  Il  en  était  encore  de  même  chez  le  Slegosaurus,  ainsi 
nommé  à  cause  des  grandes  pièces  qu’il  porte  sur  le  dos.  Le 
Triceratops  possédait  au  contraire  une  tête  de  2  mètres  de 
long,  armée  de  trois  cornes,  et  dont  les  os  pariétaux  et  squa- 
rnciix  constituaient  eu  arrière  de  la  tète  une  sorte  de  capuchon 
bordé  d’épines.  —  M.  A.  de  happaient  a  pu,  d’après  ses  études, 
établir  la  chronologie  des  roches  éruptives  de  Jersey.  La  plus 
ancienne  roche  antécambrienne  est  une  epidiorite  très  poly¬ 
morphe  (Elisabeth-Caslle,  Saint-Clément,  Rosney,  Bellc- 
Hougue).  Vient  ensuite  le  Granité  de  Lamoye,  puis  une  Gra- 
nulite  ou  Pcgmatite  rosée  (Mont  Mado,  Montorgueil).  — 
.1/.  Charles  de  Stéfani ,  après  avoir  passé  quelques  semaines  en 
Corse,  communique  à  l’Académie  le  résultat  de  quelques  obser¬ 
vations  qu’il  a  été  à  mémo  de  faire  sur  la  constitution  géolo¬ 
gique  de  cette  île  et  la  répartition  des  divers  terrains.  Les  ter¬ 
rains  volcaniques  constituent  presque  la  moitié  de  l’ile,  mais 
ils  montrent  peu  de  variété  et  sont  principalement  basiques. 

ères  sont  encoro  conservés,  à  cause  do  la  notable 
roche  et  de  son  extrême  résistance  aux  agents 
M.  Forsyth  Major  donne  la  liste  îles  animaux 
fossiles  de  l'îlc  de  Samos,  étudiés  par  lui  ;  à  propos  des  diffé- 
»  ipes  de  Ruminants.  M.  h’nrsuh  Major  fait  i 
qu’ils  conv 
divisions,  1 


286 


LE  NATURALISTE 


tcuses,  on  peut  signaler  encore  la  présence  de  Chéiroptères,  de 
Testudo,  et  trois  oiseaux,  parmi  lesquels  le  Struthio  Caratheo- 
do'ris  (F.  Maj.).  —  M.  Ed.  Piette  signale  la  découverte  faite  par 
M.  Miquel,  à  Montfort,  dans  une  grotte  située  sur  les  bords  du 
Salat,  d’une  couche  à  galets  coloriés,  analogue  à  colle  qu’il  a 
lui-même  décrite  dans  la  grotte  du  Mas-d’Azil. 

Séance  du  9  novembre.  —  M.  G.  Demenry  a  appliqué  la  chro- 
nophotographie  à  l’étude  delà  forme  extérieure  des  muscles  de 
l’homme  dans  ses  rapports  avec  les  mouvements  exécutés.  Il 
est  ainsi  arrivé  à  ce  résultat  qu’il  existe  des  formes  caracté¬ 
ristiques  du  repos,  de  l’effort  statique  et  do  l’état  dynamique 
des  muscles  de  l’homme.  —  M.  P.  Mitrophanow,  de  recherches 
qu’il  a  entreprises  sur  la  formation  du  système  nerveux  péri¬ 
phérique  des  Vertébrés  et  principalement  des  Sélaciens,  con¬ 
clut  :  1“  que  le  système  nerveux  périphérique  se  développe  dans 
le  type  en  dépendance  directe  du  système  nerveux  central  ; 
2°  que  l’ectoderme  lui-même  ne  prend  aucune  part  dans  sa  for¬ 
mation  ;  3°  que,  dans  le  corps,  le  développement  des  nerfs 
spinaux  présente  des  rapports  primitifs  chez  tous  les  Mammi¬ 
fères;  4°  qu’il  existe  pour  tout  le  système  nerveux  périphé¬ 
rique  un  germe  général  qui  se  développe  graduellement  de 
devant  en  arrière  et  se  démembre  ensuite;  5“  que  les  Sélaciens 
présentent,  dans  ce  cas-ci,  des  rapports  primitifs,  —  M.  Paul 
Vuillemin  ayant  étudié  les  effets  du  parasitismo.de  VUstilayo 
antheraflim,  remarqué  que  le  parasite  ne  fait  que  rendre  plus 
apparents  les  rudiments  d’étamines  en  les  hypertrophiant  ;  c’est 
exclusivement  àl?usage  du  parasite  qu’est  appropriée  cette  orga¬ 
nisation  d’apparence  mâle.  Bien  loin  d’être  réellement  herma¬ 
phrodite,  la  fleur  envahie  par  VUstilago  est  stérilisée  ;  les  spores 
se  localisent  à  la  place  du  pollen,  et  ainsi  VUstilago  se  pro- 
page  par  les  agents  normaux  de  la  fécondation  croisée. 

A.-Eug.  Malard. 


BIBLIOGRAPHIE 

ZOOLOGIE 

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Species  ofMylitta.  Pl.  XIII,  fig.  A.  B.  C. 

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Malpighia.  1891,  pp.  106-115. 

558.  Acqua,  C.  Contribuzione  alla  conoscenza  délia  cellula 
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Malpighia.  1891,  pp.  1-39. 

559.  Almquist,  E.  Zur  Végétation  Japans,  mit  besonderer 
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Bol.  Jahrbücher.  Engler.  1891,  pp.  225-229. 

560.  Aloi,  Antonio.  Dell’influenza  dell’elettricità  atmosfe- 
rica  sulla  vegetazione  délie  piante. 

Malpighia.  1891,  pp.  116-125. 

564 .  Arcangeli,  G.  Sull’Arisarum  proboscideum. 

N.  Giorn.  Bot.  liai.  1891,  pp.  545-551. 

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d’ossalato  calcico.  Pl.  IV-IX. 

N.  Giorn.  Bot.  liai.  1891,  pp.  489-493. 

563.  A. Baker,  J.  G.  A  Summary  of  new  Feras  which  hâve 
been  discovered  or  described  since  1874  (continuation). 

Ann.  of  Botany.  1891,  pp.  301-332. 

564.  Barclay,  A.  On  the  life-history  of  a  remarkable  Ure- 
dine  orJasminum  grandiflorum,  L.  (Uromyces  Cunning- 
hamianus.)  Pl.  49-50. 

Trans.  Linn.  Soc.  Bot.  3.  1891,  pp.  141-151. 

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N.  Giorn.  Bot.  liai.  1891.  pp.  513-521. 

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N.  Giorn.  Bot.  Ital.  1891,  pp.  pp.  405-450. 

566  bis.  Bolle,  C.  Florula  insularum  olim  Purpurariarum. 
nunc  Lanzarote  et  Fuerta  ventura  cum  minoribus  Islel  a 
de  Lobos  et  la  Graciosa  in  Archipelago  canariens!. 

Bot.  Jahrbücher.  Engler.  1891.  pp.  230-257. 

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7193.  Tulissa  sintinesii. 

7194.  Citrus  aurantium,  Var,  Bergamia. 

7195.  Impatiens  mirabilis. 

7196.  Phalaenopsis  Esmeralda. 

7197.  Yucca  filifera. 

7198.  Cirrhopetalum  Colletii. 

7199.  Napoleona  Miersii. 

7200.  Eucryphia  Billardieri  var.  Milligani. 

7201.  Epiphyllüm  Gaerntneri. 

568.  Campbell.  H.  D.  Contributions  to  the  life  history  ol 
Isoeles.  PL  XV-XV1I. 

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Bevue  Mycol.  1891,  pp.  157-160. 

574  bis.  Frank,  B.  Ueber  die  auf  Verdauung  von  Pilzen 
abzielendc  Symbiose  der  mil  eiidotropheii  Mikorlu/.eu 
begabten  Pflanzen  sowie  der  Leguminoscn  und  Erlen. 
Der  Deutsch.  Bot.  Gesells.  1891,  pp.  244-253.. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Emile  DEYROLLE. 


PARIS.  —  1MPR.  r.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


13°  ANNÉE 


13  DÉCEMBRE  1891 


2a  SÉRIE  —  I\'°  1  1  K 


OBSERVATION  SUR  L’OBSIDIENNE 


A  côté  des  variétés  tout  à  fait  compactes  et  vitreuses 
de  l'obsidienne,  recherchées  depuis  l’antiquité  la  plus 
reculée  à  cause  du  fil  tranchant  de  leurs  éclats  et  des 
propriétés  spéculaires  de  leurs  surfaces  polies, on  connaît 
des  spécimens  de  la  même  roche  qui  semblent  à  pre¬ 
mière  vue  toutremplis  de  corps  étrangers.  Ceux-ci  sont  des 
noyaux  grisâtres  ou  blanchâtres  aux  reflets  perlés  et  qui 
sont  tantôt  disséminés  sans  ordre,  tantôt  réunis  en 
traînées.  Les  lilhologistes  américains,  qui  ont  eu  à  en 
étudier  beaucoup  dans  les  grands  massifs  d’obsidienne 
du  Wyoming,  leur  ont  donné  le  nom  de  lithdphyses  et  ils 
ont  noté  dans  leur  masse  la  présence  de  plusieurs  miné¬ 
raux  définis. 

Les  trois  figures  ci-jointes  représentent  divers  aspects 
que  m’ont  offerts  des  accidents  de  cegenre  observés  dans 
des  variétés  d’obsidienne  provenant  de  l’île  de  Ténériffe. 
Quand  on  les  étudie, 
on  arrive  à  cette  o 
pinion  qu’ils  repré¬ 
sentent  aumo 
partie  des  étapes 
plus  ou  moins  a 
vancées  dans  un  tra¬ 
vail  de  véritable  dé- 
vitrification  qu’a  su¬ 
bie  la  roche  norma¬ 
lement  amorphe 
sous  des  influences 
qui  ne  sont  d’ail¬ 
leurs  pas  encore 
parfaitement  déter¬ 
minées. 

A  cet  égard  la  li¬ 
gure  1  peut  être  con¬ 
sidérée  comme  re¬ 
présentant  un  é- 
chantillonoùle  phé¬ 
nomène  dont  il  s’a¬ 
git  débute  à  peine.  Dans  la  masse  vitreuse  et  tout  à  fait 
dépourvue  de  structure  régulière,  on  voit  au  micro¬ 
scope  de  très  petits  sphéroïdes  qui  s’y  sont  constitués.  Ils 
se  distinguent  nettement  de  la  masse  environnante  à 
leur  couleur  beaucoup  plus  foncée,  mais  tout  d’abord  ils 
sont  aussi  amorphes  qu’elle.  Plus  tard  il  se  fait  dans  leur 
épaisseur  une  trèsmince  zone  incolore  qui  en  délimite  très 
exactement  une  région  centrale.  Souvent  les  sphéroïdes 
présentent  une  cavité  en  forme  de  bulle  dont  l’origine  est 
peut-être  liée  à  la  leur.  La  zone  incolore  est  formée  d’une 
substance  qui  s’irise  dans  la  lumière  polarisée  comme 
font  les  verres  soumis  à  la  trempe  ou  à  la  pression.  Dans 
l’épaisseur  même  de  la  région  du  globule  qui  est  enve¬ 
loppée  par  la  matière  transparente  on  retrouve  la  même 
substance,  mais  avec  une  structure  fibreuse  et  une  ten¬ 
dance  à  la  convergence  vers  le  centre.  L’action  des  fibres 
sur  la  lumière  polarisée  est  très  nette  et  se  traduit  par 
l’apparition  d’une  croix  noire  tournante  en  même  temps 
que  par  l’apparition  des  couleurs  faibles.  Les  globules 
coupés  tangentiellement,  donnent  uns  mosaïque  très 
faiblement  colorée,  et  dans  tous  les  cas  on  voit  entre  les 
fibres  un  grand  nombre  de  granulations  opaques  qui  se 
présentent  comme  des  résidus  amorphes  éliminés  à  la 
suite  d’un  arrangement  interne  qui  (à  l’échelle  près) 

LE  NATURALISTE,  -16,  rue  du  Bac,  Paris. 


rappelle  la  cristallisation  des  chiastolithes  dans  les 
phyllades.  Il  arrive  que  ces  résidus  opaques  se  disposent 
eux-mêmes  en  fibres  convergentes  au  centre,  à  cause  de 
leur  cantonnement  entre  des  fibres  transparentes  et 
actives.  C’est  ce  qu’on  voit  surtout  dans  les  échantillons 
qui  sont  parvenus  à  l’étal  d’individualisation  représentée 
par  la  figure  2.  Ici,  les  portions  foncées  sont  devenues 
beaucoup  plus  larges  et  dans  beaucoup  de  points  elles 
sont  traversées  par  des  réseaux  très  compliqués  de  fis¬ 
sures  perliliques  associées  à  des  trichites  et  à  des  inclu¬ 
sions  variées  et  très  nombreuses.  La  matière  incolore 
constitue  encore  une  gaine  sphéroïdale  qui  limite  les 
lithophyses  et  celles-ci  sont  presque  exclusivement  cons¬ 
tituées  d’éléments  bacillaires  convergeant  par  un  centre 
commun. 

A  cette  étape  de  dévitrificatîon  ou  d’arrangement 
moléculaire  interne  à  l’état  solide,  il  peut  dans  bien  des 
cas  en  succéder  une  autre  plus  compliquée  et  dont  la  fi¬ 
gure  3  fournit  un  exemple.  On  y  voit  des  lithophyses 
pareilles  à  celles 
déjà  décrites  mais 
dont  la  coque  in¬ 
colore  externe  est 
enveloppée  d’une 
alternance  plu¬ 
sieurs  fois  répétée 
de  zones  opaques  et 
de  zones  limpides, 
le  tout  englobé  dans 
des  régions  pleines 
d’inclusions  et  plus 
ou  moins  marquées 
encore  au  sceau 
d’une  distribution 
concentrique.  On 
entrevoit  nettement 
alors  le  passage  de 
la  roche  vitreuse 
initiale  à  des  mas¬ 
ses  tout  à  fait  gre¬ 
nues. 

Des  faits  de  ce  genre,  don!  on  pourrait  citer  d'autres 
exemples,  conduisent  tout  naturellement  à  se  demander 
si,  par  des  dispositifs  convenables,  on  ne  pourrait  pas 
parvenir  à  transformer  les  verres  naturels  comme  les 
obsidiennes  -en  roches  cristallines  et  les  conséquences 
du  succès  de  ces  expériences  auraient  une  importance 
évidente  au  point  de  vue  géogénique. 

J’ai  d'abord  tenté  des  essais  sur  de  l'obsidienne  et 
sur  de  la  gallinace,  abandonnées  huit  jours  à  une  tem¬ 
pérature  inférieure  à  celle  de  leur  fusion.  Ces  roches 
étaient  placées  en  fragments  anguleux  dans  des  pots  en 
biscuit  convenablement  disposés  dans  les  conduits  qui 
réunissent  les  fours  où  l’on  cuit  la  faïence  aux  chemi¬ 
nées  de  l’usine. 

C’est  surtout  l’obsidienne  noire,  très  vitreuse  de 
l’Ascension  qui  fut  employée.  A  10  centimètres  der¬ 
rière  le  registre  et  à  7  mètres  de  la  rotonde,  la  roche 
ne  subit  aucune  modification  ;  son  grain  resta  le  môme  • 
la  surface  des  morceaux  s’irisa  des  couleurs  les  plus 
brillantes  et  les  plus  solides,  si  belles,  qu’on  peut  se  de 
mander  s’il  n'y  aurait  pas  là  le  point  de  départ  de 
quelque  application  industrielle,  l’iacée  dans  le  trou 
d'homme,  où  la  température  était  un  peu  plus  forte  la 
roche  conserva  ses  arêtes  à  peu  près  vives  ;  pourtant  il 


L E  NATURALISTE 


288 


sè  développa  dans  son  intérieur  un  certain  nombre  de 
bulles  de  gaz  et  elle  prit  à  l’extérieur  une  couleur  cui¬ 
vreuse  ou  mordorée  remarquable. 

Comme  gallinace  soumise  aux  mêmes  manipulations, 
je  citerai  celle  de  Bassano,  Yicentin.  Placée  pendant  huit 
jours  à  2  mètres  de  la  rotonde  des  lanternes,  cette 
roche,  de  noire  qu’elle  était,  devint  ocreuse  par  oxyda¬ 
tion  et  il  s’y  r  évéla  des  grains  blancs  feldspathiques  et 
des  prismes  d’augite  dont  quelques-uns  seulement  se 
faisaient  voir  avant  l'expérience  sur  les  surfaces  altérées. 


Fig.  2.  —  Obsidienne  de  Teneriffe  remplie,  d'inclusions,  de 
tissures  perlitiques  et  où  les  litliophyses  présentent  une  struc¬ 
ture  rayonnante  très  accentuée.  —  Grossissement  de  35  dia¬ 
mètres. 

La  pâte,  en  perdant  son  éclat  vitreux,  n'a  pas  acquis  la 
structure  cristalline.  Ces  faits  montrent  qu'avant  la  fu¬ 
sion  la  dévitrification  n'a  pas  lieu,  dans  les  conditions 
indiquées,  pour  les  obsidiennes  et  pour  les  gallinacés. 

Une  deuxième  série  d’essais  a  été  exécutée  à  des 
températures  plus  élévées  :  un  fragment  d'obsidienne 
placé  à  1  mètre  avant  le  registre  de  la  cheminée,  a 
conservé  sa  forme  générale,  mais  il  s'y  est  développé  de 
nombreuses  bulles  gazeuses.  Quatre  fragments  de  la 
même  roche  furent  placés  à  1,  à  2,  à  3  et  à  4  mètres  dè 
la  rotonde,  c’est-à-dire  dans  des  points  de  moins  en  moins 
chauds.  Tous  devinrent  pâteux  et  dégagèrent  des  gaz  qui 
firent  boursoufler  la  masse.  La  finesse  des  bulles  et  leur 
rapprochement  sont  d’autant  plus  grands  que  la  tempé¬ 
rature  est.  plus  élevée  ;  et  les  quatre  produits  en  offrant 
identiquement  la  structure  de  certaines  scories  volca¬ 
niques,  peuvent  servir  à  préciser  la  température  relative 
subie  parcelles-ci.  D’ailleurs,  on  ne  voit  nulle  trace  de 
dévitrification  dans  ces  conditions  nouvelles.  Dans  la 
rotonde  même,  un  échantillon  d'obsidienne  se  remplit 
de  très  grosses  bulles  et  devient  absolument  semblable 
à  un  spécimen  naturel  rapporté  du  Mexique. 


Pour  les  gallinacés,  il  n'y  eut  pas  non  plus  de  dévitri¬ 
fication  à  la  température  où  la  roche  devient  pâteuse. 
Les  cristaux  de  pyroxène  déjà  signalés  restent  intacts' 
dans  la  matière  fondue  et  bulleuse,  appuyant  cette  opi¬ 
nion  que  souvent  les  cristaux  préexistent  à  la  fusion  des 
laves  qui  les  apportent. 

C’est  après  ces  expériences,  dont  le  résultat  négatif  ne 
paraît  pas  détruire  l'intérêt,  que  des  essais  par  voie  de 
fusion  ont  été  exécutés.  Us  concernent  également  l’obsi¬ 
dienne,  la  gallinace  et  le  rétinite.  Dans  tous  les  cas,  la 


roche  fut  maintenue  en  fusion  pendant  trente-six  ou 
quarante-huit  heures  ;  puis  le  verre  obtenu  fut  exposé 
pendant  huit  jours  à  la  température  favorable  à  la  dévi¬ 
trification. 

Parmi  les  obsidiennes  qui  lurent'  soumises  à  ce  trai¬ 
tement,  celle  qui  a  été  déjà  citée  iet  qui  provient  de 
l’Ascension,  fond  avec  facilité  et  le  verre  noir,  assez  li¬ 
quide  qui  en  résulte, 1  passe  par-dessus  les  bords  du 
creuset.  Après  les  huit  jours  de  recuit,  la  masse,  bien 
homogène,  est  presque  compacte.  On  y  reconnaît  cepen¬ 
dant  quelques  grains  fort  actifs  sur  la  lumière  polarisée, 
annonçant  certainement  un  commencement  de  dévitrifi¬ 
cation. 

Une  autre  obsidienne,  provenant  del’Hécla,  donne  un 
verre  noir  très  brillant,  compact,  dans  lequel  paraissent 
de  nombreux  noyaux  qui,  bien  que  pelits,  sont  nets  et 
offrent  manifestement  l’effet  d'une  dévitrification.  En 
prolongeant  l’expérience,  on  obtiendrait  certainement 
avec  cette  roche,  des  résultats  comparables  aux  échan¬ 
tillons  naturels  décrits  en  commençant. 

Parmi  les  gallinacés,  celle  de  Nupstadur  (Islande) 
s’est  signalée  par  son  action  corrosive  sur  les  creusets 
rapidement  percés.  La  fusion,  très  facile,  a  donné  en 


LE  NATURALISTE 


28'1 


trois  heures  un  verre  très  noir  qui  fut  mis  à  dévitrifier 
pendant  huit  jours.  Il  contenait  alors  quelques  grains 
cristallins  fort  petits. 

Enfin,  plusieurs  rétinites  ont  etc  soumis  aux  mêmes 
expériences.  Je  me  bornerai  à  signaler  ici  le  résultat 
fourni  par  un  rélinite  d’un  vert  de  pistache,  provenant 
du  grand  système  rétinitique  si  développé  en  Saxe 
auprès  de  Busibad.  Un  échantillon  soumis  pendant 
trente-six  heures  à  une  température  capable  de  le 
fondre  a  produit  une  masse  pâteuse  boursouflée,  tra¬ 
vaillant  beaucoup  et  passant  par-dessus  les  bords  du 
creuset.  Le  produit  obtenu  fut  un  verre  clair  et  grisâtre. 
Celui-ci.  abandonné  huit  jours  dans  des  conditions  favo¬ 
rables  à  la  dévitrification,  s’est  rempli  de  noyaux  cris¬ 
tallins,  les  uns  arrondis,  les  autres  anguleux.  La  cassure 
manifeste  chez  ces  derniers  soit  des  rectangles,  soit  des 
hexagones,  c’est-à-dire  des  formes  analogues  à  celles  des 


feldspath».  L’analyse  chimique  de  ces  noyaux  isolés  au¬ 
tant  que  possible,  donne  des  résultats  voisins  de  ceux 
fournis  par  l’orthose.  Le  produit  de  cette  expérience 
peut  donc  être  regardé  comme  un  intermédiaire  entre 
les  rétinites  et  les  porphyres. 

Comme  on  le  voit,  il  résulte  de  ces  recherches  : 

1°  Que  les  roches  vitreuses  ne  représentent  pas  le  pro¬ 
duit  d’une  vitrification  des  roches  cristallines,  mais  qu’au 
contraire  celles-ci  dérivent  manifestement  des  pre¬ 
mières  par  voie  de  dévitrification  ; 

2°  Que  la  dévitrificalion  directe  de  l’obsidienne,  de  la 
gullinace,  du  rélinite,  etc.,  ne  peut  se  produire  et  que  la 
présence  des  gaz  et  des  vapeurs  contenus  dans  les 
roches  vitreuses  semble  être  l’obstacle  qui  s’y  oppose; 

3°  Que  cette  dévitrification  devient  possible,  quand  les 
roches,  par  une  fusion  préalable,  ont  été  débarrassées  de 
leurs  éléments  volatils.  Stanislas  Meunier. 


LES  VIEUX  ARBRES  DE  LA  NORMANDIE 


ri'Allouville-Kcllern 


(Seine-Inférieure) . 


«  Puisque  . 
pour  l’instruc¬ 
tion  des  généra¬ 
tions  ’  actuelles 
et  futures,  sa¬ 
vants  et  artistes 
composent  un 
impérissable 
souvenir  des  in 
téressants  vesti¬ 
ges  du  temps 
passé,  que  les  a- 
gents naturels  et 
la  civilisation, 
également  des¬ 
tructeurs,  font 
lentement  ou  ra¬ 
pidement  dispa¬ 
raître,  les  natu¬ 
ralistes,  de  leur 
côté,  doivent  dé¬ 
crire  et  figurer 
les  vieux  arbres, 
intéressants  à 
tous  égards,  et. 
les  seuls  témoins 
vivants  d’une 
longue  période 
de  l’Histoire. 

«  Pour  com¬ 
bler  une  lacune, 
j’ai  entrepris  un 
travail  descriptif 
et  iconographi¬ 
que  sur  les  vieux 
arbres  de  la  Nor¬ 
mandie,  provin¬ 
ce  qui  m’est  chè¬ 
re  à  tous  les  ti¬ 
tres  et  dont  je  puis  facilement  étudier  sur  place 
chesses  naturelles,  si  nombreuses  et  si  variées. 

«  L’élude  des  vieux  arbres  de  la  Normandie  a  été 
commencée  depuis  fort  longtemps  déjà;  nous  possédons 


à  leur  égard  un 
certain  nombre 
de  documents 
descriptifs  et  ico- 
n  o  graphiques 
importants  ré¬ 
pandus  dans  des 
publications  dif¬ 
férentes  ;  mais 
beaucoup  de  vi¬ 
des  sont  à  com¬ 
bler,  deslacunes 
existent  dans  la 
connaissance  de 
ceux  que  l’on  a 
décrits,  et,  en 
outre,  il  est  né¬ 
cessaire  de  réu¬ 
nir,  dans  un  tra¬ 
vail  spécial,  tous 
les  documents 
descriptifs  an¬ 
ciens  et  récents, 
après  les  avoir 
souniisà  un  exa¬ 
men  approfon¬ 
di.  » 

Ainsi  commen¬ 
ce  le  premier  fas¬ 
cicule  (I  )  du  tra¬ 
vail  en  question, 
fascicule  paru  il 
y  quelques 
mois,  et  où  sont 
décrits  et  figu¬ 
rés  treize  arbres 
et  deux  groupes 
d’arbres,  repré¬ 
sentés  par  vingt 

(l)  Henri  Cadeau  de  Kerville.  Les  Vieux  Arbres  de  la  Nor¬ 
mandie,  Etude bolanico-historique,  fascicule  I.  avec  20  planches 
atogravurc,  toules  inédites  cl  faites  sur  tes  photographies 
/Extrait  duita//.  de  ta  Soc.  desScicnc.  nat  de  Rouen, 
1890),  Paris,  1891,  J.-B.  Baillière  et  fils,  et  aux  bu- 
ux  du  journal. 


LE  CHÊNE-CHAPELLES  D’Al.LOU  VILLE-BELLE  FOSSE  (Seine-Inférieure}. 
Reproduction  directe  d’une  photographie  de  l’auteur. 

les  ri- 


LE  NATURALISTE 


planches  en  photogravure.  Parmi  eux,  je  citerai  notam¬ 
ment  :  L’If-chapelle  et  l’If-sans -chapelle  de  La  Ilayede- 
Routot  (Eure)  ;  le  Cèdre  du  Liban  du  parc  de  Barville 
(Eure);  le  Hêtre  de  Montigny  ou  du  Fondrel,  à  Montigny 
(Seine-Infe'rieure)  ;  le  Chêne-chapelles  d’Allouvillé-Bel- 
lefosse  (Seine-Inférieure);  le  Trois-Cliênes  ou  Chêne  de 
la  Côte-rôtie,  de  la  forêt  de  La  Londe,  à  La  Londe  (Seine- 
Inférieure)  ;  le  Chêne  à  leu  de  la  forêt  de  Rouraare,  à 
Saint-Martin-de-Boscherville  (Seine-Inférieure)  ;  le  Chêne- 
cuve  de  la  forêt  de  Brolonne,  à  Guerbaville  (Seine-Infé¬ 
rieure),  etc. 

La  description  de  l’arbre,  son  âge,  son  historique,  sa 
légende,  sa  bibliographie,  son  iconographie,  etc.,  tels 
sont  les  points  sur  lesquels  je  m'étends,  afin  de  donner 
sur  les  vieux  arbres  de  la  Normandie  un  travail  suffi¬ 
samment  complet.  Je  souhaite  bien  fort  que  des  bota¬ 
nistes  entreprennent,  pour  les  autres  régions  de  notre 
incomparable  pays,  un  travail  analogue  au  mien.  El,  de 
plus,  je  demande  instamment  qu’il  soit  constitué,  dans 
chaque  département,  une  commission  spéciale,  chargée 
de  noter,  d’une  façon  tout  à  fait  précise,  en  des  points 
absolument  fixes  et  à  des  intervalles  de  temps  déter¬ 
minés,  la  longueur  de  la  circonférence  des  vieux  arbres, 
et  autres  renseignements  analogues,  de  manière  à  ob¬ 
tenir  des  documents  très  exacts  sur  un  point  aujour¬ 
d’hui  fort  peu  connu  :  celui  de  l’accroissement  des  très 
vieux  arbres. 

Les  doyens  des  végétaux  de  la  Normandie  sont  les 
deux  Ifs  de  La  Haye-de-Routot  (Eure),  dont  on  peut  éva¬ 
luer  à  1500  ans  l’âge  approximatif;  mais  le  plus  célèbre 
des  arbres  de  cette  province  est  le  fameux  Chêne-cha¬ 
pelles  d’Allouville-Bellefosse  (Seine-Inférieure),  situé 
dans  les  environs  d’Yvetot,  et  représenté  par  la  ligure 
ci-jointe. 

Ce  Chêne,  de  réputation  européenne,  croît  isolément 
sur  le  terre-plein  où  se  trouve  l’église  d’Allouville,  à 
quelques  mètres  de  l’entrée  de  celte  église. 

Il  possède  encore  beaucoup  de  vigueur.  Le  2  mai  1890, 
époque  à  laquelle  j’en  ai  fait  une  e'tude  attentive,  son 
tronc,  qui  est  complètement  creux,  avait  une  circonfé¬ 
rence  de  O"1, 79  à  1  mètre  du  sol,  et  la  hauteur  totale  de 
l’arbre  était  d’environ  17m,63. 

Le  tronc  est  recouvert,  en  beaucoup  de  parties,  avec 
du  bardeau  de  chêne,  pour  empêcher  l’eau  de  pénétrer 
dans  l’intérieur.  La  portion  terminale  du  tronc  se  com¬ 
pose  d’un  toit  conique,  aussi  en  bardeau  de  chêne,  et 
surmonté  d’une  croix  en  fer.  Des  tiges  de  ce  métal  relient 
entre  elles  les  principales  branches.  Une  balustrade  en 
bois  de  chêne  entoure  la  base  de  l’arbre,  et  un  escalier, 
de  même  bois,  contourne  une  partie  du  tronc  et  mène  à 
la  chapelle  supérieure.  Au  sommet  de  l’escalier,  avant 
d’arriver  à  la  porte  de  cette  chapelle,  existe  une  galerie 
en  chêne. 

Cet  arbre  contient  deux  chapelles  superposées  :  une 
chapelle  inférieure,  dédiée  à  Notre-Dame  de  la  Paix,  et 
une  chapelle  supérieure,  nommée  Chapelle  du  Calvaire. 

On  accède  par  deux  marches  dans  la  chapelle  infé¬ 
rieure,  dont  la  porte,  en  chêne,  se  trouve  dans  une  cre¬ 
vasse  de  l’arbre,  au  pied  de  l’escalier.  Au-dessus  de  cette 
porte  est  fixé  un  écriteau  en  bois  sur  lequel  on  lit  : 

A  Notre-Dame  de  la  Paix,  érigée  par  AI.  l'abbé  du  Détroit, 
curé  d’Allouville,  en  1696. 

Des  documents  que  je  ne  puis  indiquer  ici,  à  cause  de 
leur  longueur,  me  font  admettre  que  l’âge  actuel  de  ce 
Chêne  est  d’environ  78o  à  900  ans. 


Les  limites,  forcément  très  restreintes  de  cet  article, 
m’empêchent  d’entrer  dans  de  plus  amples  délai  1s  sur 
ce  Chêne  célèbre,  classé  au  nombre  des  monuments  his¬ 
toriques  de  la  Normandie,  et  que  le  crayon  et  le  géla¬ 
tino-bromure  ont  reproduit  un  certain  nombre  de  fois. 

L’an  prochain,  je  publierai  le  deuxième  fascicule  de 
l’ouvrage  en  question,  qui,  je  le  pense,  sera  terminé 
avec  six,  et  j’aurai  l’honneur  et  le  plaisir  d’analyse, 
ce  deuxième  fascicule  pour  les  nombreux  lecteurs  de 
cette  revue  scientifique. 

Henri  Cadeau  de  Kerville. 


Les  Éponges 

Les  Éponges  font  partie,  dans  la  classification  zoulo- 
gîque,  du  grand  embranchement  des  Cœlentérés,  dans 
un  groupe  spécial  ou  sous-embrancliement  des  Éponges. 
Ce  groupe  se  divise  en  deux  ordres  :  i°  les  Éponges 
fibreuses  ( Fibrospongiæ )  ;  2°  les  Éponges  calcai  res  ( f'alci - 
spongiæ). 

Les  Éponges  fibreuses  se  partagent  elles-mêmes  en 
plusieurs  tribus  :  1°  les  Éponges  gélatineuses,  Éponges 
molles,  dépourvues  de  toute  espèce  de  squelette  ;  2°  les 
Éponges  cornées,  le  plus  souvent  massives  avec  des 
libres  cornées  (ce  sont  les  Éponges  dont  nous  nous  occu¬ 
perons  dans  cette  note)  ;  3°  les  llalicondriées,  Éponges 
munies  d’aiguilles,  de  spiculés  simples,  etc.  ;  4°  les-' 
Éponges  pierreuses,  compactes  et  résistantes;  5°  les 
Hyalospongiées,  Éponges  à  charpente  trei Hissée  solide 
(Claus).  Le  groupe  des  Éponges  calcaires  n’a  pas  été  sub¬ 
divisé. 

,  Dans  l’échelle  zoologique,  les  Éponges,  qui  sont  immé¬ 
diatement  classées  après  les  Protozoaires,  sont  les  pre¬ 
miers  animaux  qui  laissent  voir  une  organisation  plus 
complexe,  une  différenciation  des  cellules  et  des  tissus. 
Sauf  chez  les  Éponges  gélatineuses,  toutes  les  Éponges 
présentent  un  squelette  ou  charpente  solide  formée  suit 
de  spiculés  siliceux  ou  calcaires  présentant  des  formes 
très  diverses,  régulières  ou  irrégulières,  soit  de  fibres 
cornées  (Éponges  cornées,  bien  connues  par  l’usage 
qu’on  en  fait  :  Éponges  de  toilette,  etc.).  Toutes  les 
Éponges,  sauf  celles  du  genre  Spongilla  (Halicondriées), 
sont  marines  ;  elles  vivent  le  plus  souvent  dans  les.  eaux 
peu  profondes. 

Les  Éponges  cornées  sont  utilisées  par  l’homme  pour 
un  grand  nombre  de  besoins  et  lui  rendent  les  plus 
grands  services.  Aussi  le  mot  «  éponge  »  n’évoque-t-il,  pour 
le  plus  grand  nombre,  que  cette  production  naturelle 
tant  employée  dans  une  quantité  d’usages  domes¬ 
tiques.  Par  ce  fait,  les  Éponges  donnent  lieu  à  un  très 
grand  commerce  ;  celles-ci  sont  variées  de  forme  et  de 
volume,  formées  d’un  tissu  léger,  résistant,  élastique, 
d’aspect  de  couleur  jaune  ou  fauve.  Les  Éponges  sont 
désignées,  dans  le  commerce,  le  plus  souvent,  par  le 
nom  de  leur  lieu  de  provenance.  Nous  citerons  ci-après, 
d’après  Pennetier,  les  principales  sortes  commerciales  ; 
l’éponge  fine-douce  de  Syrie;  l’éponge  fine-douce  de 
l’Archipel;  l’éponge  fine-dure,  dite  éponge  grecque; 
l’éponge  blonde  de  Syrie,  dite  éponge  de  Venise; 
l’éponge  blonde  de  l’Archipel,  dite  aussi  épenge  de 
Venise;  l’éponge  de  Salonique  ;  l’éponge  de  Gerby  ou 
Zerbi,  provenant  de  lile  de  ce  nom  située  dans  le  goltc 
de  Cabès,  près  des  côtes  de  Tunisie;  l’éponge  brune  de 


LE  NATURALISTE 


291 


Barbarie,  dite  éponge  de  Marseille,  provenant  de  Sfax, 
vilfe  de  Tunisie. 

LesÉpo  nges  connues  sous  le  nom  de  «  Bahamas  ®,  no¬ 
tamment,  fournissent  un  commerce  immense,  dont  on  ne 
peut,  se  faire  une  idée.  L’Archipel  des  îles  Bahama 
s’étend,  dans  l’océan  Atlantique,  vers  le  Sud-Est,  depuis 
la  côte  de  Floride  jusque  vers  les  îles  de  Cuba  et  de  | 


être  et  ne  soient  prises  par  les  pêcheurs.  Les  Éponges 
sont  toujours  en  grande  quantité  autour  de  ces  îles,  tou¬ 
jours  poussant  et  croissant.  La  quantité  d'Eponges  expé¬ 
diées  de  ces  îles  pendant  l’année  1890  fut  de  623,317 
livres,  valeur  locale  se  montant  à  31,300  dollars.  On 
en  trouve  toujours  autant  et  les  prix  se  maintiennent 
I  à  un  niveau  égal. 


Emballage  et  expédition  des  Éponges. 

LES  PÊCHERIES  D'ÉPONGES  DES  ILES  BAHAMA. 


Haïti;  il  se  compose  d’environ  630  îles,  îlots  ou  récifs;  il 
appartient  à  l’Angleterre.  Nous  empruntons  à  notre 
confrère  américain,  Scienti/ic  American,  les  renseigne¬ 
ments  qui  suivent,  ainsi  que  les  figures  qui  les  accom¬ 
pagnent,  sur  les  pêcheries  d’Eponges  de  Bahama. 

Ces  pêcheries  couvrent  une  grande  étendue  de  terri¬ 
toire;  elles  donnent  de  l’emploi  après  de  6,000  hommes 
et  enfants  et  sont  pour  la  colonie  une  source  de  revenus 
plus  abondants  qu’aucune  autre  industrie;  il  n’v  a 
aucune  saison  dans  l’année  où  les  Éponges  ne  puissent 


Il  y  a  environ  330  bateaux  de  3  à  20  tonnes  et  à  peu 
près  2,300  barques  non  pontées  s’occupantde  ces  pêches; 
la  plupart  des  travailleurs  sont  des  indigènes  de  l’ile, 
qui  commencent  le  métier  dès  l’enfance  et  le  continuent 
tant  qu’ils  peuvent  en  supporter  les  fatigues.  La 
manière  d’obtenir  l’Éponge  du  fond  de  la  mer  est  de 
l’arracher  de  son  lieu  d’attache  avec  un  long  bâton 
armé  au  bout  d’un  crochet,  si  la  profondeur  est  trop 
grande  pour  ledit  instrument,  le  pêcheur  plonge,  mais 
rarement.  Le  miroir  d’eau  est  indispensable  pour  déter- 


LE  NATURALISTE 


292 


miner  l’endroit  exact  où  se  trouve  l’Éponge  :  c’est  un 
cône  de  bois  terminé  par  un  verre  à  une  extrémité;  en 
mettant  le  verre  juste  sous  l’eau  et  en  regardant  à 
l'autre  bout,  l’opérateur  distingue  parfaitement  le  fond 
et  avec  la  main  qui  n’est  pas  occupée  à  tenir  le  miroir, 
il  manie  le  harpon  et  saisit  les  éponges  choisies. 

Quand  on  la  retire  de  l’eau,  l’Éponge  n’a  pas  l’appa¬ 
rence  que  Ton  connaît,  les  trous  sont  pleins  d’une  sorte 
de  gélatine  foncée  et  le  tout  recouvert  d’une  pellicule 
épaisse.  On  se  débarrasse  de  la  gélatine  par  les  lavages 
et  la  macération. 

Une  foispêohées,  les  Éponges  doivent  être  lavées,  éplu¬ 
chées,  rognées,  séchées,  mises  en  ballots,  pressées  et 
embarquées  après  un  choix  préalable  des  différentes 
qualités.  Les  pêcheries  des  Bahamas  valent  bien  une 
visite,  ajoute  notre  confrère  américain,  il  ÿ  a  peu  d’aussi 
jolies  vues  que  ces  îles  marines  par  un  jour  chaud, 
l’eau  est  transparente  et  claire  et  on  distingue  à  une 
petite  profondeur  la  riche  flore  marine  et  les  diverses 
formes  de  coraux  qui  se  surpassent  en  beauté  et  on 
n’oublie  jamais  le  spectacle  de  ce  merveilleux  paysage 
marin.  Le  prix  local  des  Éponges  varie  de  1  fr.  2 h  à 
G  fr.  20  la  livre;  l’Éponge  laine  est  la  plus  chère. 

P.  G. 


LE  DADI-fiOGrO  OU  BALAUCOUNFA 

(Cerat  liant  liera  Beaumetzi.  Heckel)  de  la  Côte  occidentale 
et  le 

ZERÜIBET  AUTRANI  Heckel  du  Gabon-Congo. 

( Suite  et  fin.) 


Tel  que  je  l'ai  décrit  dans  le  précédent  numéro  du 
journal,  le  Balancounfa  se  révèle  comme  appartenant  au 
genre  Gerathanthera  de  Lestiboudois  (1),  démembrement 
du  genre  Globba  de  Roxburgh.  Il  est  bon.  cependant, 
de  faire  remarquer  que  Lestiboudois  a  établi  son  genre 
sur  l’existence,  à  la  base  de  l’anthère,  d’appendices  en 
forme  d’éperons  :  ici,  les  appendices  calcari formes  exis¬ 
tent  tout  à  la  fois  à  la  base  et  au  sommet  de  l’anthère, 
caractère  qui  eût  pu  paraître  suffisant  à  certains  bota¬ 
nistes  pour  créer  un  genre  Dicekathanthera.  Mais, 
opérer  un  pareil  morcellement  serait  méconnaître  toute 
la  valeur  de  l’adage  :  Caracter  non  faeit  genus;  et  il  me 
semble  suffisant  de  créer  pour  cette  forme  une  section 
spécifique,  ainsi  que  je  me  crois  largement  autorisé  à 
le  faire,  en  me  basant  tout  à  la  fois  sur  la  structure 
florale  (staminale)  et  sur  Taire  géographique  de  l’espèce. 
Celle-ci  qui  présente  l’apparence  extérieure  des  Globba, 
et  dont  la  fleur  rappelle  à  la  fois  celle  des  Mantisia  et 
celle  des  Globba,  enfin  dont  l’habitat  et  la  structure 
florale  se  différencient  nettement  des  autres  Cerathan- 
tiiera  connues,  n’a  jamais  été  décrite  jusqu’ici. 

Telles  sont  les  déductions  qui  s’imposent  après  l’exa¬ 
men  de  la  plante  venue  en  France,  en  serre  chaude, 
d’un  bourgeon  né  sur  un  rhizome  arrivé  à  l’état  frais  de 
la  côte  d’Afrique.  Les  échantillons  secs  ou  conservés 
dans  l’alcool,  de  la  même  plante,  que  j’ai  reçus  de 
Sedhiou,  de  Boké,  de  Thiès,  etc.,  ne  diffèrent  pas  sensi¬ 
blement,  dans  leur  portion  essentiellement  végétative,  de 
ceux  qui  vivent  encore  dans  les  serres  du  jardin  bota¬ 
nique  de  Marseille. 

La  plante  marseillaise  venue  enserre  chaude  a  donné, 
comme  nous  l’avons  vu,  une  inflorescence  et  des  fleurs 
parfaites,  quoique  infécondes,  qui  m’ont  permis  de  la 
déterminer;  dans  sa  patrie,  la  même  plante  n’a  donné 
jusqu’ici  que  des  fruits  (portés  sur  un  rameau  spécial, 
écourté,  à  entre-nœuds  courts,  e,  f),  faisant  suite  à  des 
fleurs  cleistogames  dont  j’ai  pu  trouver  et  examiner,  à 

(1)  Elude  sur  les  Scitaminées  :  Annales  des  sciences  natu¬ 
relles,  deuxième  série,  t.  XV,  p.  341. 


table 

avoi 

A 


l’état  sec,  quelques  échantillons  attenant  encore  au  ra¬ 
meau  floral  né  sur  le  rhizome  (fig.  10). 

Fleur  cleistogame.  —  Ces 

série  de  bractées  vertes,  scaricuses,  courtes 
rappelant  un  bourgeon  foliaire  comme  aspect  général.  Une 
bractée  extérieure  plus  grande  les  entoure  toutes,  c’est,  celle 
qui  subsiste  finalement  et  enveloppe  la  base,  du  fruit.  Toutes 
les  autres  bractées  qui  représentent  les  différentes  parties  du 
calice,  devenues  libres  et  scarieuses,  s’embrassent  complète¬ 
ment  les  unes  les  autres,  en  allant  de  l’extérieur  à  l’intérieur  : 
elles  sont  au  nombre  de  six,  plus  la  bractée  extérieure,  véri- 
C’est  la  même  bractée  que  nous 

u/cune  étamine  unique(fig.ll) 
très  court  filet  au  sommet  d’un  ovaire  intere 
qui  se  termine  lui-même  par  un  long  style  (sty)  et  un  stigmate 
en  entonnoir  qui  s’insinue  entre  les  loges  de  l’anthère  et  épa¬ 
nouit  son  infundibulum  immédiatement  au-dessus  de  ces 
loges  (sIg).  Cette  étamine  diffère  essentiellement  par  sa  forme 
de  celle  que  nous  avons  vue  dans  la  ficur  normale  zygomorphe. 

En  elfet,  si  le  filet  en  est  court,  elle  est  très  développée  et. 
comme  étirée  dans  le  sens  de  la  longueur.  Les  sacs  anthériques 
sont  très  longs  et  séparés,  comme  dans  la  fleur  zygomorphe, 
par  un  sillon  dans  lequel  se  loge  le  style  terminé  par  un  stig- 
mate  bordé  de  papilles  visibles  à  l’œil  nu  (stg).  Ce  stigmate 
est  beaucoup  plus  grand  et  plus  évasé  que  celui  de  la  fleur 

'  Slais  ce  qui  est  caractéristique  dans  l’étamine,  c’est  la  ter¬ 
minaison  supérieure  et  inférieure  du  connectif  qui  se  prolonge 
en  haut  et  en  bas  (et  non  pas  aux  quatre  coins  au  quadrilatère 
comme  dans  la  fleur  normale)  en  deux  cornes  raides,  assez 
courtes,  très  pointues  (eps,  épi),  qui  ne  ressemblent  pas  du  tout 
et  flexibles  de  la  fleur  zygomorphe. 

,  des  stylodes  propres  à 
de  la 


rois  cloisons  et  d’ovules 


:ède  le  fruit,  ovoïde,  allongé,  long  de  .3  à 
état  de  maturité  complète.  A  ce  mo- 
péricarpe  est  de  couleur  rougeâtre  (iig.  10),  entouré 
d’une  bractée  demi-envefpppante  à  la  base  (e).  Supérieurement, 
il  se  prolonge  en  une  portion  cylindrique  couronnée  par  des 
lambeaux  de  style.  Il  renferme  trois  loges  séparées  par  des 
cloisons  blanches,  grêles,  supportant  à  leur  point  de  conver¬ 
gence  un  gros  placenta  succulent,  à  saveur  fortement  cam¬ 
phrée  (fig.  8),  remplissant  les  loges  et  dans  lequel  sont  noyées 
des  graines  noires  ou  brunâtres  à  testa  crustacé.  Cos  graines 
sont  ovales,  de  saveur  poivrée  et  réunies  en  deux  rangées  dans 
chaque  loge  de  l’ovaire,  de  haut  en  bas.  Fendues  longitudi¬ 
nalement,  elles  présentent  un  albumen  amylacé  avec  un  em¬ 
bryon  droit.  Ce  fruit  ressemble  beaucoup  à  celui  de  Amomum. 
Mcleguetla  Rosooè,  de  la  cote  d’Afrique;  mais  les  graines  en 
sont  un  peu  moins  poivrées  et  chaudes  au  goût.  Toutefois,  on 
sait  que  le  fruit  de  TA.  Melêguetta  succède  aune  fleur  normale 
bien  connue,  tandis  que  dans  Cerathanthera  Beaumetzi,  né  en 
Afrique,  les  bourgeons  floraux  et  les  bourgeons  foliaires, 
quoique  très  rapprochés  les  uns  des  autres  sur  lé  mi 
•  '  ’  ’  indépendants. 


En  somme,  le  phénomène  de  dimorphisme  floral  que 
nous  venons  de  décrire  se  rattache  nettement  à  un  état 
cleistogame  qui  se  complique  ici  de  la  transformation 
des  fleurs  normales  en  bulbilles,  alors  que  les  fleurs 
clandestines  sont  seules  fécondes.  Mais  les  unes  et  les 
autres  travaillent,  par  des  procédés  différents,  à  la  pro¬ 
pagation  de  l’espèce,  et,  comme  il  est  probable  que  ces 
mêmes  fleurs  normales  (bien  que  je  ne  les  y  aie  pas  vues 
encore)  existent  sur  les  représentants  de  l’espèce  nés  en 
Afrique  tropicale,  il  n’y  a  rien  de  surprenant  à  voir  une 
plante  pourvue  de  ces  deux  modes  de  reproduction 
(sexuée  d’une  part,  et  apogamique  de  l’autre)  occuper 
une  aire  géographique  aussi  considérable.  Il  est  admis¬ 
sible,  d’après  ce  que  nous  a  appris  Ch.  Darwin  sur  l’état 
cleistogame.  que  les  fleurs  normales  et  les  fleurs  clan¬ 
destines  ne  se  produisent  pas  en  même  temps  sur  le 
même  pied  et  que  ces  deux  états  exigent,  pour  se  mani¬ 
fester,  des  conditions  telluriques  et  climatériques  spé¬ 
ciales. 

L’intérêt  que  présentent  tous  ces  phénomènes  ca¬ 
pables  de  jeter  du  jour  sur  nos  connaissances  encore 
très  réduites,  concernant  l’état  cleistogame,  se  double 
de  ce  fait  que,  jusqu’ici,  à  ma  connaissance,  aucune 
espèce  de  la  famille  des  Scitaminées  n’a  été  indiquée 
comme  pourvue  de  lleurs  clandestines.  C’est  donc  une 
nouvelle  plante  à  ajouter  à  la  liste  encore  fort  courte 
des  Monocotylédones  portées  au  catalogue  des  espèces 
cleistogames. 


LE  NATURALISTE 


--93 


Je  ne  puis  terminer  cetle  étude  botanique  du  Balan¬ 
counfa  sans  montrer  combien  cette  espèce  cleistogame 
et  distopique  diffère  d’une  espèce  voisine  nouvelle  et 
africaine  comme  elle,  originaire  des  environs  de  Libre¬ 
ville  (Gabon-Congo),  et  que  j’ai  nommée  Z erumbet  Au- 
trani.  Comme  au’  Gabon,  où  elle  est  indigène,  et  em- 
oyée  à  titre  de  purgatif  (ainsi  que  le  Balancounfa,  dans 
Sénégambie)  sous  le  nom  pahouin  à'Essoun  et  de 
Abèrê  en  M’pongué,  j’ai  pu  croire  un  instant,  sur  le 
simple  examen  de  ses  fruits  et  de  ses  organes  végétatifs, 
qu’elle  se  confondait  avec  le  Balancounfa,  mais  la  cons¬ 
titution  florale  a  rectifié  mon  jugement  sur  ce  point. 

Le  Z  erumbet  Autrani  est  une  plante  de  1  mètre  environ 
de  haut,  à  feuilles  acuminées,  très  lisses,  mesurant 


froissé  et  plissé  longitudinalement  dans  le  bouton,  est 
d’un  développement,  énorme  et  d’une  remarquable 
beauté,  par  sa  forme  et  son  coloris  tendre.  Ce  synème 
présente  quatre  lobes  peu  accusés  el  deux  bosses  supé¬ 
rieurement  au  point  de  son  intersection  :  il  est  rabattu 
en  tablier  et  finement  strié  longitudinalement. 

L’étamine  dans  le  bouton  se  présente  sous  l’aspect 
indiqué  figure  11,  A  et  B  vue  de  face  et  de  dos.  On 
voudra  bien  remarquer  que  cette  apparence  rappelle 
beaucoup  celle  de  l’étamine  cleislogameduCerat/ianfAera 
Beaumetzi  ;  ce  qui  semblerait  indiquer  que  l’état  cleis¬ 
togame  dans  une  espèce  peut  bien  être  la  reproduction 
d’une  condition  importante  (état  de  bouton)  dans  une 
espèce  voisine  moins  évoluée.  On  trouve,  en  effet,  dans 


Fig.  h,  —  Coupe  transversale  de  l’ovaire  velu  dans  la  fleur 
zvgomorphe  ;  cl,  cloisons  avortées  ;  ffr,  faisceaux  flbro-vascu- 
Jaires.  40/1. 

Fig.  7.  —  Fruit  mûr  de  la  fleur  cleistogame,  ouvert  supé¬ 
rieurement  et  un  peu. desséché  :  a,  graines  fixées  à  plat  sur  le 
placenta  pulpeux  ;  b,  cloisons;  G.  N. 

Fig.  8.  —  Coupc  transversale  de  l’ovaire  représenté  figure  7. 
mais  plus  frais  :  cl,  cloisons  îles  loges;  gr,  noyées  dans  un 
arille  pulpeux;  pi,  placenta.  G.  N. 

Fig.  9.  —  A,  Graine  entière.  B,  graine  fendue  longitudina- 


b,  bourgeon  né  sur  le 
gaines  de  feuilles  ;  f,  ai 
hase  du  fruit  e.  G.  N. 


Fig  1 1  —  Etamine  do  la  fleur  cleistogame  fertile  :  eps, 

éperon  supérieur  ;  épi,  éperon  inférieur;  a,  logos  do  l’anthère  ; 
s  tu,  style;  sIg,  stigmate  en  entonnoir.  10/t. 

u  Etamine  pnnrvne  de  deux  api'endiees  verticaux 
dans°  le  . . ton  floral  du  Zemmbet  Autrani  Heckel,  el  rappe¬ 

lant  ceux  de  la  fleur  cleistogame  de  Cerathanl/iera  Beaumetzi 
Heckel.  A  :  vue  de  face  antérieure,  B,  vue  de  face  poste- 


0"V10  de  long  sur  3  de  large,  un  peu  épaisses  et  non 
velues  ;  la  nervure  médiane  est  très  accusée  à  la  face 
inférieure,  limbe  inégal,  gaine  auriculée. 

Un  rameau  secondaire  (né  sur  le  rameau  principal  ton- 
ours  stérile)  porte  les  organes  reproducteurs  réunis  à 
'extrémité  de  l’axe  et  liés  ramassés.  L’axe  foliaire  porte 
à  la  base  des  feuilles  réduites  à  leur  portion  engainante  : 
à  la  partie  .supérieure,  il  porte  des  feuilles  normales. 
L'axe  floral  est  revêtu  d’écailles  engainantes  (/'.,fig.  t’-j 
et  se  termine  par  une  ou  plusieurs  (leurs  groupées  à 
son  sommet  et  enveloppées  chacune  dans  une  large 
bractée.  Le  calice  extérieur  est  mince,  transparent,  el 
fendu  du  côté  extérieur,  mais  non  dans  toute  sa  lon¬ 
gueur.  Les  sépales  internes  sont  très  minces  et  de  cou¬ 
leur  bleutée.  Le  supérieur  répond  à  l’étamine,  il  est  plus 
large  que  l’autre,  qui  répond  au  synème.  Ge  dernier, 


l’étamine  du  bouton,  deux  appendices  cornus,  raides  et 
verticaux  au  cuntieclif.sidgca.it  à  lu  par tic  Mip.-i  icmv 
de  l’organe  :  les  appendices  inférieurs  manquent,  et  il 
est  remarquable  de  voir  qu’ici, comme  dans  Ccrathanthera 
Beaumetzi  les  appendices  qui  demeurent  toujours  verti¬ 
caux  dans  la  fleur  fermée,  se  déjettent  latéralement  et 
se  contournent  (ici  en  corne  de  bélier  cl,  pour  Balan¬ 
counfa  en  éperons)  dans  la  fleur  épanouie.  Cet  exemple 
montré  bien,  dans  toute  leur  évidence,  les  rapports 
morphologiques  de  la  fleur  cleistogamr  et  de  la  fleur  en 
bouton  non  épanouie  :  l’une  ne  serait  que  l'etat  devenu 
fixe  d’un  état  transitoire. 

Cetle  étamine  a  son  anthère  appendue  par  le  dos  a  un 
filet  élargi  :  sa  partie  inférieure  est  donc  libre.  Le  style, 
long  el  grêle  naît  du  sommet  de  1  ovaire  entre  deuxsty- 
loïdes  épais  et  accolés  à  sa  base,  et  s’épanouit  en  un 


294 


LE  NATURALISTE 


stigmate  en  entonnoir  cilié,  qui  siège  au  sommet  même 
des  anthères  (a). 

L’ovaire  est  à  trois  loges  et  donne  un  fruit  ovale,  de 
coloration  rouge  foncé  à  maturité.  Chaque  loge  renferme 
un  nombre  considérable  de  graines  à  arille  pulpeux, 
d’odeur  camphrée  :  ces  graines  sont  polyédriques  et  à 
testa  crustacé. 

11  n’est  pas  douteux  que  cette  plante  appartient  au 
genre  Z erumbet  de  Lestiboudois,  par  la  conformation  du 
synème  à  quatre  lobes  obscurs,  par  le  calice  extérieur 
fendu,  par  le  filet  s’insérant  à  la  base  du  dos  de  l’an¬ 
thère,  enfin  par  la  présence  de  deux  stylodes.  Un  seul 
caractère  générique  fait  défaut,  c’est  la  présence  d’un 
appendice  staminal  tubulé  et  enveloppant  le  style  :  mais 
ici,  cette  condition  est  remplacée  par  les  appendices  en 
cornes  de  bélier,  déjà  indiqués,  et  qui  établissent  un 
rapport  intéressant  entre  les  genres  Z erumbet  et  Cera- 
thanthera. 

Cette  espèce  nouvelle,  que  j’appelle  Z  erumbet  Autrani, 
outre  qu'elle  jette  un  certain  jour  sur  la  constitution  de 
la  fleur  cleistogame  de  Cerathanthera  Beaumetzi,  apporte 
donc  un  chaînon  de  plus,  et  très  intéressant,  dans  la 
sériation  des  Zingibéracées. 

Ed.  Hkçkel. 


BIBLIOGRAPHIE 


BOTANIQUE 

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sammen  brachten,  mit  Angabe  der  wichligsten,  iiber 
ihre  Reisen  und  deren  Ergebnisse  verrttïentlichten 
Aufsâtze. 

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G.  Malloizf.l. 


Le  Gérant.  :  Emile  Dl 


EYROLLE. 


LE  NATURALISTE,  REVUE  ILLUSTRÉE  DES  SCIENCES  NATURELLES 


TABLE  DES  MATIÈRES 

DU  CINQUIÈME  VOLUME  DE  LA  DEUXIÈME  SÉRIE 

1891 


Alytcs  obstetricans  ii K .  j . 
Amphioxus  (fig.. 


Ardea  alba.  152 

Balœniceps  rex  (fig.).  203 

Bison  (fig.).  279 

Bufo  calamita  (kg.).  60 

Bombinator  igneus  (fig.  .  60 

Bufo  vulgaris  (fig,).  6» 

Cacatua  roseicapilla.  58 

Camelus  bactrianus  (fig.;  .  11 

Capreolus  pygargus  (fig.).  152 

Caprimulgus  arenicolor.  152 

Carpodacus  pulcherrimus  153 


Centetes  setosus  vfig.) .  167 

Chauliodus  (fig.).  158 

Chelmo  rostratus.  28 

Chenopsis  atratus  (fig.).  213 

Chèvre  angora  (fig.).  13 

Chien  (fig.).  36 

Chryscmys  picta(fig.).  19 

Cistudo  d’Europe  (fig.'.  95 

Goronelialœvis  (fig.).  120 

Craspcdophora  Mantoui  (il. 

sp.).  261 

Crecetus  arenarius.  133 

—  furunculus.  153 

frumentarius  (fig.).  23 

Emou  (fig.).  216 

Equus  Kiang  (fig.).  152 


Felis  manul.  153 

Felis  Shavviana.  153 

Gazella  subguttorosa.  153 

Gerbillus  psammophilus.  153 

Gymnorhina  tibicen.  7 

Gyps  hymalavensis.  153 

Haltomys  œgvptiacus  (fig.  .  168 

Huppe  (fig.).'  179 

Hyla  viridis  (fig.'.  59 

Ibdorhynchus  Struthersii.  154 

Lagomys  Bonvaloti.  155 

Lama  peruviana  (fig.).  216 

Launis  leucopterus.  152 

Lepadogaster  bimaculatus.  28 

Lézard  v crt  <  lie.  .  96 

-  ocellé  (fig.;.  96 

Lion  (fig.).  71 

Meies  obscurus.  155 

Merles.  67 

Merops  apiaster  (fig.).  275 

Merula  Ressleri.  153 

Molosse  (fig.).  14 

Mouton  (fig.).  8 

Mymus  polyglottus.  7 

Mvodes  lemnus  (fig.).  23 

Neoscopelus  (fig.).  158 

Nesokia  Seullvi.  153 

Oiseau-lyre  (fig.'.  216 

Ovis  Poili.  133 

Palœornis  derbyanus.  lai 

Panthalope  Hodgsoni  (fig.).  152 

Passer  ammodendri.  152 

Pelobates  fuscus  (fig.).  60 

Pelodytes  punctatus  (fig.).  60 

Pcrdix  Hodgspniîe.  154 

(fig.).  162 

Phasianus  mongolicus.  152 

—  Tarimcnsis.  152 


Art 


Picus  leucopterus.  132 

Platydactyle  (fig.J.  96 

Podoces  Hcndcrsoni.  132 

—  Biddulphi.  152 

Pœophagus  grunnicns  (fig.).  loi 
Pteromys  alborufus.  .  153 

Pyrangua  rubra.  7 

Rana  viridis  (fig.).  60 

-  fusca  (fig.).  60 

Renard  bleu  (fig.).  13 

Rhinolophus  '  ferrum-equi- 

num  (fig.).  239 

Salamandra  maculosa  (fig.).  61 

Sciuruî  ervgthrogaster.  155 

Sula  bassana.  "  254 

Syngnathus  microchirus.  224 

Syrrhaptes  paradoxus.  147-152 
Tortue  franche  (fig.).  95 

-  maurilanique  (fig  ).  95 

-  caouanno  (fig.).  95 

Tetranorhinus  lateralis.  122 

—  Mocquardi.  122 

—  nigroluteus.  122 

—  variabUis.  122-208 

Telraophasis  Desgodinsi.  133 

-  palmatus  (fig.R  61 

Trogon  Hargitti.  261 

Tropidonotus  natrix  (fig.).  111 

—  viperinus  (fig.)  120 

Ursus  collaris.  *  155 

Vipera  aspis  (fig.).  110 

-  berus  (fig.).  110 

Vulpes  fatuellus.  157 

-  ferilatus.  155 

Xenorhvnchus  senegalensis 

■  fig.'.'  "  234 


llfères,  Oiseaux,  Reptiles,  I»oissons 


Bison  d’Europe  (fig.),  J.  Gutrnan. 

Colonies  hibernales  de  chauves-souris  (fig.  ,  II  Gadéau  de 
"  Kcrvillo. 

De  la  présence  d’œufs  étrangers  dans  le  nid  des  oiseaux,  F.  de 


Description  de  deux  espèces  nouvelles  dotseaux  appartenant 
aux  familles  des  Paradiseidefe  et  des  Trogonidic,  E.  Oustalct. 
Elude  anatomique  des  réservoirs  aériens  d’origine  pulmonaire 
:hez  les  oiseaux,  A. 

Huppe  dans  les  légt 
La  musique  de  la  nature 
(Le  Balœniceps  roi  (fig.), 

Le  fou  de  Bassan,  Magau 
Le  Guêpier  (fig.),  Albert  Granger. 

Le  Mesoplondon  Sowerbiensis,  Cétacé  ziphoide,  Albert  Granger. 
Le  Mouton  domestique  (fig.),  Remy  Saint-Loup. 

'Le  Quetzal  (fig.),  Albert  Granger. 

Le  rôle  du  foie  chez  les  anciens,  allégorie  d’Aristée,  F.  I.a- 


Les  Chameaux  (fig.l,  Remy  Saint-Loup. 

■  Les  Lions  (fig.l.  Remy  Saint-Loup. 

(fig.',  H.  Leyeilb 


Les  Cacatoès  rosalbins  du  Jardin  des  Plantes  de  Paris.  F.  de 


h. 

Les  Oiseaux  de  France  (fig.),  A.  G 
Les  Races  de  l’Inde  (fig.),  H.  Lcveillé.  n 

Les  Timbres-poste  zoologiques  (fig.),  A.  Granger. 

L’Estivation  (fig.),  L.  Cuénot. 

L’Hibernation  (fie.  ,  L.  Cuénot. 

L’Hiver  de  1891  et  les  Merles,  E.  Pissot. 

Ophidiens  de  l’Amérique  interlrnpicale  ap- 
genre  Tretanorhinus,  Bocourt. 

Nouvel  appareil  pour  capturer  les  cerfs  des  ménageries  afin  de 
leur  couper  les  cornes  (fig.),  E.  Sauvinet. 

Nouvelle  apparition  du  Syrrhaptes  paradoxus,  L.  Bureau. 
Préparation  des  Poissons  (fig.),  A.  Granger. 

Recherche  et  préparation  des  Batraciens  (fig.),  A.  Granger. 
Recherche  et  préparation  de  Reptiles  .fiu.),  A.  Granger. 

12C 

Sur  un  jeune  chien 
H.  Gadeau  do  Kerville. 

Une  Tortue’ bicéphale  (fig.). 


107 


2S2 

127-171 

215 

167 

12-22-31 

67 


la  Chenille  de  Spilodcs  verlicalis,  P.  Chrétien. 

Des  différentes  galles  produites  par  les  Acariens  sur  les  végé¬ 
taux  (lig.),  Ménégaux. 

Deux  Parnassiens  nouveaux  de  l’Asie  centrale,  L.  Austaut. 

Développement  de  l’Hvdrophilc  brun  (lig.',  Louis  Planet. 

Diagnoses  d’Acariens  nouveaux,  Dr  E.  Trouessart. 

Diagnoses  de  Lépidoptères  nouveaux,  P.  Dognin.  8-36-61-85- 
125-132-159-211-223-242 

Diagnoses  de  Micro-lépidoptères 

Elevage  de  Pyrophorcs. 

Entomologie  appliquée  à  l’agricult 

Histoire  des  Acariens  des  végétaux,  leur  anatomie  (fig.),  Méné¬ 
gaux. 

Insectes  nuisibles  aux  pins  maritimes  importés  dans  la  baie  de 
la  Somme  (fig.),  Decaux. 

La  collection  entomologique  de  feu  l’abbé  de  Marseul. 

La  larve  et  la  nymphe  du  Prione  Tanneur  (Prionus  coriarius) 
(fig.),  Louis  Planet. 

La  nymphe  du  Telephorus  rufipes  c fig.),  Louis  Planet. 

La  ressemblance  protectrice  chez  les  Lépidoptères  européen 
(fig.),  F.  Plateau. 

La  Tiseheria  complanella  (fig.),  E.  Pissot. 


25 

109-121- 

-257-278 

67-99 

264 

196 

53-116 

107-122 


Le  Bombyx  du  Saule  (fig.),  E.  Pissot. 

Le  Colias  Wiskotti  et  ses  variétés,  Austaut. 
Le  Crabe  des  Cocotiers  (fig.),  E.-L.  Bouvier. 
Le  Criquet  pèlerin,  Ch.  Brongniart. 

Les  premiers  é 
Le 
P. 


Note  a  propos  de  l’article  :  Histoire  c 
A.  Ménégaux,  et  Dr  Trouessart. 

Note  sur  la  taune  orthoptérologique  de  l’ile 


Nouvelles  espèces  de  Lépidoptères  du  Laos  (fig.),  G. -A.  Poujadc. 
Récréation  entomologique  (fig.),  Decaux. 

Utilisation  do  la  ramie  en  sériciculture,  A.  Ménégaux. 


Asphalia  orinœ  (n.  sp.). 
Balanus  (fig.). 

Birgus  laro  (fig.). 
Blastophagus  piniperda 

(fig-)- 

Bœotis  Dryades  (n.  sp.). 
Bombe 
Botys  i 
—  sexpunctalis  (n.  sp.). 
Brotis  ! 


Cidaria  Saimyiiegoi  (n.  sp.). 
Colias  Wiskotti. 

Corœbus  amethystinus. 
Cratosia  unilineata  (n.  sp.\ 

.  ■  (fig-)- 


Cyclops  (fig.). 

Cypridina  (fig.). 

Daplinia  (fig.). 

Dœdalnia  palacio  (n.  sp.) 
Eacles  eminens  (n.  sp.). 
Ecpantheria  hebona  (n.  sj 
Empusa  Daga  (n.  sp.). 
Enagra  cœrulea  (n.  sp.). 
Erastria  scitula. 


Eudule  cinctata  (il.  sp.). 
Eupagui 
Eupyra  sarama  (n.  sp.). 
Eurybia  turna  (n.  sp.). 
Euryglottes  davidianus. 


la  (n.  sp.)  (fig.). 
Flavinia  gopala  (n.  sp. 
Galeodes  Blanchardi. 
Gaejonia  (n.  g.),  Ar'a 


■seæ  (n.  sp.). 
Gonoptcryx  Bhamni  (fig. 
Hapalopus  ruficc'ps. 
Hccatora  fatuolla  (n.  sp.) 
Heterocampa  mariva  n.s] 


Hyalurga  Noguei  (n.  sp.). 
Hydrias  globuius. 
Hydrophilus  piceus  (fig.). 
Kallima  paralekta  (fig.  -. 
Lafajana  cupra. 


Lepas  (fig.). 

Lcptalis  Schansii  (n.  sp.). 
Liparis  salicis  (fig.). 
Lithosia  griseola  (fig). 
Lyccena  corydon  var. 
Lvmnas  vidali  (n.  sp.) 
Maia  (fig.). 

Macromphalia  lojanensis 


(fig-)- 

(n.  sp.). 
Peucctia  quadrilineata. 

(n.  sp.). 
(«g-)- 
(fig-)- 
(fig-)- 

Pliyllocoples  Ballci  (n.  sp.). 

Fockeni  (n.  sp 
Phytocoptes  epidermi. 
Phytoplus  (fig.). 

—  Avellanæ. 

—  Nalcpai. 

piri. 


Pissodos  notatus  (fig.).. 
Bolivari. 

iua  (n.  sp.) 

(fie-)- 

Pterophorus  monod'acty- 
lus  (fig.). 

Ptychopleryx  ducissa  (n. 
sp.). 

Purius  Courregesi  (n.  sp.). 
Pygnogonum  (fig.). 
Pyrophorus  noctilucus. 
Rhodites  rosæ. 

Sabulodes  proximata  (n. 
sp.). 

Spilodes  ceruginalis. 

—  verticalis. 


pes  (fig.). 
Teresias  serra  (fig.).  . 

Totranychus  ! 


.  (n.  sp.). 
Tillus  formicarius  (fig.). 
Tischeria  compianella  (fig.). 


Typhobia. 

Urania 
Vcnilla 
Ver  blanc. 

Xenosoma  flavisedes  (n.  sp.). 
Xylomyges  conspicillaris. 
Ypsipctes  simulator. 

Zeuzera  lclex  (n.  sp.). 


105- 1S 


Dr  C.  Girard. 
Tiphqbia  appliqué  à  un  genre  de 


Deux  espèces  i 
Doit-on  consoi 
Mollusque,  C.-F  Ancey. 

Espèces  du  genre  Hélix  peu  communes  en  France,  A.  Grangcr. 
La  Chlorophylle  normale  existe-t-elle  chez  les  animaux  (fig.', 
P. -A.  Dangeard. 

La  couleur  verte  des  animaux  (fig.),  P. -A.  Dangeard. 

La  respiration  des  Ampullaires  (fig  ),  E.-L.  Bouvier. 

Les  recherches  sur  les  Tuniciers  des  côtes  de  France  (fig.), 
E.  Rabaud. 

(fig.),  Paul  Groult 

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ESPÈCES  DÉCRITES  OC 


Acanthometra  (fig.1. 

Actinia  (fig.). 

Alcyonium  (fig.).  ' 
Amphoriseus  flamma. 
Ampullaria  globosa  (fig.). 

—  insularum  (fig.). 
Anisonema  viridis  (fig.). 
Aphrodita  (fig.). 

Aphysia  depilans  (fig.V 
Aplysia. 

Asterias  (fig.). 

Axinclla  (fig.). 

Balanoglossus  (fig.). 

Balbiana  gigantca. 

Bcrtia  satyri. 

—  Studeri. 

Bonellia  (fig.). 

Botrylloides  rubrum. 
Botrvllus  violaceus. 
Branchcllion  (fig.).  - 
Brisinga  (fig.). 

Campanularia  (fig.). 
Cerianthus  (fig.). 

Charybdea. 

Chlamydomonas  Morieri  (fig). 
Chlorogonium  euchlormn 

(fig-)- 

Corallium  (H . 

Crisia  (fig.). 

Crvptazeca  monodonta  (fig.). 
Cucumaria  (fig.). 

Cyclatella  annelidicola. 
Cydippe  (fig.). 

Cylichna  Grimaldii. 
Dcndropliyllia  (fig.). 
Dentalium  (fig.j. 


148 

148 

148 

276 

144 

145 
129 
174 
186 

51 

173 

148 

173 
12 

276 

276 

174 
217 

45 

174 

173 

164 

148 

164 

87 

87 

148 

196 

264 

173 


276 

148 

185 


247 


Doris  (fig.). 

Drillia  Cecchii  (n.  sp.) 

Gvrophvllum  Hirondcllei . 
Hclix. 


=  cas. 


Holothuria  (fig.). 

Hydrolimax  bruneus  (n .  sp.) 
Hydroporus  Guernei. 

Idalia  (fig.). 

Lanistes  bolteniana  (fig.). 
Loligo  (fig.) 

Lutraria  Turneri  ^n.  sp.) 
Lymnœa  crassUabrum  (fig.). 
Martesia  roseotincta  (n.  sp.) 
Mcladomus  purpureus  (fig.) 
Modiola  sirahensis  (n.  sp  ). 
Nematobothrium. 

Niso  Chcvrouxii. 

Obclia  (fig.). 

Oligotoma  sirpata  (n.  sp.) 
Ophiotrix  (fig.). 

Ophrydium  versatile  (fig.). 
Palmella  hyalina  (fig.). 
Pandora  Edwardsi  (n.  sp.) 
Paramœcium  bursaria  (fig.) 
Pcdicellina  (fig.) 

Phaeotus  lenlicularis  (fig.). 


s  il  !ê  s  &  ü  ü  'è  s  il  iç  i|Ls  §  £  sJjsJL?  i  §  §  | S  §  lif  |  ^  a  Jf,  aissisiS  .ssèrs  .....  ..,.r£ÿ.s  E  sjyg  s 


L K  NATURALISTE 


(n.  sp.). 


12 

196 

164 

65-92 


Rotifêres. 

Salpa  (fig.).  196 

Savignvarca  savignyarca  (n. 

■PO-'  '  '  222 

276 


(flg-)- 

laria  (fig.). 
digitalis  (n.  sp.). 


(fig-)- 

Tri tü nia  (fig.). 

Trypanosoma  Balbianii. 
Tugonia  adonensis  (n.  sp.). 
Vclella  (fig.). 

Vci 

Ver  de  terre. 


te  monstruosité  du  Puiyporus  squamosus,  Patouil- 

iard. 

luserie  botanique  (fig.),  Dr  Paul  Girod. 

Développement  des  téguments  de  la  graine,  thèse  (fig.), 
guillon. 

iagnoses  d’espèces  nouvelles  on  peu  connues  pour  la  : 
la  péninsule  ibérique,  G.  Rouv. 

Exploitation  de  l’Alfa,  H.  Lecomte. 

des  radicelles  (fig.),  H  Douliot. 

L’Alfa  (fig.),  H.  Lecomte. 

La  Chayotte  (fig.),  D.  Bois. 


Da- 


La  flore  de  l’Inde  dans  ses  rapports  avec  la  flore  do  France 
H.  Léveillé.  56-91-202- 

i  nouvelle  flore  des  champignons  (fig.  ;. 

Le  cocotier  des  Séchelles  (fig.),  II.  joret. 

Le  cotonnier  soyeux  (fig.). 

ou  Balancounfa  et  le  Zerumbet  (fig.),  Heckel. 

Courbaril,  au  point  de  vue  alimentaire 

(fig.),  Decaux. 

Le  Papyrus  (fig.),  H.  Joret. 

Le  Pourridié  de  la  vigne,  P.  Hariot. 

Le  Raphia  rufïia  (fig.),  H.  Joret. 

Les  algues  dans  l’alimentation  japonaise,  P.  Hariot. 

Les  Eucalyptus  (fig.),  H.  Jorct. 

Les  fèves  sauteuses  du  Mexique,  P.  Chrétien. 

P.  Hariot. 

Les  morilles  (fig.),  P.  Hariot. 

Les  Narcisses  (fig.),  P.  Hariot. 

Les  palmiers  polycéphales  (fig.),  H.  Léveillé. 

Les  végétaux  dans  l'alimentation  en  Grèce,  P.  Hariot. 

Les  vieux  arbres  de  la  Normandie  (fig.).  H.  Gateau  de  Kcrvilln 
Note  sur  la  classification  des  basidiomycétes  (fig.),  L.  Dufour. 


Le  Dadi-gogo  c 
Le  fruit  de  l’Hy 


209-229 

18S 

14 

23 

277-292 


34 


l’involucre  des 
A.  Daguillon. 

Société  botanique  de  France,  Ch 
Suites  à  la  flore  de  France  do  Grenier  < 
Utilisation  de  l’Alfa  (fig.).  H.  Lecomte. 


Godron,  1 


Auriculaire  (fig.). 

Barbarea  vulgaris. 

Beggiatoa. 

Bcrbcris  vulgaris. 

nivea. 

flabelliformis(fig.). 

6: 

Botrydium  granulatum  (fig.). 
Botrvtis  tenella. 


Capsella  bursa-past 


Arenaria  serpyllifolia. 


(fig-)- 

Erophila  vulgaris. 
Eruca  sativa. 
Erysimum  hieracifoliu 
Erythrœa  capitata. 
Eucalyptus  (fig.). 


Frankenia  pulverulenta. 
Fumaria  parviflora. 
Gigartina  lancifolia. 

Giroflée  (fig.). 

(fig-)- 


tsolepis  gracilis  (fig.). 

in  thalictroides. 

Leopoldia  Ho  '  *  3 

Lebidium  sativun 
—  Oraba . 


Henrici 
Mentha  cardiaca 
Mcrolius. 

Mesegloia  dccipiens. 


furl'ur. 
Morchella  esculenta  (fig.) 
_  conica  (fig.). 


Saponaria  vt 
Sebastiania  bilocularis. 
—  Palmieri. 

—  Pringlei. 

Sechium  edule  (fig.). 
Silene  conoidea. 

—  gallica. 


298 


LE  NATURALISTE 


Tujasnella  (fig.). 
Tulostoma  (fig.). 
Turritis  glabra. 
Vinca  major. 
Viola  biflora. 


Viola  odorat  a. 

—  sylvatica. 

—  tricolor  (fig.). 
Viscmn  album  (fig.). 
Zerumbet  Autrani. 


Brosses  métalliques  pour  le  nettoyage  des  fossiles  (tlg.). 
Coupe  d’un  sondage  à  Curgies  (Nord)  (fig.),  H.  Boursault. 
Dendrites  artificielles  (fig.),  Stanislas  Meunier. 

Géologie  stratigraphiquo,  L.  Gérardin. 

Granit  noduleux  (fig.),  Stanislas  Meunier. 

La  faune  tertiaire  de  la  Patagonie,  Dr  E.  Trouessart. 

La  nappe  d’eau  de  la  craie  aux  environs  de  Laon  (fig.),  H.  I 
sault. 

Le  puits  artésien  de  Sprinfield  (fig.). 

Les  Dendrites  (fig.  1,  C.  Houlbert. 

Les  insectes  tertiaires  de  l’Amérique  du  Nord  (fig.  ,  Dr  E.  Tri 


Les  méthodes  de  minéralogie  synthétique,  Stanislas  Meunier. 
Les  oiseaux  fossiles  delà  République  argentine,  D1’  E.  Troues- 


Les  Phonolithcs  de  la  Haute-Loire,  F.  Prieur. 

Les  Phosphatières  d’Hardivilliers  (fig.),  Stanislas  Meunier 

Les  soi-disant  dépôts  morainiques  (fig.),  A.  Villot. 

Nouvelle  plante  fossile  (fig.),  Stanislas  Meunier. 

Observations  sur  l'obsidienne  (fig.),  Stanislas  Meunier. 

Silex  éclatés  par  la  gelée  (fig.),  H.  Boursault. 

Société  géologique  de  France. 

Staurophyton  bagnolcnsis  (fig.),  Stanislas  Meunier. 

Sur  une  cristallisation  remarquable  de  Gypse  (fig.', 
nislas  Meunier. 

Sur  une  pluie  singulière  observée  à  Diarbékcr  (fig.), 
nislas  Meunier. 

Sur  un  remarquable  échantillon  de  fer  natif  ^ fig. ' , 
nislas  Meunier. 

Un  rare  échantillon  d’or  cristallisé. 


269 

44 

46-55 


STE  DES  PRI 


TES 


CITEES 


Barrandeocrinus  (fig.'. 
Belemnitella  quadrata. 

Blocs  erratiques  (fig.'. 
Brontornis  Burmeisteri. 
Ceratosaurus  nasicornis(fig.). 
Chalicotherium. 

Craie. 

Cycadospadix  Virei  (fig.). 
Dendrites. 

Diceras  âriètinum  (fig.). 

Fer  natif. 

Gypse  (fig.). 

Hyracotherium  ventico- 
lum  (fig.). 

Lepus  cunicnlus. 


269 


141 

160 

n 

101 

65-92 

141 


Macro  thorium. 

Myxomygale  antiqua. 
Necrosorex  Quercvi. 

Or. 

Phenacodus  Wortmanni(  fig.) 
Phonolithcs . 

Phosphates. 

Prodryas  persepione.  (fig.). 
Frolibythea  vagabunda. 
Staurophyton  bagnolen 
sis  (fig.). 

Stilopsychc  libithoides  (fig.’. 
Xiphodontheriumprimœvun 


ï>ii 


A  prop 
Collect: 


par  le 


maladie  des  barbeaux,  A.  Raillel 
nographiques  rapportées  de  Mt 
Dr  François  (fig.),  Deniker. 

La  vie  au  sein  des  mers,  par  L.  Dollo(fig.),  Ménégaux. 

Le  parasitisme  chez  les  animaux  et  chez  les  plantes  (fig.), 
E.  Rabaud.  1 32- 

L’ethnographie  à  l'Exposition  de  MM.  Bonvalot  et  le  prince 
Henri  d'Orléans  (fig.),  Deniker. 

L’évolution  des  formes  animales  avant  l’apparition  de  l’homme 
(fig.),  Ménégaux. 

L'exploration  en  Asie  centrale  de  MM.  Bonvalot'et  le  prince 
Henri  d’Orléans  (fig.),  E.-L.  Bouvier. 

L’hibernation  (fig.),  L.  Cuénot.  1 

L’océanographie,  Kœhler. 

Nécessité  du  babil  des  femmes,  F.  Lahille. 

Origine  parasitaire  des  tumeurs,  Fabre-Domergue. 

Poisson  et  homard,  à  propos  de  Terre-Neuve,  F.  Mocquard. 


Société  philomatique  de  Paris,  Bouvier 
Société  zoologique  de  France,  Bouvier. 
Souverbic  (Nécrologie). 

Théorie  de  l’hérédité,  F.  Lahille. 


118-217-258 

132-223-267-276 


Chronique 


■ipheus 


Appât  pour  papillons. 

A  propos  des  états  imparfaits  de  l’U: 

Callovien  de  Toul,  à  Neufchâteau. 

Captures  d’insectes  à  la  lumière  électrique. 

Cerveaux  conservés  naturellement. 

Classification  curieuse. 

Concours  de  décortication  de  la  ramie. 

Congrès  de  l’association  française  pour  l’avancement  des 
sciences. 


ïampig 


.  de  la  teigne. 


Criquets  en  Algérie. 

Culture  du  Tricophyton, 

Curieux  effets  de  l’électricité. 

Destruction  de  l’Anthonomus  pomorum. 

Distoma  pulmonalis. 

Distribution  de  graines  et  de  plantes  du  Muséum  de  Paris 
Excursion  géologique. 

Exposition  Bonvalot  (et  Henri  d’Orléans. 

Faculté  des  sciences  de  Paris. 

Insectes  nuisibles  aux  végétaux  d’origine  étrangère. 

Legs  Mathieu  Bourceret. 

î  gélatino-bromure, 
tures. 


L’inventeur  des  glaces 
Maladies  des  greffes-bc 
Mimisme. 

Missions  scientifiques. 
Mœurs  du  corbeau. 
Muséum  de  Paris. 


285 


Wvi-cilne 


And 


189 

137 

-189-285 

273 

112-136 

39 


5-199 

3-191 


151 

1-80-90 


—  Brady,  Hartnack,  Samo,  Feistmantel. 

Krutizki,  Maximowicz,  Poey,  Winchell,  J.  Leidy, 

J.  Leconte,  Schomburgk. 

Barclay,  Pelzeln,  Cari  Wedl. 

Nouvelle  revue  d’histoire  naturelle. 

Nouvelle  technique  pour  la  recherche  des  bacilles  de  la  tuber¬ 
culose. 

Outardes  en  Roumanie. 

Palmiers  monstres. 

Plantes  du  voyage  Bonvalot.  . 

Plume  des  oiseaux. 

Pollen. 

Pommes  gelées. 

Primevères  de  Chine. 

Remarques  sur  les  Reptiles  de  France. 

Réle  des  vers  de  terre  dans  la  culture. 

Session  extraordinaire  de  la  Société  botanique  de  France. 
Société  anthropométrique  de  Philadelphie. 

Société  des  sciences  naturelles  de  l’ouest  de  la  France. 

Société  entomologique  do  France,  prix  Dollfus. 

Soutenances  de  thèses  pour  le  doctorat  ès  sciences  natu¬ 
relles.  52-63- 

Sur  un  nouveau  gisement  de  terrain  houiller  déoouvcrt  au 
Bonhomme  (Alsace). 

Terrain  houiller  du  Nivernais. 

Travaux  pratiques  d’anatomie  gér 
Une  ferme  d’éléphants. 

Un  exemple  de  fertilité. 

Un  lsaria,  parasite  du  ver  blanc. 

Un  nouvel  emploi  du  scorsonère. 

Variété  de  Lveœna  corydon. 


érale. 


Table  alphabétique  par  noms  d’auteurs 


Anccy  (C.  F.)  Doit-on  conserver  le  nom  de  Tiphobia  appliqué 

à  un  genre  de  Mollusque.  264 

A ustaiit  (L.).  Deux  Parnassiens  nouveaux  do  l'Asio  centrale.  180 
—  Le  Colias  Wiskotti  et  ses  diverses  variétés.  98 

Bocourt.  Note  sur  quelques  ophidiens  de  l’Amérique  intertro¬ 
picale  appartenant  au  genre  Tretanorhinus.  121-208 

Bois  (D.  .  La  Chayottc,  scchum  edulc  Swartz  (fig.).  170 

Bonnet  (Dn.  Note  sur  la  faune  orthoptérologique  do  l’ilo 

d’Yéso  (Japon).  192 


LE  NATURALISTE 


299 


Itour sait l(  (Henri).  Coupe  d’un  sondage  à  Curgies  (Nord).  118 

—  La  nappo  d’eau  de  la  craie  aux  environs  de  Laon  (fig.).  17 

—  Silex  éclatés  par  la  gelée  (lig.).  194 

Bouvier  (Iî.  L.).  La  respiration  des  Ampullairrs  (lig.).  14:1 

—  Le  crabe  des  cocotiers  ou  Birgus  Larron  (lig.).  81 

—  L’exploration  en  Asie  centrale  de  MM.  Bonvalot  et  le 

prince  Henri  d’Orléans  (fig.).  15 1 

—  Société  zoologique  de  France  (comptes  rendus).  132-160-223- 

267-276 

’’  —  Société  philomatique  de  Paris  (comptes  rendus).  118-217-238 

Brongniart  (t'ii.).  Le  Criquet  pèlerin.  217-232 

Bureau  (Louis  .  Nouvelle  apparition  du  Syrrhaplçs  ]mr:i- 

_  doxus.  1 47 

Chauveaud.  Société.  botanique  de  France.  137  -J" 

flirétieii  (P.'.  Description  de  la  chenille  de  Spilodes  verticalis.  219 
—  Diagnoses  de  micro-lépidoptères  nouveaux.  67-99 

—  Les  fèves  sauteuses  du  Mexique.  268 

-  —  Les  premiers  états  do  la  Spilodes  ceruginalis.  1S6 

—  Le  témoignage  de  Sep,  observations  sur  des  chenilles.  19 

l’osniovici  (Dr  !..  <'.).  Un  enkystement  inconnu  du  distomum 

lanccolatum.  247 

—  Quelques  remarqués  sur  les  rotifères.  63-92 

Cuéuot  (L.).  L’Estivation  (fig.).  >  167 

—  L’Hibernation  (fig.).  '  '  12-22-31-31-90 

Daguillon  (A.).  Recherches  anatomiques  et  physiologiques 
sur  les  Bractées  de  l’involucre  des  composés  par  Lucien 
Daniel  (Thèse)  (lig-)-  37-17-4 

Dangeard  (P.-.V.).  La  chlorophylle  normale  existe-t-elle  chez 

les  animaux.’  (fig.).  57 

—  La  couleur  verte  des  animaux  (fig.,  .  128 

Decanv.  Insectes  nuisibles  aux  pins  maritimes  importés  dans 

la  baie  de  la  Somme  (fig.).  107-122 

.  —  Récréation  entomologique  (fig.).  26 

l  —  Le  fruit  de  l’Hymœnea  courbaril  au  point  de  vue  ali¬ 
mentaire  (fig.).  283 

Deuikcr.  Collections  ethnographiques  rapportées  de  Méla- 

nésie  parle  Dr  François  (fig.).  227-243 

—  L’Ethnographie  à  l’exposition  de  MM.  Bonvalot  et  le 

prince  Henri  d’Orléans.  183-191 

Dogniu  (P.).  Diagnoses  de  quelques  loin eroeères  du  Vènézuela.  109-121 
y:  —  Diagnoses  de  lépidoptères  nouveaux.  8-36-61-85-125- 

132-159-211-223-242-257-278 
Douliot  (H.).  Formation  des  radicelles  (fig.).  74 

Dufour  (L.).  Note  sur  la  classification  des  basidomycètcs 

champignons  (fig.)  130-149-159 

Fabrc-Domerguc.  Origine  parasitaire  des  tumeurs. 

Folin  (marquis  de).  Sur  un  mollusquo  nouveau,  le  crypta- 

zeca  monodonta  (fig.).  264 

G*“  (A.).  Les  oiseaux  de  France  (fig.).  283 

Gadcau  de  Kerville.  Colonies  hibernantes  de  chauves-souris 

(fig.).  239 

—  Les  vieux  arbres  de  la  Normandie  (fig.).  289 

—  Sur  un  jeune  chien  monstrueux  du  genre  triocéphale.  36 

Girard  (Dr  F.).  Deux  espèces  nouvelles  de  planaires  améri¬ 
caines.  80 

—  Une  tortue  bicéphale  (fig.).  19 

Girod  (Dr  Paul..  Causerie  botanique  (lig.).  La  Giroflée.  181 

Doux  (A  ).  Sur  la  classification  et  les  a  limités  des  Mollusques.  24 

Grangor  (Albert).  Espèces  du  genre  Hélix  peu  communes  en 

France.  129 

—  Le  Guêpier  (fig.).  273 

—  Le  mesoplodon  soxverbiensis,  cétacé  ziphoïde.  96 

—  Le  Quetzal  (fig.).  162 

—  Les  timbres-poste  zoologiqucs  (fig.).  213 

—  Recherches  et  préparation  des  batraciens  (lig.).  58-69-80 

—  Préparation  des  poissons  (fig.).  33-50 

—  Recherche  et  préparation  (bas  reptiles  fig.  .  94-110-120- 

193-242 

Groult  (Paul).  Conservation  des  animaux  marins  lis'.  .  147-104-173- 

185-196 

—  Les  éponges  (fig.).  290 

Gutiuan  (J.).  Bison  d’Europe  (lig.,.  279 

—  La  musique  de  la  nature,  oiseaux  chanteurs  (fig.).  .''-233 

Mar  lot  (P.).  Les  Algues  dans  l’alimentation  japonaise.  97 

—  Les  microbes.  49 

—  Les  Morilles  (fig.).  211 

—  Les  Narcisses  (fig.).  113 

—  Le  pourridié  de  la  vigne.  255 

—  Les  végétaux  dans  l’alimentation  en  Grèce.  66 

Houlbcrt  (C.;.  Les  dendrites  (fig.).  63 

Hecl£Cl(D''E.).  la’  Dadi-gogu  ou  lia  laiumitiiùi  i  l  le  /  e  ruinbct(fig.  .277-292 


des  Séchelles  (Lodoicea  Sechella- 
emploi  (fig.). 


142 

240 

apports  avec  la 

36-91-202-209-229 

107 

270 

77-127-171 


Joret  lllonrii.  Le  eorotii 
rum)  (fig.). 

—  Les  eucalyptus,  découverte  historique, 

—  Le  Papyrus  (fig.). 

-  Le  Raphia  Rullia  (fig.). 

.lousscnuiiK-  ît  ).  Description  de  mollusques  mm  veaux.  183-20 
Ivochler.  L’O  scanographie. 

Labilli-  (F.  .  Le  rôle  du  foie  chez  les  anciens,  allégorie  d’Aristcc 
—  Nécessité  du  babil  des  femmes. 

—  Théorie  de  l’hérédité. 

Lecomte  (H.)  Exploitation  de  l’Alfa. 

—  Utilisation  de  l’Alfa  (fig.). 

Le  veillé  (H.  .  La  Flore  de  l’Inde  dans 
Flore  do  France. 

—  Les  monstres  humains  (fig.). 

—  Les  palmiers  polycéphales  (lig.). 

—  Les  races  de  l’Inde  (fig.). 

Magand  d’Aubusson.  Le  lou  de  Bassan.  254 

Malard  (A.-E.).  La  nouvelle  flore  des  champignons.  Iss 

Malinvaud  (Ern.).  Question  de  nomenclature  botanique,  Buda 

vel  Tissa.  463 

Méncgaux.  Des  différentes  galles  produites  par  les  acariens 

sur  les  végétaux  (lig.).  205 

—  Histoire  des  acariens  des  végétaux,  leur  anatomie  (fig.).  53-116 
—  La  vie  au  sein  des  mers  par  L.  Dollo  (fig.).  158 

— -  L’évolution  des  formes  animales  avant  l’apparition  de 

l’homme  (fig.).  140 

—  Notes  à  propos  de  l'article,  histoire  des  acariens  des 

végétaux.  173 

—  Utilisation  de  la  ramie  en  sériciculture.  8 

Meunier  (Stau).  Dentrides  artificielles  (fig.).  92 

—  Granit  noduleux  (fig.).  208 

—  Les  méthodes  do  la  minéralogie  synthétique .  169 

—  Les  phosphalières  d’Hardivillers  (Oise)  (fig.).  46-35 

—  Nouvelle  plante  fossile  (fig.).  401 

—  Observations  sur  l’obsidienne  (fig.).  287 

—  Staurophyton  Bagnolensis  (lig.).  134 

—  Sur  une  cristallisation  remarquable  du  gypse  (fig.).  263 

—  Sur  un  remarquable  échantillon  de  fer  natif  (fig.).  256 

—  Sur  une  pluie  singulière  observée  à  Diabékir  (Asie  mi¬ 
neure)  (fig.).  49 

|  Moi-qiiiii-d  (E.).  Poisson  cl  Homard  à  propos  é'1  Terre  Neuve.  139 
Oustalct  (E  ).  Description  de  deux  espèces  nouvelles  d’oiseaux 
appartenant  aux  familles  des  paradiseidæ  et  des  trogo- 
nidæ.  260 

Patouillard.  A  propos  d’une  monstruosité  du  polyporus  squa- 

mosus.  19-1 

Pissot.  La  Tischcria  complanella  Hubn  (fig.).  236 

—  L’Hibernation.  80 

—  L’Hiver  de  1891  et  les  merles.  67 

Le  Bombyx  du  Saule,  Liparis  salicis  God  (fig.).  89 

Pizon  (A.).  Etude  anatomique  des  ré-ervoirs  aériens  d'onenn' 

pulmonaire  chez  les  oiseaux.  105 

—  Sur  un  cas  de  parasitisme  chez  une  ascidie  composée.  45 
Plane!  (Louis).  Développement  de  l’hydrophile  Brun  (lig.  •  239 

—  La  larve  et  la  nymphe  du  Prione  tanneur  (prionus  co- 

riarius).  31 

—  La  nymphe  du  telephorus  rufipes  (fig.).  135 

Plateau.  La  ressemblance  prof -cl rire  riiez  les  lépidoptères 

ropéens  (lig.).  -'51 

Pouj.-uli-  G. -A.  .  Nouvelle- espeeesdelépidoptèrosduLaos  fig.)  143 

Ponsargues  (E.  de).  Le  Balotniceps  roi  (lig.).  203 

Prient  (Ferai.).  Les  phonolilhes  de  la  Haute-Loire.  44 

Babaud  (Etienne  .  Le  parasitisme  chez  les  animaux  et  les 

plantes  (fig.).  132-175-199 

—  Les  recherches  sur  les  Tunicicrs  des  côtes  de  France  (fig.)  434 

Bnilliel  A.).  A  propos  de  la  maladie  des  barbeaux.  12 

Itou  y  (G.).  Suites  il  la  flore  de  t’rance.  11-21-94 

—  Diagnoses  d’enpéccs  nouvelles  ou  peu  connues  pour  la 

flore  de  la  Péninsule  ibérique.  248 

Kéniy  Saint-Loup.  I.o  mouton  domestique  (lig.). 

—  Les  chameaux  (fig .).  41 

—  Les  lions  (fig.).  40 

Sam  inet  (E.  .  Nouvel  appareil  pour  capturer  les  corfs  d  -  mé 

nageries  afin  de  leur  couper  les  bois  (fig.).  08 

Scliacck  F  de  .  La  huppo  dans  1  149 

—  De  la  présence  d’œufs  étrangers  dans  le  nid  des  oi¬ 
seaux.  222 

—  Le  cacatoès  Rosalbins  du  jardin  des  plantes  de  Paris.  58 

Trouessart  (If  E  .  1 1  >ses  d’ai  -  louvcaux. 

—  La  faune  tertiaire  do  la  Patagonie.  204 


LE  NATURALISTE 


300 


Troncssart  (Dr  E.)-  Les  insectes  tertiaires  de  l’Amérique  du 
Nord  (fig.). 

—  Les  oiseaux  fossiles  de  la  République  argentine. 

—  Note  au  sujet  de  l’article  de  M.  Menegaux  intitulé  : 
Histoire  des  Acariens  des  végétaux. 

Yillot  (A.).  Les  soi-disant  dépôts  morainiques  de  l’époque  qua¬ 
ternaire  (fig.). 

Xambcn  Entomologie  appliquée  à  l’agriculture. 

—  Mœurs  et  métamorphoses  du  Corœbus  amoth ystinus. 
X***  Recherches  sur  la  circulation  des  lamellibranches  marins. 


Académie  des  Sciences 

Acarien  nouveau,  nanorchestes  amphibius. 

A  ccroissement  de  la  coquille  chez  Hélix  aspersa. 

Action  de  l’acide  phénique  chez  le  chat. 

Action  de  la  morphine  sur  le  chat. 

Actions  des  poisons  sur  la  germination. 

Actions  mécaniques  des  gaz  sur  les  roches. 

Actions  vaso-motrices  des  produits  bactériens. 

Age  des  sables  et  argiles  bigarrés  du  Sud-Est. 

Age  d’un  granité  porphyroïde  des  Pyrénées-Orientales. 

Aiguillon  de  l'Heterodera  Schactii. 

Amidon  des  tubercules  de  radis. 

Amphibole  artificiel. 

Anatomie  comparée -des  végétaux. 

Anatomie  des  Ophioglossées. 

Anatomie  du  Corambc  testudinaria. 

Animaux  fossiles  de  l’ilo  de  Samos. 

Antagonisme  des  champs  visuels. 

Appareils  circulatoires  et  respiratoires  des  Arthropodes. 
Assimilation  des  lichens. 

Assimilation  spécifique  dans  les  ombcllifcrcs. 

Atrophie  musculaire  progressive  expérimentale. 

Bactèriacées  vertes. 

Bassin-  houillor  du  Bourbonnais. 

Blastogénèsc  chez  les  larves  d’Astellium  spongiforme. 

Caractères  anatomiques  de  l’Hyperoodon  rostratus. 

Cerveau  des  Arthropodes. 

Champignons  entomophytes. 

Champignons  parasites  des  Criquets. 

Chronologie  des  roches  éruptives  de  Jersey. 

Communications  terrestres  entre  l'Asie  et  l’Amérique. 
Communications  terrestres  entre  l’Europe  et  l’Amérique. 
Composition  dos  Topinambours. 

Congrès  international  do  géologie. 

Constitution  géologique  de  la  Corse. 

Constitution  géologique  des  chaînes  alpines. 

Copépodes  parasites. 

Craie  à  Baculites  du  Cotentin. 

-  Criquets  d’Algérie. 

Cultures  du  Staphylocoque  pyogène. 

Déformation  actuelle  de  la  croûte  terrestre. 

Dégagement  de  l'oxygène  et  de  l’acide  carbonique  chez  les 
Cactées. 

Dégagement  d’oxygène  par  les  plantes  aux  basses  températures. 
Destruction  des  insectes  nuisibles  à  la  betterave. 

Destruction  du  peronospora  Schactii. 

Développement  dos  Chromatophorcs  des  Cépholopodos  octo- 
podes. 

Développement  des  Copépodes  ascidicoles. 

Développement  des  éponges. 

Développement  des  fibres  musculaires  des  Crustacés  isopodes. 
Développement  des  nageoires  paires  du  Cyclopterus  lumpus. 
Développement  du  mésoderme  des  Crustacés. 

Dévonien  supérieur  dans  la  vallée  d’Ossan. 

Différences  extérieures  des  Mématobothrinus. 

Différences  sexuelles  chez  le  I,epadogaster. 

Différenciation  de  l'endoderme. 

Différenciation  du  liber. 

Digestion  stomacale  do  la  Grenouille. 

Dimorphisme  des  mâles  chez  les  Crustacés. 

Dimorphisme  sexuel  des  Copépodes  ascidicoles. 

Effet  du  froid  sur  les  poissons. 

Eléphants  du  Mont-Dol. 

Embryologie  de  la  poule. 

Embryons  des  Astellium  el  des  Pscudodidemnum. 

Entrainement  musculaire. 

Enclaves  de  Trachyte  de  Mcnet. 

Epithéliums  hépatiques  de  la  Testacelle. 


230 

269 


29 

196 


73 


28 

124 


177 

'177 

238 

124 

238 

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177 

283 

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261 


261 

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28 

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28 

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100 

138' 

39 
28 

100 

76 

177 

177 

40 
100 


Essai  d’ostréiculture. 

Etude  anatomique  de  la  Cyclatella  annelidicola. 

Etude  sur  le  Chclmo  rostratus. 

Eucalyptus  introduits  en  Europe. 

Evolution  sexuelle  des  truites. 

Expériences  d’ostréiculture. 

Faluns  de  Gombesville. 

Faune  apidologique  du  sud-est  de  la  France. 

Faune  concliyliologique  terrestre  et  fluviale  du  Sahara. 

Flores  fossiles  du  Portugal. 

Formation  de  la  membrane  nucléaire. 

Formation  des  argiles  à  silex. 

Formation  des  dunes  de  Bourgogne. 

Formation  des  feuilles  des  Æsculus  et  des  Pavia. 

Formation  des  Mezcntcroïdes. 

Formation  du  système  nerveux  périphérique  des  vertébrés. 
Formations  éocènes  de  l’Algérie. 

Forme  extérieure  des  muscles. 

Forme  larvaire  du  Parmophore. 

Fusion  des  sensations  chromatiques. 

Genre  Euclea  des  Ebénacées. 

Germination  des  graines  de  Cactées  dans  le  péricarpe. 

Glandes  de  Ivéber  et  de  Grobben. 

Granits  prétendus  postsccondaircs  de  l’Ariège. 

Greffe  des  parties  souterraines  des  plantes. 

Hématine  végétale. 

Hématozoaires  de  la  Grenouille. 

Histoire  de  la  fécondation. 

Histoire  de  la  Truffe. 

Homologie  des  appendices  pédieux  et  céphaliques  des  annélides. 
Hypothèse  du  sphéroïde. 

Ichthyosaure  de  Sainte-Colombe. 

Identité  de  TAtlantoncma  avec  l’anguillula  brevispina. 
Idrosynchrasie. 

Influence  de  l’air  sur  les  mousses. 

Influence  de  la  salure  sur  la  formation  do  l’amidon. 

Influence  dos  froids  sur  les  animaux. 

Innervation  de  la  trompe  des  Glycères. 

Innervation  de  i’estomac  chez  les  Batraciens. 

Intoxication  par  les  moules. 

Levure  de  vin. 

Locomotion  des  Arthropodes. 

Maladies  osseuses  des  grands  singes. 

Mâles  d’ostracodos  d’eau  douce. 

Mécanisme  de  la  sécrétion  urinaire. 

Membrane  du  sac  lymphatique  œsophagien  (Grenouille). 
Métamorphoses  des  Criquets  pèlerins. 

Microbes  des  nodosités  des  légumineuses. 

Microbes  des  vases  de  la  mer  Noire. 

Minéraux  du  Congo. 

Mœurs  du  Gobius  minutus. 

Mœurs  de  TEmenardia  flabellalus. 

Mouvements  des  chromatophorcs  des  Céphalopodes. 
Muscardine  du  ver  blanc. 

Myographe  dynamométrique. 

Manorchcstes  amphibius. 

Xématocide  de  l’Heterodera  Schactii. 

Niveaux  fossilifères  dans  la  craie  de  Villedieu. 

Nouvelle  Cycadéc  fossile. 

Nouvelle  substance  albuminoïde  du  sérum  sanguin. 

Noyau  des  spongiaires  et  des  infusoires. 

Offretite,  minéral  nouveau. 

Organes  gustatifs  de  la  Baudroie. 

Oscillations  rétiniennes. 

Palme!  line. 

Parapodes  des  Syllidicns. 

Parasite  du  Hanneton. 

Physiologie  de  la  racine. 

Plantes  parasites. 

Pœcilogonie. 

Pouvoir  globulicide  du  sérum  sanguin. 

Présence  de  l’amidon  dans  les  feuilles. 

Présence  de  liber  médullaire  dans  une  racine. 

Présence  de  rudistes. 

Prix  décernés  en  1890. 

Recherches  sur  la  sardine  de  la  Méditerranée. 

Rejet  de  la  bile. 

Répartition  hivernale  de  l’amidon  dans  les  plantes  ligneuses. 
Reproduction  artificielle  d’un  trachyte  micacé. 

Reproduction  des  Autolytcæ. 


100  E 

28  E 
28  E 
63  E 


40  |  S 

63-  Si 
28  ;  Si 

28  ;  S 
76  S 
40  S 
177  S 
100  S 
286  S 
189  S 
286  S 
189  S 
238.  ï 
189  1 


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213 


124 

63 

137 

202 


177 

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138 

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250 

44 

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202 

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28 

2S 


274 
28  I 
40  [ 

202-213 

124 

189 

214 


40 

124 

224 

138 


39 


LE  NATURALISTE 


;;hi 


Résistance  du  virus  rabique.  21 4 

Respiration  des  cellules  dans  les  tissus  massifs.  7G 

Rhizœcus  falcifer.  214 


Rideaux  de  la  Picardie.  28 

Sables  diamantifères  en  Laponie.  ■'>2 

•Sécrétion  rénale  des  Crustacés.  21 4 


Seigle  enivrant. 

Sexualité  chez  l’Hydatina  senta. 

Sondages  du  bassin  houiller  du  Boulonnais. 
Spermatogenèse  chez  les  Locustides. 

Sporozoaires  nouveaux. 

Sternum  des  vertébrés. 

Structure  des  ocelles  de  la  Lithobie. 

Structure  des  Peronosporées. 

Structure  des  rameaux  de  Lépipodendron. 
Structure  du  pancréas. 

Substances  solubles  du  bacille  pyocyanique. 
Système  artériel  des  Isopodes. 

Système  nerveux  entecocoelien  des  Echinodcrmes. 
Système  nerveux  des  monocotvlides. 

Terfas  ou  Truffes  d'Afrique. 

Tiges  des  mousses. 

Tissu  épithélial  fibrillaire  des  Annelides. 
Transformation  des  feldspaths  en  Wernérite. 
Travail  musculaire. 

Truffes. 

Truffes  d'Asie  et  d’Afrique. 

Tubercules  des  racines  de  légumineuses. 
Tuberculose  (réfraction  à 
Tubes  criblés  des  filicinées  et  des  Equisetinées. 
Variation  du  bassin  chez  le  Cachalot. 


250 

250 


30 

285 

28 

214 

214 

03 


Livres  nouveaux  analysés  on  eités 


Amateur  d’oiseaux  de  volière. 

Catalogue  des  Coléoptères  d’Europe. 

Coquilles  mariues  des  Côtes  de  France. 

Cursu  elementaru  de  gcologia. 

Etude  sur  la  fourmi  domestique  de  Reims. 

Explication  de  l’époque  quaternaire. 

Faune  de  la  Normandie. 

La  famille  primitive,  les  origines,  etc. 

La  pèche  et  les  poissons  des  eaux  douces. 

La  plume  des  oiseaux. 

Les  oiseaux  de  France  (fig.). 

Les  plantes  d’appartemenl . 

Les  sens  et  l’instinct  chez  les  animaux. 

Les  virus. 

Méthodes  de  synthèse  en  minéralogie. 

Novitates  lepidopterologicæ. 

Rapport  sur  les  travaux  du  laboratoire  d’études  de  la  soie. 
Revue  de  l’école  d’anthropologie. 

Tableaux  analytiques  pour  déterminer  les  Coléoptères  d’Europe. 
Traité  scientifique  et  industriel  do  la  Ramie. 


250 

137 

250 

137 

137 

112 

16 

27 

150 

150 


BIBLIOGRAPHIE 
noms  d'a 


Généralités,  Faunes,  ete.  —  De  GuerneJ.,  185.  -  Frédéric,  I... 
179.  —  Korotneff  von  A.,  317.  -  Passargc  Siegfried,  538.  —  Pnppc 
S.-A.,  463.  —  Scmper  C.,  482.  —  Schuberg  Dr.  A,,  475.  —  Villot  A., 
337.  —  Wills  A.-W.,  556.  —  Zaroudnoi  N.,  339.  —  Zschokkc  F.,  341. 

Anatomie,  Physiologie,  Biologie,  ete.  —  Addueo  V..  152.  153 
—  Albertoni  Peter,  151.  261.  —  Anderson  S.,  262,  263,  264,  263,  266, 
267.  —  Ansiaux  G.,  133.  —  D’Arsonval,  513.  —  Arthus  M.,  268.  — 
Ballowitz  E.,  2,  514.  —  Barfurth  D.,  394.  —  Barthcls  1’.,  315.  — 
Baur  C..,  515,  516.  —  Beddard  F. -K.,  397.  —  Bchrends,  270.  —  Bel¬ 
mondo  E.,  et  Oddi  R.,  271.  -  Bencdicenti  A.,  288.  —  Bienfait  e 
Hogge,  158.  —  Bizzorcro  G.,  160.  —  Blumenau  L.,  162.  —  Blum* 
ricb  J.,  517.  —  Boas  J.-K.-V.,  272,  402.  —  Bonani  O.,  289.  —  Bor‘ 
gert  A.,  274.  —  Brauer  A.,  518.  —  Brindley  K.,  407.  —V.  Brunn  A. 
519.  —  Buisine  A.  et  P.,  273.  —  Burckhardt  Rud.,  520.  —  Biirgerj 
Otto,  408.  —  Contejean  Ch.,  415.  —  Cano  G.,  166.  -  Cattini  J.,  336. 
Cazin  M„  105.  —  „C,erfontaine  P.,  167.  —  Chalmcrs  M.,  279.  —  Cho- 
lodkovsky  N.,  280.  —  Clans  C.,  100,  281.  —  Cornil  V.,  283.  —  Corning 


H. -K..  102.  —  Cox  W.-IL,  168.  —  Cuénot  L.,  417.  -  Cunningham  .1.. 
283.  —  Davidoff  M..  169.  —  Deroide  25.  —  Dickinson  \V.,  109,  123.  — 
Drevcr  Fr.,  521.  —  Duval  M.,  522.  —  V.  Erlanger  R.,  523.  —  Etzold  F., 
422.'—  Exner  Sigm.,  286.  —  Falclii  F.,  170.  —  Flcischmann  A.,  524.  — 
Fockcu  H..  177.  —  Frédericq  Léon,  180,  181,  182,  424,  425.  —  Fubini 
S.,  287,  288.  —  Fubini  S.,  et  Bencdicenti  A.,  288.  —  Fubini  S.,  et  Bo- 
nami  O.,  289.  —  Gadow  H.,  111.  —  Galippe  V.,  527.  -  Giacomini  C  , 
293.  -  Giacosa  P.,  291,  292.  -  Giovannini  S..  112.  —  Goizet,  13.  — 
Graber,  298.  299,  526.  —  Grandis  V.,  183.  —  Greenwood  M.,  113.  — 
Griesbach  H.,  184.  —  Grunbaum  A.,  124.  —  Guitel  Frédéric,  435.  — 
Goppert  E.,  431.  —  Goette  A.,  432.  —  Haeckel  E.,  116.  —  Haller  B., 
436.  —  Harmer  S. -F.,  16.  —  Haase  E.,  301.  —  Henchmann  A.-P.,  090 

—  Hcnking  H.  von,  303.  —  Heinricius  G.,  440.  —  Hermann  L.,  304, 
305.  —  Hcrz  Max,  187.  —  Hogge,  158.  —  Holt  E.,  118.  —  V.  Ihering  H.. 
529.  —  Jitgerskiold  313.  —  Kacnschc  C.,  117.  —  Hazzander  J.,  120.  — 
Klaatsch  H.,  534.  —  Kuatz  L..  445.  —  Kempen  Ch.  van,  444.  — 
Kochs  \Y.,  309.  —  Kramcr  P.,  446.  -  Lambling  et  Deroide,  23.  — 
Lang  A.,  122,  448.  —  Langley  J.-N.,  and  Grunbaum  A.,  124.  —  Lan- 
glcy  J.-N.  and  Dickinson  \V.,  123.  -  Leuckart  R.,  ::I2.  -  Lewis  K. -T.. 
*126.  —  Ludwig  H.  et  Barthcls  I1.,  315.  —  Lucas  A.,  314.  —  Lùnnberg 

E.  et  Jâgerskiùld  L.,  313.  -  Lwoff  B.,  190.  —  Macfadyeu  A.,  318.  - 
Maggi  L.,  319.  -  Mosso  U.,  193.  —  Nawrocki  F.  Skabitschcwsky, 
194.  —  Oppel  A,  130.  —  Perrin  460.  —  Posselt  H. -J.,  322.  —  Poul- 
ton  E.-B.,  543.  —  Ramond  G.,  197.  —  Réitérer  Ed.,  35.  —  Rcx  If., 
544.  -  Ribbcrt,  198.  -  Hitler  R.,  30.  —  Roja  R.,  325.  —  Saint-Rémy 

G. ,  199.  —  Sala  L.,  469.  —  Samassa  P.,  546.  —  Santesson  C.-G., 
327.  —  Schafer  J. -B.,  472.  —  Scliott  .1.,  200.  —  Schneider  A.,  139.  — 
Schuberg  Dr.  A.,  473,  474.  —  Schwink,  476.  —  Semon  Richard,  547. 

—  Shore  L.-E.,  141,  142.  -  Skabitschcwsky,  194.  -  Stewart  C.,  488. 
Stilcs  C.  AV.,  489.  —  Studemund,  333.  —  Tanja  T.,  491.  —  Verhoeff 

C.,  500.  —  Tizzoni  et  Cattini  J.,  336.  —  Toepfer  K.,  551.  —  Windle 

B. ,  553.  —  Wirén  A.,  338.  -  Wagner  F.,  148.  —  Woltcrs  M..  510.  — 
Zaroudnoi  N.,  512. 

Protozoaires,  coelentérés,  etc.  —  Bannis  Th. .  269.  —  Basse 
Smith  P.-W.,  3.  —  Billet  A.,  159.  —  Bôttger  L.,  7.  —  Certes  L.,  ',11. 

—  Cuénot  L.,  284.  —  Do  Brugnc,  103.  —  Dendv  A.,  104,  108.  — 
Dvicsch  H.,  418.  —  Frenzcl  J.,  520.  —  De  GraffL.,  433.  —  Heider  A. -U. 
y.,  302.  —  Hincks  Th:,  442.  —  Huet,  307.  —  Jullicn  J..  119.  —  Relier  C., 
532.  -  Koch  G.,  189.  —  Moniez  R.,  321.  -  Playfair  Mc  Murrich.  539. 

—  Prouho  H.,  32.  —  Nelson  E.  M.,  129.  —  Roule  L.,  326.  —  Rousse- 
lel  (  le—  Ruffcr  A  .  136  —  Topsent  Km.,  495.  —  Trautschold  II  . 
496.  —  Valentin  R..  499.  —  Vcrworn  M.,  43.  —  Waters  A.-W.,  .308.  — 
Weissmann  A.,  149.  —  Western  G.,  150.  —  Woltcrs  M.,  201.  -  Wood- 
worth  W.-IL,  511.  —  Zykow  W.,  45. 

Echinodermes.  —  Agassiz  A.,  154.  —  Barrois  Th.,  156.  —  Bather 

F.  -A.,  395.  —  Bell  J.,  398.,  530.  —  Semon  Richard,  137.  —  Voeltzkow 
A.,  146. 

Vers  —  Beddard  F. -K.,  396.  —  Bcncden  E.,  157.  -  Borgh  l:  -  i 
398.  —  Blanchard  1!..  401.  —  Boume  G.-A.,  97.  —  lim-ger  Otto,  10, 
409.  —  Goto  S.,  297.  -  Joubin  L.,  19.  —  Joycux-Laffine  J.,  20.  — 
Hamann  O.,  437.  —  v.  Koch  G.,  447.  —  Linstow,  451.  —  Moniez  R., 
192.  —  Pintner  Théodor,  132.  —  Sonsino  P.,  330.  —  Ward  II. -B..  503. 
Crustacés.  —  Bernard  II  .  '.'5.  -  Bouvier  E.-L  ,  1 63,  164.  —  Claus 

C. ,  101.  —  Edwards  Charles  L.,  421.  —  F’ockeu  K.,  14.  —  Gaubeit  P., 
428.  -  Hesse  M.,  306.  —  Marchai  P.,  453.  —  Mutile  P.,  26.  -  Milne- 
Edwards  A  ,  454.  —  Mik  Jos.,  2S.  —  Meniez  R..  29.  —  Ortmann  A., 
436.  —  Parker  G. -H.,  459.  -  Poppe,  S.-A.,  464.  —  Pouchct  G.,  313.  - 
Richard  .J.,  468.  —  Rossüskava-Koschcwnikowa  M.,  37.  —  Rübsaamcn 
Ew.-H.,545.  —  Simon  Eug.,  485,  486.  —  Thallwitz  J.,  335.  —  Vialianes 

H. ,  501. 

Insectes.  -  Alfken  ]>..  393.  -  Bigot  J.-M.-F.,  400.  —  Butler 

Arth.-G..  410.  —  Cobb  N. -F.  et  Olliff  S..  414.  —  Eppelsheim,  12.  — 
Friesc  H.,  426.  —  Gaubcrt  P..  427.  -  Grosc-Smith  G.,  434.  —  Ivirbv 
W.-F.,  533.  —  Krauss  H.,  121.  -  Leydig  F.,  449.  —  Ludwig  von  H.', 
316. —  Olliff  S.,  414.  —  Pocock  R.-J.,  462,  540,  541.  542.  —  Prcud- 
homme  de  Boire  A..  31.  --  Reitter  Edm.,  33,  34.  —  Roder  V..  38.  — 
Segond  A.,  328.  -  Sharpc  E.-M  .  548.  -  Shipley  A. -K.,  40.  -  Traquair 
R.-H.,  42.  —  Trimen  R.,  497.  —  Warren  W.,  504,  505.  —  Waterhouse 
Ch. -O.,  44,  500.  507.  —  Wheclcr  William-M.,  554. 

mollusques.  Bollcs  Lee  A  ,  96.  —  Burkill  C.  et  MarshaU  J. -T., 
277.  —  Cockcrell  T.  I>  A.,  Il,  -  Collier  E  ,  282.  -  Contejean  ('h..  416. 

—  Crosse  H..  106.  —  Fcildcn  H.-W.,  550.  —  Fischer  P.,  175,  176,  423. 

—  Gain  W.  A..  290.  —  Godwin-Austcn,  430.  —  Grobbcn  Cari,  114.  — 
Lutter  O.-H.,  450.  —  Letellier  A.,  24.  —  Marshall  J.-T.,  277.  —  Mol- 
vill  J.  et  Ponsonby  .J,.  536.  —  Milnes  H.,  320.  -  Newton  Bullcn,  455. 

—  Novi  Ivo,  196.  —  Qéhlcrt  D.-P.,  195.  —  Ortmann  A.,  131.  —  Plate 
Ludwig-H..  461.  —  Ponsonbv  J.,  536.  —  Smith  E.-A.,  41,  329.  — 
Smith  E.-A.  et  Feilden  H.-W.,  550.  —  Slandcn  R.,  331.  -  Watase  S., 
552. 

Reptiles,  Poissons  —  Boul  nj  r  G.-A  8  403,  404,  405.  —  Dahl 
F.,  107.  -  Gilbert  C.-H.,  129.  -  GUI  Th.,  296.  ■  Heron-Rover,  441.  - 


E  NATURALISTE 


302 


Jordan  D.-S.,  308.  — Jungersen  H.-F.-E.,  531.  —  Kastschènko  N.,  22. 
—  Matschie  P.,  127,  128.  —  Schneider  A.,  140.  —  Vaillant  L.,  498.  - 
AVilder  Harris-H.,  509.  —  Zoller  E.,  340. 

Oiseaux.  —  Blasius  AV.,  6,  161.  —  De  Brisay,  275.  —  Dresser  H.-E., 
419,  420.  —  Le  Fort  L..  310.  —  Hartort  E.,  17.  —  D’Hamonville,  baron, 
438.  —  Hartlaub  G.,  18,  439.  —  Junghaus  K.,  21.  —  Kaiser  A.,  188.  — 
Lechthaller-Dimier,  535.  —  Leverkuhn  P.,  25.  —  Liebrcich  O.,  311.  — 
Meyer  A.-B.,  27.  —  Newton  A.,  30.  —  Oustalet  E.,  457.  —  Parker  AV. -K., 
458,  537.  —  Raspail  Xavier,  467.  —  Salvadori  T.,  470.  —  Salvin  Osbert, 
471.  —  Sclater  P.-L.,  477,  478,  479.  —  Seebohm  Henry,  48.0.  —  Skarpe 
Bowdler,  4SI.  —  Sibree  .1.,  483.  —  Steere  J. -B.,  4SI.  —  Suchetct  A., 

144.  —  Styan  F. -AV.,  490.  —  Thompson  E.-E.,  492.  —  Van  der  Stricht, 

145. 

Mammifères.  —  Auld  C.-R.,  1.  —  Broom  R.,  9.  —  Beauregard  H., 
324.  —  Duval  M.,  110.  —  Harting  J.-E.,  528.  —  Pouchet  G.  et  Beau- 
regard  H.,  324.  —  Thomas  O.,  494. 

.Zoologie,  Suppl.  —  Bennam  AV. -B.,  4.  —  Beyer  O. -AV.,  94.  — 
Brandes  G.,  9S.  —  Bujor  P.,  165,  276.  —  Certes  A.,  412,  413.  —  Flach 
H.,  13.  —  Gill  Th.,  294,  295.  —  Hamann  O.,  113.  —  Jaekel  Otto,  443.  — 
Léon  N.,  123.  —  Du  Plessis  G.,  278.  —  Poppe  S. -A.  et  Richard  J., 
133.  —  Preyer  AV,  465.  —  Prouho  Henri,  466.  —  Richard  J.,  133.  — 
Rousselet  C.,  134.  —  Salensky  AV,  138.  —  Smith  Edgard-A.,  549.  - 
Sonsino  P.,  332.  —  Stebbing  Thomas  R. -R.,  484.  - —  Teplonchow  Th., 
334,  493.  —  Vosseler  J.,  147.  —  AValker  Alfr.-O.,  502.  AAGiitman 
C.-O.,  555. 


Botanique 


Généralités.  —  Backhouse  J.,  47.  —  Boulger  G. -S.,  50.  —  Butler 
Cl.,  54.  —  Çaruel  T.,  353.  —  Franchet  A.,  13,  212.  —  Fry  A.,  366, 
375.  —  ICrause  E.-H.-L.,  577,  585.  —  Kronfeld  M.,  70.  —  Moyle  Ro¬ 
gers,  375.  —  Stapf  O.,  385. 

Anatomie,  physiologie.  —  Arcangeli  G.,  562.  —  Aubert  E.,  2, 
202.  —  Barber  C.-A.,  344.  —  Baroni  E.,  565.  —  Belzung  E.,  2,  202.  — 
Berlèse  A.-N.,  4,  204.  —  Bordet  5,  204  bis.  — '  Bower  F. -O  ,  51.  — 
Brandza  M.,  6,  205.  —  Bredow  Hans,  52.  —  Correns  C.,  561,  570.  — 
Dalmer  M.,  562,  571.  —  Dangeard  P. -A..  10,  359.  —  Detmer  AV.,  57.  — 
Devaux  H.,  11,  210,  360.  —  Douliot  H.,  362.  —  Eberdt  O.,  58.  — 
Elliot  Scott,  563.  — Von  Ettingskausen,  12,  211.  —  Fecr  H.,  61.  — 
Frank  B.,  62.  —  Gaillard  A.,  577.  —  Garcin  A. -G.,  63.  —  Gibson  H. 
365.  —  Giesenhagen  C.,  366.  —  Guignard  E.,  63.  —  Hildebrand 
Friedrich  573.  —  Johnson  T.,  368.  —  Ivlebahn  H.,  68.  —  Koch  L., 
369.  —  Kuntze  G.,  17.  216.  —  Loew  E.,  371,  872,  581.  —  Maule  C., 
585,  593.  —  Mcz  C.,  76.  —  Palladin  AV.,  589,  597.  —  Pitzorno  M. 
380.  —  Reiche  K.,  593,  607.  —  Richter  P.,  80.  —  Sauvageau  C.,  28l! 

220,  21.  —  Schillung  A. -J.,  596,  604.  —  Scott  D.-H  ,  382.  —  Scott  D.. 
H.  et  Brebner  G.,  597,  605.  —  Sokolowa  C.,  384.  —  Suchsland  E.,  386, 
—  Tanfani  E.,  598,  606.  —  Thouvenin  M.,  85.  —  Van  Tieghem  Ph.,  87 

221,  389,  390.  —  Von  AVettstein  R.,  91.  —  AVaage  Th.,  88.  —  AVakker, 
J.-H.,  600,  608.  —  AVohmer  C.,  602,  610.  —  Zacharias  E.,  612,  614, 


Botanique  systématique,  flores,  etc.  (Phanérogames).  — 

Arcangeli  G..  46,  561.  —  Baker  K. -U.,  49.  —  Baldacci  A..  346.  — 
Bennett  A.,  347.  —  Bolle  C.,  566  bis ,  568.  —  Botanical  Magazine,  349, 
567.  —  Brésadola  J.,  8.  —  Buchenan  F.,  53.  —  Bureau  Ed.  et  Fran¬ 
chet  A.,  7,  206,  352.  —  Campbell  H.  D.,  368,  559.  —  Celakoosky  Lad., 
354.  —  Do  Candollc  C.,  56.  —  Dietel  P.,  361.  —  Elliot  S.,  59.  — 
Engler  A.,  60,  564,  573.  —  Fischer  E.,  565,  574.  —  Fitzgerald  364.  — 
Franchet  A.,  178.  —  Fryer  A.,  567,  576.  —  Gay  Fr..  14.  —  Gurke  M., 
571,  579.  —  Halacsy  E.,  65.  Herder  F.  v.,  367.  —  Huth  E.,  576,  584. 

—  Knuth  P.,  69.  — Levier  et  Sommier,  370.  — Lindau  G.,  71.  —  Linton! 
Edward-F.,  579,  587.  —  Magnus  P.,  374.  —  Malladra  A.,  73.  —  Mars¬ 
hall  E.-S.,  74,  373.  —  Martelli  U.,  582,  590.  —  Massalongo  C.,  584, 
592.  —  Moyle  R.,  et  Linton  E.-F.,  587, ’S9o.  —  Murr  J.,  19,  219,  377.' 

—  Nathorst  A. -G.,  378.  —  Niedenzu  F.,  379.  —  Olivier  F. -AV,  78.  — 
Pirotta  R.,  79,  591,  599.  —  Ridley  H.-N.,  81.  —  Scully  R.-  AV.,  383.  — 
Tcrraciano  A.,  83,  387.  —  Thode  J.,  84.  —  Van  Tieghem  Ph.,  388,  599, 
607.  —  Velenowsky  J.,  391.  —  Vesque  J.,  601,  609.  — •  AVarburg  O.,  89. 

—  AVettstein  Rick'.,  90.  —  AVilliams  Frédéric-N.,  603,  611.  —  AA'il- 
lkomm.,  23,  222. 

Cryptogames.  —  Acqua  C.,  557,  558.  —  Almquist,  341,  359.  — 
Aloi  Antonio  560.  —  Baker  J. -G.,  48,  342,  343,  345,  563.  —  Barclay 

A. ,  564.  —  Baroni  E.,  566.  —  Bescherellc  348.  — (  Bower  F. -O.,  350. — 
Brésadola  J.,  207.  —  Brizi  U.,  251.  —  Carava  Fred.,  560,  569.  — 
Christ  H  ,  55.  —  Cooke  M.-C.,  355,  356,  357.  —  Costantin  J.,  268.  — 
Crombic  J. -JL,  358.  —  Dangeard  299.  —  Fischer  Ed.  363.  —  Frank 

B, ,  569,  574  bis.  —  Gay  Fr.,  213.  —  Grill!  C.,  573,  578.  —  Hariot  P., 
15,  16,  214,  215,  572,  580.  —  Hartog  Marcus,  66.  —  Hesse  R.,  67.  — 
Hue,  574,  582.  —  Hugo  de  Vries,  575,  583.  —  Lange  Th.,  578,  586.  — 
Lister  Arthur,  580,  588.  —  Mc.  Ardlc  David,  72.  —  Martelli  Ugolino,)? 
583,  591.  —  Massée  G.,  75.  —  Minlcs  A.,  77,  217.  —  Mitten  Villiain,. 
586,  599.  —  Mueller  J„  376,  588,  596.  —  Patouillard  N.,  590,  598.  —  - 
Plehn  F.,  592,  600.  —  Reinsch  P. -F.,  594,  602.  —  Dr  Ch.  Richon,  596, 
603.  —  Roumeguére  C.,  219.  —  Saposchnickoff  AV.  82  —  Van  Tieghem 
Ph.,  86.  —  AVright  C.-H.,  392.  —  Zukal  H.,  92. 


Géologie.  Paléoutologie 

Berendt  G.  et  Tenne  C.-A.,  223.  -  Bourgeat,  224.  —  Daines  AV. 
256.  —  De  Launay  L.  et  Martel  E.-A  ,  225.  —  Filhol  H.,  171-174.  — 
Foerste  A.-G.,  226.  —  Friedcl  G.,  227.  —  Friedcl  Ch.,  228.  —  Gore 
J.-H.,  229.  —  Gregory  AV.  230.  —  Hull  E.,  231.  —  Kunisch  H.,  232. 
—  Jacquot  E.,  233.  —  Lacroix  A.,  234,  235,  236.  —  De  Lapparent, 
237,  238.  —  Lasne  H.,  239.  —  Lebesconte  P.,  240.  —  Lydekkcr  R., 
241,  242.  —  Marsh  O.-C.,  243.  —  Martel  E'-A.,  225.  —  Marten  .1.,  244, 
Mayer  A.,  245.  —  Mayer-Eymar  C.,  191.  —  Pirsson  L.-V.,  246.  — 
Ramond  et  Dollfus,  247.  —  Raulin  V.,  248.  —  Renevier  E.,  249.  —  De 
Riaz  A.,  250.  —  Salomon  AV.,  253.  —  Seunes  J.,  251.  —  Spencer  J.- 
AV.,  252.  —  Sckrodt  F.,  254.  —  Strombeck  A.,  255.  —  Tenne  C.-A., 
223.  —  Trautschold  H.,  et  Dames  AV,  256.  —  Uphain  AV  .  257.  — 
AVallher  J.,  258.  —  AVaters  A.-AV.,  259.  —  AVood  AV.,  260. 


nuis, 


—  IMPRIMERIE  F.  LEVÉ,  RUE  CASSETTE,  17. 


3  9088  01266  8653 


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